Tale PCM · Chapitre 03 · Analyse

Fonction logarithme népérien

Réciproque de l'exponentielle, propriétés algébriques, lien avec le logarithme décimal, équations exp(ax) = b et ln(x) = b.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Réciproque de l'exponentielle
  • Propriétés algébriques
  • Lien avec le logarithme décimal
  • Équations exp(ax) = b et ln(x) = b

Le chapitre précédent s'est achevé sur une frustration. Le tableau de variations de la fonction exponentielle nous a appris qu'une équation comme ex=5 possède une unique solution — l'exponentielle prend une fois et une seule chaque valeur strictement positive — mais nous ne savions l'obtenir que de façon approchée, par lecture graphique ou par balayage. Quand un objet mathématique existe, est unique, et revient sans cesse dans les calculs, les mathématiciens finissent toujours par lui donner un nom. C'est l'objet de ce chapitre : la solution de ex=a s'appellera le logarithme népérien de a.

Ce besoin n'a rien de théorique, et vos cours de physique-chimie le formulent constamment. Combien de temps faut-il pour que l'activité d'un échantillon de césium 137 soit divisée par deux ? Au bout de combien de secondes la tension d'un condensateur qui se décharge passe-t-elle sous un seuil donné ? Quelle est la concentration en ions oxonium d'une solution dont on connaît le pH ? Toutes ces questions reviennent à la même opération : dans un modèle exponentiel, la grandeur mesurée est connue, et c'est l'exposant qu'on cherche. L'exponentielle répond à la question « quelle valeur pour cet exposant ? » ; le logarithme répond à la question inverse, « quel exposant pour cette valeur ? ».

Au programme de ce chapitre : la définition du logarithme népérien et sa réciprocité avec l'exponentielle, ses propriétés algébriques — qui transforment les produits en sommes —, la résolution exacte des équations et inéquations laissées en suspens, l'étude de la fonction xlnx (variations, courbe, limites, dérivée), le lien avec le logarithme décimal du tronc commun, et pour finir les trois grands terrains d'application : radioactivité, acidité, niveau sonore.

Du côté réciproque de l'exponentielle : définition

Reprenons le point d'appui du chapitre précédent. La fonction exponentielle est strictement croissante sur R, avec limxex=0 et limx+ex=+ : son tableau de variations montre qu'elle prend une fois et une seule chaque valeur strictement positive. Autrement dit, pour tout réel a>0, l'équation ex=a admet exactement une solution. C'est ce fait, admis, qui autorise la définition suivante.

Définition

Définition du logarithme népérien. Soit a un réel strictement positif. On appelle logarithme népérien de a, noté lna (ou ln(a)), l'unique solution de l'équation ex=a :

ex=a    x=lna(a>0)

La fonction xlnx, définie sur ]0;+[, est appelée fonction logarithme népérien.

Insistons sur la condition a>0 : une exponentielle est toujours strictement positive, donc l'équation ex=a n'a aucune solution lorsque a0. Les écritures ln0 ou ln(3) n'ont pas de sens, et vérifier que l'argument d'un logarithme est strictement positif sera un réflexe permanent du chapitre. Deux valeurs se lisent immédiatement dans la définition : comme e0=1, la solution de ex=1 est 0 ; et comme e1=e, la solution de ex=e est 1.

La définition dit que lna est le nombre dont l'exponentielle vaut a. En écrivant cette phrase dans les deux sens, on obtient les deux formules de réciprocité qui font fonctionner tout le chapitre : appliquer ln puis exp, ou exp puis ln, ramène au point de départ.

Propriété

Réciprocité entre exponentielle et logarithme.

  • Pour tout réel x>0 : elnx=x.
  • Pour tout réel x : ln(ex)=x.

En particulier : ln1=0 et lne=1.

Courbes de l'exponentielle et du logarithme, symétriques par rapport à la droite y = x

Cette réciprocité a une traduction graphique remarquable. Dire que b=ea, c'est dire que a=lnb : le point (a;b) appartient à la courbe de l'exponentielle si et seulement si le point (b;a) — coordonnées échangées — appartient à celle du logarithme. Or échanger l'abscisse et l'ordonnée d'un point, c'est le réfléchir par rapport à la droite d'équation y=x. Les deux courbes sont donc symétriques par rapport à cette droite, comme le montre la figure : le point (0;1) de l'exponentielle devient le point (1;0) du logarithme, et le point (1;e) devient (e;1).

Exemple

Simplifier avec la réciprocité. Simplifions les expressions suivantes.

a. ln(e5)=5

b. eln7=7

c. ln(1e)=ln(e1)=1

d. e2ln3=(eln3)2=32=9

Le d. mérite un regard attentif : on a d'abord utilisé la règle (ea)n=ena du chapitre précédent pour écrire e2ln3=(eln3)2, puis la réciprocité eln3=3. Ce va-et-vient entre les règles de l'exponentielle et la définition du logarithme est le cœur de la section suivante.

Les propriétés algébriques

La propriété fondamentale de l'exponentielle est ea+b=ea×eb : elle transforme les sommes en produits. Sa réciproque doit donc faire le chemin inverse et transformer les produits en sommes. Vérifions-le : soient a et b deux réels strictement positifs. En utilisant la réciprocité puis la règle des exposants, elna+lnb=elna×elnb=ab. Le nombre lna+lnb a pour exponentielle ab : c'est donc, par définition, le logarithme de ab. Toutes les autres formules découlent de celle-ci par le même type de raisonnement.

Propriété

Propriétés algébriques du logarithme. Pour tous réels a>0 et b>0, et tout entier relatif n :

ln(ab)=lna+lnbln(ab)=lnalnbln(an)=nlnaln(a)=12lna

Plus généralement, pour tout réel x (résultat admis lorsque x n'est pas entier) :

ln(ax)=xlna

Cette capacité à changer les produits en sommes n'est pas un détail : c'est la raison d'être historique du logarithme. Au début du XVIIe siècle, l'Écossais John Napier (francisé en Neper) publie les premières tables de logarithmes précisément pour épargner aux astronomes et aux navigateurs leurs interminables multiplications : grâce aux tables, un produit se ramène à une addition, et une racine carrée à une division par deux. Les calculatrices ont rendu les tables obsolètes, mais la propriété, elle, reste au centre de tous les calculs du chapitre.

Exemple

Décomposer et regrouper.

a. Exprimons ln12 en fonction de ln2 et ln3. On décompose 12=4×3=22×3, donc ln12=ln(22)+ln3=2ln2+ln3.

b. Simplifions A=ln50+ln2ln25. Dans l'autre sens, on regroupe : A=ln(50×225)=ln4=2ln2.

c. ln(18)=ln(23)=3ln2 : le logarithme d'un inverse est l'opposé du logarithme.

Un piège, enfin, contre lequel il faut se vacciner dès maintenant : le logarithme transforme les produits en sommes, pas les sommes. Il n'existe aucune formule pour ln(a+b), et en particulier ln(a+b)lna+lnb en général. Un contre-exemple suffit à s'en convaincre : ln(1+1)=ln20,69, alors que ln1+ln1=0+0=0.

Résoudre des équations et des inéquations

Revenons à l'équation ex=5 laissée en suspens au chapitre précédent. Elle est maintenant résolue en une ligne : par définition, sa solution est x=ln5, dont la calculatrice donne la valeur approchée 1,61. C'est toute la puissance de la définition : le logarithme est précisément l'outil qui extrait l'exposant. Reste à organiser la méthode pour les équations et inéquations du programme, en gardant deux principes en tête : une exponentielle est strictement positive (d'où des cas sans solution), et les fonctions exp et ln sont strictement croissantes (d'où la conservation du sens des inégalités — la stricte croissance de ln sera justifiée à la section suivante).

Méthode

Résoudre les équations et inéquations de référence. Soient a un réel non nul et b un réel.

  • Équation eax=b. Si b0 : aucune solution, car eax>0. Si b>0 : par définition du logarithme, eax=b    ax=lnb    x=lnba.
  • Équation lnx=b. L'inconnue doit vérifier x>0. En prenant l'exponentielle : lnx=b    x=eb, qui est bien strictement positif : il y a toujours une unique solution.
  • Inéquation eax>b. Si b0 : tout réel est solution. Si b>0 : on remplace par ax>lnb, le sens étant conservé (croissance stricte de ln) ; attention ensuite au signe de a dans la division.
  • Inéquation lnx>b. On remplace par x>eb (croissance stricte de exp). Pour lnx<b, ne pas oublier le domaine : les solutions sont les x tels que 0<x<eb.

Exemple

Trois résolutions rédigées.

Une équation. Résolvons e2x=6. Comme 6>0, l'équation équivaut à 2x=ln6, c'est-à-dire x=ln62. La solution exacte est ln62, soit environ 0,90.

Une inéquation avec changement de sens. Résolvons e0,5x>3. Comme 3>0, elle équivaut à 0,5x>ln3, puis, en divisant par 0,5 qui est négatif, à x<2ln3. L'ensemble des solutions est ];2ln3[.

Une inéquation avec ln. Résolvons lnx2. L'inéquation n'a de sens que pour x>0, et elle équivaut à xe2. L'ensemble des solutions est ]0;e2] — le domaine de définition fournit la borne de gauche.

Exemple

Décharge d'un condensateur. Un condensateur initialement chargé sous 6 V se décharge dans une résistance : la tension à ses bornes est modélisée par u(t)=6et/2, en volts, pour t en secondes. Au bout de combien de temps la tension vaut-elle 3 V, c'est-à-dire la moitié de sa valeur initiale ? On résout 6et/2=3, soit et/2=0,5. Comme 0,5>0, l'équation équivaut à t2=ln0,5=ln2, c'est-à-dire t=2ln21,4 s. Notez que la réponse ne dépend pas de la tension initiale : quelle qu'elle soit, la tension est divisée par deux toutes les 2ln2 secondes. Cette « durée de division par deux » reviendra en majesté dans la dernière section, sous le nom de demi-vie.

La fonction ln : variations, courbe et limites

Étudions maintenant la fonction xlnx pour elle-même. Son sens de variation se déduit directement de celui de l'exponentielle. Soient a et b deux réels tels que 0<a<b, et comparons lna et lnb : si l'on avait lnalnb, la croissance stricte de l'exponentielle donnerait elnaelnb, c'est-à-dire ab — contradiction. Donc lna<lnb : le logarithme range les nombres dans le même ordre que l'exponentielle.

Propriété

Sens de variation. La fonction logarithme népérien est strictement croissante sur ]0;+[. En conséquence, pour tous réels a>0 et b>0 :

lna=lnb    a=betlna<lnb    a<b

Combinée avec ln1=0, la croissance donne aussitôt le signe du logarithme, dont les études de fonctions feront un usage constant : lnx<0 pour 0<x<1, ln1=0, et lnx>0 pour x>1. Retenez l'image : le logarithme est négatif entre 0 et 1, et ne devient positif qu'après 1.

Courbe représentative de la fonction logarithme népérien

La courbe confirme tout cela. Elle traverse l'axe des abscisses au point (1;0), passe par le point (e;1), monte constamment — mais de plus en plus lentement, nous y reviendrons. Reste à décrire son comportement aux deux extrémités du domaine, du côté de 0 et du côté de +.

Propriété

Limites de la fonction ln (admises).

limx0+lnx=etlimx+lnx=+

La première limite signifie que l'axe des ordonnées, d'équation x=0, est asymptote verticale à la courbe : près de 0, la courbe plonge le long de l'axe.

Ces limites se comprennent bien par réciprocité. Fixons un seuil M aussi grand qu'on veut : dès que x>eM, la croissance du logarithme donne lnx>M. Le logarithme finit donc par dépasser n'importe quel seuil — il tend vers + — mais il faut attendre x>eM pour y parvenir, ce qui peut être colossal. Le tableau de variations résume l'étude :

xx
00
++\infty
lnx\ln x
-\infty
++\infty

Un mot sur la lenteur de cette croissance, qui est la signature du logarithme. Pour x=106 — un million —, on a seulement ln(106)=6ln1013,8. Et pour que lnx dépasse 100, il faut x>e1002,7×1043, un nombre qui dépasse tout ce que la physique sait compter. Le logarithme écrase les grands nombres : multiplier x par 10 ne fait qu'ajouter ln102,3 à lnx. Cette propriété, loin d'être un défaut, est exactement ce qui rend le logarithme précieux pour mesurer des grandeurs aux variations gigantesques — intensités sonores, concentrations chimiques — comme le montrera la dernière section.

La dérivée du logarithme

La courbe du logarithme monte de moins en moins vite : sa pente diminue quand x grandit. La formule de dérivation confirme cette lecture, avec une simplicité désarmante.

Propriété

Dérivée de la fonction ln. La fonction logarithme népérien est dérivable sur ]0;+[ et, pour tout x>0 :

(lnx)=1x

D'où vient cette formule ? Admettons que la fonction ln est dérivable, et dérivons les deux membres de l'identité elnx=x, valable pour tout x>0. Le membre de droite a pour dérivée 1. Pour le membre de gauche, on applique le même principe de dérivation d'une composée que pour ekx au chapitre précédent : dériver eexposant revient à recopier l'exponentielle et à multiplier par la dérivée de l'exposant. Ici l'exposant est lnx, donc la dérivée de elnx vaut (lnx)×elnx=(lnx)×x. En identifiant les deux dérivées : (lnx)×x=1, d'où (lnx)=1x. Remarquons que 1x>0 sur ]0;+[ : on retrouve la stricte croissance, et comme 1x diminue quand x grandit, la pente s'affaiblit — c'est la croissance de plus en plus lente observée sur la courbe.

Cette dérivée ouvre la porte aux études de fonctions qui mélangent polynômes et logarithme, exactement comme le chapitre précédent mélangeait polynômes et exponentielles. L'organisation du calcul est la même, avec une étape spécifique : la dérivée fait apparaître des fractions, qu'on réduit au même dénominateur pour étudier le signe.

Méthode

Étudier une fonction construite avec ln. Pour étudier une somme, un produit ou un quotient de polynômes et de la fonction xlnx, sur un intervalle inclus dans ]0;+[ :

  1. dériver avec les règles de première (uv+uv pour un produit, uvuvv2 pour un quotient) et la formule (lnx)=1x ;
  2. réduire la dérivée au même dénominateur : le dénominateur est une puissance de x, strictement positive sur le domaine ;
  3. étudier le signe du numérateur, en général un polynôme dont on connaît les règles de signe ;
  4. dresser le tableau de variations, en calculant les images exactes aux valeurs charnières (souvenez-vous que ln1=0 et lne=1 donnent des valeurs simples).

Exemple

Étude complète. Étudions la fonction f définie sur ]0;+[ par f(x)=xlnx.

  1. Dérivée. f est la somme de xx et de xlnx, donc f(x)=11x.
  2. Même dénominateur. f(x)=xx1x=x1x.
  3. Signe. Sur ]0;+[, le dénominateur x est strictement positif : f(x) est du signe de x1, négatif sur ]0;1[, nul en 1, positif sur ]1;+[.
  4. Tableau. On calcule l'image charnière : f(1)=1ln1=1. Du côté de 0 : x tend vers 0 et lnx tend vers +, donc f(x) tend vers +.
xx
00
11
++\infty
f(x)f'(x)
-
00
++
f(x)f(x)
++\infty
11

La fonction f est décroissante sur ]0;1], croissante sur [1;+[, et admet en x=1 un minimum égal à 1. Ce minimum a une jolie conséquence : pour tout x>0, on a xlnx1, c'est-à-dire lnxx1. La courbe du logarithme reste donc toujours en dessous de la droite d'équation y=x1 — qui n'est autre que sa tangente au point (1;0), puisque f s'annule exactement là où les deux courbes se touchent.

Le lien avec le logarithme décimal

Le tronc commun de terminale a introduit un autre logarithme : le logarithme décimal, noté log, défini comme la réciproque de x10x — pour a>0, loga est l'unique solution de l'équation 10x=a. Deux logarithmes pour un même chapitre, n'est-ce pas un de trop ? Résolvons l'équation 10x=a avec les outils de ce chapitre pour voir le lien. En prenant le logarithme népérien des deux membres et en utilisant ln(10x)=xln10 : l'équation équivaut à xln10=lna, c'est-à-dire x=lnaln10. Or cette solution est, par définition, loga.

Propriété

Logarithme décimal et logarithme népérien. Pour tout réel x>0 :

logx=lnxln10avec ln102,303

En particulier log10=1, et log(10n)=n pour tout entier relatif n.

Les deux logarithmes sont donc proportionnels : passer de ln à log, c'est diviser par la constante ln10. Ils partagent par conséquent toutes les propriétés du chapitre — croissance stricte, produits changés en sommes, log(ab)=loga+logb — et ne diffèrent que par leur « point de repère » : ln vaut 1 en e, log vaut 1 en 10. Le logarithme décimal est le plus lisible pour les ordres de grandeur en écriture scientifique (le log d'un nombre indique, en gros, son nombre de chiffres), c'est pourquoi la physique et la chimie le préfèrent ; le logarithme népérien est celui que le calcul différentiel préfère, avec sa dérivée 1x sans constante parasite. Votre calculatrice possède les deux touches, et la formule permet de passer de l'une à l'autre : par exemple log50=ln50ln103,9122,3031,70 — cohérent, puisque 50 est compris entre 101=10 et 102=100, son logarithme décimal est bien compris entre 1 et 2.

Le logarithme en physique et en chimie

Concluons en retrouvant les trois questions de l'introduction. Elles illustrent les deux emplois majeurs du logarithme en sciences : extraire un temps d'un modèle exponentiel (radioactivité), et compresser une échelle de grandeurs qui s'étend sur de nombreux ordres de grandeur (pH, décibels) — c'est là que la croissance très lente du logarithme, observée plus haut, devient une qualité.

Exemple

Demi-vie d'un élément radioactif. Le nombre de noyaux radioactifs d'un échantillon à l'instant t est modélisé par N(t)=N0eλt, où N0 est le nombre initial de noyaux et λ>0 la constante radioactive. La demi-vie T est la durée au bout de laquelle le nombre de noyaux est divisé par deux : elle vérifie N(T)=N02. Résolvons : N0eλT=N02 équivaut à eλT=12, donc à λT=ln(12)=ln2, d'où :

T=ln2λ

Deux remarques. La demi-vie ne dépend pas de N0 : quel que soit le stock de départ, il est divisé par deux au bout de la même durée — c'est la propriété qui rend la datation radioactive possible. Et le calcul est celui, exactement, de la décharge du condensateur vue plus haut. Application numérique : pour le césium 137, λ0,023 an1, donc T=ln20,0230,6930,02330 ans. Un sol contaminé au césium 137 ne retrouve donc le quart de son activité initiale qu'au bout de deux demi-vies, environ 60 ans.

Exemple

Calcul de pH. Le pH d'une solution aqueuse est défini à partir de la concentration en ions oxonium [H3O+], exprimée en mol/L :

pH=log[H3O+]

Du côté direct : pour une solution telle que [H3O+]=2,0×105 mol/L, les propriétés algébriques donnent log(2,0×105)=log2+log(105)0,305=4,70, donc pH4,7. Du côté réciproque : pour un jus de fruit de pH 3,2, on résout log[H3O+]=3,2, c'est-à-dire [H3O+]=103,26,3×104 mol/L. Le logarithme compresse ici une échelle immense : entre une solution très acide ([H3O+]=101 mol/L) et une solution très basique (1013 mol/L), la concentration varie d'un facteur 1012, mais le pH ne va que de 1 à 13. Retenez la règle de lecture : une unité de pH en plus, c'est une concentration divisée par 10.

Exemple

Niveau d'intensité sonore. L'oreille humaine perçoit des intensités sonores I allant de 1012 W/m2 (seuil d'audibilité) à environ 1 W/m2 (seuil de douleur) : douze ordres de grandeur. Pour obtenir une échelle maniable, on définit le niveau d'intensité sonore, en décibels (dB) :

L=10log(II0)avec I0=1012 W/m2

Par exemple, une conversation animée d'intensité I=105 W/m2 a pour niveau L=10log(1051012)=10log(107)=70 dB. Que se passe-t-il si l'on double l'intensité — deux machines identiques au lieu d'une ? Les propriétés algébriques répondent sans aucun calcul d'intensité : 10log(2II0)=10log2+10log(II0)=L+10log2, et comme 10log2=10ln2ln103,01, doubler l'intensité ajoute environ 3 dB au niveau sonore — il ne le double pas. C'est le fameux « +3 dB » des fiches techniques : passer de 70 à 73 dB, c'est déjà deux fois plus d'énergie sonore reçue.

Le fil du chapitre se résume en une phrase : le logarithme népérien est la lecture inverse de l'exponentielle. De cette définition découlent la réciprocité elnx=x, les produits changés en sommes, la résolution exacte des équations eax=b et lnx=b, la croissance lente et la dérivée 1x — et, sur le terrain, la demi-vie T=ln2λ, le pH et les décibels. Les exercices vont maintenant faire jouer ensemble ces registres, du calcul algébrique pur aux situations que vous retrouverez en physique-chimie.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.