Maths expertes · Chapitre 04 · Arithmétique
Arithmétique
Divisibilité, congruences, PGCD, théorèmes de Bézout et de Gauss, nombres premiers, petit théorème de Fermat, équations diophantiennes.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Divisibilité
- Congruences
- PGCD
- Théorèmes de Bézout et de Gauss
- Nombres premiers
- Petit théorème de Fermat
- Équations diophantiennes
L'arithmétique, la science des nombres entiers, est la plus ancienne branche des mathématiques : vers 300 avant notre ère, les Éléments d'Euclide contiennent déjà l'algorithme de calcul du PGCD qui porte son nom et la démonstration, toujours enseignée aujourd'hui, de l'infinité des nombres premiers. Au XVIIe siècle, Pierre de Fermat relance la discipline en énonçant, dans les marges de ses lectures, des résultats profonds sur les nombres premiers, dont le « petit théorème » qui clôt ce chapitre. Longtemps considérée comme la plus pure des disciplines, sans la moindre application, l'arithmétique est devenue au XXe siècle le cœur de la cryptographie qui protège nos communications : les théorèmes que nous allons démontrer sont exécutés chaque seconde par des milliards de machines.
Divisibilité dans Z
Tout ce chapitre se déroule dans , l'ensemble des entiers relatifs. La notion fondatrice est celle de divisibilité : elle formalise l'idée qu'un entier « tombe juste » dans un autre.
Définition
Divisibilité. Soient et deux entiers relatifs. On dit que divise , et on note , lorsqu'il existe un entier relatif tel que
On dit alors aussi que est un multiple de , ou que est un diviseur de . Dans le cas contraire, on note .
Exemples.
a. car .
b. car .
c. car .
Remarques.
- Tout entier divise , puisque . En revanche, ne divise que .
- Les entiers et divisent tous les entiers, et tout entier est divisible par , , et .
- Si , alors également : les diviseurs d'un entier vont donc par paires opposées. Ainsi, l'ensemble des diviseurs de est .
Propriété
Diviseurs d'un entier non nul. Soit un entier relatif non nul. Si , alors . En particulier, l'ensemble des diviseurs de est fini.
Démonstration. Écrivons avec entier. Comme , on a , donc , et ainsi . Les diviseurs de sont donc tous compris entre et : il n'y en a qu'un nombre fini.
Les deux propriétés suivantes sont les outils de travail quotidiens de l'arithmétique : la seconde, en particulier, servira dans presque toutes les démonstrations du chapitre.
Propriété
Transitivité et combinaisons linéaires. Soient , , des entiers relatifs.
- Transitivité : si et , alors .
- Combinaisons linéaires : si et , alors pour tous entiers relatifs et ,
En particulier, divise et .
Démonstration. Pour la transitivité : si et avec et entiers, alors , et est un entier, donc .
Pour les combinaisons linéaires : si et , il existe des entiers et tels que et . Alors, pour tous entiers et :
et est un entier relatif, donc . Les cas particuliers s'obtiennent avec et .
Exemple
Trouver les diviseurs communs à et . Soit un diviseur commun à et , où est un entier quelconque. Par combinaison linéaire, divise , donc . Sans rien connaître de , on a considérablement limité les possibilités : c'est le mode de raisonnement typique de l'arithmétique.
Division euclidienne
Lorsque ne divise pas , tout n'est pas perdu : on peut toujours effectuer la division « avec reste » apprise à l'école primaire. Le théorème suivant, pilier du chapitre, affirme que cette division est toujours possible et que son résultat est unique.
Propriété
Théorème (division euclidienne). Soient un entier relatif et un entier naturel non nul. Il existe un unique couple d'entiers tel que
L'entier est le quotient et l'entier le reste de la division euclidienne de (le dividende) par (le diviseur).
Démonstration. Existence. Considérons l'ensemble des entiers dont le produit par ne dépasse pas .
- est non vide : si , alors ; si , alors (car et ), donc .
- est majoré : soit . Si , alors ; si , alors . Dans tous les cas, .
L'ensemble , partie non vide et majorée de , admet donc un plus grand élément, que nous notons . Par définition de : , et , c'est-à-dire . Posons . Alors par construction, car , et
d'où : le couple convient.
Unicité. Supposons avec et . En soustrayant les deux écritures :
donc divise . Or les encadrements de et donnent , et le seul multiple de strictement compris entre et est . Ainsi , puis avec , d'où .
Exemple
Division de par . Comme avec , le quotient est et le reste est .
Division de par (piège classique). On serait tenté d'écrire , mais n'est pas un reste valable : le reste doit vérifier . La bonne écriture est
avec : le quotient est et le reste est . Pour un dividende négatif, le quotient est donc « un cran plus bas » que ce que suggère le calcul naïf.
Remarque. Le reste est nul si et seulement si divise : la division euclidienne contient donc la divisibilité comme cas particulier, et fournit un test concret de divisibilité.
Congruences
Bien souvent, seul le reste d'une division nous intéresse : quelle heure sera-t-il dans heures, quel est le chiffre des unités de ? La notion de congruence, introduite par Gauss en 1801, permet de calculer directement sur les restes, avec une souplesse remarquable.
Définition
Congruence modulo . Soit un entier naturel non nul. Deux entiers relatifs et sont dits congrus modulo , ce qui se note
lorsque divise .
Exemples.
a. car .
b. car .
c. car .
La définition par la divisibilité est la plus commode pour les démonstrations, mais l'intuition « même reste » reste la bonne, comme le confirme la caractérisation suivante.
Propriété
Caractérisation par les restes. Soient et deux entiers relatifs et un entier naturel non nul. Alors
En particulier, est congru modulo à un unique entier vérifiant : son reste dans la division euclidienne par . Ainsi, si et seulement si .
Démonstration. Écrivons les divisions euclidiennes de et par : et avec et . Alors
Si , alors est divisible par , donc . Réciproquement, si , alors est divisible par comme combinaison linéaire de et de . Or , et le seul multiple de dans cet intervalle est : donc .
Remarque. On vérifie immédiatement à partir de la définition que la congruence se comporte comme une égalité : ; si alors ; et si et , alors (car divise ).
Voici maintenant la propriété qui fait toute la puissance des congruences : elles sont compatibles avec les opérations. On peut additionner, soustraire et multiplier des congruences membre à membre, exactement comme des égalités.
Propriété
Compatibilité avec les opérations. Soit un entier naturel non nul, et soient , , , des entiers relatifs tels que et . Alors :
- et ;
- ;
- pour tout entier naturel : .
Démonstration (produit et puissances). Pour le produit, l'astuce consiste à intercaler le terme :
Par hypothèse, divise et : la propriété des combinaisons linéaires assure alors que divise , c'est-à-dire .
Pour les puissances, on raisonne par récurrence sur . Pour , on a bien . Supposons pour un entier naturel . En appliquant la compatibilité avec le produit aux congruences et , on obtient , ce qui achève la récurrence. La compatibilité avec la somme et la différence se démontre de même, directement par combinaison linéaire.
Remarque (mise en garde). On ne peut pas simplifier une congruence par un facteur commun : est vraie, mais est fausse. La « division » des congruences n'existe pas en général ; le théorème de Gauss, plus loin, précisera dans quel cas une simplification est légitime.
Méthode
Calculer le reste d'une puissance modulo .
- Remplacer par son reste modulo (compatibilité avec les puissances).
- Calculer les premières puissances modulo jusqu'à trouver un cycle, idéalement une puissance congrue à ou à .
- Effectuer la division euclidienne de l'exposant par la longueur du cycle, et écrire à l'aide de cette division.
- Conclure en donnant le reste, c'est-à-dire l'unique représentant compris entre et .
Exemple
Reste de dans la division par . Calculons les premières puissances de modulo :
Le cycle est de longueur , car . La division euclidienne de par donne , donc
Le reste de dans la division par est .
Critères de divisibilité
Les congruences expliquent enfin les critères de divisibilité appris au collège, et en fournissent de nouveaux. Notons qu'un entier naturel d'écriture décimale (où est le chiffre des unités) s'écrit
Propriété
Critères de divisibilité par , et . Avec les notations ci-dessus :
- : donc est divisible par si et seulement si la somme de ses chiffres l'est. Le même énoncé vaut modulo .
- : donc est divisible par si et seulement si la somme alternée de ses chiffres (en partant des unités) l'est.
Exemple
Démonstration rédigée du critère par . Le point de départ est la congruence , puisque . Par compatibilité avec les puissances, pour tout entier naturel :
Par compatibilité avec le produit puis avec la somme, on en déduit :
Ainsi et la somme de ses chiffres ont le même reste modulo ; en particulier, l'un est divisible par si et seulement si l'autre l'est. Le critère par se démontre à l'identique à partir de , et celui par à partir de , qui donne .
Applications. est divisible par car l'est (en effet ). Et est divisible par car sa somme alternée vaut (en effet ).
PGCD et algorithme d'Euclide
Après l'étude des diviseurs d'un entier, intéressons-nous aux diviseurs communs à deux entiers, et au plus grand d'entre eux.
Définition
PGCD. Soient et deux entiers relatifs non tous les deux nuls. L'ensemble des diviseurs communs à et est fini (l'un des deux entiers est non nul, et ses diviseurs sont en nombre fini) et non vide (il contient ) : il admet donc un plus grand élément, appelé PGCD (plus grand commun diviseur) de et , et noté .
Exemple
Les diviseurs positifs de sont , , , , , ; ceux de sont , , , , , . Les diviseurs positifs communs sont , , , , donc .
Propriété
Premières propriétés du PGCD. Soient et des entiers relatifs non tous les deux nuls.
- : on peut toujours se ramener à des entiers naturels.
- pour .
- Si et , alors .
- .
Ces propriétés découlent directement de la définition : un entier et son opposé ont les mêmes diviseurs, tout entier divise , et si alors est un diviseur commun à et qui est le plus grand possible parmi les diviseurs de .
Calculer un PGCD en dressant la liste des diviseurs devient vite impraticable : quels sont les diviseurs de ? Le lemme suivant, cœur de l'algorithme d'Euclide, permet de remplacer ce problème par un problème strictement plus petit.
Propriété
Lemme d'Euclide. Soient un entier relatif et un entier naturel non nul. Si est le reste de la division euclidienne de par , alors
Démonstration. Écrivons . Montrons que les couples et ont exactement les mêmes diviseurs communs ; leurs plus grands éléments seront alors égaux.
Soit un diviseur commun à et . Comme est une combinaison linéaire de et , on a : donc est un diviseur commun à et .
Réciproquement, soit un diviseur commun à et . Comme est une combinaison linéaire de et , on a : donc est un diviseur commun à et .
Les deux ensembles de diviseurs communs coïncident, donc les PGCD sont égaux.
Méthode
Algorithme d'Euclide. Pour calculer avec :
- Effectuer la division euclidienne de par : le reste est .
- Recommencer avec le couple , puis , etc. : à chaque étape, on divise le précédent diviseur par le précédent reste.
- S'arrêter dès qu'un reste est nul : est le dernier reste non nul.
L'algorithme se termine toujours : les restes forment une suite d'entiers naturels strictement décroissante, qui atteint donc en un nombre fini d'étapes.
Exemple
Calcul de . On enchaîne les divisions euclidiennes :
Le dernier reste non nul est , donc . La justification est une chaîne d'applications du lemme d'Euclide :
L'algorithme se programme en quelques lignes : l'opérateur % de Python renvoie précisément le reste de la division euclidienne.
def pgcd(a, b):
while b != 0:
a, b = b, a % b
return a
print(pgcd(252, 198)) # affiche 18
Entiers premiers entre eux
Le cas où le PGCD vaut est si important qu'il mérite un nom : c'est lui qui gouverne les théorèmes de Bézout et de Gauss.
Définition
Entiers premiers entre eux. Deux entiers relatifs et , non tous les deux nuls, sont dits premiers entre eux lorsque
c'est-à-dire lorsque leurs seuls diviseurs communs sont et .
Remarque. Ne pas confondre « premiers entre eux » et « nombres premiers » : et sont premiers entre eux (aucun diviseur commun autre que ), alors qu'aucun des deux n'est un nombre premier. Inversement, deux nombres premiers distincts sont toujours premiers entre eux.
Définition
Fraction irréductible. Une fraction (avec entier relatif et entier relatif non nul) est dite irréductible lorsque et sont premiers entre eux.
La propriété suivante affirme qu'en divisant deux entiers par leur PGCD, on « épuise » tout ce qu'ils ont en commun : c'est elle qui garantit que toute fraction se simplifie en une fraction irréductible.
Propriété
Quotients par le PGCD. Soient et deux entiers relatifs non tous les deux nuls, et . Alors les entiers et sont premiers entre eux :
En particulier, toute fraction s'écrit sous forme irréductible en divisant numérateur et dénominateur par .
Démonstration. Comme divise et , on peut écrire et avec et entiers relatifs. Posons : c'est un entier naturel supérieur ou égal à , et divise et . Alors divise et : c'est un diviseur commun positif de et . Par définition du PGCD, , donc , et finalement .
Exemple
Pour et , on a vu que . Alors , et : la fraction est irréductible.
Théorème de Bézout
L'algorithme d'Euclide fait mieux que calculer le PGCD : lu à l'envers, il exprime ce PGCD comme combinaison linéaire des deux entiers de départ. Cette lecture à rebours est appelée la remontée de l'algorithme.
Exemple
Remontée de l'algorithme pour et . Reprenons les divisions du calcul de et isolons chaque reste :
Partons de la dernière égalité et remplaçons les restes de proche en proche, en remontant :
On a bien obtenu .
Ce que l'exemple montre est général : chaque reste de l'algorithme s'écrit comme combinaison linéaire des deux termes qui le précèdent, donc, de proche en proche, comme combinaison linéaire de et . Le dernier reste non nul, c'est-à-dire le PGCD, s'écrit ainsi . C'est l'identité de Bézout.
Propriété
Identité de Bézout. Soient et deux entiers relatifs non tous les deux nuls, et . Il existe des entiers relatifs et tels que
La remontée de l'algorithme d'Euclide fournit explicitement un tel couple .
Dans le cas d'entiers premiers entre eux, cette identité admet une réciproque : c'est le théorème de Bézout proprement dit.
Propriété
Théorème de Bézout. Soient et deux entiers relatifs non tous les deux nuls. Alors
Démonstration. Sens direct. Si , l'identité de Bézout fournit directement des entiers et tels que .
Sens réciproque. Supposons qu'il existe des entiers et tels que , et soit un diviseur commun positif de et . Par la propriété des combinaisons linéaires, divise , donc . Le seul diviseur commun positif de et est , c'est-à-dire .
Remarque (mise en garde). L'équivalence ne vaut que pour le second membre . Si avec , on peut seulement affirmer que divise , pas qu'il lui est égal : par exemple , alors que .
Le théorème de Bézout est l'outil roi pour montrer que deux entiers dépendant d'un paramètre sont premiers entre eux : inutile de calculer le moindre PGCD, il suffit d'exhiber une combinaison linéaire égale à .
Exemple
Montrer que et sont premiers entre eux pour tout entier . Cherchons une combinaison linéaire qui élimine :
En multipliant par : . D'après le théorème de Bézout (avec et ), les entiers et sont premiers entre eux, quel que soit l'entier .
Théorème de Gauss
Nous avons signalé qu'on ne peut pas simplifier une congruence ou une divisibilité sans précaution. Le théorème de Gauss donne la condition exacte sous laquelle la simplification est permise : c'est le résultat le plus utilisé du chapitre, notamment pour résoudre les équations diophantiennes.
Propriété
Théorème de Gauss. Soient , , des entiers relatifs. Si divise le produit et si est premier avec , alors divise :
Démonstration. Comme , le théorème de Bézout fournit des entiers et tels que . Multiplions cette égalité par :
Or divise (évident) et divise (car par hypothèse) : par combinaison linéaire, divise .
Remarque. L'hypothèse est indispensable : divise , mais ne divise ni ni .
Propriété
Corollaires du théorème de Gauss. Soient , , des entiers relatifs.
- Divisibilité par un produit : si et avec et premiers entre eux, alors .
- Diviseur premier d'un produit : si est un nombre premier et si , alors ou . (La notion de nombre premier, connue depuis le collège, est reprise en détail dans la section suivante.)
Démonstration. Premier point. Comme , écrivons avec entier. Alors divise , et est premier avec : le théorème de Gauss donne , donc avec entier, et , c'est-à-dire .
Second point. Supposons . Les seuls diviseurs positifs de sont et ; comme ne divise pas , le seul diviseur positif commun à et est , donc . Puisque , le théorème de Gauss donne alors . On a bien montré : ou .
Exemple
Divisibilité par . Un entier divisible par et par est divisible par , car . L'hypothèse est essentielle : est divisible par et par , mais pas par ; ici , le corollaire ne s'applique pas.
Équations diophantiennes
Diophante d'Alexandrie, au IIIe siècle, étudiait des équations dont on ne cherche que les solutions entières. Nous nous intéressons ici aux équations du premier degré à deux inconnues : étant donnés des entiers , (non nuls) et , trouver tous les couples d'entiers relatifs tels que
Propriété
Condition d'existence de solutions. L'équation admet des solutions entières si et seulement si divise .
Démonstration. Posons . Si est une solution, alors , qui divise et , divise la combinaison linéaire . Réciproquement, si , écrivons avec entier. L'identité de Bézout fournit et tels que ; en multipliant par :
donc le couple est une solution.
Méthode
Résoudre l'équation diophantienne .
- Existence. Calculer (algorithme d'Euclide). Si : aucune solution, terminé. Si , on peut diviser toute l'équation par pour se ramener à des coefficients premiers entre eux.
- Solution particulière. Trouver un couple vérifiant l'équation : par remontée de l'algorithme d'Euclide (puis multiplication par le facteur adéquat), ou à vue si les coefficients sont petits.
- Mise en facteur. Pour solution, soustraire membre à membre l'équation et l'égalité : on obtient une égalité de la forme .
- Théorème de Gauss. Les coefficients étant premiers entre eux, en déduire que divise , poser avec entier, puis reporter pour obtenir .
- Réciproque et conclusion. Vérifier que tous les couples obtenus sont bien solutions, puis donner l'ensemble des solutions, décrit par le paramètre .
Exemple
Résolution complète de l'équation , d'inconnues entières et .
Étape 1 : existence. Appliquons l'algorithme d'Euclide à et :
Donc , qui divise : l'équation admet des solutions.
Étape 2 : solution particulière. Remontée de l'algorithme :
Ainsi : le couple est une solution particulière.
Étape 3 : mise en facteur. Soit une solution. En soustrayant de :
Étape 4 : théorème de Gauss. L'entier divise le produit , et : d'après le théorème de Gauss, divise . Il existe donc un entier tel que . En reportant dans l'égalité de l'étape 3 : , d'où , c'est-à-dire .
Étape 5 : réciproque. Vérifions que tous ces couples conviennent : pour tout entier ,
L'ensemble des solutions est donc
Second membre non trivial : . Inutile de tout recommencer : en multipliant par la relation , on obtient , donc est une solution particulière. Les étapes 3 à 5 sont identiques mot pour mot (le second membre disparaît dans la soustraction), et donnent
Nombres premiers
Les nombres premiers sont les « atomes » de l'arithmétique : tout entier se fabrique en les multipliant, et ce d'une seule façon. Cette section établit leurs trois propriétés fondamentales : un test de primalité efficace, leur infinité, et le théorème de décomposition.
Définition
Nombre premier. Un entier naturel est premier lorsque et que ses seuls diviseurs positifs sont et . Un entier supérieur ou égal à qui n'est pas premier est dit composé.
Exemple
Les nombres premiers inférieurs à sont : , , , , , , , , , . Le nombre n'est pas premier (cette convention est indispensable pour l'unicité de la décomposition en facteurs premiers), et est le seul nombre premier pair.
Propriété
Existence d'un diviseur premier. Tout entier naturel admet au moins un diviseur premier.
Démonstration. L'ensemble des diviseurs de supérieurs ou égaux à est non vide (il contient ) : il admet un plus petit élément . Montrons que est premier. Si admettait un diviseur avec , alors par transitivité diviserait : ce serait un diviseur de supérieur ou égal à et strictement plus petit que , ce qui contredit la minimalité de . Les seuls diviseurs positifs de sont donc et , et : est premier.
Propriété
Critère d'arrêt à . Soit un entier naturel. Si n'est divisible par aucun nombre premier tel que , alors est premier.
Démonstration. Montrons la contraposée : si est composé, alors admet un diviseur premier inférieur ou égal à . Supposons donc composé : il s'écrit avec . Alors
D'après la propriété précédente, admet un diviseur premier , qui vérifie ; et par transitivité, divise .
Méthode
Tester si un entier est premier.
- Calculer (une valeur approchée suffit).
- Tester la divisibilité de par chaque nombre premier , dans l'ordre : , , , , , etc.
- Si aucun ne divise , alors est premier ; sinon, est composé et on a trouvé un diviseur.
Exemple
Le nombre est-il premier ? On a , donc : il suffit de tester les nombres premiers jusqu'à , c'est-à-dire , , , , et .
- est impair, donc ; la somme de ses chiffres vaut , non divisible par , donc ; son chiffre des unités est , donc .
- , donc ; , donc ; , donc .
Aucun nombre premier inférieur ou égal à ne divise : d'après le critère d'arrêt, est premier.
Combien y a-t-il de nombres premiers ? La réponse d'Euclide, vieille de vingt-trois siècles, est l'une des plus belles démonstrations des mathématiques — et elle est exigible au baccalauréat.
Propriété
Théorème (Euclide). Il existe une infinité de nombres premiers.
Démonstration. Raisonnons par l'absurde en supposant qu'il n'existe qu'un nombre fini de nombres premiers, notés . Considérons l'entier
Comme , il admet un diviseur premier . Par hypothèse, est l'un des : il divise donc le produit . Par combinaison linéaire, divise alors
ce qui est impossible pour un nombre premier (). Cette contradiction montre que l'hypothèse de départ est fausse : il existe une infinité de nombres premiers.
Venons-en au théorème qui justifie le surnom d'« atomes » : tout entier est un produit de nombres premiers, écrit de manière essentiellement unique.
Propriété
Théorème (décomposition en produit de facteurs premiers). Tout entier naturel s'écrit comme un produit de nombres premiers. Cette écriture est unique à l'ordre des facteurs près : en regroupant les facteurs égaux, s'écrit de manière unique
où sont des nombres premiers et des entiers naturels non nuls.
Démonstration de l'existence. On raisonne par récurrence forte. Pour , notons la propriété : « s'écrit comme un produit de nombres premiers » (un produit pouvant ne compter qu'un seul facteur).
Initialisation. est vraie : est premier, c'est un produit d'un seul facteur premier.
Hérédité. Soit tel que soit vraie pour tout entier vérifiant . Montrons . Si est premier, c'est un produit d'un seul facteur premier, et est vraie. Sinon, est composé : il s'écrit avec et . Par hypothèse de récurrence, et s'écrivent chacun comme un produit de nombres premiers ; leur produit aussi.
Par récurrence forte, est vraie pour tout entier . L'unicité de la décomposition, plus délicate (elle repose sur le corollaire du théorème de Gauss : un nombre premier qui divise un produit divise l'un des facteurs), est admise.
Exemple
Décomposition de . On divise par les nombres premiers successifs :
Ainsi .
La décomposition d'un entier donne un contrôle total sur ses diviseurs, comme le précise la propriété suivante (conséquence de l'unicité de la décomposition).
Propriété
Diviseurs et décomposition. Soit la décomposition en facteurs premiers de . Les diviseurs positifs de sont exactement les entiers de la forme
Le nombre de diviseurs positifs de est donc
En effet, chaque exposant se choisit indépendamment parmi les valeurs , et deux choix distincts donnent deux diviseurs distincts par unicité de la décomposition : le principe multiplicatif du dénombrement conclut.
Exemple
Nombre de diviseurs de . Comme , le nombre de diviseurs positifs de vaut
Ses diviseurs sont les avec , et : par exemple ou .
Petit théorème de Fermat
Dans une lettre de 1640, Fermat énonce, « sans la démonstration, de peur d'être trop long », une propriété remarquable des nombres premiers. Elle relie les deux fils conducteurs du chapitre, congruences et nombres premiers, et fournit un raccourci spectaculaire pour calculer les restes de grandes puissances.
Propriété
Petit théorème de Fermat. Soit un nombre premier.
- Première forme : si est un entier relatif non divisible par , alors
- Seconde forme : pour tout entier relatif ,
Ce théorème est admis (sa démonstration n'est pas exigible).
Les deux formes sont en réalité équivalentes, et il faut savoir passer de l'une à l'autre.
De la première forme à la seconde. Soit un entier relatif. Si , la première forme donne ; en multipliant par (compatibilité avec le produit) : . Si au contraire , alors , donc . Dans tous les cas, .
De la seconde forme à la première. Soit non divisible par . La seconde forme s'écrit . Comme est premier et ne divise pas , on a , et le théorème de Gauss donne , c'est-à-dire .
Méthode
Calculer le reste d'une grande puissance avec le théorème de Fermat. Pour trouver le reste de dans la division par :
- Vérifier que est premier et que ne divise pas (au besoin, remplacer d'abord par son reste modulo ).
- Écrire la congruence de Fermat : .
- Effectuer la division euclidienne de l'exposant par : avec .
- En déduire , puis calculer le reste de modulo à la main.
Exemple
Reste de dans la division par . Le nombre est premier et ne divise pas : d'après le petit théorème de Fermat,
La division euclidienne de l'exposant donne , donc
Reste à calculer modulo : , puis , et enfin
Le reste de dans la division par est .
Exemple
Reste de dans la division par . Le nombre est premier et ne divise pas : Fermat donne . Comme :
Le reste de dans la division par est .
Le bilan du chapitre dessine une architecture remarquablement cohérente : la divisibilité et la division euclidienne fondent les congruences ; l'algorithme d'Euclide calcule le PGCD et, par sa remontée, livre l'identité de Bézout ; celle-ci démontre le théorème de Gauss, qui résout les équations diophantiennes ; enfin les nombres premiers, atomes de , obéissent au petit théorème de Fermat, qui dompte les puissances gigantesques en quelques lignes. Ces outils, nés de la curiosité pure d'Euclide et de Fermat, sont précisément ceux qui sécurisent aujourd'hui les échanges numériques du monde entier.
Bloqué sur « Arithmétique » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.