Tale spé · Chapitre 06 · Analyse

Limites de fonctions

Limites à l'infini et en un point, asymptotes, croissances comparées, opérations.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Limites à l'infini et en un point
  • Asymptotes
  • Croissances comparées
  • Opérations

Que devient une grandeur modélisée par une fonction lorsque le temps s'écoule indéfiniment ? La concentration d'un médicament dans le sang finit-elle par s'annuler, par se stabiliser autour d'une valeur d'équilibre, ou par croître sans borne ? Répondre à ce type de question, c'est étudier le comportement asymptotique d'une fonction : son comportement « au bout du compte », quand la variable devient très grande — ou très proche d'une valeur critique où le modèle s'emballe.

Ce comportement se lit sur la courbe. Aux bornes de son ensemble de définition, une courbe peut s'aplatir le long d'une droite horizontale, s'envoler vers l'infini, ou plonger le long d'une droite verticale : connaître les limites d'une fonction, c'est connaître l'allure de sa courbe aux extrémités, là où aucun tableau de valeurs ne peut aller. Les asymptotes, introduites dans ce chapitre, sont précisément ces droites que la courbe finit par épouser.

Rien de tout cela n'est entièrement nouveau : au chapitre précédent, nous avons défini la limite d'une suite, c'est-à-dire d'une fonction définie sur N, lorsque n tend vers +. Ce chapitre prolonge cette étude aux fonctions définies sur des intervalles de R : la variable x pourra désormais tendre vers +, mais aussi vers , ou encore vers un réel a. Les définitions, les théorèmes d'opérations et les théorèmes de comparaison sont les analogues directs de ceux des suites — avec quelques situations nouvelles, propres aux fonctions.

Limite d'une fonction à l'infini

Commençons par le cas le plus proche des suites : que fait f(x) lorsque x devient arbitrairement grand ? Deux comportements réguliers sont possibles : les valeurs f(x) s'accumulent autour d'un réel , ou bien elles deviennent aussi grandes (ou aussi négatives) que l'on veut.

Définition

Limite finie en +. Soit f une fonction définie au voisinage de + (c'est-à-dire sur un intervalle de la forme [m;+[) et un réel. On dit que f a pour limite en + lorsque tout intervalle ouvert contenant contient toutes les valeurs f(x) pour x assez grand. On note :

limx+f(x)=.

Autrement dit : aussi petit que soit l'intervalle choisi autour de (par exemple ]0,001;+0,001[), les valeurs f(x) finissent par y entrer et par y rester. C'est exactement la définition vue pour les suites, où « pour n assez grand » devient « pour x assez grand ». Comme pour les suites, lorsqu'une limite existe, elle est unique.

Graphiquement, la courbe de f se rapproche alors indéfiniment de la droite horizontale d'équation y=. Cette droite porte un nom.

Définition

Asymptote horizontale. Dire que la droite d'équation y= est asymptote horizontale à la courbe de f en + signifie que limx+f(x)=.

L'existence d'une asymptote horizontale et l'existence d'une limite finie sont donc une seule et même chose, vue géométriquement ou vue numériquement. Par exemple, limx+1x=0 (l'inverse d'un nombre très grand est très proche de 0) : la droite d'équation y=0, c'est-à-dire l'axe des abscisses, est asymptote horizontale à l'hyperbole en +. La définition et la notion d'asymptote se transposent mot pour mot en , pour les fonctions définies sur un intervalle de la forme ];m].

Définition

Limite infinie en +. On dit que f a pour limite + en + lorsque tout intervalle de la forme ]A;+[ contient toutes les valeurs f(x) pour x assez grand. On note limx+f(x)=+.

On définit de même limx+f(x)= (tout intervalle ];A[ contient toutes les valeurs f(x) pour x assez grand), ainsi que les limites infinies en .

Ainsi, dire que f(x) tend vers +, c'est dire que f(x) dépasse définitivement n'importe quel seuil A, aussi grand soit-il : 106, 1012… Attention, dans ce cas la courbe n'a pas d'asymptote horizontale : elle s'échappe vers le haut ou vers le bas.

Remarque. Une fonction peut très bien n'avoir aucune limite en + : les fonctions sin et cos oscillent indéfiniment entre 1 et 1 sans jamais se stabiliser ni s'envoler. Elles n'ont de limite ni en + ni en — nous les retrouverons plus loin, précisément parce qu'elles sont bornées.

Les limites des fonctions de référence étudiées en première se lisent sur leurs courbes et sont à connaître par cœur.

Propriété

Limites de référence à l'infini. Pour tout entier n1 :

Fonction xn x 1xn ex
Limite en + + + 0 +
Limite en + si n pair, si n impair non définie 0 0

Deux commentaires. D'abord, le cas des puissances en s'explique par la règle des signes : x2, x4… rendent positif un nombre négatif, tandis que x3, x5… conservent son signe. Ensuite, la limite limxex=0 (admise en première, avec sa jumelle en +) signifie que l'axe des abscisses est asymptote horizontale à la courbe de l'exponentielle en : c'est le fameux aplatissement de la courbe à gauche, observé au chapitre sur l'exponentielle. Comme ex>0 pour tout réel x, la courbe s'approche de son asymptote sans jamais la toucher.

Limite infinie en un point

Une situation nouvelle apparaît avec les fonctions : le comportement au voisinage d'un réel a où la fonction n'est pas définie. Que devient 1x quand x se rapproche de 0 ? Pour x=0,01 on obtient 100 ; pour x=0,0001, on obtient 10000 : les valeurs explosent.

Définition

Limite infinie en un point. Soit a un réel. On dit que f a pour limite + en a lorsque tout intervalle de la forme ]A;+[ contient toutes les valeurs f(x) pour x assez proche de a. On note limxaf(x)=+, et on définit de même une limite en a.

Très souvent, le comportement n'est pas le même selon que x s'approche de a par valeurs inférieures ou par valeurs supérieures : c'est le cas de 1x en 0, qui tend vers d'un côté et + de l'autre. On distingue alors la limite à gauche (notée xa : x tend vers a avec x<a) et la limite à droite (notée xa+ : x tend vers a avec x>a). Ainsi :

limx01x=etlimx0+1x=+.

Graphiquement, la courbe plonge (ou s'envole) le long de la droite verticale d'équation x=a.

Définition

Asymptote verticale. Dire que la droite d'équation x=a est asymptote verticale à la courbe de f signifie que f admet une limite infinie en a, à gauche ou à droite (ou les deux).

Le mécanisme à retenir est celui de l'inverse d'une quantité qui tend vers 0 : si le dénominateur tend vers 0 en gardant un signe constant, le quotient tend vers + ou selon les signes. On note 0+ (respectivement 0) une quantité qui tend vers 0 en restant strictement positive (respectivement strictement négative). D'où l'importance de l'étude de signe du dénominateur, comme dans l'exemple complet qui suit.

Exemple

Étude complète d'une fonction homographique. Soit f la fonction définie sur R{1} par

f(x)=2+3x1.

Déterminons ses limites aux quatre bornes de son ensemble de définition, c'est-à-dire en , en 1, en 1+ et en +, puis les asymptotes à sa courbe.

Limites à l'infini. Quand x tend vers +, x1 tend vers +, donc 3x1 tend vers 0, et f(x) tend vers 2+0=2. Le même raisonnement vaut en (x1 tend vers , et l'inverse tend encore vers 0). Ainsi :

limxf(x)=2etlimx+f(x)=2.

La droite d'équation y=2 est donc asymptote horizontale à la courbe de f, en comme en +.

Limites en 1. Le dénominateur x1 tend vers 0 : il faut connaître son signe de part et d'autre de 1.

xx
-\infty
11
++\infty
x1x - 1
-
00
++

Quand x1, x1 tend vers 0, donc 3x1 tend vers (quotient d'un nombre positif par une quantité qui tend vers 0 en restant négative), et f(x) aussi (ajouter 2 ne change rien à une limite infinie). Quand x1+, x1 tend vers 0+, donc 3x1 tend vers +, et f(x) aussi. Ainsi :

limx1f(x)=etlimx1+f(x)=+.

La droite d'équation x=1 est donc asymptote verticale à la courbe de f, comme le confirme la figure ci-dessous.

Courbe avec asymptote verticale x = 1 et horizontale y = 2

On lit sur cette figure tout le vocabulaire du chapitre : la courbe épouse la droite y=2 aux deux infinis, plonge vers à gauche de x=1 et s'envole vers + à sa droite. Quatre limites, deux asymptotes : le comportement asymptotique de f est entièrement décrit.

Opérations sur les limites

Dans l'exemple précédent, nous avons combiné des limites de référence : une somme (2 plus un quotient), un quotient (3 divisé par x1)… Les théorèmes qui justifient ces calculs sont les mêmes que pour les suites. Le programme les admet ; ils sont résumés dans les trois tableaux ci-dessous.

Propriété

Opérations sur les limites (admises). Dans les tableaux suivants, les limites sont prises en a, où a désigne un réel, + ou (le même pour toutes les fonctions) ; et désignent des réels. Le symbole sans signe signifie « + ou , le signe du résultat étant donné par la règle des signes ». La mention FI signale une forme indéterminée.

Somme.

limf + +
limg + +
lim(f+g) + + + FI

Produit.

limf 0 0
limg
lim(f×g) × FI

Quotient.

limf 0 ou 0
limg 0 0+ ou 0 0
limfg 0 FI FI

Ces tableaux formalisent des intuitions simples : « très grand plus très grand, c'est très grand », « un nombre fixé divisé par très grand, c'est presque nul », « un nombre non nul divisé par presque rien, c'est immense ». La colonne 0+ ou 0 du quotient exige que le dénominateur tende vers 0 en gardant un signe constant — d'où les études de signe de la section précédente.

Quatre cases des tableaux ne permettent pas de conclure. Ce sont les quatre formes indéterminées :

« + »,« 0× »,«  »,« 00 ».

Remarque importante. « Forme indéterminée » ne signifie pas « la limite n'existe pas ». Cela signifie que le théorème ne permet pas de conclure : le résultat dépend des fonctions en présence, et il faut travailler l'expression pour le découvrir. Ainsi x2x, xx2 et (x+5)x relèvent toutes trois de la forme « + » en +… et leurs limites valent respectivement +, et 5. Tout est possible : c'est bien pour cela que la forme est dite indéterminée, et c'est l'objet de la section suivante que d'apprendre à la lever.

Lever une forme indéterminée : méthodes

Face à une forme indéterminée, le principe est toujours le même : transformer l'écriture de la fonction (factoriser, développer, multiplier astucieusement) pour faire apparaître une expression dont les tableaux d'opérations savent traiter la limite. Voici les trois techniques au programme.

Méthode

Méthode 1 : factoriser le terme prépondérant (FI à l'infini). Pour une limite en ± d'un polynôme ou d'un quotient faisant apparaître « + » ou « » :

  1. Factoriser chaque somme par son terme de plus haut degré (le terme prépondérant).
  2. Dans la parenthèse obtenue, chaque terme restant est de la forme cxk et tend vers 0 : la parenthèse a une limite finie connue.
  3. Conclure avec la règle du produit (ou du quotient après simplification).

Exemple

Deux formes indéterminées levées par factorisation.

a. Déterminons limx+(x23x). Comme limx+x2=+ et limx+(3x)=, nous sommes face à la forme indéterminée « + ». Factorisons par x2 : pour x0,

x23x=x2(13x).

Or limx+3x=0, donc la parenthèse tend vers 1, et x2 tend vers +. Par produit :

limx+(x23x)=+.

b. Déterminons limx+2x2+1x2x+3. Numérateur et dénominateur tendent vers + : forme indéterminée « ». Factorisons chacun par son terme prépondérant x2, puis simplifions : pour x assez grand,

2x2+1x2x+3=x2(2+1x2)x2(11x+3x2)=2+1x211x+3x2.

Le numérateur tend vers 2 et le dénominateur vers 1, donc par quotient la limite vaut 21=2. La droite d'équation y=2 est asymptote horizontale à la courbe en +.

Le calcul du a. se généralise à n'importe quel polynôme : en factorisant anxn++a1x+a0 par xn, la parenthèse tend toujours vers an. D'où une propriété qui évite de refaire la factorisation à chaque fois.

Propriété

Limite d'un polynôme à l'infini. En + comme en , un polynôme a la même limite que son terme de plus haut degré. De même, un quotient de deux polynômes a la même limite que le quotient de leurs termes de plus haut degré.

Démonstration (sur un exemple générique). Traitons P(x)=2x35x2+x7 en ; le raisonnement est identique pour tout polynôme. Pour x0 :

P(x)=x3(25x+1x27x3).

Quand x, chacun des termes 5x, 1x2, 7x3 tend vers 0, donc la parenthèse tend vers 2. Comme limxx3=, la règle du produit donne limxP(x)= : c'est bien la limite de 2x3, le terme de plus haut degré.

Attention : cette propriété ne vaut qu'à l'infini. En un réel a, on calcule la limite d'un polynôme en remplaçant simplement x par a — aucun terme n'y est prépondérant.

Méthode

Méthode 2 : la quantité conjuguée (racines carrées). Face à une forme indéterminée « + » du type uv :

  1. Multiplier et diviser par la quantité conjuguée u+v.
  2. Au numérateur, l'identité (AB)(A+B)=A2B2 fait disparaître les racines : il reste uv.
  3. Étudier la limite du quotient obtenu, souvent du type « nombre fixé sur quantité qui tend vers l'infini ».

Exemple

La différence de deux racines. Déterminons limx+(x+1x). Les deux racines tendent vers + : forme indéterminée « + ». Multiplions par la quantité conjuguée : pour x0,

x+1x=(x+1x)(x+1+x)x+1+x=(x+1)xx+1+x=1x+1+x.

Quand x+, le dénominateur x+1+x tend vers + (somme de deux quantités qui tendent vers +), donc le quotient tend vers 0 :

limx+(x+1x)=0.

Les deux racines deviennent immenses, mais leur écart fond : voilà tout l'intérêt d'avoir levé l'indétermination — le résultat n'avait rien d'évident.

Méthode

Méthode 3 : factoriser et simplifier (FI « 00 » en un point). Si le numérateur et le dénominateur d'un quotient s'annulent tous deux en a :

  1. Constater que a annule les deux : la forme est « 00 ».
  2. Factoriser numérateur et dénominateur par (xa) (racine évidente, identité remarquable ou factorisation du second degré).
  3. Simplifier par (xa), licite car xa au voisinage de a, puis calculer la limite de l'expression simplifiée.

Exemple

Un quotient dont tout s'annule. Déterminons limx2x2x2x2. En x=2, le numérateur vaut 422=0 et le dénominateur 0 : forme indéterminée « 00 ». Puisque 2 est racine du trinôme x2x2, celui-ci se factorise par (x2) ; sa seconde racine est 1 (le produit des racines vaut ca=2), donc x2x2=(x2)(x+1). Pour tout x2 :

x2x2x2=(x2)(x+1)x2=x+1.

Or limx2(x+1)=3, donc limx2x2x2x2=3. Le quotient, indéterminé en apparence, cachait simplement la fonction xx+1 privée de son point d'abscisse 2.

Limites et comparaison

Les tableaux d'opérations supposent que l'on connaisse la limite de chaque morceau. Mais que faire avec x+cosx, alors que cosx n'a pas de limite en + ? L'idée : encadrer ou minorer la fonction par des fonctions plus simples dont on connaît la limite. Ce sont les analogues exacts des théorèmes de comparaison vus pour les suites.

Propriété

Théorème de comparaison. Soient f et g deux fonctions telles que f(x)g(x) pour x assez grand.

  • Si limx+f(x)=+, alors limx+g(x)=+ (minorer pour pousser vers +).
  • Si limx+g(x)=, alors limx+f(x)= (majorer pour tirer vers ).

Le théorème s'applique de même en et en un réel a.

L'intuition est limpide : une fonction plus grande qu'une fonction qui explose vers + explose aussi. Par exemple, pour tout réel x, cosx1, donc x+cosxx1 ; comme limx+(x1)=+, le théorème de comparaison donne limx+(x+cosx)=+ — sans jamais avoir eu besoin d'une limite pour cosx.

Pour obtenir une limite finie, une seule inégalité ne suffit plus : il faut coincer la fonction des deux côtés.

Propriété

Théorème des gendarmes (admis). Soient f, g et h trois fonctions telles que g(x)f(x)h(x) pour x assez grand, et un réel. Si

limx+g(x)=etlimx+h(x)=,

alors limx+f(x)=. Le théorème s'applique de même en et en un réel a.

Les deux fonctions g et h — les « gendarmes » — encadrent f et convergent vers la même limite : la fonction f, prise en étau, n'a d'autre choix que de converger vers elle aussi.

Courbe de sin(x)/x encadrée par les courbes de -1/x et 1/x

Exemple

Une oscillation étouffée. Déterminons limx+sinxx, pour f définie sur ]0;+[ par f(x)=sinxx. Aucun tableau d'opérations ne s'applique : sinx n'a pas de limite en +. Mais la fonction sinus est bornée : pour tout réel x,

1sinx1.

Pour x>0, on peut diviser les trois membres par x sans changer le sens des inégalités :

1xsinxx1x.

Or limx+(1x)=0 et limx+1x=0 : les deux gendarmes tendent vers la même limite 0. D'après le théorème des gendarmes :

limx+sinxx=0.

C'est exactement ce que montre la figure ci-dessus : la courbe oscille, mais ses oscillations sont écrasées entre les deux hyperboles y=1x et y=1x, qui la ramènent inexorablement vers l'axe des abscisses.

Croissances comparées

Quand x tend vers +, les fonctions xn et ex tendent toutes vers +. Mais à quelle vitesse ? Le quotient exxn est une forme indéterminée « » qu'aucune des trois méthodes précédentes ne sait lever : impossible de factoriser un « terme prépondérant » commun à une exponentielle et à une puissance. La réponse est un résultat central du programme.

Propriété

Croissances comparées. Pour tout entier n1 :

limx+exxn=+.

Conséquences. Pour tout entier n1 :

limx+xnex=0etlimxxex=0.

On retient la formule : à l'infini, l'exponentielle l'emporte sur toute puissance de x. Si grand que soit n — même n=1000 —, l'exponentielle finit par croître incomparablement plus vite que xn, au point que leur quotient explose. La démonstration de cette propriété est exigible au baccalauréat ; elle est remarquable car elle mobilise presque tout le chapitre (dérivation, comparaison, opérations).

Démonstration (exigible).

Étape 1 : pour tout x0, ex>x. Posons, pour x[0;+[, ψ(x)=exx. La fonction ψ est dérivable sur [0;+[ (différence de fonctions dérivables) et ψ(x)=ex1. Or la fonction exponentielle est croissante, donc pour x0, exe0=1, c'est-à-dire ψ(x)0. La fonction ψ est donc croissante sur [0;+[, si bien que pour tout x0 :

ψ(x)ψ(0)=e00=1>0.

Ainsi exx>0, c'est-à-dire ex>x, pour tout x0.

Étape 2 : pour tout x0, ex>x24. Soit x0. Appliquons l'inégalité de l'étape 1 au réel x2, qui est bien positif ou nul :

ex/2>x20.

Les deux membres sont positifs ou nuls, donc on peut élever au carré en conservant l'inégalité stricte (la fonction carré est strictement croissante sur [0;+[) :

(ex/2)2>(x2)2,c’est-aˋ-direex>x24,

en utilisant (ex/2)2=ex/2+x/2=ex.

Étape 3 : le cas n=1. Pour x>0, divisons l'inégalité de l'étape 2 par x>0 :

exx>x4.

Or limx+x4=+. D'après le théorème de comparaison (minoration par une fonction qui tend vers +) :

limx+exx=+.

Étape 4 : le cas général. Soit n1 un entier. Pour x>0, écrivons ex=(ex/n)n (propriété algébrique de l'exponentielle) et transformons le quotient :

exxn=(ex/n)nxn=(ex/nx)n=(1n×ex/nx/n)n=1nn(ex/nx/n)n.

Posons X=xn : quand x tend vers +, X tend vers +, et d'après l'étape 3, ex/nx/n=eXX tend vers + (c'est le principe de composition des limites, énoncé à la section suivante, utilisé ici dans son cas le plus simple). Sa puissance n-ième, produit de n facteurs tendant chacun vers +, tend vers + par la règle du produit. Enfin, multiplier par la constante strictement positive 1nn ne change pas cette limite. On conclut :

limx+exxn=+.

Démonstration des conséquences. Pour la première : pour x>0, xnex=xnex est l'inverse de exxn, qui tend vers + ; son inverse tend donc vers 0. Pour la seconde : posons X=x, qui tend vers + quand x tend vers . Alors

xex=XeX=XeX,

et XeX tend vers 0 (inverse de eXX qui tend vers +), donc xex tend vers 0.

Remarque. La conséquence limxxex=0 est précieuse dans les études de fonctions du type f(x)=(ax+b)ex : en , la forme « ×0 » est indéterminée, et c'est la croissance comparée qui tranche — l'exponentielle, qui fonce vers 0, l'emporte sur la puissance. La courbe admet alors l'axe des abscisses pour asymptote horizontale en .

Limite d'une fonction composée

Dans l'étape 4 de la démonstration précédente, nous avons « posé X=xn » : c'est le mécanisme de la composition, qui consiste à calculer une limite en deux temps lorsque la variable n'apparaît qu'à travers une expression intermédiaire u(x). Le programme utilise ce principe en contexte, sur des fonctions du type eu ou u.

Propriété

Limite d'une composée (admise). Soient a, b et c désignant chacun un réel, + ou . Si

limxau(x)=betlimXbf(X)=c,

alors limxaf(u(x))=c.

En pratique, on rédige en deux temps : on pose X=u(x), on détermine la limite b de X, puis on lit la limite de f en b (souvent une limite de référence). Trois exemples types.

Exemple

Trois compositions rédigées.

a. Déterminons limx+ex2. Posons X=x2. Quand x+, x2+, donc X=x2. Or limXeX=0. Par composition :

limx+ex2=0.

Le raisonnement est identique en (on a encore x2+) : la courbe « en cloche » de xex2 admet l'axe des abscisses pour asymptote horizontale des deux côtés.

b. Déterminons limx+4+1x2. Posons X=4+1x2. Quand x+, 1x20, donc X4. Or limX4X=4=2. Par composition :

limx+4+1x2=2.

c. Déterminons limxe2x+1. Posons X=2x+1. Quand x, X=2x+1 (limite d'une fonction affine de coefficient directeur positif). Or limXeX=0. Par composition :

limxe2x+1=0.

Nous disposons désormais de tout l'arsenal du chapitre. Reste à savoir dans quel ordre dégainer : voici la liste de contrôle à parcourir mentalement devant tout calcul de limite.

Méthode

Réflexes pour calculer une limite.

  1. Limite de référence directe ? La fonction est-elle (à peu de chose près) xn, x, 1xn, ex ? Si oui, conclure immédiatement.
  2. Opérations sans indétermination ? Décomposer en somme, produit, quotient de morceaux dont on connaît la limite, et appliquer les tableaux. Pour un quotient dont le dénominateur tend vers 0 : étude de signe (0+ ou 0).
  3. Forme indéterminée ? Identifier laquelle des quatre, puis choisir la méthode adaptée : factorisation du terme prépondérant (polynômes et quotients à l'infini), quantité conjuguée (racines carrées), factorisation par (xa) et simplification (« 00 » en un point).
  4. Exponentielle contre puissance ? Si la FI oppose ex (ou ex) à une puissance de x, penser aux croissances comparées : l'exponentielle l'emporte.
  5. Fonction bornée dans l'expression ? Si sin ou cos empêche toute conclusion, encadrer grâce à 1sinx1 et utiliser comparaison ou gendarmes.
  6. Variable cachée dans une composée ? Si x n'apparaît qu'à travers u(x) (dans eu, u…), poser X=u(x) et calculer en deux temps.

En résumé : les limites de fonctions prolongent celles des suites en trois lieux (+, , un réel a) ; elles se lisent géométriquement grâce aux asymptotes horizontales et verticales ; elles se calculent par les tableaux d'opérations, sauf dans les quatre formes indéterminées, que l'on lève en transformant l'écriture, en comparant, ou en invoquant les croissances comparées. Ce chapitre fournit la première moitié du programme d'analyse de terminale : l'étude complète d'une fonction — variations et comportement asymptotique — est désormais à portée de main.

Bloqué sur « Limites de fonctions » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.