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5ᵉ · Chapitre 12 · Espace et géométrie
Définition, constructions, propriétés caractéristiques, cas particuliers (rectangle, losange, carré), aire.
Observe une lampe d'architecte : ses bras articulés forment des quadrilatères qui s'ouvrent et se replient sans jamais se déformer. Le pantographe qui relie un tramway à sa ligne électrique, la barrière extensible d'un chantier ou le plateau d'une balance ancienne fonctionnent sur le même principe. À chaque fois, la figure secrète est la même : le parallélogramme, un quadrilatère dont les côtés restent deux à deux parallèles quoi qu'il arrive. Dans ce chapitre, tu vas apprendre à le reconnaître, à le construire, à démontrer qu'un quadrilatère en est un, et à calculer son aire. Et tu vas retrouver un vieil ami du chapitre précédent : le demi-tour.
Définition
Un parallélogramme est un quadrilatère (non croisé) dont les côtés opposés sont parallèles deux à deux.
Sur la figure, le parallélogramme vérifie bien la définition : est parallèle à , et est parallèle à . Les chevrons dessinés sur les côtés codent ce parallélisme : un chevron simple pour la première paire de côtés, un chevron double pour la seconde.
Mettons en place le vocabulaire dont tu auras besoin tout au long du chapitre :
Un point de vigilance essentiel : quand on nomme un parallélogramme , l'ordre des lettres compte. Les sommets doivent se lire en tournant autour de la figure, dans un sens ou dans l'autre, comme si tu suivais son contour avec le doigt.
Exemple
Sur la figure ci-dessus, la figure peut se nommer , , ou encore si on tourne dans l'autre sens : dans tous les cas, on suit le contour.
En revanche, ne convient pas : en reliant les points dans cet ordre, on saute de à en traversant la figure, et on obtient un quadrilatère croisé qui n'a plus rien d'un parallélogramme. Dire « est un parallélogramme » et « est un parallélogramme », ce n'est donc pas du tout la même chose !
Au chapitre précédent, tu as appris à faire tourner une figure d'un demi-tour autour d'un point. Le parallélogramme est justement une figure qui adore les demi-tours.
Propriété
Les diagonales d'un parallélogramme se coupent en leur milieu.
Ce point d'intersection est le centre de symétrie du parallélogramme : par le demi-tour autour de , le point va sur , le point va sur , et la figure se superpose exactement à elle-même.
Sur la figure, le point est marqué d'une croix. Les codages traduisent la propriété : un trait sur et pour indiquer , deux traits sur et pour indiquer . Autrement dit, est le milieu de et le milieu de .
Tu peux le vérifier avec du papier calque, exactement comme au chapitre précédent : décalque le parallélogramme, pique la pointe du compas en , fais tourner le calque d'un demi-tour... et la figure retombe sur elle-même. C'est ce demi-tour qui va nous offrir, presque gratuitement, toutes les propriétés de la section suivante.
Propriété
Dans un parallélogramme :
Pourquoi est-ce vrai ? Par le demi-tour autour du centre , le côté va exactement sur le côté et l'angle va sur l'angle : comme la symétrie centrale conserve les longueurs et les angles, côtés opposés et angles opposés sont forcément égaux.
Sur la figure, retrouve les trois propriétés dans les codages : un trait sur et (même longueur), deux traits sur et (même longueur), un arc simple pour les angles égaux en et , un arc double pour les angles égaux en et .
Une remarque qui complète le tableau : deux angles consécutifs d'un parallélogramme (comme et ) sont supplémentaires, c'est-à-dire que leur somme vaut . C'est cohérent avec le chapitre sur les angles et le parallélisme : les droites et étant parallèles, la sécante forme avec elles deux angles dont la somme vaut .
Exemple
est un parallélogramme tel que cm, cm et . Que peut-on en déduire, sans rien mesurer ?
Quatre longueurs, quatre angles et un périmètre... obtenus à partir de trois informations seulement !
Tu disposes de trois techniques, à choisir selon le support (quadrillage ou feuille blanche) et selon les informations dont tu disposes.
Méthode
Sur quadrillage : le chemin de carreaux. Pour construire le parallélogramme connaissant les trois sommets , et :
Méthode
Sur feuille blanche : la règle et le compas. Pour construire le parallélogramme connaissant les trois sommets , et , on utilise la propriété « les côtés opposés d'un parallélogramme ont la même longueur » : le point cherché vérifie et .
Méthode
Avec le demi-tour. Cette technique est idéale quand on connaît le centre du parallélogramme. Pour construire un parallélogramme de centre à partir de deux sommets consécutifs et :
Reconnaître un parallélogramme « à l'œil », c'est bien pour conjecturer ; mais en mathématiques, il faut démontrer. Voici les quatre portes d'entrée officielles.
Propriété
Un quadrilatère est un parallélogramme dès que l'une des conditions suivantes est vérifiée :
Ces énoncés sont les réciproques des propriétés vues plus haut : là-bas, on savait que la figure était un parallélogramme et on en déduisait des égalités ; ici, on part des égalités pour conclure que la figure est un parallélogramme. La condition la plus utilisée en pratique est la deuxième, celle des diagonales.
Méthode
Rédiger la démonstration en trois temps.
Exemple
Énoncé. Les diagonales et du quadrilatère se coupent en un point qui est à la fois le milieu de et le milieu de . Démontrer que est un parallélogramme.
Démonstration rédigée.
Données : on sait que les diagonales et du quadrilatère se coupent en , et que est le milieu de et le milieu de .
Propriété : or, si les diagonales d'un quadrilatère se coupent en leur milieu, alors ce quadrilatère est un parallélogramme.
Conclusion : donc est un parallélogramme.
Deux mises en garde avant de continuer :
Tu connais ces trois figures depuis l'école primaire et la 6e. Rappelons leurs définitions :
La grande nouveauté de la 5e, c'est de comprendre que ces trois figures appartiennent à la famille des parallélogrammes.
Propriété
Le rectangle, le losange et le carré sont des parallélogrammes : leurs côtés opposés sont parallèles deux à deux.
Ils possèdent donc toutes les propriétés du parallélogramme : côtés opposés de même longueur, angles opposés de même mesure, diagonales qui se coupent en leur milieu (et un centre de symétrie).
Chacun a en plus sa spécialité :
Et dans l'autre sens ? Si l'on sait déjà qu'une figure est un parallélogramme, un tout petit indice supplémentaire suffit à reconnaître un rectangle, un losange ou un carré.
Propriété
Reconnaître un parallélogramme particulier. Soit un quadrilatère dont on a déjà démontré qu'il est un parallélogramme.
Remarque la puissance de ces énoncés : pour montrer qu'un parallélogramme est un rectangle, un seul angle droit suffit (les trois autres suivent automatiquement) ; pour montrer qu'il est un losange, une seule égalité de côtés consécutifs suffit. Le parallélogramme fait tout le reste du travail.
Voici le tableau récapitulatif de la famille :
| Quadrilatère | Côtés | Angles | Diagonales |
|---|---|---|---|
| Parallélogramme | opposés parallèles, égaux | opposés égaux | milieu commun |
| Rectangle | opposés parallèles, égaux | quatre angles droits | milieu commun, même longueur |
| Losange | quatre côtés égaux | opposés égaux | milieu commun, perpendiculaires |
| Carré | quatre côtés égaux | quatre angles droits | milieu commun, les deux à la fois |
Comment calculer l'aire d'un parallélogramme ? Grâce à une idée de découpage très maligne. Découpe le triangle qui « dépasse » d'un côté du parallélogramme, fais-le glisser, et recolle-le de l'autre côté : tu obtiens un rectangle, sans avoir ajouté ni enlevé la moindre surface. Le parallélogramme et le rectangle ont donc la même aire.
Sur la figure, le triangle hachuré découpé à gauche vient exactement combler le creux de droite. Le rectangle obtenu a pour largeur la base du parallélogramme, et pour longueur sa hauteur . Son aire vaut ... et celle du parallélogramme aussi.
Propriété
L'aire d'un parallélogramme est donnée par la formule
où est la longueur d'un côté (appelé la base) et la hauteur relative à ce côté : la distance entre la base et le côté opposé, mesurée perpendiculairement à la base.
Méthode
Éviter le piège de la hauteur. La hauteur n'est pas le côté incliné du parallélogramme ! Avant tout calcul d'aire :
Exemple. Un parallélogramme a une base de cm, un côté incliné de cm et une hauteur de cm relative à cette base. Son aire vaut . Le calcul est faux : cm est la longueur du côté oblique, pas la hauteur.
Petite vérification de cohérence : dans un rectangle, la hauteur relative à un côté est simplement le côté suivant, puisque les côtés consécutifs y sont perpendiculaires. La formule redonne alors la formule bien connue « longueur largeur » de 6e. Tout se recolle !
Si le parallélogramme est si présent dans les objets qui nous entourent, c'est grâce à une propriété étonnante : quand on articule quatre tiges rigides aux quatre sommets, les longueurs des côtés ne changent jamais, mais les angles, eux, peuvent varier. La figure est indéformable en longueurs et déformable en angles, et les ingénieurs adorent ça. C'est le secret de la lampe d'architecte, dont les bras articulés maintiennent l'ampoule dans la même orientation quelle que soit la position ; du pantographe des trains et des tramways, ce losange articulé qui s'écrase ou se déplie pour rester collé à la ligne électrique ; ou encore des barrières extensibles et des portails accordéon. Au XVIIe siècle, le mathématicien français Gilles Personne de Roberval a utilisé cette idée pour inventer une balance restée célèbre : grâce à un parallélogramme articulé, les deux plateaux restent toujours horizontaux, et la pesée reste juste même si l'objet n'est pas posé bien au centre. Tu croiseras aussi le parallélogramme dans les pavages et les mosaïques, de l'Alhambra de Grenade aux carrelages de nos cuisines : c'est l'une des rares figures capables de recouvrir tout le plan sans laisser le moindre trou. La prochaine fois qu'une barrière se déplie sous tes yeux, regarde bien : ce sont des mathématiques qui s'étirent.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.