Tale PCM · Chapitre 02 · Analyse
Fonction exponentielle de base e
Nombre e, dérivées de exp(x) et exp(kx), limites, croissances comparées.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Nombre e
- Dérivées de exp(x) et exp(kx)
- Limites
- Croissances comparées
Observez trois expériences de vos cours de physique-chimie : la tension aux bornes d'un condensateur qui se charge, l'activité d'un échantillon radioactif qui décroît, la concentration d'un réactif qui disparaît au fil d'une réaction d'ordre 1. Trois phénomènes sans rapport apparent, et pourtant trois courbes de la même famille : une évolution d'abord rapide, qui s'essouffle progressivement en s'approchant d'une valeur limite. Derrière cette allure commune se cache une seule et même fonction, que ce chapitre a pour mission de construire : la fonction exponentielle.
Le point de départ est connu : le tronc commun a introduit les fonctions , prolongement continu des suites géométriques et modèle des évolutions en pourcentage constant. Mais parmi toutes les bases possibles, il en existe une meilleure que toutes les autres : un nombre irrationnel voisin de , noté . Ce qui rend cette base unique, nous le démontrerons en cours de route : la fonction est sa propre dérivée. C'est cette propriété, et elle seule, qui explique l'omniprésence de l'exponentielle en sciences — partout où la vitesse de variation d'une grandeur est proportionnelle à la grandeur elle-même, l'exponentielle de base apparaît. Au programme de ce chapitre : la définition du nombre , les règles de calcul, les équations et inéquations, la dérivée de , les limites et les croissances comparées, et pour finir les grands modèles exponentiels de la physique et de la chimie.
Le nombre e et la fonction exponentielle
Rappelons l'essentiel du tronc commun. Pour un réel , la fonction prolonge à tous les réels les puissances entières de , en conservant les règles de calcul : , , . Elle est définie et strictement positive sur , croissante lorsque , décroissante lorsque . Toutes les courbes de ces fonctions ont un point commun : elles passent par le point , puisque quelle que soit la base.
Mais elles n'y passent pas de la même façon. Si l'on trace plusieurs de ces courbes avec un logiciel, on constate que chacune traverse le point avec sa propre pente : presque horizontale pour proche de , de plus en plus raide à mesure que grandit. Une question naturelle se pose alors : existe-t-il une base pour laquelle la tangente en a un coefficient directeur exactement égal à , c'est-à-dire pour laquelle la tangente en est la droite d'équation ?
Cherchons expérimentalement. La pente en se mesure avec l'outil de première : le taux de variation de entre et , à savoir , qui se rapproche de la pente cherchée quand est petit. Prenons . Pour , le taux vaut environ : trop faible. Pour , il vaut environ : trop fort. La base cherchée est donc comprise entre et . Pour la cerner, confions le travail à un balayage programmé : on part de et on augmente pas à pas jusqu'à ce que la pente dépasse .
h = 10**-6 # pas du taux de variation
a = 2.0
while (a**h - 1) / h < 1: # pente de la tangente en 0
a = a + 0.001 # balayage au pas de 0,001
print(a) # affiche environ 2.719
Le script s'arrête sur . En reprenant le balayage avec un pas plus fin (ou par dichotomie), on précise autant qu'on veut : la base cherchée vaut C'est un nombre irrationnel, dont l'écriture décimale ne s'arrête jamais et ne se répète pas, au même titre que . Son existence et son unicité sont admises.
Définition
Le nombre e et la fonction exponentielle. On admet qu'il existe un unique réel pour lequel la courbe de la fonction admet, en son point , une tangente de coefficient directeur . Ce nombre est appelé nombre d'Euler et noté :
La fonction , définie sur , est appelée fonction exponentielle (de base ). On la note aussi .
La figure résume la définition : la courbe de traverse le point en épousant la droite , sa tangente de pente . Au passage, on lit l'ordonnée du point d'abscisse : c'est . Votre calculatrice possède une touche dédiée (souvent notée ) qui donne les premières valeurs : , , et du côté des exposants négatifs . Prenez l'habitude de garder les valeurs exactes (, , …) dans les calculs, et de ne passer aux valeurs approchées qu'à la toute fin.
Propriétés algébriques
La fonction exponentielle est une fonction particulière, celle de base : elle hérite donc de toutes les règles de calcul sur les puissances rappelées au paragraphe précédent. Ces règles sont l'outil quotidien du chapitre — chaque étude de fonction, chaque équation commencera par une transformation d'écriture.
Propriété
Règles de calcul. Pour tous réels et , et tout entier relatif :
avec de plus . Enfin, pour tout réel :
La dernière propriété mérite un mot : pourquoi une exponentielle ne peut-elle jamais être négative ou nulle ? D'abord, est un carré, donc positif ou nul. Ensuite, ne peut pas s'annuler, car : un facteur d'un produit égal à n'est jamais nul. Retenez ce réflexe, il servira sans cesse dans les études de signe : une exponentielle est toujours strictement positive.
Exemple
Transformer des écritures. Simplifions les expressions suivantes, définies pour tout réel .
a.
b.
c.
d.
Remarquez le b. : l'expression dépendait de en apparence seulement, la simplification révèle une constante. C'est fréquent, et c'est précisément pour débusquer ce genre de simplification qu'on transforme les écritures avant tout calcul.
Équations et inéquations
Admettons pour l'instant un fait que nous démontrerons au paragraphe suivant : la fonction exponentielle est strictement croissante sur . Ce simple fait a une conséquence précieuse : deux réels distincts ont toujours des exponentielles distinctes (le plus grand des deux a la plus grande exponentielle). Autrement dit, on peut « passer à l'exponentielle » ou « supprimer les exponentielles » dans une égalité ou une inégalité sans perdre ni créer de solutions.
Propriété
Égalités et inégalités d'exponentielles. Pour tous réels et :
En particulier, puisque : , et .
Méthode
Résoudre une équation ou une inéquation avec exponentielles.
- Transformer chaque membre pour l'écrire sous la forme d'une seule exponentielle, à l'aide des propriétés algébriques (et de si besoin).
- Remplacer l'égalité par , ou l'inégalité par — le sens de l'inégalité est conservé, car l'exponentielle est strictement croissante.
- Résoudre l'équation ou l'inéquation obtenue sur les exposants, puis conclure.
Exemple
Une équation. Résolvons dans l'équation . Chaque membre est déjà une seule exponentielle : l'équation équivaut à , c'est-à-dire à . La solution est .
Une inéquation. Résolvons dans l'inéquation . Elle équivaut à , soit , soit (attention au changement de sens en divisant par ). L'ensemble des solutions est .
Avec un membre constant. Résolvons . On écrit : l'inéquation équivaut à , c'est-à-dire à . L'ensemble des solutions est .
En revanche, une équation comme résiste à cette méthode : ne s'écrit pas simplement comme une puissance de . Nous verrons plus loin, grâce au tableau de variations complet, qu'une telle équation possède une unique solution ; pour l'instant, on ne sait l'obtenir que de façon approchée, par lecture graphique ou par balayage — le chapitre suivant fournira l'outil qui la donne exactement.
Dérivées et variations
Venons-en au résultat central du chapitre, celui qui justifie à lui seul le choix de la base . Fixons un réel et formons le taux de variation de la fonction exponentielle entre et , pour . La relation permet de mettre en facteur :
Le quotient n'est pas un inconnu : c'est le taux de variation de l'exponentielle entre et , celui-là même que le balayage du début du chapitre a mesuré. Lorsque tend vers , il tend vers le coefficient directeur de la tangente en , qui vaut par définition même du nombre . Le taux de variation tend donc vers : le nombre dérivé de l'exponentielle en est .
Propriété
Dérivée de la fonction exponentielle. La fonction exponentielle est dérivable sur et elle est sa propre dérivée : pour tout réel ,
Aucune autre fonction du programme ne possède cette propriété. Elle a une lecture graphique frappante : en chaque point de la courbe, la pente de la tangente est égale à l'ordonnée du point. Plus la courbe monte haut, plus elle monte vite — et c'est exactement ce mécanisme d'auto-amplification qui produit la croissance explosive que nous quantifierons avec les croissances comparées.
En sciences, l'exponentielle apparaît rarement seule : la variable est presque toujours multipliée par un coefficient, comme dans ou . Pour dériver , inutile de refaire un calcul de taux : c'est une fonction de la forme avec , et , et le chapitre Dérivées de première a établi que .
Propriété
Dérivée de . Soit un réel. La fonction est dérivable sur et :
Ainsi et : on recopie l'exponentielle et on multiplie par le coefficient de .
Ces dérivées livrent immédiatement les variations. Comme pour tout , la dérivée de l'exponentielle est strictement positive sur : la stricte croissance admise au paragraphe précédent est maintenant démontrée. Le même argument règle le cas général de .
Propriété
Sens de variation. La fonction exponentielle est strictement croissante sur . Plus généralement, la fonction est strictement croissante sur si , strictement décroissante sur si : sa dérivée est du signe de .
Armés de ces formules et des règles de dérivation de première (somme, produit, quotient), nous pouvons étudier toutes les fonctions qui mélangent polynômes et exponentielles — précisément celles que la physique nous mettra entre les mains. Une organisation de calcul revient dans toutes ces études : factoriser la dérivée par l'exponentielle, dont la stricte positivité simplifie l'étude de signe.
Méthode
Étudier une fonction construite avec des exponentielles. Pour étudier les variations d'une somme, d'un produit ou d'un quotient de polynômes et d'exponentielles :
- dériver avec les règles de première ( pour un produit, pour un quotient) et la formule ;
- factoriser la dérivée par l'exponentielle qui y figure ;
- utiliser : le signe de la dérivée est celui de l'autre facteur, en général un polynôme dont on connaît les règles de signe ;
- dresser le tableau de variations, en calculant les images (exactes !) aux valeurs charnières et aux bornes.
Exemple
Étude d'un produit polynôme–exponentielle. Étudions les variations de la fonction définie sur par .
- Dérivée. Posons et , d'où et . La formule du produit donne .
- Factorisation. On met en facteur : .
- Signe. Comme , le signe de est celui de : positif pour , négatif pour .
- Tableau. On calcule les images exactes : , et .
La fonction est croissante sur , décroissante sur , et admet en un maximum égal à . Aux bornes : et .
Courbe et limites
Il nous reste à comprendre le comportement de l'exponentielle aux deux bouts de l'axe réel. Un tableau de valeurs donne déjà la tendance :
| (arrondi) |
Vers la droite, les valeurs explosent : chaque unité gagnée sur multiplie par , comme dans une suite géométrique de raison supérieure à . Vers la gauche, le même mécanisme joue en sens inverse : chaque unité perdue divise la valeur par , et les valeurs fondent vers sans jamais l'atteindre, puisqu'une exponentielle est strictement positive. Ces deux comportements sont les limites de la fonction, admises au programme.
Propriété
Limites de la fonction exponentielle (admises).
La première limite signifie que l'axe des abscisses, d'équation , est asymptote horizontale à la courbe en : la courbe s'en rapproche autant qu'on veut, sans jamais le toucher.
Nous pouvons maintenant récapituler toute l'étude de la fonction exponentielle dans un unique tableau, qui condense variations et limites :
Relisez la figure du début du chapitre à la lumière de ce tableau : à gauche, la courbe se colle à l'axe des abscisses ; elle traverse avec la pente ; à droite, elle s'envole. Le tableau montre aussi que l'exponentielle prend une fois et une seule chaque valeur strictement positive : une équation possède donc une unique solution lorsque , et aucune lorsque — ce qui précise la remarque laissée en suspens à la fin des équations.
Qu'en est-il des fonctions ? Tout dépend du signe de . Si , l'exposant suit le signe de et grandit avec lui : le comportement est celui de l'exponentielle. Si , l'exposant change de camp et les limites s'échangent.
Propriété
Limites de . Soit un réel non nul.
- Si : et .
- Si : et .
Le second cas est celui que la physique utilise sans arrêt : dans un terme de la forme avec , le coefficient de est , donc tend vers quand tend vers . C'est le langage mathématique d'une réalité expérimentale : les régimes transitoires s'éteignent, et il ne reste que le régime permanent. Nous y reviendrons en fin de chapitre.
Croissances comparées
Quand tend vers , l'exponentielle et les puissances filent toutes vers . Mais que dire d'un quotient comme ? Numérateur et dénominateur tendent tous deux vers : les règles usuelles ne permettent pas de conclure, c'est une forme indéterminée. Il faut départager les deux concurrents, et l'expérience numérique désigne le vainqueur sans ambiguïté :
| (arrondi) |
Le quotient ne se stabilise pas : il explose. La croissance multiplicative de l'exponentielle écrase la croissance polynomiale de , et il en va de même pour n'importe quelle puissance de — , ne font que retarder l'échéance. Ce résultat, admis, porte le nom de croissances comparées.
Propriété
Croissances comparées (admises). Pour tout entier naturel non nul :
En résumé : en , l'exponentielle l'emporte sur toute puissance de .
Les deux limites sont les deux faces d'une même pièce : est l'inverse du quotient , et l'inverse d'une quantité qui tend vers tend vers . Dans les exercices, on étend sans formalisme ces résultats aux exponentielles pour un coefficient numérique : le quotient tend vers et le produit tend vers quand tend vers — une exponentielle « ralentie » par un coefficient reste une exponentielle, et elle finit toujours par l'emporter.
Exemple
Quatre limites en .
a. : c'est la croissance comparée appliquée avec , directement.
b. : les deux termes tendent vers et la différence est une forme indéterminée. On met le terme dominant en facteur : . D'après le a., la parenthèse tend vers ; le produit tend donc vers . L'exponentielle impose sa loi à la somme.
c. : extension des croissances comparées avec et , le facteur ne changeant rien à une limite nulle.
d. : extension avec et .
Modèles exponentiels en physique et chimie
Concluons en retrouvant les trois expériences de l'introduction, que nous pouvons désormais lire avec les outils du chapitre. Deux familles de modèles couvrent l'essentiel des situations rencontrées en STI2D et en STL : les décroissances exponentielles, de la forme , et les saturations, de la forme .
Décroissance radioactive. Le nombre de noyaux radioactifs d'un échantillon à l'instant est modélisé par , où est le nombre initial de noyaux et la constante radioactive. La dérivée vaut , c'est-à-dire : à chaque instant, la vitesse de disparition est proportionnelle au nombre de noyaux restants. Cette proportionnalité entre une grandeur et sa vitesse de variation est la signature des modèles exponentiels — c'est la traduction physique de « l'exponentielle est sa propre dérivée ». Comme , la fonction est strictement décroissante et : l'échantillon s'éteint, sans jamais s'annuler exactement dans le modèle. La demi-vie est la durée au bout de laquelle le nombre de noyaux est divisé par : elle se lit sur le graphique (abscisse du point d'ordonnée ), et lorsque sa valeur est donnée, on la contrôle par le calcul en vérifiant à la calculatrice que .
Cinétique chimique d'ordre 1. En STL, la concentration d'un réactif qui disparaît suivant une cinétique d'ordre 1 suit exactement la même loi : , avec la constante de vitesse. Même fonction, même décroissance, même limite nulle : seuls changent les noms des grandeurs. Le temps de demi-réaction joue le rôle de la demi-vie.
Charge d'un condensateur. Lorsqu'on charge un condensateur à travers une résistance sous une tension constante , la tension à ses bornes suit la loi , où est la constante de temps du circuit. À , : le condensateur est déchargé. La dérivée vaut : la tension croît. Et comme tend vers , : la courbe admet l'asymptote horizontale . La physique distingue ainsi le régime transitoire, pendant lequel le terme pèse encore, et le régime permanent, l'état limite dont la courbe se rapproche sans jamais l'atteindre exactement. La constante de temps se lit de deux façons sur le graphique : la tangente à l'origine, de coefficient directeur , atteint la valeur précisément à l'instant ; et à cet instant, , soit environ 63 % de la valeur finale. Au bout de , il ne manque plus que : le régime permanent est atteint à mieux que 1 % près, d'où la règle expérimentale des « cinq tau ».
Exemple
Charge d'un condensateur. Un condensateur se charge sous V avec une constante de temps s : la tension à ses bornes est , en volts, pour en secondes.
Vitesse de charge. L'exposant est , donc et . À l'instant initial, V/s : la tangente à l'origine, d'équation , atteint V en s — on retrouve graphiquement s.
Régime transitoire. À s : V, soit environ 63 % de la tension finale.
Régime permanent. Quand tend vers , tend vers et tend vers V. À s, on a déjà V : la charge est pratiquement terminée.
Le tour du chapitre est bouclé, et le fil conducteur mérite d'être redit : un nombre choisi pour que la tangente en ait une pente égale à , une fonction qui est sa propre dérivée, et en conséquence des modèles où la vitesse de variation d'une grandeur est proportionnelle à la grandeur elle-même — radioactivité, cinétique, circuits électriques. Les exercices vont maintenant faire fonctionner ensemble les règles algébriques, les équations, les études de variations et les limites, jusqu'aux situations physiques que vous retrouverez en cours de physique-chimie.
Bloqué sur « Fonction exponentielle de base e » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.