4ᵉ · Chapitre 03 · Nombres et calculs

Puissances

Puissances de 10 (exposants positifs et négatifs), puissances d'exposant positif d'un nombre quelconque, notation scientifique, ordres de grandeur.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Puissances de 10 (exposants positifs et négatifs)
  • Puissances d'exposant positif d'un nombre quelconque
  • Notation scientifique
  • Ordres de grandeur

En cinquième, tu as découvert le carré et le cube d'un nombre. Cette année, on généralise l'idée à n'importe quel exposant, et on met cette écriture au service d'un vrai défi : écrire commodément les nombres immenses (la distance d'une étoile, le nombre d'atomes dans un grain de sable) comme les nombres minuscules (la taille d'un virus, l'épaisseur d'un brin d'ADN). Les puissances de 10 et la notation scientifique sont le langage quotidien des physiciens, des astronomes et des biologistes : à la fin de ce chapitre, tu le parleras aussi.

Puissances d'un nombre : l'exposant compte les facteurs

Définition

Soit a un nombre et n un entier supérieur ou égal à 1. La puissance n-ième de a, notée an, est le produit de n facteurs tous égaux à a :

an=a×a××an facteurs.

L'écriture an se lit « a exposant n ». Le nombre a s'appelle la base, le nombre n s'appelle l'exposant. Cas particuliers : a1=a (un seul facteur), a2 est le carré de a et a3 son cube, comme en cinquième.

Exemple

Avec des entiers. 25=2×2×2×2×2=32 et 34=3×3×3×3=81.

Avec des décimaux. 1,52=1,5×1,5=2,25 et 0,23=0,2×0,2×0,2=0,008.

Avec des relatifs. (3)2=(3)×(3)=9, mais (2)3=(2)×(2)×(2)=8. Le signe du résultat n'est pas toujours le même : on y revient juste en dessous.

Rappelle-toi le piège vu en cinquième : l'exposant ne se multiplie pas, il compte les facteurs. Ainsi 25=32, et surtout pas 2×5=10.

Que devient le signe quand la base est négative ? Tu as appris au chapitre 1 que le signe d'un produit dépend de la parité du nombre de facteurs négatifs. Or dans (2)n, tous les facteurs sont négatifs : il y en a exactement n. Observe :

(2)1=2(2)2=4(2)3=8(2)4=16(2)5=32.

Propriété

Signe d'une puissance d'un nombre négatif (observé sur les exemples). Si a est un nombre négatif :

  • lorsque l'exposant n est pair, la puissance an est positive ;
  • lorsque l'exposant n est impair, la puissance an est négative.

Une puissance d'un nombre positif, elle, est toujours positive.

Attention au piège le plus redoutable du chapitre : 24 et (2)4 ne sont pas le même nombre ! Dans (2)4, les parenthèses indiquent que c'est le nombre 2 qui est élevé à la puissance 4 : le résultat vaut 16. Dans 24, sans parenthèses, la puissance est prioritaire : on calcule d'abord 24=16, puis on prend l'opposé, et 24=16. Une paire de parenthèses, deux résultats opposés.

Exemple

Simplifier l'écriture d'un produit. La notation puissance sert d'abord à raccourcir les écritures : 7×7×7×7×7=75, et (5)×(5)×(5)=(5)3.

Elle fonctionne aussi quand les facteurs sont déjà groupés. Dans 32×34, on recompte les facteurs : 32×34=(3×3)×(3×3×3×3), soit 6 facteurs égaux à 3 en tout, donc 32×34=36.

Propriété

Priorités opératoires. Dans un calcul, les puissances se calculent avant les multiplications, les divisions, les additions et les soustractions. Les parenthèses restent prioritaires sur tout.

Exemple

Calculer A=5×23. La puissance d'abord : 23=8, puis A=5×8=40. Sans cette règle, on trouverait 103=1000 : résultat faux.

Calculer B=(5×2)3. Les parenthèses d'abord : 5×2=10, puis B=103=1000. Compare avec A : la place des parenthèses change tout.

Calculer C=1003×24. La puissance : 24=16 ; la multiplication : 3×16=48 ; la soustraction : C=10048=52.

Les puissances de 10 : du très grand…

Tu connais déjà 102=100 et 103=1000. La règle se prolonge sans surprise : chaque facteur 10 supplémentaire ajoute un zéro.

Propriété

Pour tout entier n1, la puissance 10n s'écrit 1 suivi de n zéros :

10n=10×10××10n facteurs=100n zeˊros.

En particulier : 103=1000 (mille), 106=1000000 (un million) et 109=1000000000 (un milliard).

Exemple

105=100000 et 107=10000000. Dans l'autre sens : 10000=104. Et la population mondiale, environ huit milliards d'humains, s'écrit 8×109 : huit fois un milliard.

Et 100, qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ? « Un produit de zéro facteur » n'a pas de sens évident. Pour le découvrir, descendons l'escalier des puissances de 10 : quand l'exposant diminue de 1, le nombre est divisé par 10 :

103=1000102=100101=10.

Chaque étape divise par 10. Pour que l'escalier continue sans accroc, l'étage suivant doit valoir 10÷10, c'est-à-dire 1.

Propriété

100=1.

C'est la seule valeur qui prolonge la règle « diminuer l'exposant de 1, c'est diviser par 10 ».

… au très petit : les exposants négatifs

Rien ne nous oblige à nous arrêter à 100 : continuons à descendre l'escalier en divisant par 10 à chaque marche. Après 100=1 vient 1÷10=0,1, puis 0,1÷10=0,01, et ainsi de suite. On note ces nouveaux étages avec des exposants négatifs :

101=0,1102=0,01103=0,001.

Définition

Pour tout entier n1, on définit :

10n=110n.

Son écriture décimale est 0,001, où le chiffre 1 occupe le n-ième rang après la virgule. Par exemple 103=11000=0,001 : le 1 est au troisième rang, celui des millièmes.

Voici le panorama complet, de l'infiniment petit au très grand. D'abord les exposants négatifs :

Puissance Écriture décimale Nom
109 0,000000001 un milliardième
108 0,00000001 un cent-millionième
107 0,0000001 un dix-millionième
106 0,000001 un millionième
105 0,00001 un cent-millième
104 0,0001 un dix-millième
103 0,001 un millième
102 0,01 un centième
101 0,1 un dixième

Puis les exposants positifs (et zéro) :

Puissance Écriture décimale Nom
100 1 un
101 10 dix
102 100 cent
103 1000 mille
104 10000 dix mille
105 100000 cent mille
106 1000000 un million
107 10000000 dix millions
108 100000000 cent millions
109 1000000000 un milliard

Tu retrouveras plusieurs de ces puissances à la fin du chapitre : ce sont elles qui se cachent derrière les préfixes nano, micro, milli, kilo, méga et giga des unités de mesure.

Calculer avec les puissances de 10

Multiplier deux puissances de 10, c'est mettre bout à bout leurs facteurs. Par exemple 103×102=(10×10×10)×(10×10)=105 : les exposants s'ajoutent, 3+2=5. Cette observation, et ses cousines pour le quotient et la puissance de puissance, valent pour tous les exposants, y compris négatifs.

Propriété

Règles de calcul sur les puissances de 10. Pour tous entiers relatifs m et n :

10m×10n=10m+n10m10n=10mn(10m)n=10m×n.

En résumé : un produit ajoute les exposants, un quotient les soustrait, une puissance de puissance les multiplie.

Exemple

Des produits. 104×103=104+3=107, et avec un exposant négatif : 105×108=105+(8)=103.

Des quotients. 108102=1082=106, et 102106=1026=104. Attention aux signes : 103105=103(5)=102.

Des puissances de puissances. (103)2=103×2=106, et (102)3=102×3=106.

Dernier outil de calcul : multiplier un nombre décimal par une puissance de 10. Tu le fais depuis la sixième avec 10, 100 et 1000 ; les exposants négatifs prolongent simplement le geste dans l'autre sens.

Méthode

Multiplier un décimal par 10n : décaler la virgule.

  1. Si n est positif, on décale la virgule de n rangs vers la droite (le nombre devient plus grand). On complète par des zéros si les chiffres manquent.
  2. Si n est négatif, on décale la virgule vers la gauche, d'autant de rangs que l'indique l'exposant (le nombre devient plus petit). Là aussi, on complète par des zéros.

Exemple

Vers la droite. 3,25×103=3250 (trois rangs vers la droite, un zéro ajouté) et 7,4×105=740000.

Vers la gauche. 631×104=0,0631 (quatre rangs vers la gauche) et 5,8×102=0,058.

La notation scientifique

La distance de la Terre au Soleil vaut environ 150000000 km ; le diamètre d'un virus, environ 0,00000012 m. Ces écritures sont pénibles à lire, à comparer, et propices aux erreurs de zéros. Les scientifiques utilisent une écriture normalisée qui règle le problème.

Définition

Un nombre positif est écrit en notation scientifique lorsqu'il est sous la forme

a×10n,

a est un nombre décimal vérifiant 1a<10 (c'est-à-dire ayant un seul chiffre, non nul, avant la virgule) et n est un entier relatif. L'exposant n indique l'ordre de grandeur du nombre.

Exemple

Un très grand nombre. 150000000=1,5×108 : la distance Terre-Soleil est d'environ 1,5×108 km.

Un très petit nombre. 0,00000012=1,2×107 : le diamètre du virus est d'environ 1,2×107 m.

Méthode

Écrire un nombre en notation scientifique.

  1. On repère le premier chiffre non nul du nombre et on place la virgule juste après lui : cela donne le nombre a, avec 1a<10.
  2. On compte de combien de rangs la virgule a été déplacée : ce compte donne l'exposant, au signe près.
  3. On choisit le signe de l'exposant : positif si le nombre de départ vaut 10 ou plus (la virgule a reculé vers la gauche), négatif si le nombre de départ est plus petit que 1 (la virgule a avancé vers la droite).

Exemple 1 : 52700000. Premier chiffre non nul : 5, donc a=5,27. La virgule a été déplacée de 7 rangs, et le nombre de départ dépasse 10 : 52700000=5,27×107.

Exemple 2 : 0,00046. Premier chiffre non nul : 4, donc a=4,6. La virgule a été déplacée de 4 rangs, et le nombre de départ est plus petit que 1 : 0,00046=4,6×104.

Méfie-toi des imitations : toute écriture avec une puissance de 10 n'est pas une notation scientifique ! Par exemple 35×104 n'en est pas une, car 35 n'est pas compris entre 1 et 10 ; la notation scientifique de ce nombre est 3,5×105. De même 0,7×103 n'en est pas une, car 0,7<1 : on écrit 7×104.

Méthode

Comparer deux nombres positifs écrits en notation scientifique.

  1. On compare d'abord les exposants : le nombre qui a le plus grand exposant est le plus grand. (Rappel sur les négatifs : 4>6.)
  2. Si les exposants sont égaux, on compare les nombres a (les parties décimales devant la puissance).

Exemple

Comparer 9,8×106 et 1,2×107. Les exposants : 7>6, donc 1,2×107>9,8×106, même si 9,8>1,2. L'exposant l'emporte toujours.

Comparer 3,4×105 et 2,9×105. Mêmes exposants : on compare 3,4 et 2,9, donc 3,4×105>2,9×105.

Comparer 5×104 et 2×103. Comme 3>4, on a 2×103>5×104. Vérification en écriture décimale : 0,002>0,0005.

Ordres de grandeur et préfixes : de nano à giga

Les puissances de 10 sont si pratiques que les unités de mesure les ont intégrées dans leur vocabulaire : ce sont les préfixes. Tu en connais déjà (centimètre, kilogramme) ; en voici la famille complète, de nano à giga.

Préfixe Symbole Signification Exemple
nano n 109 l'ADN a un diamètre d'environ 2 nm
micro μ 106 une bactérie mesure environ 1 μm
milli m 103 une fourmi mesure quelques mm
centi c 102 ta règle est graduée en cm
kilo k 103 un kilomètre vaut 103 m
méga M 106 une photo pèse quelques Mo
giga G 109 une clé USB stocke 64 Go

Ainsi, dire qu'un brin d'ADN mesure 2 nm, c'est dire qu'il mesure 2×109 m : le préfixe transporte la puissance de 10.

Définition

Un ordre de grandeur d'un nombre est une puissance de 10 (éventuellement multipliée par un petit nombre simple) proche de ce nombre. Il ne s'agit pas d'une valeur exacte, mais d'une estimation qui donne « la taille » du nombre. Par exemple, la distance Terre-Lune vaut 384400 km : un ordre de grandeur est 4×105 km.

Exemple

Combien de secondes dans une vie de 80 ans ? Une année compte 365×24×3600=31536000 secondes, soit environ 3×107 secondes. Et 80=8×101. Un ordre de grandeur du nombre cherché est donc

8×101×3×107=24×108=2,4×109.

Une vie humaine dure environ 2,4 milliards de secondes : quelques milliards, de l'ordre de 109. Remarque la démarche : on remplace chaque donnée par un ordre de grandeur, et les règles de calcul sur les puissances de 10 font le reste.

Pour la culture : compter les grains de sable de l'univers

Au troisième siècle avant J.-C., le grand savant grec Archimède s'attaque à un défi fou dans un court traité intitulé L'Arénaire (« le compteur de sable ») : combien faudrait-il de grains de sable pour remplir l'univers tout entier ? Le problème n'est pas seulement de compter, c'est d'écrire le résultat : le système de numération grec s'arrêtait à la myriade de myriades, c'est-à-dire cent millions, autant dire rien du tout à cette échelle. Archimède invente alors son propre système pour nommer des nombres gigantesques, en empilant les étages de myriades les uns sur les autres, et démontre que son univers contiendrait moins de ce que nous écririons aujourd'hui 1063 grains de sable. Une ligne en notation moderne, là où il lui fallut inventer toute une machinerie ! Les astronomes d'aujourd'hui continuent de vivre dans ces altitudes vertigineuses : on estime par exemple que l'univers observable contient environ 1080 atomes, et c'est bien grâce aux puissances de 10 que ce nombre tient en quatre caractères.

Bloqué sur « Puissances » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.