PC · Chapitre 06
Variables aléatoires discrètes
Ensembles dénombrables, familles sommables, espaces probabilisés, variables discrètes et lois usuelles, espérance, variance, fonctions génératrices, loi faible des grands nombres.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Ensembles dénombrables
- Familles sommables
- Espaces probabilisés
- Variables discrètes et lois usuelles
- Espérance
- Variance
- Fonctions génératrices
- Loi faible des grands nombres
En PCSI, le calcul des probabilités tenait dans un cadre confortable : l'univers était fini, une probabilité était entièrement décrite par les nombres , et toute somme comportait un nombre fini de termes. On y a appris à modéliser une expérience aléatoire, à dénombrer les issues favorables, à reconnaître la loi uniforme , la loi de Bernoulli et la loi binomiale , à calculer une espérance et une variance, et à majorer un écart à la moyenne par l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Tout cela reste utilisable sans réserve : ce chapitre étend la première année, il ne la remplace pas.
Or la plupart des situations intéressantes refusent de tenir dans un univers fini. On lance une pièce jusqu'à obtenir pile : le rang du premier succès peut être arbitrairement grand, donc l'ensemble des valeurs possibles est tout entier. On compte les désintégrations enregistrées pendant une minute, les photons reçus par un détecteur, les clients qui se présentent à un guichet : aucune borne naturelle ne s'impose, et en fixer une artificiellement fausse le modèle. Le passage à un ensemble de valeurs infini dénombrable est une nécessité de modélisation.
Ce passage change trois choses. D'abord, les sommes deviennent infinies, donc susceptibles de diverger : écrire n'a plus de sens automatiquement, et une variable parfaitement légitime peut n'avoir aucune espérance. La première section donne un cadre de calcul sûr à ces sommes, avec une règle simple : quand les termes sont positifs, on manipule librement ; sinon, on vérifie d'abord la sommabilité.
Ensuite, un événement de probabilité nulle n'est plus un événement impossible. Dans un univers fini, équivalait à . Avec une infinité d'épreuves, l'événement « on n'obtient jamais pile » correspond à une issue concevable, et pourtant sa probabilité est nulle. Il faut donc distinguer l'impossible du négligeable, et le certain du presque sûr : c'est cette distinction qui rend correcte la formule des probabilités totales appliquée à un système seulement quasi-complet, situation constante.
Enfin, l'univers cesse d'être explicité. En première année, on écrivait et on comptait. Désormais l'espace reste dans l'ombre : on postule qu'il existe et qu'il porte les variables dont on a besoin, puis on travaille uniquement avec les probabilités des événements et avec les lois. La construction d'espaces probabilisés étant hors programme, on ne vous demandera jamais de fabriquer .
Le plan suit ces contraintes. La première section installe l'outillage de sommation : ensembles au plus dénombrables, familles positives, familles sommables, sommation par paquets, théorème de Fubini, produit de deux sommes. La deuxième construit le cadre, de la tribu aux systèmes quasi-complets. La troisième traite le conditionnement et l'indépendance des événements, avec les trois formules qui servent partout : probabilités composées, probabilités totales, Bayes. La quatrième définit les variables aléatoires discrètes, leur loi, les lois géométrique et de Poisson, puis les couples et les lois marginales. La suite du chapitre traitera de l'indépendance des variables, de l'espérance, de la variance, des fonctions génératrices et de la loi faible des grands nombres.
Ce qui est admis est délimité une fois pour toutes. Tout l'appareil des familles sommables l'est : résultats de dénombrabilité, existence de la somme d'une famille positive, sommation par paquets, linéarité, théorème de Fubini, formule du produit. Aucune de ces propriétés n'est à démontrer, et la dénombrabilité d'un ensemble n'est jamais à établir. Est également admise l'existence d'un espace probabilisé portant les objets dont on a besoin, en particulier une suite illimitée d'épreuves de Bernoulli indépendantes, autrement dit une suite de variables indépendantes et de même loi. Sera enfin admise la réciproque du critère de dérivabilité en de la fonction génératrice, l'implication « dérivable en » donc « d'espérance finie ». Tout le reste est démontré.
Les notations valent pour tout le chapitre. L'espace probabilisé est , les événements sont notés , , , le contraire de est , et deux événements sont incompatibles lorsque . La probabilité conditionnelle est notée de préférence, la notation étant admise. On écrit , , pour les événements associés à une variable , pour l'indicatrice de , et pour dire que suit la loi géométrique de paramètre , avec les mêmes conventions pour , , et . Les ensembles d'indices , sont toujours au plus dénombrables.
Un mot enfin sur le niveau de rigueur, car le programme le fixe : on évite tout excès de rigueur, et on se limite à la vérification des hypothèses cruciales. Une copie justifie la sommabilité quand elle conditionne le calcul, l'indépendance quand elle est utilisée, l'existence d'une espérance quand elle n'est pas acquise, et ne consacre pas trois lignes à rappeler qu'une réunion dénombrable d'événements est un événement. Le cours ci-dessous est entièrement démontré, mais il va droit au but, et vos copies doivent faire de même.
Familles sommables, mode d'emploi
Cette section est un outil, pas un sujet d'étude : le programme précise que ces notions ne feront l'objet d'aucune évaluation spécifique et que leur usage est strictement réservé au contexte probabiliste. Tout y est admis. Il faut en connaître les énoncés, savoir les invoquer, et surtout reconnaître le moment où l'on n'a pas le droit de permuter deux sommes.
Ensembles au plus dénombrables
Définition
Un ensemble est au plus dénombrable lorsqu'il est en bijection avec une partie de , et dénombrable lorsqu'il est en bijection avec lui-même. Un ensemble au plus dénombrable est donc soit fini, soit dénombrable : ses éléments s'énumèrent en une suite ou sans répétition.
Propriété
Résultats admis. Sont au plus dénombrables :
, , , et toute partie de l'un d'eux ;
tout produit cartésien fini d'ensembles au plus dénombrables, en particulier , et ;
toute réunion au plus dénombrable d'ensembles au plus dénombrables ;
toute partie d'un ensemble au plus dénombrable, et son image directe par une application.
Remarque
La dénombrabilité ne se démontre jamais. Son étude est hors programme : on ne vous demandera pas de prouver que est dénombrable, ni que ne l'est pas. L'ensemble d'indices est toujours , , , ou une partie explicite de l'un d'eux : on le constate en une demi-ligne et on passe au calcul.
Exemple
est au plus dénombrable comme partie de , et l'est comme réunion dénombrable d'ensembles finis. En revanche , univers du jeu de pile ou face illimité, n'est pas dénombrable.
Somme d'une famille à valeurs positives
Pour des termes positifs, la somme existe toujours, quitte à valoir , et ne dépend pas de l'ordre dans lequel on additionne.
Définition
Soit au plus dénombrable et une famille d'éléments de . La somme de cette famille est l'élément de défini par
La famille est sommable lorsque cette somme est finie.
Propriété
Pour et , cette somme coïncide avec la somme de la série : elle vaut si la série converge, et sinon.
En particulier, la somme d'une famille positive ne dépend pas de l'ordre d'énumération : on peut sommer ou dans n'importe quel ordre.
Propriété
Croissance. Si pour tout , alors
En particulier, pour et positive, .
Propriété
Sommation par paquets, cas positif. Soit à valeurs dans et une partition de indexée par un ensemble au plus dénombrable. Alors
l'égalité ayant lieu dans , sans aucune hypothèse supplémentaire.
C'est le résultat utile de la section : une famille de nombres positifs se regroupe comme on veut, par lignes, par colonnes, par diagonales, par valeur d'une variable aléatoire, ce qui autorisera sans précaution les manipulations de sommes doubles de probabilités.
Familles sommables de nombres complexes
Définition
Soit au plus dénombrable et une famille de complexes. Elle est sommable lorsque
On peut alors définir sa somme , qui ne dépend pas de l'ordre d'énumération.
Propriété
Lien avec les séries. Pour , la famille est sommable si et seulement si la série est absolument convergente, et alors .
Une série convergente mais non absolument convergente, comme , ne définit donc pas une famille sommable : sa somme dépend de l'ordre des termes, et aucun théorème de cette section ne s'y applique.
Propriété
Domination. Soient une famille de complexes et une famille de réels positifs telles que pour tout . Si est sommable, alors est sommable.
Méthode
Prouver une sommabilité. Trois arguments suffisent : calculer la somme des termes lorsqu'ils sont positifs ; dominer par un terme de somme connue et finie, typiquement avec ou ; ou, pour une famille doublement indexée, calculer , licite sans hypothèse puisque les modules sont positifs.
Les règles de calcul, toutes admises
Propriété
Linéarité. Si et sont sommables et si , alors est sommable et
Si de plus les familles sont réelles et pour tout , alors .
Propriété
Sommation par paquets, cas sommable. Soit sommable et une partition de par un ensemble au plus dénombrable. Alors chaque sous-famille est sommable, la famille de ses sommes l'est aussi, et
Propriété
Théorème de Fubini. Soient et au plus dénombrables et une famille de complexes. Elle est sommable si et seulement si
quantité toujours définie dans . Dans ce cas les deux sommations successives sont licites et donnent le même résultat :
Propriété
Produit de deux sommes. Si et sont sommables, alors est sommable et
Retenir la stratégie en deux temps de Fubini : on établit d'abord la sommabilité sur les modules, puis seulement on permute les sommes. Permuter sans avoir traité les modules est la faute classique du chapitre.
Trois calculs types
Exemple
Série double géométrique. Soient et de modules strictement inférieurs à . Les familles et sont sommables comme séries géométriques absolument convergentes, donc le produit de deux sommes donne
Pour , on obtient en particulier
Exemple
Le même calcul par paquets diagonaux. Le paquet contient couples, chacun apportant dans la famille positive , avec , d'où
valeur que donne aussi le produit des deux sommes.
Exemple
Produit de deux exponentielles. Soient et complexes. Les familles et sont sommables, de sommes et , donc la famille produit est sommable de somme . Regroupons-la par paquets selon :
On a redémontré , et mis en place le calcul qui servira à la stabilité de la loi de Poisson par somme de variables indépendantes.
Le piège de l'interversion
Remarque
Sans sommabilité, les deux sommes itérées peuvent différer. Posons si , si , et sinon, autrement dit des sur la diagonale et des juste en dessous. À fixé, la somme en vaut pour et ensuite ; à fixé, la somme en vaut toujours . Donc
Chaque somme intérieure est pourtant parfaitement définie. L'explication tient en une ligne : la famille contient une infinité de termes de module , donc , elle n'est pas sommable, le théorème de Fubini ne s'applique pas, et le calcul n'a aucune valeur.
En probabilités ce piège se referme rarement, car les quantités manipulées sont positives donc toujours regroupables. Il réapparaît dès que l'on somme des quantités signées, typiquement : c'est pour cela que la définition de l'espérance imposera la sommabilité.
Espace probabilisé
Univers et tribu
Définition
On appelle univers un ensemble non vide , dont les éléments sont les issues possibles de l'expérience aléatoire. Contrairement à la première année, n'est plus supposé fini, ni même dénombrable.
Définition
Une tribu sur est une partie de vérifiant :
;
pour tout , ;
pour toute suite d'éléments de , .
Le couple est un espace probabilisable, et les éléments de sont les événements.
Propriété
Une tribu contient et est stable par toutes les opérations ensemblistes usuelles, finies ou dénombrables : réunion, intersection, différence , différence symétrique.
Démonstration. On a , et pour une suite d'événements, De Morgan donne
événement comme complémentaire d'une réunion dénombrable de complémentaires. Une réunion finie se ramène au cas dénombrable en posant pour grand, une intersection finie en posant , et enfin .
Remarque
La notion de tribu n'appelle aucun autre développement que sa définition. C'est le texte du programme, à prendre au pied de la lettre : pas de tribu engendrée, pas de tribu borélienne, pas de tribu produit, aucun exercice de théorie des tribus. En pratique on ne vérifie jamais qu'une partie de est un événement : tout ce que l'on construit à partir d'événements par les opérations ci-dessus en est un.
Le langage des événements
Propriété
Pour une suite d'événements,
La réunion se lit « au moins un des se réalise », l'intersection « tous les se réalisent ».
Méthode
Traduire les phrases usuelles.
a. « aucun des ne se réalise » s'écrit , contraire de ;
b. « une infinité de se réalisent » s'écrit ;
c. « tous les se réalisent à partir d'un certain rang » s'écrit .
Justification du point b. Dire qu'une infinité d'indices vérifient , c'est dire que l'ensemble de ces indices n'est pas majoré, donc que pour tout il existe tel que : le « pour tout » donne l'intersection extérieure, le « il existe » la réunion intérieure. Le point c s'obtient en échangeant les quantificateurs.
Probabilité
Définition
Une probabilité sur est une application telle que
;
pour toute suite d'événements deux à deux incompatibles,
la série du membre de droite étant nécessairement convergente. C'est la -additivité.
Le triplet est un espace probabilisé.
La -additivité vaut aussi pour toute famille d'événements deux à deux incompatibles avec au plus dénombrable : il suffit d'énumérer , le résultat ne dépendant pas de l'énumération puisque les sont positifs. On écrira donc .
Propriété
Premières propriétés. Soient et deux événements.
, et est additive sur une famille finie d'événements deux à deux incompatibles.
.
, et si alors .
Croissance : si alors .
.
Démonstration. La -additivité appliquée à la suite constante donne , série convergente de terme général constant positif, donc ; l'additivité finie s'en déduit en complétant une famille finie par des . Comme avec , l'additivité donne .
Pour la différence, est la réunion disjointe de et de , d'où ; si , alors . Dans tous les cas , donc entraîne . Enfin est la réunion disjointe de et de , donc
Continuité croissante et continuité décroissante
Ces deux résultats sont le véritable apport de la -additivité : ils calculent la probabilité d'un événement « limite » à partir d'une suite d'approximations.
Propriété
Continuité croissante. Soit une suite croissante d'événements, c'est-à-dire vérifiant pour tout . Alors est croissante et converge, avec
Démonstration. Posons et, pour , .
Ils sont deux à deux incompatibles. Soient : alors par croissance de la suite, tandis que est disjoint de par construction, donc .
Leurs réunions partielles redonnent les . Par récurrence, : c'est vrai au rang , et si c'est vrai au rang alors , puisque . En passant à la réunion totale, .
Conclusion. La -additivité appliquée aux donne
la dernière égalité résultant de l'additivité finie appliquée à . La croissance de vient de celle de .
Propriété
Continuité décroissante. Soit une suite décroissante d'événements, c'est-à-dire vérifiant pour tout . Alors est décroissante et converge, avec
Démonstration. La suite est croissante et par De Morgan, donc la continuité croissante donne
Propriété
Version utilisable pour une suite quelconque. Soit une suite d'événements, sans hypothèse de monotonie. Alors
Démonstration. La suite est croissante de réunion , et la suite est décroissante d'intersection : on applique la continuité croissante à la première, décroissante à la seconde.
Autrement dit, dès qu'un événement s'écrit comme une réunion ou une intersection infinie, on l'approche par les réunions ou intersections finies correspondantes, dont la probabilité se calcule, puis on passe à la limite. C'est la seule technique disponible pour une probabilité portant sur une infinité d'épreuves.
Sous-additivité
Propriété
Sous-additivité. Pour toute suite d'événements, sans hypothèse d'incompatibilité,
l'inégalité étant triviale si la série diverge. De même .
Démonstration. Posons et, pour , . Ces événements sont deux à deux incompatibles : si , alors tandis que est disjoint de . De plus , car tout appartenant à un appartient à , où est le plus petit indice tel que . La -additivité, puis la croissance de jointe à , donnent
Événements négligeables, événements presque sûrs
Définition
Un événement est négligeable lorsque , et presque sûr lorsque . Un événement est presque sûr si et seulement si son contraire est négligeable.
Remarque
Négligeable n'est pas impossible. Dans un univers fini, équivalait à ; ce n'est plus le cas, et « presque sûr » ne veut pas dire « certain ». Cette rupture avec la première année explique l'introduction des systèmes quasi-complets.
Exemple
Ne jamais obtenir pile. On admet l'existence d'un espace probabilisé portant une suite illimitée de lancers indépendants d'une pièce équilibrée, et l'on note l'événement « les premiers lancers donnent face », de probabilité . La suite est décroissante, d'intersection « tous les lancers donnent face », donc par continuité décroissante
Cet événement est négligeable, alors que la suite constante « face, face, face, … » est une issue parfaitement légitime : négligeable sans être impossible.
Propriété
Une réunion au plus dénombrable d'événements négligeables est négligeable. Symétriquement, une intersection au plus dénombrable d'événements presque sûrs est presque sûre.
Démonstration. Soit une suite d'événements négligeables. La sous-additivité donne
donc la réunion est négligeable. Si les sont presque sûrs, les sont négligeables, donc est négligeable et son contraire est presque sûr.
On peut donc écarter simultanément une infinité dénombrable de cas pathologiques sans rien perdre.
Systèmes complets et systèmes quasi-complets
Définition
Une famille d'événements deux à deux incompatibles, indexée par un ensemble au plus dénombrable, est un système complet d'événements lorsque sa réunion est tout entier, et un système quasi-complet d'événements lorsque sa réunion est seulement presque sûre :
Tout système complet est donc quasi-complet.
Propriété
Une famille d'événements deux à deux incompatibles, avec au plus dénombrable, est un système quasi-complet si et seulement si .
Démonstration. Par -additivité, , et dire que ce nombre vaut est exactement dire que la réunion est presque sûre.
Exemple
Notons l'événement « le premier pile apparaît au -ème lancer », pour . Ces événements sont deux à deux incompatibles, mais leur réunion n'est pas : il manque l'issue « aucun pile ». Celle-ci étant négligeable, est un système quasi-complet, et c'est tout ce dont on a besoin.
Deux systèmes complets sont à avoir en réflexe : la paire , et la famille associée à une variable aléatoire discrète .
Conditionnement et indépendance d'événements
Probabilité conditionnelle
Définition
Soit un événement de probabilité strictement positive. Pour tout événement , la probabilité conditionnelle de sachant est
également notée .
Propriété
Si , l'application est une probabilité sur .
Démonstration. L'inclusion donne , donc , et . Soit une suite d'événements deux à deux incompatibles : les le sont aussi, et , donc la -additivité de donne
Remarque
Puisque est une probabilité, toutes les propriétés de la section précédente valent pour elle : , croissance, formule de la réunion, continuité monotone, sous-additivité. Attention en revanche, et n'ont aucune raison d'être égaux.
Formule des probabilités composées
Propriété
Formule des probabilités composées. Soient des événements tels que . Alors
Démonstration. Notons . La suite est décroissante, donc par croissance de l'hypothèse entraîne pour tout : tous les conditionnements écrits ont un sens.
Récurrence sur . Pour , la formule est la définition de multipliée par . Si elle est vraie au rang , donnons-nous avec : par définition de la probabilité conditionnelle sachant ,
et l'hypothèse de récurrence, applicable puisque , développe en le produit annoncé.
Méthode
Comment l'utiliser. C'est l'outil des expériences séquentielles : tirages sans remise, propagation d'un signal à travers étages, suite de contrôles. On suit la chronologie, chaque facteur étant la probabilité de l'étape suivante sachant tout ce qui précède. Pour trois tirages sans remise dans une urne de boules blanches et noires, avec : « la -ème boule est blanche »,
Formule des probabilités totales
Propriété
Formule des probabilités totales. Soit un système complet ou quasi-complet d'événements, avec au plus dénombrable. Alors, pour tout événement ,
la famille étant sommable puisque positive de somme majorée par , avec la convention que le terme vaut lorsque .
Démonstration. Traitons le cas quasi-complet, qui contient l'autre. Posons et , de sorte que . Les événements sont deux à deux incompatibles puisque les le sont, et est incompatible avec chacun d'eux. Comme ,
est une réunion d'événements deux à deux incompatibles, d'où par -additivité. L'inclusion et la croissance de donnent : c'est la première égalité.
Pour la seconde, lorsque par définition de , et lorsque par croissance, ce qui est exactement la convention annoncée.
Méthode
Le réflexe du conditionnement. Devant une probabilité difficile à calculer directement, on cherche un système complet ou quasi-complet qui décrit ce que l'on ne sait pas : résultat de la première épreuve, nombre total de particules émises. La convention sur les n'est pas un détail de confort, un système quasi-complet en contenant souvent, et il faut la signaler en une demi-ligne.
Formule de Bayes
Propriété
Formule de Bayes. Soient et de probabilités strictement positives. Alors
Si de plus est un système complet ou quasi-complet et , alors pour tout tel que ,
Démonstration. Les deux quantités et sont égales à , d'où la première formule en divisant par . La seconde s'en déduit en remplaçant par son expression donnée par la formule des probabilités totales.
Exemple
Un contrôle qualité. Sur une chaîne de production, des pièces sont défectueuses. Le test détecte une pièce défectueuse avec probabilité et signale à tort une pièce saine avec probabilité . Notons « la pièce est défectueuse » et « le test la signale ». Le système complet donne
puis Bayes . Une pièce signalée n'a donc que de chances d'être défectueuse, les pièces saines, bien plus nombreuses, produisant en volume davantage de fausses alertes que les défectueuses de vraies alertes.
Indépendance de deux événements
Définition
Deux événements et sont indépendants lorsque .
Propriété
Si , les événements et sont indépendants si et seulement si : savoir que est réalisé ne modifie pas la probabilité de .
Démonstration. En divisant l'égalité par on obtient , et réciproquement en multipliant.
Propriété
Stabilité par passage au contraire. Si et sont indépendants, alors et le sont, ainsi que et , et et .
Démonstration. L'événement est la réunion disjointe de et de , donc
Les deux autres cas s'obtiennent en échangeant les rôles de et , puis en appliquant deux fois le résultat.
Remarque
Indépendant n'est pas incompatible. Deux événements incompatibles de probabilités non nulles ne sont jamais indépendants, puisque alors que .
Indépendance d'une famille finie
Définition
Des événements sont mutuellement indépendants lorsque, pour toute partie non vide ,
Ils sont deux à deux indépendants lorsque la condition n'est imposée que pour les parties à deux éléments.
Remarque
L'indépendance mutuelle est un jeu de égalités non triviales, et vérifier la seule égalité ne suffit pas. Dans les exercices, c'est presque toujours une hypothèse de modélisation posée par l'énoncé.
Exemple
L'indépendance deux à deux n'entraîne pas l'indépendance mutuelle. On lance deux fois une pièce équilibrée, les lancers étant indépendants. Posons : « le premier lancer donne pile », : « le second lancer donne pile », : « les deux lancers donnent le même résultat ».
On a , et les trois intersections , , sont toutes égales à « les deux lancers donnent pile », de probabilité : les trois événements sont deux à deux indépendants. Pourtant
ils ne sont pas mutuellement indépendants, ce qui se comprend : connaître et détermine .
Propriété
Passage au contraire dans une famille. Si sont mutuellement indépendants, la famille obtenue en remplaçant certains par leurs contraires est encore mutuellement indépendante.
Démonstration. Il suffit de traiter le remplacement de par , puis d'itérer. Soit non vide. Si , l'égalité voulue est celle de l'hypothèse ; si , elle est triviale. Sinon, posons et : comme ,
ce qui est l'égalité attendue pour .
Conséquence pratique, et c'est le calcul le plus fréquent du chapitre : si sont mutuellement indépendants, la probabilité qu'aucun ne se réalise vaut , et celle qu'au moins un se réalise vaut . Passer par le contraire est presque toujours plus rapide qu'une formule d'inclusion-exclusion.
Méthode : conditionner sur le premier pas
Méthode
Deux voies pour une expérience répétée. Pour la probabilité d'un événement défini par une suite illimitée d'épreuves identiques :
a. Voie directe. On décompose l'événement selon le rang de la première épreuve décisive, ce qui fournit un système quasi-complet dénombrable, et l'on applique la formule des probabilités totales. Le calcul aboutit à une série, généralement géométrique.
b. Voie du premier pas. On conditionne par le résultat de la première épreuve. Si, après un échec, la situation est identique à la situation initiale, on obtient une équation en que l'on résout. C'est plus rapide, mais cela suppose vérifié que l'événement « la partie ne se termine jamais » est négligeable.
Illustrons les deux voies. Deux joueurs et tirent à tour de rôle, commençant, chaque tir atteignant la cible avec la probabilité , tous les tirs étant indépendants ; le premier qui atteint la cible gagne. Cherchons la probabilité que gagne.
Voie directe. Notons et, pour , l'événement « gagne à son -ème tir » : les premiers tirs ont échoué et le suivant réussit, donc par indépendance. Les sont deux à deux incompatibles, et « personne ne gagne jamais » est négligeable, inclus dans « les premiers tirs échouent » de probabilité . D'où
Voie du premier pas. Conditionnons par le système complet , où est « le premier tir de réussit ». Si est réalisé, a gagné ; sinon la partie recommence à l'identique, mais c'est qui tire en premier, donc gagne avec la probabilité et avec la probabilité . La formule des probabilités totales donne , soit et .
Les deux voies concordent. Le premier joueur est toujours avantagé, puisque : pour proche de , tend vers , et pour proche de , tend vers .
Variables aléatoires discrètes et lois usuelles
Définition et notations
Définition
Soit un espace probabilisable et un ensemble. Une application est une variable aléatoire discrète lorsque
est au plus dénombrable ;
pour tout , l'ensemble est un événement.
Lorsque , la variable est dite réelle.
Définition
Notations. Pour et , on note et , et dans le cas réel , , pour les images réciproques des intervalles correspondants. Ce sont des événements, sur lesquels on écrit , .
Propriété
Si est une variable aléatoire discrète, alors est un événement pour toute partie de .
Démonstration. Un vérifie si et seulement si est l'une des valeurs de appartenant à , d'où
L'ensemble d'indices est au plus dénombrable comme partie de , et chaque est un événement : la réunion en est donc un.
Remarque
L'univers n'est jamais explicité. On écrit « soit une variable aléatoire suivant la loi » sans dire sur quel espace elle est définie, en admettant qu'un tel espace existe. La construction d'espaces probabilisés étant hors programme, n'écrivez jamais « posons ».
Loi d'une variable aléatoire
Définition
Soit une variable aléatoire discrète sur . La loi de est l'application définie sur les parties de par , et la distribution de probabilités de est la famille .
Propriété
La famille est un système complet d'événements. Par conséquent
Démonstration. Les événements sont deux à deux incompatibles, un même ne pouvant avoir deux images distinctes, et leur réunion est puisque tout a une image dans ; l'ensemble d'indices est au plus dénombrable par définition d'une variable discrète. La -additivité appliquée à ce système donne , et appliquée à la décomposition de établie plus haut, elle donne la seconde formule.
Remarque
La loi est entièrement déterminée par la distribution : toute probabilité s'obtient en sommant les pour . Connaître la loi de , c'est connaître la famille , et c'est elle que l'on détermine dans les exercices.
Propriété
Caractérisation d'une loi. Soit un ensemble au plus dénombrable et une famille de réels telle que
Alors il existe une variable aléatoire discrète , définie sur un espace probabilisé convenable, telle que pour tout . Résultat admis.
Pour vérifier qu'une famille définit bien une loi, deux points suffisent donc : la positivité de chaque terme et la somme égale à . C'est ce que l'on fait ci-dessous pour les lois géométrique et de Poisson, et ce qui permet souvent de déterminer une constante de normalisation.
Définition
Deux variables aléatoires discrètes et , éventuellement définies sur des espaces différents, suivent la même loi, ce que l'on note , lorsqu'elles ont même ensemble de valeurs et même distribution. On écrit de même ou pour les lois usuelles.
La relation n'entraîne évidemment pas : deux lancers d'une même pièce donnent des variables de même loi qui diffèrent presque toujours.
Propriété
Image d'une variable aléatoire. Soit une variable aléatoire discrète à valeurs dans et une application définie sur . Alors est une variable aléatoire discrète, et pour toute valeur prise par ,
Démonstration. L'ensemble est l'image d'un ensemble au plus dénombrable, donc au plus dénombrable, et est un événement d'après la propriété précédente : est bien une variable aléatoire discrète. La formule s'obtient en décomposant cet événement sur les valeurs de et en appliquant la -additivité.
La loi géométrique
Définition
Soit . Une variable aléatoire suit la loi géométrique de paramètre , ce que l'on note , lorsque et
Propriété
Cette formule définit bien une loi de probabilité sur .
Démonstration. Posons . Chaque terme est strictement positif, et la série géométrique de raison converge, avec
Propriété
Si , alors pour tout ,
Démonstration. Avec , en sommant la série géométrique à partir du rang :
et la seconde formule s'obtient par passage au contraire, étant le contraire de .
Remarque
La relation est à connaître par cœur : dans les exercices sur la loi géométrique, il est presque toujours plus rapide de manipuler que la distribution elle-même.
Propriété
Interprétation : rang du premier succès. On répète de façon illimitée et indépendante une épreuve de Bernoulli de paramètre , et l'on note le rang du premier succès. Alors .
Démonstration. On admet l'existence d'un espace probabilisé portant une telle suite d'épreuves ; notons l'événement « la -ème épreuve est un succès », les étant mutuellement indépendants de probabilité . Pour , l'événement signifie que les premières épreuves sont des échecs et que la -ème est un succès :
L'indépendance mutuelle étant stable par passage au contraire, la probabilité de cette intersection est le produit des probabilités, soit .
Reste l'événement = « aucune épreuve n'est un succès », sur lequel n'est pas défini. Il est inclus, pour tout , dans de probabilité , donc . On convient de poser sur , ce qui ne change rien aux calculs, et est un système quasi-complet.
Remarque
Cette précaution sur l'événement négligeable est la raison d'être des systèmes quasi-complets. Dans une copie, une phrase suffit : « l'événement "aucun succès" est négligeable, on l'écarte ». L'omettre serait une négligence, y consacrer un paragraphe un excès de rigueur.
Propriété
Absence de mémoire. Soit . Pour tous et ,
Démonstration. On a , donc le conditionnement a un sens. Comme , l'inclusion est vérifiée, l'intersection des deux événements est , et
Sachant que l'on a déjà essuyé échecs, la loi du nombre d'essais supplémentaires nécessaires est donc la même qu'au départ : le processus ne s'use pas. On montre en exercice que la loi géométrique est la seule loi sur à posséder cette propriété.
La loi de Poisson
Définition
Soit . Une variable aléatoire suit la loi de Poisson de paramètre , ce que l'on note , lorsque et
Propriété
Cette formule définit bien une loi de probabilité sur .
Démonstration. Chaque terme est strictement positif puisque , et le développement en série entière de l'exponentielle, valable sur tout entier, donne
Propriété
Loi de Poisson comme limite de lois binomiales. Soit et, pour chaque , une variable où vérifie . Alors, pour tout entier fixé,
Démonstration. Notons , de sorte que et . Fixons et supposons :
Le facteur polynomial. En remplaçant par et en distribuant les facteurs :
Le produit comporte un nombre fixe de facteurs tendant chacun vers , donc l'ensemble tend vers .
Le facteur exponentiel. Comme , on écrit pour assez grand , et le développement en donne , puis
d'où par continuité de l'exponentielle. En multipliant les deux limites, .
Remarque
Vocabulaire à proscrire. L'énoncé ci-dessus est une convergence de suites de réels, à fixé. On ne dit pas que « converge en loi » vers une variable de Poisson : les convergences en loi, en probabilité et presque sûre sont hors programme, et leur vocabulaire ne doit jamais apparaître.
Méthode
Le modèle des événements rares. La loi de Poisson compte des événements individuellement très improbables mais dont les occasions sont très nombreuses, le produit restant d'ordre : grand, petit, modéré. On approche par dès que environ et . Situations physiques typiques : noyaux se désintégrant pendant une durée fixée, photons captés en une seconde, défauts sur une longueur de fibre.
Exemple
Un échantillon contient noyaux susceptibles de se désintégrer pendant une minute, chacun avec la probabilité et indépendamment des autres. Le nombre de désintégrations suit , avec , tandis que l'approximation de Poisson de paramètre donne : les deux valeurs coïncident à près.
Couples de variables aléatoires
Définition
Soient et deux variables aléatoires discrètes définies sur le même espace probabilisé. Le couple , défini par , est une variable aléatoire discrète à valeurs dans .
Sa loi s'appelle la loi conjointe de et ; elle est donnée par la famille
où désigne l'événement .
Démonstration du caractère discret. est inclus dans , produit cartésien de deux ensembles au plus dénombrables donc au plus dénombrable, et toute partie d'un tel ensemble l'est aussi. Par ailleurs est une intersection de deux événements.
Définition
Les lois de et de , considérées à partir de la loi conjointe du couple, s'appellent les lois marginales du couple .
Propriété
Calcul des lois marginales. Pour tout et tout ,
Démonstration. La famille est un système complet d'événements indexé par un ensemble au plus dénombrable : la formule des probabilités totales appliquée à donne la première égalité, et la seconde s'obtient en échangeant les rôles.
Retrouvons-les par sommation par paquets : la famille est positive, donc regroupable librement, et en partitionnant l'ensemble d'indices selon la valeur de , puis selon celle de ,
Les deux regroupements donnent la même valeur, la masse totale de la loi conjointe.
Méthode
Passer du couple aux marges, et pas l'inverse. La loi conjointe détermine les deux marginales par simple sommation ; la réciproque est fausse. On ne remonte des marges au couple que sous une hypothèse supplémentaire, l'indépendance, objet de la section suivante.
Exemple
Deux couples aux mêmes marges. Pour et à valeurs dans , voici deux lois conjointes en tableau à double entrée, la case contenant .
Les quatre marges valent dans les deux cas, alors que le second couple vérifie : les marges ne disent rien du lien entre les variables.
-uplets et lois conditionnelles
Définition
Soient des variables aléatoires discrètes définies sur le même espace probabilisé. Le -uplet est une variable aléatoire discrète à valeurs dans , et sa loi, la loi conjointe de la famille, est donnée par les nombres .
Propriété
Les lois marginales s'obtiennent en sommant sur les variables que l'on veut éliminer. Par exemple, pour un triplet ,
la somme étant celle d'une famille positive, donc toujours licite.
Démonstration. Identique au cas du couple : est un système complet au plus dénombrable, et la formule des probabilités totales appliquée à donne l'égalité.
Définition
Soit une variable aléatoire discrète et un événement de probabilité strictement positive. La loi conditionnelle de sachant est la loi de pour la probabilité , c'est-à-dire la famille
Lorsque avec , on parle de la loi conditionnelle de sachant .
Propriété
C'est bien une loi de probabilité : les termes sont positifs et .
Démonstration. L'application est une probabilité et est un système complet d'événements : la somme de leurs probabilités pour vaut donc .
Méthode
Construire une loi conjointe en deux temps. De nombreux énoncés décrivent l'expérience en deux étapes : on tire d'abord , puis « sachant ce qu'a donné ». La loi conjointe s'écrit alors
avec la convention que le produit est nul lorsque , et l'on en déduit la loi de par la formule des probabilités totales appliquée au système complet .
Exemple
Détection de particules. Une source émet un nombre aléatoire de particules pendant une seconde, avec , et chaque particule est détectée avec la probabilité indépendamment des autres : sachant , le nombre de particules détectées suit donc .
Fixons . Le système complet et la formule des probabilités totales donnent, puisque pour :
Tous les termes sont positifs, la manipulation de la somme est donc licite. En utilisant puis en posant :
Le nombre de particules détectées suit donc la loi : une loi de Poisson soumise à une détection imparfaite reste de Poisson, avec le paramètre multiplié par le taux de détection, ce qui explique la robustesse de cette loi dans les modèles de comptage.
Remarque
L'espérance conditionnelle est hors programme. La loi conditionnelle de sachant un événement est au programme et vient d'être définie ; l'espérance conditionnelle ne l'est pas. On n'écrira donc jamais , ni , ni la « formule de l'espérance totale »
qui n'existe pas dans ce cours. Trois outils au programme suffisent dans ces situations : la formule des probabilités totales pour obtenir la loi de la variable, la formule de transfert ou le théorème de Fubini, et les fonctions génératrices.
Variables aléatoires indépendantes
L'indépendance de deux événements dit que savoir si est réalisé ne change rien à la probabilité de . Pour transporter cette idée aux variables aléatoires, on exige l'indépendance de tous les événements fabriqués avec la première et de tous ceux fabriqués avec la seconde.
Indépendance de deux variables aléatoires
Définition
Soient et deux variables aléatoires discrètes définies sur le même espace probabilisé . Elles sont indépendantes lorsque
On note alors . Rappelons que désigne l'événement .
Telle quelle, la définition est inutilisable : elle porte sur une infinité de couples de parties. Le résultat suivant la ramène à une vérification sur les valeurs prises.
Propriété
Caractérisation ponctuelle. Les variables et sont indépendantes si et seulement si
Démonstration. Le sens direct s'obtient en appliquant la définition à et .
Réciproquement, supposons l'égalité ponctuelle et fixons , . L'ensemble est au plus dénombrable, comme produit de deux ensembles au plus dénombrables. Les événements , pour , sont deux à deux incompatibles et de réunion : réaliser , c'est réaliser pour un unique couple de . La -additivité donne
Cette famille est positive : le théorème sur le produit de deux sommes s'applique dans , d'où
la dernière égalité venant à nouveau de la -additivité.
Remarque
C'est cette caractérisation que l'on utilise toujours : pour établir l'indépendance on vérifie l'égalité sur les valeurs, pour la réfuter un seul couple en défaut suffit. Conséquence : sous indépendance, la loi conjointe est déterminée par les deux marginales, ce qui est faux en général.
Indépendance mutuelle d'une famille finie
Définition
Les variables aléatoires discrètes sont dites (mutuellement) indépendantes lorsque
Propriété
Caractérisation ponctuelle. Les variables sont indépendantes si et seulement si
La démonstration reprend celle du cas : réunion dénombrable disjointe, -additivité, produit de sommes positives.
Propriété
Toute sous-famille d'une famille indépendante est indépendante ; en particulier des variables mutuellement indépendantes sont deux à deux indépendantes.
Démonstration. Dans la caractérisation ensembliste, choisir pour les indices à oublier : est et le facteur correspondant vaut .
Remarque
La réciproque est fausse : l'indépendance deux à deux n'entraîne pas l'indépendance mutuelle. Contre-exemple à connaître : et indépendantes de loi uniforme sur , et . On vérifie , et de même pour les autres couples : les variables sont deux à deux indépendantes. Pourtant
ce qui est logique puisque est déterminée par et .
Suites de variables indépendantes, suites i.i.d.
Définition
Une suite de variables aléatoires discrètes est une suite de variables indépendantes lorsque, pour tout , les variables sont mutuellement indépendantes, ce qui revient à dire que toute sous-famille finie est indépendante.
Elle est indépendante et identiquement distribuée, en abrégé i.i.d., lorsqu'elle est de plus formée de variables de même loi.
Une suite i.i.d. modélise la répétition indéfinie et à l'identique d'une expérience : lancers d'une pièce, mesures successives d'une grandeur physique, atomes d'un même échantillon. C'est le cadre de la loi faible des grands nombres.
Propriété
Jeu de pile ou face infini (existence admise). Soit . On admet qu'il existe un espace probabilisé et une suite de variables indépendantes de même loi , où vaut si le -ième lancer donne Pile et sinon.
La construction effective d'un tel espace est hors programme : on l'admet et on travaille avec. Retenir que n'est ici ni fini ni dénombrable, ce qui explique qu'on ne l'explicite jamais.
Propriété
Dans ce modèle, notons le rang du premier Pile, avec la convention si aucun lancer ne donne Pile. Alors et .
Démonstration. Pour , dire que , c'est dire que les premiers lancers ont donné Face, donc, par indépendance mutuelle de ,
L'événement est l'intersection décroissante des , donc par continuité décroissante
puisque : la variable est presque sûrement finie. Enfin, pour , avec , d'où
qui est la loi .
Remarque
On retrouve l'interprétation fondamentale de la loi géométrique : rang du premier succès dans une suite d'épreuves indépendantes de même probabilité de succès . La relation est souvent plus maniable que la loi.
Fonctions de variables indépendantes
Propriété
Soient et indépendantes, définie sur et définie sur . Alors et sont indépendantes. Ainsi et sont indépendantes, de même que et , ou et pour un réel fixé, cas qui servira pour les fonctions génératrices.
Démonstration. Posons et : ce sont des variables discrètes, d'ensembles de valeurs et , au plus dénombrables comme images d'ensembles au plus dénombrables.
Soient et . Posons
de sorte que et . L'indépendance de et appliquée à et donne
Le lemme des coalitions
Pour des fonctions faisant intervenir plusieurs variables à la fois, c'est le lemme suivant qui sert.
Propriété
Lemme des coalitions (admis). Soient mutuellement indépendantes et . Alors, pour toutes applications et définies sur les ensembles de valeurs appropriés, les variables
sont indépendantes. Plus généralement, en partitionnant en paquets disjoints, les variables construites à partir de paquets distincts sont mutuellement indépendantes.
Remarque
Ce que le lemme sert à écrire. Il autorise, sans autre justification que sa citation, des phrases du type « les étant indépendantes, est indépendante de », ou « est indépendante de ». Deux pièges : les paquets doivent être disjoints ( et n'ont aucune raison de l'être), et la famille de départ doit être mutuellement indépendante.
Espérance
L'espérance est la valeur moyenne d'une variable, pondérée par les probabilités. En première année la somme était finie ; ici elle est infinie, et c'est la sommabilité qui dit quand elle a un sens.
Espérance d'une variable positive
Définition
Soit une variable aléatoire discrète à valeurs dans . Son espérance est
avec les conventions et pour .
Remarque
Cette somme est toujours définie : c'est la somme d'une famille à valeurs dans , égale à la borne supérieure de ses sommes finies extraites. Aucune hypothèse n'est requise, mais le résultat peut valoir .
Espérance d'une variable réelle
Définition
Une variable aléatoire discrète réelle est d'espérance finie lorsque la famille est sommable, c'est-à-dire lorsque
On pose alors . La variable est centrée lorsque .
Remarque
Si est d'espérance finie, est centrée : c'est le centrage, omniprésent dans l'étude de la variance.
Propriété
On a pour tout événement . Deux variables égales presque sûrement ont même espérance : si et si est d'espérance finie, alors l'est aussi et .
Démonstration. L'indicatrice prend les valeurs et avec les probabilités et , donc .
Pour le second point, notons , négligeable. Pour , l'événement est la réunion disjointe de et de , ce dernier négligeable : donc , et le même découpage vaut pour . Les familles et ne diffèrent alors que par des termes nuls, donc ont même sommabilité et même somme.
Exemple
Une loi sans espérance finie. Posons pour . C'est bien une loi, par télescopage :
En revanche : la variable est positive, son espérance vaut .
La formule des queues
Propriété
Formule des queues. Soit une variable à valeurs dans . Alors, dans ,
Démonstration. Tout repose sur l'identité, valable dans pour ,
(si est fini, exactement termes valent ; si , tous valent ). En reportant dans la définition,
Tous les termes de cette famille doublement indexée sont positifs : le théorème de Fubini pour les familles à valeurs dans autorise l'interversion sans hypothèse supplémentaire, d'où
Pour fixé, est la réunion dénombrable disjointe des avec : la somme intérieure vaut par -additivité. La seconde écriture suit du changement d'indice , puisque .
Remarque
C'est une égalité dans : les deux membres sont simultanément finis ou infinis, ce qui en fait un critère d'existence. Elle ne vaut que pour une variable à valeurs entières positives.
La formule de transfert
Comment calculer sans déterminer d'abord la loi de , ce qui est en général pénible ? On somme les pondérés par la loi de .
Propriété
Formule de transfert. Soient une variable discrète et définie sur , à valeurs réelles. Alors est d'espérance finie si et seulement si la famille est sommable, et dans ce cas
Si est positive, l'égalité vaut sans condition dans .
Démonstration. Posons , de sorte que , et pour
Les forment une partition au plus dénombrable de , chaque appartenant à et à lui seul, et est la réunion dénombrable disjointe des pour , donc .
Traitons les modules. Comme pour , la sommation par paquets pour une famille positive donne
égalité dans : est d'espérance finie si et seulement si la famille est sommable. Sous cette hypothèse, le même calcul sans les modules, licite par sommation par paquets d'une famille sommable, donne .
Propriété
Transfert pour un couple. Soient , discrètes et définie sur . Alors est d'espérance finie si et seulement si la famille est sommable, et alors
Démonstration. Le couple est lui-même une variable aléatoire discrète, à valeurs dans l'ensemble au plus dénombrable , de loi . Le transfert précédent, appliqué à et à , est exactement l'énoncé, qui s'étend de même à un -uplet.
Exemple
Soit ; calculons . La fonction est positive sur , le transfert s'applique sans précaution :
Contrôle : quand le résultat tend vers , comme attendu.
Propriétés de l'espérance
Propriété
Linéarité. Soient et d'espérance finie et . Alors est d'espérance finie et
Démonstration. Posons , de sorte que . Par inégalité triangulaire,
En sommant d'abord en (licite, tous les termes sont positifs) et en reconnaissant la loi marginale , le premier terme vaut , et de même le second vaut : la famille est sommable. Le transfert pour un couple et la linéarité de la somme d'une famille sommable donnent alors
Remarque
La linéarité ne suppose aucune indépendance. C'est ce qui rend l'espérance si efficace : on décompose une variable compliquée en somme de variables simples, même fortement dépendantes.
Propriété
Domination. Soient discrète réelle et positive d'espérance finie telles que . Alors est d'espérance finie et .
Démonstration. Si , il existe avec et , donc : tous les termes non nuls ci-dessous vérifient cette inégalité. Tous les termes étant positifs,
Propriété
Positivité et croissance. Soient et d'espérance finie. Si alors ; si alors ; enfin .
Démonstration. Si , est une somme de termes positifs. Si , la variable est positive et d'espérance finie par linéarité, donc . La dernière inégalité vient de et de la croissance.
Propriété
Cas d'annulation. Soit discrète positive. Si , alors l'événement est presque sûr.
Démonstration. L'égalité porte sur une somme de termes tous positifs : chacun est donc nul, et dès que . L'ensemble étant au plus dénombrable et étant la réunion disjointe des pour , la -additivité donne
Sous la forme « une variable positive d'espérance nulle est presque sûrement nulle », il servira pour Cauchy-Schwarz et pour la variance nulle.
Espérance d'un produit de variables indépendantes
Propriété
Soient et indépendantes, toutes deux d'espérance finie. Alors est d'espérance finie et
Le résultat s'étend à variables mutuellement indépendantes : .
Démonstration. Établissons d'abord la sommabilité. La famille est positive et, par indépendance, : le théorème sur le produit de deux sommes de familles positives donne
La famille est donc sommable, est d'espérance finie, et le même calcul sans les modules, licite cette fois par le théorème de Fubini pour les familles sommables, donne
Le cas de variables s'obtient par récurrence, le lemme des coalitions assurant que est indépendante de .
Remarque
La réciproque est fausse : l'égalité signifie seulement que la covariance est nulle, et un contre-exemple est donné plus loin. L'indépendance est ici indispensable, alors qu'elle ne l'est pas pour la linéarité.
Espérance des lois géométrique et de Poisson
Propriété
Soient et . Si , alors . Si , alors . Dans les deux cas l'espérance est finie.
Démonstration. Cas géométrique, par dérivation de la série géométrique. Posons . La série entière a un rayon de convergence et est intérieur à l'intervalle de convergence : la dérivation terme à terme est licite et
Tous les termes étant positifs, la sommabilité est acquise en même temps que la valeur, et
Cas géométrique, par la formule des queues. La variable est à valeurs dans et , donc
Aucune dérivation, aucun décalage d'indice : c'est la voie la plus courte, et elle donne l'existence en même temps que la valeur.
Cas de Poisson. Tous les termes sont positifs, le calcul est licite dans :
en posant . La somme est finie, donc l'espérance existe.
Remarque
Pour , : si une tentative réussit une fois sur cent, il en faut cent en moyenne. Pour , le paramètre est le nombre moyen d'occurrences, ce qui est la façon dont on l'ajuste sur des données.
Calculer une espérance avec des indicatrices
Méthode
Décomposer en somme d'indicatrices. Lorsque compte le nombre d'événements réalisés parmi , on écrit
par linéarité et par . Le point crucial : les n'ont aucune raison d'être indépendants, et cela n'a aucune importance, la linéarité ne demande rien. On évite ainsi entièrement la détermination de la loi de .
Exemple
Détecteurs muets. Un dispositif comporte détecteurs ; on envoie photons, chacun frappant un détecteur choisi uniformément au hasard, indépendamment des autres. Soit le nombre de détecteurs n'ayant rien reçu et l'événement « le détecteur n'a rien reçu ». Chaque photon évite le détecteur avec la probabilité , donc
Pour et , détecteurs muets en moyenne, bien que les soient très dépendants.
Variance, écart type et covariance
L'espérance situe le centre de la distribution mais ne dit rien de la dispersion autour de ce centre. C'est le rôle de la variance, qui permettra de contrôler les écarts.
Variables de carré d'espérance finie
Propriété
Si est d'espérance finie, alors l'est.
Démonstration. L'inégalité se développe en , soit
La majorante est positive et d'espérance finie, car par linéarité. Le théorème de domination conclut.
Remarque
La réciproque est fausse : la loi sur a une espérance finie, mais . L'existence de la variance est strictement plus forte, à vérifier avant tout calcul.
Propriété
Inégalité de Cauchy-Schwarz. Si et sont d'espérance finie, alors est d'espérance finie et
Propriété
Cas d'égalité. Sous les mêmes hypothèses, il y a égalité si et seulement s'il existe tel que presque sûrement, autrement dit si et seulement si et sont presque sûrement proportionnelles.
Démonstration. Existence de . De on tire , positive d'espérance finie ; la domination conclut.
L'inégalité. Pour , la variable est positive et d'espérance finie, et
Si : la variable positive étant d'espérance nulle, presque sûrement, et les deux membres sont nuls. Si : est un trinôme à coefficient dominant strictement positif, positif ou nul sur , donc de discriminant négatif ou nul,
ce qui est l'inégalité annoncée.
Cas d'égalité, sens direct. Si , on vient de voir que presque sûrement et convient. Sinon : le trinôme admet une racine double , et s'écrit . Cette variable positive est donc presque sûrement nulle, d'où presque sûrement, avec .
Réciproque. Supposons presque sûrement avec (l'autre cas est symétrique) : alors presque sûrement, . Deux variables égales presque sûrement ayant même espérance, et , donc
Variance et écart type
Définition
Soit telle que soit d'espérance finie. Sa variance est
et son écart type est . Si , la variable centrée réduite associée est
Remarque
La définition a un sens : est d'espérance finie, et aussi, par linéarité. L'écart type a la même dimension physique que , contrairement à la variance : c'est lui que l'on compare à la moyenne.
Propriété
Formule de König-Huygens. , et en particulier .
Démonstration. Notons , réel. Par linéarité,
L'inégalité en découle puisque comme espérance d'une variable positive.
Propriété
Transformation affine. Pour tous réels et , et .
Démonstration. Par linéarité , donc . En élevant au carré et en prenant l'espérance, , puis .
Propriété
Variance nulle. si et seulement si presque sûrement.
Démonstration. La variable est positive : son espérance est nulle si et seulement si elle est presque sûrement nulle, donc si et seulement si presque sûrement.
Variance des lois géométrique et de Poisson
Le calcul direct de est maladroit : on passe par le moment factoriel , dont la somme se simplifie bien mieux, puis on utilise .
Propriété
Si , alors est d'espérance finie et .
Démonstration. Posons . Par transfert appliqué à , positive sur :
La série entière est de rayon et lui est intérieur : la dérivation terme à terme, deux fois, donne
donc , quantité finie : est d'espérance finie. Avec ,
Propriété
Si , alors est d'espérance finie et .
Démonstration. Par transfert, les termes d'indices et étant nuls et en posant :
La somme est finie, donc est d'espérance finie, et
Remarque
La loi de Poisson vérifie donc , ce qui donne un test pratique : si un comptage donne une moyenne et une variance empiriques très différentes, le modèle de Poisson est à écarter. Récapitulatif :
a. : , .
b. : , .
c. : , .
d. : , .
Covariance
Définition
Soient et dont les carrés sont d'espérance finie. Leur covariance est
Elle existe bien : le produit de deux variables de carré d'espérance finie est d'espérance finie, comme on l'a vu pour Cauchy-Schwarz.
Propriété
Formule pratique. , et .
Démonstration. Avec et , la linéarité donne
En prenant on retrouve König-Huygens.
Propriété
Symétrie et bilinéarité. La covariance est symétrique, et pour ,
et de même par rapport à la seconde variable.
Démonstration. La symétrie est évidente. Pour la linéarité à gauche, la formule pratique et la linéarité de l'espérance donnent
et la linéarité à droite s'en déduit par symétrie.
Propriété
Si et sont indépendantes (et de carré d'espérance finie), alors .
Démonstration. L'indépendance donne , donc .
Remarque
Attention, la réciproque est fausse. Une covariance nulle traduit l'absence de liaison affine, pas l'absence de lien : les variables sont dites non corrélées, ce qui est strictement plus faible que l'indépendance.
Exemple
Soit de loi uniforme sur et . Comme ne prend que ces trois valeurs, et , donc
Pourtant est une fonction de , et alors que : les variables ne sont pas indépendantes.
Variance d'une somme
Propriété
Soient de carré d'espérance finie. Alors
Démonstration. La variance est la covariance d'une variable avec elle-même, et la covariance est bilinéaire :
On isole les termes diagonaux , égaux à , et l'on regroupe les termes et pour , égaux par symétrie.
Propriété
Cas de variables deux à deux indépendantes. Si sont deux à deux indépendantes et de carré d'espérance finie, alors
Démonstration. Pour , l'indépendance de et donne : tous les termes croisés disparaissent.
Remarque
L'indépendance deux à deux suffit, nul besoin d'indépendance mutuelle. En revanche, contrairement à l'espérance, la variance n'est pas linéaire : écrire sans justifier l'indépendance est l'erreur la plus fréquente.
Coefficient de corrélation
Définition
Soient et de carré d'espérance finie, avec et . Leur coefficient de corrélation est
Propriété
On a toujours , avec égalité si et seulement s'il existe des réels et tels que presque sûrement.
Démonstration. Appliquons Cauchy-Schwarz aux variables centrées et , de carrés d'espérance finie :
En divisant par et en prenant la racine, . Le cas d'égalité est celui de Cauchy-Schwarz : il existe avec presque sûrement. Comme et sont non nuls, et sont tous deux non nuls, et la relation se réécrit presque sûrement avec .
Remarque
Le coefficient de corrélation est sans dimension et mesure la part affine de la liaison : proche de ou de , les variables sont presque affinement liées ; nul, elles sont non corrélées.
Fonctions génératrices
Pour une variable à valeurs entières, toute la loi tient dans la suite . L'idée est de ranger cette suite dans les coefficients d'une série entière : les propriétés analytiques de la fonction obtenue traduisent alors des propriétés probabilistes.
Définition et premières propriétés
Définition
Soit une variable aléatoire à valeurs dans . Sa fonction génératrice est
Propriété
Le rayon de convergence vérifie , la série converge normalement sur et est continue sur . De plus
Démonstration. Pour , , majoration indépendante de , et puisque les forment un système complet : la série de fonctions converge normalement sur .
En particulier elle converge en , donc . Chaque fonction étant continue sur et la convergence étant normale donc uniforme, la somme est continue sur . Enfin , avec la convention , et pour l'inégalité triangulaire donne .
L'écriture est le transfert appliqué à , licite pour puisque . Le rayon peut valoir exactement : « dérivable en » signifiera alors dérivable à gauche.
Les fonctions génératrices usuelles
Propriété
| Loi de | Rayon | |
|---|---|---|
Démonstration. Notons .
Bernoulli. vaut avec la probabilité et avec la probabilité , donc , polynôme de rayon infini.
Binomiale. Par la formule du binôme,
Géométrique. Pour , la raison est de module strictement inférieur à :
et la série diverge pour , donc le rayon vaut exactement .
Poisson. Pour tout réel , en reconnaissant la série exponentielle,
Contrôle : toute fonction génératrice vérifie , et l'on a bien , , , .
La fonction génératrice caractérise la loi
Propriété
Si et coïncident sur un voisinage de , alors et ont la même loi.
Démonstration. Les deux séries entières ont un rayon supérieur ou égal à , donc strictement positif, et leurs sommes coïncident au voisinage de . Par unicité des coefficients du développement en série entière, pour tout : les deux variables ont la même distribution, donc la même loi.
C'est ce qui rend l'outil utile : pour identifier la loi d'une variable entière, on calcule et on la reconnaît dans le tableau, sans calculer la distribution.
Espérance et variance à partir de
Propriété
Soit à valeurs dans . Alors est d'espérance finie si et seulement si est dérivable en , et dans ce cas .
Démonstration (sens direct). Supposons et posons
Pour , , terme général d'une série convergente : la convergence est normale sur , donc est définie et continue sur .
Sur , est la somme d'une série entière de rayon supérieur ou égal à : elle y est dérivable terme à terme, donc et, pour ,
Posons pour : la fonction étant continue sur , y est de classe avec . Or et coïncident sur et sont continues en , donc sur tout entier. Ainsi est dérivable en et
La réciproque, à savoir que la dérivabilité de en entraîne l'existence de , est admise.
Propriété
est d'espérance finie si et seulement si est deux fois dérivable en , et dans ce cas
Démonstration. Le premier point s'obtient comme le précédent à partir de la série , dont la convergence normale sur équivaut à l'existence de ; on l'admet. Pour la variance, , et König-Huygens conclut.
Exemple
Pour , donne et , d'où et .
Pour , et donnent et , d'où . On retrouve en quelques lignes les calculs de séries menés plus haut.
Somme de variables indépendantes
Propriété
Soient et indépendantes à valeurs dans . Alors
et plus généralement pour des variables mutuellement indépendantes à valeurs dans .
Démonstration. Fixons . La variable est à valeurs dans et . Les variables et , fonctions respectives de et de , sont indépendantes et bornées par , donc d'espérance finie. L'espérance d'un produit de variables indépendantes donne
Le cas général suit par récurrence, le lemme des coalitions assurant que est indépendante de .
Exemple
Somme de deux variables de Poisson. Si et sont indépendantes,
fonction génératrice de , donc : deux sources indépendantes se comportent comme une source unique de taux .
Exemple
Somme de variables de Bernoulli. Si sont indépendantes de loi et , alors , fonction génératrice de : donc , résultat de première année redémontré sans dénombrement.
Reconnaître une loi à sa fonction génératrice
Méthode
1. Vérifier que la variable est à valeurs dans , sans quoi l'outil ne s'applique pas.
2. Calculer , en exploitant l'indépendance pour changer les sommes en produits.
3. Contrôler que : sinon, il y a une erreur de calcul.
4. Mettre sous forme canonique (faire apparaître ou ), comparer au tableau et conclure par la caractérisation de la loi.
5. Si aucune loi usuelle n'apparaît, développer en série entière : les coefficients sont les .
Exemple
Une variable à valeurs dans vérifie . En divisant haut et bas par ,
de la forme avec : donc , et . Contrôle : . De même, est de la forme : , et .
Inégalités et loi faible des grands nombres
Reste la question la plus concrète : quelle est la probabilité de s'écarter beaucoup de la moyenne ? Les deux inégalités qui suivent y répondent sans rien connaître de la loi, ce qui fait leur force et leur faiblesse.
Inégalité de Markov
Propriété
Inégalité de Markov. Soit une variable aléatoire discrète positive. Pour tout réel ,
Démonstration. Si , l'inégalité est évidente. Supposons d'espérance finie et comparons et en chaque : si , le membre de gauche vaut ; sinon il vaut par positivité de . Donc
La croissance de l'espérance et donnent , puis le résultat en divisant par .
La positivité est essentielle, et l'inégalité n'a d'intérêt que si , faute de quoi le majorant dépasse .
Inégalité de Bienaymé-Tchebychev
Propriété
Inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Soit de carré d'espérance finie, d'espérance . Pour tout réel ,
Démonstration. Posons , variable positive d'espérance finie, avec . La fonction étant croissante sur , les événements et sont égaux. L'inégalité de Markov appliquée à avec donne
Remarque
En posant , l'inégalité s'écrit : quelle que soit la loi, s'écarter de plus de écarts types a une probabilité au plus .
Exemple
Une majoration très grossière. Soit , donc et , avec . Comme , l'événement est impossible et
alors que Bienaymé-Tchebychev annonce , quatre fois trop. Ces inégalités ne connaissent de la loi que ses deux premiers moments et ne voient pas que les queues décroissent géométriquement : on les utilise quand la loi est inconnue ou intraitable, jamais pour une valeur précise.
La loi faible des grands nombres
Propriété
Loi faible des grands nombres. Soit une suite de variables discrètes indépendantes, de même loi, de carré d'espérance finie. Notons , et . Alors, pour tout et tout ,
et par conséquent cette probabilité tend vers quand tend vers .
Démonstration. Toutes les ayant la loi de , elles ont même espérance et même variance , donc par linéarité . Les variables étant indépendantes, elles le sont deux à deux : les variances s'ajoutent, donc , puis, avec pour ,
Bienaymé-Tchebychev appliquée à , d'espérance et de variance , donne
À fixé, ce majorant est de la forme avec constante, donc tend vers : le théorème d'encadrement conclut.
Remarque
Ce théorème justifie l'intuition la plus ancienne du calcul des probabilités : la moyenne d'un grand nombre de mesures indépendantes se rapproche de la moyenne théorique, et l'énoncé dit à quelle vitesse. Le majorant décroît en , donc l'écart typique en : gagner un facteur en précision coûte fois plus de mesures. Deux vigilances : la variance doit être finie, et l'énoncé porte uniquement sur une probabilité qui tend vers à fixé, sans rien affirmer sur la suite elle-même.
Application : dimensionner un nombre de mesures
Méthode
Combien de mesures pour une précision donnée ? On mesure fois une grandeur inconnue avec un appareil sans biais dont l'erreur a un écart type connu , les mesures étant indépendantes et de même loi.
1. Écrire la conclusion visée : , où .
2. Majorer le membre de gauche par la loi faible des grands nombres : il vaut au plus .
3. Il suffit donc que , c'est-à-dire .
4. Conclure avec le plus petit entier convenable, en signalant qu'il s'agit d'une condition suffisante, en général pessimiste.
Exemple
Un appareil sans biais mesure une concentration avec un écart type . Pour une précision avec un risque d'au plus :
Il suffit de mesures indépendantes, chiffre énorme parce que le raisonnement ne suppose rien sur la loi.
Méthodes
Déterminer la loi d'une variable discrète
Méthode
Situation. Une variable est définie par une phrase, on demande sa loi.
1. Déterminer précisément : c'est l'étape que l'on bâcle le plus souvent. Se demander si est atteint, si l'ensemble est fini ou infini.
2. Pour chaque valeur , décrire en mots, puis le traduire en intersection ou réunion d'événements de l'expérience.
3. Calculer : indépendance pour une intersection, probabilités composées si les épreuves s'enchaînent, probabilités totales si un paramètre est aléatoire.
4. Contrôle obligatoire : vérifier . Une somme différente de signale une valeur oubliée, une valeur en trop ou une erreur.
5. Si la variable peut valoir , traiter ce cas à part et montrer que sa probabilité est nulle, par continuité décroissante.
Exemple
Soit à valeurs dans avec . La normalisation impose par télescopage, donc et la loi est déterminée. Cette variable n'a pourtant pas d'espérance finie, on l'a vu plus haut : l'existence de la loi ne présume rien des moments.
Reconnaître une loi géométrique
Méthode
Situation. Une expérience est répétée et l'on s'intéresse au rang du premier succès, ou à un temps d'attente.
1. Identifier une suite d'épreuves indépendantes de même probabilité de succès : ces deux hypothèses, à justifier explicitement, font la loi géométrique.
2. Vérifier que est le rang de la première épreuve réussie, à valeurs dans , et conclure .
3. Si le lien n'est pas direct, calculer : trouver avec donne , voie efficace pour un minimum de temps d'attente.
4. Vérifier que lorsque l'énoncé autorise l'échec perpétuel.
5. Exploiter le formulaire sans recalculer : , , , .
Exemple
Le premier des deux détecteurs. Deux détecteurs observent le même flux, seconde après seconde : à chaque seconde le premier déclenche avec la probabilité , le second avec la probabilité , toutes ces épreuves étant indépendantes. Soit la première seconde où au moins un détecteur déclenche. En notant et leurs instants de premier déclenchement, indépendants, on a et, pour ,
En posant , il vient , donc
Contrôle : pour , , deux détecteurs valant mieux qu'un.
Calculer une espérance
Méthode
Situation. On demande ou , et plusieurs routes existent.
1. Loi usuelle ? Citer le formulaire, ne rien recalculer.
2. est une somme, même de variables dépendantes ? Utiliser la linéarité, en particulier donc . Presque toujours la voie la plus courte quand compte quelque chose.
3. est entière positive et est facile ? Utiliser la formule des queues. Typique des minima, maxima et temps d'attente.
4. On demande pour une loi connue ? Utiliser le transfert et se ramener à une série usuelle, exponentielle ou géométrique, éventuellement dérivée.
5. est une somme de variables indépendantes entières, ou est calculable ? Passer par .
6. Dans tous les cas, justifier l'existence avant d'écrire .
Exemple
Pour avec : la fonction n'est pas linéaire, la variable n'est pas une somme, et n'étant pas entière la formule des queues ne s'applique pas. Reste le transfert, qui donne . À l'inverse, pour avec deux géométriques indépendantes, le transfert exigerait la loi du minimum, alors que la formule des queues est immédiate.
Justifier une interversion de sommes
Méthode
Situation. Un calcul fait apparaître une somme double et l'on veut sommer dans l'autre ordre, ou par paquets.
1. Tous les termes sont-ils positifs ? Si oui, l'interversion est toujours licite dans , sans vérification : c'est Fubini pour les familles positives, et c'est le cas le plus fréquent en probabilités.
2. Termes de signe quelconque ? Établir la sommabilité sur les modules : majorer et montrer que c'est fini, ce qui relève du point 1.
3. La sommabilité acquise, appliquer Fubini et intervertir librement.
4. Rédiger la justification en une phrase, pas davantage.
Exemple
Calculons pour sans dériver de série entière. En écrivant , on obtient une famille positive doublement indexée, donc l'interversion est licite :
par deux sommations géométriques. On retrouve bien le résultat de la dérivation terme à terme.
Majorer une probabilité de grand écart
Méthode
Situation. On demande de majorer ou , souvent avec une loi que l'on ne veut pas expliciter.
1. Loi connue et somme calculable ? Calculer exactement, c'est toujours meilleur.
2. Sinon, si est positive et que l'on ne connaît que : appliquer Markov, en vérifiant la positivité, hypothèse que l'on oublie souvent.
3. Si l'écart est mesuré par rapport à la moyenne et que la variance est connue : appliquer Bienaymé-Tchebychev.
4. Si est une moyenne de variables indépendantes de même loi : appliquer la loi faible des grands nombres et faire apparaître le .
5. Vérifier que le majorant est inférieur à , sinon l'énoncé est vide.
Exemple
Un compteur enregistre désintégrations par minute, modélisé par , donc et . Comme , la croissance de la probabilité puis Bienaymé-Tchebychev donnent
Un tel comptage survient au plus une minute sur . La vraie probabilité est bien plus petite, mais la majoration tient en deux lignes et ne suppose que l'espérance et la variance.
Utiliser un système complet dénombrable
Méthode
Situation. Un paramètre de l'expérience est lui-même aléatoire (particules émises, essais, taille d'un lot) et l'on veut la loi d'une variable qui en dépend.
1. Choisir le système complet, presque toujours où est le paramètre aléatoire, et vérifier qu'il est complet ou quasi-complet.
2. Écrire la formule des probabilités totales
avec la convention que le terme est nul si .
3. Identifier la loi conditionnelle de sachant : c'est l'étape de modélisation, souvent une loi binomiale.
4. Réduire la somme : supprimer les termes nuls, changer d'indice pour retrouver une série usuelle. Tous les termes étant positifs, les manipulations sont licites.
5. Reconnaître la loi obtenue et contrôler que .
Exemple
Détection avec un rendement imparfait. Une source émet photons par seconde, chacun étant détecté avec la probabilité , indépendamment des autres et de . Soit le nombre de photons détectés.
Sachant , les détections forment épreuves indépendantes de probabilité de succès : la loi conditionnelle de sachant est . Le système est complet et les termes d'indice sont nuls, donc
après simplification de et le changement d'indice .
Conclusion : . Un comptage de Poisson vu à travers un détecteur de rendement reste un comptage de Poisson, de taux multiplié par , ce qui explique la robustesse de cette loi en physique expérimentale. Contrôle : .
Ce chapitre repose sur un petit nombre d'outils à manier sans hésitation. La sommabilité n'est pas décorative : c'est elle qui autorise les interversions de sommes, et une interversion non justifiée est une faute. L'espérance est linéaire sans aucune hypothèse, d'où la force des indicatrices, alors que la variance ne s'additionne qu'avec de l'indépendance. La fonction génératrice change une somme de variables indépendantes en produit et caractérise la loi. Enfin, Markov, Bienaymé-Tchebychev et la loi faible des grands nombres donnent des majorations universelles, grossières mais gratuites, qui relient le modèle à l'expérience.
Bloqué sur « Variables aléatoires discrètes » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.