Maths compl. · Chapitre 07 · Analyse
Calcul intégral
Intégrale comme aire, valeur moyenne, méthode des rectangles, Monte-Carlo, aires entre courbes.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Intégrale comme aire
- Valeur moyenne
- Méthode des rectangles
- Monte-Carlo
- Aires entre courbes
Mesurer l'aire d'un carré, d'un triangle ou d'un trapèze, les géomètres savent le faire depuis l'Antiquité : les arpenteurs égyptiens retrouvaient chaque année les limites des parcelles après les crues du Nil en découpant le terrain en figures simples. Mais dès que la frontière se courbe — un champ bordé par une rivière, la section d'une arche de pont — aucune formule élémentaire ne répond. Archimède, au IIIe siècle avant notre ère, eut l'idée décisive : coincer la surface courbe entre des figures rectilignes de plus en plus fines, dont les aires l'encadrent d'aussi près qu'on veut. Il calcula ainsi exactement l'aire délimitée par un arc de parabole. Deux mille ans plus tard, Newton et Leibniz transformèrent cette idée en un outil systématique, le calcul intégral, doté d'une notation devenue universelle : le symbole , un S étiré, initiale de « somme ».
Ce chapitre suit le même chemin. Nous définirons d'abord l'intégrale d'une fonction continue et positive comme une aire ; nous apprendrons à l'estimer par des rectangles — la méthode d'Archimède, confiée à Python — puis, plus étonnant, par le hasard. Viendra alors le résultat central : cette aire se calcule exactement à l'aide des primitives du chapitre précédent. La promesse faite alors — donner un sens concret aux primitives d'une fonction continue — sera tenue, et un problème de géométrie deviendra un simple calcul. Nous en tirerons les applications attendues : aire entre deux courbes, valeur moyenne d'une fonction, et l'interprétation d'une intégrale partout où une grandeur s'accumule — distance parcourue, volume écoulé, coût de production.
L'intégrale d'une fonction continue et positive
Toute aire se mesure relativement à une unité. Dans un repère orthogonal , on appelle unité d'aire, notée u.a., l'aire du rectangle de côtés et . Si par exemple les unités choisies valent cm en abscisse et cm en ordonnée, une unité d'aire vaut . Toutes les aires de ce chapitre s'expriment d'abord en u.a. ; la conversion en ne se fait qu'en toute fin, si le contexte le demande.
Définition
Soit une fonction continue et positive sur un intervalle , de courbe représentative dans un repère orthogonal. L'intégrale de à de est l'aire, exprimée en unités d'aire, du domaine délimité par la courbe , l'axe des abscisses et les droites verticales d'équations et . On la note
Fixons le vocabulaire. Les réels et sont les bornes de l'intégrale. La lettre est dite muette : elle ne sert qu'à décrire la fonction à l'intérieur du symbole, et on peut la remplacer par n'importe quelle autre lettre sans rien changer : . Le symbole ferme l'intégrale et précise le nom de la variable ; dans l'esprit de Leibniz, il évoque la largeur d'un rectangle très fin de hauteur , dont l'intégrale « somme » les aires. Enfin, si les deux bornes coïncident, le domaine se réduit à un segment vertical, d'aire nulle :
Avant toute théorie, certaines intégrales se calculent avec les formules d'aire du collège : c'est le cas dès que la courbe est un segment de droite.
Exemple
a. Une fonction constante. Soit la fonction constante égale à . Le domaine associé à est un rectangle de largeur et de hauteur , donc
b. Une fonction affine. Soit sur , fonction affine positive sur cet intervalle. Le domaine est un trapèze de bases parallèles verticales et , et de hauteur . La formule de l'aire d'un trapèze, demi-somme des bases multipliée par la hauteur, donne
Quand la fonction n'est connue que par sa courbe, tracée sur un quadrillage, on ne peut plus calculer — mais on peut encadrer, en comptant des carreaux.
Méthode
Encadrer une intégrale par comptage de carreaux.
- Déterminer l'aire d'un carreau du quadrillage : elle ne vaut u.a. que si le quadrillage suit exactement les unités des axes.
- Compter le nombre de carreaux entièrement contenus dans le domaine : le produit de par l'aire d'un carreau minore l'intégrale.
- Compter le nombre de carreaux ayant au moins un point commun avec le domaine : le produit de par l'aire d'un carreau la majore.
- Conclure par un encadrement, en u.a., puis le convertir en unités concrètes si nécessaire.
La technique est rustique, mais elle a une vertu : elle rappelle qu'une intégrale se lit sur un dessin avant de se calculer. Plus le quadrillage est fin, plus l'encadrement se resserre — c'est déjà, en germe, l'idée d'Archimède. La section suivante la systématise.
Approcher une intégrale : rectangles, trapèzes et hasard
Considérons l'intégrale
La fonction exponentielle est continue et positive sur : le nombre existe et représente l'aire sous la courbe de entre et . Mais ce domaine n'est ni un rectangle ni un trapèze, et aucune formule de géométrie élémentaire ne le mesure. Découpons alors l'intervalle en intervalles de même largeur , de bornes ; ; ; ; ; . La fonction exponentielle est croissante : sur chaque petit intervalle, elle est comprise entre sa valeur à l'extrémité gauche et sa valeur à l'extrémité droite. On construit ainsi deux escaliers de rectangles : les rectangles inférieurs, de hauteur la valeur à gauche, tiennent entièrement sous la courbe ; les rectangles supérieurs, de hauteur la valeur à droite, la recouvrent.
Les aires de ces deux escaliers encadrent l'aire sous la courbe :
d'où l'encadrement . Observons que les deux sommes contiennent presque les mêmes termes : seuls diffèrent le premier de et le dernier de , si bien que . En multipliant le nombre de rectangles, cet écart devient aussi petit que l'on veut : les deux escaliers pincent la courbe.
Méthode
Encadrer une intégrale par la méthode des rectangles. Soit une fonction continue, positive et croissante sur , et un entier naturel non nul. On pose et pour allant de à .
- Calculer la somme des rectangles inférieurs : .
- Calculer la somme des rectangles supérieurs : .
- Conclure : . Si est décroissante, les rôles de et s'échangent.
À la main, ces sommes deviennent vite pénibles ; une boucle Python les calcule sans effort. Le programme suivant renvoie l'encadrement de pour un nombre de rectangles au choix :
from math import exp
def rectangles(n):
h = 1 / n
somme_inf = 0
somme_sup = 0
for k in range(n):
somme_inf = somme_inf + h * exp(k * h)
somme_sup = somme_sup + h * exp((k + 1) * h)
return somme_inf, somme_sup
L'appel rectangles(5) renvoie environ (1.5522, 1.8958) : ce sont nos deux sommes. Avec rectangles(1000), l'encadrement devient : mille rectangles suffisent à garantir deux décimales. Une amélioration naturelle consiste à remplacer le toit horizontal de chaque rectangle par la corde joignant les deux points de la courbe : on obtient des trapèzes, dont l'aire est la moyenne des deux rectangles. Cette méthode des trapèzes épouse mieux la courbe et converge nettement plus vite : dès , elle donne , déjà correct au centième près.
Changeons maintenant radicalement de stratégie et faisons appel au hasard. Sur , on a : le domaine sous la courbe tient dans le rectangle de sommets et , d'aire u.a. Tirons au hasard, uniformément, un grand nombre de points dans ce rectangle : chaque point a une probabilité de tomber sous la courbe, proportion des aires oblige. Or la loi des grands nombres, rencontrée en probabilités, assure que la fréquence observée d'un événement se rapproche de sa probabilité quand le nombre de répétitions grandit. En comptant les points tombés sous la courbe, on estime donc , puis . C'est la méthode de Monte-Carlo, du nom du quartier des casinos de Monaco.
from random import random
from math import exp
def monte_carlo(n):
compteur = 0
for k in range(n):
x = random()
y = 3 * random()
if y <= exp(x):
compteur = compteur + 1
return 3 * compteur / n
L'appel monte_carlo(100000) renvoie des valeurs voisines de , différentes à chaque exécution puisque le hasard s'en mêle. La convergence est lente — il faut environ multiplier par pour gagner une décimale de précision — mais la méthode ne demande presque rien : savoir tester si un point appartient au domaine. C'est l'outil de choix pour des domaines aux frontières compliquées, là où les rectangles deviennent impraticables.
Toutes ces méthodes fournissent des valeurs approchées. La valeur exacte, elle, va sortir d'un théorème inattendu, qui relie l'aire… à la dérivation.
Le théorème fondamental : calculer avec des primitives
Soit une fonction continue et positive sur . Au lieu de figer les deux bornes, faisons varier la borne droite : pour chaque de , considérons l'aire accumulée entre et , c'est-à-dire la fonction aire . Remarquons la variable muette : la lettre étant réservée à la borne, on décrit la fonction sous l'intégrale avec une autre lettre. Cette fonction aire vaut en , et en elle vaut l'intégrale complète. Comment grandit-elle lorsque avance ? Le théorème suivant, au cœur de toute l'analyse, répond : sa vitesse de croissance en est exactement .
Propriété
Théorème fondamental (admis). Soit une fonction continue et positive sur . La fonction définie sur par
est dérivable sur et . Autrement dit, la fonction aire est une primitive de : celle qui s'annule en .
Ce théorème tient la promesse du chapitre précédent : nous y avions admis que toute fonction continue admet des primitives, sans pouvoir en exhiber une seule dans le cas général. En voici une, construite comme une aire. Si le résultat est admis, on peut en comprendre le mécanisme sur un cas simple.
Remarque
Idée de la démonstration dans le cas où est continue, positive et croissante sur . Fixons dans et prenons assez petit. La différence est l'aire de la fine bande comprise entre les abscisses et . Comme est croissante, cette bande contient le rectangle de largeur et de hauteur , et elle est contenue dans le rectangle de même largeur et de hauteur :
En divisant par : . Lorsque se rapproche de , la continuité de fait tendre vers : le taux d'accroissement de en , coincé entre les deux, tend vers . C'est dire que est dérivable en avec . Le cas se traite de la même manière.
Le théorème livre aussitôt un mode de calcul exact. Notons la fonction aire du théorème et soit une primitive quelconque de sur . D'après le chapitre précédent, deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante : il existe un réel tel que . En évaluant en : , d'où . En évaluant en :
Propriété
Calcul d'une intégrale à l'aide d'une primitive. Soit une fonction continue et positive sur , et une primitive quelconque de sur . Alors
Ce nombre se note aussi , ce qui se lit « pris entre et ».
Le résultat ne dépend pas de la primitive choisie : en remplaçant par , on calcule , la constante disparaît dans la soustraction. On choisit donc toujours la primitive la plus simple, celle sans constante. Reprenons l'intégrale de la section précédente : la fonction exponentielle est sa propre primitive, donc
La valeur exacte tombe en une ligne, en plein accord avec l'encadrement obtenu à grand renfort de rectangles. Toute la puissance du théorème est là : un problème d'aire, résolu en lisant une formule de dérivation à l'envers. Tout le travail du chapitre précédent — tableau des primitives, formes composées — devient le moteur du calcul intégral.
Exemple
a. Un polynôme. Calculons . On primitive terme à terme, comme au chapitre précédent : une primitive de sur est . Donc
b. Une forme . Calculons . Posons : alors , et le facteur disponible vaut . Une primitive de sur est donc — c'est exactement le travail de reconnaissance du chapitre précédent. Ainsi
Comme la recherche de primitives, le calcul d'intégrales se comporte bien vis-à-vis des sommes et des multiples par un réel.
Propriété
Linéarité de l'intégrale. Soient et deux fonctions continues sur et un réel :
Cette propriété est héritée directement de la linéarité des primitives : une primitive de est , et se réorganise en . En pratique, elle autorise à intégrer terme à terme, exactement comme on primitive terme à terme — l'exemple a ci-dessus l'utilisait déjà sans le dire.
Fonctions de signe quelconque et relation de Chasles
Que devient l'intégrale si prend des valeurs négatives ? La définition par l'aire ne s'applique plus telle quelle : un domaine situé sous l'axe des abscisses a une aire positive, comme toute surface. Mais la formule , elle, garde un sens dès que est continue, puisque toute fonction continue admet des primitives. C'est elle que l'on adopte comme définition générale.
Définition
Soit une fonction continue, de signe quelconque, sur , et une primitive de sur . On appelle intégrale de à de le nombre
Ce nombre ne dépend pas de la primitive choisie, et les règles de calcul — notation crochet, linéarité — demeurent valables.
Graphiquement, cette intégrale reste liée aux aires, mais avec des signes. Sur les intervalles où , le domaine entre la courbe et l'axe compte positivement ; sur ceux où , il compte négativement. On dit que l'intégrale est une aire algébrique : l'aire des zones situées au-dessus de l'axe, diminuée de l'aire des zones situées en dessous.
Sur la figure, la fonction s'annule en une abscisse comprise entre et : en notant l'aire de la zone au-dessus de l'axe (entre et ) et celle de la zone en dessous (entre et ), on a . Une conséquence doit être bien comprise : une intégrale peut être nulle sans que l'aire le soit.
Exemple
Considérons sur . Une primitive est , donc
Pourtant le domaine compris entre la courbe et l'axe des abscisses n'est pas vide : il est formé de deux triangles rectangles de côtés et , l'un sous l'axe entre et , l'autre au-dessus entre et , soit une aire totale de u.a. L'intégrale est nulle par compensation : les deux contributions, et , s'annulent. Une intégrale nulle ne signifie donc jamais « aire nulle ».
Pour calculer une aire véritable malgré les changements de signe, on découpe l'intervalle. L'outil de découpage porte un nom.
Propriété
Relation de Chasles. Soit une fonction continue sur un intervalle , et , , trois réels de avec :
Pour une fonction positive, c'est une évidence géométrique : couper le domaine par la droite verticale partage l'aire en deux morceaux. Dans le cas général, une primitive rend la vérification immédiate : , le terme disparaît. Cette relation est la clé du calcul d'aires pour les fonctions qui changent de signe : on découpe aux points où s'annule, pour retrouver des morceaux de signe constant.
Méthode
Calculer l'aire du domaine entre la courbe et l'axe des abscisses lorsque change de signe sur .
- Étudier le signe de sur et repérer les abscisses où s'annule en changeant de signe.
- Découper l'intervalle en sous-intervalles sur lesquels garde un signe constant (relation de Chasles).
- Sur chaque sous-intervalle où , l'aire est égale à l'intégrale ; sur chaque sous-intervalle où , l'aire est égale à l'opposé de l'intégrale.
- Additionner toutes ces aires.
Exemple
Reprenons , cette fois sur , et calculons l'aire du domaine compris entre la courbe et l'axe des abscisses. La fonction est négative sur et positive sur , d'où le découpage :
À comparer avec l'intégrale calculée d'un bloc : . C'est l'aire algébrique, où le triangle situé sous l'axe vient en déduction au lieu de s'ajouter.
Valeur moyenne
Quelle a été la température moyenne de la journée ? La moyenne d'une série de relevés se calcule en additionnant les valeurs et en divisant par leur nombre. Mais la température prend une valeur à chaque instant — une infinité de valeurs. L'intégrale, héritière des sommes, prend le relais : on « additionne » toutes les valeurs à l'aide d'une intégrale, et on divise par la longueur de l'intervalle.
Définition
Soit une fonction continue sur , avec . La valeur moyenne de sur est le nombre
Pour une fonction positive, l'interprétation graphique est parlante. En multipliant la définition par , on obtient : le rectangle de base et de hauteur a exactement la même aire que le domaine sous la courbe. La valeur moyenne est la hauteur à laquelle il faudrait niveler la courbe pour conserver l'aire : les bosses situées au-dessus de comblent exactement les creux situés en dessous.
Sur la figure, sur . On calcule
d'où : le rectangle de hauteur tracé sur la figure a la même aire que le domaine sous la parabole. Une moyenne, au sens usuel, est toujours comprise entre la plus petite et la plus grande des valeurs ; il en va de même ici.
Propriété
Encadrement de la valeur moyenne. Soit une fonction continue sur , avec . Si, pour tout de , , alors la valeur moyenne de sur vérifie
En particulier, la valeur moyenne est comprise entre le minimum et le maximum de sur .
La justification se lit sur le graphique, pour une fonction positive : le domaine sous la courbe contient le rectangle de base et de hauteur , et il est contenu dans celui de hauteur . Les aires se comparent donc : , et il reste à diviser par . Sur l'exemple de la figure, la parabole s'annule aux bornes et culmine à : on vérifie bien . Cet encadrement fournit au passage un contrôle de vraisemblance systématique : une « moyenne » qui sortirait de la fourchette des valeurs signale une erreur de calcul.
Exemple
Température moyenne d'une journée. La température d'une serre, en degrés Celsius, est modélisée sur une journée par , où désigne l'heure, . Une étude rapide : s'annule en , et la température croît de °C à °C, puis décroît jusqu'à °C. La température moyenne de la journée vaut
La moyenne, °C, est bien comprise entre le minimum et le maximum . Remarquons qu'elle ne vaut pas la moyenne arithmétique des deux extrêmes : la valeur moyenne intégrale tient compte du temps passé à chaque niveau, et la courbe, aplatie près de son sommet, reste longtemps proche du maximum.
Aire entre deux courbes
Dernier problème géométrique du chapitre : mesurer l'aire du domaine compris entre deux courbes. Lorsque l'une des fonctions reste au-dessus de l'autre, l'écart entre les deux joue le rôle de hauteur du domaine, et c'est lui que l'on intègre.
Propriété
Aire entre deux courbes. Soient et deux fonctions continues sur telles que pour tout de . L'aire, en unités d'aire, du domaine compris entre les courbes et et les droites d'équations et vaut
Lorsque les deux fonctions sont positives, la formule se voit : l'aire cherchée est l'aire sous privée de l'aire sous , et la linéarité transforme cette différence d'intégrales en intégrale de la différence. Le cas général s'y ramène : translater les deux courbes vers le haut d'une même quantité, en remplaçant et par et avec assez grand, ne modifie ni l'aire du domaine ni la fonction écart . La formule vaut donc sans hypothèse de signe ; l'essentiel est de vérifier qui est au-dessus, car on intègre toujours « le haut moins le bas ».
Exemple
Calculons l'aire du domaine représenté sur la figure, compris entre la droite d'équation et la parabole d'équation . Posons et .
Bornes. Les abscisses des points d'intersection vérifient , soit , qui se factorise en : les courbes se coupent aux abscisses et .
Position relative. Pour tout de , : le produit associe un facteur positif et un facteur négatif sur cet intervalle, il est donc négatif, et son opposé est positif. Ainsi sur : la droite est au-dessus de la parabole entre les deux points d'intersection.
Calcul. L'aire vaut donc
L'aire du domaine est u.a.
Interpréter une intégrale dans les autres disciplines
Si le calcul intégral est né de la géométrie, sa portée dépasse largement les aires. Le fil conducteur est toujours le même : quand une grandeur varie à un rythme connu — une vitesse, un débit, un coût par unité supplémentaire — l'intégrale du rythme entre deux instants donne la quantité accumulée. C'est la relation entre une fonction et ses primitives, relue dans le vocabulaire de chaque discipline. En physique, la vitesse est la dérivée de la position : la distance parcourue entre les instants et par un mobile de vitesse vaut . De même, le volume de fluide écoulé est l'intégrale du débit, et, en économie, le coût de production supplémentaire est l'intégrale du coût marginal, ce dernier désignant le coût de fabrication d'une unité de plus. Ces interprétations sont une capacité attendue du programme ; en voici trois mises en œuvre.
Exemple
a. De la vitesse à la distance. Une voiture roulant à m/s (soit km/h) freine ; sa vitesse est modélisée par , en m/s, où est le temps en secondes écoulé depuis le début du freinage. La voiture s'arrête quand , c'est-à-dire à s. La distance de freinage vaut
La vitesse moyenne pendant le freinage est la valeur moyenne de : m/s.
b. Du débit au volume. Une cuve se vide avec un débit , en litres par minute, où est en minutes. Une primitive de est (forme du chapitre précédent), donc le volume écoulé pendant les deux premières minutes vaut
c. Du coût marginal au coût total. Pour une production de objets, le coût marginal d'une entreprise est modélisé par , en euros par objet. Le coût engendré en portant la production de à objets vaut
Dans chacun de ces contextes, la lecture graphique reste disponible : la distance de freinage est l'aire sous la courbe de vitesse, le volume écoulé l'aire sous la courbe de débit. Et la valeur moyenne s'interprète à chaque fois — vitesse moyenne, débit moyen, température moyenne — c'est souvent elle que réclament les énoncés issus des autres disciplines.
Résumons le chemin parcouru. L'intégrale d'une fonction continue et positive sur est l'aire sous sa courbe, mesurée en unités d'aire ; on sait l'encadrer par comptage de carreaux ou par la méthode des rectangles, et l'estimer par la méthode de Monte-Carlo. Le théorème fondamental relie cette aire à la dérivation : la fonction aire est une primitive de , d'où la formule , adoptée ensuite comme définition pour les fonctions de signe quelconque — l'intégrale devenant une aire algébrique. La relation de Chasles permet de découper, la linéarité de calculer terme à terme ; la valeur moyenne résume la fonction en un nombre compris entre son minimum et son maximum, et l'aire entre deux courbes s'obtient en intégrant « le haut moins le bas ». Enfin, partout où une grandeur s'accumule à un rythme connu, l'intégrale du rythme donne la quantité totale : le calcul des aires d'Archimède est devenu l'outil universel de la mesure du changement.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.