Maths compl. · Chapitre 06 · Analyse
Primitives et équations différentielles
Reconnaissance de formes (u'·exp(u), u'/u…), équations y' = ay et y' = ay + b.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Reconnaissance de formes (u'·exp(u), u'/u…)
- Équations y' = ay et y' = ay + b
Posez un thé brûlant sur la table d'une pièce à °C : il refroidit vite au début, puis de plus en plus lentement. La physique ne donne pas directement la température à l'instant ; elle dit comment cette température varie : la vitesse de refroidissement est proportionnelle à l'écart avec la température ambiante. Le même schéma se retrouve partout. Un médicament injecté dans le sang est éliminé à une vitesse proportionnelle à la quantité encore présente ; un capital placé à intérêts continus croît à une vitesse proportionnelle à sa valeur ; une population de bactéries, tant que rien ne la freine, croît proportionnellement à son effectif. Dans chacune de ces situations, nous connaissons la vitesse de variation d'une grandeur, mais pas la grandeur elle-même.
Traduites en langage mathématique, ces lois donnent des équations d'un type nouveau. L'inconnue n'y est plus un nombre, mais une fonction, et l'équation relie cette fonction à sa dérivée : pour le médicament, si désigne la quantité présente à l'instant , la loi d'élimination s'écrit par exemple . De telles équations s'appellent des équations différentielles. Elles sont le langage naturel des sciences expérimentales, de la médecine et de l'économie : chaque fois qu'un modèle décrit une évolution, c'est presque toujours sous cette forme qu'il naît.
Ce chapitre s'organise autour de deux problèmes jumeaux. Le premier est l'équation , où le membre de droite est une fonction connue : la résoudre, c'est retrouver une fonction dont on connaît la dérivée, opération inverse de la dérivation ; la fonction cherchée s'appelle une primitive de . Le second est l'équation , où la vitesse de variation dépend de la grandeur elle-même : nous démontrerons que ses solutions s'expriment toutes à l'aide de l'exponentielle, ce qui explique l'omniprésence de cette fonction dans les modèles d'évolution. En fin de chapitre, la méthode d'Euler montrera comment une simple boucle Python approche numériquement une solution, valeur par valeur.
Équations différentielles : premiers exemples
Commençons par fixer le vocabulaire. Dans une équation différentielle, la lettre ne désigne pas un nombre inconnu mais une fonction inconnue, et sa dérivée. Ainsi se lit : « quelles sont les fonctions dont la dérivée s'obtient en multipliant la fonction par puis en ajoutant ? »
Définition
Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue est une fonction, généralement notée , et qui fait intervenir cette fonction et sa dérivée . Une solution de l'équation sur un intervalle est une fonction dérivable sur qui vérifie l'égalité pour tout . Résoudre l'équation sur , c'est déterminer toutes ses solutions sur .
Résoudre une équation différentielle est en général difficile — c'est l'objet des sections suivantes. En revanche, vérifier qu'une fonction donnée est solution est toujours à notre portée : il suffit de la dériver et de comparer les deux membres. C'est la première capacité du chapitre, et elle repose entièrement sur les formules de dérivation.
Méthode
Vérifier qu'une fonction est solution d'une équation différentielle.
- S'assurer que la fonction proposée est dérivable sur l'intervalle considéré, et calculer .
- Remplacer par dans le membre de droite de l'équation, et simplifier l'expression obtenue.
- Comparer : si les deux expressions sont égales pour tout , alors est solution sur ; si l'égalité échoue pour une seule valeur de , elle ne l'est pas.
Exemple
On considère l'équation différentielle .
a. Montrons que la fonction définie sur par est solution de . La fonction est dérivable sur et . Par ailleurs, pour tout réel :
Les deux expressions coïncident pour tout réel : la fonction est bien solution de sur .
b. La fonction définie sur par est-elle solution de ? On a , tandis que . L'égalité n'est vraie que pour , pas pour tout réel : la fonction n'est pas solution de .
L'exemple a cache une information importante : n'est pas la seule solution de . Prenons un réel quelconque et posons ; alors et : chacune de ces fonctions est solution. Une équation différentielle admet ainsi une infinité de solutions, une par valeur de la constante . Pour en isoler une seule, on impose une condition initiale, c'est-à-dire la valeur de la fonction en un point : si l'on exige , la condition donne , et l'on retrouve exactement la fonction du a. Sur les exemples de ce chapitre, on constatera toujours ce phénomène : il existe une et une seule solution vérifiant une condition initiale donnée. C'est cette solution unique que les modèles concrets recherchent, la condition initiale traduisant l'état du système au départ (température initiale du thé, dose injectée à l'instant …).
L'équation : la notion de primitive
Le cas le plus simple d'équation différentielle est celui où le membre de droite ne fait pas intervenir : l'équation , où est une fonction connue. La résoudre, c'est trouver les fonctions dont la dérivée est — lire les formules de dérivation à l'envers. La solution porte un nom.
Définition
Soit une fonction définie sur un intervalle . On appelle primitive de sur toute fonction dérivable sur telle que , c'est-à-dire telle que pour tout :
Les primitives de sur sont exactement les solutions sur de l'équation différentielle .
Exemple
Soit définie sur par . La fonction est dérivable sur et : c'est une primitive de sur . Mais ce n'est pas la seule : ou conviennent tout autant, la constante disparaissant à la dérivation. C'est pourquoi l'on dit toujours « une primitive de », jamais « la primitive ».
Deux questions se posent alors. Toute fonction admet-elle des primitives ? Et, en ajoutant des constantes, les obtient-on toutes ? La première question reçoit une réponse positive dès que la fonction est continue ; le résultat est admis cette année.
Propriété
Existence de primitives (admise). Toute fonction continue sur un intervalle admet des primitives sur cet intervalle.
Ce théorème sera éclairé au chapitre suivant, consacré au calcul intégral, qui donnera un sens concret à l'une de ces primitives ; nous l'admettons. La seconde question, elle, est à notre portée : c'est l'une des démonstrations du programme, et elle repose sur un fait vu avec les variations — une fonction dont la dérivée est nulle sur un intervalle y est constante.
Propriété
Deux primitives diffèrent d'une constante. Soit une fonction continue sur un intervalle et une primitive de sur . Alors les primitives de sur sont exactement les fonctions
Autrement dit, deux primitives d'une même fonction continue sur un intervalle diffèrent d'une constante.
Démonstration. Vérifions d'abord que toutes ces fonctions conviennent. Pour tout réel , la fonction est dérivable sur et : c'est bien une primitive de sur .
Réciproquement, soit une primitive quelconque de sur . Posons . La fonction est dérivable sur et, pour tout :
La dérivée de est nulle sur l'intervalle , donc y est constante : il existe un réel tel que pour tout , c'est-à-dire .
L'hypothèse « intervalle » n'est pas décorative : sur une réunion de deux intervalles disjoints, une fonction de dérivée nulle peut prendre une valeur constante différente sur chaque morceau. C'est pour cette raison que la notion de primitive se définit toujours sur un intervalle. La propriété a une conséquence précieuse : parmi l'infinité de primitives, une seule prend une valeur imposée en un point donné.
Propriété
Primitive vérifiant une condition. Soit une fonction continue sur un intervalle , et . Il existe une unique primitive de sur telle que .
Méthode
Déterminer la primitive vérifiant .
- Déterminer une primitive de sur : toutes les primitives sont alors les fonctions , .
- Traduire la condition : .
- Résoudre cette équation d'inconnue , puis écrire la primitive obtenue.
Exemple
Soit définie sur par . Déterminons la primitive de sur telle que .
Les primitives de sur sont les fonctions , où (on vérifie en dérivant). La condition s'écrit , soit , d'où . La primitive cherchée est donc
Primitives des fonctions usuelles
Puisque chercher une primitive revient à lire les formules de dérivation à l'envers, chaque ligne du tableau des dérivées fournit, retournée, une ligne du tableau des primitives. La dérivée de est : une primitive de est donc . Le tableau suivant est à connaître aussi parfaitement que celui des dérivées ; dans chaque cas, on obtient toutes les primitives en ajoutant une constante.
| Fonction | Une primitive | Sur l'intervalle |
|---|---|---|
| ( réel) | ||
| () | ||
| ou | ||
Trois commentaires. La dernière ligne vient du chapitre sur le logarithme : nous y avons établi que sur , donc est une primitive de sur cet intervalle — c'est l'un des rôles majeurs du logarithme. Ensuite, la colonne des intervalles n'est pas facultative : n'est pas définie en , ses primitives se cherchent donc sur l'un des deux intervalles ou , jamais « sur privé de ». Enfin, chaque formule se vérifie instantanément en dérivant la colonne du milieu : , et . Prendre ce réflexe de vérification, c'est ne plus jamais se tromper.
Comme la dérivation, la recherche de primitives se comporte bien vis-à-vis des sommes et des multiples par un réel.
Propriété
Linéarité. Soient et deux fonctions continues sur un intervalle , et des primitives respectives de et sur , et un réel.
- est une primitive de sur ;
- est une primitive de sur .
Grâce à la linéarité et au tableau, nous savons déjà primitiver n'importe quelle fonction polynôme : on traite chaque terme séparément, en « augmentant l'exposant de et en divisant par le nouvel exposant ».
Exemple
a. Soit définie sur par . Le tableau donne terme à terme les primitives , et , d'où par linéarité :
On vérifie : . Les primitives de sur sont les fonctions , .
b. Soit définie sur par . Une primitive de étant , une primitive de est , et le tableau fournit les deux autres termes :
c. Soit définie sur par . Par linéarité, une primitive de sur est .
Primitives et formes composées
Le tableau des fonctions de référence ne suffit pas pour des fonctions comme ou . Pour aller plus loin, relisons à l'envers les trois formules de dérivation composée établies au chapitre sur les compléments de dérivation : , et . Chacune, lue de droite à gauche, devient une formule de primitive.
Propriété
Primitives des formes composées. Soit une fonction dérivable sur un intervalle .
- Une primitive de sur est .
- Une primitive de sur est .
- Si de plus sur , une primitive de sur est .
Chaque ligne se vérifie en dérivant : c'est exactement la formule de dérivation correspondante. La condition de la troisième ligne est indispensable, puisque n'est définie que si est strictement positive. Toute la difficulté pratique consiste à reconnaître ces formes dans une expression donnée : le facteur est rarement servi sur un plateau, il manque souvent une constante multiplicative.
Méthode
Reconnaître une forme composée et ajuster la constante.
- Repérer la fonction intérieure candidate : l'expression au carré, sous l'exponentielle, ou au dénominateur.
- Calculer et la comparer au facteur restant de l'expression.
- Si ce facteur vaut pour un réel , écrire la fonction sous la forme et prendre fois la primitive de référence. On ajuste ainsi une constante multiplicative, jamais autre chose : si le facteur manquant n'est pas constant, la méthode ne s'applique pas.
- Vérifier en dérivant la primitive obtenue.
Exemple
Forme . Soit définie sur par . Posons : alors et
La fonction est exactement de la forme : une primitive de sur est . Avec en revanche, donne : le facteur disponible vaut de ce qu'il faudrait. On écrit , d'où la primitive . Vérification : .
Exemple
Forme . Soit définie sur par . Posons : alors , qui est exactement le facteur devant l'exponentielle, donc et une primitive de sur est .
Soit maintenant définie sur par . Posons : alors , et le facteur disponible vaut . On écrit
d'où la primitive . Vérification : .
Exemple
Forme . Soit définie sur par . Posons : le discriminant vaut et le coefficient de est positif, donc pour tout réel . Comme est exactement le numérateur, et une primitive de sur est .
Soit maintenant définie sur par . Posons , strictement positive sur cet intervalle, avec : le numérateur vaut , d'où
Nous savons désormais résoudre l'équation pour un large éventail de fonctions . Passons au second problème du chapitre, celui où la dérivée de l'inconnue dépend de l'inconnue elle-même.
L'équation différentielle
Reprenons le médicament de l'introduction : la quantité présente dans le sang est éliminée à une vitesse proportionnelle à elle-même, ce qui s'écrit . Cette fois, impossible de primitiver directement : le membre de droite n'est pas une fonction connue de , il fait intervenir l'inconnue . C'est le prototype des équations de la forme , où est un réel fixé, et le théorème suivant les résout complètement — sa démonstration figure au programme.
Propriété
Résolution de . Soit un réel. Les solutions sur de l'équation différentielle sont exactement les fonctions
Démonstration. Procédons en deux temps.
Ces fonctions sont solutions. Soit un réel et . La fonction est dérivable sur et, la dérivée de étant :
Donc est solution de sur .
Ce sont les seules. Soit une solution quelconque de sur . Posons, pour tout réel :
La fonction est dérivable sur comme produit de fonctions dérivables et, par la formule de dérivation d'un produit :
Or est solution de l'équation, donc pour tout réel : la dérivée de est nulle sur l'intervalle , donc est constante — c'est le résultat clé de la troisième section qui resurgit. Il existe ainsi un réel tel que pour tout et, en multipliant par (qui ne s'annule jamais) :
L'astuce de la démonstration — multiplier la solution par pour rendre la dérivée nulle — mérite d'être retenue. Notons aussi que la constante s'interprète immédiatement : en évaluant en , on trouve , la valeur initiale. Observons maintenant l'allure de ces familles de solutions.
La figure montre deux familles. À gauche, l'équation (cas ) : les solutions s'écartent de l'axe des abscisses à vitesse exponentielle, vers lorsque , vers lorsque — c'est le régime de la croissance entretenue, celui d'un capital ou d'une population. À droite, l'équation (cas ) : toutes les solutions tendent vers en , par valeurs supérieures si , inférieures si — c'est le régime de l'extinction progressive, celui du médicament éliminé. Dans les deux cas, la solution nulle, obtenue pour , est l'axe des abscisses lui-même, et aucune courbe ne le traverse : une solution non nulle garde le signe de sur tout entier. Enfin, par chaque point du plan passe une courbe et une seule : la condition initiale détermine la solution de façon unique, comme annoncé dans la première section — et cette fois, c'est démontré, puisque la condition détermine de façon unique.
Méthode
Résoudre avec une condition initiale.
- Écrire la solution générale : les solutions sont les fonctions , .
- Traduire la condition initiale : .
- Résoudre cette équation d'inconnue , puis écrire la solution obtenue.
Exemple
a. Déterminons la solution sur de l'équation vérifiant . Les solutions sont les fonctions ; la condition s'écrit , d'où et
b. Déterminons la solution sur de l'équation vérifiant . La condition donne , d'où
Cette dernière écriture rend la condition initiale visible d'un coup d'œil : en , l'exposant s'annule et .
L'équation différentielle
Le modèle suppose que la vitesse de variation est proportionnelle à la grandeur elle-même. Mais le thé de l'introduction refroidit proportionnellement à l'écart avec la température ambiante, et un patient sous perfusion reçoit un apport constant en plus de l'élimination : dans les deux cas, un terme constant s'ajoute, et l'équation prend la forme avec et réels. La clé de sa résolution est une observation toute simple : cherchons d'abord une solution constante. Si est la fonction constante égale à , alors , et l'équation devient , c'est-à-dire dès que . Cette solution particulière suffit à reconstruire toutes les autres.
Propriété
Résolution de . Soient et deux réels, avec . La fonction constante est une solution particulière de l'équation , et les solutions sur de cette équation sont exactement les fonctions
Démonstration. La fonction constante a pour dérivée , et : c'est bien une solution.
Soit maintenant une fonction dérivable sur . Posons , c'est-à-dire l'écart entre et la solution constante ; alors et . Par équivalences :
D'après le théorème de la section précédente, cette dernière condition équivaut à l'existence d'un réel tel que pour tout , c'est-à-dire .
La solution constante s'appelle la solution d'équilibre : si la grandeur démarre exactement à cette valeur, elle n'en bouge plus. Toutes les autres solutions s'obtiennent en ajoutant à cette valeur d'équilibre, et leur comportement en se lit sur le signe de . Si , alors tend vers quand tend vers : toutes les solutions tendent vers , l'équilibre attire le système. Si au contraire, s'emballe dès que : les solutions s'écartent de l'équilibre, vers ou selon le signe de .
La figure illustre le cas attractif avec l'équation , dont la solution d'équilibre vaut : c'est la droite horizontale en pointillés. Quatre solutions sont tracées, correspondant aux valeurs initiales , , et : celles qui partent sous l'équilibre montent vers lui, celles qui partent au-dessus redescendent, et toutes les courbes s'aplatissent contre la droite sans jamais la toucher — la convergence vers l'équilibre est le comportement typique de ces modèles, du thé qui rejoint la température de la pièce au médicament qui se stabilise sous perfusion.
Méthode
Résoudre avec une condition initiale (avec ).
- Calculer la solution d'équilibre : la fonction constante égale à .
- Écrire la solution générale : les fonctions , .
- Traduire la condition initiale et résoudre l'équation d'inconnue .
- Si le contexte s'y prête, interpréter : signe de , limite en , position par rapport à l'équilibre.
Exemple
Un médicament sous perfusion. Un patient reçoit un médicament en perfusion continue à raison de mg par heure, et son organisme en élimine de la quantité présente par heure. La quantité de médicament dans le sang (en mg, en heures) vérifie
Solution d'équilibre. Ici et : la solution d'équilibre est . C'est la quantité pour laquelle l'apport de la perfusion compense exactement l'élimination.
Solution générale. Les solutions de l'équation sont les fonctions , .
Condition initiale. La condition s'écrit , d'où . Finalement :
Interprétation. Comme , on a : la quantité de médicament croît depuis mg et se stabilise vers mg, sans jamais dépasser cette valeur. Au bout de heures par exemple, mg : l'équilibre est déjà presque atteint. C'est exactement la courbe la plus basse de la figure ci-dessus.
La méthode d'Euler
Toutes les équations différentielles ne se laissent pas résoudre par une formule : dès que le modèle se complique, la solution exacte est hors de portée. Les sciences ont pourtant besoin de valeurs numériques. La méthode d'Euler répond à ce besoin en construisant, pas à pas, une approximation de la solution. Son point de départ est l'idée la plus fondamentale de la dérivation : au voisinage d'un point, une fonction dérivable ressemble à sa tangente, ce qui s'écrit, pour un pas proche de :
Or, pour une solution d'une équation différentielle, la valeur de est justement fournie par l'équation ! Connaissant une valeur approchée de la fonction en un point, on peut donc en déduire une valeur approchée un peu plus loin, puis recommencer.
Méthode
Méthode d'Euler pour l'équation . On se donne une condition initiale et un pas . On construit de proche en proche des points en posant :
le facteur étant la pente que l'équation impose au point courant. La ligne brisée reliant les points approche la courbe de la solution ; plus le pas est petit, meilleure est l'approximation, au prix d'un plus grand nombre d'étapes.
Exemple
Construction pas à pas. Appliquons la méthode à l'équation avec et le pas . La relation de récurrence s'écrit . Calculons les premières valeurs :
| (Euler) | |||||
| valeur exacte |
L'approximation est grossière au début (le pas est grand), mais la ligne brisée suit fidèlement l'allure de la solution : les deux montent depuis et se rapprochent de la valeur d'équilibre .
En pratique, ces calculs répétitifs sont confiés à une boucle. Le programme suivant applique la méthode d'Euler à l'équation avec , et renvoie la valeur approchée atteinte après pas de longueur :
def euler(h, n):
t = 0
y = 0
for k in range(n):
y = y + h * (-y + 2)
t = t + h
return y
À chaque tour de boucle, la variable y est remplacée par y + h * (-y + 2) : c'est exactement la relation de récurrence de la méthode, la pente étant recalculée au point courant. L'appel euler(0.5, 4) renvoie , la valeur du tableau ci-dessus. L'intérêt de la machine est de pouvoir réduire le pas sans effort : euler(0.1, 20) renvoie environ , bien plus proche de la valeur exacte . Plus est petit, meilleure est l'approximation.
D'où viennent ces « valeurs exactes » ? Pour cette équation, nous savons résoudre : avec et , la solution d'équilibre vaut , la solution générale est , et la condition donne . La solution exacte est donc , et l'on peut la contrôler par la démarche de la toute première section : sa dérivée vaut , tandis que — les deux membres coïncident, et . La boucle est bouclée : vérifier qu'une fonction est solution, premier geste du chapitre, reste le dernier mot de toute résolution.
Résumons. Une primitive de sur un intervalle est une fonction dont la dérivée est : toute fonction continue en admet, et deux primitives diffèrent d'une constante, si bien qu'une condition du type en sélectionne une seule. Le tableau des primitives de référence se lit dans le tableau des dérivées, et trois formes composées l'étendent : , et , où tout l'art consiste à reconnaître et à ajuster une constante multiplicative. Côté équations différentielles, les solutions de sont les fonctions , et celles de s'en déduisent grâce à la solution d'équilibre , vers laquelle tout converge lorsque . Quand la formule manque, la méthode d'Euler approche la solution pas à pas. Reste la promesse faite en cours de route : donner un sens concret aux primitives d'une fonction continue. Ce sera l'affaire du prochain chapitre.
Bloqué sur « Primitives et équations différentielles » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.