Maths compl. · Chapitre 08 · Probabilités et statistique
Lois discrètes
Loi uniforme, loi de Bernoulli, loi binomiale, loi géométrique et absence de mémoire.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Loi uniforme
- Loi de Bernoulli
- Loi binomiale
- Loi géométrique et absence de mémoire
Combien de clients achèteront ce produit sur les dix prochains visiteurs ? Combien de tentatives faudra-t-il avant de réussir un lancer franc ? Ces questions portent sur des variables aléatoires qui comptent : un nombre de succès, un rang d'apparition. En première, vous avez appris à décrire une variable aléatoire par sa loi de probabilité et à calculer son espérance. Ce chapitre présente quatre lois qui reviennent sans cesse dans les situations concrètes : la loi uniforme, la loi de Bernoulli, la loi binomiale et la loi géométrique. Connaître ces lois, c'est reconnaître une situation type et disposer immédiatement de toutes les formules, sans refaire l'étude à chaque fois.
Loi uniforme sur
La situation la plus simple est celle du tirage au sort équitable : chaque issue a exactement les mêmes chances que les autres.
Définition
Soit un entier naturel non nul. Une variable aléatoire suit la loi uniforme sur si prend les valeurs , , ..., et si, pour tout entier compris entre et :
Le mot « uniforme » traduit l'équiprobabilité : les valeurs se partagent équitablement la probabilité totale, chacune en reçoit . C'est le modèle naturel d'un tirage au hasard d'un numéro parmi .
Propriété
Si suit la loi uniforme sur , alors :
Démonstration. Par définition de l'espérance d'une variable aléatoire finie :
Or la somme des premiers entiers, connue depuis l'étude des suites arithmétiques, vaut . En divisant par , on obtient .
Exemple
On lance un dé équilibré à six faces et on note le numéro obtenu. Chaque face a la même probabilité de sortir : suit la loi uniforme sur , donc pour chaque numéro . Son espérance vaut : sur un grand nombre de lancers, la moyenne des numéros obtenus se rapproche de . Remarquons que l'espérance n'est pas une valeur possible du dé : c'est une moyenne, pas une prédiction.
Épreuve et loi de Bernoulli
Beaucoup d'expériences aléatoires n'ont, du point de vue qui nous intéresse, que deux issues : le traitement est efficace ou non, le client achète ou non, la pièce est conforme ou non. Cette situation élémentaire porte un nom.
Définition
Une épreuve de Bernoulli est une expérience aléatoire qui n'a que deux issues : l'une appelée succès, notée , de probabilité ; l'autre appelée échec, notée , de probabilité . Le nombre est le paramètre de l'épreuve.
Le « succès » est une pure convention de vocabulaire : c'est l'issue que l'on a choisi de compter, pas nécessairement une bonne nouvelle. Si l'on étudie les pièces défectueuses d'une chaîne de production, le succès est « la pièce est défectueuse ».
Définition
Une variable aléatoire suit la loi de Bernoulli de paramètre si vaut en cas de succès et en cas d'échec. Sa loi de probabilité est donnée par le tableau :
Propriété
Si suit la loi de Bernoulli de paramètre , alors :
Démonstration. L'espérance se calcule directement : . Pour la variance, on utilise la formule de première . Comme ne prend que les valeurs et , on a , donc , puis . L'écart type en est la racine carrée.
Exemple
À une question d'un QCM, quatre réponses sont proposées et une seule est correcte. Un élève répond entièrement au hasard : c'est une épreuve de Bernoulli où le succès est « la réponse est correcte », de paramètre . La variable qui vaut si la réponse est correcte et sinon suit la loi de Bernoulli de paramètre , avec et .
Schéma de Bernoulli et arbre
Une épreuve de Bernoulli isolée est vite étudiée. Les choses deviennent intéressantes quand on la répète : dix questions au QCM, vingt clients qui se présentent, cent pièces contrôlées.
Définition
Un schéma de Bernoulli de taille et de paramètre est la répétition de épreuves de Bernoulli identiques (même paramètre à chaque fois) et indépendantes (le résultat d'une épreuve n'influence pas les autres).
Les deux conditions sont essentielles et se vérifient dans le contexte. Tirer des boules avec remise dans une urne définit un schéma de Bernoulli : la composition de l'urne est la même à chaque tirage. Sans remise, en revanche, les tirages ne sont ni identiques ni indépendants, et le schéma de Bernoulli ne s'applique plus.
Un schéma de Bernoulli se représente naturellement par un arbre pondéré : à chaque niveau, deux branches partent de chaque nœud, l'une vers avec la probabilité , l'autre vers avec la probabilité .
La figure montre l'arbre d'un schéma de taille : il possède chemins, qui correspondent aux issues possibles de l'expérience. Une issue se lit comme un mot de trois lettres, par exemple pour « succès, puis échec, puis succès ». D'après la règle des arbres vue en première, la probabilité d'un chemin est le produit des probabilités de ses branches : ici, grâce à l'indépendance,
On observe un fait crucial : cette probabilité ne dépend que du nombre de succès du chemin, pas de leur position. Tout chemin comportant exactement deux succès et un échec a la même probabilité .
Exemple
On lance trois fois un dé équilibré et on appelle succès l'événement « obtenir un six », de probabilité . Les trois lancers sont identiques et indépendants : c'est un schéma de Bernoulli de taille et de paramètre . La probabilité d'obtenir un six, puis autre chose qu'un six, puis un six, est celle du chemin :
Coefficients binomiaux et triangle de Pascal
Pour calculer la probabilité d'obtenir exactement deux succès en trois épreuves, il faut additionner les probabilités de tous les chemins à deux succès. Comme ces chemins ont tous la même probabilité, la seule question est : combien y en a-t-il ? C'est exactement ce que comptent les coefficients binomiaux.
Définition
Soient un entier naturel et un entier compris entre et . Le coefficient binomial , lu « parmi », est le nombre de chemins réalisant exactement succès dans l'arbre d'un schéma de Bernoulli de taille .
Sur l'arbre de taille de la figure précédente, on dénombre à la main : un seul chemin sans aucun succès (), trois chemins à un succès, trois chemins à deux succès (, et ) et un seul chemin à trois succès. Ainsi :
Propriété
Pour tout entier naturel non nul :
Ces valeurs se lisent sur l'arbre : un seul chemin ne comporte aucun succès (celui qui enchaîne échecs), un seul les enchaîne tous, et un chemin à exactement un succès est entièrement déterminé par la position de ce succès, qui peut occuper places.
Dénombrer les chemins à la main devient impraticable dès que grandit. La relation suivante permet de calculer tous les coefficients de proche en proche.
Propriété
Relation de Pascal. Pour tous entiers naturels et avec :
Cette relation s'interprète avec les chemins. Un chemin de l'arbre de taille réalisant succès commence soit par un succès, soit par un échec. S'il commence par un succès, la suite du chemin doit réaliser succès en épreuves : il y a possibilités. S'il commence par un échec, la suite doit réaliser les succès en épreuves : il y a possibilités. En ajoutant les deux comptes, on obtient la relation.
Méthode
Construire le triangle de Pascal. On range les coefficients dans un tableau : la ligne contient . Chaque ligne commence et finit par , et la relation de Pascal dit que tout autre coefficient est la somme des deux coefficients situés juste au-dessus (même colonne et colonne précédente). On construit ainsi le tableau ligne après ligne, par de simples additions.
Par exemple, s'obtient en ajoutant et , les deux valeurs situées au-dessus de lui dans le tableau.
Propriété
Symétrie. Pour tous entiers naturels et avec :
L'interprétation est immédiate : à chaque chemin réalisant succès, on associe le chemin obtenu en échangeant tous les et tous les , qui réalise succès. Cette correspondance associe les chemins deux à deux sans oubli ni répétition : il y a donc autant de chemins à succès que de chemins à succès. C'est cette symétrie qui donne au triangle de Pascal son allure de miroir : chaque ligne se lit identiquement de gauche à droite et de droite à gauche.
Loi binomiale
Nous avons maintenant tous les outils pour répondre à la question centrale du chapitre : dans un schéma de Bernoulli, quelle est la loi du nombre de succès ?
Définition
On considère un schéma de Bernoulli de taille et de paramètre . La variable aléatoire égale au nombre de succès obtenus suit la loi binomiale de paramètres et , notée . Elle prend ses valeurs dans .
Propriété
Si suit la loi , alors pour tout entier compris entre et :
Justification. L'événement est réalisé par les chemins de l'arbre comportant exactement succès, donc échecs. Par indépendance des épreuves, chacun de ces chemins a pour probabilité , et il y en a par définition du coefficient binomial. La probabilité cherchée est la somme de ces probabilités égales, d'où la formule.
Propriété
Si suit la loi , alors :
Ces deux formules sont admises.
La formule de l'espérance est très intuitive : si chaque épreuve réussit avec la probabilité , on obtient en moyenne succès sur épreuves. Par exemple, en lançant fois un dé équilibré, on obtient en moyenne six.
La figure représente la loi : au-dessus de chaque valeur , la hauteur du bâton vaut . La distribution forme une bosse : les valeurs les plus probables sont et , de part et d'autre de l'espérance , et les probabilités s'effondrent quand on s'éloigne de cette zone : obtenir succès ou plus est quasiment invisible sur le graphique. L'écart type mesure la largeur de la bosse.
Méthode
Calculer des probabilités avec une loi binomiale . La calculatrice fournit deux commandes (menu distributions) :
- la probabilité ponctuelle , souvent notée binomFdp ou binompdf ;
- la probabilité cumulée , souvent notée binomFRép ou binomcdf.
Toutes les autres probabilités s'y ramènent en raisonnant sur les événements :
- ;
- , en passant par l'événement contraire ;
- .
Exemple
Un QCM comporte questions ; pour chacune, quatre réponses sont proposées et une seule est correcte. Un élève répond entièrement au hasard, les questions étant indépendantes. Le nombre de bonnes réponses suit la loi , celle de la figure ci-dessus.
a. : environ une chance sur quatre d'obtenir exactement bonnes réponses.
b. à la calculatrice : un peu plus d'une fois sur deux, l'élève a au plus bonnes réponses.
c. .
d. .
En moyenne, l'élève obtient bonnes réponses sur : répondre au hasard ne mène pas loin.
Loi géométrique
Changeons de question. Au lieu de fixer le nombre d'épreuves et de compter les succès, on répète l'épreuve sans limite et on attend le premier succès : combien d'essais faudra-t-il ?
Définition
On répète indéfiniment une épreuve de Bernoulli de paramètre (avec ), les répétitions étant indépendantes. La variable aléatoire égale au rang du premier succès suit la loi géométrique de paramètre . Elle prend ses valeurs dans l'ensemble des entiers naturels non nuls :
Contrairement aux lois précédentes, peut prendre une infinité de valeurs : rien ne garantit a priori que le premier succès arrive avant un rang donné.
Propriété
Si suit la loi géométrique de paramètre , alors pour tout entier :
Justification. L'événement signifie que les premières épreuves sont des échecs et que la -ième est un succès. Par indépendance, sa probabilité est le produit , avec facteurs , c'est-à-dire .
Les probabilités , , , ... forment une suite géométrique de raison : c'est ce qui donne son nom à la loi.
Propriété
Si suit la loi géométrique de paramètre , alors pour tout entier naturel :
Justification. Dire que , c'est dire que le premier succès n'est pas encore arrivé au rang , autrement dit que les premières épreuves sont toutes des échecs. Par indépendance, cette probabilité vaut .
Propriété
Si suit la loi géométrique de paramètre , alors :
Cette formule est admise.
L'espérance s'interprète comme un temps d'attente moyen, et la formule est conforme à l'intuition : plus le succès est rare (plus est petit), plus il faut attendre longtemps. Si un événement a une chance sur six de se produire à chaque essai, il faut en moyenne six essais pour l'observer.
La figure représente la loi géométrique de paramètre pour allant de à . L'allure est très différente de la bosse binomiale : le bâton le plus haut est toujours le premier, , puis les hauteurs décroissent en étant multipliées par à chaque rang. Les grandes valeurs restent possibles, mais de moins en moins probables : le diagramme s'étire indéfiniment vers la droite en s'écrasant sur l'axe.
Exemple
Une basketteuse réussit ses lancers francs avec la probabilité , ses tentatives étant supposées indépendantes. Le rang de son premier lancer réussi suit la loi géométrique de paramètre .
a. : la probabilité de réussir pour la première fois au troisième lancer.
b. : environ une chance sur quatre d'échouer les quatre premiers lancers.
c. : il lui faut en moyenne un peu plus de trois lancers pour réussir.
d. .
Pour trouver le plus petit entier tel que , on peut balayer les valeurs de à la calculatrice : et , donc . Le logarithme népérien, étudié dans un autre chapitre, permettra de résoudre ce type d'inéquation par un calcul direct.
La loi géométrique possède une propriété remarquable, qui la caractérise parmi toutes les lois de temps d'attente.
Propriété
Absence de mémoire. Si suit une loi géométrique, alors pour tous entiers naturels et :
Démonstration. L'événement est inclus dans l'événement : si le premier succès n'est pas arrivé au rang , il n'était pas non plus arrivé au rang . Leur intersection est donc , et par définition d'une probabilité conditionnelle :
Concrètement : sachant que la basketteuse a déjà échoué fois, la probabilité qu'elle échoue encore fois de plus est exactement la même que si elle partait de zéro. Les échecs accumulés ne rendent le succès ni plus proche ni plus lointain, car les épreuves sont indépendantes : le hasard n'a pas de mémoire. Croire qu'après une longue série d'échecs le succès « doit » arriver est une erreur classique, que cette propriété réfute.
Récapitulatif : quelle loi pour quelle situation ?
Face à un exercice, la première étape est toujours la même : identifier la situation type, donc la loi. Le tableau suivant résume les quatre lois du chapitre.
| Loi | Situation type | Valeurs | Espérance |
|---|---|---|---|
| Uniforme sur | numéro tiré au hasard parmi | ||
| Bernoulli de paramètre | une épreuve à deux issues | ou | |
| Binomiale | nombre de succès en épreuves | ||
| Géométrique de paramètre | rang du premier succès |
Deux questions suffisent le plus souvent à trancher entre les deux lois principales : le nombre d'épreuves est-il fixé à l'avance ? Si oui, et que l'on compte les succès, c'est la loi binomiale. Répète-t-on jusqu'au premier succès ? Alors c'est la loi géométrique. Dans les deux cas, il faut vérifier et citer les hypothèses du schéma de Bernoulli : des épreuves identiques et indépendantes, un succès de même probabilité à chaque fois. Cette vérification, courte mais indispensable, est attendue dans toute rédaction.
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