Tale spé · Chapitre 13 · Probabilités
Schéma de Bernoulli et loi binomiale
Épreuves indépendantes, loi de Bernoulli, loi binomiale, problèmes de seuil.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Épreuves indépendantes
- Loi de Bernoulli
- Loi binomiale
- Problèmes de seuil
Une basketteuse tire dix lancers francs à la suite. Un contrôleur qualité prélève vingt pièces au hasard sur une chaîne de production et vérifie leur conformité. Un élève mal préparé répond au hasard aux dix questions d'un QCM. Trois situations très différentes en apparence, mais un même squelette mathématique : on répète plusieurs fois un même geste aléatoire, chaque répétition n'a que deux issues qui nous intéressent — réussi ou raté, conforme ou défectueuse, juste ou faux —, et la question naturelle est toujours la même : combien de succès au total, et avec quelle probabilité ?
En première, les probabilités conditionnelles nous ont appris à traiter des expériences dont les étapes s'influencent : la composition de l'urne change après chaque tirage sans remise, et les pondérations de l'arbre en dépendent. Ce chapitre explore la situation opposée, celle où les étapes sont indépendantes : le deuxième lancer franc ne sait rien du premier. Cette hypothèse simplifie radicalement le modèle — les probabilités se multiplient le long de l'arbre — et nous construirons dessus, brique par brique : la succession d'épreuves indépendantes, puis l'épreuve de Bernoulli (la brique élémentaire à deux issues), le schéma de Bernoulli (sa répétition à l'identique), et enfin la vedette du chapitre, la loi binomiale, qui régit le nombre de succès.
Le point culminant sera la formule , que nous démontrerons entièrement : les combinaisons du chapitre de dénombrement y comptent les chemins de l'arbre — c'est l'une des démonstrations exigibles au baccalauréat. Nous apprendrons ensuite à calculer efficacement, à la main, à la calculatrice ou en Python, puis à résoudre les grandes questions pratiques du chapitre : combien de répétitions faut-il pour être presque certain d'obtenir au moins un succès ?
Succession d'épreuves indépendantes
Commençons par le cadre général. On lance un dé, puis une pièce : deux expériences aléatoires enchaînées, dont les résultats ne s'influencent pas. Quel univers choisir pour l'expérience globale, et comment y calculer des probabilités ? La réponse du programme tient en deux idées : un résultat de l'expérience globale est la liste des résultats de chaque étape, et son univers est donc un produit cartésien — une notion déjà rencontrée au chapitre de dénombrement.
Définition
Succession d'épreuves indépendantes. On considère expériences aléatoires d'univers respectifs , réalisées successivement et de façon indépendante : le résultat de chacune n'a aucune influence sur les résultats des autres. L'expérience globale, appelée succession de ces épreuves, a pour univers le produit cartésien Une issue de cette succession est donc un -uplet , où chaque est une issue de la -ième épreuve.
Reste à munir cet univers d'une probabilité. C'est ici que l'indépendance intervient : puisque les étapes ne s'influencent pas, il est naturel de décider que les probabilités se multiplient. Cette règle définit le modèle retenu pour les successions d'épreuves indépendantes.
Propriété
Probabilité d'une issue (règle du modèle). Dans une succession de épreuves indépendantes, la probabilité d'une issue est le produit des probabilités de ses composantes : où désigne la probabilité de l'issue dans la -ième épreuve.
Comme en première, un arbre représente commodément la situation : chaque niveau correspond à une épreuve, chaque branche porte la probabilité de l'issue vers laquelle elle mène. La nouveauté tient en une phrase : grâce à l'indépendance, les pondérations d'un niveau ne dépendent pas de ce qui précède — les branches issues de n'importe quel nœud d'un même niveau portent exactement les mêmes probabilités. La règle des chemins vue en première s'applique alors sans changement : la probabilité d'une issue, c'est-à-dire d'un chemin complet de la racine à une feuille, est le produit des pondérations rencontrées le long du chemin.
Exemple
Un dé puis une pièce. On lance un dé équilibré, puis une pièce équilibrée, les deux lancers étant indépendants.
Modélisation. La première épreuve a pour univers , chaque issue ayant la probabilité ; la seconde a pour univers , chaque issue ayant la probabilité . L'expérience globale a pour univers le produit cartésien , qui compte issues : les couples , , , etc.
Probabilité d'une issue. La probabilité d'obtenir un six puis pile est
Probabilité d'un événement. L'événement : « obtenir un nombre pair puis face » est réalisé par les trois issues , et , chacune de probabilité . Ces issues étant deux à deux incompatibles :
Ce cadre général autorise des épreuves toutes différentes : un dé, puis une pièce, puis une roue de loterie… Mais la situation la plus féconde — celle de la basketteuse, du contrôleur et du QCM — est plus contrainte : on répète la même épreuve, et cette épreuve n'a que deux issues. Isolons d'abord cette brique élémentaire.
Épreuve et loi de Bernoulli
Définition
Épreuve de Bernoulli. Une épreuve de Bernoulli de paramètre est une expérience aléatoire ne comportant que deux issues : l'une appelée succès, notée , de probabilité ; l'autre appelée échec, notée , de probabilité .
Les exemples abondent, à condition de préciser ce que l'on appelle succès : lancer une pièce équilibrée avec pour succès « obtenir pile » est une épreuve de Bernoulli de paramètre ; tirer une carte dans un jeu de cartes avec pour succès « obtenir un cœur » en est une de paramètre ; répondre au hasard à une question d'un QCM à quatre propositions dont une seule est exacte, avec pour succès « répondre juste », en est une de paramètre également.
À l'inverse, lancer un dé et noter le numéro obtenu n'est pas une épreuve de Bernoulli : l'expérience a six issues, pas deux. Mais il suffit de changer de regard pour en fabriquer une : si l'on ne s'intéresse qu'à l'événement « obtenir un six », l'expérience devient une épreuve de Bernoulli de paramètre , avec : « obtenir un six » et : « ne pas obtenir de six ». C'est donc le choix du succès, plus que l'expérience elle-même, qui fait l'épreuve de Bernoulli.
À toute épreuve de Bernoulli, on associe naturellement une variable aléatoire qui « compte » le succès.
Définition
Variable et loi de Bernoulli. Soit une épreuve de Bernoulli de paramètre . La variable de Bernoulli associée est la variable aléatoire qui prend la valeur si le succès est réalisé, et sinon. Sa loi de probabilité est appelée loi de Bernoulli de paramètre :
Remarque
Une loi de Bernoulli est entièrement déterminée par le seul nombre : connaître le paramètre, c'est connaître la loi. C'est la loi de probabilité la plus simple qui soit — et c'est précisément cette simplicité qui va nous permettre de construire, par répétition, un modèle beaucoup plus riche.
Le schéma de Bernoulli
Revenons à la basketteuse : elle ne tire pas un lancer franc, mais dix. Chaque tir est une épreuve de Bernoulli (succès : « le tir est réussi »), tous ont la même probabilité de succès, et l'on suppose les tirs indépendants. Cette structure — la répétition à l'identique d'une même épreuve de Bernoulli — porte un nom.
Définition
Schéma de Bernoulli. Un schéma de Bernoulli de paramètres et est la répétition de épreuves de Bernoulli de même paramètre , identiques et indépendantes.
Les deux adjectifs comptent autant l'un que l'autre : identiques signifie que la probabilité de succès est la même à chaque répétition ; indépendantes, que le résultat d'une épreuve n'influence pas les autres. Tirer successivement des boules avec remise dans une urne relève du schéma de Bernoulli ; tirer sans remise n'en relève pas, car la composition de l'urne — donc la probabilité de succès — change à chaque tirage. Au baccalauréat, reconnaître un schéma de Bernoulli ne suffit pas : il faut le justifier, et la rédaction attendue est bien codifiée.
Méthode
Justifier un schéma de Bernoulli. La rédaction type tient en deux phrases :
« L'épreuve consistant à (décrire l'expérience) a deux issues : le succès : “(le décrire)”, de probabilité , et l'échec , de probabilité C'est une épreuve de Bernoulli de paramètre . On répète cette épreuve fois de façon identique et indépendante : ces répétitions constituent un schéma de Bernoulli de paramètres et . »
Un schéma de Bernoulli est un cas particulier de succession d'épreuves indépendantes : tout ce qui précède s'applique. Son arbre a une forme remarquablement régulière — deux branches à chaque nœud, toujours pondérées (vers ) et (vers ), quel que soit le niveau et quel que soit ce qui précède.
Sur cet arbre à trois niveaux, une issue de l'expérience est un chemin complet de la racine à une feuille : il y en a , du chemin au chemin . La règle des chemins donne alors la probabilité de chacun, et l'on découvre une propriété clef : cette probabilité ne dépend que du nombre de succès du chemin, pas de leur position.
Propriété
Probabilité d'un chemin. Dans un schéma de Bernoulli de paramètres et , un chemin de l'arbre comportant exactement succès — et donc échecs — a pour probabilité
En effet, la probabilité d'un chemin est le produit des pondérations rencontrées : chaque succès apporte un facteur , chaque échec un facteur . Un chemin à succès accumule donc facteurs et facteurs , et comme un produit ne dépend pas de l'ordre de ses facteurs, tous les chemins à succès ont la même probabilité .
Exemple
Sur l'arbre à trois répétitions. Prenons . Le chemin — succès, échec, succès — a pour probabilité Le chemin a exactement la même probabilité : deux succès et un échec, peu importe l'ordre.
Cette observation — l'ordre des succès ne change pas la probabilité d'un chemin — est la clef de tout ce qui suit. Pour connaître la probabilité d'obtenir exactement succès, il ne reste qu'à compter les chemins qui en comportent : un pur problème de dénombrement, que le chapitre de combinatoire nous a précisément appris à résoudre.
La loi binomiale
Dans un schéma de Bernoulli, la question centrale n'est pas « quel chemin a été suivi ? » mais « combien de succès au total ? ». La variable aléatoire qui compte les succès mérite donc une étude en propre.
Définition
Loi binomiale. On considère un schéma de Bernoulli de paramètres et , et on note la variable aléatoire égale au nombre de succès obtenus au cours des répétitions. La loi de probabilité de est appelée loi binomiale de paramètres et , notée . La variable prend ses valeurs dans .
Reste à expliciter cette loi, c'est-à-dire à calculer pour chaque valeur possible de . C'est le théorème central du chapitre, et sa démonstration — qui assemble la propriété des chemins et les combinaisons du chapitre de dénombrement — est exigible au baccalauréat.
Propriété
Expression de la loi binomiale. Soit une variable aléatoire suivant la loi binomiale . Pour tout entier compris entre et :
Démonstration. Représentons le schéma de Bernoulli par son arbre et fixons un entier compris entre et . L'événement est réalisé exactement par les chemins de l'arbre comportant succès — et donc échecs.
D'après la propriété de la section précédente, chacun de ces chemins a la même probabilité .
Combien y a-t-il de tels chemins ? Un chemin comportant exactement succès est entièrement déterminé par le choix des épreuves qui donnent un succès : il faut choisir positions parmi les répétitions, sans ordre ni répétition. Un tel choix est une combinaison de éléments d'un ensemble à éléments : d'après le chapitre de combinatoire, il y en a exactement . Il y a donc chemins réalisant l'événement .
Ces chemins correspondent à des issues deux à deux incompatibles ; la probabilité de leur réunion est la somme de leurs probabilités, c'est-à-dire fois la probabilité commune . Ainsi
La formule se lit comme elle s'est construite : est la probabilité d'un scénario à succès, et compte les scénarios possibles. C'est d'ailleurs cette formule qui donne son nom à la loi : les coefficients sont les coefficients binomiaux du chapitre 1.
Exemple
Lancers francs. Un basketteur réussit ses lancers francs avec une probabilité de , et l'on suppose ses tirs indépendants. Il tire lancers francs. Quelle est la probabilité qu'il en réussisse exactement ?
Justification du modèle. L'épreuve consistant à tirer un lancer franc a deux issues : le succès : « le tir est réussi », de probabilité , et l'échec , de probabilité . On répète cette épreuve fois de façon identique et indépendante : c'est un schéma de Bernoulli de paramètres et . La variable aléatoire égale au nombre de tirs réussis suit donc la loi binomiale .
Calcul. D'après la formule, avec : Le basketteur réussit exactement lancers sur avec une probabilité de , soit environ . Le coefficient se retrouve, au choix, par la formule du chapitre 1 ou sur la ligne du triangle de Pascal.
Pour se représenter une loi binomiale dans son ensemble, rien ne vaut son diagramme en bâtons : au-dessus de chaque valeur , un bâton de hauteur .
Le diagramme ci-dessus est celui de la loi . Les probabilités croissent, culminent en , puis décroissent : sur répétitions d'une épreuve réussie avec probabilité , c'est autour de trois succès que se concentre l'essentiel de la probabilité, ce que l'intuition suggérait. On observe aussi une nette dissymétrie : le diagramme penche vers les petites valeurs de , et les grandes valeurs () sont si improbables que leurs bâtons sont invisibles à l'œil nu. Cette dissymétrie est la marque des paramètres ; lorsque , succès et échec jouent des rôles parfaitement interchangeables et le diagramme est symétrique par rapport à .
Remarque
Deux observations utiles. D'abord, la loi n'est autre que la loi de Bernoulli de paramètre : la binomiale généralise la brique élémentaire. Ensuite, si compte les succès d'un schéma de Bernoulli de paramètres et , alors compte les échecs et suit la loi : échanger les rôles du succès et de l'échec échange et — et l'on retrouve, côté coefficients, la symétrie du triangle de Pascal.
Calculer en pratique
La formule de la loi binomiale règle la question en théorie ; en pratique, tout dépend de la taille du calcul. Pour avec de petits paramètres, le calcul à la main est rapide et c'est lui qu'on attend dans une copie : un coefficient binomial (formule ou triangle de Pascal), deux puissances, un produit. Mais dès que les événements se compliquent — pour , par exemple —, sommer une à une les probabilités devient déraisonnable : c'est le travail de la calculatrice ou d'un programme.
Toutes les calculatrices de lycée savent calculer, pour une loi binomiale de paramètres et donnés, les deux quantités fondamentales : , via une fonction souvent nommée binomFdp ou équivalent, et la probabilité cumulée , via binomFRép ou équivalent. Tout événement usuel se ramène à ces deux briques.
Méthode
Événements courants sur une loi binomiale. Soit une variable aléatoire suivant la loi et un entier compris entre et .
- : probabilité cumulée, donnée directement par la calculatrice.
- : on passe par l'événement contraire (attention au décalage d'indice : le contraire de « au moins » est « au plus »).
- : différence de deux cumulées.
- « Au moins un succès » : Cette formule, cas particulier de la deuxième, s'utilise directement : l'événement contraire de « au moins un succès » est « aucun succès », dont la probabilité est .
En Python, la fonction comb du module math fournit les coefficients binomiaux, et la formule du cours se programme en une ligne ; une boucle accumule ensuite les probabilités cumulées.
from math import comb
def proba(n, p, k):
"""Renvoie P(X = k) pour X suivant la loi B(n ; p)."""
return comb(n, k) * p**k * (1 - p)**(n - k)
def proba_cumulee(n, p, k):
"""Renvoie P(X <= k) pour X suivant la loi B(n ; p)."""
total = 0
for i in range(k + 1):
total = total + proba(n, p, i)
return total
Exemple
Des graines qui germent. Chaque graine d'un sachet ancien germe avec une probabilité de , indépendamment des autres. On en sème ; la variable aléatoire égale au nombre de graines qui germent suit la loi — celle, précisément, du diagramme en bâtons de la section précédente.
À la main. La probabilité que trois graines exactement germent :
À la calculatrice. La probabilité qu'au plus trois graines germent est (probabilité cumulée). On en déduit la probabilité qu'au moins quatre germent :
Avec la formule « au moins un succès ». La probabilité qu'au moins une graine germe : Même avec un taux de germination modeste, semer dix graines rend la germination d'au moins l'une d'elles presque certaine.
Ce dernier calcul renverse naturellement la question : au lieu de fixer et de calculer une probabilité, on peut fixer la probabilité visée et chercher le nombre de répétitions nécessaire pour l'atteindre. Ce sont les problèmes de seuil, grands classiques du baccalauréat.
Problèmes de seuil et de comparaison
« Combien de graines faut-il semer pour être sûr à qu'au moins une germe ? » Voilà le problème de seuil type : la probabilité d'obtenir au moins un succès augmente avec le nombre de répétitions, et l'on cherche à partir de quel elle dépasse un seuil donné. À ce stade de l'année, nous ne disposons d'aucun outil algébrique pour extraire d'une puissance : la résolution se fait par balayage, c'est-à-dire en calculant pour des valeurs successives de — tableau de valeurs de la calculatrice ou boucle Python — jusqu'à franchir le seuil.
Méthode
Résoudre un problème de seuil « au moins un succès ». On cherche le plus petit entier tel que , où suit la loi et est le seuil visé.
- Traduire : l'inéquation s'écrit .
- Justifier la croissance : quand augmente de , la quantité est multipliée par , donc diminue ; la quantité augmente donc avec . Le premier entier qui satisfait l'inéquation est ainsi la réponse, et tous les suivants conviennent aussi.
- Balayer : dresser un tableau de valeurs de (calculatrice ou Python) et repérer le premier pour lequel le seuil est atteint.
- Conclure par une phrase, en citant les deux valeurs encadrant le seuil.
Exemple
Un archer débutant. Un archer atteint le centre de la cible avec une probabilité de à chaque tir, les tirs étant supposés indépendants. Combien de tirs doit-il effectuer pour que la probabilité d'atteindre le centre au moins une fois dépasse ?
Modélisation. Chaque tir est une épreuve de Bernoulli de paramètre (succès : « atteindre le centre »). Pour tirs identiques et indépendants, le nombre de tirs au centre suit la loi , et On cherche donc le plus petit entier tel que .
Croissance. Quand augmente de , est multiplié par donc diminue : la quantité augmente avec . Un balayage donnera donc bien le plus petit entier cherché.
Balayage. La calculatrice fournit le tableau de valeurs suivant (valeurs arrondies à ) :
En Python, une boucle rend le même service :
n = 1
while 1 - 0.8**n < 0.99:
n = n + 1
print(n) # affiche 21
Conclusion. Comme et , et puisque augmente avec , le plus petit entier convenable est : l'archer doit tirer au moins flèches.
La même formule sert aussi à comparer des situations : deux jeux, deux stratégies, deux protocoles, dont on veut savoir lequel offre la meilleure probabilité de succès. L'histoire des probabilités a précisément commencé par une question de ce type.
Exemple
Le problème du chevalier de Méré. Au dix-septième siècle, le chevalier de Méré, joueur invétéré, soumet à Blaise Pascal le paradoxe suivant : vaut-il mieux parier sur l'obtention d'au moins un six en lancers d'un dé, ou sur l'obtention d'au moins un double six en lancers de deux dés ? Le chevalier pensait les deux paris équivalents ; l'expérience du jeu lui suggérait le contraire.
Premier pari. Lancer un dé équilibré, avec pour succès « obtenir un six », est une épreuve de Bernoulli de paramètre . Répétée fois de façon identique et indépendante, elle donne un nombre de six suivant la loi , d'où
Second pari. Lancer deux dés, avec pour succès « obtenir un double six », est une épreuve de Bernoulli de paramètre . Répétée fois, elle donne un nombre de doubles six suivant la loi , d'où
Comparaison. Le premier pari est favorable au joueur (probabilité de gain supérieure à ), le second lui est défavorable : . L'intuition du chevalier était donc juste, et le calcul de Pascal la confirma — l'un des actes de naissance du calcul des probabilités.
Le même réflexe de balayage résout enfin les problèmes d'optimisation où l'on fait varier un paramètre entier — nombre de tentatives, taille d'un échantillon — pour atteindre un objectif au meilleur coût : on calcule, on tabule, on compare.
En résumé : lorsqu'une expérience aléatoire enchaîne des épreuves indépendantes, son univers est le produit cartésien des univers et la probabilité d'une issue est le produit des probabilités de ses composantes — l'arbre porte alors des pondérations qui ne dépendent pas du passé. La répétition, fois à l'identique et de façon indépendante, d'une même épreuve de Bernoulli de paramètre constitue un schéma de Bernoulli, et le nombre de succès y suit la loi binomiale , dont nous avons démontré l'expression en comptant les chemins de l'arbre grâce aux combinaisons. Les probabilités cumulées se calculent à la machine, l'événement « au moins un succès » par son contraire, et les problèmes de seuil par balayage. Ce chapitre noue ainsi la première grande alliance de l'année entre dénombrement et probabilités — les coefficients du triangle de Pascal, nés du comptage, gouvernent désormais le hasard répété.
Bloqué sur « Schéma de Bernoulli et loi binomiale » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.