Maths expertes · Chapitre 03 · Nombres complexes
Équations polynomiales et racines de l'unité
Factorisation par z − a, racines n-ièmes de l'unité, polygones réguliers.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Factorisation par z − a
- Racines n-ièmes de l'unité
- Polygones réguliers
Souvenons-nous de la raison d'être des nombres complexes : c'est en s'attaquant aux équations de degré 3 que Bombelli a osé calculer avec des quantités « impossibles », et le premier chapitre s'est achevé sur une victoire — dans , toute équation du second degré à coefficients réels possède des solutions. Ce chapitre tient le reste de la promesse : nous allons apprendre à résoudre des équations de degré supérieur. La stratégie tient en un mot, qui sera le fil rouge de tout le chapitre : factoriser. Ne sachant résoudre directement que les degrés 1 et 2, nous écrirons les polynômes comme des produits de facteurs plus simples, qu'un raisonnement de produit nul achèvera. Et le chapitre se conclura sur une rencontre spectaculaire entre l'algèbre et la géométrie : les solutions de l'équation , appelées racines de l'unité, dessinent dans le plan complexe des polygones réguliers.
Polynômes et identification des coefficients
L'objet central du chapitre est la fonction polynôme. Ses coefficients seront toujours des nombres réels — c'est le cadre du programme — mais sa variable parcourt tout entier : c'est ce qui donnera aux équations toutes leurs solutions.
Définition
Fonction polynôme à coefficients réels. On appelle fonction polynôme à coefficients réels — on dira simplement polynôme — toute fonction définie sur par
où est un entier naturel et , , …, des nombres réels, appelés coefficients de .
Si , l'entier est le degré de , noté , et est son coefficient dominant. Un polynôme de coefficient dominant est dit unitaire.
Remarque. Le polynôme dont tous les coefficients sont nuls est le polynôme nul ; par convention, il n'a pas de degré.
Exemple
- est un polynôme de degré , de coefficient dominant .
- est un polynôme unitaire de degré .
- Les polynômes de degré sont les trinômes (avec ) étudiés au premier chapitre.
Une même fonction polynôme peut-elle s'écrire avec deux jeux de coefficients différents ? Autrement dit, les coefficients sont-ils lisibles sans ambiguïté sur la fonction ? La réponse est oui, et elle repose sur la propriété suivante, que le programme demande d'admettre.
Propriété
Polynôme nul (admise). Si une fonction polynôme est nulle — c'est-à-dire si pour tout —, alors tous ses coefficients sont nuls.
Propriété
Identification des coefficients. Deux polynômes et sont égaux (c'est-à-dire pour tout ) si et seulement si leurs coefficients sont égaux degré par degré.
Démonstration. Si les coefficients coïncident, les fonctions coïncident, évidemment. Réciproquement, supposons pour tout , et considérons la différence : en regroupant les termes de même degré, est une fonction polynôme, et pour tout . D'après la propriété admise, tous les coefficients de sont nuls : chaque coefficient de est donc égal au coefficient de même degré de .
Ce résultat joue pour les polynômes exactement le rôle que l'unicité de la forme algébrique jouait au premier chapitre pour les nombres complexes : il transforme une égalité de fonctions en un système d'égalités entre réels. C'est la méthode clé du chapitre, celle qui remplacera toute division de polynômes.
Méthode
Identifier deux polynômes. Pour déterminer des coefficients inconnus dans une égalité de polynômes valable pour tout :
- Développer complètement les deux membres.
- Ordonner chaque membre selon les puissances décroissantes de .
- Égaler les coefficients degré par degré : on obtient un système d'équations réelles.
- Résoudre, puis contrôler la cohérence avec les équations non encore utilisées.
Exemple
Déterminer les réels et tels que, pour tout , . Développons le membre de droite :
Identifions avec : le terme constant donne , le coefficient de donne , soit . Contrôle sur le coefficient de : , ce qui concorde. Ainsi
la dernière égalité venant de la factorisation du trinôme , de racines évidentes et .
Rappels sur le second degré
Toutes les résolutions du chapitre se termineront de la même façon : par un trinôme. Réactivons donc l'outil central du premier chapitre, où il a été entièrement démontré.
Propriété
Rappel (premier chapitre) — second degré à coefficients réels. Soient , , des réels avec , et le discriminant de l'équation .
- Si : deux solutions réelles distinctes, .
- Si : une unique solution, réelle : .
- Si : deux solutions complexes non réelles, conjuguées l'une de l'autre :
Exemple
Résoudre dans . Le discriminant vaut , avec . Les solutions sont
Équations se ramenant au second degré
Certaines équations de degré supérieur cachent un trinôme : un changement d'inconnue suffit à le révéler. Le cas modèle est l'équation bicarrée, où n'apparaît qu'à travers et .
Méthode
Résoudre une équation bicarrée .
- Poser : l'équation devient .
- Résoudre ce trinôme.
- Revenir à : pour chaque solution réelle, résoudre — soit si , soit si .
- Réunir toutes les solutions obtenues.
Remarque. Si le trinôme en livrait des solutions non réelles, l'étape 3 demanderait de résoudre avec complexe : nous saurons le faire à la fin du chapitre, avec les racines -ièmes d'un nombre complexe.
Exemple
Résoudre dans . Posons : l'équation devient , de discriminant , d'où ou . Revenons à :
- équivaut à ou ;
- équivaut à , soit ou .
Finalement : quatre solutions pour une équation de degré . Nous verrons bientôt que ce n'est pas un hasard.
La factorisation de
Le fil rouge annoncé — factoriser pour résoudre — commence ici, par une identité remarquable généralisée. Pour , on connaît ; pour , on vérifie que . Le motif se poursuit à tout ordre.
Propriété
Théorème (factorisation de ). Pour tous nombres complexes et , et tout entier :
Le second facteur est la somme des termes , pour allant de à .
Démonstration. Développons le membre de droite en distribuant , puis , sur la grande parenthèse :
Les deux parenthèses contiennent exactement les mêmes termes intermédiaires , , …, , qui s'éliminent deux à deux — c'est un développement dit télescopique. Ne survivent que le premier terme de la première parenthèse et le dernier de la seconde : le développement vaut .
Le cas particulier servira sans cesse dans la suite du chapitre.
Propriété
Factorisation de . Pour tout nombre complexe et tout entier :
Remarque. Pour , en divisant les deux membres par , on retrouve la formule de la somme des termes d'une suite géométrique, vue en première pour les réels et désormais valable pour tout complexe :
Exemple
Résoudre dans . L'équation s'écrit , et le théorème (avec , ) factorise :
Un produit est nul si et seulement si l'un de ses facteurs est nul : , ou bien . Ce trinôme a pour discriminant , avec , d'où les solutions . Finalement
Observation intrigante : , si bien que les trois solutions ont le même module — leurs images sont sur un même cercle centré à l'origine. La fin du chapitre expliquera pourquoi.
Racine d'un polynôme et factorisation par
La factorisation de a un défaut : elle ne concerne que des polynômes très particuliers. Le théorème central de cette section l'étend à tout polynôme dont on connaît une valeur d'annulation. Donnons d'abord un nom à ces valeurs.
Définition
Racine. Soit un polynôme et un nombre complexe. On dit que est une racine de lorsque . Les racines de sont donc exactement les solutions de l'équation .
Exemple
Le nombre est une racine de , car . Ce polynôme à coefficients réels n'a aucune racine réelle, mais il possède deux racines complexes, et : chercher les racines dans change radicalement le paysage.
Voici maintenant le théorème qui relie racine et factorisation — connaître une racine, c'est connaître un facteur.
Propriété
Théorème (factorisation par ). Soit un polynôme de degré et un nombre complexe. Alors est une racine de si et seulement si il existe une fonction polynôme de degré telle que, pour tout ,
De plus, le coefficient dominant de est celui de .
Démonstration. Le sens réciproque est immédiat : si pour tout , alors .
Pour le sens direct, supposons et écrivons avec . L'astuce consiste à retrancher — qui est nul — pour faire apparaître des différences de puissances :
les termes constants s'étant éliminés. Or, d'après le théorème de la section précédente, chaque différence se factorise par . En mettant en facteur dans toute la somme :
Dans le crochet, le seul terme en provient du premier bloc, avec le coefficient ; tous les autres blocs sont de degré au plus . La fonction est donc bien un polynôme de degré , de coefficient dominant .
Remarque. Si est réel, les coefficients de sont réels. Si n'est pas réel, certains coefficients de peuvent être complexes — ainsi . On admet que les définitions et résultats de ce chapitre (degré, identification des coefficients, factorisation) s'étendent mot pour mot à ces fonctions polynômes à coefficients complexes, que nous ne rencontrerons que comme intermédiaires de calcul.
Comment déterminer en pratique ? Le théorème garantit son existence, mais ne le calcule pas. La méthode du programme est l'identification des coefficients, présentée en début de chapitre — et elle suffit toujours.
Méthode
Résoudre une équation de degré 3 dont une racine est connue. Pour résoudre où est de degré et où une racine est connue (donnée par l'énoncé, ou trouvée en testant des valeurs simples comme , , , …) :
- Vérifier que .
- Poser la factorisation : le théorème garantit l'existence des coefficients , , .
- Identifier : développer le membre de droite et égaler les coefficients degré par degré.
- Résoudre le trinôme dans (discriminant).
- Conclure : les solutions de sont et les solutions du trinôme.
Exemple
Résoudre dans l'équation , sachant qu'elle admet une solution entière. Notons .
Recherche de la racine. Testons de petites valeurs entières : , puis
le nombre est une racine de .
Factorisation par identification. Le théorème fournit des réels et tels que, pour tout , — le coefficient dominant du second facteur vaut , comme celui de . Développons :
Par identification avec : donne , et donne . Contrôle sur le coefficient de : , ce qui concorde. Ainsi
Résolution du trinôme. Le discriminant de vaut , avec : les solutions sont .
Conclusion. . Les deux solutions non réelles sont conjuguées : ce n'est pas un hasard, le trinôme obtenu est à coefficients réels.
Le nombre de racines d'un polynôme
Une équation de degré peut-elle avoir quatre solutions ? L'intuition, forgée sur le second degré, souffle que non — et le théorème de factorisation permet de le démontrer proprement, par récurrence sur le degré.
Propriété
Théorème (nombre de racines). Un polynôme de degré admet au plus racines dans .
Démonstration (par récurrence sur le degré). Pour tout entier , notons la propriété : « toute fonction polynôme de degré admet au plus racines ».
Initialisation. Un polynôme de degré s'écrit avec , et l'équation équivaut à : exactement une racine, donc au plus une. est vraie.
Hérédité. Supposons vraie pour un entier , et soit un polynôme de degré . Si n'a aucune racine, il en a bien au plus . Sinon, soit une racine de : le théorème de factorisation écrit avec de degré . Soit alors une racine de distincte de :
et comme , un produit nul dont un facteur est non nul force . Toute racine de autre que est donc une racine de . Or, par hypothèse de récurrence, admet au plus racines : en admet au plus (celles de , plus éventuellement ). est vraie.
Conclusion. Par récurrence, tout polynôme de degré admet au plus racines dans .
Remarques.
- Le théorème dit « au plus », pas « exactement » : le compte dépend du polynôme. Dans , le polynôme atteint le maximum avec ses deux racines et , tandis que , de degré lui aussi, n'a que la racine . L'équation bicarrée résolue plus haut atteignait le maximum : quatre solutions pour un degré , et le théorème garantit qu'il n'en existe aucune autre.
- Le théorème a une conséquence remarquable : deux polynômes de degré au plus qui coïncident en points distincts sont égaux. En effet, leur différence est une fonction polynôme qui admet racines ; si elle n'était pas nulle, son degré — au plus — contredirait le théorème. Elle est donc nulle, et l'identification conclut. Une poignée de valeurs suffit ainsi à déterminer entièrement un polynôme.
Somme et produit des racines
Résoudre, c'est bien ; contrôler son résultat en quelques secondes, c'est mieux. Les formules de cette section montrent que les racines d'un polynôme se lisent partiellement sur ses coefficients — de quoi vérifier n'importe quelle résolution, et parfois la remplacer.
Propriété
Somme et produit des racines d'un trinôme. Si le trinôme (, , réels, ) admet pour racines et (réelles ou complexes conjuguées, confondues si ), alors
Démonstration. Le premier chapitre l'a établie par le calcul, à partir des formules explicites des solutions. En voici une seconde démonstration, plus structurelle, fondée sur la factorisation. Montrons d'abord que pour tout . Comme est une racine, le théorème de factorisation donne avec (coefficient dominant). Si , l'évaluation en donne avec , donc et le second facteur est . Si (cas , où ), la forme canonique s'écrit directement . Dans les deux cas, développons :
Par identification des coefficients avec : et , c'est-à-dire et .
Remarque (lecture sur un polynôme unitaire factorisé). Le même développement s'étend aux petits degrés. Pour un polynôme unitaire de degré de racines , , :
La somme des racines est l'opposé du coefficient de , et leur produit est l'opposé du terme constant — le signe alterne avec le degré. Vérifions sur l'équation résolue plus haut, de solutions , et : la somme vaut , opposé de ; le produit vaut , opposé de . Les deux contrôles concordent, sans refaire aucun calcul de discriminant.
La propriété se lit aussi dans l'autre sens : connaissant la somme et le produit de deux nombres, on peut les retrouver.
Méthode
Retrouver deux nombres connaissant leur somme et leur produit. Soient et deux réels. Les nombres complexes et vérifiant et sont exactement les solutions de l'équation
- Former cette équation.
- La résoudre dans (discriminant).
- Les deux solutions, dans un ordre quelconque, sont les nombres cherchés.
En effet, si et , alors pour tout : les nombres et sont bien les racines de ce trinôme. Réciproquement, la propriété ci-dessus assure que les racines de ont pour somme et pour produit .
Exemple
Trouver deux nombres complexes de somme et de produit . Ils sont solutions de , de discriminant : les solutions sont . Les nombres cherchés sont donc et . Contrôle : et .
Les racines -ièmes de l'unité
Toutes les briques sont posées ; voici le sommet du chapitre. L'équation est la plus simple de toutes les équations de degré , et le théorème du nombre de racines nous garantit déjà qu'elle admet au plus solutions. Nous allons montrer qu'elle en admet exactement , les calculer toutes — c'est ici que la forme exponentielle du chapitre précédent entre en scène — et découvrir que leurs images dessinent des polygones réguliers.
Définition
Racines -ièmes de l'unité. Soit un entier naturel non nul. On appelle racine -ième de l'unité tout nombre complexe vérifiant . L'ensemble des racines -ièmes de l'unité est noté :
Le nombre appartient toujours à , et . La notation rappelle l'ensemble des complexes de module , introduit au chapitre précédent — et ce n'est pas un hasard, comme le montre la démonstration qui suit.
Propriété
Théorème (description de ). Pour tout entier :
et ces nombres sont deux à deux distincts : l'équation admet exactement solutions dans .
Démonstration. Raisonnons par analyse-synthèse.
Analyse. Soit . D'abord , car . En prenant les modules : . Or est un réel strictement positif, et la fonction est strictement croissante sur : le seul réel strictement positif dont la puissance -ième vaut est lui-même. Donc , et s'écrit sous forme exponentielle avec réel — autrement dit, . L'équation devient, grâce à la formule de Moivre, ; par unicité de l'argument (chapitre précédent), cela équivaut à , c'est-à-dire pour un certain entier relatif , soit . Ainsi avec entier relatif.
Synthèse. Réciproquement, pour tout entier relatif , le nombre vérifie : c'est bien un élément de .
Réduction aux indices . Soit un entier relatif quelconque, et sa division euclidienne par , avec . Alors
toute racine figure déjà dans la liste des indices à . Enfin, ces nombres sont deux à deux distincts : pour , la différence des arguments vaut , qui appartient à puisque ; ce n'est pas un multiple de , donc les deux nombres diffèrent.
Remarque. Notons désormais , et en particulier . La formule de Moivre donne : les racines -ièmes de l'unité sont les puissances successives , , , …, de la première d'entre elles.
Représentons dans le plan complexe. Tous ses éléments sont de module : leurs images appartiennent au cercle trigonométrique. Leurs arguments , , , … progressent d'un pas constant : les images sont donc les sommets d'un polygone régulier à sommets inscrit dans le cercle trigonométrique, dont l'un des sommets est le point d'affixe .
La figure illustre le cas : les six racines sixièmes forment un hexagone régulier, et l'angle au centre entre deux sommets consécutifs vaut . Chacune se calcule sous forme algébrique avec :
a.
b.
c.
d.
e.
f.
Les cas , et
Le cas . L'équation s'écrit , d'où . Les deux images sont les extrémités d'un diamètre du cercle trigonométrique — le « polygone » se réduit à un segment.
Le cas . Le théorème donne . La deuxième racine joue un rôle si fréquent qu'elle a reçu un nom.
Définition
Le nombre . On note
Comme , on retient : . Les trois images forment un triangle équilatéral inscrit dans le cercle trigonométrique.
Propriété
Propriétés du nombre .
Démonstration. D'abord . Ensuite, la factorisation de appliquée en donne ; comme , nécessairement . Enfin , car les arguments et diffèrent de ; et l'égalité montre que est l'inverse de .
Ces trois identités transforment tout calcul avec en un jeu de simplifications : les puissances de se réduisent grâce au cycle — de longueur , comme celui des puissances de était de longueur au premier chapitre — et la relation remplace toute somme de deux de ces nombres par l'opposé du troisième. Quelques calculs typiques :
a. , car , donc .
b. , d'après .
c. .
d. , car .
Le cas . Le théorème donne les pour , , , , c'est-à-dire
les racines quatrièmes de l'unité sont exactement les puissances de , dont le cycle a été étudié au premier chapitre. On peut aussi les retrouver par pure algèbre : . Les quatre images forment un carré inscrit dans le cercle trigonométrique.
Stabilité de
L'ensemble possède une propriété remarquable : les opérations usuelles ne permettent pas d'en sortir.
Propriété
Stabilité de . Soient et deux racines -ièmes de l'unité. Alors :
- : l'ensemble est stable par produit ;
- : il est stable par passage à l'inverse ;
- : il est stable par conjugaison — et de plus .
Démonstration. Par hypothèse , et . Alors , puis , et d'après les propriétés du conjugué (premier chapitre). Enfin appartient à , donc est de module , et le chapitre précédent a montré que l'inverse d'un nombre de module est son conjugué.
Remarque. Regardons la stabilité par produit à travers les indices : . Si dépasse , la réduction vue dans la démonstration du théorème le ramène à son reste dans la division euclidienne par : . Les indices s'ajoutent donc « à un multiple de près » — une arithmétique des restes que le prochain chapitre étudiera pour elle-même, sous le nom de congruences.
La somme des racines -ièmes de l'unité
Les sommets du polygone se répartissent parfaitement autour de l'origine : leur « moyenne » devrait tomber au centre. C'est exact, et l'algèbre le confirme en deux lignes.
Propriété
Somme des racines -ièmes de l'unité. Pour tout entier , la somme des racines -ièmes de l'unité est nulle :
Démonstration. Posons , puisque . La factorisation de appliquée en donne
Or , donc . Comme , l'argument de appartient à , donc : un produit nul dont le premier facteur est non nul force .
Remarques.
- L'hypothèse est indispensable : pour , la somme vaut .
- Le cas redonne la relation , et le cas se vérifie de tête : .
- Géométriquement, le centre de gravité des sommets du polygone est l'origine — la régularité de la figure se lit dans l'algèbre.
Racines -ièmes d'un nombre complexe
L'équation est résolue ; la généralisation s'impose d'elle-même : que dire de pour un nombre complexe non nul quelconque ? L'exemple , traité en début de chapitre par factorisation, avait livré trois solutions, toutes de module — un indice que la structure de se cache derrière toutes ces équations. Le théorème suivant le confirme, et clôt le chapitre en beauté.
Propriété
Théorème (racines -ièmes d'un nombre complexe). Soit un nombre complexe non nul, de forme exponentielle (avec ), et un entier . L'équation admet exactement solutions, appelées racines -ièmes de :
Autrement dit, en posant , les solutions sont exactement les produits , où décrit .
Remarque. Le réel désigne l'unique réel strictement positif dont la puissance -ième vaut : il existe et il est unique, car la fonction est continue et strictement croissante sur .
Démonstration. Posons . La formule de Moivre donne
le nombre est une solution particulière, et . Pour tout complexe , on peut alors diviser par :
Les solutions sont donc exactement les pour , c'est-à-dire
Elles sont deux à deux distinctes, car et les sont deux à deux distincts.
Ce théorème dit deux choses. D'une part un résultat d'existence : tout nombre complexe non nul admet des racines -ièmes — là où, dans , un nombre négatif n'a même pas de racine carrée. D'autre part une description : il suffit de connaître une solution pour les avoir toutes, en la multipliant par les racines -ièmes de l'unité.
Méthode
Résoudre l'équation (avec ).
- Écrire sous forme exponentielle : , avec .
- Exhiber une solution particulière : .
- Multiplier par les racines -ièmes de l'unité : les solutions sont les , pour .
- Donner, si l'énoncé le demande, les formes algébriques à l'aide de .
Exemple
Résoudre dans l'équation .
Forme exponentielle du second membre. On a et , donc .
Solution particulière. Comme , le nombre convient : .
Toutes les solutions. Les solutions sont les :
- pour : ;
- pour : ;
- pour : .
Conclusion : .
Contrôle par factorisation. La solution réelle saute aux yeux (), et la première moitié du chapitre offre une seconde résolution complète. Factorisons par : l'identification dans donne et (et le contrôle concorde avec l'absence de terme en ). Le trinôme a pour discriminant , avec , d'où les solutions . Les deux méthodes du chapitre — la factorisation algébrique et la forme exponentielle — donnent exactement les mêmes solutions : belle convergence.
Remarque géométrique. Les images des racines -ièmes de sont les sommets d'un polygone régulier à sommets, inscrit cette fois dans le cercle de centre et de rayon : c'est le polygone des racines de l'unité, agrandi du facteur et tourné de l'angle . Dans l'exemple, les trois solutions de forment un triangle équilatéral inscrit dans le cercle de rayon — et le mystère de l'équation , dont les trois solutions avaient toutes pour module , est levé.
Le bilan du chapitre tient dans son fil rouge : pour résoudre une équation polynomiale, on factorise — une racine connue fournit un facteur , l'identification des coefficients livre le facteur restant, et le second degré achève le travail, sous le contrôle silencieux du théorème du nombre de racines et des formules somme-produit. Les racines de l'unité couronnent l'édifice : l'équation admet exactement solutions, les puissances de , dont les images dessinent un polygone régulier, et toute équation s'y ramène. Chemin faisant, une observation est promise à un grand avenir : les indices des racines de l'unité s'ajoutent « à un multiple de près ». Cette arithmétique des restes — divisibilité, division euclidienne, congruences — est précisément l'objet du prochain chapitre. Signalons enfin, au-delà du programme, que nos théorèmes sont l'ombre portée d'un résultat plus profond, le théorème de d'Alembert-Gauss : dans , tout polynôme de degré se factorise entièrement en produit de facteurs de degré — l'ensemble construit par Bombelli ne manque jamais d'aucune racine.
Bloqué sur « Équations polynomiales et racines de l'unité » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.