Tale spé · Chapitre 09 · Analyse

Fonction logarithme népérien

Réciproque de l'exponentielle, propriétés algébriques, dérivée, limites, croissances comparées.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Réciproque de l'exponentielle
  • Propriétés algébriques
  • Dérivée
  • Limites
  • Croissances comparées

Au début du XVIIe siècle, les astronomes croulent sous les calculs. Prédire la position d'une planète exige de multiplier entre eux des nombres à dix ou quinze chiffres, à la main, pendant des heures — avec, à chaque ligne, le risque d'une erreur qui ruine tout. C'est pour eux que John Napier (francisé en Neper), baron écossais, publie en 1614 ses « merveilleuses tables de logarithmes » : un outil qui transforme les multiplications en additions. Pour multiplier deux grands nombres, on lit leurs logarithmes dans la table, on les additionne — opération incomparablement plus rapide —, puis on relit la table à l'envers. Kepler, qui achevait alors ses lois du mouvement des planètes, adopta les tables avec enthousiasme ; Laplace dira plus tard que les logarithmes, « en abrégeant les calculs, doublent la vie des astronomes ».

Quatre siècles plus tard, les calculatrices ont remplacé les tables, mais la fonction logarithme est restée — pour une raison plus profonde, que nous connaissons déjà. Rappelons le portrait de la fonction exponentielle, dressé en première et complété au chapitre sur les limites : elle est continue et strictement croissante sur R, avec limxex=0 et limx+ex=+. Considérons alors une équation aussi simple que ex=2. Graphiquement, la droite d'équation y=2 coupe la courbe de l'exponentielle en un unique point : l'équation a une solution, une seule… mais aucun nombre connu ne l'exprime. Ni entier, ni fraction, ni racine : cette solution est un nombre nouveau.

Plutôt que de créer un nom pour chaque équation — un pour ex=2, un pour ex=3… —, on crée d'un coup la fonction qui, à chaque k>0, associe la solution de ex=k : la réciproque de l'exponentielle. C'est le logarithme népérien, objet de ce chapitre. Tous les outils sont déjà en place : le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires garantira l'existence et l'unicité, la dérivation des fonctions composées fournira la dérivée, et les croissances comparées de l'exponentielle se transposeront au logarithme. En chemin, nous retrouverons le secret des tables de Neper : la formule ln(ab)=lna+lnb.

La fonction logarithme népérien

Tout commence par l'équation ex=k. Pour qu'elle ait une solution, il faut k>0 : l'exponentielle est strictement positive sur R, sa courbe ne descend jamais sous l'axe des abscisses. Cette condition suffit-elle ? Oui — et c'est un théorème du chapitre précédent qui le garantit.

Propriété

Existence et unicité. Pour tout réel k>0, l'équation ex=k, d'inconnue x, admet une unique solution dans R.

Démonstration. La fonction exponentielle est continue sur R (car dérivable) et strictement croissante. Ses limites aux bornes sont limxex=0 et limx+ex=+. Tout réel k>0 est strictement compris entre ces deux limites : d'après le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires, étendu à R, l'équation ex=k admet une unique solution.

Cette solution, qui dépend de k, mérite un nom : c'est le logarithme népérien de k.

Définition

Logarithme népérien. Pour tout réel x>0, on appelle logarithme népérien de x, noté ln(x) ou lnx, l'unique solution de l'équation et=x, d'inconnue t.

La fonction logarithme népérien est la fonction ln:xlnx, définie sur ]0;+[.

Autrement dit, lnx est « l'exposant qu'il faut donner à e pour obtenir x ». Insistons sur l'ensemble de définition : lnx n'existe que pour x>0. Écrire ln(2) ou ln0 n'a aucun sens, puisque et ne prend jamais de valeur négative ou nulle. Deux valeurs se lisent immédiatement dans la définition : comme e0=1, la solution de et=1 est 0 ; et comme e1=e, la solution de et=e est 1.

Propriété

Valeurs particulières. ln1=0 et lne=1.

La définition dit que ln « défait » ce que fait l'exponentielle, et réciproquement. Cette idée se condense en deux identités, à connaître parfaitement — presque tout le chapitre en découle.

Propriété

Relations réciproques.

  • Pour tout réel x>0 : elnx=x.
  • Pour tout réel x : ln(ex)=x.

La première relation est la définition même : lnx est la solution de et=x, donc en remplaçant t par lnx, l'équation est vérifiée. Pour la seconde : ln(ex) est, par définition, l'unique réel t tel que et=ex ; or t=x convient, et la solution est unique, donc ln(ex)=x. On dit que les fonctions exp et ln sont réciproques l'une de l'autre : appliquées successivement, dans un ordre ou dans l'autre, elles se neutralisent. Attention seulement au domaine : la première identité exige x>0, la seconde vaut pour tout réel.

Cette réciprocité a une traduction graphique remarquable. Soit M(a;b) un point de la courbe de ln : alors b=lna, c'est-à-dire a=eb, ce qui signifie exactement que le point M(b;a) appartient à la courbe de l'exponentielle. Or échanger les deux coordonnées d'un point, c'est le remplacer par son symétrique par rapport à la droite d'équation y=x. Les deux courbes sont donc symétriques par rapport à la droite d'équation y=x.

Courbes de ln et exp symétriques par rapport à la droite y = x

Sur la figure, le point (0;1) de la courbe de exp répond au point (1;0) de la courbe de ln : le miroir échange e0=1 et ln1=0. Ce miroir est le fil directeur du chapitre : tout ce que nous savons de l'exponentielle — ses propriétés algébriques, sa croissance, ses limites — va se lire « en symétrique » sur le logarithme.

Propriétés algébriques

Revenons au rêve de Neper : transformer les produits en sommes. L'exponentielle fait le chemin inverse — elle transforme les sommes en produits, puisque ea+b=ea×eb. Par réciprocité, sa fonction miroir doit transformer les produits en sommes. C'est la propriété fondamentale du logarithme, dite relation fonctionnelle.

Propriété

Relation fonctionnelle. Pour tous réels a>0 et b>0 :

ln(ab)=lna+lnb.

Démonstration. Calculons elna+lnb grâce à la propriété algébrique de l'exponentielle, puis aux relations réciproques :

elna+lnb=elna×elnb=a×b.

Ainsi, le réel lna+lnb est solution de l'équation et=ab. Or, par définition, l'unique solution de cette équation est ln(ab). Ces deux réels sont donc égaux : ln(ab)=lna+lnb.

Toute l'algèbre du logarithme découle de cette seule formule : inverse, quotient, puissances, racine carrée.

Propriété

Conséquences. Pour tous réels a>0, b>0 et tout entier relatif n :

  • ln(1b)=lnb ;
  • ln(ab)=lnalnb ;
  • ln(an)=nlna ;
  • ln(a)=12lna.

Démonstration. Pour l'inverse : b×1b=1, donc en prenant le logarithme, lnb+ln(1b)=ln1=0, d'où ln(1b)=lnb. Pour le quotient : ab=a×1b, et la relation fonctionnelle donne ln(ab)=lna+ln(1b)=lnalnb. Pour les puissances : si n1, on applique la relation fonctionnelle de proche en proche (une récurrence immédiate) : ln(an)=ln(a××an facteurs)=nlna ; le cas n=0 donne ln1=0 ; et si n<0, alors an=1an, donc ln(an)=ln(an)=(n)lna=nlna. Enfin, pour la racine carrée : a×a=a, donc 2ln(a)=lna.

Remarque (piège classique). Le logarithme transforme les produits en sommes — pas les sommes ! En général, ln(a+b)lna+lnb : par exemple ln(1+1)=ln2ln1+ln1=0. Aucune formule ne simplifie ln(a+b).

Méthode

Exprimer un logarithme en fonction de ln2 et ln3.

  1. Décomposer l'argument en produit, quotient et puissances de 2 et de 3.
  2. Appliquer les propriétés : le produit devient somme, le quotient différence, la puissance coefficient, la racine carrée un facteur 12.
  3. Regrouper les termes en ln2 et les termes en ln3.

Exemple

Quatre écritures simplifiées.

a. 72=8×9=23×32, donc ln72=ln(23)+ln(32)=3ln2+2ln3.

b. ln(316)=ln3ln16=ln3ln(24)=ln34ln2.

c. ln(24)=12ln24=12ln(23×3)=3ln2+ln32.

d. Dans l'autre sens, on peut condenser : 2ln6ln4=ln(62)ln4=ln(364)=ln9=2ln3.

Équations et inéquations

Les propriétés algébriques permettent de transformer les expressions ; pour résoudre, il faut pouvoir comparer deux logarithmes. Tout repose sur le sens de variation : le logarithme, miroir d'une fonction strictement croissante, est lui-même strictement croissant.

Propriété

Stricte croissance et comparaisons. La fonction ln est strictement croissante sur ]0;+[. En conséquence, pour tous réels a>0 et b>0 :

lna=lnb    a=betlna<lnb    a<b.

Démonstration. Si lna=lnb, alors elna=elnb, c'est-à-dire a=b ; la réciproque est évidente. Pour les inégalités : si lna<lnb, la stricte croissance de l'exponentielle donne elna<elnb, soit a<b. Inversement, supposons a<b ; si l'on avait lnalnb, la croissance de l'exponentielle donnerait ab, ce qui est absurde ; donc lna<lnb. Cette dernière implication est précisément la stricte croissance de ln.

En comparant à ln1=0, on obtient le signe du logarithme — à connaître par cœur, il intervient dans presque tous les tableaux de signes du chapitre.

Propriété

Signe du logarithme. lnx<0 pour 0<x<1, ln1=0, et lnx>0 pour x>1.

xx
00
11
++\infty
lnx\ln x
-
00
++

Les nombres entre 0 et 1 ont donc un logarithme négatif : ln0,5<0, ln0,9<0… C'est une source d'erreurs classique dans les inéquations, comme nous le verrons plus bas. Les relations réciproques fournissent par ailleurs les résolutions de référence, qui échangent équations en ln et équations en exp.

Propriété

Équations de référence. Pour tout réel k : l'équation lnx=k, d'inconnue x>0, a pour unique solution x=ek. Pour tout réel k>0 : l'équation ex=k a pour unique solution x=lnk.

Méthode

Résoudre une équation ou une inéquation avec des logarithmes.

  1. Conditions d'existence d'abord : chaque expression ln() exige que son argument soit strictement positif. En déduire l'ensemble sur lequel on résout.
  2. Transformer l'écriture avec les propriétés algébriques pour aboutir à une comparaison de deux logarithmes (lnA=lnB, lnAlnB) ou à une équation de référence (lnA=k).
  3. Supprimer les logarithmes grâce aux équivalences de comparaison.
  4. Confronter les solutions trouvées aux conditions d'existence : ne garder que celles qui les vérifient.

Exemple

Une équation et une inéquation rédigées.

a. Résolvons l'équation lnx+ln(x+3)=ln4. Conditions d'existence : il faut x>0 et x+3>0, c'est-à-dire x>0. On résout donc sur ]0;+[. Sur cet intervalle, la relation fonctionnelle donne lnx+ln(x+3)=ln(x(x+3)), et l'équation devient :

ln(x2+3x)=ln4    x2+3x=4    x2+3x4=0.

Ce trinôme a pour discriminant Δ=9+16=25, d'où deux racines : x=1 et x=4. Confrontation aux conditions : 4]0;+[, cette valeur est rejetée ; 1>0 convient. Conclusion : S={1}.

b. Résolvons l'inéquation ln(2x1)0. Condition d'existence : 2x1>0, soit x>12. Sur ]12;+[, on écrit 0=ln1 et on utilise la stricte croissance :

ln(2x1)ln1    2x11    x1.

En croisant avec la condition d'existence : S=]12;1].

Le logarithme résout enfin exactement un problème rencontré au chapitre des suites : trouver à partir de quel rang une suite géométrique franchit un seuil. Jusqu'ici, on répondait par balayage à la calculatrice ou avec un programme ; le logarithme donne désormais la réponse par le calcul, car il fait « descendre » l'exposant : ln(qn)=nlnq.

Exemple

Un problème de seuil. Une grandeur diminue de 10% chaque année : sa valeur est multipliée par 0,9 tous les ans. Au bout de combien d'années aura-t-elle été divisée par plus de deux ? On cherche le plus petit entier n tel que 0,9n<0,5. Les deux membres sont strictement positifs, donc par stricte croissance de ln :

0,9n<0,5    ln(0,9n)<ln0,5    nln0,9<ln0,5.

Attention au piège : 0,9<1, donc ln0,9<0. Diviser par ln0,9 renverse le sens de l'inégalité :

nln0,9<ln0,5    n>ln0,5ln0,9.

La calculatrice donne ln0,5ln0,96,58. Le plus petit entier qui convient est donc n=7 : c'est au bout de 7 années que la grandeur passe sous la moitié de sa valeur initiale. Vérification : 0,960,531>0,5 et 0,970,478<0,5.

Dérivée et variations

Étudions maintenant le logarithme avec les outils de l'analyse. Sa courbe, symétrique de celle de l'exponentielle, se trace d'un trait continu : le programme admet que la fonction ln est continue sur ]0;+[, et même dérivable. Toute la question est alors : que vaut sa dérivée ? La réponse est d'une simplicité inattendue.

Propriété

Dérivée du logarithme. La fonction ln est dérivable sur ]0;+[ (admis), et pour tout réel x>0 :

ln(x)=1x.

Démonstration (exigible). La dérivabilité de ln sur ]0;+[ est admise ; calculons sa dérivée. Pour tout x>0, la relation réciproque s'écrit :

elnx=x.

Dérivons chaque membre. À gauche, la fonction xelnx est de la forme eu avec u=ln : d'après la formule de dérivation des fonctions composées (chapitre sur la dérivation), sa dérivée est u×eu, c'est-à-dire ln(x)×elnx=ln(x)×x. À droite, la dérivée de xx vaut 1. Deux fonctions égales sur ]0;+[ ont la même dérivée, donc pour tout x>0 :

xln(x)=1,d’ouˋln(x)=1x.

Pour tout x>0, on a 1x>0 : la dérivée est strictement positive sur ]0;+[. Nous retrouvons par le calcul la stricte croissance de ln, établie plus haut par symétrie avec l'exponentielle — les deux points de vue concordent. Comme toujours en terminale, la formule se généralise aux fonctions composées du type ln(u), omniprésentes dans les études de fonctions.

Propriété

Dérivée de ln(u). Soit u une fonction dérivable et strictement positive sur un intervalle I. Alors la fonction ln(u):xln(u(x)) est dérivable sur I, et :

(lnu)=uu.

C'est la formule de dérivation des composées appliquée à ln : la dérivée de ln(u) est u×1u. Ne pas oublier l'hypothèse u>0 sur tout l'intervalle : sans elle, ln(u) n'est même pas définie.

Exemple

Étude d'une fonction ln(u). Soit f la fonction définie sur R par f(x)=ln(x2+1). Elle est bien définie sur R tout entier, car x2+1>0 pour tout réel x — les conditions d'existence sont automatiquement satisfaites. Posons u(x)=x2+1 : la fonction u est dérivable et strictement positive sur R, avec u(x)=2x, donc f est dérivable sur R et :

f(x)=u(x)u(x)=2xx2+1.

Le dénominateur x2+1 est strictement positif : f(x) est du signe de 2x. La fonction f est donc strictement décroissante sur ];0] et strictement croissante sur [0;+[, avec un minimum en 0 qui vaut f(0)=ln1=0.

Remarque (convexité). La dérivée ln:x1x est elle-même dérivable sur ]0;+[, et ln(x)=1x2<0 pour tout x>0. D'après le chapitre sur la convexité, la fonction ln est donc concave sur ]0;+[ : sa courbe est entièrement située sous chacune de ses tangentes. Cette remarque, anodine en apparence, fournira à la section suivante une inégalité très utile.

Limites et courbe représentative

Pour achever le portrait de ln, il reste à décrire son comportement aux deux bornes de ]0;+[ : que devient lnx quand x tend vers +, et quand x se rapproche de 0 ?

Propriété

Limites du logarithme.

limx+lnx=+etlimx0+lnx=.

Démonstration. En +. Soit A un réel quelconque. Par stricte croissance de ln et grâce aux équivalences de comparaison :

lnx>A    lnx>ln(eA)    x>eA.

Ainsi, dès que x>eA, on a lnx>A : tout intervalle ]A;+[ contient toutes les valeurs lnx pour x assez grand. C'est exactement la définition de limx+lnx=+.

En 0+. Posons X=1x. Quand x0+, X+, et :

lnx=ln(1X)=lnX.

D'après le premier point, lnX+, donc lnX. Par composition, limx0+lnx=.

Nous pouvons désormais dresser le tableau de variations complet de la fonction, limites comprises.

xx
00
++\infty
ln(x)\ln'(x)
++
lnx\ln x
-\infty
++\infty

La limite en 0+ signifie que l'axe des ordonnées, d'équation x=0, est asymptote verticale à la courbe : celle-ci plonge vers en longeant l'axe. En +, en revanche, méfiance — c'est l'un des pièges les plus classiques du chapitre. La croissance du logarithme est d'une lenteur spectaculaire : ln102,3, ln10006,9, et ln(106)13,8 — un million ne produit même pas 14. Pour obtenir lnx>100, il faut x>e100, un nombre d'environ 44 chiffres. La courbe semble s'aplatir… mais elle ne se stabilise jamais : la démonstration ci-dessus prouve qu'elle finit par dépasser n'importe quel seuil. La courbe de ln n'admet aucune asymptote horizontale : croissance lente, mais illimitée.

x 0,1 0,5 1 2 e 10 100
lnx (arrondi) 2,30 0,69 0 0,69 1 2,30 4,61

Ces deux limites de référence se combinent avec le principe de composition vu au chapitre sur les limites : lorsque la variable n'apparaît qu'à travers une expression intermédiaire u(x), on pose X=u(x) et on calcule en deux temps.

Exemple

Deux limites par composition.

a. Déterminons limx0+ln(2x). Posons X=2x. Quand x0+, X=2x0+. Or limX0+lnX=. Par composition :

limx0+ln(2x)=.

b. Déterminons limx+ln(1+1x). Posons X=1+1x. Quand x+, 1x0, donc X1. Or, la fonction ln étant continue en 1, limX1lnX=ln1=0. Par composition :

limx+ln(1+1x)=0.

La courbe de xln(1+1x) admet donc l'axe des abscisses pour asymptote horizontale en +.

Pour tracer la courbe avec précision, deux tangentes sont à connaître. En x=1 : le coefficient directeur vaut ln(1)=1 et la courbe passe par (1;0), d'où la tangente y=1×(x1)+0, soit y=x1. En x=e : le coefficient directeur vaut ln(e)=1e et la courbe passe par (e;1), d'où la tangente y=1e(xe)+1=xe — remarquable, car elle passe par l'origine.

Propriété

Tangentes remarquables. La tangente à la courbe de ln au point d'abscisse 1 a pour équation y=x1. La tangente au point d'abscisse e a pour équation y=xe ; elle passe par l'origine du repère.

Tangentes à la courbe de ln en 1 et en e

La remarque de convexité de la section précédente prend ici tout son sens : la fonction ln étant concave, sa courbe est sous chacune de ses tangentes — en particulier sous la tangente en 1.

Propriété

Inégalité de la tangente. Pour tout réel x>0 :

lnxx1,

avec égalité si et seulement si x=1.

Cette inégalité, conséquence directe de la concavité de ln (courbe sous sa tangente en 1), rend de grands services : elle majore un logarithme par une expression affine, bien plus simple à manipuler. Elle est aussi la clef de l'algorithme de Briggs, en fin de chapitre : pour x proche de 1, la courbe colle à sa tangente, si bien que lnxx1.

Croissances comparées

Quand x tend vers +, les fonctions lnx et xn tendent toutes vers + : le quotient lnxxn est une forme indéterminée « ». Le tableau de valeurs ci-dessus suggère la réponse : le logarithme croît si lentement que toute puissance de x le distance. Au chapitre sur les limites, nous avons démontré que l'exponentielle l'emporte sur toute puissance de x ; par réciprocité, le logarithme perd contre toutes. Le même phénomène se produit en 0+, où xn, qui fonce vers 0, écrase le logarithme qui tend vers .

Propriété

Croissances comparées. Pour tout entier n1 :

limx+lnxxn=0etlimx0+xnlnx=0.

En particulier, pour n=1 : limx+lnxx=0 et limx0+xlnx=0.

Démonstration (cas n=1 en +). Posons X=lnx, c'est-à-dire x=eX. Quand x tend vers +, X=lnx tend vers + (limite établie à la section précédente), et :

lnxx=XeX.

Or, d'après les croissances comparées du chapitre sur les limites, limX+eXX=+, donc son inverse XeX tend vers 0. Par composition, limx+lnxx=0.

Le cas général en + s'en déduit par encadrement : pour x1 et n1, on a xnx et lnx0, donc

0lnxxnlnxx.

Les deux gendarmes tendent vers 0, donc lnxxn aussi. Passons à la limite en 0+, dont la démonstration est exigible au baccalauréat.

Démonstration (exigible) : limx0+xlnx=0. Posons X=1x, c'est-à-dire x=1X. Quand x tend vers 0+, X tend vers +, et :

xlnx=1Xln(1X)=lnXX=lnXX.

D'après la démonstration précédente, lnXX tend vers 0 quand X tend vers +, donc lnXX aussi. Par composition, limx0+xlnx=0.

Le cas général en 0+ se traite là encore par encadrement : pour 0<x<1 et n1, on a 0<xnx et lnx<0, donc xlnxxnlnx<0 ; les gendarmes xlnx et 0 tendent tous deux vers 0, donc xnlnx aussi. Notons au passage ce que dit cette limite : en 0+, la forme « 0×() » est indéterminée, et c'est la puissance qui gagne — le produit tend vers 0.

La morale à retenir est le pendant de celle de l'exponentielle : à l'infini, toute puissance de x l'emporte sur lnx. Dans la hiérarchie des croissances, le logarithme est le plus lent de tous, l'exponentielle la plus rapide, et les puissances de x occupent l'entre-deux.

Exemple

Une forme indéterminée levée par croissance comparée. Déterminons limx+(xlnx). Comme x+ et lnx+, nous sommes face à la forme indéterminée « + ». Factorisons par le terme dominant x : pour x>0,

xlnx=x(1lnxx).

Par croissances comparées, lnxx0, donc la parenthèse tend vers 1 ; et x+. Par produit :

limx+(xlnx)=+.

La droite y=x finit donc toujours par distancer la courbe du logarithme — et de beaucoup.

L'algorithme de Briggs

Comment Neper et ses successeurs ont-ils calculé leurs tables, sans calculatrice, avec pour seuls outils les quatre opérations et l'extraction de racines carrées ? La méthode la plus élégante est due à Henry Briggs (1561-1630), mathématicien anglais venu rencontrer Neper dès 1615 pour perfectionner son invention. Elle combine deux résultats de ce chapitre.

Le premier est algébrique : ln(a)=12lna. En prenant n racines carrées successives d'un nombre a>0, on obtient a1/2n, dont le logarithme vaut lna2n ; autrement dit :

lna=2nln(a1/2n).

Quand n grandit, le nombre a1/2n se rapproche de 1 — chaque racine carrée rapproche de 1.

Le second est graphique : près de 1, la courbe de ln colle à sa tangente d'équation y=x1. Pour h proche de 0, on a donc l'approximation ln(1+h)h, c'est-à-dire : le logarithme d'un nombre très proche de 1 vaut à peu près ce nombre moins 1. En combinant les deux idées :

lna=2nln(a1/2n)2n(a1/2n1).

Il n'y a plus qu'à extraire des racines carrées — ce que Briggs faisait à la main, et ce qu'un programme fait en quelques lignes :

from math import sqrt

def ln_briggs(a, n=25):
    """Approche ln(a) par n racines carrées successives."""
    x = a
    for _ in range(n):
        x = sqrt(x)        # à la fin, x vaut a**(1/2**n), proche de 1
    return 2**n * (x - 1)  # ln(1 + h) est proche de h

print(ln_briggs(2))        # 0.6931471899... (valeur exacte : 0.6931471805...)

Avec n=25 étages de racines, le programme donne ln2 avec sept décimales exactes. Briggs, lui, travaillait en base 10 — ses tables donnaient le logarithme décimal, mieux adapté au calcul manuel — et poussa l'exactitude jusqu'à quatorze décimales : ses tables, achevées à la main au prix d'années de calcul, servirent aux astronomes, aux navigateurs et aux ingénieurs pendant plus de trois siècles, jusqu'à l'arrivée des calculatrices électroniques.

En résumé : le logarithme népérien est la réciproque de l'exponentielle — lnx est l'unique solution de et=x, et les deux courbes sont symétriques par rapport à la droite y=x. Il transforme les produits en sommes, ce qui permet de résoudre équations, inéquations et problèmes de seuil, à condition de vérifier d'abord les conditions d'existence et de se méfier du signe de lnq pour q<1. Sa dérivée est 1x, il est strictement croissant et concave, il tend vers en 0+ et vers + en + — lentement, si lentement que toute puissance de x l'emporte sur lui, mais sans jamais se stabiliser. Quatre siècles après Neper, l'outil qui « doublait la vie des astronomes » est devenu l'une des fonctions centrales de l'analyse.

Bloqué sur « Fonction logarithme népérien » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.