3ᵉ · Chapitre 10 · Espace et géométrie

Théorème de Thalès et triangles semblables

Thalès et réciproque étendus à la configuration papillon, triangles semblables, calculs de longueurs.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Thalès et réciproque étendus à la configuration papillon
  • Triangles semblables
  • Calculs de longueurs

En 4e, tu as rencontré le théorème de Thalès dans la configuration des triangles emboîtés : un petit triangle glissé dans un grand, avec un sommet commun et deux côtés parallèles, comme le bâton et la pyramide dont Thalès mesurait les ombres. Cette année, le chapitre s'enrichit de deux nouveautés. D'abord, une deuxième configuration où le théorème s'applique : le « papillon », dans lequel les deux triangles ne sont plus emboîtés mais opposés par un sommet. Ensuite, un outil plus général qui capture l'idée essentielle derrière tout cela : les triangles semblables, c'est-à-dire deux triangles qui ont la même forme, sans avoir besoin d'être bien placés l'un par rapport à l'autre.

Les deux configurations de Thalès

Commençons par un rappel express de la configuration que tu connais. Dans un triangle ABC, on place un point M sur le côté [AB] et un point N sur le côté [AC], de façon que (MN)(BC). Les triangles AMN et ABC sont alors emboîtés : le petit est contenu dans le grand, et ils partagent le sommet A, le sommet commun. Tu retrouves les trois ingrédients de 4e : un sommet commun, deux alignements (A, M, B d'une part, A, N, C d'autre part) et deux droites parallèles.

Triangle ABC avec M sur [AB], N sur [AC] et (MN) parallèle à (BC) — configuration des triangles emboîtés

Voici maintenant la nouveauté de 3e. Imagine que le point M, au lieu d'être entre A et B, passe « de l'autre côté » de A sur la droite (AB), et que N fasse de même sur la droite (AC). Les deux triangles ne sont plus emboîtés : ils se retrouvent de part et d'autre du point A, comme les deux ailes d'un nœud papillon.

Définition

Soit deux droites (BM) et (CN) sécantes en A, telles que les points B, A, M sont alignés et les points C, A, N sont alignés, avec A entre B et M, et A entre C et N. Si de plus (MN)(BC), on dit que les triangles ABC et AMN sont dans la configuration du papillon : ils sont opposés par le sommet A.

Deux droites (BM) et (CN) sécantes en A, avec A entre B et M et entre C et N, et (MN) parallèle à (BC) — configuration du papillon

Regarde bien la figure : les deux triangles se touchent uniquement au point A, et la figure entière ressemble à un nœud papillon. Pour repérer l'une ou l'autre configuration dans un exercice, garde les mêmes trois réflexes qu'en 4e :

  1. Chercher le sommet commun. C'est le point d'intersection des deux droites, ici A. Tous les rapports du théorème partiront de lui.
  2. Vérifier les alignements. Deux droites passent par le sommet commun : sur l'une se trouvent B, A et M, sur l'autre C, A et N. L'énoncé dira par exemple « les droites (BM) et (CN) se coupent en A » ou « les segments [BM] et [CN] se coupent en A ».
  3. Repérer les parallèles. L'énoncé ou le codage de la figure doit indiquer que (MN)(BC).

La seule différence entre les deux configurations, c'est la position du sommet commun sur les alignements. Dans les triangles emboîtés, A est à l'extrémité des deux alignements : on lit A, M, B et A, N, C. Dans le papillon, A est entre les deux autres points sur chacune des droites : on lit B, A, M et C, A, N. Prends l'habitude de noter l'ordre des points dès la lecture de l'énoncé : ce détail deviendra crucial au moment de la réciproque.

Le théorème de Thalès

La bonne nouvelle, c'est que le théorème s'énonce exactement de la même façon dans les deux configurations. Un seul énoncé les couvre toutes les deux.

Propriété

Théorème de Thalès. Si les droites (BM) et (CN) sont sécantes en A et si (MN)(BC), alors

AMAB=ANAC=MNBC.

Ce sont exactement les mêmes rapports qu'en 4e, et ils se construisent avec le même réflexe : on part toujours du sommet commun A. Au numérateur, les trois côtés du triangle AMN ; au dénominateur, les trois côtés du triangle ABC. Autrement dit : en haut les longueurs d'un triangle, en bas celles de l'autre, sans jamais mélanger. L'erreur classique reste la même : écrire AMMB n'a aucun sens ici, car MB n'est le côté d'aucun des deux triangles.

Note que dans le papillon, contrairement aux emboîtés, aucun des deux triangles n'est forcément « le petit » : tout dépend des longueurs. Mais la règle d'écriture des rapports, elle, ne change pas. Et comme en 4e, connaître trois longueurs dans une égalité de deux rapports permet de retrouver la quatrième : c'est la quatrième proportionnelle, obtenue par un produit en croix.

Méthode

Calculer une longueur avec le théorème de Thalès.

  1. On cite la configuration : les droites sécantes en A, les deux alignements, et le parallélisme (MN)(BC). Puis on invoque le théorème de Thalès.
  2. On écrit l'égalité des trois rapports, en partant du sommet commun.
  3. On remplace les longueurs connues par leurs valeurs.
  4. On sélectionne les deux rapports utiles (celui qui contient la longueur cherchée et un rapport entièrement connu), puis on effectue un produit en croix.
  5. On conclut par une phrase, avec l'unité.

Voyons cette méthode à l'œuvre dans la nouvelle configuration, avec une rédaction modèle pour le brevet.

Exemple

Les droites (BM) et (CN) se coupent en A, avec (MN)(BC). On donne AM=4 cm, AB=5 cm, AC=7,5 cm et BC=6 cm. Calculer AN puis MN.

Configuration papillon : les droites (BM) et (CN) se coupent en A, (MN) parallèle à (BC), avec AM = 4 cm, AB = 5 cm, AC = 7,5 cm et BC = 6 cm

Les droites (BM) et (CN) sont sécantes en A, et (MN)(BC). D'après le théorème de Thalès :

AMAB=ANAC=MNBC,

c'est-à-dire, en remplaçant par les valeurs connues :

45=AN7,5=MN6.

Calcul de AN. On utilise les deux premiers rapports : 45=AN7,5. Par produit en croix :

AN=4×7,55=305=6.

Donc AN=6 cm.

Calcul de MN. On utilise le premier et le dernier rapport : 45=MN6. Par produit en croix :

MN=4×65=245=4,8.

Donc MN=4,8 cm.

Retiens la structure de cette rédaction : la configuration d'abord, le théorème ensuite, l'égalité des trois rapports, et seulement après les calculs. Citer la configuration n'est pas une formalité, c'est elle qui te donne le droit d'écrire l'égalité. Jusqu'ici, le parallélisme nous était donné. Renversons maintenant le point de vue.

La réciproque du théorème de Thalès

Que faire quand l'énoncé ne dit pas que (MN) et (BC) sont parallèles, et que c'est justement ce qu'il faut prouver ? Ni la règle ni l'œil ne constituent une preuve. C'est la réciproque du théorème qui joue ce rôle, et sa version de 3e comporte une condition nouvelle à laquelle il faut faire très attention.

Propriété

Réciproque du théorème de Thalès. Si les points B, A, M d'une part et C, A, N d'autre part sont alignés dans le même ordre, et si

AMAB=ANAC,

alors (MN)(BC).

Arrête-toi sur la condition « alignés dans le même ordre », car c'est la nouveauté de 3e. Elle signifie que la position de A doit être la même sur les deux droites. Dans les triangles emboîtés, A est à l'extrémité des deux alignements : on lit A, M, B sur la première droite et A, N, C sur la seconde, le même ordre des deux côtés. Dans le papillon, A est entre les deux points sur chacune des droites : B, A, M et C, A, N, là encore le même ordre. En revanche, si A est à l'extrémité sur une droite mais au milieu sur l'autre, les ordres diffèrent : la réciproque ne s'applique pas, même si les rapports sont égaux. Sur une figure, cela se voit immédiatement : les points M et N ne sont pas du même côté, et les droites se croisent. C'est pourquoi ta rédaction doit toujours mentionner cet ordre avant de conclure.

Méthode

Démontrer que deux droites sont (ou ne sont pas) parallèles.

  1. On vérifie les alignements et on précise que les points sont alignés dans le même ordre.
  2. On calcule séparément les deux rapports AMAB et ANAC, en rédigeant « d'une part... d'autre part... ». Surtout, on n'écrit pas l'égalité avant de l'avoir vérifiée !
  3. On compare. Si les rapports sont égaux, on conclut par la réciproque du théorème de Thalès : les droites sont parallèles. S'ils sont différents, on rédige : « si les droites étaient parallèles, d'après le théorème de Thalès les rapports seraient égaux ; or ils ne le sont pas, donc elles ne sont pas parallèles. »

Tu reconnais la rédaction « d'une part... d'autre part... » déjà croisée avec la réciproque du théorème de Pythagore : tant que la comparaison n'est pas faite, l'égalité n'est qu'un espoir, pas un fait.

Exemple

Les segments [BM] et [CN] se coupent en A. On donne AB=3,2 cm, AM=2 cm, AC=4 cm et AN=2,5 cm. Les droites (MN) et (BC) sont-elles parallèles ?

Les segments [BM] et [CN] se coupent en A : les points B, A, M sont donc alignés dans cet ordre, et les points C, A, N aussi. Les points sont alignés dans le même ordre. Calculons séparément les deux rapports.

D'une part : AMAB=23,2=0,625.

D'autre part : ANAC=2,54=0,625.

On constate que AMAB=ANAC. Comme de plus les points B, A, M et C, A, N sont alignés dans le même ordre, d'après la réciproque du théorème de Thalès, les droites (MN) et (BC) sont parallèles.

Et si les rapports ne sont pas égaux ? La réciproque ne s'applique pas, mais on peut quand même conclure, en s'appuyant sur le théorème direct. Le raisonnement est le suivant : si les droites (MN) et (BC) étaient parallèles, d'après le théorème de Thalès, on aurait AMAB=ANAC ; or ce n'est pas le cas, donc les droites (MN) et (BC) ne sont pas parallèles. Apprends cette phrase, elle est attendue telle quelle au brevet. Un conseil au passage : quand les rapports ne tombent pas juste, compare leurs produits en croix plutôt que des valeurs arrondies, car deux arrondis proches ne prouvent rien.

Les triangles semblables

Le théorème de Thalès est puissant, mais exigeant : il lui faut des points alignés et des droites parallèles, c'est-à-dire des triangles bien positionnés l'un par rapport à l'autre. Or l'idée profonde derrière Thalès, celle du bâton et de la pyramide, est plus simple que cela : deux triangles qui ont la même forme ont des longueurs proportionnelles, peu importe où ils se trouvent et comment ils sont orientés. Les triangles semblables capturent exactement cette idée, débarrassée de toute contrainte de position.

Mais qu'est-ce que « la même forme », mathématiquement ? Ce sont les angles qui donnent sa forme à un triangle : deux triangles ont la même forme quand leurs angles sont les mêmes.

Définition

Deux triangles sont semblables si les angles de l'un sont égaux aux angles de l'autre, deux à deux.

Dans deux triangles semblables, les côtés opposés aux angles égaux sont dits homologues : ce sont les côtés qui se correspondent d'un triangle à l'autre.

Trois paires d'angles égaux à vérifier ? En réalité, deux suffisent, et voici pourquoi : dans tout triangle, la somme des angles vaut 180°. Si deux angles du premier triangle sont égaux à deux angles du second, les troisièmes angles valent chacun 180° moins la somme des deux autres : ils sont donc automatiquement égaux eux aussi.

Propriété

Si deux triangles ont deux paires d'angles égaux deux à deux, alors ils sont semblables (la troisième paire d'angles est automatiquement égale, car la somme des angles d'un triangle vaut 180°).

Deux triangles semblables d'orientations différentes, avec les angles égaux codés par un arc, deux arcs et trois arcs, et les côtés homologues qui se font face

Observe le codage de la figure : un arc, deux arcs, trois arcs pour repérer les paires d'angles égaux. Pour trouver les côtés homologues, regarde ce qui se trouve en face de chaque paire d'angles égaux : le côté opposé à l'angle « un arc » du premier triangle est homologue au côté opposé à l'angle « un arc » du second, et ainsi de suite. C'est le seul point délicat du chapitre : prends toujours le temps d'identifier les homologues avant tout calcul, surtout quand les triangles sont tournés différemment.

Voici maintenant le résultat qui fait des triangles semblables un outil de calcul, dans les deux sens.

Propriété

Si deux triangles sont semblables, alors les longueurs de leurs côtés homologues sont proportionnelles : il existe un coefficient k tel que chaque côté du second triangle s'obtient en multipliant le côté homologue du premier par k.

Réciproquement, si les longueurs des côtés de deux triangles sont deux à deux proportionnelles, alors ces triangles sont semblables.

La réciproque est précieuse : elle permet de prouver que deux triangles sont semblables sans mesurer un seul angle, uniquement à partir des longueurs, à la manière de la réciproque de Pythagore. Et le lien avec Thalès s'éclaire : dans une configuration de Thalès, emboîtés ou papillon, les triangles AMN et ABC sont précisément semblables. Leurs angles coïncident en effet deux à deux : en A, c'est le même angle dans les emboîtés, et deux angles opposés par le sommet (donc égaux) dans le papillon ; et le parallélisme (MN)(BC) fait coïncider les autres angles. L'égalité des trois rapports du théorème de Thalès n'est alors rien d'autre que la proportionnalité des côtés homologues. Thalès, c'est des triangles semblables plus une contrainte de position.

Méthode

Calculer une longueur avec des triangles semblables.

  1. On justifie que les triangles sont semblables, en général en exhibant deux paires d'angles égaux deux à deux.
  2. On identifie les côtés homologues : les côtés qui se font face, c'est-à-dire opposés aux angles égaux.
  3. On calcule le coefficient k à l'aide d'une paire de côtés homologues dont les deux longueurs sont connues.
  4. On multiplie (ou on divise) par k pour obtenir les longueurs cherchées, et on conclut avec l'unité.

Exemple

Les triangles RST et UVW sont tels que R^=U^ et S^=V^. On donne RS=3,5 cm, ST=4 cm, RT=6 cm et UV=7 cm. Calculer VW et UW.

Les triangles RST et UVW ont deux paires d'angles égaux deux à deux (R^=U^ et S^=V^) : ils sont donc semblables.

Identifions les côtés homologues, opposés aux angles égaux. Comme R^=U^ et S^=V^, on a aussi T^=W^. Le côté [RS], opposé à T^, est homologue à [UV], opposé à W^ ; de même, [ST] (opposé à R^) est homologue à [VW] (opposé à U^), et [RT] (opposé à S^) est homologue à [UW] (opposé à V^).

Les côtés homologues [RS] et [UV] sont tous deux connus : le coefficient vaut

k=UVRS=73,5=2.

Chaque côté de UVW s'obtient donc en multipliant le côté homologue de RST par 2 :

VW=2×ST=2×4=8etUW=2×RT=2×6=12.

Donc VW=8 cm et UW=12 cm.

Dans cet exemple, le triangle UVW est un agrandissement du triangle RST de rapport k=2 : tu retrouves le vocabulaire des agrandissements et des réductions vu en 4e. Tu sais déjà que dans un agrandissement ou une réduction de rapport k, toutes les longueurs sont multipliées par k, et donc le périmètre aussi. Mais qu'en est-il des aires ? Attention, c'est le piège classique : l'aire n'est pas multipliée par k.

Propriété

Dans un agrandissement ou une réduction de rapport k, toutes les longueurs sont multipliées par k, le périmètre est multiplié par k, et l'aire est multipliée par k2.

Pour t'en convaincre, reprends l'exemple : avec k=2, chaque côté double. Si tu imagines le petit triangle pavé de petits carreaux, chaque carreau devient deux fois plus large et deux fois plus haut : il faut 2×2=4 fois plus de surface pour le recouvrir. L'aire du triangle UVW est donc k2=4 fois celle du triangle RST, alors que son périmètre n'est que 2 fois plus grand. De même, une réduction de rapport k=0,5 divise le périmètre par 2 mais l'aire par 4.

Pour conclure

Tu disposes désormais de trois outils complémentaires. Le théorème de Thalès, valable dans les deux configurations (emboîtés et papillon), calcule des longueurs quand le parallélisme est connu. Sa réciproque, avec la condition des points alignés dans le même ordre, démontre un parallélisme à partir de l'égalité de deux rapports, et le théorème direct permet au contraire de réfuter un parallélisme quand les rapports diffèrent. Enfin, les triangles semblables généralisent tout cela : deux paires d'angles égaux suffisent à garantir la même forme, donc la proportionnalité des côtés homologues, sans aucune contrainte de position. La fiche d'exercices du chapitre te fera pratiquer ces trois outils, séparément puis ensemble : c'est en identifiant à chaque fois la bonne configuration et le bon outil que tu feras la différence le jour du brevet.

Bloqué sur « Théorème de Thalès et triangles semblables » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.