6ᵉ · Chapitre 13 · Organisation et gestion de données et probabilités

Statistiques et probabilités

Enquête statistique complète (recueil, tableaux, filtrage) ; probabilité entre 0 et 1, équiprobabilité.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Enquête statistique complète (recueil, tableaux, filtrage)
  • Probabilité entre 0 et 1
  • Équiprobabilité

Quel est le fruit préféré de ta classe ? Combien de déchets sont triés à la cantine ? Va-t-il pleuvoir demain ? Les données sont partout autour de toi, et le hasard aussi. Dans ce chapitre, tu vas apprendre deux choses : mener une véritable enquête pour collecter et organiser des données, puis mesurer les chances qu'un évènement se produise avec un nombre appelé probabilité.

Mener une enquête statistique

La statistique, c'est l'art de répondre à une question en collectant des informations. Mais attention : une bonne enquête ne s'improvise pas ! Avant de poser la moindre question autour de toi, il faut la préparer soigneusement, comme un scientifique prépare son expérience.

Méthode

Les 5 étapes d'une enquête statistique :

  1. Se poser une question précise. « Quel est ton fruit préféré ? » est une bonne question ; « aimes-tu les fruits ? » est trop vague pour donner des résultats intéressants.
  2. Choisir qui interroger. Toute la classe ? Tout le collège ? Les réponses n'auront pas le même sens selon les personnes interrogées.
  3. Préparer le recueil. Décider comment recueillir les réponses : à main levée, sur un papier, avec un questionnaire… et préparer une feuille pour tout noter.
  4. Collecter les données. Poser la question et noter chaque réponse, sans en oublier ni en compter deux fois.
  5. Organiser et interpréter. Ranger les réponses dans un tableau, puis les représenter par un diagramme pour répondre à la question de départ.

Suivons ces étapes avec la classe de 6e B, qui compte 24 élèves. La question choisie : « quel est ton fruit préféré parmi banane, fraise, pomme et kiwi ? ». Chaque élève répond sur un petit papier, la classe dépouille les réponses et obtient ce tableau :

Fruit Banane Fraise Pomme Kiwi
Nombre d'élèves 8 7 6 3

Première vérification : 8+7+6+3=24. Le compte est bon, aucune réponse n'a été perdue ! La classe représente ensuite ses résultats par un diagramme en barres, beaucoup plus parlant qu'une liste de nombres :

Diagramme en barres des fruits préférés des 24 élèves de la 6e B

D'un seul coup d'œil, on voit que la banane arrive en tête et que le kiwi ferme la marche. C'est toute la force d'un bon diagramme.

Une enquête ne porte pas toujours sur des réponses à une question : elle peut aussi porter sur des mesures. Par exemple, relever la température dans la cour chaque matin pendant un mois, mesurer la hauteur d'une plante chaque semaine, ou peser les déchets de la cantine chaque jour. Ce sont d'excellents sujets d'enquête, souvent liés à l'actualité : le climat, le tri des déchets, les oiseaux qui fréquentent la cour de ton collège (la biodiversité)… Les données réelles sont les plus intéressantes à étudier, et elles t'apprennent à regarder le monde avec un œil critique.

Organiser les données : les tableaux

Une fois les données collectées, il faut les ranger. L'outil de base du statisticien, c'est le tableau.

Définition

Une donnée est une information recueillie lors d'une enquête : une réponse, une mesure, une observation.

Un tableau organise les données en lignes et en colonnes pour qu'on puisse les lire et les comparer facilement.

Pendant le dépouillement, on utilise souvent un tableau de comptage : à chaque réponse, on trace un petit bâton dans la bonne case, et on regroupe les bâtons par paquets de cinq (quatre bâtons verticaux barrés d'un cinquième) pour compter plus vite à la fin. Une fois le comptage terminé, on recopie les totaux dans un tableau propre, comme celui des fruits de la 6e B.

Méthode

Pour construire un tableau à partir de données brutes :

  1. Liste toutes les réponses (ou catégories) possibles : ce sont les colonnes (ou les lignes) du tableau.
  2. Compte les données une par une avec des bâtons, sans en sauter aucune.
  3. Écris les totaux dans le tableau et donne-lui un titre.
  4. Vérifie que la somme des totaux est égale au nombre total de données.

Filtrer un tableau selon un critère

Un tableau peut contenir beaucoup d'informations. Pour répondre à une question précise, on n'a souvent besoin que de certaines lignes : on dit qu'on filtre le tableau. Voici le registre d'un refuge pour animaux :

Nom Animal Âge (en années) Pelage
Câline chat 2 roux
Rex chien 5 noir
Filou chien 2 beige
Mistigri chat 7 gris
Vanille chien 1 blanc
Pacha chat 4 noir
Nougat chien 8 marron

Une famille cherche à adopter un chien de moins de 3 ans. Quelles lignes garder ? Il faut vérifier deux conditions à la fois : la colonne « Animal » doit indiquer « chien », et la colonne « Âge » doit indiquer un nombre strictement inférieur à 3. En parcourant le tableau ligne par ligne, seuls Filou (2 ans) et Vanille (1 an) conviennent. Rex et Nougat sont bien des chiens, mais ils sont trop âgés ; Câline a moins de 3 ans, mais c'est un chat.

Méthode

Pour filtrer un tableau selon un critère :

  1. Repère la ou les colonnes concernées par le critère.
  2. Parcours le tableau ligne par ligne et garde uniquement les lignes qui vérifient toutes les conditions du critère.
  3. Vérifie ton résultat : chaque ligne gardée respecte-t-elle bien le critère ? N'en as-tu pas oublié ?

C'est exactement ce que fait un tableur ou un site internet quand tu coches des filtres (« taille S », « moins de 20 € »…) : il ne garde que les lignes du tableau qui répondent à tes conditions.

Lire des diagrammes et des courbes

Tu sais déjà lire des diagrammes depuis le cours moyen. En 6e, on consolide ces réflexes, car bien lire une représentation graphique est indispensable, dans toutes les matières et dans la vie de tous les jours.

Le diagramme en barres

Reprenons le diagramme des fruits de la 6e B :

Diagramme en barres des fruits préférés des 24 élèves de la 6e B

La hauteur de chaque barre se lit sur l'axe vertical : elle donne le nombre d'élèves. La barre de la banane monte jusqu'à 8, celle du kiwi jusqu'à 3. On peut aussi comparer : la fraise a été choisie par un élève de moins que la banane, car 87=1.

Le diagramme circulaire

Les mêmes 24 élèves ont indiqué leur activité du mercredi :

Diagramme circulaire des activités du mercredi des 24 élèves de la 6e B

Dans un diagramme circulaire, c'est la part du disque qui compte. Le sport occupe la moitié du disque : la moitié des 24 élèves, soit 12 élèves, font du sport. La musique occupe un quart du disque, soit 6 élèves. La part du dessin est deux fois plus grande que celle du théâtre : 4 élèves font du dessin et 2 font du théâtre. Vérifions : 12+6+4+2=24. Tout le monde est là !

La courbe

La 6e B a aussi semé un plant de haricot et mesuré sa hauteur chaque semaine :

Courbe de la hauteur du plant de haricot semaine après semaine

Une courbe montre une évolution au fil du temps. Pour lire une valeur, on part de l'axe horizontal (la semaine), on monte jusqu'à la courbe, puis on lit sur l'axe vertical : à la semaine 3, le plant mesure 9 cm. On peut aussi étudier la progression : entre la semaine 3 et la semaine 4, le plant a grandi de 149=5 cm, c'est sa plus forte pousse de la période. À la fin, la croissance ralentit : seulement 1 cm entre les semaines 5 et 6.

Méthode

Les bons réflexes devant un diagramme ou une courbe :

  1. Lis le titre : de quoi parle-t-on ?
  2. Lis les axes (ou la légende) : que représentent-ils, avec quelles unités ?
  3. Repère la graduation : combien vaut un carreau ?
  4. Seulement ensuite, réponds à la question posée.

Un dernier conseil, celui de l'esprit critique : une représentation peut être trompeuse. Par exemple, si l'axe vertical d'un diagramme en barres ne commence pas à zéro, une petite différence peut paraître énorme. Avant de te laisser impressionner par un graphique (dans une publicité, sur les réseaux…), vérifie toujours les axes et les unités : c'est le réflexe d'un bon citoyen autant que d'un bon mathématicien.

Les probabilités

Le hasard et l'échelle des probabilités

Lancer un dé, jouer à pile ou face, tirer une boule dans un sac sans regarder : dans toutes ces situations, impossible de prévoir le résultat à l'avance, même si on connaît parfaitement la liste des résultats possibles. On dit que ce sont des expériences aléatoires (« aléatoire » vient d'un mot latin qui signifie… jeu de dés !).

Définition

Une expérience aléatoire est une expérience dont on ne peut pas prévoir le résultat à l'avance.

La probabilité d'un évènement est un nombre qui mesure ses chances de se produire.

Propriété

Une probabilité est toujours comprise entre 0 et 1 :

  • un évènement impossible a une probabilité égale à 0 ;
  • un évènement certain a une probabilité égale à 1 ;
  • plus la probabilité est proche de 1, plus l'évènement a de chances de se produire.

On peut placer les probabilités sur une échelle, comme des nombres sur une droite graduée de 0 à 1 :

Échelle de probabilité de 0 à 1 avec les évènements I, R, P et C

  • I : « obtenir 7 » en lançant un dé ordinaire. Impossible, les faces vont de 1 à 6 : probabilité 0.
  • R : « tirer la boule rouge » dans un sac qui contient 1 boule rouge et 3 boules bleues : probabilité 14=0,25.
  • P : « obtenir pile » en lançant une pièce équilibrée. Autant de chances que face : probabilité 12=0,5.
  • C : « obtenir un nombre entre 1 et 6 » en lançant un dé. Certain, cela arrive à tous les coups : probabilité 1.

Des « chances » au quotient

Au cours moyen, tu disais : « j'ai 3 chances sur 10 de gagner ». En 6e, on franchit une étape importante : « 3 chances sur 10 », c'est un nombre, le quotient de 3 par 10. Et ce nombre, tu sais l'écrire de trois façons !

Méthode

Pour transformer « a chances sur b » en probabilité :

  1. Écris le quotient ab : c'est la probabilité.
  2. Si c'est utile, exprime ce nombre en écriture décimale ou en pourcentage, comme tu l'as appris dans les chapitres précédents.

Ainsi, « 3 chances sur 10 » devient : probabilité =310=0,3=30%.

Exemple

Une urne contient 3 boules noires et 7 boules blanches, indiscernables au toucher : impossible de les reconnaître avec les doigts, on tire vraiment au hasard. On pioche une boule sans regarder.

Il y a 10 boules en tout, dont 3 noires : on a 3 chances sur 10 de tirer une boule noire. La probabilité de tirer une boule noire est donc

310=0,3=30%

Et la probabilité de tirer une boule blanche est 710=0,7=70%.

Fraction, écriture décimale, pourcentage : trois habits pour le même nombre. Choisis celui qui rend ta réponse la plus claire.

Calculer une probabilité quand tous les résultats ont la même chance

Dans l'urne de tout à l'heure, chaque boule avait exactement la même chance d'être tirée, parce qu'elles étaient indiscernables au toucher. De même, un dé équilibré (bien symétrique, non truqué) donne la même chance à chacune de ses 6 faces, une pièce équilibrée donne la même chance à pile et à face, et une roue de loterie partagée en secteurs égaux donne la même chance à chaque secteur. On dit qu'il y a équiprobabilité. Dans ce cas, calculer une probabilité devient un simple comptage.

Propriété

Quand tous les résultats possibles ont la même chance de se produire, la probabilité d'un évènement se calcule ainsi :

probabiliteˊ=nombre de reˊsultats qui reˊalisent l’eˊveˋnementnombre total de reˊsultats possibles

Autrement dit : on compte les résultats qui conviennent, on compte tous les résultats possibles, et on écrit le quotient.

Exemple

On lance un dé équilibré à 6 faces. Quelle est la probabilité de l'évènement « obtenir un nombre pair » ?

Les résultats qui réalisent l'évènement sont 2, 4 et 6 : il y en a 3, sur 6 résultats possibles en tout. La probabilité est donc

36=12=0,5=50%

Attention au piège ! « Deux résultats possibles » ne veut pas dire « une chance sur deux ». Dans un sac contenant 1 boule noire et 3 boules blanches, on tire soit une noire, soit une blanche : deux couleurs possibles… mais la probabilité de tirer la noire est 14=25%, pas 12 ! De même, « demain il pleut ou il ne pleut pas » ne donne pas une chance sur deux de pluie. La formule ne s'applique que si tous les résultats ont vraiment la même chance.

Répéter une expérience : ce que dit la proportion

La probabilité d'obtenir pile est 0,5. Cela veut-il dire qu'en lançant une pièce 10 fois, tu obtiendras exactement 5 piles ? Pas du tout ! Le hasard ne fonctionne pas comme ça sur un petit nombre de lancers : tu peux très bien obtenir 7 piles, ou seulement 3. Mais que se passe-t-il si on lance la pièce très, très longtemps ? La 6e B a fait l'expérience (avec l'aide d'un ordinateur) : 1000 lancers d'une pièce équilibrée, en notant après chaque lancer la proportion de « pile » obtenue depuis le début.

Proportion de « pile » obtenue au fil de 1 000 lancers d'une pièce équilibrée

Au début, la courbe s'agite dans tous les sens : la proportion de « pile » monte, descend, s'éloigne de 0,5. Mais plus le nombre de lancers grandit, plus elle se calme et se rapproche de la droite en pointillés, tracée à 0,5 : la probabilité calculée.

Propriété

Quand on répète une expérience aléatoire un très grand nombre de fois, la proportion de fois où un évènement se produit se rapproche en général de sa probabilité.

Sur un petit nombre de répétitions, en revanche, cette proportion peut s'éloigner nettement de la probabilité : c'est normal, c'est le hasard.

Une dernière chose, très importante : le dé et la pièce ne se souviennent de rien. Si tu viens d'obtenir trois 6 d'affilée, la probabilité d'obtenir un 6 au lancer suivant est toujours 16 : ni plus (le dé n'est pas « en forme »), ni moins (le 6 n'est pas « épuisé »). Chaque lancer repart de zéro, comme si c'était le premier. Beaucoup de joueurs adultes se trompent là-dessus… pas toi !

Ce qu'il faut retenir

  • Une enquête statistique suit 5 étapes : se poser une question précise, choisir qui interroger, préparer le recueil, collecter les données, les organiser et les interpréter.
  • Un tableau organise les données ; on peut le filtrer en gardant uniquement les lignes qui vérifient un critère.
  • Devant un diagramme ou une courbe : lire le titre, les axes et les unités avant de répondre, et garder l'esprit critique.
  • Une probabilité est un nombre entre 0 et 1 : 0 pour un évènement impossible, 1 pour un évènement certain.
  • « a chances sur b » est le nombre ab, qu'on peut écrire en fraction, en écriture décimale ou en pourcentage : 310=0,3=30%.
  • Quand tous les résultats ont la même chance (dé équilibré, boules indiscernables au toucher) : probabilité = nombre de résultats qui réalisent l'évènement ÷ nombre total de résultats possibles.
  • Deux résultats possibles ne veut pas dire une chance sur deux !
  • En répétant une expérience un grand nombre de fois, la proportion observée se rapproche de la probabilité ; et le dé « ne se souvient » jamais des lancers précédents.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.