2ⁿᵈᵉ · Chapitre 03 · Nombres et calculs, algèbre
Calcul littéral et puissances
Puissances entières, racines carrées, √a² = |a|, identités remarquables, expressions fractionnaires.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Puissances entières
- Racines carrées
- √a² = |a|
- Identités remarquables
- Expressions fractionnaires
Aux deux premiers chapitres, les lettres ont déjà rendu de grands services : écrire pour dire qu'un entier est pair (chapitre 1), ou définir la valeur absolue en distinguant deux cas (chapitre 2), c'est déjà du calcul littéral — un calcul où les lettres représentent des nombres. Ce chapitre installe la boîte à outils complète : les puissances d'exposant entier relatif, les racines carrées avec leurs vraies règles (et leurs pièges !), les identités remarquables qui permettent de développer et de factoriser en un clin d'œil, et l'art de transformer une formule pour en extraire la variable qui nous intéresse. Comme au chapitre 2, plusieurs démonstrations de ce chapitre sont exigibles : il faut savoir les refaire.
Puissances d'exposant entier relatif
Écrire est long et illisible. La notation puissance, rencontrée au collège, condense ce produit en . On commence par la rappeler, avant de l'étendre à des exposants négatifs — une nouveauté de ce chapitre.
Définition
Soit un nombre réel et un entier naturel non nul. La puissance (lire « puissance » ou « exposant ») est le produit de facteurs tous égaux à :
Le nombre est l'exposant. En particulier ; le nombre est le carré de et son cube.
Exemple
- .
- . Attention : ! Sans parenthèses, l'exposant ne porte que sur , pas sur le signe.
- .
- : un suivi de quatre zéros.
Peut-on donner un sens à , ou à ? Oui, en prolongeant la logique du tableau des puissances : chaque fois que l'exposant diminue de , la puissance est divisée par . En continuant au-delà de , on obtient naturellement , puis , et ainsi de suite.
Définition
Soit un réel non nul et un entier naturel non nul. On pose :
La puissance est ainsi définie pour tout exposant entier relatif .
Exemple
- .
- .
- et : tout nombre non nul élevé à la puissance donne .
- : c'est l'inverse de .
Remarque
- Pourquoi exiger ? Parce que serait égal à , et la division par zéro est interdite. On garde pour , mais l'écriture n'est pas définie.
- Un exposant négatif ne rend pas le résultat négatif ! est un nombre positif : le signe dans l'exposant signifie « inverse », pas « opposé ».
Les règles de calcul sur les puissances
Tout l'intérêt des puissances vient de leurs règles de calcul : elles transforment des produits et des quotients en simples additions et soustractions d'exposants.
Propriété
Soient et deux réels non nuls, et deux entiers relatifs.
| Règle | Exemple |
|---|---|
Ces règles se comprennent en comptant les facteurs. Par exemple, pour la première :
On admet qu'elles restent valables pour des exposants négatifs — c'est d'ailleurs tout l'intérêt de la définition de : elle a été choisie exactement pour cela.
Exemple
Avec des nombres, puis avec des lettres :
- .
- .
- .
- (pour ).
- : un nombre et son inverse se « neutralisent ».
Remarque
Les deux premières règles exigent la même base ; les deux dernières exigent le même exposant. Ainsi (même exposant), mais ne se simplifie par aucune règle : il faut le calculer tel quel.
Puissances de et écriture scientifique
Les puissances de sont les plus utilisées de toutes : elles structurent notre système décimal et servent, en sciences, à écrire les très grands et les très petits nombres. Réactivons ce qui a été vu au collège.
Propriété
Pour tout entier naturel non nul :
- s'écrit suivi de zéros : , (un million) ;
- s'écrit avec le en -ième position après la virgule : .
Toutes les règles de calcul s'appliquent : , , .
Définition
L'écriture scientifique d'un nombre est son écriture sous la forme
où est un décimal ayant un seul chiffre, non nul, avant la virgule (autrement dit pour un nombre positif) et un entier relatif.
Exemple
- .
- .
- La vitesse de la lumière vaut environ m/s, soit m/s.
- La masse d'un électron vaut environ kg : sans les puissances de , il faudrait écrire trente zéros après la virgule.
Méthode
Simplifier une expression comportant des puissances.
- On applique d'abord les règles sur les parenthèses : et .
- On regroupe les puissances de même base, en ajoutant les exposants des facteurs et en soustrayant ceux des dénominateurs.
- On termine le calcul, en revenant si besoin à une écriture sans exposant négatif.
Exemples travaillés :
- .
- (pour ).
- .
Racines carrées
Au chapitre 2, le nombre est apparu comme la diagonale du carré de côté , et on a démontré qu'il est irrationnel. Il est temps d'étudier les racines carrées pour elles-mêmes : définition précise, règles de calcul — et surtout ce qu'elles ne permettent pas de faire.
Définition
Soit un réel positif ou nul. La racine carrée de , notée , est le nombre positif dont le carré vaut :
Le symbole est le radical ; le nombre écrit dessous est le radicande.
Exemple
- , car et .
- et .
- , car .
- : ce nombre existe (on peut le construire géométriquement), mais il est irrationnel — aucune écriture décimale ou fractionnaire n'est exacte.
Remarque
- Deux nombres ont pour carré : ce sont et . Mais la notation désigne uniquement le positif : , jamais . C'est le mot « le » de la définition : la racine carrée est unique.
- Pour , l'écriture n'existe pas : un carré de réel n'est jamais négatif, donc aucun réel n'a pour carré . Écrire « » n'a pas de sens.
La racine carrée d'un carré
Que vaut ? La tentation est grande de répondre « , évidemment » — et c'est faux en général. C'est ici que la valeur absolue du chapitre 2 refait surface.
Propriété
Pour tout réel (positif ou négatif) :
En effet, distinguons deux cas, comme dans la définition de la valeur absolue :
- si : le nombre est positif et son carré vaut , donc ;
- si : le nombre est positif et , donc .
Dans les deux cas, on retrouve la valeur absolue de .
Exemple
- — et non ! La racine carrée « efface le signe ».
- : quand le nombre est positif, tout se passe bien.
- Si , alors , qui est différent de .
Moralité : simplifier en n'est légitime que si l'on sait que est positif. Sinon, la seule écriture toujours correcte est .
Racine carrée d'un produit, d'un quotient
Comment calculer avec les racines carrées ? Deux règles, analogues à , permettent de « couper » une racine en morceaux. La première fait l'objet d'une démonstration exigible.
Propriété
Pour tous réels positifs et :
Démonstration (exigible). Par définition, est l'unique nombre positif dont le carré vaut . Pour montrer que lui est égal, il suffit donc de vérifier que possède ces deux propriétés.
- Il est positif. Par définition de la racine carrée, et ; le produit de deux nombres positifs est positif, donc .
- Son carré vaut . D'après la règle vue dans la première partie :
Le nombre est positif et son carré vaut : c'est donc la racine carrée de , autrement dit .
Propriété
Pour tous réels et :
Cette propriété se démontre exactement comme la précédente : le quotient est positif, et son carré vaut d'après la règle .
Méthode
Simplifier une racine carrée.
- On fait apparaître dans le radicande le plus grand carré parfait possible en facteur ( ; ; ; ; ; ; ; ; …).
- On applique , et on calcule la racine du carré parfait.
Exemples travaillés :
- .
- .
- Pour une somme, on simplifie d'abord chaque racine : . Le dernier regroupement fonctionne comme : c'est le calcul littéral au service du calcul numérique.
Racine carrée d'une somme : attention !
Puisque la racine « se distribue » sur les produits et les quotients, on serait tenté d'écrire . C'est faux, et un simple exemple le prouve.
Exemple
Comparons et :
Comme , on conclut : en général, . La racine carrée d'une somme n'est pas la somme des racines carrées.
On peut dire mieux : le « bon » résultat est toujours plus petit. Pour le démontrer, on utilise un principe de comparaison que l'on admet ici.
Propriété
Deux nombres positifs sont rangés dans le même ordre que leurs carrés : si et , alors
On admet pour l'instant cette propriété, très intuitive (agrandir un nombre positif agrandit son carré) ; les outils pour la démontrer seront mis en place au chapitre 4. Elle permet de comparer deux nombres positifs en comparant leurs carrés — ce qui est souvent plus simple quand des racines carrées sont en jeu.
Propriété
Si et , alors
Démonstration (exigible). Les deux nombres et sont positifs. D'après la propriété précédente, il suffit de comparer leurs carrés.
- D'une part, par définition de la racine carrée : .
- D'autre part, par double distributivité :
Or et , donc et . Ainsi
Les carrés sont rangés dans cet ordre, et les deux nombres comparés sont positifs : on conclut que .
Méthode
Rendre entier le dénominateur d'un quotient.
Quand un dénominateur contient une racine carrée, on multiplie le numérateur et le dénominateur par cette racine : au dénominateur apparaît alors , qui est entier.
Exemples travaillés :
- .
- .
Cette écriture facilite les calculs à la main : il est plus simple d'évaluer que de diviser par
Identités remarquables
Certains produits reviennent si souvent en calcul littéral qu'il faut connaître leur développement par cœur : ce sont les identités remarquables. Elles se lisent dans les deux sens — de gauche à droite pour développer, de droite à gauche pour factoriser — et rendent aussi de grands services en calcul mental. Rappelons d'abord l'outil de base, vu au collège.
Propriété
Pour tous réels , , , , :
- distributivité simple : ;
- double distributivité : .
Propriété
Pour tous réels et :
- ;
- ;
- .
Démonstration (exigible). Commençons par une preuve géométrique de la première identité, dans le cas où et sont positifs. Considérons un carré de côté : son aire vaut . Découpons-le en quatre morceaux en partageant chaque côté en un segment de longueur et un segment de longueur :
On obtient un carré de côté (aire ), un carré de côté (aire ) et deux rectangles de côtés et (aire chacun). L'aire totale est la somme des aires des morceaux :
Cette image explique la formule, mais suppose et positifs (ce sont des longueurs). La preuve algébrique, par double distributivité, est valable pour tous les réels :
Les deux autres identités se démontrent de la même façon :
Remarque
Le piège classique : en général ! Par exemple alors que . La différence, c'est le double produit , bien visible sur la figure : ce sont les deux rectangles. Élever au carré ne se « distribue » pas sur l'addition — pas plus que la racine carrée, comme on vient de le voir.
Méthode
Développer avec une identité remarquable.
- On identifie les rôles de et de dans l'expression.
- On applique la formule, en calculant soigneusement le double produit.
Exemples travaillés :
- .
- .
- .
Méthode
Factoriser avec une identité remarquable.
On lit les identités de droite à gauche. Deux situations à reconnaître :
- Trois termes dont deux carrés : on teste ou , en vérifiant le double produit.
- Une différence de deux carrés : .
Exemples travaillés :
- : on reconnaît , le double produit est correct, donc .
- .
- : le nombre n'est pas un carré parfait, mais grâce aux racines carrées, c'est tout de même un carré : . Donc
Les racines carrées élargissent considérablement le champ des factorisations possibles.
Exemple
Calcul mental astucieux. Les identités remarquables permettent de calculer de tête des produits en apparence difficiles :
- ;
- ;
- .
Expressions algébriques et expressions fractionnaires
Développer, factoriser, réduire : trois verbes qui décrivent les transformations d'une expression littérale. Précisons ce vocabulaire, puis étendons-le aux expressions où la lettre figure au dénominateur.
Définition
- Développer une expression, c'est l'écrire sous forme de somme (de termes).
- Factoriser une expression, c'est l'écrire sous forme de produit (de facteurs).
- Réduire une expression développée, c'est regrouper les termes « semblables » (les termes en ensemble, les termes en ensemble, les constantes ensemble).
Exemple
Développons et réduisons .
Deux points de vigilance : l'identité remarquable pour , et le signe devant la parenthèse, qui change tous les signes à l'intérieur.
Exemple
Pour factoriser, on cherche d'abord un facteur commun, puis une identité remarquable :
- : le facteur commun est .
- : le facteur commun est toute la parenthèse .
Expressions fractionnaires
Quand la lettre apparaît au dénominateur, une précaution s'impose avant tout calcul : un dénominateur ne doit jamais être nul. On écarte donc les valeurs de qui l'annulent avant de transformer l'expression.
Exemple
Simplifions .
Cette expression n'a de sens que si , c'est-à-dire pour . Sous cette condition, on factorise le numérateur (différence de deux carrés) puis on simplifie :
La mention « pour » fait partie de la réponse : sans elle, l'égalité est incorrecte, puisque le membre de gauche n'existe pas en alors que celui de droite existe.
Exemple
Écrivons sous la forme d'un seul quotient.
L'expression a un sens si et . On met les deux fractions au même dénominateur , comme pour un calcul de fractions numériques :
Remarque
Les valeurs écartées ( dans le premier exemple, et dans le second) sont souvent appelées valeurs interdites de l'expression. Ce repérage restera un réflexe indispensable ; le vocabulaire précis pour désigner l'ensemble des valeurs autorisées sera introduit au chapitre suivant.
Transformer une formule
Les sciences et la géométrie regorgent de formules : en électricité, pour un mouvement uniforme, pour l'aire d'un disque… Une formule est une égalité littérale, et elle est toujours écrite « dans un sens ». Or on a souvent besoin de l'autre sens : connaissant la distance et la vitesse, retrouver la durée. Transformer une formule pour isoler la variable cherchée, c'est encore du calcul littéral.
Méthode
Isoler une variable dans une formule.
- On repère la variable à isoler et les opérations qui la « recouvrent ».
- On les défait une à une, en effectuant la même opération sur les deux membres de l'égalité : ajouter ou soustraire un même terme, multiplier ou diviser par une même quantité non nulle, prendre la racine carrée d'une quantité positive.
- On termine quand la variable est seule dans un membre.
Exemple
Sur des formules simples (les quantités physiques en jeu sont non nulles) :
- : pour isoler , on divise les deux membres par , d'où .
- : pour isoler , on divise par la durée , d'où .
- (volume d'un pavé droit) : pour isoler , on divise par , d'où .
Exemple
Relation du premier degré. Soient , , des réels avec , liés à par la relation . Exprimons en fonction de , et :
- on soustrait aux deux membres : ;
- on divise les deux membres par (non nul) : .
Exemple
Exemple travaillé complet : le cylindre. Le volume d'un cylindre de rayon et de hauteur vaut .
Isolons . On divise les deux membres par (non nul, car ) :
Application : une canette de volume cm et de rayon cm a pour hauteur cm (arrondi au millimètre, cohérent avec la précision des données — voir le chapitre 2).
Isolons maintenant dans la formule de l'aire du disque . En divisant par :
Le rayon est une longueur, donc un nombre positif dont le carré vaut : par définition de la racine carrée, c'est exactement
Application : pour un disque d'aire cm, on obtient cm.
Remarque
Dans la dernière étape, c'est bien la définition de la racine carrée qui autorise à écrire : on sait que est positif. Pour un réel de signe inconnu, on retomberait sur la subtilité vue plus haut.
Choisir la forme la plus adaptée
Une même expression peut s'écrire sous plusieurs formes : développée réduite, factorisée, ou autre. Aucune n'est « meilleure » dans l'absolu — chacune rend certains calculs immédiats et d'autres pénibles. Savoir choisir la forme adaptée à l'objectif est une compétence centrale du calcul littéral.
Méthode
Choisir la forme d'une expression selon l'objectif.
- Pour calculer la valeur de l'expression en un nombre simple (comme ) : la forme développée réduite est souvent la plus rapide.
- Pour montrer qu'une valeur de l'expression est nulle, ou pour un calcul mental astucieux : la forme factorisée est reine (un produit est nul dès qu'un facteur l'est ; un produit se prête aux identités remarquables).
- Pour comparer l'expression à une autre ou repérer sa structure : on choisit la forme qui fait apparaître le lien cherché.
Exemple
Considérons l'expression . Donnons-en deux autres formes.
- Forme développée réduite : .
- Forme factorisée : est une différence de deux carrés, .
Utilisons maintenant chaque forme là où elle excelle :
- valeur en : la forme développée donne immédiatement ;
- valeur en : la forme factorisée donne , sans aucun calcul ;
- valeur en : la forme initiale donne d'un coup d'œil ;
- valeur en : la forme factorisée donne — un calcul mental, grâce à l'identité !
Trois formes, quatre calculs, et à chaque fois une forme rend le travail trivial : avant de calculer, il faut choisir son outil.
Un algorithme : la première puissance qui dépasse un seuil
Quand , les puissances , , , sont de plus en plus grandes, et finissent par dépasser n'importe quel seuil. Question naturelle : à partir de quel exposant ? Par exemple, quelle est la première puissance de qui dépasse un million ? Comme pour l'encadrement de au chapitre 2, on avance pas à pas jusqu'à franchir le seuil — mais ici, le « pas » est une multiplication par .
q = 2 # base : nombre strictement superieur a 1
M = 10**6 # seuil a depasser (un million)
n = 0 # exposant courant
p = 1 # valeur de q**n (au depart, q**0 = 1)
while p <= M: # tant que la puissance ne depasse pas le seuil...
n = n + 1 # ... on passe a l'exposant suivant
p = p * q # ... et la puissance est multipliee par q
print(n) # premier exposant tel que q**n > M : affiche 20
print(p) # valeur de cette puissance : affiche 1048576
Expliquons le fonctionnement :
- les variables
netpévoluent ensemble : à chaque instant,pcontient la valeur de (au départ, et ) ; - la boucle
whilerépète ses deux instructions tant que la conditionp <= Mest vraie : passer à l'exposant suivant, c'est multiplier la puissance par (c'est la règle ) ; - la boucle s'arrête à la première valeur de
pqui dépasse strictement le seuil : à ce moment, , alors que la puissance précédente vérifiait encore ; - comme , les puissances croissent sans limite : la boucle est certaine de s'arrêter.
Pour et , le programme affiche puis . Autrement dit :
La première puissance de qui dépasse le million est donc .
Remarque
Et si ? Les puissances successives sont alors de plus en plus petites et se rapprochent de : la bonne question devient « quelle est la première puissance inférieure à un seuil ? ». Il suffit d'inverser la condition de la boucle, en écrivant while p >= M:. Par exemple, pour et , le programme modifié affiche : on a tandis que .
Bloqué sur « Calcul littéral et puissances » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.