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2ⁿᵈᵉ · Chapitre 04 · Nombres et calculs, algèbre
Premier degré, équation produit nul, équation quotient, x² = a, inégalités et opérations, tableaux de signes (produit et quotient).
Résoudre une équation, c'est mener une enquête : une égalité contient un nombre inconnu, et il s'agit de démasquer toutes les valeurs qui la rendent vraie. Le collège a fourni les premières techniques pour les équations du premier degré ; ce chapitre les consolide, les justifie, puis les étend considérablement : inéquations dont les solutions s'écrivent avec les intervalles du chapitre 2, équations produits et quotients qui exploitent les factorisations du chapitre 3, et tableaux de signes — un outil graphique et rigoureux qui servira pendant toute la suite du lycée. En fin de chapitre, on apprendra à modéliser : traduire un problème concret en équation ou en inéquation, le résoudre, et conclure.
Commençons par fixer précisément le vocabulaire, souvent employé au collège sans définition formelle.
Définition
Exemple
Considérons l'équation , dont les membres sont et .
Tester une valeur ne suffit pas à résoudre : rien ne dit encore que est la seule solution. Pour l'affirmer, il faut une méthode qui passe en revue toutes les valeurs possibles d'un coup — c'est tout l'objet de ce qui suit.
Le principe de résolution est de transformer l'équation, étape par étape, en une équation plus simple qui a exactement les mêmes solutions. Deux opérations le garantissent.
Propriété
On ne change pas l'ensemble des solutions d'une équation lorsque :
Remarque
Pourquoi exiger « non nul » ? En multipliant les deux membres de par , on obtient , égalité vraie pour tout : toute l'information a disparu. Multiplier par zéro ne conserve pas les solutions, il les noie.
Méthode
Résoudre une équation du premier degré . Acquis depuis : collège.
Exemple travaillé : résolvons .
L'ensemble des solutions est . Vérification : et — l'égalité est bien vérifiée.
Exemple
Résolvons . On commence par développer, puis on applique la méthode :
Donc . On garde la valeur exacte (ou ), jamais une valeur approchée quand l'exact est disponible.
Que se passe-t-il si, en regroupant les termes en , tout disparaît ? On tombe sur une équation de la forme , et deux situations très différentes se présentent.
Propriété
Soit un réel. L'équation (autrement dit ) admet :
Exemple
Les sciences et la vie courante regorgent de formules reliant plusieurs grandeurs : , , … Savoir en extraire une variable est une compétence précieuse — et avec le vocabulaire de ce chapitre, tout devient limpide : isoler une variable, c'est résoudre une équation dont cette variable est l'inconnue, les autres lettres étant traitées comme des nombres connus.
Méthode
Isoler une variable dans une égalité.
Exemple
Cette formule résume à elle seule toute la résolution des équations du premier degré.
Avant de résoudre des inéquations, il faut savoir calculer avec des inégalités : quelles opérations peut-on effectuer sur les deux membres d'une inégalité sans la fausser ? La réponse réserve une surprise de taille.
Propriété
Soient , , , des réels.
Exemple
De et , on déduit , c'est-à-dire : vrai.
Autre usage, très courant : si et , alors en ajoutant membre à membre, . Les encadrements s'additionnent.
Propriété
Soient , , des réels avec .
Remarque
Ce renversement est le piège central du chapitre, à mémoriser une bonne fois pour toutes. Sur un exemple : est vrai ; en multipliant par , les nombres deviennent et , et sur la droite numérique, est à gauche de . L'inégalité vraie est donc : le sens s'est renversé. Passer aux opposés inverse l'ordre — et multiplier par n'importe quel négatif fait de même.
Exemple
On ne soustrait jamais deux inégalités membre à membre. Prenons et , deux inégalités vraies. En soustrayant membre à membre, on obtiendrait , c'est-à-dire : faux ! La somme membre à membre est permise, la différence ne l'est pas. Pour encadrer une différence , on ajoute à l'encadrement de celui de (obtenu en renversant celui de ).
Comment démontrer qu'un nombre est inférieur à un autre ? Deux stratégies systématiques existent.
Propriété
Comparer et , c'est étudier le signe de la différence .
Comparer deux nombres strictement positifs, c'est comparer leur quotient à .
Exemple
Par différence : comparons et , pour un réel quelconque. On étudie le signe de la différence, en reconnaissant une identité remarquable du chapitre 3 :
Un carré est toujours positif ou nul, donc pour tout réel : .
Par rapport : comparons et , deux nombres strictement positifs. Leur quotient vaut
donc . Le rapport est souvent plus commode que la différence quand les nombres sont donnés par des produits ou des puissances.
Munis des règles sur les inégalités, nous pouvons résoudre des inéquations : la démarche est celle des équations, à un piège près.
Définition
Méthode
Résoudre une inéquation du premier degré. Acquis depuis : collège.
Exemple travaillé : résolvons .
la division par conservant le sens. L'ensemble des solutions est l'intervalle :
Exemple
Avec renversement du sens : résolvons .
L'ensemble des solutions est — borne ouverte en , car l'inégalité est stricte.
Contrôle rapide : doit être solution ( : vrai) et ne doit pas l'être ( et : est bien faux).
Remarque
Les cas particuliers existent aussi pour les inéquations. Par exemple, donne , vrai pour tout : . À l'inverse, donne , toujours faux : .
Les équations rencontrées jusqu'ici étaient du premier degré. Dès qu'un apparaît, la stratégie « isoler » échoue — mais une propriété remarquable de la multiplication ouvre une autre voie.
Propriété
Un produit de facteurs est nul si et seulement si l'un au moins de ses facteurs est nul. Pour tous réels et :
Remarque
Cette propriété est propre au nombre ! Un produit égal à ne renseigne en rien sur ses facteurs (). C'est pourquoi la méthode qui suit commence toujours par tout ramener à zéro.
Méthode
Résoudre une équation par produit nul. Acquis depuis : collège.
Exemple
Résolvons . L'équation est déjà sous forme de produit nul :
Donc .
Exemple
Résolvons . Attention au réflexe trompeur « je divise par » : si , cette division est interdite — et de fait, est solution () ! Diviser par ferait perdre cette solution. La bonne démarche : tout ramener à zéro, puis factoriser par le facteur commun :
Donc .
Exemple
Résolvons , en reconnaissant une différence de deux carrés :
Donc .
Un cas particulier mérite un traitement complet : quels sont les nombres dont le carré vaut ? La réponse dépend du signe de .
Propriété
Soit un réel. L'équation admet :
Démonstration. Si : le carré d'un réel est toujours positif ou nul, donc aucun réel ne vérifie . Si : par produit nul. Si : alors par définition de la racine carrée, et l'on reconnaît une différence de deux carrés :
Exemple
Remarque
L'erreur classique consiste à répondre « » en oubliant la solution négative. Retenez l'image : pour , l'équation a toujours deux solutions, symétriques par rapport à . La notation , elle, ne désigne que la solution positive — c'est sa définition (chapitre 3).
Résoudre l'équation , c'est chercher où une expression s'annule. Résoudre l'inéquation , c'est chercher où elle est positive : il faut connaître son signe pour chaque valeur de . Le tableau de signes organise cette étude, en commençant par la brique de base : les expressions du premier degré.
Propriété
Soient et des réels avec . L'expression s'annule en , et son signe est donné par le tableau :
En résumé : l'expression est du signe de à droite de la valeur d'annulation, du signe contraire à gauche.
Justification. Résolvons l'inéquation , c'est-à-dire . Si , la division par conserve le sens : , donc l'expression est positive à droite de . Si , la division renverse le sens : , donc l'expression est positive à gauche — autrement dit négative à droite, ce qui est bien « le signe de à droite ».
Exemple
Pour une expression factorisée, on étudie le signe de chaque facteur, puis on combine avec la règle des signes : le produit de deux nombres de même signe est positif, de signes contraires est négatif.
Méthode
Dresser le tableau de signes d'un produit .
Exemple
Étudions le signe de .
Conclusion : est strictement positif pour , strictement négatif pour , et nul en et en .
La règle des signes d'un quotient est la même que celle d'un produit. Une différence essentielle, cependant : un dénominateur ne s'annule jamais. La valeur qui l'annule est interdite, et se signale dans le tableau par une double barre .
Exemple
Étudions le signe de . L'expression n'existe que si , c'est-à-dire : la valeur est interdite.
Le quotient s'annule en (zéro du numérateur), et n'existe pas en (zéro du dénominateur, double barre).
Le tableau de signes transforme la résolution d'une inéquation produit ou quotient en une simple lecture.
Méthode
Résoudre une inéquation à l'aide d'un tableau de signes.
Exemple
Résolvons . Le tableau dressé plus haut montre que le produit est positif ou nul exactement entre ses deux zéros, inclus puisque l'inégalité est large :
Exemple
Résolvons . Surtout pas de « racine carrée des deux membres » qui donnerait : c'est faux, car alors que . On applique la méthode :
Le produit est négatif ou nul entre et : .
Exemple
Résolvons . Le tableau du quotient, dressé plus haut, donne un signe avant et après . La borne est incluse (le quotient s'y annule, et l'inégalité est large) ; la borne est exclue (valeur interdite, double barre) :
Remarque
Ces tableaux de signes sont un investissement : ils resserviront constamment, en seconde puis au cycle terminal. Le lien entre le signe d'une expression et la notion de fonction sera fait plus tard dans l'année.
Dernière famille d'équations du chapitre : celles où l'inconnue figure au dénominateur. Puis nous mettrons tous les outils du chapitre au service de la résolution de problèmes concrets.
Définition
Soit une expression quotient . Les valeurs de qui annulent le dénominateur sont les valeurs interdites de l'expression. L'ensemble des valeurs de pour lesquelles l'expression existe — tous les réels privés des valeurs interdites — est son ensemble de définition.
Exemple
L'expression a pour valeur interdite (car ) : son ensemble de définition est . L'expression , elle, n'a aucune valeur interdite : pour tout réel , le dénominateur ne s'annule jamais, et l'ensemble de définition est .
Propriété
Un quotient est nul si et seulement si son numérateur est nul et son dénominateur ne l'est pas :
Méthode
Résoudre une équation quotient . Acquis depuis : collège.
Exemple
Résolvons . Valeur interdite : . Le numérateur s'annule pour , soit . Comme , cette valeur est licite : .
Exemple
Résolvons . Valeur interdite : . Le numérateur s'annule pour , soit ou . Mais est interdite : elle n'est pas une solution, même si elle annule le numérateur. Il reste . Voilà pourquoi la condition « » de la propriété n'est pas décorative !
Et si le second membre n'est pas nul ? On s'y ramène.
Méthode
Résoudre .
Exemple
Résolvons . La valeur interdite est . Pour :
Comme , la solution est licite : . Vérification : et , or — l'égalité est bien vérifiée.
Remarque
Multiplier directement les deux membres par (« produit en croix ») donne le même calcul, à condition d'avoir d'abord écarté la valeur interdite : on ne multiplie une équation que par une quantité non nulle. La rédaction doit toujours mentionner la valeur interdite avant de transformer l'équation.
Les équations et inéquations ne servent pas qu'à s'entraîner en algèbre : elles sont l'outil universel pour résoudre des problèmes concrets, dès qu'on sait traduire l'énoncé en langage mathématique.
Méthode
Modéliser et résoudre un problème.
Exemple
Un cinéma propose deux tarifs : la place à l'unité coûte €, ou bien une carte d'abonnement annuelle à € avec laquelle chaque place ne coûte plus que €. À partir de combien de séances dans l'année la carte est-elle avantageuse ?
Remarque
L'étape 4 est celle qui distingue un calcul juste d'une réponse juste : la résolution algébrique fournit un ensemble de solutions, le contexte dit lesquelles ont un sens. C'est ce va-et-vient entre situation concrète et calcul — la modélisation — que les prochains chapitres ne cesseront d'enrichir.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.