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2ⁿᵈᵉ · Chapitre 08 · Fonctions
Monotonie, tableau de variations, maximum et minimum, fonctions affines (taux d'accroissement, signe), optimisation.
Le chapitre précédent a présenté les fonctions et leurs courbes représentatives : on sait calculer des images et lire des antécédents. Ce chapitre franchit une étape : décrire le comportement d'une fonction. Quand augmente, est-ce que monte ou descend ? Où la courbe atteint-elle son sommet, son creux ? Pour répondre, il faut un vocabulaire précis — croissante, décroissante, maximum, minimum — et un outil central, le tableau de variations, qui condense en un seul schéma tout ce que l'on sait d'une fonction. À la clé : comparer des nombres sans calculatrice, et surtout résoudre des problèmes d'optimisation — rendre un produit maximal, un coût minimal.
Dans tout le chapitre, désigne un intervalle de (chapitre 2) et une fonction définie au moins sur . L'idée à capturer est simple : « la courbe monte » signifie que lorsque augmente, augmente aussi. La définition traduit cette idée sans faire appel au dessin.
Définition
Soit une fonction définie sur un intervalle .
Remarque
La formule à retenir : une fonction croissante conserve l'ordre (les images et sont rangées dans le même ordre que et ), une fonction décroissante renverse l'ordre (les images sont rangées dans l'ordre contraire). Tout le chapitre repose sur cette phrase.
Remarque
Deux conventions d'usage, valables dans toute la suite :
Exemple
La fonction représentée ci-dessus est définie sur .
Ainsi est monotone sur chacun des intervalles et , mais elle n'est pas monotone sur tout entier : son sens de variation change en .
Tout ce que l'exemple précédent vient de dire en plusieurs phrases, un petit schéma le dit d'un coup d'œil : c'est le tableau de variations.
Méthode
Construire un tableau de variations. Acquis depuis : collège.
Exemple
Reprenons la fonction de la figure précédente : croissante sur , de à , puis décroissante sur , de à . Son tableau de variations est :
Méthode
Passer de la courbe au tableau, et réciproquement.
Remarque
Question naturelle : jusqu'où la courbe monte-t-elle, jusqu'où descend-elle ? C'est la notion d'extremum.
Définition
Soit une fonction définie sur un intervalle , et un réel de .
Remarque
Un maximum est une image, pas un antécédent : c'est la plus grande valeur prise par sur . La rédaction attendue distingue toujours les deux : « le maximum de sur est , atteint en ».
Exemple
La fonction représentée ci-dessus est définie sur : elle croît de jusqu'à , décroît jusqu'à , puis croît de nouveau jusqu'à .
Remarque
Les fonctions affines sont les plus simples de toutes — et leurs variations peuvent être entièrement démontrées, pas seulement lues sur un dessin.
Définition
Une fonction affine est une fonction définie sur par , où et sont deux réels fixés. Sa courbe représentative est une droite :
Si , la fonction est constante ; si , elle est linéaire.
Propriété
Soit la fonction affine définie par . Pour tous réels et distincts :
Ce quotient s'appelle le taux d'accroissement de entre et : pour une fonction affine, il est constant, égal au coefficient directeur.
Démonstration. Calculons la différence des images :
Comme , on peut diviser les deux membres par , ce qui donne bien .
Remarque
Interprétation concrète : quand augmente de , varie de — elle augmente de si , elle diminue si . C'est la lecture graphique bien connue : à partir d'un point de la droite, « on avance de , on monte (ou on descend) de ».
Propriété
Soit la fonction affine définie sur par .
Démonstration. Soient et deux réels tels que . D'après le calcul précédent :
Comme , on a : le signe de est donc celui de .
Le signe de a été étudié au chapitre 4 (Équations et inéquations) ; rappelons le résultat, reformulé avec le vocabulaire des fonctions.
Propriété
Soit la fonction affine définie par , avec . La fonction s'annule en , et son signe est donné par le tableau :
Lecture graphique : la droite coupe l'axe des abscisses au point d'abscisse ; d'un côté de ce point elle est au-dessus de l'axe (), de l'autre au-dessous ().
Exemple
Sur la figure ci-dessus :
Méthode
Relier les registres d'une fonction affine. Le signe de , le sens de variation, l'allure de la droite et le tableau de signes disent tous la même chose ; savoir passer de l'un à l'autre est la compétence clé.
Devant un exercice, on identifie le registre donné (une formule, une droite tracée, un tableau…) et le registre demandé, puis on traduit de l'un à l'autre.
Le chapitre précédent a défini les fonctions de référence — carré, inverse, racine carrée, cube, valeur absolue — et tracé leurs courbes. Établissons maintenant leurs variations. Deux démonstrations sont exigibles en seconde : celles des fonctions carré et inverse. La technique est toujours la même : prendre deux réels dans l'intervalle étudié, puis comparer et en étudiant le signe de leur différence.
Propriété
La fonction carré , définie sur , est :
Elle admet sur un minimum égal à , atteint en , et n'admet pas de maximum.
Démonstration. Sur : soient et deux réels tels que . Comparons et par différence, en factorisant grâce à une identité remarquable (chapitre 3) :
Or (car ) et (somme d'un réel positif et d'un réel strictement positif). Le produit est donc strictement positif : , c'est-à-dire . L'ordre est conservé : la fonction carré est strictement croissante sur .
Sur : soient et tels que . On a toujours , mais cette fois (somme d'un réel négatif et d'un réel strictement négatif). Donc , c'est-à-dire : l'ordre est renversé, la fonction carré est strictement décroissante sur .
Minimum : pour tout réel , . La valeur , atteinte en , est donc bien le minimum de la fonction carré sur .
Propriété
La fonction inverse , définie sur , est :
La double barre en rappelle que est une valeur interdite : la fonction inverse n'y est pas définie.
Remarque
Attention à la formulation : on ne dit pas que la fonction inverse est « décroissante sur ». La décroissance vaut sur chacun des deux intervalles, séparément. Contre-exemple si l'on prend un réel dans chaque intervalle : , et pourtant — l'ordre n'est pas renversé. Une fonction décroissante sur l'ensemble tout entier devrait renverser l'ordre pour tous les couples, ce qui est faux ici.
Démonstration. Sur : soient et deux réels tels que . Comparons et par différence, en réduisant au même dénominateur :
Or (car ) et (produit de deux réels strictement positifs). Donc , c'est-à-dire : quand , on a , l'ordre est renversé. La fonction inverse est strictement décroissante sur .
Sur : le calcul est identique. Si , alors et (produit de deux réels strictement négatifs), donc à nouveau : la fonction inverse est strictement décroissante sur .
Les propriétés suivantes sont conformes aux courbes tracées au chapitre précédent. Leurs démonstrations ne sont pas exigées en seconde — celles du carré et de l'inverse, en revanche, sont à connaître.
Propriété
Racine carrée. La fonction , définie sur , est strictement croissante sur . Son minimum est , atteint en .
Cube. La fonction , définie sur , est strictement croissante sur .
Valeur absolue. La fonction , définie sur , est strictement décroissante sur et strictement croissante sur . Son minimum est , atteint en .
Propriété
Signe des fonctions carré et valeur absolue. Pour tout réel , et : ces deux fonctions sont positives ou nulles sur , et ne s'annulent qu'en . Leur minimum est donc aussi leur seul zéro.
Un nombre positif est-il plus grand ou plus petit que son carré ? Graphiquement, cela revient à comparer la hauteur de la droite d'équation et celle de la parabole d'équation .
Propriété
Les deux courbes se coupent aux points et , seuls points où .
Démonstration. Pour comparer et , étudions le signe de leur différence, en factorisant :
Dressons le tableau de signes de ce produit sur , avec la méthode du chapitre 4 :
Sur , le produit est strictement négatif : , donc . Sur , il est strictement positif : . Enfin, sur , la différence s'annule exactement en et : en ces deux valeurs, , ce qui correspond aux points communs et des deux courbes.
Remarque
Traduction concrète, souvent contre-intuitive : élever au carré un nombre compris entre et le diminue (), tandis qu'élever au carré un nombre plus grand que l'augmente ().
| Fonction | Ensemble de définition | Sens de variation | Minimum |
|---|---|---|---|
| Carré | décroissante sur , croissante sur | , atteint en | |
| Inverse | décroissante sur et sur | aucun | |
| Racine carrée | croissante sur | , atteint en | |
| Cube | croissante sur | aucun | |
| Valeur absolue | décroissante sur , croissante sur | , atteint en |
Munis des variations des fonctions de référence, nous pouvons comparer des images sans aucune calculatrice : c'est l'application la plus directe du chapitre.
Méthode
Comparer et à l'aide des variations de . Acquis depuis : collège.
Si et n'appartiennent pas à un même intervalle de monotonie, la méthode ne s'applique pas telle quelle : on compare autrement (signes des images, calcul direct…).
Quatre comparaisons rédigées, à connaître comme des modèles :
a. Comparons et . Les nombres et appartiennent à , où la fonction carré est croissante. Comme , l'ordre est conservé : .
b. Comparons et . Les nombres et appartiennent à , où la fonction carré est décroissante. Comme , l'ordre est renversé : .
c. Comparons et . Les nombres et appartiennent à , où la fonction inverse est décroissante. Comme , l'ordre est renversé : .
d. Comparons et . Les nombres et appartiennent à , où la fonction racine carrée est croissante. Comme , l'ordre est conservé : .
Méthode
Encadrer connaissant un encadrement de .
Exemple
Cas simple. Si : la fonction carré est croissante sur , intervalle contenu dans . Donc , c'est-à-dire .
Le piège classique. Si , peut-on affirmer que ? Non ! L'intervalle contient , où la fonction carré change de sens de variation. Dressons son tableau sur :
Le minimum de est , atteint en — à l'intérieur de l'intervalle, pas au bord ; le maximum est la plus grande des deux valeurs aux bornes, ici (car et ). Conclusion : , et pas .
Optimiser, c'est rendre une grandeur la plus grande ou la plus petite possible : maximiser une aire, un produit, un bénéfice ; minimiser un coût, une distance, une durée. Les variations et les extremums fournissent exactement le cadre pour poser — et résoudre — ces problèmes.
Méthode
Résoudre un problème d'optimisation. Acquis depuis : collège.
Exemple
Problème. Parmi tous les découpages de en deux nombres positifs et , lequel rend leur produit maximal ?
Or un carré est toujours positif ou nul : pour tout réel , donc
avec égalité si et seulement si , c'est-à-dire . 4. Conclusion. Le maximum de sur est , atteint en : le produit est maximal pour le découpage , et il vaut alors .
Remarque
Toute la puissance de la méthode tient dans la majoration par un carré : « un carré est toujours positif ou nul » est le levier d'optimisation de la seconde. Lorsqu'aucune écriture astucieuse n'apparaît, on peut estimer l'extremum par lecture graphique — ou le faire chercher par une machine, comme dans la section suivante.
Comment une machine, qui ne connaît ni identité remarquable ni tableau de variations, peut-elle localiser un extremum ? Par force brute : c'est le balayage. On parcourt l'intervalle à pas régulier, on calcule l'image de chaque valeur testée, et on garde en mémoire la plus grande valeur rencontrée.
Exemple
Voici un script Python qui balaie avec un pas de pour chercher le maximum de :
def P(x):
return x * (10 - x)
maxi = P(0)
x_maxi = 0
x = 0
while x <= 10:
if P(x) > maxi:
maxi = P(x)
x_maxi = x
x = x + 0.01
print("Maximum d'environ", maxi, "atteint pour x proche de", x_maxi)
Remarque
Le balayage ne fournit qu'une valeur approchée : la machine ne teste que les valeurs du quadrillage, et l'extremum exact peut se glisser entre deux pas. Plus le pas est petit, meilleure est la précision — au prix d'un plus grand nombre de calculs. Ici, le script affiche un maximum proche de atteint vers : c'est cohérent avec la valeur exacte démontrée à la section précédente, qui reste la seule réponse rigoureuse.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.