1ʳᵉ spé · Chapitre 05 · Analyse

Fonction exponentielle

Définition par f' = f et f(0) = 1, propriétés algébriques, nombre e, dérivée de exp(at), lien avec les suites géométriques.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Définition par f' = f et f(0) = 1
  • Propriétés algébriques
  • Nombre e
  • Dérivée de exp(at)
  • Lien avec les suites géométriques

Existe-t-il une fonction égale à sa propre dérivée ? La question peut sembler abstraite, mais elle surgit naturellement dès que l'on modélise le monde réel. Considérons une grandeur dont la vitesse de variation est proportionnelle à la grandeur elle-même : une population de bactéries dont le nombre de naissances par heure est proportionnel au nombre de bactéries présentes ; un capital placé à taux fixe, dont les intérêts produits chaque instant sont proportionnels au capital atteint ; une substance radioactive, dont le nombre de désintégrations par seconde est proportionnel au nombre de noyaux restants. Dans chacune de ces situations, si f(t) désigne la grandeur à l'instant t, alors la dérivée f(t) — qui mesure la vitesse de variation — est proportionnelle à f(t).

Le cas le plus simple est celui où le coefficient de proportionnalité vaut 1 : on cherche alors une fonction f vérifiant f=f. Aucune des fonctions de référence ne convient : les polynômes perdent un degré en dérivant, la racine carrée et l'inverse changent complètement de forme. Il faut donc introduire une fonction nouvelle, qui sera l'objet de ce chapitre : la fonction exponentielle. Elle rejoint le catalogue des fonctions de référence et jouera un rôle central en terminale puis dans les études supérieures.

Mais comment « voir » une fonction dont on ne connaît qu'une équation portant sur sa dérivée ? La méthode d'Euler, présentée dès la première section, permet de construire pas à pas une courbe approchée : en partant d'un point connu et en suivant à chaque étape la direction de la tangente, on trace le graphe d'une fonction que l'on ne sait pas encore calculer. C'est cette méthode qui a historiquement permis d'apprivoiser l'exponentielle, et c'est par elle que nous commencerons.

Définition et premières propriétés

Définition

Fonction exponentielle. On appelle fonction exponentielle, notée exp, l'unique fonction dérivable sur R vérifiant les deux conditions :

exp=expetexp(0)=1.

L'existence d'une telle fonction et son unicité sont admises : les outils pour les démontrer relèvent de l'enseignement supérieur. Retenons néanmoins ce que dit précisément cette définition : la fonction exponentielle est dérivable sur R tout entier, elle est égale à sa propre dérivée, et elle prend la valeur 1 en 0. La condition exp(0)=1 est indispensable : sans elle, tout multiple d'une solution serait encore solution, et la fonction ne serait pas unique.

Ainsi, pour tout réel x, on a exp(x)=exp(x). Cette égalité, d'apparence anodine, est la clé de toutes les propriétés du chapitre : chaque fois que nous aurons besoin de dériver l'exponentielle, la dérivée sera… l'exponentielle elle-même.

Remarque. La définition ne donne aucun moyen direct de calculer exp(1), exp(2) ou exp(0,3) : contrairement aux fonctions de référence rencontrées jusqu'ici, l'exponentielle n'est pas définie par une formule explicite, mais par une propriété (une équation reliant la fonction et sa dérivée). C'est pourquoi la méthode suivante, qui permet d'en calculer des valeurs approchées, est si précieuse.

Exemple

Construire l'exponentielle par la méthode d'Euler. L'idée repose sur l'approximation vue au chapitre sur la dérivation : pour h proche de 0,

f(x+h)f(x)+hf(x).

Pour la fonction exponentielle, f=f, donc cette approximation devient

exp(x+h)exp(x)+hexp(x)=(1+h)exp(x).

Autrement dit : passer de x à x+h revient approximativement à multiplier par (1+h).

Appliquons ce principe sur l'intervalle [0;1] avec le pas h=0,25. On part de la valeur exacte exp(0)=1, et chaque étape multiplie la valeur courante par 1+0,25=1,25 :

x 0 0,25 0,5 0,75 1
valeur approchée de exp(x) 1 1,25 1,5625 1,953125 2,44140625

En effet : 1×1,25=1,25, puis 1,25×1,25=1,5625, puis 1,5625×1,25=1,953125, et enfin 1,953125×1,25=2,44140625. On obtient ainsi exp(1)2,44.

Or nous verrons que la valeur exacte est exp(1)2,718 : notre approximation est nettement trop petite. La raison est que le pas h=0,25 est trop grand : à chaque étape, on suit la tangente au lieu de suivre la courbe, et comme l'exponentielle monte de plus en plus vite, la tangente reste en dessous de la courbe — l'erreur s'accumule à chaque pas. En reprenant le calcul avec un pas plus petit (h=0,01, soit 100 étapes), on obtiendrait exp(1)2,705, bien plus proche de la réalité. La section Algorithmes en fin de chapitre donne un programme qui automatise ce calcul.

La fonction exponentielle ne s'annule jamais

Une question se pose immédiatement : la courbe de l'exponentielle peut-elle couper l'axe des abscisses ? La réponse est non, et c'est la première propriété remarquable de cette fonction. Elle repose sur la relation suivante.

Propriété

Pour tout réel x :

exp(x)×exp(x)=1.

Nous admettons cette relation ; elle est en fait un cas particulier de la relation fonctionnelle exp(x+y)=exp(x)exp(y) énoncée à la section suivante (il suffit d'y prendre y=x et d'utiliser exp(0)=1).

Elle a deux conséquences majeures, dont les démonstrations sont exigibles.

Propriété

La fonction exponentielle ne s'annule pas : pour tout réel x, exp(x)0.

Mieux : elle est strictement positive sur R : pour tout réel x, exp(x)>0.

Démonstration (non-annulation). Raisonnons par l'absurde. Supposons qu'il existe un réel a tel que exp(a)=0. En appliquant la relation précédente en x=a :

exp(a)×exp(a)=1,c’est-aˋ-dire0×exp(a)=1,

soit 0=1, ce qui est absurde. Il n'existe donc aucun réel a tel que exp(a)=0 : la fonction exponentielle ne s'annule pas sur R.

Démonstration (stricte positivité). Soit x un réel. En écrivant x=x2+x2 et en utilisant la relation fonctionnelle exp(x+y)=exp(x)exp(y) (énoncée à la section suivante) avec x et y tous deux égaux à x2, on obtient

exp(x)=exp(x2)×exp(x2)=(exp(x2))2.

Un carré est toujours positif ou nul, donc exp(x)0. Mais on vient de démontrer que exp(x)0. On conclut :

exp(x)>0pour tout reˊel x.

Remarque. Ce résultat est d'une grande utilité pratique : dans une étude de signe ou une résolution d'inéquation, tout facteur de la forme exp() est strictement positif et peut donc être « ignoré » (on peut diviser par lui sans changer le sens des inégalités). Nous en ferons un usage constant.

Propriétés algébriques

La relation suivante est la propriété la plus importante de la fonction exponentielle : elle transforme les sommes en produits. C'est elle qui explique le nom « exponentielle » et le lien avec les puissances, que la section suivante rendra explicite.

Propriété

Relation fonctionnelle (admise). Pour tous réels x et y :

exp(x+y)=exp(x)×exp(y).

Conséquences. Pour tous réels x et y, et tout entier relatif n :

  • exp(x)=1exp(x) ;
  • exp(xy)=exp(x)exp(y) ;
  • (exp(x))n=exp(nx).

Démonstration des conséquences.

Premier point. D'après la section précédente, exp(x)×exp(x)=1 et exp(x)0. En divisant les deux membres par exp(x), on obtient

exp(x)=1exp(x).

Deuxième point. On écrit xy=x+(y) et on applique la relation fonctionnelle puis le premier point :

exp(xy)=exp(x)×exp(y)=exp(x)×1exp(y)=exp(x)exp(y).

Troisième point. Traitons d'abord le cas n0. Pour n=0, les deux membres valent 1 (car exp(0)=1 et une puissance d'exposant nul vaut 1). Pour n1, on applique la relation fonctionnelle de proche en proche :

exp(nx)=exp(x+x++xn termes)=exp(x)×exp(x)××exp(x)n facteurs=(exp(x))n.

(Une rédaction complète utiliserait un raisonnement par récurrence, vu au chapitre sur les suites : la propriété est vraie au rang 0, et si exp(nx)=(exp(x))n, alors exp((n+1)x)=exp(nx+x)=exp(nx)exp(x)=(exp(x))n+1.)

Enfin, si n est un entier strictement négatif, on pose m=n1 et on combine le cas positif avec le premier point :

(exp(x))n=1(exp(x))m=1exp(mx)=exp(mx)=exp(nx).

On retiendra que la fonction exponentielle se comporte exactement comme une puissance : les règles de calcul sur exp sont celles des exposants. Somme des exposants pour un produit, différence pour un quotient, produit pour une puissance.

Méthode

Transformer une expression contenant des exponentielles.

  1. Ramener toutes les exponentielles à la forme exp() : remplacer 1exp(a) par exp(a) et (exp(a))n par exp(na).
  2. Utiliser la relation fonctionnelle pour regrouper : un produit d'exponentielles est l'exponentielle de la somme des arguments, un quotient celle de la différence.
  3. Réduire l'argument obtenu (calcul algébrique ordinaire).

Exemple

Trois transformations rédigées. Dans chaque cas, x désigne un réel quelconque.

a. Simplifions A=exp(3x)×exp(1x). C'est un produit de deux exponentielles, donc l'exponentielle de la somme des arguments :

A=exp(3x+(1x))=exp(2x+1).

b. Simplifions B=exp(x+2)exp(2x1). C'est un quotient, donc l'exponentielle de la différence :

B=exp((x+2)(2x1))=exp(x+3).

c. Simplifions C=(exp(x))2×exp(3x). On commence par transformer la puissance : (exp(x))2=exp(2x). Alors

C=exp(2x)×exp(3x)=exp(2x3x)=exp(x)=1exp(x).

Le nombre e et la notation exponentielle

Définition

On appelle nombre e l'image de 1 par la fonction exponentielle :

e=exp(1)2,71828.

Le nombre e est une constante mathématique fondamentale, au même titre que π. Comme π, c'est un nombre irrationnel : son écriture décimale 2,718281828 ne s'arrête jamais et ne devient jamais périodique.

Ce nombre justifie une nouvelle notation. D'après la propriété (exp(x))n=exp(nx) appliquée avec x=1, on a pour tout entier relatif n :

exp(n)=(exp(1))n=en.

Ainsi exp(2)=e2, exp(3)=e3, exp(1)=e1=1e : sur les entiers, la fonction exponentielle coïncide avec les puissances du nombre e. On convient alors d'étendre cette écriture à tous les réels :

Définition

Notation ex. Pour tout réel x, on note

ex=exp(x).

Cette notation est cohérente : les propriétés algébriques de la section précédente deviennent exactement les règles de calcul sur les puissances, ce qui les rend faciles à mémoriser. Pour tous réels x et y et tout entier relatif n :

ex+y=exey,ex=1ex,exy=exey,(ex)n=enx,e0=1.

Dans toute la suite du chapitre, nous utiliserons la notation ex.

Exemple

Une valeur approchée de e par la suite (1+1n)n. Reprenons la méthode d'Euler sur [0;1], mais avec un pas quelconque h=1n (n étapes). Chaque étape multiplie la valeur courante par 1+1n ; partant de exp(0)=1, on obtient après n étapes la valeur approchée

e=exp(1)(1+1n)n.

Plus n est grand, plus le pas est petit et meilleure est l'approximation. La calculatrice donne :

n 10 100 1000 106
(1+1n)n 2,59374 2,70481 2,71692 2,71828

Les valeurs se rapprochent de e2,71828, mais lentement : il faut n=106 pour obtenir cinq décimales correctes. On retrouve au passage la valeur (1+14)4=1,254=2,44140625 calculée à la première section : c'était le cas n=4.

Signe, variations et courbe

Nous savons déjà que l'exponentielle est strictement positive. Son sens de variation s'en déduit immédiatement — c'est l'une des démonstrations exigibles du chapitre, et sans doute la plus courte.

Propriété

La fonction exponentielle est strictement positive et strictement croissante sur R.

Démonstration (croissance). La fonction exponentielle est dérivable sur R et, par définition, exp(x)=ex pour tout réel x. Or on a démontré que ex>0 pour tout réel x : la dérivée de la fonction exponentielle est strictement positive sur R. D'après le théorème du lien entre signe de la dérivée et sens de variation, la fonction exponentielle est strictement croissante sur R.

On résume ces informations dans le tableau de variations :

xx
-\infty
++\infty
exp(x)=ex\exp'(x) = \mathrm{e}^x
++
ex\mathrm{e}^x

Décrivons le comportement de la courbe aux extrémités, sans formalisme : lorsque x prend des valeurs de plus en plus grandes, ex devient aussi grand que l'on veut (déjà e1022026 et e204,85×108 : la croissance est spectaculaire). Lorsque x prend des valeurs négatives de plus en plus éloignées de 0, ex=1ex est l'inverse d'un nombre très grand : ex se rapproche de 0 tout en restant strictement positif (e100,000045). La courbe s'aplatit donc le long de l'axe des abscisses à gauche, sans jamais le toucher, et s'envole à droite.

Courbe de la fonction exponentielle, tangente au point d'abscisse 0 et point (1 ; e)

Quelques valeurs pour tracer la courbe : e20,14, e10,37, e0=1, e0,51,65, e1=e2,72.

Deux tangentes remarquables. Comme exp=exp, la tangente au point d'abscisse a a pour coefficient directeur ea et pour équation y=ea(xa)+ea.

  • En 0 : e0=1, donc la tangente a pour équation y=1×(x0)+1, soit y=x+1. La courbe est tangente à cette droite au point (0;1).
  • En 1 : e1=e, donc la tangente a pour équation y=e(x1)+e, soit y=ex. Cette tangente passe par l'origine du repère — un moyen élégant de placer le point (1;e) sur un tracé.

La stricte croissance a une conséquence essentielle : deux réels distincts ont toujours des images distinctes par l'exponentielle. Cela permet de résoudre des équations et des inéquations en « supprimant les exponentielles ».

Propriété

Équations et inéquations. Pour tous réels a et b :

ea=eb    a=betea<eb    a<b.

En effet, si a=b alors évidemment ea=eb ; réciproquement, si ab, l'un des deux réels est strictement inférieur à l'autre, et la stricte croissance donne eaeb. La seconde équivalence est la traduction directe de la stricte croissance (et de sa réciproque). Elle reste bien sûr valable avec , > ou .

Méthode

Résoudre une équation ou une inéquation avec des exponentielles.

  1. Transformer chaque membre pour obtenir la forme eA=eB (ou eA<eB), en utilisant les propriétés algébriques ; penser à écrire 1=e0 si nécessaire.
  2. « Supprimer les exponentielles » : l'équation devient A=B, l'inéquation devient A<B dans le même sens (l'exponentielle est croissante).
  3. Résoudre l'équation ou l'inéquation obtenue avec les techniques habituelles (équations du premier ou du second degré, tableaux de signes).

Exemple

Trois résolutions rédigées.

a. Résolvons dans R l'équation ex2=e3x2. Par la propriété précédente,

ex2=e3x2    x2=3x2    x23x+2=0.

Ce trinôme a pour discriminant Δ=98=1>0, donc deux racines : x1=312=1 et x2=3+12=2. L'ensemble des solutions est {1;2}.

b. Résolvons dans R l'inéquation e2x>1. On écrit 1=e0, puis on utilise la stricte croissance :

e2x>e0    2x>0    x<0.

(Attention au dernier passage : on divise par 2<0, donc l'inégalité change de sens.) L'ensemble des solutions est ];0[.

c. Résolvons dans R l'équation e2x+1=1ex. On transforme le membre de droite : 1ex=ex. Alors

e2x+1=ex    2x+1=x    3x=1    x=13.

L'unique solution est 13.

Remarque. Une équation comme ex=5 ne peut pas se résoudre par cette méthode : 5 ne s'écrit pas naturellement sous la forme eb avec b connu. La stricte croissance et le comportement de la courbe garantissent qu'une unique solution existe, et la calculatrice (par balayage d'un tableau de valeurs) en donne une valeur approchée : x1,609. L'outil qui permet de résoudre exactement ce type d'équation sera introduit en terminale.

Dérivée des fonctions exponentielles du temps

Dans les applications, le temps t intervient presque toujours sous la forme eat, où a est un coefficient réel fixé : e2t, e0,5t… Il faut donc savoir dériver ces fonctions.

Propriété

Soit a un réel. La fonction f:teat est dérivable sur R, et pour tout réel t :

f(t)=aeat.

Cette propriété est admise. On peut toutefois en vérifier la cohérence sur un cas particulier : pour a=2, on a e2t=et×et, produit de deux fonctions dérivables ; la formule du produit donne

(et×et)=et×et+et×et=2et×et=2e2t,

ce qui est bien la formule annoncée avec a=2. Le même raisonnement fonctionne pour tout entier a positif.

Retenons le mécanisme : dériver eat, c'est multiplier par le coefficient a (et l'exponentielle reste inchangée). Trois cas particuliers utiles : pour a=1, on retrouve (et)=et ; pour a=1, (et)=et ; pour a=0, la fonction constante e0=1 a bien pour dérivée 0.

Méthode

Dériver une expression contenant des exponentielles.

  1. Repérer les briques de la forme eat et écrire leur dérivée : aeat.
  2. Appliquer les règles d'opérations du chapitre précédent : somme, multiple, produit (uv)=uv+uv, quotient (uv)=uvuvv2.
  3. Factoriser le résultat par l'exponentielle chaque fois que c'est possible : comme eat>0, le signe de la dérivée se lit alors sur l'autre facteur.

Exemple

Quatre dérivations rédigées.

a. Somme et multiples. Soit f(t)=4e3t5e2t+7. Chaque terme est dérivable sur R, et

f(t)=4×3e3t5×(2)e2t+0=12e3t+10e2t.

b. Produit. Soit g(x)=xex. On pose u(x)=x et v(x)=ex, dérivables sur R avec u(x)=1 et v(x)=ex. La formule du produit donne

g(x)=u(x)v(x)+u(x)v(x)=1×ex+x×ex=(x+1)ex.

Grâce à la factorisation et à ex>0, le signe de g(x) est celui de x+1 : la fonction g est décroissante sur ];1] puis croissante sur [1;+[, avec un minimum en 1 qui vaut g(1)=e1=1e0,37.

c. Produit avec eat. Soit h(t)=(2t+1)e3t. Avec u(t)=2t+1 (u(t)=2) et v(t)=e3t (v(t)=3e3t) :

h(t)=2e3t+(2t+1)×(3e3t)=(23(2t+1))e3t=(6t1)e3t.

d. Quotient. Soit k(x)=exx, définie sur ]0;+[. Avec u(x)=ex et v(x)=x :

k(x)=u(x)v(x)u(x)v(x)(v(x))2=ex×xex×1x2=(x1)exx2.

Sur ]0;+[, le signe de k(x) est celui de x1 : la fonction k est décroissante sur ]0;1] puis croissante sur [1;+[, avec un minimum en 1 qui vaut k(1)=e.

Croissances et décroissances exponentielles

Revenons au point de départ du chapitre : la modélisation des grandeurs dont la vitesse de variation est proportionnelle à la grandeur elle-même. Ces grandeurs s'expriment à l'aide des fonctions tekt et tekt, où k est un réel strictement positif.

D'après la section précédente, la dérivée de tekt est tkekt, strictement positive (produit de k>0 et d'une exponentielle) : la fonction tekt est strictement croissante sur R. De même, la dérivée de tekt est tkekt, strictement négative : la fonction tekt est strictement décroissante sur R. Les deux courbes passent par le point (0;1), et plus k est grand, plus la croissance (ou la décroissance) est rapide.

Courbes des trois fonctions exponentielles d'exposants 0,5t, t et -0,7t

On parle de croissance exponentielle pour tekt : la grandeur devient aussi grande que l'on veut, et sa progression s'accélère sans cesse. On parle de décroissance exponentielle pour tekt : la grandeur se rapproche de 0 sans jamais l'atteindre, et sa décroissance ralentit sans cesse.

Ces fonctions généralisent aux instants réels un objet bien connu pour les instants entiers : les suites géométriques.

Propriété

Lien avec les suites géométriques. Soit a un réel. La suite (un) définie pour tout entier naturel n par un=ena est une suite géométrique de premier terme u0=1 et de raison ea.

Démonstration. On a u0=e0=1. Pour tout entier naturel n, la relation fonctionnelle donne

un+1=e(n+1)a=ena+a=ena×ea=un×ea.

Chaque terme s'obtient donc en multipliant le précédent par le nombre constant ea : la suite (un) est géométrique de raison ea.

Ce lien éclaire les deux points de vue sur une même réalité : observer une grandeur exponentielle à intervalles de temps réguliers (chaque année, chaque jour…) fait apparaître une suite géométrique ; la fonction teat en est le prolongement continu, défini à tout instant. Si a>0, la raison ea est supérieure à 1 (croissance) ; si a<0, elle est comprise entre 0 et 1 (décroissance).

Exemple

Décroissance radioactive de l'iode 131. L'iode 131 est un isotope radioactif utilisé en médecine nucléaire. L'activité d'un échantillon (nombre de désintégrations par seconde, mesurée en mégabecquerels, MBq) décroît de façon exponentielle : pour un échantillon d'activité initiale 800 MBq, l'activité au bout de t jours est modélisée par

A(t)=800e0,0866t.

Vérifions la cohérence physique du modèle. La dérivée vaut A(t)=800×(0,0866)e0,0866t=0,0866A(t) : la vitesse de désintégration est bien proportionnelle à l'activité restante, c'est la loi physique de la radioactivité. Par ailleurs, A(8)=800e0,6928400,1 : au bout de 8 jours, l'activité a été divisée par deux. C'est la demi-vie de l'iode 131, et d'après le lien avec les suites géométriques, l'activité est encore divisée par deux tous les 8 jours suivants (A(16)200, A(24)100…).

Question. L'échantillon est considéré comme sans danger lorsque son activité devient inférieure à 10 MBq. Au bout de combien de jours est-ce le cas ?

Résolution. On cherche le plus petit entier t tel que A(t)<10. La fonction A est strictement décroissante (c'est 800 fois une fonction tekt avec k=0,0866>0), donc il suffit de balayer un tableau de valeurs à la calculatrice :

t (jours) 49 50 51 52
A(t) (MBq) 11,49 10,53 9,66 8,86

On lit A(50)10,53>10 et A(51)9,66<10. Par stricte décroissance de A, l'activité passe sous le seuil de 10 MBq au cours du 51e jour : c'est à partir de t=51 jours que l'échantillon est sans danger.

Remarque. La même démarche s'applique à un capital placé à taux fixe : un capital de 5000 € placé à intérêts composés en continu au taux de 3% par an vaut C(t)=5000e0,03t euros au bout de t années — croissance exponentielle cette fois, et le tableau de valeurs montre que le capital double entre la 23e et la 24e année (C(23)9968,58 et C(24)10272,17).

Algorithmes

Terminons en automatisant les deux calculs approchés rencontrés dans ce chapitre.

Méthode d'Euler. Le programme suivant reproduit le calcul de la première section : partant de y=exp(0)=1, il avance de x=0 à x=1 par pas de h, en remplaçant à chaque étape la courbe par sa tangente (y devient y+h×y, puisque exp=exp).

h = 0.25            # pas de la methode (a diminuer pour plus de precision)
x = 0               # abscisse de depart
y = 1               # valeur initiale : exp(0) = 1
while x < 1:        # tant qu'on n'a pas atteint x = 1
    y = y + h * y   # approximation exp(x + h) = exp(x) + h * exp(x)
    x = x + h       # on avance d'un pas
print(y)            # valeur approchee de exp(1) = e

Avec h = 0.25, le programme affiche 2.44140625, la valeur trouvée à la main. En remplaçant la première ligne par h = 0.01, il affiche environ 2.7048 ; avec h = 0.0001, environ 2.71814. On observe expérimentalement que la valeur approchée se rapproche de e quand le pas diminue — au prix d'un nombre d'étapes de plus en plus grand.

Valeur approchée de e par la suite (1+1n)n. C'est le calcul de la section sur le nombre e :

n = 1000000                  # nombre d'etapes (plus n est grand, mieux c'est)
e_approx = (1 + 1/n) ** n    # terme de rang n de la suite
print(e_approx)              # affiche 2.7182804... (e = 2.7182818...)

Les deux programmes calculent en réalité la même chose : n étapes d'Euler de pas h=1n reviennent à multiplier n fois la valeur initiale 1 par (1+1n), c'est-à-dire à calculer (1+1n)n.

En résumé : la fonction exponentielle est définie par la propriété exp=exp avec exp(0)=1 ; elle est strictement positive, strictement croissante, transforme les sommes en produits, et la notation ex en fait une machine à calculer aussi maniable que les puissances. C'est la fonction naturelle des phénomènes de croissance et de décroissance proportionnelles à eux-mêmes — et l'un des piliers de l'analyse que la classe de terminale approfondira.

Bloqué sur « Fonction exponentielle » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.