1ʳᵉ spé · Chapitre 03 · Analyse

Dérivation : point de vue local

Taux de variation, nombre dérivé, tangente, approximation linéaire f(a) + f'(a)h.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Taux de variation
  • Nombre dérivé
  • Tangente
  • Approximation linéaire f(a) + f'(a)h

Comment mesurer la vitesse d'un objet à un instant précis ? Le compteur d'une voiture affiche bien une vitesse « instantanée », mais toute vitesse se calcule en divisant une distance par une durée — il faut donc deux instants… De même, comment définir la pente d'une courbe en un point, alors qu'une pente se mesure entre deux points ? Ces deux questions, étudiées au XVIIe siècle par Newton et Leibniz, admettent la même réponse : partir de deux points, puis les rapprocher indéfiniment l'un de l'autre. Ce chapitre développe cette idée d'un point de vue local, c'est-à-dire au voisinage d'un point donné de la courbe : on y étudie les sécantes, puis leur position « limite » — la tangente —, dont la pente est un nombre attaché au point, le nombre dérivé. Le chapitre suivant adoptera le point de vue global, en faisant varier ce point sur un intervalle tout entier.

Taux de variation et sécantes

Comment quantifier la façon dont une fonction varie entre deux points ? L'outil de base est le taux de variation.

Définition

Taux de variation. Soit f une fonction définie sur un intervalle I, et soit a et b deux réels distincts de I. Le taux de variation de f entre a et b est le quotient

f(b)f(a)ba.

En posant b=a+h, avec h0 tel que a+h appartienne à I, ce quotient s'écrit aussi

f(a+h)f(a)h.

Remarques.

  • Les deux écritures sont équivalentes : le réel h=ba représente l'écart entre les deux abscisses. C'est la seconde forme, avec le petit accroissement h, qui servira dans tout le chapitre. Le réel h peut être positif (b à droite de a) ou négatif (b à gauche de a).
  • Pour une fonction affine f(x)=mx+p, le taux de variation entre deux réels quelconques est constant, égal au coefficient directeur m (résultat vu en seconde). Pour une fonction quelconque, au contraire, le taux de variation dépend des deux points choisis : c'est toute la question de ce chapitre.

Le taux de variation se lit sur la courbe représentative de f.

Propriété

Pente d'une sécante. Soit A(a;f(a)) et B(b;f(b)) deux points distincts de la courbe représentative de f. La droite (AB) est appelée une sécante à la courbe (en A). Son coefficient directeur — sa pente — est égal au taux de variation de f entre a et b :

m(AB)=f(b)f(a)ba.

En effet, d'après la formule vue en seconde, le coefficient directeur de la droite passant par deux points A(xA;yA) et B(xB;yB) d'abscisses distinctes vaut yByAxBxA ; ici yByA=f(b)f(a) et xBxA=ba.

Exemple

Taux de variation de la fonction carré entre 1 et 1+h. Soit f(x)=x2 et h0. On calcule :

f(1+h)f(1)h=(1+h)212h=1+2h+h21h=2h+h2h=h(2+h)h=2+h.

Le taux de variation de la fonction carré entre 1 et 1+h vaut donc 2+h. Ainsi, sur la parabole, la sécante joignant les points d'abscisses 1 et 2 (soit h=1) a pour pente 3 ; entre les abscisses 1 et 1,5 (soit h=0,5), la pente vaut 2,5 ; entre 1 et 1,1, elle vaut 2,1.

Interprétation cinématique : la vitesse moyenne. Si d(t) désigne la distance parcourue par un mobile à l'instant t, le taux de variation de d entre les instants a et b,

d(b)d(a)ba=distance parcouruedureˊeˊcouleˊe,

est la vitesse moyenne du mobile entre ces deux instants. Par exemple, une automobiliste qui parcourt 150 km entre 14 h et 16 h a roulé à la vitesse moyenne de 1502=75 km/h — ce qui ne signifie pas que son compteur affichait 75 en permanence. Retrouver la vitesse instantanée, celle du compteur, est précisément l'objet de la suite du chapitre.

Le nombre dérivé

Que devient le taux de variation de f entre a et a+h lorsque h se rapproche de 0, c'est-à-dire lorsque les deux points se rapprochent l'un de l'autre ? Observons d'abord numériquement, avec la fonction racine carrée f(x)=x et a=1. On calcule le taux f(1+h)f(1)h=1+h1h pour des valeurs de h de plus en plus proches de 0 :

h 0,1 0,01 0,001 0,001
1+h1h 0,4881 0,4988 0,4999 0,5001

(Valeurs arrondies à 104 près.) Que h soit positif ou négatif, le taux de variation semble se rapprocher de 0,5 — et l'on peut vérifier qu'il s'en rapproche d'aussi près que l'on veut, pourvu que h soit suffisamment proche de 0. Ce comportement mérite une définition.

Définition

Nombre dérivé. Soit f une fonction définie sur un intervalle I et a un réel de I. On dit que f est dérivable en a lorsque le taux de variation f(a+h)f(a)h se rapproche d'un réel unique lorsque h se rapproche de 0. Ce réel est appelé le nombre dérivé de f en a, et il est noté f(a). On résume cette définition par la notation

f(a)=limh0f(a+h)f(a)h,

qui se lit : « lorsque h se rapproche de 0, le taux de variation se rapproche de f(a) » (le symbole lim abrège le mot limite).

Remarque. On ne donne pas en première de définition formelle de cette notion de limite ; la perception intuitive suffit : le taux devient aussi proche que l'on veut de f(a) dès que h est assez proche de 0, que h soit positif ou négatif (mais jamais nul). Cette perception sera appuyée par trois points de vue complémentaires : numérique (tableaux de valeurs), algébrique (calcul exact du taux) et graphique (sécantes, à la section suivante).

Exemple

La fonction carré est dérivable en 1. D'après la section précédente, le taux de variation de f(x)=x2 entre 1 et 1+h vaut 2+h. Lorsque h se rapproche de 0, la quantité 2+h se rapproche de 2. Donc la fonction carré est dérivable en 1, et

f(1)=limh0(2+h)=2.

Exemple

La fonction racine carrée est dérivable en 1. Soit f(x)=x et h0 tel que 1+h>0. Le taux de variation de f entre 1 et 1+h vaut 1+h1h ; sous cette forme, difficile de voir de quoi il se rapproche. L'astuce consiste à multiplier numérateur et dénominateur par la quantité conjuguée 1+h+1 :

1+h1h=(1+h1)(1+h+1)h(1+h+1)=(1+h)1h(1+h+1)=hh(1+h+1)=11+h+1.

(On a utilisé l'identité remarquable (uv)(u+v)=u2v2.) Lorsque h se rapproche de 0, 1+h se rapproche de 1=1, donc le taux de variation se rapproche de 11+1=12. Ainsi f est dérivable en 1 et f(1)=12 : on retrouve exactement la valeur 0,5 conjecturée dans le tableau ci-dessus.

Remarque (notations des autres disciplines). En physique ou en sciences économiques, le taux de variation se note souvent ΔyΔx — la lettre grecque Δ désigne une variation : Δy=f(a+h)f(a) et Δx=h — et le nombre dérivé se note dydx, rapport de variations « infiniment petites ».

La tangente à une courbe

Donnons maintenant au nombre dérivé sa signification géométrique. Fixons un point A(a;f(a)) sur la courbe de f, et considérons un second point M de la courbe, mobile. Lorsque M glisse le long de la courbe vers A, la sécante (AM) pivote autour de A ; sa pente — le taux de variation de f entre les abscisses de A et de M — se rapproche de f(a). Les sécantes se rapprochent donc d'une droite « limite » passant par A et de pente f(a).

Les sécantes (AM) pivotent vers la tangente T lorsque M se rapproche de A

Sur la figure ci-dessus, où f(x)=x22 et A(1;0,5) : la sécante joignant A au point M1(3;4,5) a pour pente 4,50,531=2 ; celle joignant A à M2(2;2) a pour pente 20,521=1,5. À mesure que M se rapproche de A, les pentes se rapprochent de 1 : c'est le nombre dérivé de f en 1, puisque le taux de variation f(1+h)f(1)h=(1+h)212h=2h+h22h=1+h2 se rapproche de 1 lorsque h se rapproche de 0. La droite T de pente 1 passant par A est la position limite des sécantes : c'est la tangente.

Définition

Tangente. Soit f une fonction dérivable en a, et A(a;f(a)) le point d'abscisse a de sa courbe représentative. La tangente à la courbe au point A est la droite passant par A et de coefficient directeur f(a).

C'est la position « limite » des sécantes (AM) lorsque le point M se rapproche de A le long de la courbe.

Remarque. Réciproquement, le nombre dérivé se lit sur la tangente : f(a) est la pente de la tangente à la courbe au point d'abscisse a. En particulier, si la tangente en un point est horizontale, le nombre dérivé y vaut 0.

Lecture de la pente d'une tangente sur un quadrillage

Méthode

Lire un nombre dérivé sur un graphique. La tangente au point d'abscisse a étant tracée :

  1. Choisir deux points de la tangente situés sur des nœuds du quadrillage.
  2. Calculer la pente entre ces deux points : f(a)=ΔyΔx, variation verticale divisée par variation horizontale.

Sur la figure ci-dessus (f(x)=x2, point A(1;1)) : en partant de A et en suivant la tangente, une avancée de +1 en abscisse s'accompagne d'une montée de +2 en ordonnée. Donc f(1)=21=2.

Construire une tangente connaissant le nombre dérivé.

  1. Placer le point de contact A(a;f(a)).
  2. À partir de A, avancer de 1 en abscisse, puis de f(a) en ordonnée (vers le haut si f(a)>0, vers le bas si f(a)<0) : on obtient un second point de la tangente.
  3. Tracer la droite passant par A et ce second point. Cas particulier : si f(a)=0, tracer la droite horizontale passant par A.

Équation de la tangente

La tangente est une droite dont on connaît un point — le point de contact A(a;f(a)) — et la pente, f(a) : on peut donc déterminer son équation réduite.

Propriété

Équation de la tangente. Soit f une fonction dérivable en a. La tangente à la courbe représentative de f au point d'abscisse a a pour équation

y=f(a)+f(a)(xa).

On la rencontre aussi sous la forme équivalente y=f(a)(xa)+f(a).

Démonstration. La tangente T est, par définition, la droite de coefficient directeur f(a) passant par le point A(a;f(a)). Comme toute droite non verticale, elle admet une équation réduite de la forme y=mx+p ; son coefficient directeur vaut f(a), donc m=f(a) et

T:y=f(a)x+p,

où l'ordonnée à l'origine p reste à déterminer. Le point A appartient à T, donc ses coordonnées vérifient cette équation :

f(a)=f(a)×a+p,c’est-aˋ-direp=f(a)f(a)a.

En remplaçant p par cette valeur, l'équation de T devient

y=f(a)x+f(a)f(a)a=f(a)+f(a)(xa),

qui est la formule annoncée.

Méthode

Déterminer l'équation de la tangente au point d'abscisse a.

  1. Calculer f(a) : c'est l'ordonnée du point de contact.
  2. Calculer f(a), en étudiant le taux de variation de f entre a et a+h : c'est la pente de la tangente.
  3. Remplacer f(a) et f(a) dans la formule y=f(a)+f(a)(xa), puis développer et réduire.

Exemple

Tangente à la courbe de f(x)=x23x+1 au point d'abscisse 1.

  1. Ordonnée du point de contact. f(1)=13+1=1.
  2. Pente. Pour h0, le taux de variation de f entre 1 et 1+h vaut
f(1+h)f(1)h=(1+h)23(1+h)+1(1)h.

Développons le numérateur :

(1+h)23(1+h)+2=1+2h+h233h+2=h2h,

de sorte que le taux de variation vaut

h2hh=h(h1)h=h1.

Lorsque h se rapproche de 0, ce taux se rapproche de 1 : ainsi f(1)=1. 3. Équation.

y=f(1)+f(1)(x1)=1(x1)=1x+1=x.

La tangente cherchée a pour équation y=x : c'est la droite de pente 1 passant par l'origine. On contrôle la cohérence du résultat : cette droite passe bien par le point de contact (1;1).

Approximation linéaire

Par construction, la tangente est la droite qui « colle » le mieux à la courbe au voisinage du point de contact : zoomer sur une courbe en un point où la fonction est dérivable, c'est voir apparaître une droite.

Près du point de contact, la courbe de la racine carrée et sa tangente sont indiscernables

La figure montre la courbe de la fonction racine carrée et sa tangente au point (1;1), de pente f(1)=12 — d'équation y=1+12(x1) d'après la section précédente. Près du point de contact, courbe et tangente sont presque indiscernables : on peut donc remplacer la fonction par sa tangente pour calculer des valeurs approchées.

Propriété

Approximation linéaire. Soit f une fonction dérivable en a. Pour h proche de 0 :

f(a+h)f(a)+f(a)h.

Autrement dit, au voisinage de a, la fonction f est bien approchée par la fonction affine

xf(a)+f(a)(xa),

dont la droite représentative est la tangente au point d'abscisse a : on l'appelle la fonction affine tangente à f en a.

Cette approximation découle directement de la définition du nombre dérivé : pour h proche de 0, le taux f(a+h)f(a)h est proche de f(a) ; en multipliant par h, l'écart f(a+h)f(a) est proche de f(a)h, d'où la formule. (Les deux écritures se correspondent en posant x=a+h, c'est-à-dire h=xa.)

Exemple

Valeur approchée de 1,02. Prenons f(x)=x et a=1 : on connaît f(1)=1 et f(1)=12. Avec h=0,02, l'approximation linéaire donne

1,02=f(1+0,02)f(1)+f(1)×0,02=1+0,022=1,01.

La calculatrice affiche 1,021,00995 : l'approximation 1,01, obtenue de tête, est correcte à 5×105 près.

Valeur approchée de (1,03)2. Avec f(x)=x2, a=1 (donc f(1)=1 et f(1)=2) et h=0,03 :

(1,03)21+2×0,03=1,06.

La valeur exacte est (1,03)2=1,0609 : l'erreur commise vaut 0,0009.

Remarque (taille de l'erreur). Pour la fonction carré en a=1, l'erreur se calcule exactement : (1+h)2=1+2h+h2, alors que l'approximation linéaire donne 1+2h. L'erreur vaut donc exactement h2 — pour h=0,03, on retrouve 0,032=0,0009. Or, quand h est petit, h2 est beaucoup plus petit que h (un centième donne un dix-millième) : c'est ce qui rend l'approximation si efficace près du point de contact, et de moins en moins fiable à mesure qu'on s'en éloigne.

Quand le nombre dérivé n'existe pas

La définition du nombre dérivé exige que le taux de variation se rapproche d'un réel unique lorsque h se rapproche de 0. Rien ne garantit que ce soit toujours le cas : une fonction peut être définie en a sans être dérivable en a. L'exemple suivant est à connaître.

Propriété

Non-dérivabilité de la racine carrée en 0. La fonction racine carrée xx, définie sur [0;+[, n'est pas dérivable en 0.

Démonstration. Soit h>0 — la fonction racine carrée n'étant pas définie pour les réels strictement négatifs, seuls les h strictement positifs sont à considérer. Le taux de variation de la fonction racine carrée entre 0 et 0+h vaut

0+h0h=hh.

Or h=h×h, donc

hh=hh×h=1h.

Étudions ce quotient lorsque h se rapproche de 0 : le dénominateur h se rapproche de 0 en restant strictement positif, donc 1h devient aussi grand que l'on veut. Par exemple, pour h=0,01, le taux vaut 10,01=10,1=10 ; pour h=0,0001, il vaut 10,01=100 ; pour h=108, il vaut 10000… Le taux de variation ne se rapproche donc d'aucun réel : la fonction racine carrée n'est pas dérivable en 0.

Les sécantes issues de l'origine deviennent de plus en plus raides

Interprétation graphique. Les sécantes joignant l'origine O au point M d'abscisse h de la courbe ont pour pente 1h : plus M se rapproche de O, plus elles sont raides. Sur la figure, pour M d'abscisses 1, puis 0,25, puis 0,04, les pentes valent respectivement 1, 2 et 5. Les sécantes ne pivotent vers aucune droite de pente finie : elles se redressent vers la verticale. On dit que la courbe de la racine carrée admet en l'origine une tangente verticale — plus précisément une demi-tangente, portée par l'axe des ordonnées, la courbe n'existant qu'à droite de O.

Remarque. D'autres situations de non-dérivabilité — comme le point anguleux que présente la courbe de la fonction valeur absolue en l'origine — seront rencontrées au chapitre suivant.

Interprétations du nombre dérivé

Le nombre dérivé mesure une vitesse de variation instantanée : selon le contexte, cette idée prend des visages différents.

En cinématique : la vitesse instantanée

Propriété

Vitesse moyenne, vitesse instantanée. Un mobile se déplace ; on note d(t) la distance qu'il a parcourue à l'instant t.

  • Le taux de variation d(a+h)d(a)h est la vitesse moyenne du mobile entre les instants a et a+h.
  • Le nombre dérivé d(a), limite de ces vitesses moyennes sur des durées h de plus en plus courtes, est la vitesse instantanée du mobile à l'instant a.

C'est cette vitesse instantanée qu'affiche le compteur d'une voiture et que mesure un radar : la réponse à la question posée en ouverture du chapitre.

Exemple

Chute d'une bille. On lâche une bille ; la distance qu'elle a parcourue au bout de t secondes vaut environ d(t)=5t2 (d en mètres, t en secondes). Quelle est sa vitesse instantanée à l'instant t=2 ?

Pour h0, la vitesse moyenne entre les instants 2 et 2+h vaut

d(2+h)d(2)h=5(2+h)25×22h=5(4+4h+h2)20h=20h+5h2h=20+5h.

Lorsque h se rapproche de 0, cette vitesse moyenne se rapproche de 20 : donc d(2)=20. À l'instant t=2 s, la bille tombe à la vitesse instantanée de 20 m/s, soit 20×3,6=72 km/h.

En économie : le coût marginal

On considère une entreprise dont le coût total de production de q objets est C(q), en euros. Le nombre dérivé C(q) est appelé coût marginal au niveau de production q. L'approximation linéaire, appliquée avec h=1, en donne l'interprétation :

C(q+1)C(q)C(q)×1=C(q).

Le coût marginal C(q) s'interprète donc comme le coût de production d'une unité supplémentaire, lorsque q objets sont déjà produits. Prendre h=1 peut surprendre — 1 n'est pas « proche de 0 » — mais à l'échelle d'une production de plusieurs centaines ou milliers d'unités, un pas d'une unité est relativement minuscule : l'approximation est excellente en pratique.

Exemple

Le coût de production de q objets vaut C(q)=0,05q2+10q+1000 (en euros). Pour h0, un développement donne C(100+h)C(100)=20h+0,05h2, donc le taux de variation de C entre 100 et 100+h vaut 20+0,05h, qui se rapproche de 20 lorsque h se rapproche de 0 : ainsi C(100)=20. Au niveau de 100 objets produits, fabriquer un objet supplémentaire coûte donc environ 20 euros. Le coût exact est C(101)C(100)=2520,052500=20,05 euros : l'écart avec l'approximation n'est que de 5 centimes.

Un algorithme : la liste des pentes des sécantes

L'approche numérique de la section sur le nombre dérivé — un tableau de taux de variation pour des pas h de plus en plus petits — se prête bien à l'automatisation. Le programme suivant construit la liste des coefficients directeurs des sécantes entre le point d'abscisse a et les points d'abscisses a+h, où h prend successivement les valeurs pas, pas10, pas100, etc. — soit pas10i pour i allant de 0 à n1.

def pentes(f, a, pas, n):
    liste = []
    h = pas
    for i in range(n):
        liste.append((f(a + h) - f(a)) / h)
        h = h / 10
    return liste

def f(x):
    return x**2

print(pentes(f, 1, 0.1, 4))

Quelques repères sur les listes, la principale nouveauté Python de l'année de première : liste = [] crée une liste vide ; liste.append(v) ajoute la valeur v à la fin de la liste ; la fonction renvoie finalement la liste complète des n pentes calculées.

Pour f(x)=x2, a=1, un pas initial de 0,1 et n=4, les valeurs successives de h sont 0,1 ; 0,01 ; 0,001 ; 0,0001, et chaque pente vaut 2+h (calcul de la première section). Le programme affiche donc [2.1, 2.01, 2.001, 2.0001] — à d'éventuelles décimales parasites près, du type 2.100000000000002, dues aux arrondis binaires de la machine. Les pentes se rapprochent de 2 : on retrouve la conjecture f(1)=2, démontrée plus haut par le calcul algébrique. Le programme, lui, ne démontre rien — mais il suggère la valeur du nombre dérivé, pour n'importe quelle fonction et en n'importe quel point.

Ce chapitre s'est concentré sur un point de vue local : en chaque point étudié, un taux de variation, une limite, un nombre. Le chapitre suivant change d'échelle et adopte un point de vue global : en calculant le nombre dérivé en tout point x d'un intervalle, on construira une nouvelle fonction, la fonction dérivée xf(x), et des formules permettront de la calculer sans repasser à chaque fois par un taux de variation. Son signe révélera alors les variations de la fonction sur l'intervalle tout entier.

Bloqué sur « Dérivation : point de vue local » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.