Tale techno · Chapitre 07 · Statistique et probabilités

Loi binomiale et variables aléatoires discrètes

Espérance d'une variable aléatoire discrète, loi binomiale, coefficients binomiaux, triangle de Pascal.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Espérance d'une variable aléatoire discrète
  • Loi binomiale
  • Coefficients binomiaux
  • Triangle de Pascal

Dans une usine qui assemble des cartes électroniques, le service qualité a établi que 10% des cartes sortent de la chaîne avec un défaut de soudure. Chaque heure, un technicien prélève 6 cartes et les teste une par une. Combien de cartes défectueuses va-t-il trouver ? Impossible de le prédire : parfois aucune, parfois une, parfois davantage. En revanche, on peut calculer la probabilité de chacun de ces résultats, et même le nombre moyen de cartes défectueuses que le technicien trouvera par prélèvement sur le long terme. L'outil qui répond à toutes ces questions s'appelle la loi binomiale : elle gouverne toutes les situations où l'on répète plusieurs fois la même expérience à deux issues et où l'on compte les succès. Contrôles qualité, sondages, jeux de hasard, taux de réponse d'un standard téléphonique : les exemples sont partout. Ce chapitre consolide d'abord vos acquis de première sur les variables aléatoires et l'espérance, puis construit la loi binomiale à partir des arbres que vous connaissez bien, introduit les coefficients binomiaux et le triangle de Pascal pour compter les chemins de ces arbres, et se termine par quelques scripts Python pour faire calculer la machine.

Variable aléatoire discrète : loi et espérance

Commençons par raviver les souvenirs de première. Lorsqu'une expérience aléatoire est réalisée, une variable aléatoire X est une quantité qui associe un nombre à chaque issue de l'expérience : le gain d'un joueur, le nombre de clients satisfaits, le nombre de pannes dans la journée... Comme l'issue est aléatoire, la valeur prise par X l'est aussi. Lorsque X ne prend qu'un nombre limité de valeurs que l'on peut lister, on dit qu'elle est discrète : ce sont les seules variables aléatoires étudiées cette année. Donner la loi de probabilité de X, c'est donner toutes ses valeurs possibles x1,x2,,xk et, pour chacune, la probabilité P(X=xi), le tout présenté dans un tableau. Rappel essentiel : la somme des probabilités de la seconde ligne vaut toujours 1, ce qui fournit une vérification automatique du tableau.

La loi de probabilité contient toute l'information sur X. Mais un seul nombre suffit souvent à résumer l'essentiel : autour de quelle valeur X se situe-t-elle « en moyenne » ? Ce nombre est l'espérance, que vous avez rencontrée en première et que nous allons utiliser intensivement cette année.

Définition

Espérance d'une variable aléatoire. Soit X une variable aléatoire discrète de loi de probabilité :

Valeur xi x1 x2 xk
P(X=xi) p1 p2 pk

L'espérance de X, notée E(X), est la moyenne des valeurs de X pondérée par leurs probabilités :

E(X)=x1p1+x2p2++xkpk

Chaque valeur pèse dans la moyenne proportionnellement à sa probabilité : une valeur deux fois plus probable qu'une autre compte deux fois plus lourd. C'est ce qui distingue l'espérance d'une moyenne ordinaire. Mais que représente concrètement ce nombre ? La réponse tient en une phrase, et c'est elle qui donne tout son sens aux calculs de ce chapitre.

Propriété

Interprétation de l'espérance. Si l'on répète l'expérience aléatoire un grand nombre de fois, la moyenne des valeurs observées de X se rapproche de E(X). L'espérance s'interprète donc comme la valeur moyenne de X sur un grand nombre de répétitions.

Attention : E(X) n'est pas forcément une valeur que X peut prendre. C'est une moyenne, pas un résultat possible.

En pratique, le calcul se déroule toujours de la même façon, à partir du tableau de la loi. Voici la démarche complète, de l'énoncé jusqu'à la phrase de conclusion.

Méthode

Calculer et interpréter une espérance.

  1. Dresser la loi de X dans un tableau et vérifier que la somme des probabilités vaut 1.
  2. Multiplier chaque valeur de la première ligne par la probabilité écrite juste en dessous.
  3. Additionner tous les produits obtenus : le résultat est E(X).
  4. Interpréter dans le contexte, avec l'unité : « en moyenne, sur un grand nombre de répétitions, ... ». Pour un jeu d'argent où X est le gain algébrique (sommes reçues moins la mise), le jeu est favorable au joueur si E(X)>0, défavorable si E(X)<0, équitable si E(X)=0.

Appliquons cette méthode à un jeu de fête foraine, du début à la fin.

Exemple

Sur un stand, une roue équilibrée est divisée en 10 secteurs identiques : 1 secteur fait gagner 10 €, 3 secteurs font gagner 2 €, les 6 autres ne font rien gagner. Une partie coûte 2 €. Le jeu est-il favorable au joueur ?

Loi du gain algébrique. On note X le gain algébrique du joueur : sommes reçues moins les 2 € de mise. Les valeurs possibles sont 102=8, puis 22=0, et enfin 2 pour les secteurs perdants. La roue étant équilibrée, chaque secteur a la probabilité 110, d'où la loi :

Valeur xi 2 0 8
P(X=xi) 0,6 0,3 0,1

Vérification : 0,6+0,3+0,1=1. Le tableau est cohérent.

Espérance.

E(X)=(2)×0,6+0×0,3+8×0,1=1,2+0+0,8=0,4

Conclusion. E(X)=0,4<0 : le jeu est défavorable au joueur, qui perd en moyenne 0,40 € par partie. Sur 100 parties, il peut s'attendre à perdre environ 100×0,40=40 €... qui finissent dans la caisse du stand. Remarquez qu'aucune partie ne fait perdre exactement 0,40 € : c'est bien une moyenne sur le long terme.

Vous maîtrisez maintenant l'outil général : loi en tableau, espérance, interprétation. Le reste du chapitre l'applique à une variable aléatoire particulière, la plus importante du programme, qui naît de la répétition d'épreuves de Bernoulli.

De la répétition d'épreuves à la loi binomiale

Souvenez-vous du schéma de Bernoulli vu en première. Une épreuve de Bernoulli est une expérience aléatoire à deux issues : le succès S, de probabilité p, et l'échec S, de probabilité 1p. Lorsqu'on répète n fois cette épreuve, dans des conditions identiques et de façon indépendante (le résultat d'une épreuve n'influence pas les suivantes), on représente la situation par un arbre pondéré : à chaque niveau, une branche S de poids p et une branche S de poids 1p. La probabilité d'un chemin complet de l'arbre est le produit des probabilités de ses branches.

Reprenons l'usine de l'introduction : tester une carte est une épreuve de Bernoulli, où l'on choisit comme succès « la carte est défectueuse », de probabilité p=0,1. Comme en première, le « succès » n'est pas une bonne nouvelle : c'est un simple choix de modélisation, on appelle succès l'événement que l'on veut compter. Et justement, ce qui intéresse le technicien qui teste 6 cartes, c'est le nombre de cartes défectueuses parmi les 6 : un nombre qui dépend du hasard, donc une variable aléatoire. Cette variable porte un nom.

Définition

Loi binomiale. On répète n fois, de façon identique et indépendante, une même épreuve de Bernoulli de paramètre p. La variable aléatoire X égale au nombre de succès obtenus au cours des n épreuves suit la loi binomiale de paramètres n et p, notée B(n;p).

Les valeurs possibles de X sont 0, 1, 2, ..., n.

Deux nombres suffisent donc à décrire toute la situation : le nombre de répétitions n et la probabilité de succès p. Dans l'exemple de l'usine, X suit la loi B(6;0,1). Avant tout calcul, la première compétence attendue est de reconnaître qu'une situation relève de la loi binomiale, et d'identifier le couple (n;p). Quatre points sont à vérifier, ni plus ni moins.

Méthode

Reconnaître une situation binomiale.

  1. Deux issues. Chaque expérience élémentaire est une épreuve de Bernoulli : on définit clairement le succès, et l'échec est son contraire.
  2. Même probabilité. La probabilité p du succès est la même à chaque répétition.
  3. Indépendance. Les répétitions sont indépendantes : le résultat de l'une n'influence pas les autres. C'est le cas pour un tirage avec remise, ou pour un prélèvement dans une production ou une population très grande, que l'énoncé autorise à assimiler à un tirage avec remise.
  4. Compter les succès. La variable X étudiée compte le nombre de succès sur les n répétitions.

Si les quatre points sont vérifiés, on conclut : « X suit la loi binomiale B(n;p) », en précisant les valeurs de n et de p.

Entraînons-nous sur une situation de sondage, très fréquente dans les sujets.

Exemple

Une enseigne sait que 60% de ses clients sont satisfaits. On interroge au hasard 20 clients, la clientèle étant suffisamment nombreuse pour assimiler ce choix à un tirage avec remise. On note X le nombre de clients satisfaits parmi les 20 interrogés.

Interroger un client est une épreuve de Bernoulli : succès « le client est satisfait », de probabilité p=0,6 (point 1). Cette probabilité est la même pour chacun des 20 clients (point 2), les réponses sont indépendantes grâce à l'assimilation à un tirage avec remise (point 3), et X compte les succès (point 4). Donc X suit la loi binomiale B(20;0,6).

À l'inverse, si l'on tirait sans remise dans un petit groupe (par exemple 20 clients parmi les 35 d'une seule journée), la probabilité de succès changerait à chaque tirage : les points 2 et 3 tomberaient, et la loi ne serait pas binomiale. D'où l'importance de vérifier les quatre points au lieu de conclure trop vite.

Visualisons maintenant la situation sur un arbre, pour n=3 épreuves.

Arbre de probabilités pour trois épreuves de Bernoulli : succès S de probabilité p, échec S barre de probabilité 1 moins p à chaque niveau

Chaque chemin de la racine à une extrémité représente un scénario complet des trois épreuves, et l'arbre compte 23=8 chemins. L'événement {X=k} se lit directement sur l'arbre : il rassemble tous les chemins comportant exactement k succès. Tant que n4, on peut dessiner l'arbre complet et dénombrer ces chemins à la main ; au-delà, l'arbre devient vite indessinable (210=1024 chemins pour n=10 !), mais il reste une image mentale précieuse : toute la suite du chapitre consiste à raisonner sur ses chemins sans les dessiner.

Exemple

Le technicien teste 3 cartes (X suit la loi B(3;0,1), succès : « la carte est défectueuse »). Interprétons l'événement {X=2} sur l'arbre : il est réalisé par les chemins comportant exactement deux succès, c'est-à-dire

SSS,SSS,SSS

soit 3 chemins. Chacun traverse deux branches de poids 0,1 et une branche de poids 0,9, donc chacun a la probabilité 0,1×0,1×0,9=0,009. En additionnant les trois chemins :

P(X=2)=3×0,009=0,027

Tout le calcul a reposé sur une seule information non évidente : il y a 3 chemins réalisant exactement 2 succès parmi 3 épreuves. Pour n=3, on les liste à la main. Mais combien de chemins réalisent exactement 3 succès parmi 8 épreuves ? Les compter un par un dans un arbre à 256 chemins serait un cauchemar. Il nous faut un outil de comptage : c'est l'objet de la section suivante.

Coefficients binomiaux et triangle de Pascal

Le nombre de chemins réalisant exactement k succès est si important qu'il reçoit une notation dédiée.

Définition

Coefficient binomial. Dans l'arbre représentant n épreuves de Bernoulli répétées, le coefficient binomial (nk), qui se lit « k parmi n », est le nombre de chemins de l'arbre réalisant exactement k succès.

Certaines valeurs se lisent immédiatement sur l'image mentale de l'arbre. Il n'existe qu'un seul chemin sans aucun succès (celui qui enchaîne les échecs), donc (n0)=1 ; de même (nn)=1 (le chemin qui enchaîne les succès). Un chemin avec un seul succès est entièrement déterminé par la position de ce succès, qui peut être n'importe laquelle des n épreuves : donc (n1)=n, et par le même raisonnement sur l'échec unique, (nn1)=n. Enfin, nous avons compté à la section précédente (32)=3. Pour les autres valeurs, plutôt que de dessiner des arbres géants, on utilise une relation qui permet de calculer chaque coefficient à partir des précédents.

Propriété

Formule de Pascal. Pour tous entiers n et k avec 1kn1 :

(nk)=(n1k1)+(n1k)

Justification sur l'arbre. Classons les chemins de n épreuves comportant exactement k succès selon leur dernier niveau :

  • ceux qui se terminent par un succès : leurs n1 premières épreuves comportent exactement k1 succès, il y en a donc (n1k1) ;
  • ceux qui se terminent par un échec : leurs n1 premières épreuves comportent déjà les k succès, il y en a donc (n1k).

Tout chemin est dans un cas ou dans l'autre, jamais les deux : le total est bien la somme des deux nombres.

Cette formule transforme le comptage de chemins en une simple addition : chaque coefficient de niveau n s'obtient à partir de deux coefficients de niveau n1. En rangeant les coefficients dans un tableau, ligne par ligne, on obtient le célèbre triangle de Pascal, qui donne de proche en proche tous les coefficients dont vous aurez besoin.

Méthode

Construire le triangle de Pascal ligne par ligne.

  1. La ligne n=0 contient un seul coefficient : (00)=1.
  2. Chaque ligne commence et se termine par 1 (aucun succès, ou que des succès).
  3. Chaque autre coefficient s'obtient par la formule de Pascal : on additionne, dans la ligne du dessus, le nombre situé juste au-dessus à gauche et le nombre situé juste au-dessus.
  4. On poursuit jusqu'à la ligne n voulue (au programme : n10).

Voici le triangle jusqu'à la ligne n=6. Chaque ligne correspond à une valeur de n, chaque colonne à une valeur de k :

k=0 k=1 k=2 k=3 k=4 k=5 k=6
n=0 1
n=1 1 1
n=2 1 2 1
n=3 1 3 3 1
n=4 1 4 6 4 1
n=5 1 5 10 10 5 1
n=6 1 6 15 20 15 6 1

Vérifiez au passage quelques cases avec la formule de Pascal : 15=5+10 (les deux nombres au-dessus de la case n=6, k=2), 20=10+10. Vous retrouvez aussi les valeurs déjà connues : la colonne k=0 ne contient que des 1, la colonne k=1 contient n, et la ligne n=3 confirme (32)=3.

Exemple

Lire le triangle. Le nombre de chemins réalisant exactement 2 succès parmi 6 épreuves se lit à la ligne n=6, colonne k=2 : (62)=15. De même, (53)=10.

Prolonger le triangle. La ligne n=7 n'est pas dans le tableau ? La formule de Pascal la construit à partir de la ligne n=6 :

(73)=(62)+(63)=15+20=35

En procédant ainsi de case en case, la ligne n=7 complète est : 1, 7, 21, 35, 35, 21, 7, 1.

Nous savons désormais compter les chemins de l'arbre sans le dessiner. Il ne reste qu'à combiner ce comptage avec la probabilité de chaque chemin pour obtenir la formule centrale du chapitre.

Calculer des probabilités avec la loi binomiale

Reprenons le raisonnement mené pour n=3, mais dans le cas général. Soit X une variable aléatoire suivant la loi B(n;p), et k un entier entre 0 et n. Sur l'arbre, l'événement {X=k} rassemble les chemins comportant exactement k succès. Chacun de ces chemins traverse k branches de poids p et nk branches de poids 1p : la probabilité d'un chemin étant le produit de ses branches, chaque chemin de {X=k} a la même probabilité pk(1p)nk. Et nous savons maintenant compter ces chemins : il y en a exactement (nk). Il suffit d'additionner.

Propriété

Probabilités de la loi binomiale. Si X suit la loi binomiale B(n;p), alors pour tout entier k compris entre 0 et n :

P(X=k)=(nk)pk(1p)nk

Cas particuliers à connaître, où le comptage des chemins est immédiat :

  • P(X=0)=(1p)n et P(X=n)=pn (un seul chemin dans chaque cas) ;
  • P(X=1)=np(1p)n1 et P(X=n1)=npn1(1p) (n chemins dans chaque cas).

Cette formule donne la probabilité de chaque valeur isolée. Pour des événements plus riches, on raisonne par réunion : l'événement {X1}, par exemple, est la réunion des événements {X=0} et {X=1}, qui ne peuvent pas se produire en même temps ; sa probabilité est donc la somme P(X=0)+P(X=1). Un cas mérite un réflexe particulier, car il revient dans presque tous les sujets : « au moins un succès ». Plutôt que d'additionner P(X=1)+P(X=2)++P(X=n), on passe par l'événement contraire.

Méthode

Calculer une probabilité du type « au moins un ».

  1. Traduire : « obtenir au moins un succès » correspond à l'événement {X1}.

  2. Passer au contraire : le contraire de « au moins un succès » est « aucun succès », c'est-à-dire {X=0}.

  3. Conclure avec la probabilité de l'événement contraire :

    P(X1)=1P(X=0)=1(1p)n

Le même réflexe s'applique à « au plus n1 succès », dont le contraire est « que des succès » : P(Xn1)=1P(X=n)=1pn.

Mettons tout en œuvre sur la situation de l'introduction, cette fois avec le prélèvement complet.

Exemple

Le technicien prélève 6 cartes ; chaque carte est défectueuse avec la probabilité 0,1, indépendamment des autres. Le nombre X de cartes défectueuses du prélèvement suit la loi B(6;0,1).

Aucune carte défectueuse. Un seul chemin (que des échecs) :

P(X=0)=(10,1)6=0,960,531

Exactement une carte défectueuse. Six chemins possibles (la carte défectueuse peut être n'importe laquelle des six) :

P(X=1)=6×0,1×0,950,354

Au plus une carte défectueuse. Par réunion des deux événements précédents :

P(X1)=P(X=0)+P(X=1)=0,96+6×0,1×0,950,886

Au moins une carte défectueuse. Par l'événement contraire :

P(X1)=1P(X=0)10,531=0,469

Exactement deux cartes défectueuses. La formule générale, avec (62)=15 lu dans le triangle de Pascal :

P(X=2)=(62)×0,12×0,94=15×0,01×0,65610,098

Bilan pour l'usine. Dans presque 9 prélèvements sur 10, le technicien trouve au plus une carte défectueuse : c'est le quotidien normal de la chaîne. Trouver deux cartes défectueuses ou plus (P(X2)=1P(X1)0,114) reste peu fréquent : si cela se répète prélèvement après prélèvement, c'est le signe d'un problème sur la chaîne de production.

La loi binomiale répond donc à toutes les questions de probabilité, valeur par valeur ou par réunion. Mais souvent, une seule question intéresse le responsable qualité : en moyenne, combien de cartes défectueuses par prélèvement ? C'est une question d'espérance, et pour la loi binomiale la réponse est d'une simplicité remarquable.

Espérance de la loi binomiale

On pourrait calculer E(X) avec la définition de la première section : dresser toute la loi de X, multiplier chaque valeur k par P(X=k), tout additionner. C'est faisable, mais long dès que n grandit. Heureusement, le résultat final est toujours le même, et il tient en deux lettres.

Propriété

Espérance de la loi binomiale (admise). Si X suit la loi binomiale B(n;p), alors :

E(X)=n×p

Ce résultat est admis. Il est cohérent avec ce que vous savez déjà : chaque épreuve de Bernoulli apporte « en moyenne » p succès (l'espérance de la loi de Bernoulli, vue en première, vaut p), et il y a n épreuves. Sur un grand nombre de répétitions de l'expérience complète, le nombre moyen de succès observé se rapproche de np.

L'espérance d'une loi binomiale se calcule donc de tête, et son interprétation suit la règle générale : c'est le nombre moyen de succès sur le long terme, pas un résultat garanti à chaque expérience.

Exemple

À l'usine. Pour le prélèvement de 6 cartes avec p=0,1, l'espérance vaut E(X)=6×0,1=0,6 : en moyenne, 0,6 carte défectueuse par prélèvement. Aucun prélèvement ne donne 0,6 carte, bien sûr ! Mais sur une journée de 8 prélèvements horaires, le technicien peut s'attendre à trouver au total environ 8×0,6=4,8, soit 4 à 5 cartes défectueuses.

Au sondage. Pour les 20 clients interrogés avec p=0,6, l'espérance vaut E(X)=20×0,6=12 : en moyenne, 12 clients satisfaits sur 20 interrogés, ce qui est conforme à l'intuition (60% de 20).

Pour terminer, prenons un peu de hauteur et regardons une loi binomiale dans son ensemble. Le diagramme en bâtons ci-dessous représente la loi B(5;0,5) : on lance 5 fois une pièce équilibrée et X compte le nombre de « pile ». Chaque bâton a pour hauteur P(X=k).

Diagramme en bâtons de la loi binomiale de paramètres n égal 5 et p égal 0,5

Deux observations sautent aux yeux. D'abord, le diagramme est symétrique : comme p=0,5, succès et échec jouent exactement le même rôle, donc P(X=0)=P(X=5), P(X=1)=P(X=4), et ainsi de suite. Ensuite, les valeurs les plus probables (le mode de la loi) sont k=2 et k=3, à égalité avec une probabilité d'environ 0,31 chacune : obtenir 2 ou 3 piles sur 5 lancers est le scénario courant, tandis que 0 ou 5 piles restent possibles mais rares. L'espérance E(X)=5×0,5=2,5 se trouve exactement au centre de symétrie du diagramme, entre les deux bâtons les plus hauts, alors même que X ne prend jamais la valeur 2,5.

Dernière expérience graphique : fixons p et faisons varier n. Le graphique ci-dessous place, pour p=0,3 fixé (imaginez un standard téléphonique où 30% des appels aboutissent à une réservation) et pour chaque valeur de n de 1 à 20, un point d'abscisse n et d'ordonnée E(X)=0,3n.

Espérance de la loi binomiale à p égal 0,3 fixé : les points s'alignent sur la droite E de X égal 0,3 n

Les points s'alignent parfaitement sur une droite passant par l'origine, de pente p=0,3 : c'est la traduction graphique de la formule E(X)=np, qui exprime que E(X) est proportionnelle à n. Doubler le nombre d'appels traités double le nombre moyen de réservations : l'espérance grandit linéairement avec n.

Avec Python

Le programme demande de savoir traiter deux situations en Python : générer un triangle de Pascal et calculer une espérance. Les deux scripts tiennent en quelques lignes et n'utilisent que des listes et des boucles.

Générer le triangle de Pascal. On représente le triangle par une liste de listes : triangle[i] est la ligne n=i. Chaque nouvelle ligne commence par 1, se remplit avec la formule de Pascal (somme de deux coefficients de la ligne précédente), et se termine par 1.

n = 10
triangle = [[1]]                      # ligne n = 0
for i in range(1, n + 1):
    precedente = triangle[i - 1]      # ligne n = i - 1
    ligne = [1]                       # commence toujours par 1
    for k in range(1, i):
        ligne.append(precedente[k - 1] + precedente[k])   # formule de Pascal
    ligne.append(1)                   # se termine toujours par 1
    triangle.append(ligne)

for ligne in triangle:
    print(ligne)

L'exécution affiche les lignes une par une : [1], puis [1, 1], [1, 2, 1], [1, 3, 3, 1]... jusqu'à la ligne n=10. Pour lire un coefficient précis, on écrit par exemple triangle[6][2], qui vaut 15 : c'est bien (62), la case ligne n=6, colonne k=2 du tableau de la section 3.

Calculer une espérance. On range les valeurs de la variable aléatoire dans une liste, leurs probabilités dans une autre, et on accumule la somme des produits xipi dans une variable esperance. Reprenons la roue de la première section :

valeurs = [-2, 0, 8]                  # gains possibles à la roue
probas = [0.6, 0.3, 0.1]              # probabilités correspondantes

esperance = 0                         # accumulateur de la somme
for i in range(len(valeurs)):
    esperance = esperance + valeurs[i] * probas[i]

print(esperance)

Le script affiche le résultat du calcul x1p1+x2p2+x3p3 : on retrouve, aux infimes arrondis de la machine près, l'espérance 0,4 calculée à la main. Ce même script fonctionne pour n'importe quelle loi en tableau, y compris une loi binomiale dont on aurait rangé les probabilités P(X=k) dans la liste probas.

Représenter une loi par un diagramme en bâtons. Une fois construite la liste probas des probabilités P(X=k) pour k allant de 0 à n (par exemple avec la ligne n du triangle et la formule du cours), le module matplotlib trace le diagramme en trois lignes :

import matplotlib.pyplot as plt

plt.bar(range(n + 1), probas)         # un bâton par valeur de k
plt.show()

C'est exactement ainsi qu'a été produit le diagramme de la loi B(5;0,5) de la section précédente. N'hésitez pas à faire varier n et p pour observer la forme de la loi : symétrique quand p=0,5, penchée vers la gauche quand p est petit, vers la droite quand p est grand.

Résumons le chemin parcouru. Une variable aléatoire discrète se décrit par sa loi en tableau, et son espérance E(X)=x1p1+x2p2++xkpk donne sa valeur moyenne sur un grand nombre de répétitions. Quand on répète n fois une épreuve de Bernoulli de paramètre p, de façon identique et indépendante, le nombre de succès X suit la loi binomiale B(n;p) ; l'événement {X=k} rassemble les chemins de l'arbre à exactement k succès, et leur nombre est le coefficient binomial (nk), calculable de proche en proche grâce au triangle de Pascal. Chaque chemin ayant la probabilité pk(1p)nk, on obtient la formule P(X=k)=(nk)pk(1p)nk, complétée par le réflexe de l'événement contraire pour « au moins un ». Enfin, l'espérance de la loi binomiale vaut E(X)=np, un résultat admis mais très intuitif : c'est le nombre moyen de succès que l'usine, le sondeur ou le standard téléphonique peut attendre sur le long terme.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.