5ᵉ · Chapitre 11 · Espace et géométrie
Triangles
Somme des angles (avec démonstration), constructions, médiatrices et cercle circonscrit, hauteurs, médianes, aire.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Somme des angles (avec démonstration)
- Constructions
- Médiatrices et cercle circonscrit
- Hauteurs
- Médianes
- Aire
Lève les yeux vers la charpente d'une maison, un pylône électrique ou le tablier d'un pont métallique : partout, des triangles. Ce n'est pas un hasard. Le triangle est la seule figure polygonale indéformable : une fois ses trois côtés fixés, sa forme ne peut plus changer, alors qu'un cadre rectangulaire articulé peut s'affaisser en parallélogramme. C'est pour cela que les ingénieurs « triangulent » leurs structures depuis des siècles. Dans ce chapitre, tu vas démontrer la célèbre propriété de la somme des angles, apprendre à construire un triangle à partir de quelques données seulement, puis partir à la découverte de ses droites remarquables : médiatrices, hauteurs et médianes, sans oublier le calcul de son aire.
Des triangles particuliers
Commençons par remettre en place le vocabulaire que tu as rencontré en 6e. Certains triangles portent un nom particulier parce que leurs côtés ou leurs angles ont quelque chose de spécial.
Définition
- Un triangle isocèle est un triangle qui a deux côtés de même longueur. Le sommet commun à ces deux côtés s'appelle le sommet principal, et le côté opposé s'appelle la base.
- Un triangle équilatéral est un triangle dont les trois côtés ont la même longueur.
- Un triangle rectangle est un triangle qui possède un angle droit. Le côté opposé à l'angle droit s'appelle l'hypoténuse : c'est le plus long des trois.
Sur une figure, on n'écrit pas toujours les longueurs : on utilise des codages. De petits traits identiques posés sur des segments signifient que ces segments ont la même longueur, et un petit carré dessiné dans un angle signale un angle droit. Savoir lire ces codages, c'est reconnaître un triangle particulier d'un seul coup d'œil, sans rien mesurer.
Les côtés de ces triangles ne sont pas les seuls à avoir des propriétés : leurs angles aussi.
Propriété
- Dans un triangle isocèle, les deux angles situés à la base ont la même mesure.
- Dans un triangle équilatéral, les trois angles ont la même mesure. (Propriétés admises : tu peux les vérifier en pliant un triangle isocèle en papier le long de son axe de symétrie.)
Une remarque au passage : un triangle équilatéral a trois côtés de même longueur, donc il en a en particulier deux de même longueur. Un triangle équilatéral est donc un cas particulier de triangle isocèle : il est isocèle « en chacun de ses sommets ».
La somme des angles d'un triangle
Tu connais cette propriété depuis la 6e : tu l'avais alors constatée en découpant les trois coins d'un triangle et en les recollant côte à côte. La grande nouveauté de cette année, c'est que tu vas enfin savoir pourquoi elle est toujours vraie : nous allons la démontrer.
Propriété
Dans un triangle, la somme des mesures des trois angles est égale à .
Pour un triangle : .
Démonstration. Soit un triangle quelconque, disposé comme sur la figure. Traçons la droite parallèle à passant par . La droite est une sécante qui coupe les deux droites parallèles et : l'angle rouge et l'angle rouge formé en entre et sont alternes-internes. Or, d'après le chapitre « Angles et parallélisme », lorsque deux droites parallèles sont coupées par une sécante, les angles alternes-internes qu'elles forment ont la même mesure : l'angle rouge en mesure donc autant que . Le même raisonnement avec la sécante montre que l'angle vert en , entre et , mesure autant que . Observons enfin ce qui se passe au sommet : l'angle rouge, l'angle et l'angle vert sont posés côte à côte le long de la droite , et forment ensemble un angle plat, c'est-à-dire . On en conclut que . C'est démontré !
Méthode
Calculer le troisième angle d'un triangle. Quand tu connais deux angles d'un triangle :
- Additionne les deux mesures connues.
- Soustrais le résultat à : tu obtiens la mesure du troisième angle.
Combinée avec les propriétés de la première partie, la somme des angles devient très efficace dans les triangles particuliers.
Propriété
- Dans un triangle équilatéral, chaque angle mesure , car les trois angles sont égaux et .
- Dans un triangle rectangle, les deux angles aigus ont une somme égale à , car l'angle droit occupe déjà la moitié des .
Exemple
- Le troisième angle. Dans un triangle , on donne et . La somme des angles vaut , donc .
- Isocèle, à partir de l'angle au sommet. Le triangle est isocèle de sommet principal , avec . Les angles et , situés à la base, ont la même mesure et se partagent ce qui reste : .
- Isocèle, à partir d'un angle à la base. Le triangle est isocèle de sommet principal , avec . L'autre angle à la base mesure aussi , donc .
- Rectangle. Le triangle est rectangle en , avec . Les deux angles aigus totalisent , donc .
Construire un triangle
Faut-il connaître les trois côtés et les trois angles d'un triangle pour pouvoir le construire ? Non : trois données bien choisies suffisent. Avant toute construction, prends un réflexe indispensable : fais un croquis à main levée sur lequel tu reportes les données avec leurs codages. Ce croquis est ton plan de construction, il t'évitera bien des erreurs.
Méthode
Construire un triangle dont on connaît les trois côtés. Par exemple avec cm, cm et cm :
- Trace un segment de cm à la règle.
- Trace un arc de cercle de centre et de rayon cm, puis un arc de centre et de rayon cm.
- Les deux arcs se coupent en un point : c'est . Termine en traçant et à la règle.
Méthode
Construire un triangle dont on connaît deux côtés et l'angle compris entre eux. Par exemple avec cm, et cm :
- Trace le segment de cm.
- Avec le rapporteur centré en , marque un angle de à partir de et trace la demi-droite correspondante.
- Sur cette demi-droite, place le point à cm de , puis trace .
Méthode
Construire un triangle dont on connaît un côté et les deux angles qui lui sont adjacents. Par exemple avec cm, et :
- Trace le segment de cm.
- Avec le rapporteur centré en , trace une demi-droite formant un angle de avec .
- Avec le rapporteur centré en , trace une demi-droite formant un angle de avec , du même côté de . Le point où les deux demi-droites se coupent est .
Deux remarques pour finir. D'abord, si un énoncé te donne deux angles quelconques d'un triangle, tu peux toujours calculer le troisième grâce à la somme des angles, et te ramener au cas « un côté et ses deux angles adjacents ». Ensuite, il arrive que des données ne permettent pas de terminer la construction : avec cm, cm et cm, par exemple, les deux arcs de compas ne se croisent jamais, ils sont trop courts pour se rejoindre. Quand cela se produit, constate-le simplement sur ta figure : la construction demandée est impossible.
Médiatrices et cercle circonscrit
Retrouvons maintenant une droite que tu connais bien depuis la 6e, et qui va jouer le premier rôle de cette partie.
Définition
La médiatrice d'un segment est la droite perpendiculaire à ce segment qui passe par son milieu.
Propriété
Propriété caractéristique. Un point appartient à la médiatrice d'un segment si, et seulement si, il est équidistant des deux extrémités du segment, c'est-à-dire à la même distance de chacune.
Dans un triangle. Les trois médiatrices d'un triangle sont concourantes : elles passent par un même point . Ce point est le centre du cercle circonscrit au triangle, l'unique cercle qui passe par ses trois sommets.
Pourquoi est-ce toujours vrai ? Appelons le point où se coupent les médiatrices de et de . Comme est sur la médiatrice de , il est équidistant de et de : . Comme est sur la médiatrice de , on a aussi . Donc : en particulier, est équidistant de et de , ce qui prouve qu'il appartient aussi à la médiatrice de . Les trois médiatrices passent bien par un même point, et le cercle de centre passant par passe aussi par et par : c'est le cercle circonscrit.
Que deviennent les médiatrices dans les triangles particuliers ? Dans un triangle isocèle en , on a : le sommet est équidistant de et de , donc il appartient à la médiatrice de la base . Cette médiatrice passe par le sommet principal, et c'est un axe de symétrie du triangle. Dans un triangle équilatéral, c'est encore mieux : les trois médiatrices sont les trois axes de symétrie du triangle. Dernière observation, à faire toi-même en traçant quelques exemples : selon la forme du triangle, le centre du cercle circonscrit peut se trouver à l'intérieur ou à l'extérieur du triangle.
Les hauteurs d'un triangle
Définition
Dans un triangle, la hauteur issue d'un sommet est la droite qui passe par ce sommet et qui est perpendiculaire au côté opposé. Par extension, on appelle aussi « hauteur » la longueur du segment qui joint le sommet au pied de la perpendiculaire.
Pour tracer une hauteur, sors ton équerre : place un côté de son angle droit le long du côté opposé, puis fais-la glisser jusqu'à ce que l'autre côté atteigne le sommet. Un triangle a trois sommets, donc trois hauteurs, et elles aussi se donnent rendez-vous en un point.
Propriété
Les trois hauteurs d'un triangle sont concourantes : elles se coupent en un même point. On admet cette propriété.
Ce point de concours porte un joli nom : c'est l'orthocentre du triangle. Attention maintenant à un cas qui piège beaucoup d'élèves : quand le triangle possède un angle obtus, certaines hauteurs tombent à l'extérieur du triangle. Sur la figure ci-dessous, pour tracer la hauteur issue de , il faut d'abord prolonger le côté opposé en pointillés : le pied de la hauteur se trouve sur ce prolongement, en dehors du triangle.
Et dans un triangle rectangle ? Bonne nouvelle : deux des trois hauteurs sont déjà tracées ! Ce sont les deux côtés de l'angle droit, puisque chacun passe par un sommet et est perpendiculaire au côté opposé.
L'aire d'un triangle
Tu sais calculer l'aire d'un rectangle depuis longtemps. La formule de l'aire d'un triangle s'en déduit naturellement.
Propriété
L'aire d'un triangle est égale à la moitié du produit d'une base par la hauteur correspondante :
où est la longueur d'un côté choisi comme base, et la hauteur relative à ce côté. N'importe quel côté peut servir de base, mais la hauteur doit alors être celle qui lui correspond : une base et une hauteur vont toujours par paires, et il faut les exprimer dans la même unité.
D'où vient cette formule ? Commence par un triangle rectangle : en l'assemblant avec une copie de lui-même, tu formes exactement un rectangle. Un triangle rectangle est donc un demi-rectangle, et son aire vaut la moitié du produit de ses deux côtés de l'angle droit. Pour un triangle quelconque, une hauteur le découpe en deux triangles rectangles, chacun étant la moitié d'un petit rectangle : en ajoutant les deux morceaux, on retrouve la moitié du produit de la base entière par la hauteur.
Exemple
Un triangle a un côté de cm, et la hauteur relative à ce côté mesure cm. En prenant cm et cm, son aire vaut .
Les médianes d'un triangle
Voici la dernière famille de droites remarquables du chapitre, et avec elle ta deuxième démonstration.
Définition
Dans un triangle, la médiane issue d'un sommet est le segment qui joint ce sommet au milieu du côté opposé.
Un triangle possède donc trois médianes, une par sommet. Contrairement à la hauteur, la médiane ne réclame pas d'équerre : il suffit de savoir placer un milieu, à la règle graduée ou au compas.
Propriété
Une médiane d'un triangle partage ce triangle en deux triangles de même aire.
Démonstration. Dans le triangle , notons le milieu de et traçons la médiane : elle découpe en deux triangles, et . Choisissons comme base du triangle , et comme base du triangle . Ces deux bases ont la même longueur, puisque est le milieu de : on a . Comparons maintenant les hauteurs : dans chacun des deux triangles, la hauteur relative à la base choisie est la distance du sommet à la droite . C'est donc la même longueur pour les deux, celle tracée en pointillés sur la figure. D'après la formule de l'aire, l'aire de vaut et l'aire de vaut . Comme , ces deux aires sont égales : la médiane partage bien le triangle en deux triangles de même aire.
Cette propriété a des applications très concrètes : pour partager équitablement un champ triangulaire entre deux personnes, il suffit de planter la clôture le long d'une médiane.
Un peu d'histoire et de culture
Le triangle est probablement la figure la plus étudiée de toute l'histoire des mathématiques, et l'une des plus utiles. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la famille Cassini a dressé la première carte complète de la France en couvrant le royaume d'un gigantesque réseau de triangles imaginaires : connaissant un côté et deux angles, les géographes pouvaient calculer toutes les autres distances sans jamais les mesurer sur le terrain. Tu reconnais là ta troisième méthode de construction ! Ce principe, la triangulation, servait déjà aux arpenteurs de l'Antiquité pour retracer les limites des champs après les crues du Nil. Quant à la rigidité du triangle évoquée en ouverture, elle est partout sous tes yeux : les fermes des charpentes qui portent les toits depuis le Moyen Âge, les ponts métalliques, les pylônes et les grues sont d'immenses assemblages de triangles, seule figure qui ne se déforme pas quand on la charge.
Et le triangle n'a pas fini de te surprendre. Au XVIIIe siècle, le mathématicien Leonhard Euler a découvert que dans n'importe quel triangle, trois points remarquables sont toujours parfaitement alignés, dont deux que tu connais désormais : le centre du cercle circonscrit et l'orthocentre. Cette droite mystérieuse porte son nom, la droite d'Euler, et tu la découvriras dans quelques années. En attendant, cherche des images du triangle de Reuleaux : un « triangle » aux côtés bombés qui, comme un cercle, garde la même largeur dans toutes les directions, au point qu'on l'utilise pour des pièces de monnaie et même pour des forets capables de percer des trous presque carrés.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.