Maths expertes · Chapitre 04 · Arithmétique

Arithmétique

Divisibilité, congruences, PGCD, théorèmes de Bézout et de Gauss, nombres premiers, petit théorème de Fermat, équations diophantiennes.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Divisibilité
  • Congruences
  • PGCD
  • Théorèmes de Bézout et de Gauss
  • Nombres premiers
  • Petit théorème de Fermat
  • Équations diophantiennes

L'arithmétique, la science des nombres entiers, est la plus ancienne branche des mathématiques : vers 300 avant notre ère, les Éléments d'Euclide contiennent déjà l'algorithme de calcul du PGCD qui porte son nom et la démonstration, toujours enseignée aujourd'hui, de l'infinité des nombres premiers. Au XVIIe siècle, Pierre de Fermat relance la discipline en énonçant, dans les marges de ses lectures, des résultats profonds sur les nombres premiers, dont le « petit théorème » qui clôt ce chapitre. Longtemps considérée comme la plus pure des disciplines, sans la moindre application, l'arithmétique est devenue au XXe siècle le cœur de la cryptographie qui protège nos communications : les théorèmes que nous allons démontrer sont exécutés chaque seconde par des milliards de machines.

Divisibilité dans Z

Tout ce chapitre se déroule dans Z, l'ensemble des entiers relatifs. La notion fondatrice est celle de divisibilité : elle formalise l'idée qu'un entier « tombe juste » dans un autre.

Définition

Divisibilité. Soient a et b deux entiers relatifs. On dit que a divise b, et on note ab, lorsqu'il existe un entier relatif k tel que

b=ka.

On dit alors aussi que b est un multiple de a, ou que a est un diviseur de b. Dans le cas contraire, on note ab.

Exemples.

a. 791 car 91=7×13.

b. 624 car 24=(6)×(4).

c. 527 car 27=5×5+2.

Remarques.

  • Tout entier a divise 0, puisque 0=0×a. En revanche, 0 ne divise que 0.
  • Les entiers 1 et 1 divisent tous les entiers, et tout entier a est divisible par 1, 1, a et a.
  • Si ab, alors ab également : les diviseurs d'un entier vont donc par paires opposées. Ainsi, l'ensemble des diviseurs de 12 est {±1;±2;±3;±4;±6;±12}.

Propriété

Diviseurs d'un entier non nul. Soit b un entier relatif non nul. Si ab, alors ab. En particulier, l'ensemble des diviseurs de b est fini.

Démonstration. Écrivons b=ka avec k entier. Comme b0, on a k0, donc k1, et ainsi b=k×aa. Les diviseurs de b sont donc tous compris entre b et b : il n'y en a qu'un nombre fini.

Les deux propriétés suivantes sont les outils de travail quotidiens de l'arithmétique : la seconde, en particulier, servira dans presque toutes les démonstrations du chapitre.

Propriété

Transitivité et combinaisons linéaires. Soient a, b, c des entiers relatifs.

  • Transitivité : si ab et bc, alors ac.
  • Combinaisons linéaires : si da et db, alors pour tous entiers relatifs u et v,
dau+bv.

En particulier, d divise a+b et ab.

Démonstration. Pour la transitivité : si b=ka et c=kb avec k et k entiers, alors c=kka, et kk est un entier, donc ac.

Pour les combinaisons linéaires : si da et db, il existe des entiers k et k tels que a=dk et b=dk. Alors, pour tous entiers u et v :

au+bv=dku+dkv=d(ku+kv),

et ku+kv est un entier relatif, donc dau+bv. Les cas particuliers s'obtiennent avec (u;v)=(1;1) et (u;v)=(1;1).

Exemple

Trouver les diviseurs communs à n et n+3. Soit d un diviseur commun à n et n+3, où n est un entier quelconque. Par combinaison linéaire, d divise (n+3)n=3, donc d{3;1;1;3}. Sans rien connaître de n, on a considérablement limité les possibilités : c'est le mode de raisonnement typique de l'arithmétique.

Division euclidienne

Lorsque b ne divise pas a, tout n'est pas perdu : on peut toujours effectuer la division « avec reste » apprise à l'école primaire. Le théorème suivant, pilier du chapitre, affirme que cette division est toujours possible et que son résultat est unique.

Propriété

Théorème (division euclidienne). Soient a un entier relatif et b un entier naturel non nul. Il existe un unique couple d'entiers (q;r) tel que

a=bq+ret0r<b.

L'entier q est le quotient et l'entier r le reste de la division euclidienne de a (le dividende) par b (le diviseur).

Démonstration. Existence. Considérons l'ensemble E={kZ  ;  bka} des entiers dont le produit par b ne dépasse pas a.

  • E est non vide : si a0, alors 0E ; si a<0, alors baa (car b1 et a<0), donc aE.
  • E est majoré : soit kE. Si k>0, alors kbkaa ; si k0, alors k0a. Dans tous les cas, ka.

L'ensemble E, partie non vide et majorée de Z, admet donc un plus grand élément, que nous notons q. Par définition de q : bqa, et q+1E, c'est-à-dire b(q+1)>a. Posons r=abq. Alors a=bq+r par construction, r0 car bqa, et

r=abq<b(q+1)bq=b,

d'où 0r<b : le couple (q;r) convient.

Unicité. Supposons a=bq+r=bq+r avec 0r<b et 0r<b. En soustrayant les deux écritures :

b(qq)=rr,

donc b divise rr. Or les encadrements de r et r donnent b<rr<b, et le seul multiple de b strictement compris entre b et b est 0. Ainsi r=r, puis b(qq)=0 avec b0, d'où q=q.

Exemple

Division de 47 par 6. Comme 47=6×7+5 avec 05<6, le quotient est 7 et le reste est 5.

Division de 17 par 5 (piège classique). On serait tenté d'écrire 17=5×(3)2, mais 2 n'est pas un reste valable : le reste doit vérifier 0r<5. La bonne écriture est

17=5×(4)+3,

avec 03<5 : le quotient est 4 et le reste est 3. Pour un dividende négatif, le quotient est donc « un cran plus bas » que ce que suggère le calcul naïf.

Remarque. Le reste est nul si et seulement si b divise a : la division euclidienne contient donc la divisibilité comme cas particulier, et fournit un test concret de divisibilité.

Congruences

Bien souvent, seul le reste d'une division nous intéresse : quelle heure sera-t-il dans 1000 heures, quel est le chiffre des unités de 750 ? La notion de congruence, introduite par Gauss en 1801, permet de calculer directement sur les restes, avec une souplesse remarquable.

Définition

Congruence modulo n. Soit n un entier naturel non nul. Deux entiers relatifs a et b sont dits congrus modulo n, ce qui se note

ab  [n],

lorsque n divise ab.

Exemples.

a. 183  [5] car 515.

b. 75  [12] car 12(12).

c. 1002  [7] car 798.

La définition par la divisibilité est la plus commode pour les démonstrations, mais l'intuition « même reste » reste la bonne, comme le confirme la caractérisation suivante.

Propriété

Caractérisation par les restes. Soient a et b deux entiers relatifs et n un entier naturel non nul. Alors

ab  [n]    a et b ont le meˆme reste dans la division euclidienne par n.

En particulier, a est congru modulo n à un unique entier r vérifiant 0r<n : son reste dans la division euclidienne par n. Ainsi, na si et seulement si a0  [n].

Démonstration. Écrivons les divisions euclidiennes de a et b par n : a=nq+r et b=nq+r avec 0r<n et 0r<n. Alors

ab=n(qq)+(rr).

Si r=r, alors ab=n(qq) est divisible par n, donc ab  [n]. Réciproquement, si nab, alors rr=(ab)n(qq) est divisible par n comme combinaison linéaire de ab et de n. Or n<rr<n, et le seul multiple de n dans cet intervalle est 0 : donc r=r.

Remarque. On vérifie immédiatement à partir de la définition que la congruence se comporte comme une égalité : aa  [n] ; si ab  [n] alors ba  [n] ; et si ab  [n] et bc  [n], alors ac  [n] (car n divise (ab)+(bc)=ac).

Voici maintenant la propriété qui fait toute la puissance des congruences : elles sont compatibles avec les opérations. On peut additionner, soustraire et multiplier des congruences membre à membre, exactement comme des égalités.

Propriété

Compatibilité avec les opérations. Soit n un entier naturel non nul, et soient a, b, c, d des entiers relatifs tels que ab  [n] et cd  [n]. Alors :

  • a+cb+d  [n] et acbd  [n] ;
  • acbd  [n] ;
  • pour tout entier naturel k : akbk  [n].

Démonstration (produit et puissances). Pour le produit, l'astuce consiste à intercaler le terme bc :

acbd=acbc+bcbd=c(ab)+b(cd).

Par hypothèse, n divise ab et cd : la propriété des combinaisons linéaires assure alors que n divise c(ab)+b(cd)=acbd, c'est-à-dire acbd  [n].

Pour les puissances, on raisonne par récurrence sur k. Pour k=0, on a bien 11  [n]. Supposons akbk  [n] pour un entier naturel k. En appliquant la compatibilité avec le produit aux congruences ab  [n] et akbk  [n], on obtient ak+1bk+1  [n], ce qui achève la récurrence. La compatibilité avec la somme et la différence se démontre de même, directement par combinaison linéaire.

Remarque (mise en garde). On ne peut pas simplifier une congruence par un facteur commun : 2×32×0  [6] est vraie, mais 30  [6] est fausse. La « division » des congruences n'existe pas en général ; le théorème de Gauss, plus loin, précisera dans quel cas une simplification est légitime.

Méthode

Calculer le reste d'une puissance ak modulo n.

  1. Remplacer a par son reste modulo n (compatibilité avec les puissances).
  2. Calculer les premières puissances modulo n jusqu'à trouver un cycle, idéalement une puissance congrue à 1 ou à 1.
  3. Effectuer la division euclidienne de l'exposant k par la longueur du cycle, et écrire ak à l'aide de cette division.
  4. Conclure en donnant le reste, c'est-à-dire l'unique représentant compris entre 0 et n1.

Exemple

Reste de 2100 dans la division par 7. Calculons les premières puissances de 2 modulo 7 :

k 1 2 3 4 5 6
2k  [7] 2 4 1 2 4 1

Le cycle est de longueur 3, car 23=81  [7]. La division euclidienne de 100 par 3 donne 100=3×33+1, donc

2100=(23)33×21133×22  [7].

Le reste de 2100 dans la division par 7 est 2.

Critères de divisibilité

Les congruences expliquent enfin les critères de divisibilité appris au collège, et en fournissent de nouveaux. Notons qu'un entier naturel N d'écriture décimale akak1a1a0 (où a0 est le chiffre des unités) s'écrit

N=ak×10k+ak1×10k1++a1×10+a0.

Propriété

Critères de divisibilité par 3, 9 et 11. Avec les notations ci-dessus :

  • Na0+a1++ak  [9] : donc N est divisible par 9 si et seulement si la somme de ses chiffres l'est. Le même énoncé vaut modulo 3.
  • Na0a1+a2+(1)kak  [11] : donc N est divisible par 11 si et seulement si la somme alternée de ses chiffres (en partant des unités) l'est.

Exemple

Démonstration rédigée du critère par 9. Le point de départ est la congruence 101  [9], puisque 9101. Par compatibilité avec les puissances, pour tout entier naturel i :

10i1i1  [9].

Par compatibilité avec le produit puis avec la somme, on en déduit :

N=ak×10k++a1×10+a0ak++a1+a0  [9].

Ainsi N et la somme de ses chiffres ont le même reste modulo 9 ; en particulier, l'un est divisible par 9 si et seulement si l'autre l'est. Le critère par 3 se démontre à l'identique à partir de 101  [3], et celui par 11 à partir de 101  [11], qui donne 10i(1)i  [11].

Applications. 7425 est divisible par 9 car 7+4+2+5=18 l'est (en effet 7425=9×825). Et 6149 est divisible par 11 car sa somme alternée vaut 94+16=0 (en effet 6149=11×559).

PGCD et algorithme d'Euclide

Après l'étude des diviseurs d'un entier, intéressons-nous aux diviseurs communs à deux entiers, et au plus grand d'entre eux.

Définition

PGCD. Soient a et b deux entiers relatifs non tous les deux nuls. L'ensemble des diviseurs communs à a et b est fini (l'un des deux entiers est non nul, et ses diviseurs sont en nombre fini) et non vide (il contient 1) : il admet donc un plus grand élément, appelé PGCD (plus grand commun diviseur) de a et b, et noté gcd(a;b).

Exemple

Les diviseurs positifs de 12 sont 1, 2, 3, 4, 6, 12 ; ceux de 18 sont 1, 2, 3, 6, 9, 18. Les diviseurs positifs communs sont 1, 2, 3, 6, donc gcd(12;18)=6.

Propriété

Premières propriétés du PGCD. Soient a et b des entiers relatifs non tous les deux nuls.

  • gcd(a;b)=gcd(b;a)=gcd(a;b) : on peut toujours se ramener à des entiers naturels.
  • gcd(a;0)=a pour a0.
  • Si b0 et ba, alors gcd(a;b)=b.
  • gcd(a;b)1.

Ces propriétés découlent directement de la définition : un entier et son opposé ont les mêmes diviseurs, tout entier divise 0, et si ba alors b est un diviseur commun à a et b qui est le plus grand possible parmi les diviseurs de b.

Calculer un PGCD en dressant la liste des diviseurs devient vite impraticable : quels sont les diviseurs de 8051 ? Le lemme suivant, cœur de l'algorithme d'Euclide, permet de remplacer ce problème par un problème strictement plus petit.

Propriété

Lemme d'Euclide. Soient a un entier relatif et b un entier naturel non nul. Si r est le reste de la division euclidienne de a par b, alors

gcd(a;b)=gcd(b;r).

Démonstration. Écrivons a=bq+r. Montrons que les couples (a;b) et (b;r) ont exactement les mêmes diviseurs communs ; leurs plus grands éléments seront alors égaux.

Soit d un diviseur commun à a et b. Comme r=abq est une combinaison linéaire de a et b, on a dr : donc d est un diviseur commun à b et r.

Réciproquement, soit d un diviseur commun à b et r. Comme a=bq+r est une combinaison linéaire de b et r, on a da : donc d est un diviseur commun à a et b.

Les deux ensembles de diviseurs communs coïncident, donc les PGCD sont égaux.

Méthode

Algorithme d'Euclide. Pour calculer gcd(a;b) avec ab>0 :

  1. Effectuer la division euclidienne de a par b : le reste est r1.
  2. Recommencer avec le couple (b;r1), puis (r1;r2), etc. : à chaque étape, on divise le précédent diviseur par le précédent reste.
  3. S'arrêter dès qu'un reste est nul : gcd(a;b) est le dernier reste non nul.

L'algorithme se termine toujours : les restes forment une suite d'entiers naturels strictement décroissante, qui atteint donc 0 en un nombre fini d'étapes.

Exemple

Calcul de gcd(252;198). On enchaîne les divisions euclidiennes :

252=1×198+54198=3×54+3654=1×36+1836=2×18+0

Le dernier reste non nul est 18, donc gcd(252;198)=18. La justification est une chaîne d'applications du lemme d'Euclide :

gcd(252;198)=gcd(198;54)=gcd(54;36)=gcd(36;18)=gcd(18;0)=18.

L'algorithme se programme en quelques lignes : l'opérateur % de Python renvoie précisément le reste de la division euclidienne.

def pgcd(a, b):
    while b != 0:
        a, b = b, a % b
    return a

print(pgcd(252, 198))  # affiche 18

Entiers premiers entre eux

Le cas où le PGCD vaut 1 est si important qu'il mérite un nom : c'est lui qui gouverne les théorèmes de Bézout et de Gauss.

Définition

Entiers premiers entre eux. Deux entiers relatifs a et b, non tous les deux nuls, sont dits premiers entre eux lorsque

gcd(a;b)=1,

c'est-à-dire lorsque leurs seuls diviseurs communs sont 1 et 1.

Remarque. Ne pas confondre « premiers entre eux » et « nombres premiers » : 8 et 15 sont premiers entre eux (aucun diviseur commun autre que ±1), alors qu'aucun des deux n'est un nombre premier. Inversement, deux nombres premiers distincts sont toujours premiers entre eux.

Définition

Fraction irréductible. Une fraction ab (avec a entier relatif et b entier relatif non nul) est dite irréductible lorsque a et b sont premiers entre eux.

La propriété suivante affirme qu'en divisant deux entiers par leur PGCD, on « épuise » tout ce qu'ils ont en commun : c'est elle qui garantit que toute fraction se simplifie en une fraction irréductible.

Propriété

Quotients par le PGCD. Soient a et b deux entiers relatifs non tous les deux nuls, et d=gcd(a;b). Alors les entiers ad et bd sont premiers entre eux :

gcd(ad;bd)=1.

En particulier, toute fraction ab s'écrit sous forme irréductible en divisant numérateur et dénominateur par gcd(a;b).

Démonstration. Comme d divise a et b, on peut écrire a=da et b=db avec a et b entiers relatifs. Posons k=gcd(a;b) : c'est un entier naturel supérieur ou égal à 1, et k divise a et b. Alors dk divise da=a et db=b : c'est un diviseur commun positif de a et b. Par définition du PGCD, dkd, donc k1, et finalement k=1.

Exemple

Pour a=252 et b=198, on a vu que d=18. Alors 252198=252/18198/18=1411, et gcd(14;11)=1 : la fraction 1411 est irréductible.

Théorème de Bézout

L'algorithme d'Euclide fait mieux que calculer le PGCD : lu à l'envers, il exprime ce PGCD comme combinaison linéaire des deux entiers de départ. Cette lecture à rebours est appelée la remontée de l'algorithme.

Exemple

Remontée de l'algorithme pour 252 et 198. Reprenons les divisions du calcul de gcd(252;198)=18 et isolons chaque reste :

54=2521×198,36=1983×54,18=541×36.

Partons de la dernière égalité et remplaçons les restes de proche en proche, en remontant :

18=541×36=541×(1983×54)=4×541×198=4×(2521×198)1×198=4×2525×198.

On a bien obtenu 252×4+198×(5)=1008990=18=gcd(252;198).

Ce que l'exemple montre est général : chaque reste de l'algorithme s'écrit comme combinaison linéaire des deux termes qui le précèdent, donc, de proche en proche, comme combinaison linéaire de a et b. Le dernier reste non nul, c'est-à-dire le PGCD, s'écrit ainsi au+bv. C'est l'identité de Bézout.

Propriété

Identité de Bézout. Soient a et b deux entiers relatifs non tous les deux nuls, et d=gcd(a;b). Il existe des entiers relatifs u et v tels que

au+bv=d.

La remontée de l'algorithme d'Euclide fournit explicitement un tel couple (u;v).

Dans le cas d'entiers premiers entre eux, cette identité admet une réciproque : c'est le théorème de Bézout proprement dit.

Propriété

Théorème de Bézout. Soient a et b deux entiers relatifs non tous les deux nuls. Alors

gcd(a;b)=1    il existe des entiers relatifs u et v tels que au+bv=1.

Démonstration. Sens direct. Si gcd(a;b)=1, l'identité de Bézout fournit directement des entiers u et v tels que au+bv=1.

Sens réciproque. Supposons qu'il existe des entiers u et v tels que au+bv=1, et soit d un diviseur commun positif de a et b. Par la propriété des combinaisons linéaires, d divise au+bv=1, donc d=1. Le seul diviseur commun positif de a et b est 1, c'est-à-dire gcd(a;b)=1.

Remarque (mise en garde). L'équivalence ne vaut que pour le second membre 1. Si au+bv=c avec c1, on peut seulement affirmer que gcd(a;b) divise c, pas qu'il lui est égal : par exemple 2×3+4×0=6, alors que gcd(2;4)=26.

Le théorème de Bézout est l'outil roi pour montrer que deux entiers dépendant d'un paramètre sont premiers entre eux : inutile de calculer le moindre PGCD, il suffit d'exhiber une combinaison linéaire égale à 1.

Exemple

Montrer que 2n+1 et 3n+2 sont premiers entre eux pour tout entier n. Cherchons une combinaison linéaire qui élimine n :

3(2n+1)2(3n+2)=6n+36n4=1.

En multipliant par 1 : (2n+1)×(3)+(3n+2)×2=1. D'après le théorème de Bézout (avec u=3 et v=2), les entiers 2n+1 et 3n+2 sont premiers entre eux, quel que soit l'entier n.

Théorème de Gauss

Nous avons signalé qu'on ne peut pas simplifier une congruence ou une divisibilité sans précaution. Le théorème de Gauss donne la condition exacte sous laquelle la simplification est permise : c'est le résultat le plus utilisé du chapitre, notamment pour résoudre les équations diophantiennes.

Propriété

Théorème de Gauss. Soient a, b, c des entiers relatifs. Si a divise le produit bc et si a est premier avec b, alors a divise c :

(abc et gcd(a;b)=1)    ac.

Démonstration. Comme gcd(a;b)=1, le théorème de Bézout fournit des entiers u et v tels que au+bv=1. Multiplions cette égalité par c :

acu+bcv=c.

Or a divise acu (évident) et a divise bcv (car abc par hypothèse) : par combinaison linéaire, a divise acu+bcv=c.

Remarque. L'hypothèse gcd(a;b)=1 est indispensable : 6 divise 4×3=12, mais 6 ne divise ni 4 ni 3.

Propriété

Corollaires du théorème de Gauss. Soient a, b, c des entiers relatifs.

  • Divisibilité par un produit : si ba et ca avec b et c premiers entre eux, alors bca.
  • Diviseur premier d'un produit : si p est un nombre premier et si pab, alors pa ou pb. (La notion de nombre premier, connue depuis le collège, est reprise en détail dans la section suivante.)

Démonstration. Premier point. Comme ba, écrivons a=bk avec k entier. Alors c divise a=bk, et c est premier avec b : le théorème de Gauss donne ck, donc k=ck avec k entier, et a=bck, c'est-à-dire bca.

Second point. Supposons pa. Les seuls diviseurs positifs de p sont 1 et p ; comme p ne divise pas a, le seul diviseur positif commun à p et a est 1, donc gcd(p;a)=1. Puisque pab, le théorème de Gauss donne alors pb. On a bien montré : pa ou pb.

Exemple

Divisibilité par 36. Un entier divisible par 4 et par 9 est divisible par 36, car gcd(4;9)=1. L'hypothèse est essentielle : 12 est divisible par 4 et par 6, mais pas par 24 ; ici gcd(4;6)=21, le corollaire ne s'applique pas.

Équations diophantiennes

Diophante d'Alexandrie, au IIIe siècle, étudiait des équations dont on ne cherche que les solutions entières. Nous nous intéressons ici aux équations du premier degré à deux inconnues : étant donnés des entiers a, b (non nuls) et c, trouver tous les couples d'entiers relatifs (x;y) tels que

ax+by=c.

Propriété

Condition d'existence de solutions. L'équation ax+by=c admet des solutions entières si et seulement si gcd(a;b) divise c.

Démonstration. Posons d=gcd(a;b). Si (x;y) est une solution, alors d, qui divise a et b, divise la combinaison linéaire ax+by=c. Réciproquement, si dc, écrivons c=dc avec c entier. L'identité de Bézout fournit u et v tels que au+bv=d ; en multipliant par c :

a(uc)+b(vc)=dc=c,

donc le couple (uc;vc) est une solution.

Méthode

Résoudre l'équation diophantienne ax+by=c.

  1. Existence. Calculer d=gcd(a;b) (algorithme d'Euclide). Si dc : aucune solution, terminé. Si dc, on peut diviser toute l'équation par d pour se ramener à des coefficients premiers entre eux.
  2. Solution particulière. Trouver un couple (x0;y0) vérifiant l'équation : par remontée de l'algorithme d'Euclide (puis multiplication par le facteur adéquat), ou à vue si les coefficients sont petits.
  3. Mise en facteur. Pour (x;y) solution, soustraire membre à membre l'équation et l'égalité ax0+by0=c : on obtient une égalité de la forme a(xx0)=b(yy0).
  4. Théorème de Gauss. Les coefficients étant premiers entre eux, en déduire que b divise xx0, poser x=x0+bk avec k entier, puis reporter pour obtenir y.
  5. Réciproque et conclusion. Vérifier que tous les couples obtenus sont bien solutions, puis donner l'ensemble des solutions, décrit par le paramètre kZ.

Exemple

Résolution complète de l'équation 17x33y=1, d'inconnues entières x et y.

Étape 1 : existence. Appliquons l'algorithme d'Euclide à 33 et 17 :

33=1×17+16,17=1×16+1,16=16×1+0.

Donc gcd(17;33)=1, qui divise 1 : l'équation admet des solutions.

Étape 2 : solution particulière. Remontée de l'algorithme :

1=171×16=171×(331×17)=2×171×33.

Ainsi 17×233×1=1 : le couple (x0;y0)=(2;1) est une solution particulière.

Étape 3 : mise en facteur. Soit (x;y) une solution. En soustrayant 17×233×1=1 de 17x33y=1 :

17(x2)33(y1)=0,c’est-aˋ-dire17(x2)=33(y1).

Étape 4 : théorème de Gauss. L'entier 33 divise le produit 17(x2), et gcd(33;17)=1 : d'après le théorème de Gauss, 33 divise x2. Il existe donc un entier k tel que x=2+33k. En reportant dans l'égalité de l'étape 3 : 17×33k=33(y1), d'où y1=17k, c'est-à-dire y=1+17k.

Étape 5 : réciproque. Vérifions que tous ces couples conviennent : pour tout entier k,

17(2+33k)33(1+17k)=34+561k33561k=1.

L'ensemble des solutions est donc

S={(2+33k;1+17k),  kZ}.

Second membre non trivial : 17x33y=5. Inutile de tout recommencer : en multipliant par 5 la relation 17×233×1=1, on obtient 17×1033×5=5, donc (10;5) est une solution particulière. Les étapes 3 à 5 sont identiques mot pour mot (le second membre disparaît dans la soustraction), et donnent

S={(10+33k;5+17k),  kZ}.

Nombres premiers

Les nombres premiers sont les « atomes » de l'arithmétique : tout entier se fabrique en les multipliant, et ce d'une seule façon. Cette section établit leurs trois propriétés fondamentales : un test de primalité efficace, leur infinité, et le théorème de décomposition.

Définition

Nombre premier. Un entier naturel p est premier lorsque p2 et que ses seuls diviseurs positifs sont 1 et p. Un entier supérieur ou égal à 2 qui n'est pas premier est dit composé.

Exemple

Les nombres premiers inférieurs à 30 sont : 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29. Le nombre 1 n'est pas premier (cette convention est indispensable pour l'unicité de la décomposition en facteurs premiers), et 2 est le seul nombre premier pair.

Propriété

Existence d'un diviseur premier. Tout entier naturel n2 admet au moins un diviseur premier.

Démonstration. L'ensemble des diviseurs de n supérieurs ou égaux à 2 est non vide (il contient n) : il admet un plus petit élément d. Montrons que d est premier. Si d admettait un diviseur d avec 2d<d, alors par transitivité d diviserait n : ce serait un diviseur de n supérieur ou égal à 2 et strictement plus petit que d, ce qui contredit la minimalité de d. Les seuls diviseurs positifs de d sont donc 1 et d, et d2 : d est premier.

Propriété

Critère d'arrêt à n. Soit n2 un entier naturel. Si n n'est divisible par aucun nombre premier p tel que pn, alors n est premier.

Démonstration. Montrons la contraposée : si n est composé, alors n admet un diviseur premier inférieur ou égal à n. Supposons donc n composé : il s'écrit n=ab avec 2ab. Alors

a2ab=n,doncan.

D'après la propriété précédente, a admet un diviseur premier p, qui vérifie pan ; et par transitivité, p divise n.

Méthode

Tester si un entier n est premier.

  1. Calculer n (une valeur approchée suffit).
  2. Tester la divisibilité de n par chaque nombre premier pn, dans l'ordre : 2, 3, 5, 7, 11, etc.
  3. Si aucun ne divise n, alors n est premier ; sinon, n est composé et on a trouvé un diviseur.

Exemple

Le nombre 191 est-il premier ? On a 132=169191<196=142, donc 191<14 : il suffit de tester les nombres premiers jusqu'à 13, c'est-à-dire 2, 3, 5, 7, 11 et 13.

  • 191 est impair, donc 2191 ; la somme de ses chiffres vaut 1+9+1=11, non divisible par 3, donc 3191 ; son chiffre des unités est 1, donc 5191.
  • 191=7×27+2, donc 7191 ; 191=11×17+4, donc 11191 ; 191=13×14+9, donc 13191.

Aucun nombre premier inférieur ou égal à 191 ne divise 191 : d'après le critère d'arrêt, 191 est premier.

Combien y a-t-il de nombres premiers ? La réponse d'Euclide, vieille de vingt-trois siècles, est l'une des plus belles démonstrations des mathématiques — et elle est exigible au baccalauréat.

Propriété

Théorème (Euclide). Il existe une infinité de nombres premiers.

Démonstration. Raisonnons par l'absurde en supposant qu'il n'existe qu'un nombre fini de nombres premiers, notés p1,p2,,pn. Considérons l'entier

N=p1×p2××pn+1.

Comme N2, il admet un diviseur premier p. Par hypothèse, p est l'un des pi : il divise donc le produit p1p2pn. Par combinaison linéaire, p divise alors

Np1p2pn=1,

ce qui est impossible pour un nombre premier (p2). Cette contradiction montre que l'hypothèse de départ est fausse : il existe une infinité de nombres premiers.

Venons-en au théorème qui justifie le surnom d'« atomes » : tout entier est un produit de nombres premiers, écrit de manière essentiellement unique.

Propriété

Théorème (décomposition en produit de facteurs premiers). Tout entier naturel n2 s'écrit comme un produit de nombres premiers. Cette écriture est unique à l'ordre des facteurs près : en regroupant les facteurs égaux, n s'écrit de manière unique

n=p1α1×p2α2××prαr,

p1<p2<<pr sont des nombres premiers et α1,,αr des entiers naturels non nuls.

Démonstration de l'existence. On raisonne par récurrence forte. Pour n2, notons P(n) la propriété : « n s'écrit comme un produit de nombres premiers » (un produit pouvant ne compter qu'un seul facteur).

Initialisation. P(2) est vraie : 2 est premier, c'est un produit d'un seul facteur premier.

Hérédité. Soit n2 tel que P(k) soit vraie pour tout entier k vérifiant 2kn. Montrons P(n+1). Si n+1 est premier, c'est un produit d'un seul facteur premier, et P(n+1) est vraie. Sinon, n+1 est composé : il s'écrit n+1=ab avec 2an et 2bn. Par hypothèse de récurrence, a et b s'écrivent chacun comme un produit de nombres premiers ; leur produit n+1 aussi.

Par récurrence forte, P(n) est vraie pour tout entier n2. L'unicité de la décomposition, plus délicate (elle repose sur le corollaire du théorème de Gauss : un nombre premier qui divise un produit divise l'un des facteurs), est admise.

Exemple

Décomposition de 360. On divise par les nombres premiers successifs :

360=2×180=22×90=23×45=23×3×15=23×32×5.

Ainsi 360=23×32×5.

La décomposition d'un entier donne un contrôle total sur ses diviseurs, comme le précise la propriété suivante (conséquence de l'unicité de la décomposition).

Propriété

Diviseurs et décomposition. Soit n=p1α1×p2α2××prαr la décomposition en facteurs premiers de n2. Les diviseurs positifs de n sont exactement les entiers de la forme

d=p1β1×p2β2××prβravec 0βiαi pour chaque i.

Le nombre de diviseurs positifs de n est donc

(α1+1)(α2+1)(αr+1).

En effet, chaque exposant βi se choisit indépendamment parmi les αi+1 valeurs 0,1,,αi, et deux choix distincts donnent deux diviseurs distincts par unicité de la décomposition : le principe multiplicatif du dénombrement conclut.

Exemple

Nombre de diviseurs de 360. Comme 360=23×32×51, le nombre de diviseurs positifs de 360 vaut

(3+1)(2+1)(1+1)=4×3×2=24.

Ses diviseurs sont les 2β1×3β2×5β3 avec β1{0;1;2;3}, β2{0;1;2} et β3{0;1} : par exemple 22×3×5=60 ou 23×32=72.

Petit théorème de Fermat

Dans une lettre de 1640, Fermat énonce, « sans la démonstration, de peur d'être trop long », une propriété remarquable des nombres premiers. Elle relie les deux fils conducteurs du chapitre, congruences et nombres premiers, et fournit un raccourci spectaculaire pour calculer les restes de grandes puissances.

Propriété

Petit théorème de Fermat. Soit p un nombre premier.

  • Première forme : si a est un entier relatif non divisible par p, alors
ap11  [p].
  • Seconde forme : pour tout entier relatif a,
apa  [p].

Ce théorème est admis (sa démonstration n'est pas exigible).

Les deux formes sont en réalité équivalentes, et il faut savoir passer de l'une à l'autre.

De la première forme à la seconde. Soit a un entier relatif. Si pa, la première forme donne ap11  [p] ; en multipliant par a (compatibilité avec le produit) : apa  [p]. Si au contraire pa, alors a0  [p], donc ap0a  [p]. Dans tous les cas, apa  [p].

De la seconde forme à la première. Soit a non divisible par p. La seconde forme s'écrit papa=a(ap11). Comme p est premier et ne divise pas a, on a gcd(p;a)=1, et le théorème de Gauss donne pap11, c'est-à-dire ap11  [p].

Méthode

Calculer le reste d'une grande puissance avec le théorème de Fermat. Pour trouver le reste de an dans la division par p :

  1. Vérifier que p est premier et que p ne divise pas a (au besoin, remplacer d'abord a par son reste modulo p).
  2. Écrire la congruence de Fermat : ap11  [p].
  3. Effectuer la division euclidienne de l'exposant par p1 : n=(p1)q+r avec 0r<p1.
  4. En déduire an=(ap1)q×ar1q×arar  [p], puis calculer le reste de ar modulo p à la main.

Exemple

Reste de 72026 dans la division par 11. Le nombre 11 est premier et ne divise pas 7 : d'après le petit théorème de Fermat,

7101  [11].

La division euclidienne de l'exposant donne 2026=10×202+6, donc

72026=(710)202×761202×7676  [11].

Reste à calculer 76 modulo 11 : 72=495  [11], puis 73=7×727×5=352  [11], et enfin

76=(73)222=4  [11].

Le reste de 72026 dans la division par 11 est 4.

Exemple

Reste de 21000 dans la division par 13. Le nombre 13 est premier et ne divise pas 2 : Fermat donne 2121  [13]. Comme 1000=12×83+4 :

21000=(212)83×24183×16163  [13].

Le reste de 21000 dans la division par 13 est 3.

Le bilan du chapitre dessine une architecture remarquablement cohérente : la divisibilité et la division euclidienne fondent les congruences ; l'algorithme d'Euclide calcule le PGCD et, par sa remontée, livre l'identité de Bézout ; celle-ci démontre le théorème de Gauss, qui résout les équations diophantiennes ; enfin les nombres premiers, atomes de Z, obéissent au petit théorème de Fermat, qui dompte les puissances gigantesques en quelques lignes. Ces outils, nés de la curiosité pure d'Euclide et de Fermat, sont précisément ceux qui sécurisent aujourd'hui les échanges numériques du monde entier.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.