PC · Chapitre 07

Calcul différentiel

Dérivabilité des fonctions vectorielles, fonctions de plusieurs variables, dérivées partielles, gradient, fonctions de classe C², matrice hessienne, formule de Taylor-Young à l'ordre 2, extremums.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Dérivabilité des fonctions vectorielles
  • Fonctions de plusieurs variables
  • Dérivées partielles
  • Gradient
  • Fonctions de classe C²
  • Matrice hessienne
  • Formule de Taylor-Young à l'ordre 2
  • Extremums

En première année, vous avez appris à dériver une fonction f:IR définie sur un intervalle de R et à valeurs réelles. Tout le calcul différentiel de PC consiste à faire sauter, l'une après l'autre, les deux restrictions contenues dans cette phrase : « à valeurs réelles », puis « définie sur un intervalle de R ». Le chapitre est donc double, et il faut voir dès le départ que ses deux moitiés ne présentent pas du tout la même difficulté.

La première généralisation porte sur l'ensemble d'arrivée. On considère des fonctions f:IRn, encore définies sur un intervalle de R : on ne dérive toujours que par rapport à une seule variable. Cette moitié-là est facile, et pour une raison précise : dériver une fonction à valeurs dans Rn revient exactement à dériver ses n coordonnées, qui sont des fonctions numériques déjà connues. Ce qui est réellement nouveau, ce ne sont pas les définitions, ce sont les règles de dérivation des opérations : image par une application linéaire, par une application bilinéaire, par une application p-linéaire. Ces trois énoncés, d'apparence abstraite, sont en fait trois outils de calcul très concrets, puisqu'ils fournissent d'un coup la dérivée d'un produit scalaire tf(t),g(t), d'une norme au carré tf(t)2 et d'un déterminant tdet(C1(t),,Cn(t)).

La seconde généralisation porte sur l'ensemble de départ, et elle est beaucoup plus délicate. Dès que la source est Rp avec p2, il n'y a plus une seule façon de s'approcher d'un point a : il y en a une infinité, une par direction, et même une infinité de chemins par direction. On peut certes dériver le long de chacun des axes, et l'on obtient les dérivées partielles, déjà rencontrées en PCSI. Mais l'expérience du chapitre, et son piège central, est que ces p nombres sont beaucoup trop pauvres pour décrire le comportement local de f : il existe des fonctions dont les deux dérivées partielles existent en un point et qui n'y sont même pas continues. La bonne notion n'est donc pas « f admet des dérivées partielles », mais « f est de classe C1 », c'est-à-dire « f admet des dérivées partielles continues ». Sous cette hypothèse, et sous elle seulement, tout redevient simple : f admet un développement limité d'ordre 1, elle est continue, ses dérivées selon un vecteur se calculent par une formule linéaire, et la règle de la chaîne s'applique.

Les applications en physique et en chimie sont partout, et elles ne sont pas décoratives : elles ont dicté le contenu du programme. La première moitié du chapitre est le langage de la cinématique : si f(t) est le vecteur position d'un point mobile, f(t) est son vecteur vitesse, f(t) son vecteur accélération, et f(t) sa vitesse scalaire. Le résultat « f constante équivaut à f,f=0 » est exactement l'énoncé qui dit qu'un point astreint à rester sur un cercle ou sur une sphère a une vitesse orthogonale à son rayon. La seconde moitié est le langage des champs : le gradient d'un champ de température, dont l'opposé donne le sens de diffusion de la chaleur, le gradient d'un champ de concentration en cinétique chimique, le gradient d'une énergie potentielle dont dérive une force. Et la recherche d'extremums est le cœur de toute optimisation de rendement : un chimiste qui cherche le couple (T,p) maximisant le rendement d'une réaction, ou qui ajuste une surface de réponse à des données expérimentales, résout exactement le problème traité dans la dernière section.

Le chapitre a d'ailleurs une destination très claire, et il vaut mieux la connaître dès la première ligne : la recherche des extremums d'une fonction de deux ou trois variables. Tout y converge. La condition nécessaire d'ordre 1 — un extremum local en un point intérieur est un point critique — n'utilise que le gradient. La condition suffisante d'ordre 2 utilise la formule de Taylor-Young et la matrice hessienne, qui est une matrice symétrique réelle : c'est là que le chapitre sur les endomorphismes des espaces euclidiens revient jouer un rôle décisif, puisque c'est le théorème spectral qui permet de lire le comportement de f sur le signe des valeurs propres de la hessienne, et donc en dimension 2 sur son déterminant et sa trace.

Fixons enfin les notations, valables dans tout le chapitre. Dans la première section, I désigne un intervalle de R non réduit à un point et les fonctions vont de I dans Rn, muni de sa base canonique (ε1,,εn) ; comme Rn est de dimension finie, toutes les normes y sont équivalentes et la notion de limite ne dépend pas de la norme choisie. Dans les sections suivantes, Ω désigne un ouvert de Rp, avec p=2 ou p=3 en pratique, Rp étant muni de sa base canonique (e1,,ep), de son produit scalaire canonique u,v=iuivi et de la norme euclidienne associée u=u,u. Les fonctions y sont à valeurs réelles, ce qui n'est pas une perte de généralité : l'étude d'une fonction de Rp dans Rn se ramène à celle de ses n coordonnées. Un point de Rp s'écrit en ligne, (x,y) ou (x,y,z) ou (x1,,xp) ; on ne passe en colonne que dans un calcul matriciel. Attention à une collision de lettres inévitable, puisqu'elle vient du programme lui-même : la lettre p désigne le nombre de facteurs dans « application p-linéaire » (première section) et le nombre de variables dans Rp (sections suivantes).

Un mot, pour finir, sur la rédaction attendue. Le programme de PC demande explicitement d'éviter tout excès de rigueur et de se limiter à la vérification des hypothèses cruciales. Concrètement : on ne rédige pas d'épsilontique, on ne redémontre pas qu'une fonction polynomiale est de classe C, mais on écrit toujours, avant d'appliquer un théorème, la phrase qui en vérifie les hypothèses décisives : « Ω est un ouvert », « f est de classe C1 comme quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas », « le point a est intérieur », « la partie est fermée bornée non vide donc f y est bornée et atteint ses bornes ». Quatre résultats seulement seront admis dans ce chapitre, et tous les quatre figurent parmi ceux dont le programme dispense de démonstration : la dérivée de M(f1,,fp) pour M p-linéaire, l'existence du développement limité d'ordre 1 d'une fonction de classe C1, le théorème de Schwarz et la formule de Taylor-Young à l'ordre 2. Tout le reste est démontré.

Dérivabilité des fonctions vectorielles

Dans toute cette section, I est un intervalle de R non réduit à un point, n un entier naturel non nul, et les fonctions considérées vont de I dans Rn.

Dérivée en un point, dérivée sur un intervalle

La définition est mot pour mot celle de PCSI : seul change le fait que le taux d'accroissement est maintenant un vecteur de Rn, et que la limite est prise dans Rn.

Définition

Soit f:IRn et aI. On dit que f est dérivable en a lorsque le taux d'accroissement

τa(h)=f(a+h)f(a)h

admet une limite dans Rn quand h tend vers 0 (avec h0 et a+hI). Cette limite est alors unique ; on l'appelle le vecteur dérivé de f en a et on la note f(a).

On dit que f est dérivable sur I lorsqu'elle est dérivable en tout point de I. L'application f:IRn est alors appelée fonction dérivée de f.

Remarque

Le quotient f(a+h)f(a)h a un sens : f(a+h)f(a) est un vecteur de Rn et h un réel non nul, on multiplie donc un vecteur par le scalaire 1/h. En revanche, il n'y a pas de « division par un vecteur » : c'est bien parce que la variable reste réelle que la définition tient telle quelle.

Comme Rn est de dimension finie, toutes les normes y sont équivalentes, donc la convergence du taux d'accroissement ne dépend pas de la norme choisie pour l'exprimer. On n'a donc jamais à préciser « dérivable pour telle norme ».

La première caractérisation est celle qui servira le plus souvent dans les démonstrations, parce qu'elle transforme une limite en une égalité.

Propriété

Caractérisation par le développement limité d'ordre 1. Soit f:IRn, aI et Rn. Les deux assertions suivantes sont équivalentes :

(i) f est dérivable en a et f(a)= ;

(ii) f admet en a le développement limité d'ordre 1

f(a+h)=f(a)+h+o(h).

Démonstration. Rappelons que l'écriture u(h)=o(h), pour une fonction u à valeurs dans Rn, signifie qu'il existe une fonction ε à valeurs dans Rn, de limite nulle en 0, telle que u(h)=hε(h) au voisinage de 0.

Pour h0 tel que a+hI, posons

ε(h)=f(a+h)f(a)h,

ce qui est licite puisque h0. En multipliant par h et en réordonnant, on obtient l'identité, valable pour tout tel h,

f(a+h)=f(a)+h+hε(h).

Supposons (i). Alors f(a+h)f(a)h quand h0, c'est-à-dire ε(h)0. L'identité ci-dessus s'écrit donc f(a+h)=f(a)+h+o(h), ce qui est (ii).

Réciproquement, supposons (ii). Il existe alors une fonction η de limite nulle en 0 telle que f(a+h)=f(a)+h+hη(h). En comparant avec l'identité ci-dessus, on obtient hε(h)=hη(h), donc ε(h)=η(h) pour h0, et par suite ε(h)0. Cela signifie exactement que le taux d'accroissement tend vers , c'est-à-dire (i).

La seconde caractérisation est celle qui sert le plus souvent en calcul : elle ramène tout à la première année.

Propriété

Caractérisation par les coordonnées. Soit f:IRn, de coordonnées f=(f1,,fn) dans la base canonique de Rn, et soit aI. Alors f est dérivable en a si et seulement si chacune des n fonctions numériques f1,,fn est dérivable en a, et dans ce cas

f(a)=(f1(a),,fn(a)).

Le même énoncé vaut pour la dérivabilité sur I tout entier.

Démonstration. La démonstration repose sur un seul fait, acquis au chapitre des espaces vectoriels normés : dans Rn, une suite ou une fonction converge si et seulement si chacune de ses n coordonnées converge, et la limite est alors le vecteur des limites. C'est immédiat avec la norme u=max1jnuj, puisque ujukuk ; et comme toutes les normes de Rn sont équivalentes, le résultat ne dépend pas de la norme.

Soit alors h0 tel que a+hI. Le vecteur

τa(h)=f(a+h)f(a)h

a pour j-ième coordonnée le réel fj(a+h)fj(a)h, c'est-à-dire le taux d'accroissement de fj en a. D'après le fait rappelé, τa(h) admet une limite dans Rn quand h0 si et seulement si chacun de ces n taux d'accroissement réels admet une limite dans R, c'est-à-dire si et seulement si chaque fj est dérivable en a ; et dans ce cas la limite est le vecteur (f1(a),,fn(a)).

Remarque

Cette propriété est la raison pour laquelle la première moitié du chapitre est facile : on ne dérive jamais autre chose que des fonctions numériques. En pratique, pour dériver une fonction à valeurs dans Rn, on dérive chaque coordonnée séparément, avec les règles de PCSI, et on range les résultats dans un vecteur.

Attention cependant : cette réduction aux coordonnées est confortable, mais elle est souvent maladroite pour les résultats structurels. Le calcul de la dérivée d'un produit scalaire ou d'un déterminant se fait beaucoup plus vite avec les règles de la sous-section « Opérations » qu'en développant en coordonnées.

Propriété

Dérivable implique continue. Si f:IRn est dérivable en a, alors f est continue en a.

Démonstration. Le développement limité d'ordre 1 donne f(a+h)=f(a)+hf(a)+hε(h) avec ε(h)0. Quand h0, le terme hf(a) tend vers 0Rn et le terme hε(h) aussi, donc f(a+h)f(a) : c'est la continuité de f en a.

Exemple

Une dérivée calculée de deux façons. Soit f:RR2 définie par f(t)=(t2,t3), et calculons f(1).

Par le taux d'accroissement. Pour h0,

f(1+h)f(1)h=1h((1+h)21, (1+h)31)=1h(2h+h2, 3h+3h2+h3)=(2+h, 3+3h+h2).

Quand h0, ce vecteur tend vers (2,3), donc f est dérivable en 1 et f(1)=(2,3).

Par les coordonnées. Les fonctions tt2 et tt3 sont dérivables sur R, donc f l'est aussi, avec f(t)=(2t,3t2). En t=1 : f(1)=(2,3). Les deux méthodes concordent.

On notera au passage que f(0)=(0,0) : le vecteur dérivé d'une fonction vectorielle peut parfaitement être nul sans que la fonction soit constante.

Interprétation cinématique

C'est le vocabulaire que la physique utilise en permanence, et le programme le mentionne explicitement. Il faut le maîtriser au même titre que les formules.

Définition

Soit f:IRn (avec n=2 ou n=3) dérivable, interprétée comme la position à l'instant t d'un point mobile M(t). On appelle alors :

  • vecteur vitesse à l'instant t le vecteur f(t) ;
  • vitesse scalaire à l'instant t le réel positif f(t) ;
  • vecteur accélération à l'instant t le vecteur f(t), lorsqu'il existe.

Le mouvement est dit uniforme lorsque la vitesse scalaire f(t) est constante.

Remarque

Il faut distinguer soigneusement deux énoncés qui se ressemblent et qui n'ont rien à voir. « f est constante » signifie que le vecteur vitesse ne change ni en norme ni en direction : le mouvement est rectiligne uniforme. « f est constante » signifie seulement que la vitesse scalaire ne change pas : le mouvement est uniforme, mais la trajectoire peut tourner autant qu'elle veut.

Exemple

Mouvement circulaire uniforme. Soient R>0 et ω un réel non nul. On considère

f:RR2,f(t)=(Rcos(ωt), Rsin(ωt)).

Position. f(t)2=R2cos2(ωt)+R2sin2(ωt)=R2, donc f(t)=R : le point reste sur le cercle de centre l'origine et de rayon R.

Vitesse. En dérivant coordonnée par coordonnée,

f(t)=(Rωsin(ωt), Rωcos(ωt)),f(t)=Rω.

La vitesse scalaire est constante : le mouvement est bien uniforme.

Accélération.

f(t)=(Rω2cos(ωt), Rω2sin(ωt))=ω2f(t),

de norme Rω2. L'accélération est dirigée vers le centre : elle est centripète.

Orthogonalité. Enfin

f(t),f(t)=R2ωcos(ωt)sin(ωt)+R2ωsin(ωt)cos(ωt)=0,

donc le vecteur vitesse est orthogonal au rayon à chaque instant. Ce n'est pas un accident : la sous-section suivante montre que c'est une conséquence générale du fait que f soit constante.

Opérations

Voici le cœur calculatoire de la section. Les cinq énoncés qui suivent servent en permanence ; pour les deux qui portent sur les applications bilinéaires et p-linéaires, le programme précise que leur démonstration n'est pas exigible. On démontre malgré tout le cas linéaire et le cas bilinéaire, qui sont courts et instructifs.

Propriété

Combinaison linéaire. Soient f,g:IRn dérivables en a et λ,μR. Alors λf+μg est dérivable en a et

(λf+μg)(a)=λf(a)+μg(a).

En particulier, l'ensemble des fonctions dérivables de I dans Rn est un sous-espace vectoriel de l'ensemble des fonctions de I dans Rn, et ff y est linéaire.

Propriété

Image par une application linéaire. Soient f:IRn dérivable en a et L:RnRm une application linéaire. Alors Lf est dérivable en a et

(Lf)(a)=L(f(a)).

Démonstration. Soit h0 tel que a+hI. Par linéarité de L,

L(f(a+h))L(f(a))h=L ⁣(f(a+h)f(a)h).

Or L est une application linéaire entre espaces de dimension finie, donc elle est continue. Comme le taux d'accroissement de f tend vers f(a) quand h0, son image par L tend vers L(f(a)). Le membre de gauche, qui est le taux d'accroissement de Lf en a, converge donc vers L(f(a)).

Remarque

Retenez la formule sous la forme parlante : une application linéaire « traverse » la dérivation. Une conséquence utile : si AMm,n(R) est une matrice fixe et X:IMn,1(R) une fonction colonne dérivable, alors tAX(t) est dérivable de dérivée AX(t). La matrice, étant constante, sort simplement de la dérivation.

Propriété

Image par une application bilinéaire. Soient f:IRn et g:IRm dérivables en a, et B:Rn×RmRq une application bilinéaire. Alors tB(f(t),g(t)) est dérivable en a et

(B(f,g))(a)=B(f(a),g(a))+B(f(a),g(a)).

Démonstration (donnée pour la culture : le programme précise que cette démonstration n'est pas exigible). Le point de départ est un découpage en deux morceaux, obtenu en ajoutant et retranchant B(f(a),g(a+h)) :

B(f(a+h),g(a+h))B(f(a),g(a))=B(f(a+h)f(a),g(a+h))+B(f(a),g(a+h)g(a)),

égalité qui n'utilise que la linéarité de B par rapport à sa première variable puis à sa seconde. En divisant par h0 et en utilisant à nouveau la bilinéarité pour faire entrer le scalaire 1/h dans chaque argument, on obtient

B(f(a+h),g(a+h))B(f(a),g(a))h=B ⁣(f(a+h)f(a)h,g(a+h))+B ⁣(f(a),g(a+h)g(a)h).

Une application bilinéaire entre espaces de dimension finie est continue. Quand h0, le premier taux d'accroissement tend vers f(a) et g(a+h)g(a) par continuité de g, donc le premier terme tend vers B(f(a),g(a)) ; le second tend vers B(f(a),g(a)).

Propriété

Image par une application p-linéaire (admis). Soient f1,,fp des fonctions dérivables en a, fk étant à valeurs dans Rnk, et M une application p-linéaire définie sur Rn1××Rnp. Alors tM(f1(t),,fp(t)) est dérivable en a et

(M(f1,,fp))(a)=k=1pM(f1(a),,fk1(a),fk(a),fk+1(a),,fp(a)).

Autrement dit : on dérive un argument à la fois, en laissant les autres intacts, et on somme les p termes obtenus.

Propriété

Composition à la source. Soient J un intervalle de R, φ:JR dérivable avec φ(J)I, et f:IRn dérivable. Alors fφ est dérivable sur J et

(fφ)(u)=φ(u)×f(φ(u)).

Le facteur φ(u) est un scalaire, le facteur f(φ(u)) un vecteur : le produit est bien un vecteur de Rn.

Exemple

Vérification sur un exemple. Soient f(u)=(cosu,sinu) et φ(t)=t2. Alors (fφ)(t)=(cost2,sint2), dont la dérivée, calculée coordonnée par coordonnée, vaut

(2tsint2, 2tcost2)=2t×(sint2,cost2)=φ(t)×f(φ(t)).

La formule est confirmée.

Méthode

Quelle règle appliquer ? Devant une expression à dériver en t, on identifie d'abord sa structure, avant tout calcul.

  • L'expression est une somme de termes vectoriels : linéarité, on dérive terme à terme.
  • L'expression est de la forme « objet fixe appliqué à une fonction » (AX(t), L(f(t)), une projection, une coordonnée) : c'est le cas linéaire, l'objet fixe sort de la dérivation.
  • L'expression fait intervenir deux fonctions vectorielles liées par un produit scalaire, un produit de matrices, ou toute autre opération linéaire en chacune : c'est le cas bilinéaire, on applique la règle du produit.
  • L'expression est un déterminant de n colonnes fonctions du temps : c'est le cas n-linéaire, on dérive une colonne à la fois.
  • L'expression est une fonction vectorielle évaluée en un temps déformé φ(t) : c'est la composition à la source, on multiplie par le scalaire φ(t).

Le réflexe fautif à éviter est de tout développer en coordonnées : c'est toujours possible, mais c'est souvent trois fois plus long et cela masque la structure du résultat.

Les quatre applications qui suivent sont les applications à connaître. Elles tombent dans tous les sujets, et il est bien plus rapide de les invoquer que de repasser par les coordonnées.

Dérivée d'un produit scalaire

Propriété

Produit scalaire. Soient f,g:IRn dérivables. Alors tf(t),g(t) est dérivable sur I et

ddtf(t),g(t)=f(t),g(t)+f(t),g(t).

Démonstration. Le produit scalaire canonique B:(u,v)u,v est une application bilinéaire de Rn×Rn dans R. La propriété sur les applications bilinéaires s'applique donc directement et donne la formule annoncée.

Propriété

Norme au carré. Soit f:IRn dérivable. Alors tf(t)2 est dérivable sur I et

ddtf(t)2=2f(t),f(t).

Démonstration. Il suffit d'écrire f(t)2=f(t),f(t) et d'appliquer la propriété précédente avec g=f :

ddtf(t),f(t)=f(t),f(t)+f(t),f(t)=2f(t),f(t)

par symétrie du produit scalaire.

Propriété

Caractérisation des mouvements à norme constante. Soit f:IRn dérivable. Alors

f est constante sur I    tI, f(t),f(t)=0.

Autrement dit, un point mobile reste sur une sphère centrée à l'origine si et seulement si son vecteur vitesse est à tout instant orthogonal à son vecteur position.

Démonstration. Posons N(t)=f(t)2. Comme la fonction f est à valeurs positives, elle est constante sur I si et seulement si N l'est : en effet xx2 est injective sur R+, donc f(t1)=f(t2) équivaut à N(t1)=N(t2).

Par la propriété précédente, N est dérivable sur I avec N(t)=2f(t),f(t).

Supposons f constante. Alors N est constante, donc N=0, c'est-à-dire 2f(t),f(t)=0 pour tout t, donc f(t),f(t)=0.

Réciproquement, supposons f(t),f(t)=0 pour tout tI. Alors N=0 sur I. Or N est une fonction numérique dérivable de dérivée nulle sur un intervalle : elle est donc constante. Par conséquent f=N est constante.

Remarque

L'hypothèse « I est un intervalle » est cruciale dans le sens réciproque : c'est elle qui permet de conclure qu'une fonction numérique de dérivée nulle est constante. Sur une réunion de deux intervalles disjoints, la conclusion tomberait. On retrouvera exactement ce phénomène, en plusieurs variables, avec la caractérisation des fonctions constantes sur un ouvert convexe.

Ce résultat est un réflexe à avoir en cinématique : dès qu'un énoncé dit « le point M se déplace sur un cercle », « sur une sphère », « OM est constante », on écrit immédiatement f,f=0, et réciproquement.

Exemple

Un produit scalaire dérivé de deux façons. Soient f(t)=(t,t2,1) et g(t)=(cost,0,sint), toutes deux de classe C sur R.

Par la règle. On a f(t)=(1,2t,0) et g(t)=(sint,0,cost), donc

f(t),g(t)=cost,f(t),g(t)=tsint+cost,

et la dérivée cherchée vaut cost+(tsint+cost)=2costtsint.

Par le calcul direct. f(t),g(t)=tcost+0+sint, dont la dérivée est

(costtsint)+cost=2costtsint.

Les deux résultats coïncident.

Exemple

Un mouvement sur une sphère. Soit α]0,π2[ fixé et

f(t)=(sinαcost, sinαsint, cosα).

On calcule f(t)2=sin2α(cos2t+sin2t)+cos2α=1 : le point reste sur la sphère unité. La caractérisation prédit donc f,f=0, ce que le calcul confirme :

f(t)=(sinαsint, sinαcost, 0),f(t),f(t)=sin2αcostsint+sin2αsintcost+0=0.

La vitesse scalaire vaut f(t)=sinα, constante : le mouvement est uniforme, et d'autant plus rapide que le parallèle décrit est proche de l'équateur.

Dérivée d'un déterminant

Propriété

Dérivée d'un déterminant. Soient C1,,Cn:IRn des fonctions dérivables. Alors la fonction

D:tdet(C1(t),,Cn(t))

(déterminant calculé dans la base canonique de Rn) est dérivable sur I et

D(t)=k=1ndet(C1(t),,Ck1(t),Ck(t),Ck+1(t),,Cn(t)).

On dérive une colonne à la fois et on somme les n déterminants obtenus.

Démonstration. Le déterminant de n vecteurs dans une base fixée est, par définition, une forme n-linéaire sur (Rn)n. La propriété admise sur les applications p-linéaires, appliquée avec p=n et M=det, donne exactement la formule annoncée.

Exemple

Un déterminant 2×2 dérivé de deux façons. Posons

C1(t)=(tt2),C2(t)=(costsint),D(t)=det(C1(t),C2(t)).

Méthode 1 : on développe, puis on dérive.

D(t)=tsintt2cost,

donc, par la règle du produit,

D(t)=(sint+tcost)(2tcostt2sint)=sinttcost+t2sint.

Méthode 2 : on applique la formule. Ici C1(t)=(12t) et C2(t)=(sintcost), d'où

det(C1(t),C2(t))=1cost2tsint=sint2tcost,det(C1(t),C2(t))=tsintt2cost=tcost+t2sint.

La somme vaut sint2tcost+tcost+t2sint=sinttcost+t2sint : les deux méthodes donnent bien le même résultat.

Remarque

Sur un exemple 2×2, développer d'abord est évidemment plus rapide. L'intérêt de la formule apparaît dès que la taille grandit, ou dès que les colonnes ne sont pas données explicitement : c'est alors le seul moyen de calculer D. Elle sert aussi à démontrer des résultats de structure, par exemple à étudier la dérivée de tdet(A(t)) pour une fonction matricielle A dérivable, en voyant A(t) comme la juxtaposition de ses colonnes.

Fonctions de classe Ck

Définition

Soit kN et f:IRn. On définit les dérivées successives de f par récurrence : f(0)=f et, si f(j) existe et est dérivable sur I, f(j+1)=(f(j)).

On dit que f est de classe Ck sur I lorsque f est k fois dérivable sur I et que f(k) est continue sur I. On dit que f est de classe C sur I lorsque f est de classe Ck pour tout kN.

Propriété

Caractérisation par les coordonnées. Avec f=(f1,,fn), la fonction f est de classe Ck sur I si et seulement si chacune des n fonctions numériques fj l'est, et dans ce cas

f(k)=(f1(k),,fn(k)).

Propriété

Stabilité par les opérations. Soient f,g de classe Ck sur I, λ,μR, L linéaire, B bilinéaire, M p-linéaire et φ:JI de classe Ck à valeurs réelles. Alors les fonctions

λf+μg,Lf,B(f,g),M(f1,,fp),fφ

sont de classe Ck. En particulier tf(t),g(t), tf(t)2 et tdet(C1(t),,Cn(t)) sont de classe Ck dès que leurs arguments le sont.

Exemple

Une hélice. Soit f:RR3, f(t)=(cost,sint,t). Ses trois coordonnées sont de classe C sur R, donc f aussi, avec

f(t)=(sint,cost,1),f(t)=(cost,sint,0).

La vitesse scalaire vaut f(t)=sin2t+cos2t+1=2 : le mouvement est uniforme. En revanche f(t)2=1+t2 n'est pas constante, et l'on vérifie que f(t),f(t)=costsint+sintcost+t=t, qui n'est nul qu'en t=0 : cohérent avec la caractérisation des mouvements à norme constante.

Dérivées partielles et fonctions de classe C1

On change maintenant de côté : la variable devient vectorielle, et les fonctions sont à valeurs réelles. Le programme précise que l'on se limite en pratique à p=2 ou p=3 variables.

Ouverts, notations

Définition

Une partie Ω de Rp est un ouvert lorsque, pour tout aΩ, il existe un réel r>0 tel que la boule ouverte B(a,r)={xRp  ;  xa<r} soit incluse dans Ω.

Cette notion est acquise depuis le chapitre sur les espaces vectoriels normés ; on rappelle seulement les exemples usuels, qui suffiront ici : Rp tout entier, une boule ouverte, un demi-plan ouvert {(x,y)  ;  x>0}, le complémentaire d'un point comme R2{(0,0)}, ou encore un ensemble défini par une inégalité stricte portant sur une fonction continue.

Il faut comprendre pourquoi tout le chapitre se déroule sur un ouvert, et la raison est parfaitement concrète : on veut pouvoir bouger un peu dans toutes les directions à partir de n'importe quel point.

Propriété

Soit Ω un ouvert de Rp, aΩ et vRp un vecteur non nul. Alors il existe δ>0 tel que

t]δ,δ[,a+tvΩ.

Démonstration. Comme Ω est ouvert, il existe r>0 tel que B(a,r)Ω. Posons δ=rv, licite puisque v0. Pour t<δ, on a (a+tv)a=tv<δv=r, donc a+tvB(a,r)Ω.

Remarque

C'est cette propriété, et elle seule, qui rend légitimes toutes les définitions de la section : sans elle, l'expression f(a+tv) n'aurait pas de sens pour les petits t, et l'on ne pourrait pas former de taux d'accroissement. Le mot « ouvert » n'est donc jamais décoratif dans un énoncé de calcul différentiel : c'est une hypothèse de travail. C'est aussi pour cela qu'un extremum situé au bord d'un domaine échappera complètement à la théorie des points critiques.

Dérivée selon un vecteur

Définition

Soient Ω un ouvert de Rp, f:ΩR, aΩ et vRp. On dit que f admet en a une dérivée selon le vecteur v lorsque la fonction

φv:tf(a+tv),

définie sur un intervalle ouvert contenant 0, est dérivable en 0. On note alors

Dvf(a)=φv(0)=limt0t0f(a+tv)f(a)t.

Remarque

Pour v=0, la fonction φv est constante et D0f(a)=0 : ce cas est sans intérêt.

L'homogénéité est en revanche toujours vraie : si Dvf(a) existe et si λR, alors Dλvf(a) existe et vaut λDvf(a). Il suffit d'écrire f(a+tλv)=φv(λt) et de dériver en t=0.

En revanche, l'additivité Dv+wf(a)=Dvf(a)+Dwf(a) est fausse en général : elle n'est garantie que sous l'hypothèse « f de classe C1 », comme on le verra plus loin. C'est un point que les copies oublient systématiquement.

Définition

Soient Ω un ouvert de Rp, f:ΩR et aΩ. Pour i{1,,p}, la i-ième dérivée partielle d'ordre 1 de f en a est, lorsqu'elle existe, la dérivée de f en a selon le i-ième vecteur ei de la base canonique :

fxi(a)=Deif(a)=limt0t0f(a1,,ai+t,,ap)f(a1,,ap)t.

Pour p=2 on note fx(a) et fy(a) ; pour p=3 on ajoute fz(a).

Méthode

Calculer une dérivée partielle. En pratique, fxi se calcule en dérivant l'expression de f par rapport à la seule variable xi, toutes les autres variables étant traitées comme des constantes. On utilise alors sans réserve les règles de dérivation de PCSI (somme, produit, quotient, composée).

On ne revient au taux d'accroissement que dans un seul cas : lorsque f est définie par une formule différente au point étudié, typiquement une fonction prolongée par 0 à l'origine. Là, l'expression générale ne s'applique plus et le calcul doit être fait à la main.

Exemple

Dérivées partielles et dérivée selon un vecteur. Soit f(x,y)=x2y+y3 sur Ω=R2, et soit a=(1,1).

Dérivées partielles. En dérivant par rapport à x à y fixé, puis par rapport à y à x fixé :

fx(x,y)=2xy,fy(x,y)=x2+3y2,

d'où fx(1,1)=2 et fy(1,1)=4.

Dérivée selon v=(1,2), par la définition. On pose φ(t)=f(1+t,1+2t), soit

φ(t)=(1+t)2(1+2t)+(1+2t)3=(1+4t+5t2+2t3)+(1+6t+12t2+8t3),

donc φ(t)=2+10t+17t2+10t3 et Dvf(1,1)=φ(0)=10.

Contrôle. On constate que 1×fx(1,1)+2×fy(1,1)=2+8=10. Cette coïncidence n'en est pas une : c'est la formule Dvf(a)=df(a)v, valable ici parce que f est de classe C1.

Fonctions de classe C1

Voici la définition centrale du chapitre. Elle est plus forte que la simple existence des dérivées partielles, et c'est exactement ce qui fait sa valeur.

Définition

Soient Ω un ouvert de Rp et f:ΩR. On dit que f est de classe C1 sur Ω lorsque les p dérivées partielles d'ordre 1 de f :

  • existent en tout point de Ω ;
  • et définissent des fonctions fxi:ΩR continues sur Ω.

On note C1(Ω,R) l'ensemble de ces fonctions.

Propriété

Opérations sur les fonctions de classe C1. Soient f,gC1(Ω,R) et λ,μR. Alors :

1. λf+μg est de classe C1, et (λf+μg)xi=λfxi+μgxi ;

2. fg est de classe C1, et (fg)xi=fxig+fgxi ;

3. si g ne s'annule pas sur Ω, fg est de classe C1, et

xi ⁣(fg)=fxigfgxig2;

4. si u est de classe C1 sur un intervalle J contenant f(Ω), alors uf est de classe C1 sur Ω, et

(uf)xi=(uf)×fxi.

En conséquence, C1(Ω,R) est un R-espace vectoriel, et même une R-algèbre.

Remarque

Ces règles sont exactement celles de PCSI, appliquées une variable à la fois. Le point vraiment nouveau est ailleurs : elles garantissent non seulement l'existence des dérivées partielles, mais aussi leur continuité, puisque somme, produit, quotient et composée de fonctions continues sont continus. On obtient donc la classe C1 d'un seul coup, sans repasser par les définitions.

En pratique, on ne démontre presque jamais qu'une fonction est de classe C1 : on l'invoque en une phrase, en identifiant la construction utilisée. Voici les formulations attendues.

Exemple

Justifications rapides de la classe C1.

a. f(x,y)=x3y2xy2+5 est polynomiale en (x,y), donc de classe C sur R2.

b. g(x,y)=xx2+y2 est de classe C sur R2{(0,0)} comme quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas sur cet ouvert.

c. h(x,y)=exycos(x+y) est de classe C sur R2 comme produit et composées de fonctions de classe C (ueu et ucosu le sont sur R).

d. k(x,y,z)=x2+y2+z2 est de classe C sur R3{(0,0,0)} : c'est uu, de classe C sur ]0,+[, composée avec la fonction polynomiale x2+y2+z2, qui y est strictement positive. En revanche, rien n'est acquis à l'origine, où le radicande s'annule.

Développement limité d'ordre 1 et différentielle

C'est le théorème qui donne tout son sens à la définition de la classe C1. Le programme précise que sa démonstration n'est pas exigible : on l'admet.

Propriété

Développement limité d'ordre 1 (admis). Soient Ω un ouvert de Rp, fC1(Ω,R) et aΩ. Alors f admet en a un développement limité d'ordre 1 :

f(a+h)=f(a)+i=1pfxi(a)hi+o(h)quand h=(h1,,hp)0.

Propriété

Continuité. Toute fonction de classe C1 sur un ouvert Ω y est continue.

Démonstration. Soit aΩ. Dans le développement limité ci-dessus, chaque terme fxi(a)hi tend vers 0 quand h0, et le reste o(h) aussi. Donc f(a+h)f(a) quand h0 : f est continue en a. Comme a est quelconque dans Ω, f est continue sur Ω.

La partie linéaire du développement limité mérite un nom : c'est la différentielle.

Définition

Soient Ω un ouvert de Rp, fC1(Ω,R) et aΩ. La différentielle de f en a est la forme linéaire sur Rp

df(a): h=(h1,,hp)i=1pfxi(a)hi,

dont la valeur en h est notée df(a)h.

Remarque

Trois précautions de lecture, dans l'ordre de fréquence des erreurs.

D'abord, df(a) n'est pas un nombre : c'est une application de Rp dans R. Le nombre, c'est df(a)h, obtenu après avoir donné un vecteur h.

Ensuite, df(a) est linéaire en h, pas en a : les coefficients fxi(a) dépendent du point a, souvent de façon très non linéaire.

Enfin, le développement limité se réécrit de façon compacte

f(a+h)=f(a)+df(a)h+o(h),

qui est la généralisation exacte de f(a+h)=f(a)+hf(a)+o(h) vue en une variable. La différentielle est donc le bon substitut au nombre dérivé.

Propriété

Dérivée selon un vecteur d'une fonction de classe C1. Soient fC1(Ω,R), aΩ et v=(v1,,vp)Rp. Alors Dvf(a) existe et

Dvf(a)=df(a)v=i=1pvifxi(a).

En particulier, l'application vDvf(a) est linéaire sur Rp.

Démonstration. Le cas v=0 est immédiat, les deux membres étant nuls. Supposons v0. Comme Ω est ouvert, a+tvΩ pour t assez petit. Appliquons le développement limité d'ordre 1 avec h=tv :

f(a+tv)=f(a)+df(a)(tv)+o(tv)=f(a)+t(df(a)v)+o(t),

où l'on a utilisé la linéarité de df(a) pour sortir le scalaire t, puis le fait que tv=tv avec v constant, ce qui donne o(tv)=o(t). En divisant par t0 :

f(a+tv)f(a)t=df(a)v+o(t)tt0df(a)v.

Donc Dvf(a) existe et vaut df(a)v. La linéarité en v est alors celle de la forme linéaire df(a).

Il faut maintenant énoncer très clairement le piège central du chapitre. Il est responsable de plus d'erreurs à lui seul que tout le reste réuni.

Remarque

Le piège numéro un : dérivées partielles régularité. L'existence des dérivées partielles en un point n'entraîne ni la continuité, ni le développement limité d'ordre 1. Contre-exemple à connaître par cœur :

f(x,y)=xyx2+y2  si (x,y)(0,0),f(0,0)=0.

Les deux dérivées partielles existent en (0,0) et sont nulles. En effet f(x,0)=0 pour tout x, donc le taux d'accroissement f(t,0)f(0,0)t=0 tend vers 0 : fx(0,0)=0. De même f(0,y)=0 donne fy(0,0)=0.

Pourtant f n'est pas continue en (0,0). Pour t0, f(t,t)=t22t2=12, donc f(t,t)120=f(0,0) alors que (t,t)(0,0).

Conséquences. f n'admet pas de développement limité d'ordre 1 en (0,0), puisqu'un tel développement entraînerait la continuité. Et D(1,1)f(0,0) n'existe même pas : le taux f(t,t)0t=12t n'a pas de limite finie. L'additivité Dv+w=Dv+Dw est donc bien en défaut.

Remarque

Ce qu'il faut en retenir pour la rédaction. On n'écrit jamais « f admet des dérivées partielles donc f est de classe C1 » : il manque la continuité de ces dérivées. On n'écrit jamais non plus « f admet des dérivées partielles donc f est continue » : c'est faux.

La bonne chaîne d'implications, dans le bon sens, est :

f de classe C1  f admet un DL d’ordre 1  f est continue  et  f admet des deˊriveˊes partielles.

Aucune de ces implications ne se renverse.

Méthode : étudier une fonction en un point de recollement

La situation type est celle d'une fonction définie par une formule sur R2{(0,0)} et prolongée par une valeur à l'origine. Toutes les questions se ramènent au même protocole.

Méthode

Étudier f en un point de recollement a (souvent l'origine).

Étape 1 — Continuité en a. Majorer f(x,y)f(a) par une quantité qui tend vers 0, en utilisant x(x,y), y(x,y) et x2x2+y21 ; ou passer en polaires x=rcosθ, y=rsinθ et obtenir une majoration indépendante de θ. Pour prouver la non-continuité : exhiber deux chemins donnant deux limites différentes.

Étape 2 — Dérivées partielles en a. Les calculer à la main par le taux d'accroissement, en revenant à la définition : la formule valable ailleurs ne s'applique pas en a.

Étape 3 — Développement limité d'ordre 1 en a. Tester la définition : former

R(h,k)=f(a+(h,k))f(a)fx(a)hfy(a)k,

puis regarder si R(h,k)(h,k) tend vers 0. En polaires, cela revient à voir si le quotient tend vers 0 uniformément en θ.

Étape 4 — Classe C1. Calculer fx et fy ailleurs qu'en a, puis étudier leur limite en a : si l'une n'a pas de limite, ou si sa limite diffère de sa valeur en a, alors f n'est pas de classe C1 en a.

Exemple

Étude complète de f(x,y)=x3x2+y2, prolongée par f(0,0)=0.

Sur R2{(0,0)}. f est de classe C comme quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas.

Étape 1 : continuité en (0,0). En polaires, avec r>0,

f(rcosθ,rsinθ)=r3cos3θr2=rcos3θ,

donc f(x,y)r=(x,y), qui tend vers 0. Ainsi f(x,y)0=f(0,0) : f est continue sur R2.

Étape 2 : dérivées partielles en (0,0). Pour t0,

f(t,0)f(0,0)t=1tt3t2=1,f(0,t)f(0,0)t=0t=0.

Donc fx(0,0)=1 et fy(0,0)=0.

Exemple

Suite de l'étude de f(x,y)=x3x2+y2.

Étape 3 : développement limité d'ordre 1 en (0,0). Le seul candidat est f(h,k)h. Or

R(h,k)=h3h2+k2h=h3h(h2+k2)h2+k2=hk2h2+k2.

En polaires, R=rcosθsin2θ, donc

R(h,k)(h,k)=rcosθsin2θr=cosθsin2θ,

qui ne dépend pas de r et n'est pas nul (par exemple 122 pour θ=π4). Le quotient ne tend donc pas vers 0 : f n'admet pas de développement limité d'ordre 1 en (0,0).

Étape 4 : classe C1. Pour (x,y)(0,0),

fx(x,y)=3x2(x2+y2)x32x(x2+y2)2=x4+3x2y2(x2+y2)2,fy(x,y)=2x3y(x2+y2)2.

Le long de l'axe y=0 (avec x0), fx=x4x4=1 ; le long de l'axe x=0 (avec y0), fx=0. Cette dérivée partielle n'a donc pas de limite en (0,0) : elle n'y est pas continue, et f n'est pas de classe C1 sur R2.

Conclusion. f est continue sur R2, de classe C hors de l'origine, admet en l'origine deux dérivées partielles, mais n'y admet pas de développement limité d'ordre 1 et n'y est pas de classe C1.

Remarque

L'exemple précédent illustre parfaitement la hiérarchie. La continuité de f ne suffit pas ; l'existence des dérivées partielles ne suffit pas ; les deux réunies ne suffisent toujours pas. Seule la continuité des dérivées partielles donne accès au développement limité, et donc à toute la théorie qui suit.

Notez au passage l'économie de l'étape 3 : dès que le quotient R/h s'écrit en polaires sous une forme ne dépendant que de θ, on sait immédiatement conclure. S'il vaut 0 pour tout θ, c'est gagné ; sinon, il n'y a pas de développement limité.

Pour que le protocole ne donne pas l'impression que tout recollement est pathologique, voici le même travail sur une fonction qui, elle, passe tous les tests.

Exemple

Un recollement réussi : f(x,y)=x2y2x2+y2, prolongée par f(0,0)=0.

Hors de l'origine, f est de classe C comme quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas. En polaires, pour r>0,

f(rcosθ,rsinθ)=r4cos2θsin2θr2=r2cos2θsin2θ.

Étape 1 : continuité. f(x,y)r2=(x,y)20, donc f est continue en (0,0).

Étape 2 : dérivées partielles en (0,0). f(t,0)=0 et f(0,t)=0, donc les deux taux d'accroissement sont nuls et f(0,0)=(0,0).

Étape 3 : développement limité d'ordre 1. Ici R(h,k)=f(h,k), et

R(h,k)=r2cos2θsin2θr=rcos2θsin2θ,

de valeur absolue majorée par r, indépendamment de θ. Le quotient tend donc vers 0 : f admet en (0,0) le développement limité f(h,k)=o((h,k)).

Exemple

Suite : la classe C1. Pour (x,y)(0,0), la règle du quotient donne

fx(x,y)=2xy2(x2+y2)x2y22x(x2+y2)2=2xy2(x2+y2x2)(x2+y2)2=2xy4(x2+y2)2,

et par symétrie des rôles de x et y, fy(x,y)=2x4y(x2+y2)2.

En polaires, fx=2rcosθr4sin4θr4=2rcosθsin4θ, donc

fx(x,y)2r=2(x,y)(x,y)(0,0)0=fx(0,0),

et de même pour fy. Les deux dérivées partielles sont donc continues en (0,0), et elles le sont ailleurs comme fractions rationnelles bien définies.

Conclusion. f est de classe C1 sur R2 tout entier, et (0,0) est un point critique de f.

Règle de la chaîne

On sait dériver le long des axes ; il faut maintenant savoir dériver le long d'un chemin quelconque, puis composer deux fonctions de plusieurs variables. C'est la partie la plus calculatoire du chapitre, et la plus exigeante en rigueur de notation.

Dérivation le long d'un chemin

Propriété

Règle de la chaîne, cas d'un chemin. Soient Ω un ouvert de Rp, fC1(Ω,R), I un intervalle de R et x1,,xp:IR des fonctions dérivables telles que

tI,x(t)=(x1(t),,xp(t))Ω.

Alors la fonction g=fx:tf(x1(t),,xp(t)) est dérivable sur I et

g(t)=i=1pxi(t)fxi(x(t)).

Si de plus les xi sont de classe C1, alors g est de classe C1 sur I.

Démonstration (rédigée en dimension p=2, le cas général étant identique). Notons f(x,y) la fonction, x,y:IR les deux chemins, et g(t)=f(x(t),y(t)). Fixons t0I et posons a=(x(t0),y(t0))Ω. Pour tI, posons

h(t)=x(t)x(t0),k(t)=y(t)y(t0),

de sorte que (x(t),y(t))=a+(h(t),k(t)). Comme x et y sont dérivables donc continues, (h(t),k(t))(0,0) quand tt0.

Le développement limité d'ordre 1 de f en a (théorème admis, applicable car f est de classe C1) donne

g(t)g(t0)=fx(a)h(t)+fy(a)k(t)+(h(t),k(t))ε(h(t),k(t)),

ε(u)0 quand u(0,0). Divisons par tt00 et examinons les trois termes.

Les deux premiers ne posent pas de difficulté : h(t)tt0x(t0) et k(t)tt0y(t0) par définition de la dérivabilité de x et de y en t0.

Pour le troisième, écrivons

(h(t),k(t))tt0=(h(t)tt0, k(t)tt0)tt0(x(t0),y(t0)),

par continuité de la norme. Ce quotient est donc borné au voisinage de t0. Comme par ailleurs ε(h(t),k(t))0, le produit des deux tend vers 0.

En passant à la limite quand tt0, on obtient que g est dérivable en t0 avec

g(t0)=x(t0)fx(a)+y(t0)fy(a).

Remarque

Deux remarques sur cette démonstration. D'abord, elle montre où sert exactement l'hypothèse « f de classe C1 » : uniquement pour disposer du développement limité d'ordre 1. Sans lui, la formule est fausse — le contre-exemple xyx2+y2 le montre déjà, puisque la composée avec le chemin t(t,t) y est constante égale à 12 pour t0 alors que toutes les dérivées partielles sont nulles à l'origine.

Ensuite, la formule se retient sous une forme parlante : la variation de f le long du chemin est la somme des contributions de chaque variable, chacune valant « vitesse de la variable » × « sensibilité de f à cette variable ».

Exemple

Vérification directe. Soient f(x,y)=x2y+y2, de classe C sur R2, et le chemin x(t)=cost, y(t)=sint. Posons g(t)=f(cost,sint)=cos2tsint+sin2t.

Par la règle de la chaîne. On a fx=2xy et fy=x2+2y, ainsi que x(t)=sint et y(t)=cost. D'où

g(t)=(sint)(2costsint)+(cost)(cos2t+2sint)=2sin2tcost+cos3t+2sintcost.

Par le calcul direct. En dérivant g(t)=cos2tsint+sin2t avec les règles usuelles,

g(t)=2cost(sint)sint+cos2tcost+2sintcost=2sin2tcost+cos3t+2sintcost.

Les deux expressions coïncident.

Composition de deux fonctions de plusieurs variables

Propriété

Règle de la chaîne, cas général. Soient U un ouvert de Rn, Ω un ouvert de Rp, des fonctions x1,,xpC1(U,R) telles que x(u)=(x1(u),,xp(u))Ω pour tout uU, et fC1(Ω,R). Alors la fonction

g:u=(u1,,un)f(x1(u),,xp(u))

est de classe C1 sur U et, pour tout j{1,,n},

guj(u)=i=1pxiuj(u)fxi(x(u)).

(En pratique n3 et p3.)

Démonstration. À j fixé et u fixé, on applique la règle de la chaîne du paragraphe précédent au chemin tx(u+tej), dont la dérivée en t=0 a pour i-ième coordonnée xiuj(u). On obtient exactement la formule annoncée. La continuité des guj résulte alors de ce que le second membre est une somme de produits de fonctions continues (les xiuj le sont par hypothèse, et ufxi(x(u)) est continue comme composée de fonctions continues).

Remarque

La mise en garde décisive : où évalue-t-on quoi ? C'est ici que se perdent la plupart des copies. Il y a deux fonctions différentes, f et g, et elles ne vivent pas dans les mêmes variables :

  • guj se calcule au point u, dans les nouvelles variables ;
  • fxi se calcule au point x(u), dans les anciennes variables ;
  • xiuj se calcule au point u.

Écrire fr dans un changement en polaires est donc un non-sens : f n'a pas de variable r. Le réflexe de rédaction est de nommer explicitement la composée, par exemple « posons g(r,θ)=f(rcosθ,rsinθ) », puis de ne jamais mélanger les deux noms.

Le cas des coordonnées polaires

Le programme précise que ce cas particulier doit être connu. Il faut savoir le retrouver en trente secondes, dans les deux sens.

Propriété

Passage en coordonnées polaires. Soit f une fonction de classe C1 sur un ouvert Ω de R2. On pose, pour (r,θ) tel que (rcosθ,rsinθ)Ω,

g(r,θ)=f(rcosθ, rsinθ).

Alors g est de classe C1 et, les dérivées partielles de f étant évaluées au point (rcosθ,rsinθ),

gr(r,θ)=cosθfx+sinθfy,gθ(r,θ)=rsinθfx+rcosθfy.

Démonstration. On applique la règle de la chaîne avec n=p=2, les nouvelles variables étant (u1,u2)=(r,θ) et les anciennes x(r,θ)=rcosθ, y(r,θ)=rsinθ. Ces deux fonctions sont de classe C sur R2, avec

xr=cosθ,xθ=rsinθ,yr=sinθ,yθ=rcosθ.

La formule générale guj=xujfx+yujfy donne alors les deux égalités annoncées.

Le vrai exercice, et le classique absolu du chapitre, est d'inverser ce système : exprimer les dérivées partielles de f en fonction de celles de g. Faisons le calcul complètement.

Écrivons le système sous forme matricielle. En abrégeant fx=fx et fy=fy (évaluées en (rcosθ,rsinθ)), les deux relations précédentes s'écrivent

(grgθ)=(cosθsinθrsinθrcosθ)(fxfy).

Le déterminant de cette matrice vaut rcos2θ+rsin2θ=r. Elle est donc inversible si et seulement si r0, ce qui est la condition attendue : l'origine est le point où les coordonnées polaires dégénèrent. Pour r0, la formule d'inversion d'une matrice 2×2 donne

(cosθsinθrsinθrcosθ)1=1r(rcosθsinθrsinθcosθ)=(cosθsinθrsinθcosθr),

d'où le résultat cherché.

Propriété

Formules inverses (à connaître). Avec les notations précédentes et pour r0 :

fx=cosθgrsinθrgθ,fy=sinθgr+cosθrgθ.

Vérification par élimination directe (c'est ainsi qu'on la refait au brouillon si l'on a oublié la matrice). Multiplions la première relation par cosθ et la seconde par sinθr, puis additionnons :

cosθgr=cos2θfx+sinθcosθfy,sinθrgθ=sin2θfxsinθcosθfy.

La somme vaut (cos2θ+sin2θ)fx=fx : la première formule est établie. De même, en multipliant la première relation par sinθ et la seconde par cosθr :

sinθgr=sinθcosθfx+sin2θfy,cosθrgθ=sinθcosθfx+cos2θfy,

et la somme vaut fy.

Remarque

Une conséquence remarquable, et souvent utile : en posant A=gr et B=1rgθ, les formules inverses s'écrivent fx=cosθAsinθB et fy=sinθA+cosθB. On reconnaît une rotation appliquée au couple (A,B), qui conserve donc la somme des carrés :

(fx) ⁣2+(fy) ⁣2=(gr) ⁣2+1r2(gθ) ⁣2.

C'est l'expression en polaires du carré de la norme du gradient, introduit dans la section suivante.

Exemple

Un contrôle immédiat. Prenons f(x,y)=x2+y2, de sorte que g(r,θ)=r2. Alors gr=2r et gθ=0. Les formules inverses donnent

fx=cosθ×2r0=2rcosθ=2x,fy=sinθ×2r+0=2rsinθ=2y,

ce qui est bien le résultat du calcul direct.

Exemple

Un cas moins évident. Sur le demi-plan ouvert Ω={(x,y)  ;  x>0}, posons f(x,y)=Arctan ⁣(yx), de classe C sur Ω.

En polaires avec r>0 et θ]π2,π2[, on a yx=tanθ, donc g(r,θ)=Arctan(tanθ)=θ. Par conséquent

gr=0,gθ=1.

Les formules inverses donnent alors

fx=sinθr=rsinθr2=yx2+y2,fy=cosθr=rcosθr2=xx2+y2.

Contrôle par le calcul direct. fx=11+y2/x2×(yx2)=x2x2+y2×(yx2)=yx2+y2, et de même fy=x2x2+y2×1x=xx2+y2. Les deux voies concordent.

Méthode

Exploiter un changement de variables imposé par l'énoncé. Le schéma est toujours le même, et l'énoncé fournit toujours le changement à effectuer.

1. Nommer la fonction composée, avec des lettres différentes de celles de la fonction de départ : « posons g(r,θ)=f(rcosθ,rsinθ) ». Préciser sur quel ouvert on travaille dans les nouvelles variables.

2. Justifier que g est de classe C1 (composée de fonctions de classe C1), ce qui autorise la règle de la chaîne.

3. Exprimer les dérivées partielles de g en fonction de celles de f, puis traduire la relation donnée dans les nouvelles variables. L'objectif est d'obtenir une relation ne faisant plus intervenir qu'une seule dérivée partielle.

4. Intégrer par rapport à cette variable à l'autre variable fixée : une dérivée nulle sur un intervalle donne une fonction constante, mais la « constante » dépend alors de l'autre variable.

5. Revenir à f en exprimant les nouvelles variables en fonction des anciennes, puis vérifier la réciproque en réinjectant la forme obtenue dans la relation de départ.

Exemple

Application guidée. Déterminons les fonctions f de classe C1 sur le demi-plan ouvert Ω={(x,y)  ;  x>0} vérifiant

(x,y)Ω,xfx(x,y)+yfy(x,y)=0,

en utilisant le passage en coordonnées polaires.

Mise en place. Posons g(r,θ)=f(rcosθ,rsinθ) pour (r,θ)U=]0,+[×]π2,π2[ ; ce couple décrit exactement Ω, et g est de classe C1 sur U par composition.

Traduction. La première formule du passage en polaires donne

rgr(r,θ)=rcosθfx+rsinθfy=xfx+yfy.

La relation imposée équivaut donc à rgr=0, c'est-à-dire, puisque r>0, à gr=0 sur U.

Exemple

Suite : résolution et retour à f. À θ fixé, la fonction rg(r,θ) est dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle ]0,+[ : elle y est constante. Cette constante dépend de θ, ce que l'on écrit

g(r,θ)=φ(θ),ouˋ φ(θ)=g(1,θ)=f(cosθ,sinθ)

est de classe C1 sur ]π2,π2[ comme composée.

Retour aux variables initiales. Sur Ω, on a θ=Arctan ⁣(yx), donc

f(x,y)=φ ⁣(Arctan ⁣(yx))=ψ ⁣(yx),ψ=φArctan de classe C1 sur R.

Réciproque. Soit ψ de classe C1 sur R et f(x,y)=ψ ⁣(yx) sur Ω. Alors

fx=yx2ψ ⁣(yx),fy=1xψ ⁣(yx),

d'où xfx+yfy=yxψ+yxψ=0. Les solutions sont donc exactement les (x,y)ψ ⁣(yx) avec ψ de classe C1 sur R.

Fonctions constantes sur un ouvert convexe

Définition

Une partie C de Rp est convexe lorsque, pour tous a,bC, le segment [a,b]={a+t(ba)  ;  t[0,1]} est inclus dans C.

Les exemples usuels sont Rp tout entier, une boule (ouverte ou fermée), un demi-espace, un pavé, un disque, un triangle plein. En revanche R2{(0,0)} n'est pas convexe, et une réunion de deux boules disjointes non plus.

Propriété

Caractérisation des fonctions constantes. Soient Ω un ouvert convexe de Rp et fC1(Ω,R). Alors

f est constante sur Ω    aΩ, i{1,,p}, fxi(a)=0,

c'est-à-dire si et seulement si df(a)=0 pour tout aΩ, ce que l'on notera f=0 dès la section suivante.

Démonstration.

Sens direct. Supposons f constante sur Ω, égale à une constante c. Soient aΩ et i{1,,p}. Comme Ω est ouvert, il existe δ>0 tel que a+teiΩ pour t<δ. La fonction tf(a+tei) est alors constante égale à c sur ]δ,δ[, donc de dérivée nulle en 0, c'est-à-dire fxi(a)=0. (Ce sens n'utilise pas la convexité.)

Sens réciproque. Supposons toutes les dérivées partielles nulles sur Ω, et montrons que f prend la même valeur en deux points quelconques. Soient donc a,bΩ. Par convexité, le segment [a,b] est inclus dans Ω, ce qui permet de définir

φ:[0,1]R,φ(t)=f(a+t(ba)).

La fonction ta+t(ba) a pour coordonnées les fonctions affines tai+t(biai), qui sont de classe C1, de dérivée constante biai. Comme f est de classe C1 sur Ω, la règle de la chaîne s'applique et donne, pour tout t[0,1],

φ(t)=i=1p(biai)fxi(a+t(ba))=0,

puisque toutes les dérivées partielles sont nulles sur Ω et que le point a+t(ba) appartient à Ω.

Ainsi φ est une fonction numérique dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle [0,1] : elle y est constante. En particulier φ(1)=φ(0), c'est-à-dire f(b)=f(a).

Les points a et b étant quelconques dans Ω, la fonction f est constante sur Ω.

Remarque

L'hypothèse de convexité n'est pas décorative. Prenons dans R2 la réunion de deux boules ouvertes disjointes

Ω=B((0,0),1)  B((3,0),1),

qui est bien un ouvert (réunion de deux ouverts), mais qui n'est ni convexe ni même connexe. Définissons f par f=0 sur la première boule et f=1 sur la seconde.

Sur chacune des deux boules, f est constante, donc de classe C1 avec toutes ses dérivées partielles nulles ; comme chaque point de Ω possède un voisinage entièrement contenu dans l'une des deux boules, f est de classe C1 sur Ω et f=0 partout. Pourtant f n'est pas constante sur Ω.

La bonne façon de retenir : un gradient nul dit que f est localement constante ; pour en déduire qu'elle est globalement constante, il faut pouvoir relier deux points quelconques par un chemin resté dans Ω — ce que la convexité garantit gratuitement, via le segment.

Gradient

Le gradient n'apporte aucune information nouvelle par rapport à la différentielle : il en est simplement la traduction vectorielle, rendue possible par la structure euclidienne de Rp. Cette traduction est précieuse, parce qu'un vecteur a une direction et un sens, ce qu'une forme linéaire n'a pas de façon visible.

Définition

Soient Ω un ouvert de Rp muni de sa structure euclidienne canonique, fC1(Ω,R) et aΩ. Le gradient de f en a est le vecteur de Rp

f(a)=(fx1(a), , fxp(a)).

Pour p=2 : f(a)=(fx(a),fy(a)) ; pour p=3 on ajoute fz(a).

Propriété

Lien avec la différentielle. Pour tout hRp,

df(a)h=f(a),h.

Le développement limité d'ordre 1 s'écrit donc

f(a+h)=f(a)+f(a),h+o(h),

et la dérivée selon un vecteur v vaut Dvf(a)=f(a),v.

Démonstration. Par définition, df(a)h=i=1pfxi(a)hi. Or le produit scalaire canonique de Rp est précisément u,v=i=1puivi. En prenant u=f(a), dont la i-ième coordonnée est fxi(a), et v=h, on obtient l'égalité annoncée. Les deux autres formules s'en déduisent en remplaçant df(a)h par f(a),h dans les énoncés déjà établis.

Remarque

Dans un calcul matriciel, où les vecteurs sont écrits en colonne, la même relation s'écrit

df(a)h=t ⁣(f(a))h.

C'est cette écriture que l'on retrouvera dans la formule de Taylor-Young à l'ordre 2.

Notez enfin que la définition du gradient dépend du produit scalaire choisi : c'est pour cela que le programme prend soin de préciser « Rp muni de sa structure euclidienne canonique ». La différentielle, elle, n'en dépend pas.

Exemple

Deux gradients.

a. f(x,y)=x2y3xy2 sur R2 : f(x,y)=(2xy3y2, x26xy), et par exemple f(1,1)=(1,5).

b. V(x,y,z)=1x2+y2+z2 sur R3{(0,0,0)} (potentiel coulombien, à une constante près). Posons r=x2+y2+z2, de sorte que rx=xr. Alors

Vx=1r2×xr=xr3,

et de même pour y et z, d'où

V(x,y,z)=1r3(x,y,z),V=rr3=1r2.

On retrouve la décroissance en 1/r2 du champ associé.

Voici maintenant la seule interprétation géométrique du gradient qui soit au programme de PC. Elle mérite d'être démontrée soigneusement, car sa preuve est un modèle d'utilisation de Cauchy-Schwarz.

Propriété

Direction de plus forte croissance. Soient fC1(Ω,R) et aΩ tel que f(a)0. Posons

u=f(a)f(a).

Alors, parmi tous les vecteurs unitaires v de Rp, la dérivée Dvf(a) est maximale pour v=u, et sa valeur maximale est f(a). Le minimum, égal à f(a), est atteint pour v=u.

Démonstration. Notons N=f(a)>0 et soit vRp un vecteur unitaire, c'est-à-dire v=1. Comme f est de classe C1,

Dvf(a)=f(a),v.

Majoration. L'inégalité de Cauchy-Schwarz donne

Dvf(a)=f(a),v  f(a)×v=N,

donc NDvf(a)N pour tout vecteur unitaire v.

La borne est atteinte. Pour v=u=f(a)N, qui est bien unitaire, on calcule

Duf(a)=f(a),f(a)N=1Nf(a)2=N2N=N.

Le maximum N est donc effectivement atteint en v=u. De même Duf(a)=N.

Unicité du maximisant. Soit v unitaire tel que Dvf(a)=N. En écrivant f(a)=Nu, on obtient Nu,v=N, donc u,v=1 puisque N0. Or u et v sont unitaires, donc

uv2=u22u,v+v2=12+1=0,

ce qui impose v=u. Le vecteur unitaire réalisant le maximum est donc unique.

Remarque

La formulation à retenir est : le gradient indique la direction et le sens de plus forte croissance de f au point a, et sa norme mesure le taux de cette croissance. Dans la direction opposée, f décroît le plus vite ; et si f(a)=0, toutes les dérivées directionnelles sont nulles, il n'y a plus de direction privilégiée — c'est précisément le cas des points critiques.

Le programme de PC s'arrête là. On ne parle ni de plan tangent, ni d'orthogonalité du gradient à quoi que ce soit : ces énoncés relèvent de la géométrie différentielle, qui n'est pas au programme.

Exemple

Direction de plus forte pente, en pratique. Soit f(x,y)=x2+3y2, de classe C sur R2, et soit a=(1,2).

On calcule f(x,y)=(2x,6y), donc f(1,2)=(2,12), non nul. Sa norme vaut

f(1,2)=4+144=148=237.

La direction de plus forte croissance en a est donc portée par le vecteur unitaire

u=(2,12)237=137(1,6),

et le taux de croissance dans cette direction vaut Duf(1,2)=23712,2.

Contrôle sur une autre direction. Dans la direction v=(1,0), on trouve Dvf(1,2)=(2,12),(1,0)=2, effectivement bien inférieur à 237. Dans la direction w=137(6,1), orthogonale à u, on trouve Dwf(1,2)=12+1237=0 : à l'ordre 1, f ne varie pas dans cette direction-là.

Exemple

Gradient de température. Considérons un champ de température stationnaire T(x,y,z), de classe C1 sur un ouvert de R3, exprimé en kelvins, les longueurs étant en mètres. Le vecteur T(a) s'exprime alors en Km1 : il indique, au point a, la direction dans laquelle la température augmente le plus vite, et sa norme donne l'élévation de température par unité de longueur dans cette direction.

La loi de Fourier de la conduction thermique s'écrit

ȷ=λT,

ȷ est la densité de flux thermique et λ>0 la conductivité du matériau. Le signe moins traduit exactement le sens physique : la chaleur se propage dans le sens opposé au gradient de température, c'est-à-dire du chaud vers le froid, et d'autant plus vite que le gradient est de grande norme. Un mur bien isolé est un mur où T est grand mais λ petit.

Fonctions de classe C2

On dérive maintenant les dérivées partielles. Deux résultats dominent cette section, et tous deux sont admis : le théorème de Schwarz, qui autorise à intervertir l'ordre de dérivation, et la formule de Taylor-Young à l'ordre 2, qui prépare l'étude des extremums.

Dérivées partielles d'ordre 2

Définition

Soient Ω un ouvert de Rp et f:ΩR admettant des dérivées partielles d'ordre 1 sur Ω. Pour i,j{1,,p}, on appelle dérivée partielle d'ordre 2 de f la fonction, lorsqu'elle existe,

2fxixj=xi ⁣(fxj).

Lorsque i=j on note 2fxi2.

Remarque

Convention de lecture. Dans la notation 2fxixj, on dérive d'abord par rapport à la variable la plus proche de f, c'est-à-dire xj, puis par rapport à xi. Certains ouvrages adoptent la convention inverse. Cela n'a en pratique aucune conséquence, car le théorème de Schwarz montrera que l'ordre est indifférent pour les fonctions de classe C2, qui sont les seules que l'on manipulera.

En dimension 2 il y a donc quatre dérivées partielles d'ordre 2 :

2fx2,2fxy,2fyx,2fy2,

et le théorème de Schwarz identifiera les deux du milieu.

Définition

Soient Ω un ouvert de Rp et f:ΩR. On dit que f est de classe C2 sur Ω lorsque f admet des dérivées partielles d'ordre 1 sur Ω et que chacune d'elles est de classe C1 sur Ω ; autrement dit, lorsque toutes les dérivées partielles d'ordre 1 et 2 existent et sont continues sur Ω.

Plus généralement, pour kN, f est de classe Ck sur Ω lorsque toutes ses dérivées partielles d'ordre 1 existent et sont de classe Ck1 sur Ω ; et de classe C lorsqu'elle est de classe Ck pour tout k.

Propriété

Opérations. Somme, produit, quotient à dénominateur ne s'annulant pas, et composée uf avec u de classe Ck sur un intervalle contenant f(Ω) : toutes ces constructions préservent la classe Ck. En particulier, les fonctions polynomiales sont de classe C sur Rp, et les fractions rationnelles le sont sur tout ouvert où leur dénominateur ne s'annule pas.

Remarque

La hiérarchie est emboîtée : une fonction de classe C2 est en particulier de classe C1, donc continue, et admet un développement limité d'ordre 1 en tout point. En pratique, on justifie donc une seule fois la classe la plus forte dont on aura besoin, en début d'exercice, et tout le reste en découle.

Une conséquence à ne pas oublier dans la recherche d'extremums : dire « f est polynomiale donc de classe C sur Rp » couvre d'un seul coup l'existence du gradient, celle de la hessienne, la validité du théorème de Schwarz et celle de la formule de Taylor-Young. C'est une phrase, et elle suffit.

Théorème de Schwarz

Propriété

Théorème de Schwarz (admis). Soient Ω un ouvert de Rp et f une fonction de classe C2 sur Ω. Alors, pour tous i,j{1,,p} et tout aΩ,

2fxixj(a)=2fxjxi(a).

Autrement dit, pour une fonction de classe C2, l'ordre des dérivations n'importe pas.

La démonstration est hors programme. En revanche, il faut savoir que l'hypothèse « de classe C2 » est réellement nécessaire.

Remarque

Sans l'hypothèse C2, la symétrie tombe. La fonction

f(x,y)=xy(x2y2)x2+y2  si (x,y)(0,0),f(0,0)=0

est de classe C1 sur R2 et admet en l'origine ses quatre dérivées partielles d'ordre 2, mais

2fxy(0,0)=1et2fyx(0,0)=1.

Le calcul complet, qui passe par fx(0,y)=y et fy(x,0)=x, est un classique d'exercice. La fonction n'est évidemment pas de classe C2 en (0,0) : ses dérivées secondes croisées y sont discontinues.

Moralité : on n'intervertit jamais deux dérivations sans avoir écrit, au préalable, que la fonction est de classe C2.

Matrice hessienne

Définition

Soient Ω un ouvert de Rp, f de classe C2 sur Ω et aΩ. La matrice hessienne de f en a est la matrice de Mp(R)

Hf(a)=(2fxixj(a))1i,jp.

Propriété

Symétrie. Si f est de classe C2 sur Ω, alors pour tout aΩ la matrice Hf(a) est symétrique : Hf(a)Sp(R).

Démonstration. Le coefficient d'indice (i,j) de Hf(a) est 2fxixj(a) et celui d'indice (j,i) est 2fxjxi(a). Le théorème de Schwarz affirme qu'ils sont égaux, donc t ⁣Hf(a)=Hf(a).

Remarque

Cette symétrie n'est pas une coquetterie : c'est elle qui permettra d'appliquer à Hf(a) tout l'arsenal du chapitre sur les endomorphismes des espaces euclidiens — théorème spectral (diagonalisation en base orthonormée, valeurs propres réelles), notions de matrice positive Sp+(R) et définie positive Sp++(R), caractérisation par le signe des valeurs propres. Toute l'étude des extremums repose là-dessus.

En dimension 2 et 3, la hessienne s'écrit explicitement, en notant les variables (x,y) ou (x,y,z) :

Hf(a)=(2fx2(a)2fxy(a)2fxy(a)2fy2(a)),Hf(a)=(2fx22fxy2fxz2fxy2fy22fyz2fxz2fyz2fz2),

toutes les dérivées de la seconde matrice étant évaluées en a.

Exemple

Gradient et hessienne d'une fonction de référence. Soit f(x,y)=x3+y33xy, polynomiale donc de classe C sur R2.

Ordre 1. fx=3x23y et fy=3y23x, donc

f(x,y)=(3x23y, 3y23x).

Ordre 2. On dérive à nouveau :

2fx2=6x,2fy2=6y,2fxy=x(3y23x)=3.

Contrôle dans l'autre ordre : y(3x23y)=3. Les deux valeurs coïncident, conformément au théorème de Schwarz. Ainsi

Hf(x,y)=(6x336y),

et par exemple Hf(1,1)=(6336), Hf(0,0)=(0330).

Formule de Taylor-Young à l'ordre 2

Propriété

Formule de Taylor-Young à l'ordre 2 (admise). Soient Ω un ouvert de Rp, f de classe C2 sur Ω et aΩ. Alors, quand h0 dans Rp,

f(a+h)=f(a)+f(a),h+12Hf(a)h,h+o(h2),

ou, en écriture matricielle avec h vu comme une colonne,

f(a+h)=f(a)+t ⁣(f(a))h+12t ⁣hHf(a)h+o(h2).

Remarque

Notations de Monge, en dimension 2. Pour p=2, il est traditionnel de poser

r=2fx2(a),s=2fxy(a),t=2fy2(a),

de sorte que Hf(a)=(rsst). Avec h=(h1,h2), la formule s'écrit alors sous forme entièrement développée :

f(a+h)=f(a)+fx(a)h1+fy(a)h2+12(rh12+2sh1h2+th22)+o(h2).

Attention au conflit de lettres : ce t n'a rien à voir avec le paramètre temporel des fonctions vectorielles. On évitera donc les notations de Monge dans tout énoncé où une variable t circule déjà.

Le terme d'ordre 2 est donc la forme quadratique associée à la hessienne, évaluée en h. C'est exactement l'objet dont le chapitre euclidien donne la clé : son signe se lit sur les valeurs propres de Hf(a).

Exemple

Développement limité d'ordre 2 de f(x,y)=excosy en (0,0).

Ordre 1. fx=excosy et fy=exsiny, donc f(0,0)=(1,0), et f(0,0)=1.

Ordre 2.

2fx2=excosy,2fxy=x(exsiny)=exsiny,2fy2=excosy,

d'où Hf(0,0)=(1001).

Formule. Avec h=(h1,h2),

f(h1,h2)=1+h1+12(h12h22)+o(h2).

Contrôle par les développements limités d'une variable. eh1=1+h1+h122+o(h12) et cosh2=1h222+o(h22). Le produit, tronqué à l'ordre 2, vaut 1+h1+h122h222 : les deux calculs concordent.

Méthode

Calculer une hessienne sans se tromper. Trois précautions, dans l'ordre.

1. Calculer d'abord les deux (ou trois) dérivées partielles d'ordre 1 sous forme simplifiée, et les vérifier. Une erreur à l'ordre 1 contamine toute la hessienne.

2. Calculer la dérivée croisée dans les deux sens et vérifier qu'on trouve la même chose : c'est le contrôle gratuit offert par le théorème de Schwarz, et il détecte la majorité des erreurs de signe.

3. N'évaluer au point a qu'à la fin, après avoir écrit la hessienne comme fonction du point courant. Cela permet de réutiliser la même expression pour plusieurs points critiques, ce qui arrive presque toujours.

Exemple

Un développement limité d'ordre 2 hors de l'origine. Soit f(x,y)=x2+y2, de classe C sur R2{(0,0)}, et a=(3,4), où r=9+16=5.

Ordre 1. fx=xr et fy=yr, donc f(3,4)=(35,45), vecteur unitaire.

Ordre 2. En dérivant xr avec rx=xr :

2fx2=rxxrr2=y2r3,2fy2=x2r3,2fxy=x ⁣(yr)=xyr3.

En (3,4), avec r3=125 : Hf(3,4)=1125(1612129), dont le déterminant 1441441252 est nul.

Formule. Comme 12(16h224hk+9k2)=12(4h3k)2,

(3+h)2+(4+k)2=5+3h+4k5+(4h3k)2250+o((h,k)2).

Le terme d'ordre 2 est un carré parfait, positif : cohérent avec une hessienne positive de déterminant nul.

Exemple

Un cas où le développement est exact. Reprenons f(x,y)=x3+y33xy au point a=(1,1), où f(1,1)=(0,0) et Hf(1,1)=(6336).

Par Taylor-Young. Comme f(1,1)=1 et que le terme d'ordre 1 est nul,

f(1+h,1+k)=1+12(6h26hk+6k2)+o((h,k)2)=1+3(h2hk+k2)+o((h,k)2).

Par le calcul exact. En développant,

f(1+h,1+k)=(1+3h+3h2+h3)+(1+3k+3k2+k3)3(1+h+k+hk)=1+3h23hk+3k2+h3+k3.

Les termes d'ordre 1 disparaissent effectivement, le terme d'ordre 2 est bien 3(h2hk+k2), et le reste h3+k3 est bien un o((h,k)2). La formule est confirmée.

Extremums

Tout le chapitre converge ici. On cherche les points où une fonction de plusieurs variables atteint une valeur extrême, et l'on dispose pour cela de deux outils : le gradient (ordre 1), qui sélectionne les candidats, et la hessienne (ordre 2), qui tranche sur leur nature.

Vocabulaire

Définition

Soient A une partie non vide de Rp, f:AR et aA. On dit que :

  • f admet en a un maximum global sur A lorsque f(x)f(a) pour tout xA ; il est strict lorsque f(x)<f(a) pour tout xA{a} ;
  • f admet en a un maximum local lorsqu'il existe r>0 tel que f(x)f(a) pour tout xAB(a,r) ; il est strict lorsque l'inégalité est stricte pour xa.

On définit de même minimum global, minimum local, et leurs versions strictes, en renversant les inégalités. Un extremum est un maximum ou un minimum.

Remarque

Le mot local signifie : sur un voisinage du point, aussi petit soit-il. C'est une propriété qui ne regarde que ce qui se passe près de a, et qui ne dit strictement rien du comportement de f ailleurs. Un minimum local peut parfaitement être supérieur à un maximum local situé plus loin.

Un extremum global est évidemment local (prendre n'importe quel r). La réciproque est fausse, et c'est la source d'erreur numéro un de cette section : la théorie des points critiques et de la hessienne ne donne jamais que des informations locales. Pour conclure au caractère global, il faut un argument supplémentaire : une inégalité valable partout, ou un argument de compacité.

Enfin, on prendra garde à ne pas confondre l'extremum, qui est la valeur f(a), et le point a en lequel il est atteint. En rédaction, on écrit : « f atteint son minimum global en a, et ce minimum vaut f(a)= ».

Condition nécessaire d'ordre 1

Définition

Soient Ω un ouvert de Rp et fC1(Ω,R). Un point aΩ est un point critique de f lorsque

f(a)=0,c’est-aˋ-direi{1,,p}, fxi(a)=0.

Propriété

Condition nécessaire du premier ordre. Soient Ω un ouvert de Rp, fC1(Ω,R) et aΩ. Si f admet un extremum local en a, alors a est un point critique de f.

Démonstration. Quitte à remplacer f par f — ce qui ne change ni la classe C1, ni l'ensemble des points critiques puisque (f)=f, et transforme un maximum en minimum — on peut supposer que f admet un minimum local en a.

Il existe donc r1>0 tel que f(x)f(a) pour tout xΩB(a,r1). Par ailleurs, Ω étant ouvert, il existe r2>0 tel que B(a,r2)Ω. Posons r=min(r1,r2)>0 : on a alors B(a,r)Ω et f(x)f(a) pour tout xB(a,r).

Fixons i{1,,p} et considérons la fonction partielle

φi:]r,r[  R,φi(t)=f(a+tei).

Elle est bien définie, car (a+tei)a=t<r donc a+teiB(a,r)Ω.

Deux points sont maintenant à observer.

D'une part, φi est dérivable en 0, de dérivée φi(0)=fxi(a) : c'est exactement la définition de la i-ième dérivée partielle, qui existe puisque f est de classe C1.

D'autre part, pour tout t]r,r[, le point a+tei appartient à B(a,r), donc φi(t)=f(a+tei)f(a)=φi(0). La fonction numérique φi admet donc un minimum en 0, et ce point 0 est intérieur à l'intervalle ]r,r[.

Le théorème de première année sur l'extremum intérieur d'une fonction dérivable d'une variable s'applique alors : φi(0)=0, c'est-à-dire

fxi(a)=0.

Ceci valant pour tout i{1,,p}, on conclut que f(a)=0.

Remarque

La réciproque est fausse : le point selle. Soit f(x,y)=xy sur R2. Alors f(x,y)=(y,x), donc (0,0) est l'unique point critique, avec f(0,0)=0. Pourtant, pour tout t0,

f(t,t)=t2>0etf(t,t)=t2<0,

et ces deux points sont aussi proches de l'origine que l'on veut. Donc f ne présente en (0,0) ni maximum local ni minimum local : c'est un point selle (ou point col).

Même phénomène pour g(x,y)=x2y2, dont le gradient (2x,2y) s'annule uniquement en (0,0), alors que g(t,0)=t2>0 et g(0,t)=t2<0.

Remarque

L'hypothèse « point intérieur » est indispensable. Considérons f(x,y)=x sur le disque fermé A={(x,y)  ;  x2+y21}. Cette fonction atteint son maximum global sur A au point (1,0), avec la valeur 1.

Or f(x,y)=(1,0) ne s'annule en aucun point : il n'y a aucun point critique. Il n'y a pas de contradiction, car (1,0) appartient au bord de A et n'est pas intérieur : le théorème ne s'y applique pas.

C'est la raison pour laquelle la recherche d'extremums sur un fermé se fait toujours en deux temps : l'intérieur, traité par les points critiques, et le bord, traité séparément.

Condition suffisante d'ordre 2

Propriété

Condition du second ordre. Soient Ω un ouvert de Rp, f de classe C2 sur Ω et aΩ un point critique de f.

1. Si Hf(a)Sp++(R), alors f admet en a un minimum local strict.

2. Si Hf(a)Sp+(R), alors f n'admet pas de minimum en a (même pas local).

Par adaptation à f, dont la hessienne est Hf(a) : si Hf(a)Sp++(R), alors f admet en a un maximum local strict ; si Hf(a)Sp+(R), alors f n'admet pas de maximum en a.

Voici l'idée de la démonstration. Elle n'est pas exigible telle quelle, mais elle explique tout, et il est bon de savoir la reproduire dans ses grandes lignes.

Comme a est un point critique, f(a)=0 et la formule de Taylor-Young à l'ordre 2 se réduit à

f(a+h)f(a)=12t ⁣hHf(a)h+o(h2).

Tout se joue donc sur le signe de la forme quadratique ht ⁣hHf(a)h, et la matrice Hf(a) étant symétrique réelle, le théorème spectral donne accès à ce signe par les valeurs propres.

Cas 1. Supposons H=Hf(a)Sp++(R), et notons λmin>0 sa plus petite valeur propre. L'encadrement de Rayleigh, acquis au chapitre euclidien, donne t ⁣hHhλminh2 pour tout h. En écrivant le reste sous la forme h2ε(h) avec ε(h)0, on obtient

f(a+h)f(a)  h2(λmin2+ε(h)).

Comme ε(h)0, il existe ρ>0 tel que ε(h)λmin4 dès que h<ρ. Pour un tel h non nul,

f(a+h)f(a)  λmin4h2 > 0,

ce qui est exactement un minimum local strict en a.

Cas 2. Supposons HSp+(R). Par la caractérisation spectrale des matrices positives, H possède une valeur propre μ<0 ; soit u un vecteur propre unitaire associé. Prenons h=tu avec t réel petit. Alors t ⁣hHh=t2t ⁣uHu=t2μu2=μt2, et

f(a+tu)f(a)=μ2t2+o(t2)=t2(μ2+o(1)).

Comme μ2<0, cette quantité est strictement négative pour t0 assez petit. Il existe donc, arbitrairement près de a, des points où f prend une valeur strictement inférieure à f(a) : f n'a pas de minimum local en a.

Remarque

Le cas laissé de côté. Le théorème ne dit rien lorsque Hf(a)Sp+(R) sans être définie positive, c'est-à-dire lorsque 0 est valeur propre et qu'aucune valeur propre n'est strictement négative. Et pour cause : tous les comportements sont alors possibles. En (0,0), qui est un point critique des trois fonctions suivantes, la hessienne vaut à chaque fois (2000)S2+(R)S2++(R) :

  • f(x,y)=x2+y4 a un minimum global strict en (0,0), car f0 avec égalité seulement à l'origine ;
  • f(x,y)=x2 a un minimum global non strict (tout l'axe des ordonnées convient) ;
  • f(x,y)=x2y4 n'a aucun extremum en (0,0), puisque f(0,t)=t4<0 et f(t,0)=t2>0.

Dans ce cas dit douteux, l'ordre 2 est muet : il faut une étude directe, en général en examinant le signe de f(a+h)f(a) le long de chemins bien choisis.

Explicitation pour p = 2

En deux variables, on n'a pas besoin de calculer les valeurs propres : le déterminant et la trace suffisent, puisqu'ils en donnent le produit et la somme.

Propriété

Critère en dimension 2. Soient Ω un ouvert de R2, f de classe C2 sur Ω et aΩ un point critique de f. Notons Δ=detHf(a) et T=trHf(a). Alors :

1. si Δ>0 et T>0, f admet en a un minimum local strict ;

2. si Δ>0 et T<0, f admet en a un maximum local strict ;

3. si Δ<0, f n'admet aucun extremum en a : c'est un point selle ;

4. si Δ=0, on ne peut pas conclure : cas douteux, une étude directe est nécessaire.

Avec les notations de Monge Hf(a)=(rsst), cela s'écrit Δ=rts2 et T=r+t.

Démonstration. La matrice H=Hf(a) est symétrique réelle : d'après le théorème spectral, elle est diagonalisable et ses deux valeurs propres λ1,λ2 sont réelles. Les relations coefficients-racines du polynôme caractéristique d'une matrice 2×2 donnent

λ1λ2=detH=Δ,λ1+λ2=trH=T.

Cas 1 et 2. Si Δ>0, les deux valeurs propres sont non nulles et de même signe, lequel est celui de leur somme T (qui est donc automatiquement non nulle). Si T>0, elles sont toutes deux strictement positives, donc HS2++(R) par la caractérisation spectrale, et le théorème du second ordre donne un minimum local strict. Si T<0, elles sont toutes deux strictement négatives, donc HS2++(R) et l'on obtient un maximum local strict.

Cas 3. Si Δ<0, les deux valeurs propres sont non nulles et de signes opposés : disons λ1>0>λ2. Alors HS2+(R) à cause de λ2, donc f n'a pas de minimum en a ; et HS2+(R) à cause de λ1<0, donc f n'a pas non plus de maximum en a.

Cas 4. Si Δ=0, l'une au moins des valeurs propres est nulle : on est dans le cas douteux évoqué plus haut.

Le critère se résume ainsi.

detHf(a) trHf(a) Nature du point critique a
>0 >0 minimum local strict
>0 <0 maximum local strict
<0 quelconque point selle : pas d'extremum
=0 quelconque cas douteux : étude directe indispensable

Remarque

Deux commentaires pratiques. D'abord, lorsque Δ>0, le signe de T=r+t est aussi celui de r seul (puisque r et t sont alors de même signe) : il est équivalent, et souvent plus rapide, de regarder le signe de 2fx2(a).

Ensuite, ce critère ne s'applique qu'en un point critique. Calculer un déterminant de hessienne en un point où le gradient ne s'annule pas n'a aucun intérêt : il n'y a de toute façon pas d'extremum là.

Exemple

Étude complète de f(x,y)=x3+y33xy sur R2. La fonction est polynomiale, donc de classe C sur l'ouvert R2.

Points critiques. On résout f(x,y)=(0,0), c'est-à-dire

{3x23y=03y23x=0    {y=x2x=y2.

En substituant, x=(x2)2=x4, soit x(x31)=0, donc x=0 ou x=1. Les points critiques sont (0,0) et (1,1). (Vérification par réinjection : f(0,0)=(0,0) et f(1,1)=(33,33)=(0,0).)

Nature de (0,0). Hf(0,0)=(0330), de déterminant 09=9<0 : point selle, pas d'extremum.

Nature de (1,1). Hf(1,1)=(6336), de déterminant 369=27>0 et de trace 12>0 : minimum local strict, de valeur f(1,1)=1+13=1.

Exemple

Suite : confirmation directe et absence d'extremum global.

Le point selle, à la main. Près de l'origine, f(t,t)=2t33t2=t2(2t3)<0 pour 0<t<32, tandis que f(t,t)=t3t3+3t2=3t2>0 pour t0. Comme f(0,0)=0, il y a bien, arbitrairement près de l'origine, des valeurs strictement supérieures et des valeurs strictement inférieures : ce n'est ni un maximum ni un minimum local. Le critère est confirmé.

Pas d'extremum global. Le long de l'axe des abscisses, f(x,0)=x3, qui tend vers quand x et vers + quand x+. La fonction f n'est donc ni minorée ni majorée sur R2 : elle n'admet aucun extremum global, alors même qu'elle possède un minimum local en (1,1).

C'est l'illustration la plus nette du danger signalé plus haut : « minimum local strict » ne se transforme jamais tout seul en « minimum global ».

Exemple

Un cas douteux traité à la main : f(x,y)=x2+y3 sur R2.

Points critiques. f(x,y)=(2x, 3y2) s'annule si et seulement si x=0 et y=0 : l'unique point critique est (0,0), où f(0,0)=0.

Le critère ne conclut pas. Hf(x,y)=(2006y), donc Hf(0,0)=(2000), de déterminant nul. On est dans le cas douteux : l'ordre 2 est muet. Notons au passage que Hf(0,0)S2+(R), de sorte que le second point du théorème ne s'applique pas non plus.

Étude directe. Le long de l'axe des ordonnées, f(0,t)=t3, qui est strictement positif pour t>0 et strictement négatif pour t<0. Aussi près de l'origine que l'on veut, f prend donc des valeurs de part et d'autre de f(0,0)=0 : f n'admet aucun extremum local en (0,0), et donc aucun extremum local du tout sur R2.

Morale. En cas douteux, on choisit un chemin le long duquel le terme d'ordre 2 s'annule — ici l'axe des ordonnées, sur lequel la forme quadratique 2h12 est nulle — et l'on regarde le premier terme non nul du développement.

Méthode : chercher les extremums

Les deux situations, ouvert et fermé borné, ne se traitent pas du tout de la même manière. Il faut commencer par identifier laquelle est en jeu.

Méthode

Cas 1 : f définie sur un OUVERT Ω.

1. Justifier en une phrase que Ω est ouvert et que f y est de classe C2.

2. Chercher les points critiques : résoudre le système f(x)=0. Tout extremum local est nécessairement l'un d'eux. Réinjecter les solutions dans le système pour contrôler.

3. Déterminer la nature de chaque point critique : calculer Hf(a), puis appliquer le critère det / tr en dimension 2, ou étudier le signe des valeurs propres en dimension 3. En cas douteux, étudier directement le signe de f(a+h)f(a) le long de chemins bien choisis.

4. Ne jamais conclure au global sans preuve. L'existence d'un extremum global n'est pas garantie sur un ouvert. Pour l'établir, il faut soit une inégalité valable sur tout Ω (typiquement en factorisant f(x)f(a) et en montrant que ce reste garde un signe constant), soit un argument de comportement à l'infini.

Méthode

Cas 2 : f définie sur une partie FERMÉE BORNÉE A non vide.

1. Justifier que A est fermée, bornée et non vide, et que f est continue sur A. Le théorème des bornes atteintes garantit alors que f est bornée sur A et atteint son maximum et son minimum globaux : leur existence est acquise avant tout calcul.

2. Intérieur. Chercher les points critiques de f dans l'intérieur de A, qui est un ouvert, et calculer les valeurs de f en ces points.

3. Bord. Paramétrer explicitement le bord (par exemple x=cosθ, y=sinθ pour un cercle ; ou y=1x avec x[0,1] pour un segment) et étudier la fonction d'une seule variable ainsi obtenue, par les méthodes de PCSI. Traiter séparément chaque morceau du bord, sans oublier les sommets ou points de raccord.

4. Comparer toutes les valeurs obtenues : la plus grande est le maximum global, la plus petite le minimum global.

Remarque

Le point 3 de la seconde méthode mérite une insistance particulière : le bord se traite par substitution ou par paramétrage explicite, jamais autrement. Les multiplicateurs de Lagrange sont hors programme en PC, et une contrainte ne peut être gérée qu'en éliminant une variable pour se ramener à un problème libre.

Notez aussi l'ordre logique. Sur un fermé borné, on établit d'abord l'existence des extremums par le théorème des bornes atteintes, puis on les localise. C'est ce qui autorise, à la fin, la comparaison de valeurs : on sait qu'il y a un gagnant.

En trois variables, le critère par le déterminant et la trace n'existe plus : on revient à la définition, c'est-à-dire au signe des valeurs propres de la hessienne. Voici comment cela se rédige.

Exemple

Un extremum en dimension 3 : f(x,y,z)=x2+y2+z2xyyz sur R3.

La fonction est polynomiale, donc de classe C sur l'ouvert R3.

Points critiques. f(x,y,z)=(2xy, 2yxz, 2zy), d'où le système

{y=2xx+z=2yy=2z

Les première et troisième équations donnent 2x=y=2z, donc x=z ; la deuxième s'écrit alors 2x=2y=4x, d'où x=0, puis y=z=0. L'unique point critique est l'origine, où f(0,0,0)=0.

Hessienne. Les dérivées secondes sont constantes :

Hf(0,0,0)=(210121012),

symétrique comme annoncé par le théorème de Schwarz.

Exemple

Suite : nature du point critique. Cherchons les valeurs propres de H=Hf(0,0,0). En posant μ=2λ,

det(HλI3)=μ101μ101μ=μ(μ21)(1)(μ)=μ32μ=μ(μ22).

Les racines sont μ{0, 2, 2}, soit

Sp(H)={2, 22, 2+2}.

Comme 2<2, ces trois valeurs propres sont strictement positives : par la caractérisation spectrale, HS3++(R), et f admet en l'origine un minimum local strict.

Passage au global. Une mise sous forme de somme de carrés le confirme et donne davantage :

f(x,y,z)=(xy2) ⁣2+34(y2z3) ⁣2+23z2  0,

avec égalité si et seulement si z=0, puis y=0, puis x=0. Le minimum est donc global et strict, de valeur 0, atteint uniquement en l'origine. La fonction n'est en revanche pas majorée (f(x,0,0)=x2), donc pas de maximum.

Extremums globaux

Trois exemples complets, correspondant aux trois situations que l'on rencontre.

Exemple

Un minimum global sur un ouvert non borné : f(x,y)=x2+xy+y23x3y sur R2.

La fonction est polynomiale, donc de classe C sur l'ouvert R2.

Points critiques. f(x,y)=(2x+y3, x+2y3), donc

{2x+y=3x+2y=3

En soustrayant les deux équations : xy=0, d'où x=y, puis 3x=3 et x=y=1. L'unique point critique est (1,1), avec f(1,1)=1+1+133=3.

Nature locale. Hf(x,y)=(2112), de déterminant 3>0 et de trace 4>0 : minimum local strict.

Exemple

Suite : le minimum est global. Il reste à passer du local au global, ce que le calcul suivant fait sans détour. Pour tous réels h,k,

f(1+h,1+k)=(1+h)2+(1+h)(1+k)+(1+k)23(1+h)3(1+k)=(1+2h+h2)+(1+h+k+hk)+(1+2k+k2)33h33k=3+h2+hk+k2.

Or, en écrivant la forme quadratique sous forme canonique,

h2+hk+k2=(h+k2) ⁣2+34k2  0,

avec égalité si et seulement si k=0 et h+k2=0, c'est-à-dire h=k=0.

Donc f(x,y)3 pour tout (x,y)R2, avec égalité uniquement en (1,1) : f admet en (1,1) un minimum global strict, égal à 3. En revanche f(x,0)=x23x+, donc f n'a pas de maximum.

Exemple

Un ouvert où le minimum global n'existe pas. Reprenons f(x,y)=x3+y33xy sur R2, étudiée plus haut : elle possède un minimum local strict en (1,1), de valeur 1, et un point selle en (0,0).

Pourtant f(x,0)=x3 quand x : la fonction n'est pas minorée, donc elle n'admet pas de minimum global. Elle n'est pas majorée non plus, donc pas de maximum global.

Comparez avec l'exemple précédent : les deux fonctions ont un unique minimum local strict trouvé exactement de la même façon, et pourtant l'une atteint son minimum global et l'autre non. Aucun raisonnement local ne peut distinguer les deux cas ; seule l'étude globale le peut. C'est pourquoi la phrase « c'est le seul point critique, donc c'est le minimum global » est fausse et doit être bannie des copies.

Exemple

Sur un fermé borné : f(x,y)=x2+y2x sur le disque fermé A={(x,y)  ;  x2+y21}.

Existence. A est fermée (image réciproque du fermé ],1] par une fonction continue), bornée (incluse dans B(0,2)) et non vide ; f y est continue. Par le théorème des bornes atteintes, f atteint sur A un maximum et un minimum globaux.

Intérieur. L'intérieur de A est le disque ouvert, sur lequel f est de classe C. On résout f(x,y)=(2x1, 2y)=(0,0), ce qui donne l'unique point (12,0), qui appartient bien à l'intérieur puisque 14<1. La valeur y est

f ⁣(12,0)=1412=14.

Sa hessienne (2002) a pour déterminant 4>0 et pour trace 4>0 : minimum local strict.

Exemple

Suite : étude du bord et conclusion.

Bord. Le bord de A est le cercle unité, que l'on paramètre par x=cosθ, y=sinθ avec θ[0,2π]. Sur ce bord,

g(θ)=f(cosθ,sinθ)=cos2θ+sin2θcosθ=1cosθ.

Comme cosθ décrit [1,1], la fonction g décrit [0,2] : son minimum 0 est atteint en θ=0, soit au point (1,0), et son maximum 2 en θ=π, soit au point (1,0).

Comparaison. Les valeurs candidates sont 14 (point critique intérieur), 0 et 2 (extremums sur le bord). Donc

minAf=14  atteint en (12,0),maxAf=2  atteint en (1,0).

Contrôle. On peut écrire f(x,y)=(x12)2+y214 : à la constante 14 près, f est le carré de la distance au point (12,0). Sur le disque, cette distance varie de 0 (au point lui-même, qui est dans le disque) à 32 (au point diamétralement opposé (1,0)). On retrouve 14 et 9414=2.

Exemple

Un fermé borné à bord anguleux : f(x,y)=xy(1xy) sur le triangle plein T={(x,y)  ;  x0, y0, x+y1}.

Existence. T est fermé (intersection de trois demi-plans fermés), borné (inclus dans [0,1]2) et non vide ; f y est continue, donc atteint ses bornes.

Bord. Il est formé de trois segments. Sur x=0 : f=0. Sur y=0 : f=0. Sur x+y=1 : le facteur 1xy est nul, donc f=0. Ainsi f est identiquement nulle sur le bord de T.

Intérieur. Sur l'ouvert {x>0, y>0, x+y<1}, on développe f=xyx2yxy2, d'où

fx=y2xyy2=y(12xy),fy=xx22xy=x(1x2y).

Comme x>0 et y>0 à l'intérieur, le système se réduit à 2x+y=1 et x+2y=1, dont l'unique solution est x=y=13. La valeur y est f ⁣(13,13)=19×13=127.

Conclusion. À l'intérieur, x>0, y>0 et 1xy>0, donc f>0. Le maximum global vaut donc 127, atteint en (13,13), et le minimum global vaut 0, atteint en tout point du bord.

Remarque

Le dernier exemple montre deux choses utiles. D'une part, un extremum global peut être atteint en une infinité de points : rien n'impose l'unicité. D'autre part, il n'a pas été nécessaire de calculer la hessienne : une fois l'existence acquise par le théorème des bornes atteintes, et les valeurs comparées, la conclusion tombe sans condition d'ordre 2. Sur un fermé borné, la hessienne n'est souvent qu'un confort.

Récapitulatif

Méthode

Les réflexes du chapitre.

  1. Fonction vectorielle : pour un calcul, dériver coordonnée par coordonnée ; pour une propriété structurelle (produit scalaire, norme, déterminant), passer par les règles L, B, M.
  2. « f est constante » doit déclencher immédiatement f,f=0, et réciproquement. C'est le résultat le plus rentable de la première section.
  3. Avant toute chose, vérifier la classe. Une phrase suffit : « polynomiale donc C », « quotient de fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas ». Sans classe C1, ni le développement limité, ni la règle de la chaîne, ni le gradient n'ont de sens.
  4. Point de recollement : ne jamais utiliser la formule générale au point exceptionnel. Continuité par majoration ou polaires, dérivées partielles par le taux d'accroissement, développement limité testé à la main, classe C1 par continuité des dérivées partielles.
  5. Composition : nommer les deux fonctions (f et g), et surveiller en permanence chaque dérivée partielle est évaluée. Savoir refaire le passage en polaires dans les deux sens.
  6. Gradient nul sur un ouvert ne donne « f constante » que si l'ouvert est convexe.
  7. Schwarz et Taylor-Young s'invoquent, ne se démontrent pas, mais leurs hypothèses (C2, ouvert) doivent être écrites.
  8. Extremums, ordre logique : classe, puis points critiques, puis nature par la hessienne, puis — et seulement alors — question du global.
  9. Fermé borné : commencer par le théorème des bornes atteintes, traiter l'intérieur et le bord séparément, comparer les valeurs à la fin.

Terminons par les cinq erreurs qui coûtent le plus de points en copie, dans l'ordre de fréquence observée.

Erreur 1 — Croire que l'existence des dérivées partielles suffit. C'est le piège central du chapitre. Une fonction peut admettre ses deux dérivées partielles en un point sans y être continue : le contre-exemple xyx2+y2 doit être connu et cité. Toute la théorie repose sur la classe C1, c'est-à-dire sur la continuité des dérivées partielles.

Erreur 2 — Conclure du local au global. Écrire « (1,1) est le seul point critique et c'est un minimum local, donc c'est le minimum global de f sur R2 » est un raisonnement faux : x3+y33xy le réfute exactement. Le passage au global exige soit une inégalité valable partout, soit un argument de compacité.

Erreur 3 — Oublier le bord. Sur une partie fermée, un extremum peut parfaitement être atteint en un point du bord, où le gradient ne s'annule pas : la condition nécessaire d'ordre 1 ne s'applique qu'aux points intérieurs. Une étude sur un fermé qui ne traite que les points critiques est incomplète, donc fausse.

Erreur 4 — Confondre les variables dans une composition. Écrire fr alors que f est fonction de (x,y), ou évaluer fx au point (r,θ) au lieu de (rcosθ,rsinθ), rend tout le calcul inexploitable. Nommer la composée et écrire les points d'évaluation coûte trois secondes et sauve une question entière.

Erreur 5 — Franchir le programme. Multiplicateurs de Lagrange, plan tangent, orthogonalité du gradient aux lignes de niveau, matrice jacobienne : ces outils ne sont pas au programme de PC et leur usage ne rapporte aucun point, même quand le résultat est juste. Une contrainte se traite par substitution ou par paramétrage explicite du bord, jamais autrement.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.