PC · Chapitre 02

Endomorphismes des espaces euclidiens

Isométries vectorielles, matrices orthogonales, isométries du plan, théorème spectral, endomorphismes autoadjoints positifs.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Isométries vectorielles
  • Matrices orthogonales
  • Isométries du plan
  • Théorème spectral
  • Endomorphismes autoadjoints positifs

En première année, le produit scalaire a servi à mesurer : longueurs, angles, distances à un sous-espace. Il n'était encore qu'un outil de géométrie. Ce chapitre change son statut : le produit scalaire devient une structure supplémentaire posée sur l'espace, et l'on classe les endomorphismes selon la façon dont ils se comportent vis-à-vis d'elle.

Deux comportements privilégiés se dégagent, et le chapitre est entièrement construit autour d'eux.

Le premier est la conservation. Un endomorphisme qui préserve la norme préserve tout ce que la norme permet de reconstruire : le produit scalaire, les angles, l'orthogonalité, les bases orthonormées. Ce sont les isométries vectorielles. Matriciellement, la condition prend la forme remarquablement compacte AA=In, qui dit exactement que les colonnes de A forment une base orthonormée. En dimension 2, on obtient une classification complète en deux familles, les rotations et les réflexions ; en dimension 3, on obtient une méthode de reconnaissance que la physique utilise en permanence.

Le second est la symétrie. Un endomorphisme u est autoadjoint lorsqu'on peut le faire passer d'un côté à l'autre du produit scalaire sans rien changer : u(x),y=x,u(y). La condition matricielle est cette fois A=A. Le théorème spectral affirme alors qu'un tel endomorphisme est non seulement diagonalisable, mais diagonalisable dans une base orthonormée. C'est le résultat le plus puissant du chapitre, et probablement celui que vous réutiliserez le plus souvent : il est derrière l'étude des points critiques en calcul différentiel, derrière les modes propres en mécanique, derrière les axes principaux d'inertie.

Un point de vocabulaire doit être fixé tout de suite, car il conditionne la rédaction attendue. Le programme de PC parle d'endomorphisme autoadjoint, et la notion d'adjoint d'un endomorphisme, elle, est hors programme. Vous ne devez donc jamais écrire u, ni caractériser une isométrie par une relation portant sur un adjoint. Tout se dit soit avec le produit scalaire, soit avec la transposée d'une matrice, et la transposée d'une matrice, elle, est un objet de calcul parfaitement autorisé et même central ici.

Les notations valent pour tout le chapitre. E désigne un espace euclidien, c'est-à-dire un R-espace vectoriel de dimension finie n1 muni d'un produit scalaire noté x,y, de norme associée x=x,x. Les endomorphismes sont notés u, v, s, p, r ; leur ensemble est L(E), l'identité est IdE, le groupe des automorphismes est GL(E). Pour les matrices : Mn(R), Mn,1(R) pour les colonnes, In pour l'identité, A pour la transposée, Sn(R) pour les matrices symétriques. Les objets nouveaux sont O(E), SO(E), On(R), SOn(R), S(E), S+(E), S++(E), Sn+(R) et Sn++(R). On conserve Ker, Im, rg, tr, Vect, det, dim et Sp(u) pour le spectre. On écrit toujours « base orthonormée » en toutes lettres.

Un seul résultat sera admis dans tout le chapitre, et c'est exactement celui que le programme dispense de démonstration : le théorème spectral. Tout le reste est démontré.

Rappels de première année

Cette première section ne contient rien de nouveau. Elle fixe le vocabulaire, les formules et surtout les réflexes de calcul en base orthonormée dont tout le chapitre se sert sans le redire.

Espace euclidien, norme, Cauchy-Schwarz

Définition

Un espace euclidien est un R-espace vectoriel E de dimension finie n1, muni d'un produit scalaire ,, c'est-à-dire d'une application E×ER qui est bilinéaire, symétrique, et définie positive : x,x0 pour tout x, avec x,x=0 si et seulement si x=0E.

La norme euclidienne associée est x=x,x.

Propriété

Identités de base. Pour tous x,yE :

x+y2=x2+2x,y+y2,xy2=x22x,y+y2.

On en déduit les identités de polarisation, qui reconstruisent le produit scalaire à partir de la seule norme :

x,y=12(x+y2x2y2)=14(x+y2xy2).

Remarque

Retenez la polarisation : c'est elle, et elle seule, qui expliquera pourquoi conserver la norme suffit à conserver le produit scalaire. Sans elle, la première caractérisation des isométries serait fausse.

Propriété

Inégalité de Cauchy-Schwarz. Pour tous x,yE,

x,yxy,

avec égalité si et seulement si la famille (x,y) est liée. On en déduit l'inégalité triangulaire x+yx+y.

Orthogonalité et bases orthonormées

Définition

Deux vecteurs x et y sont orthogonaux lorsque x,y=0 ; on note xy. Une famille (x1,,xp) est orthogonale lorsque ses vecteurs sont deux à deux orthogonaux, et orthonormée lorsqu'elle est de plus formée de vecteurs unitaires :

xi,xj=δi,j={1si i=j,0si ij.

Propriété

Pythagore. Si (x1,,xp) est orthogonale, alors x1++xp2=x12++xp2.

Liberté. Une famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre. En particulier une famille orthonormée est libre.

Propriété

Calculs en base orthonormée. Soit B=(e1,,en) une base orthonormée de E. Pour tout xE,

x=i=1nx,eiei,

autrement dit les coordonnées de x dans B sont ses produits scalaires contre les vecteurs de B. Si X et Y désignent les colonnes des coordonnées de x et y dans B, alors

x,y=XY=i=1nxiyi,x2=XX=i=1nxi2.

Remarque

Cette dernière formule est le pivot de tout le chapitre : en base orthonormée, et seulement en base orthonormée, le produit scalaire abstrait se calcule comme le produit scalaire canonique des colonnes de coordonnées. C'est ce qui permettra de traduire « isométrie » en AA=In et « autoadjoint » en A=A. Dans une base quelconque, ces traductions sont fausses.

Le procédé de Gram-Schmidt

Propriété

Procédé d'orthonormalisation de Gram-Schmidt. Soit (a1,,ap) une famille libre de E. Il existe une unique famille orthonormée (e1,,ep) telle que, pour tout k{1,,p},

Vect(e1,,ek)=Vect(a1,,ak)etak,ek>0.

Elle se construit de proche en proche : e1=a1a1, puis, pour k2,

vk=aki=1k1ak,eiei,ek=vkvk.

Conséquence. Tout espace euclidien possède une base orthonormée, et toute famille orthonormée de E se complète en une base orthonormée de E.

Exemple

Orthonormalisation d'une base de R3. On munit R3 du produit scalaire canonique et on part de

a1=(1,1,0),a2=(1,0,1),a3=(0,1,1).

Le déterminant de la matrice de ces trois vecteurs vaut 2, donc la famille est libre.

Étape 1. a12=2, donc e1=12(1,1,0).

Étape 2. a2,e1=12(1+0+0)=12, d'où

v2=(1,0,1)1212(1,1,0)=(1,0,1)12(1,1,0)=(12,12,1).

Comme v22=14+14+1=32, on préfère écrire v2=12(1,1,2) et normaliser ce dernier vecteur, de norme 6 :

e2=16(1,1,2).

Étape 3. a3,e1=12(0+1+0)=12 et a3,e2=16(01+2)=16, d'où

v3=(0,1,1)12(1,1,0)16(1,1,2)=(23,23,23)=23(1,1,1),

et comme (1,1,1)=3,

e3=13(1,1,1).

Vérification. e12=22=1, e22=66=1, e32=33=1 ; puis e1,e211+0=0, e1,e31+1+0=0 et e2,e311+2=0. La base (e1,e2,e3) est bien orthonormée.

Supplémentaire orthogonal, projection, distance

Définition

Soit F un sous-espace vectoriel de E. Son orthogonal est

F={xE  ;  yF, x,y=0}.

Propriété

F est un sous-espace vectoriel de E et

E=FF,dimF=ndimF,(F)=F.

On dit que F est le supplémentaire orthogonal de F.

Définition

La projection orthogonale sur F, notée pF, est la projection sur F parallèlement à F : pour x=xF+xF avec xFF et xFF, on pose pF(x)=xF.

Propriété

Calcul et distance. Soit (f1,,fp) une base orthonormée de F. Alors

pF(x)=i=1px,fifi.

De plus, pF(x) est l'unique élément de F qui réalise la distance de x à F :

d(x,F)=minyFxy=xpF(x),x2=pF(x)2+d(x,F)2.

Remarque

La formule pF(x)=x,fifi exige une base orthonormée de F. Avec une base quelconque, il faut résoudre un système, ou orthonormaliser d'abord. Et lorsque F est plus petit que F, il est souvent plus rapide de calculer pF puis d'écrire pF=IdEpF.

Exemple

Projection sur un plan de R3 et distance. On reprend F=Vect((1,1,0),(1,0,1)), dont l'exemple précédent fournit la base orthonormée

f1=12(1,1,0),f2=16(1,1,2).

Calculons pF(x) et d(x,F) pour x=(1,2,3).

x,f1=1+2+02=32,x,f2=12+66=56.pF(x)=3212(1,1,0)+5616(1,1,2)=32(1,1,0)+56(1,1,2)=(96+56, 9656, 106)=(73,23,53).

Le vecteur résiduel vaut xpF(x)=(43,43,43)=43(1,1,1) : il est bien colinéaire à e3=13(1,1,1), qui engendre F. Donc

d(x,F)=433=433.

Double vérification. D'une part d(x,F)=x,e3=1+2+33=43=433. D'autre part Pythagore : pF(x)2=49+4+259=263 et d(x,F)2=163, dont la somme vaut 423=14=1+4+9=x2.

Isométries vectorielles

Définition et premiers exemples

Définition

Un endomorphisme uL(E) est une isométrie vectorielle de E lorsqu'il conserve la norme :

xE,u(x)=x.

On dit aussi que u est un automorphisme orthogonal. L'ensemble des isométries vectorielles de E est noté O(E) et appelé groupe orthogonal de E.

Remarque

La linéarité fait partie de la définition : on part d'un endomorphisme. Il existe une théorie des applications conservant les distances sans hypothèse de linéarité, mais elle est hors programme.

Exemple

Trois exemples immédiats.

  1. IdEO(E), et de même IdEO(E) puisque x=x.
  2. Une homothétie xλx est une isométrie si et seulement si λ=1, c'est-à-dire λ{1,1}.
  3. Les symétries orthogonales, étudiées à la section suivante, sont des isométries. Ce n'est pas le cas des symétries quelconques. Dans R2, considérons la symétrie σ par rapport à Vect((1,0)) parallèlement à Vect((1,1)) : elle fixe (1,0) et envoie (1,1) sur (1,1), donc elle envoie (2,1)=(1,0)+(1,1) sur (1,0)(1,1)=(0,1). Or (0,1)=1 alors que (2,1)=5 : la norme n'est pas conservée. La direction de la symétrie doit être orthogonale au sous-espace fixe, sans quoi tout s'effondre.

Le théorème des caractérisations

Propriété

Théorème — caractérisations des isométries vectorielles. Soit uL(E). Les quatre assertions suivantes sont équivalentes.

  1. u conserve la norme : xE, u(x)=x.
  2. u conserve le produit scalaire : (x,y)E2, u(x),u(y)=x,y.
  3. L'image par u d'une base orthonormée de E est une base orthonormée de E.
  4. L'image par u de toute base orthonormée de E est une base orthonormée de E.

Démonstration. On établit le cycle 12431.

12. C'est ici qu'intervient la polarisation. Supposons que u conserve la norme et soient x,yE. En utilisant la linéarité de u, qui donne u(x)+u(y)=u(x+y) :

u(x),u(y)=12(u(x)+u(y)2u(x)2u(y)2)=12(u(x+y)2u(x)2u(y)2)=12(x+y2x2y2)=x,y.

24. Soit B=(e1,,en) une base orthonormée quelconque. Pour tous i,j,

u(ei),u(ej)=ei,ej=δi,j,

donc la famille (u(e1),,u(en)) est orthonormée. Étant orthonormée, elle est libre ; comptant n=dimE vecteurs, c'est une base orthonormée de E.

43. Immédiat, puisque E possède au moins une base orthonormée (Gram-Schmidt).

31. Soit B=(e1,,en) une base orthonormée telle que (u(e1),,u(en)) soit une base orthonormée. Soit xE, de coordonnées (x1,,xn) dans B. Alors u(x)=ixiu(ei), et comme la famille (u(ei)) est orthonormée, le théorème de Pythagore donne

u(x)2=i=1nxi2=x2.

Remarque

La différence entre les points 3 et 4 est capitale en pratique : pour prouver qu'un endomorphisme est une isométrie, il suffit de tester une seule base orthonormée bien choisie ; le théorème garantit ensuite que toutes les autres conviennent. C'est ce qui rend la vérification très économique.

Bijectivité et valeurs propres

Propriété

Toute isométrie vectorielle est bijective : O(E)GL(E).

Démonstration. Soit uO(E) et xKeru. Alors x=u(x)=0E=0, donc x=0E. L'endomorphisme u est injectif, donc bijectif puisque E est de dimension finie.

Propriété

Soit uO(E). Alors Sp(u){1,1}.

Démonstration. Soit λSp(u) et x un vecteur propre associé, donc x0E. De u(x)=λx on tire

x=u(x)=λx=λx,

et comme x0, on peut simplifier : λ=1, donc λ=1 ou λ=1.

Remarque

Attention à ne pas surinterpréter. Cet énoncé dit que si u a des valeurs propres, elles valent ±1. Il ne dit pas qu'il y en a. La rotation d'angle π/2 du plan est une isométrie sans aucune valeur propre réelle, donc en particulier non diagonalisable sur R. Une isométrie n'a aucune raison d'être diagonalisable : c'est la grande différence avec les endomorphismes autoadjoints de la seconde moitié du chapitre.

Le groupe orthogonal

Propriété

Le groupe orthogonal O(E). L'ensemble O(E) vérifie :

  1. IdEO(E) ;
  2. si u,vO(E), alors uvO(E) ;
  3. si uO(E), alors u est bijective et u1O(E).

C'est ce que résume la terminologie du programme : O(E) est le groupe orthogonal de E, sous-ensemble de GL(E).

Démonstration. Le point 1 est clair. Pour le point 2, si u et v conservent la norme, alors pour tout x,

(uv)(x)=u(v(x))=v(x)=x.

Pour le point 3, la bijectivité a déjà été établie ; pour tout xE, en appliquant la conservation de la norme par u au vecteur u1(x) :

u1(x)=u(u1(x))=x.

Remarque

Le mot « groupe » est ici un nom consacré, repris tel quel du programme. La théorie des groupes n'est pas au programme de PC : on n'attend de vous que la vérification des trois points ci-dessus, jamais un développement abstrait. Notez tout de même que O(E) n'est pas commutatif dès que n3.

Stabilité de l'orthogonal

Propriété

Théorème. Soient uO(E) et F un sous-espace vectoriel de E stable par u, c'est-à-dire u(F)F. Alors :

  1. u(F)=F, et l'endomorphisme induit par u sur F est une isométrie de F ;
  2. F est également stable par u, et l'endomorphisme induit sur F est une isométrie de F.

Démonstration. Point 1. L'application u est injective, donc sa restriction à F l'est aussi ; comme u(F)F et dimu(F)=dimF (une application linéaire injective conserve la dimension), on a u(F)=F. La restriction uF:FF est donc un endomorphisme de F conservant la norme : c'est une isométrie de F.

Point 2. Soit yF. Montrons que u(y)F, c'est-à-dire que u(y) est orthogonal à tout vecteur de F. Soit xF. D'après le point 1, il existe xF tel que x=u(x). Alors, en utilisant la conservation du produit scalaire,

u(y),x=u(y),u(x)=y,x=0,

la dernière égalité car yF et xF. Donc u(y)F et F est stable. La restriction de u à F est alors un endomorphisme de F conservant la norme.

Remarque

La surjectivité de uF (point 1) est indispensable à la démonstration du point 2 : sans elle, on ne pourrait pas écrire x sous la forme u(x). C'est un point que les copies oublient très souvent.

Symétries orthogonales et réflexions

Définition et expression

Définition

Soit F un sous-espace vectoriel de E. La symétrie orthogonale par rapport à F est la symétrie par rapport à F parallèlement à F : si x=xF+xF est la décomposition de x dans E=FF, alors

sF(x)=xFxF.

Lorsque F=H est un hyperplan de E (c'est-à-dire dimH=n1), la symétrie orthogonale sH s'appelle une réflexion.

Propriété

Avec les notations précédentes, sF=2pFIdE, et :

  1. sFsF=IdE ;
  2. sFO(E) ;
  3. Ker(sFIdE)=F et Ker(sF+IdE)=F.

Démonstration. Comme x=xF+xF et pF(x)=xF, on a bien

2pF(x)x=2xF(xF+xF)=xFxF=sF(x).

Le point 1 est immédiat : sF(sF(x))=sF(xFxF)=xF+xF=x, car xFF et xFF.

Pour le point 2, les vecteurs xF et xF sont orthogonaux, donc Pythagore s'applique deux fois :

sF(x)2=xF2+xF2=xF2+xF2=x2.

Le point 3 traduit simplement que sF(x)=x équivaut à xF=0E, et sF(x)=x à xF=0E.

Caractérisation

Propriété

Théorème. Soit sL(E). Alors s est une symétrie orthogonale si et seulement si

ss=IdEetsO(E).

Dans ce cas, s est la symétrie orthogonale par rapport à F=Ker(sIdE).

Démonstration. Le sens direct vient d'être établi.

Réciproquement, supposons ss=IdE et sO(E). Le polynôme X21=(X1)(X+1) annule s ; il est scindé à racines simples, donc s est diagonalisable et

E=FG,F=Ker(sIdE),G=Ker(s+IdE),

ce qui signifie exactement que s est la symétrie par rapport à F parallèlement à G. Il reste à voir que G=F.

Soient xF et yG. Comme s conserve le produit scalaire,

x,y=s(x),s(y)=x,y=x,y,

donc 2x,y=0, puis x,y=0. Ainsi GF. Enfin, de E=FG on tire dimG=ndimF=dimF : l'inclusion GF entre sous-espaces de même dimension est une égalité.

Formule explicite d'une réflexion

Propriété

Soit aE non nul et H={a}=Vect(a), hyperplan de E. La réflexion par rapport à H est donnée par

sH(x)=x2a,xa2a.

Démonstration. Posons D=Vect(a), de sorte que H=D et D=H. La projection orthogonale sur la droite D s'obtient avec la base orthonormée (a/a) de D :

pD(x)=x,aaaa=a,xa2a.

La décomposition orthogonale de x s'écrit x=pH(x)+pD(x), donc

sH(x)=pH(x)pD(x)=(xpD(x))pD(x)=x2pD(x),

ce qui est la formule annoncée.

Exemple

Une réflexion de R3 et sa matrice. Soit H le plan de R3 d'équation x1+x2+x3=0. On a H={a} avec a=(1,1,1) et a2=3, donc

s(x)=x23(x1+x2+x3)(1,1,1).

En base canonique, qui est orthonormée, la matrice de s est

S=I323(111111111)=13(122212221).

Vérifications. Posons M=3S. Le coefficient (1,1) de M2 vaut 1+4+4=9, le coefficient (1,2) vaut 22+4=0, le coefficient (1,3) vaut 2+42=0 ; par symétrie de M, on obtient M2=9I3, c'est-à-dire S2=I3. Les colonnes de M sont de norme 9=3 et deux à deux orthogonales (mêmes calculs), donc S est orthogonale.

Enfin S(1,1,1)=13(3,3,3)=(1,1,1) et S(1,1,0)=13(3,3,0)=(1,1,0) : la droite Vect(a) est retournée, le plan H est fixé point par point. On note pour la suite que tr(S)=1=dimHdimVect(a) et det(S)=1.

Remarque

Pour une symétrie orthogonale par rapport à un sous-espace F de dimension p, on a toujours

tr(sF)=p(np)=2pn,det(sF)=(1)np.

En particulier une réflexion (p=n1) a pour déterminant 1 et pour trace n2. C'est un excellent moyen de contrôle.

Matrices orthogonales

Définition et lecture sur les colonnes

Définition

Une matrice AMn(R) est orthogonale lorsque

AA=In.

L'ensemble des matrices orthogonales de taille n est noté On(R) et appelé groupe orthogonal d'ordre n.

Propriété

Soit AMn(R). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. AA=In ;
  2. A est inversible et A1=A ;
  3. AA=In ;
  4. les colonnes de A forment une base orthonormée de Mn,1(R) pour le produit scalaire canonique ;
  5. les lignes de A forment une base orthonormée de M1,n(R) pour le produit scalaire canonique.

Démonstration. 123 : en dimension finie, une matrice carrée B vérifiant BA=In est automatiquement l'inverse de A, donc vérifie aussi AB=In. Appliqué à B=A, cela donne l'équivalence des trois premiers points.

14 : notons C1,,Cn les colonnes de A. La ligne i de A est Ci, donc le coefficient d'indice (i,j) de AA vaut

(AA)i,j=CiCj=Ci,Cj.

Dire que cette matrice vaut In, c'est dire que Ci,Cj=δi,j, c'est-à-dire que la famille des colonnes est orthonormée ; comptant n vecteurs dans un espace de dimension n, c'est alors une base orthonormée.

35 : c'est le même calcul appliqué à AA, dont le coefficient (i,j) est le produit scalaire de la i-ème et de la j-ème ligne de A.

Remarque

Le point le plus surprenant est l'équivalence 45 : les colonnes de A sont orthonormées si et seulement si ses lignes le sont, alors que rien dans les énoncés ne le laisse deviner. C'est un pur effet de A1=A. En pratique, on vérifie ce qui est le plus rapide à calculer.

Traduction matricielle des isométries

Propriété

Théorème. Soient B une base orthonormée de E, uL(E) et A=MatB(u). Alors

uO(E)    AOn(R).

Démonstration. Comme B est orthonormée, pour tous x,yE de colonnes de coordonnées X et Y, on a x,y=XY et u(x) a pour colonne AX. Donc

u(x),u(y)=(AX)(AY)=X(AA)Y.

Ainsi, u conserve le produit scalaire si et seulement si X(AA)Y=XY pour toutes colonnes X et Y, c'est-à-dire X(AAIn)Y=0. En prenant pour X et Y les colonnes Ei et Ej de la base canonique, ce scalaire vaut le coefficient (i,j) de AAIn : la condition équivaut donc à AA=In.

On conclut avec le théorème des caractérisations : u conserve le produit scalaire si et seulement si uO(E).

Remarque

L'hypothèse « base orthonormée » n'est pas décorative. Dans une base quelconque, la matrice d'une isométrie n'a aucune raison de vérifier AA=In. Chaque fois que vous écrivez cette équivalence dans une copie, précisez la base et rappelez qu'elle est orthonormée.

Propriété

Matrices de changement de base orthonormée. Soient B une base orthonormée de E et B une famille de n vecteurs de E, de matrice P dans B (les coordonnées des vecteurs de B en colonnes). Alors

B est une base orthonormeˊe de E    POn(R).

Autrement dit, les matrices orthogonales sont exactement les matrices de passage entre bases orthonormées.

Démonstration. Notons B=(e1,,en) et C1,,Cn les colonnes de P : par construction, Cj est la colonne des coordonnées de ej dans B. Comme B est orthonormée, ei,ej=CiCj. Donc B est orthonormée si et seulement si CiCj=δi,j, c'est-à-dire PP=In. Une famille orthonormée de n vecteurs étant une base, la conclusion suit.

Le groupe On(R) et le déterminant

Propriété

  1. InOn(R) ; si A,BOn(R), alors ABOn(R) ; si AOn(R), alors A1=AOn(R).
  2. Si AOn(R), alors detA{1,1}.

Démonstration. Point 1. InIn=In. Pour le produit,

(AB)(AB)=BAAB=BInB=BB=In.

Pour l'inverse, (A)A=AA=In, donc A est orthogonale.

Point 2. En appliquant le déterminant à AA=In et en utilisant det(A)=detA :

det(A)det(A)=(detA)2=det(In)=1,

donc detA=1 ou detA=1.

Remarque

La réciproque du point 2 est fausse, et il faut savoir le dire avec un contre-exemple. La matrice

T=(1101)

vérifie detT=1, mais sa deuxième colonne (1,1) est de norme 21 : elle n'est pas orthogonale. On le voit aussi sur TT=(1112)I2.

Définition

On pose

SOn(R)={AOn(R)  ;  detA=1},

appelé groupe spécial orthogonal d'ordre n. Ses éléments sont les matrices orthogonales directes (ou positives) ; les matrices orthogonales de déterminant 1 sont dites indirectes (ou négatives).

De même, pour uO(E), le scalaire detu (indépendant de la base) vaut ±1 ; les isométries de déterminant 1 sont dites directes et forment SO(E), les autres sont dites indirectes.

Remarque

SOn(R) est stable par produit et par inverse (le déterminant est multiplicatif), alors que l'ensemble des matrices orthogonales indirectes ne l'est pas : il ne contient même pas In, et le produit de deux matrices indirectes est directe.

Orientation

Définition

Orienter E, c'est choisir une base orthonormée de référence B0 et la déclarer directe. Une base orthonormée B de E est alors dite directe si det(PB0B)=1, et indirecte si ce déterminant vaut 1.

Remarque

Cette définition a un sens parce que la matrice de passage entre deux bases orthonormées est orthogonale, donc de déterminant ±1 : il n'y a que deux « camps », et le choix de B0 décide lequel est le bon.

Une conséquence utile : si E est orienté, le déterminant d'une famille de n vecteurs ne dépend pas de la base orthonormée directe choisie pour le calculer. On le note simplement det(x1,,xn). En dimension 3, ce scalaire s'appelle le produit mixte de (x1,x2,x3) et se relie au produit vectoriel connu de la physique par det(x,y,z)=xy,z.

Méthode et exemple

Méthode

Vérifier qu'une matrice A est orthogonale, et la classer.

  1. Regarder les colonnes : elles doivent être unitaires et deux à deux orthogonales. C'est presque toujours plus rapide que de développer le produit AA, surtout si A contient un facteur global comme 13.
  2. Si les colonnes sont vilaines mais les lignes agréables, tester les lignes : c'est équivalent.
  3. Une fois l'orthogonalité acquise, calculer detA : on sait déjà qu'il vaut ±1, donc le calcul sert seulement à trancher entre direct et indirect, et il constitue un excellent contrôle d'erreur (toute autre valeur signale une faute de calcul).

Exemple

Une matrice orthogonale directe de taille 3. Soit

A=13(221212122),et M=3A.

Colonnes unitaires. (2,2,1)2=4+4+1=9, (2,1,2)2=4+1+4=9, (1,2,2)2=1+4+4=9. Après division par 3, les trois colonnes de A sont bien unitaires.

Colonnes orthogonales.

C1,C22×(2)+2×1+1×2=4+2+2=0,C1,C32×1+2×(2)+1×2=24+2=0,C2,C3(2)×1+1×(2)+2×2=22+4=0.

Donc AO3(R).

Déterminant. En développant detM selon la première ligne :

detM=2(1×2(2)×2)(2)(2×2(2)×1)+1(2×21×1)=2×6+2×6+1×3=27.

Comme detA=detM33=2727=1, la matrice A appartient à SO3(R). La section « Isométries de l'espace » identifiera précisément l'isométrie qu'elle représente.

Isométries du plan euclidien

Dans toute cette section, E est un plan euclidien, c'est-à-dire un espace euclidien de dimension 2.

Description de O2(R)

Propriété

Théorème. Posons, pour tout αR,

Rα=(cosαsinαsinαcosα),Sα=(cos2αsin2αsin2αcos2α).

Ces matrices sont orthogonales, avec detRα=1 et detSα=1. Réciproquement, toute matrice AO2(R) est de l'une de ces deux formes :

ASO2(R)    αR, A=Rα,detA=1    αR, A=Sα.

Démonstration. Soit AO2(R), de colonnes C1 et C2.

La colonne C1=(a,b) est unitaire : a2+b2=1. Il existe donc θR tel que a=cosθ et b=sinθ.

La colonne C2 est unitaire et orthogonale à C1. Or, dans le plan, l'orthogonal de la droite Vect(C1) est une droite, dirigée par (sinθ,cosθ) qui est bien unitaire et orthogonal à C1 (le produit scalaire vaut cosθsinθ+sinθcosθ=0). Les seuls vecteurs unitaires de cette droite sont ±(sinθ,cosθ). Deux cas seulement se présentent donc :

A=(cosθsinθsinθcosθ)ouA=(cosθsinθsinθcosθ).

Dans le premier cas detA=cos2θ+sin2θ=1 et A=Rθ ; dans le second detA=cos2θsin2θ=1 et, en posant α=θ/2, on reconnaît A=Sα.

Quant au fait que toutes les matrices Rα et Sα sont orthogonales, il se lit sur les mêmes calculs de colonnes : dans les deux cas les colonnes sont de norme cos2+sin2=1 et de produit scalaire nul.

Rotations planes

Propriété

Loi de composition et commutativité. Pour tous θ,θR,

RθRθ=Rθ+θ=RθRθ,R0=I2,(Rθ)1=Rθ.

En particulier SO2(R) est commutatif. De plus Rθ=Rθ si et seulement si θθ [2π].

Démonstration. Calculons le produit coefficient par coefficient :

RθRθ=(cosθsinθsinθcosθ)(cosθsinθsinθcosθ)=(cosθcosθsinθsinθcosθsinθsinθcosθsinθcosθ+cosθsinθsinθsinθ+cosθcosθ)=(cos(θ+θ)sin(θ+θ)sin(θ+θ)cos(θ+θ))=Rθ+θ.

La commutativité en découle, puisque θ+θ=θ+θ. Les deux dernières égalités sont les cas θ=0 et θ=θ. Enfin Rθ=Rθ impose cosθ=cosθ et sinθ=sinθ, donc θθ [2π].

Propriété

Rotation vectorielle d'un plan euclidien orienté. Supposons E orienté et soit rSO(E). Alors la matrice de r est la même dans toutes les bases orthonormées directes de E : c'est une matrice Rθ, et le réel θ, défini modulo 2π, s'appelle l'angle de la rotation r. On note r=rθ.

Démonstration. Soient B et B deux bases orthonormées directes, P la matrice de passage de B à B, A et A les matrices de r dans B et B. La matrice P est orthogonale et de déterminant 1 (les deux bases sont directes), donc PSO2(R). De même ASO2(R). La formule de changement de base donne A=P1AP, et comme SO2(R) est commutatif, AP=PA, d'où

A=P1AP=P1PA=A.

Remarque

Dans une base orthonormée indirecte, la matrice de rθ serait Rθ : changer l'orientation change le signe de l'angle. C'est pourquoi on ne parle d'angle de rotation qu'après avoir orienté le plan. Sans orientation, seule la quantité cosθ=12tr(r) a un sens.

Définition

Mesure d'un angle orienté. Soient x et y deux vecteurs unitaires d'un plan euclidien orienté E. Il existe une unique rotation r telle que r(x)=y ; son angle θ, défini modulo 2π, s'appelle la mesure de l'angle orienté (x,y^). Il est caractérisé par

cosθ=x,y,sinθ=det(x,y),

le déterminant étant calculé dans n'importe quelle base orthonormée directe.

Justification. Complétons x en une base orthonormée directe (ε1,ε2) avec ε1=x. Le vecteur y étant unitaire, ses coordonnées (y1,y2) vérifient y12+y22=1 : il existe donc θ tel que y=cosθε1+sinθε2, et alors rθ(x)=y. On lit immédiatement x,y=cosθ et

det(x,y)=1cosθ0sinθ=sinθ.

Réflexions du plan et classification

Propriété

Théorème — classification des isométries du plan. Soit E un plan euclidien et uO(E).

  • Si detu=1, alors u est une rotation. Sa matrice dans toute base orthonormée directe est Rθ ; si θ≢0 [2π], le seul vecteur fixe de u est 0E.
  • Si detu=1, alors u est une réflexion : uu=IdE, l'espace Ker(uIdE) est une droite D, et u est la symétrie orthogonale par rapport à D. De plus tr(u)=0.

Démonstration. Fixons une base orthonormée B (directe si E est orienté) et notons A la matrice de u dans B ; elle est orthogonale.

Cas detu=1. La description de O2(R) donne A=Rθ, et l'invariance de cette matrice par changement de base orthonormée directe a été établie plus haut. Un vecteur fixe non nul vérifierait RθX=X, donc 1 serait valeur propre de Rθ ; or le polynôme caractéristique de Rθ vaut

X2tr(Rθ)X+det(Rθ)=X22cosθX+1,

dont 1 est racine si et seulement si 22cosθ=0, c'est-à-dire cosθ=1, soit θ0 [2π].

Cas detu=1. On a A=Sα pour un certain α. Un calcul direct donne

Sα2=(cos22α+sin22αcos2αsin2αsin2αcos2αsin2αcos2αcos2αsin2αsin22α+cos22α)=I2,

donc uu=IdE. Comme u est de plus une isométrie, le théorème de caractérisation des symétries orthogonales s'applique : u est la symétrie orthogonale par rapport à F=Ker(uIdE).

Il reste à voir que F est une droite. La trace de Sα vaut cos2αcos2α=0 et son déterminant vaut 1, donc son polynôme caractéristique est X21 : les valeurs propres sont 1 et 1, chacune simple, donc dimF=1.

Propriété

Axe d'une réflexion, et composée de deux réflexions. Dans un plan euclidien orienté muni d'une base orthonormée directe :

  1. Sα est la réflexion d'axe Dα=Vect((cosα,sinα)) ;
  2. pour tous α,α, on a SαSα=R2(αα) : la composée de deux réflexions est la rotation dont l'angle est le double de l'angle entre les axes.

Démonstration. Point 1. Vérifions directement les deux vecteurs propres :

Sα(cosαsinα)=(cos2αcosα+sin2αsinαsin2αcosαcos2αsinα)=(cos(2αα)sin(2αα))=(cosαsinα), Sα(sinαcosα)=(cos2αsinα+sin2αcosαsin2αsinαcos2αcosα)=(sinαcosα)=(sinαcosα).

La droite Dα est donc fixée point par point et sa perpendiculaire est retournée : c'est bien la réflexion d'axe Dα.

Point 2. Posons c=cos2α, s=sin2α, c=cos2α, s=sin2α. Alors

SαSα=(cssc)(cssc)=(cc+sscsscsccsss+cc)=(cos(2α2α)sin(2α2α)sin(2α2α)cos(2α2α)),

c'est-à-dire R2(αα).

Méthode

Reconnaître une isométrie du plan à partir de sa matrice A en base orthonormée.

  1. Vérifier que AO2(R) (colonnes unitaires et orthogonales).
  2. Calculer detA.
  3. Si detA=1 : c'est une rotation, et on lit son angle directement sur la matrice, cosθ en position (1,1) et sinθ en position (2,1). Le couple (cosθ,sinθ) détermine θ modulo 2π : ne concluez jamais avec le seul cosinus.
  4. Si detA=1 : c'est une réflexion, et on détermine son axe en résolvant AX=X, c'est-à-dire Ker(AI2). Contrôle : la trace doit être nulle.

Exemple

Deux reconnaissances.

(a) A=12(1331). Les colonnes ont pour carré de norme 1+34=1 et pour produit scalaire 3+34=0 : AO2(R). Puis detA=1×1(3)×34=1+34=1. C'est donc une rotation, avec cosθ=12 et sinθ=32 : l'angle est θ=π3.

(b) B=15(3443). Les colonnes ont pour carré de norme 9+1625=1 et pour produit scalaire 121225=0 : BO2(R). Puis detB=91625=1, et tr(B)=335=0 : c'est une réflexion. Son axe est

Ker(BI2):15(2448)(xy)=(00)    x=2y,

donc l'axe est D=Vect((2,1)).

Vérification. B(2,1)=15(6+4, 83)=(2,1), et B(1,2)=15(38, 4+6)=(1,2)=(1,2). L'axe est fixé, sa perpendiculaire est retournée. On peut aussi identifier α : tanα=12 donne cos2α=11/41+1/4=35 et sin2α=2×1/21+1/4=45, ce qui est exactement B=Sα.

Isométries de l'espace (en pratique)

Remarque

Statut de cette section dans le programme de PC. Le programme officiel ne demande pas de classification des isométries en dimension 3 : il n'y a ici aucun théorème exigible, et vous n'aurez jamais à démontrer que tout élément de SO3(R) est une rotation. Le texte du programme précise seulement que « pour les applications courantes en dimension trois, on peut au besoin recourir au produit vectoriel ». Cette section est donc une boîte à outils pratique : on admet la description des rotations de l'espace, et on apprend à reconnaître axe et angle sur un exemple. C'est exactement ce qui est attendu, et c'est en permanence utile en mécanique.

Rotation d'axe orienté

Définition

Soit E un espace euclidien orienté de dimension 3, soit D=Vect(a) une droite dirigée par un vecteur unitaire a (ce choix oriente la droite), et soit θR. La rotation d'axe orienté D et d'angle θ est l'endomorphisme r dont la matrice, dans toute base orthonormée directe (a,ε2,ε3) de E, est

Mat(r)=(1000cosθsinθ0sinθcosθ).

Autrement dit, r fixe l'axe et fait tourner le plan D de l'angle θ.

Remarque

Changer a en a retourne l'orientation de l'axe et change θ en θ : la rotation, elle, est la même. On ne parle donc d'angle qu'après avoir choisi un vecteur directeur de l'axe. Le cas θ=π est particulier : la rotation ne dépend alors plus de l'orientation choisie, c'est le demi-tour (ou retournement) d'axe D, qui est aussi la symétrie orthogonale par rapport à la droite D.

Propriété

Avec les notations précédentes, r est une isométrie directe : sa matrice ci-dessus est orthogonale et de déterminant cos2θ+sin2θ=1. De plus

tr(r)=1+2cosθ,Ker(rIdE)=Dsi θ≢0 [2π].

La trace étant invariante par changement de base, la première formule se lit sur n'importe quelle matrice de r en base orthonormée.

Propriété

Signe de l'angle par le produit mixte. Soit r la rotation d'axe orienté par a (non nécessairement unitaire) et d'angle θ. Alors, pour tout xD,

det(a, x, r(x))=ax2sinθ.

Démonstration. Posons ε1=a/a et complétons en une base orthonormée directe (ε1,ε2,ε3). Comme xD, on écrit x=x2ε2+x3ε3, et par définition de r,

r(x)=(x2cosθx3sinθ)ε2+(x2sinθ+x3cosθ)ε3.

Le déterminant se calcule dans cette base orthonormée directe, en développant selon la première ligne :

det(ε1, x, r(x))=1000x2x2cosθx3sinθ0x3x2sinθ+x3cosθ=x2(x2sinθ+x3cosθ)x3(x2cosθx3sinθ)=(x22+x32)sinθ=x2sinθ.

Il suffit alors de multiplier par a, le déterminant étant linéaire en sa première colonne.

Méthode de reconnaissance

Méthode

Reconnaître l'isométrie de matrice A orthogonale de taille 3 (base orthonormée directe).

  1. Vérifier AO3(R) et calculer detA.
  2. Si detA=1 : on admet que A est la matrice d'une rotation.
    • Axe : résoudre AX=X, c'est-à-dire déterminer Ker(AI3). On obtient une droite D=Vect(a) (sauf si A=I3), que l'on oriente en choisissant a.
    • Cosinus de l'angle : tr(A)=1+2cosθ, donc cosθ=tr(A)12.
    • Signe de l'angle : choisir un vecteur x non nul orthogonal à a, calculer r(x), puis le produit mixte det(a,x,r(x)), dont le signe est celui de sinθ. On peut aussi calculer ax et comparer avec r(x).
  3. Si detA=1 : A n'est pas une rotation. On l'étudie en pratique sur l'exemple, en cherchant Ker(A+I3) et en la décomposant en composée d'une rotation et d'une réflexion.

Exemple

Reconnaissance complète d'une rotation. Reprenons la matrice de la section précédente, exprimée dans la base canonique de R3 supposée orthonormée directe :

A=13(221212122)SO3(R).

Axe. On résout AX=X, c'est-à-dire (3A3I3)X=0 avec

3A3I3=(121222121).

La première ligne donne z=x+2y et la troisième la même relation. La deuxième ligne donne xyz=0, donc xy(x+2y)=3y=0, d'où y=0 puis z=x. Ainsi

D=Ker(AI3)=Vect(a),a=(1,0,1).

Vérification. A(1,0,1)=13(2+1, 22, 1+2)=13(3,0,3)=(1,0,1). L'axe est correct.

Cosinus de l'angle. tr(A)=2+1+23=53, donc

cosθ=tr(A)12=5/312=2/32=13.

Signe de l'angle. Orientons l'axe par a=(1,0,1), de norme 2. Le vecteur x=(0,1,0) est bien orthogonal à a et unitaire, et

r(x)=A(0,1,0)=13(2,1,2).

Le produit mixte, développé selon la deuxième colonne (qui n'a qu'un coefficient non nul), vaut

det(a,x,r(x))=102/3011/3102/3=1×12/312/3=23+23=43>0.

La formule det(a,x,r(x))=ax2sinθ donne alors

sinθ=4/32×1=432=223>0.

Double vérification. cos2θ+sin2θ=19+89=1 : les deux valeurs sont bien compatibles.

Conclusion. A est la matrice de la rotation d'axe orienté par (1,0,1) et d'angle θ=arccos(13), soit environ 70,5 degrés, comptés positivement.

Exemple

Une rotation express. Soit P=(001100010), qui envoie e1 sur e2, e2 sur e3 et e3 sur e1. Ses colonnes sont les vecteurs de la base canonique, donc PO3(R), et detP=1 (permutation circulaire de trois éléments).

L'équation PX=X s'écrit (x3,x1,x2)=(x1,x2,x3), donc x1=x2=x3 : l'axe est Vect((1,1,1)). Ensuite tr(P)=0=1+2cosθ donne cosθ=12.

Pour le signe, prenons a=(1,1,1) et x=(1,1,0), orthogonal à a ; alors Px=(0,1,1) et

det(a,x,Px)=110111101=1×(10)1×(11)+0=3>0.

Contrôle avec la formule : ax2sinθ=3×2×32=3. Tout concorde, et θ=2π3.

Exemple

Un cas det=1, sans théorie. Soit B=(010100001). Ses colonnes sont unitaires et deux à deux orthogonales, donc BO3(R), et en développant selon la dernière ligne, detB=(1)×0110=1.

Cherchons les vecteurs retournés : Ker(B+I3) est décrit par xy=0 et x+y=0, donc x=y=0 et z libre : c'est Vect(e3).

On reconnaît alors une factorisation immédiate :

B=(010100001)rotation d’axe Vect(e3), angle π/2×(100010001)reˊflexion par rapport au plan e3,

et les deux facteurs commutent. B est donc la composée d'une rotation d'axe Vect(e3) et de la réflexion par rapport au plan orthogonal à cet axe. Aucun théorème n'est invoqué ici : on a simplement lu la matrice.

Endomorphismes autoadjoints

Définition

Définition

Un endomorphisme uL(E) est dit autoadjoint (on dit aussi symétrique) lorsque

(x,y)E2,u(x),y=x,u(y).

L'ensemble des endomorphismes autoadjoints de E est noté S(E).

Remarque

Point de vocabulaire, à lire attentivement. Le terme « autoadjoint » vient de la notion d'adjoint d'un endomorphisme, qui est hors programme en PC. En conséquence :

  • vous ne devez jamais écrire u=u, ni utiliser le symbole u ;
  • une isométrie ne se caractérise pas par une relation du type « u1 égale l'adjoint de u » ;
  • la seule définition légitime est celle ci-dessus, avec le produit scalaire, et sa traduction matricielle A=A.

En revanche, le calcul matriciel avec la transposée est totalement autorisé et sera au cœur de tout ce qui suit : AA=In, A=A, A=PDP. Transposer une matrice n'est pas « prendre l'adjoint », c'est du calcul.

Propriété

S(E) est un sous-espace vectoriel de L(E).

Démonstration. L'endomorphisme nul est autoadjoint. Si u,vS(E) et λ,μR, alors pour tous x,y, par bilinéarité du produit scalaire,

(λu+μv)(x),y=λu(x),y+μv(x),y=λx,u(y)+μx,v(y)=x,(λu+μv)(y).

Remarque

En revanche S(E) n'est pas stable par composition. Un calcul en deux lignes le précise : pour u,vS(E),

(uv)(x),y=v(x),u(y)=x,(vu)(y),

donc uv est autoadjoint si et seulement si uv=vu.

Caractérisation matricielle

Propriété

Théorème. Soient B une base orthonormée de E, uL(E) et A=MatB(u). Alors

uS(E)    A=A    ASn(R).

En particulier dimS(E)=dimSn(R)=n(n+1)2.

Démonstration. Soient x,yE de colonnes de coordonnées X et Y dans B. Comme B est orthonormée,

u(x),y=(AX)Y=XAY,x,u(y)=X(AY)=XAY.

Donc u est autoadjoint si et seulement si X(AA)Y=0 pour toutes colonnes X,Y. En prenant X=Ei et Y=Ej, ce scalaire est le coefficient (i,j) de AA : la condition équivaut à A=A. La dimension annoncée est celle, connue, de l'espace des matrices symétriques.

Remarque

Ici encore, l'hypothèse base orthonormée est indispensable. Une matrice symétrique dans une base non orthonormée ne représente pas nécessairement un endomorphisme autoadjoint, et réciproquement.

Exemples fondamentaux

Exemple

Les projections orthogonales sont autoadjointes. Soit F un sous-espace de E et p=pF. Pour x,yE, décomposons y=p(y)+(yp(y)) avec p(y)F et yp(y)F. Comme p(x)F, le second terme ne contribue pas :

p(x),y=p(x),p(y)+p(x),yp(y)=0=p(x),p(y).

Le membre de droite est symétrique en x et y. En refaisant le même calcul en échangeant les rôles, x,p(y)=p(x),p(y) également. Les deux quantités sont donc égales : pS(E).

Exemple

Les symétries orthogonales sont autoadjointes. Si sF=2pFIdE, alors sF est combinaison linéaire de deux endomorphismes autoadjoints, donc appartient à S(E). On retrouve au passage que la matrice S de l'exemple de la section 3 était bien symétrique.

Caractérisation des projecteurs orthogonaux

Propriété

Théorème. Soit pL(E). Alors p est une projection orthogonale si et seulement si

pp=petpS(E).

Dans ce cas, p est la projection orthogonale sur F=Imp=Ker(pIdE).

Démonstration. Sens direct. Une projection orthogonale est un projecteur, donc pp=p ; et l'exemple précédent montre qu'elle est autoadjointe.

Réciproque. Supposons pp=p et pS(E). La relation pp=p signifie que p est un projecteur, donc

E=FG,F=Imp=Ker(pIdE),G=Kerp,

et p est la projection sur F parallèlement à G. Il reste à établir G=F.

Soient xF et yG. Comme xF, on a p(x)=x ; comme yG, on a p(y)=0E. Le caractère autoadjoint donne alors

x,y=p(x),y=x,p(y)=x,0E=0.

Donc GF. Enfin dimG=ndimF=dimF, donc G=F et p=pF.

Remarque

Ce théorème est le critère à réciter dès qu'un énoncé demande de reconnaître une projection orthogonale : idempotent et autoadjoint. Matriciellement, en base orthonormée : A2=A et A=A.

Orthogonalité des sous-espaces propres

Propriété

Théorème. Soit uS(E). Les sous-espaces propres de u sont deux à deux orthogonaux : si λ et μ sont deux valeurs propres distinctes de u, alors Eλ(u)Eμ(u).

Démonstration. Soient λμ deux valeurs propres, xEλ(u) et yEμ(u). On calcule le même produit scalaire de deux façons :

u(x),y=λx,y=λx,y,x,u(y)=x,μy=μx,y.

Comme u est autoadjoint, ces deux quantités sont égales, donc (λμ)x,y=0. Puisque λμ, on conclut x,y=0.

Propriété

Stabilité de l'orthogonal. Soit uS(E) et F un sous-espace stable par u. Alors F est stable par u, et l'endomorphisme induit par u sur F est autoadjoint.

Démonstration. Soit yF et xF. Comme F est stable, u(x)F, donc

u(y),x=y,u(x)=0,

la dernière égalité car yF et u(x)F. Ainsi u(y)F : le sous-espace F est stable. La relation u(x),y=x,u(y), vraie pour tous les vecteurs de E, l'est en particulier pour ceux de F : l'endomorphisme induit est autoadjoint.

Le théorème spectral

Les deux énoncés

Propriété

Théorème spectral, forme géométrique (admis). Soit E un espace euclidien et uS(E). Alors E possède une base orthonormée formée de vecteurs propres de u.

En particulier, tout endomorphisme autoadjoint est diagonalisable, son spectre est non vide, et E est la somme directe de ses sous-espaces propres, qui sont de plus deux à deux orthogonaux.

Propriété

Théorème spectral, forme matricielle (admis). Soit ASn(R). Alors il existe POn(R) et DMn(R) diagonale à coefficients réels telles que

A=PDP1=PDP.

Les coefficients diagonaux de D sont les valeurs propres de A, répétées selon leur multiplicité, et les colonnes de P sont des vecteurs propres associés, formant une base orthonormée de Mn,1(R).

Remarque

La démonstration n'est pas exigible en PC. En voici tout de même l'idée, en deux phrases. D'abord, on montre qu'un endomorphisme autoadjoint admet au moins une valeur propre réelle (par exemple en observant que le polynôme caractéristique a une racine complexe λ et que, pour un vecteur propre complexe Z, la quantité ZAZ calculée de deux façons impose λ=λ). Ensuite, la droite D engendrée par un vecteur propre unitaire est stable, donc D est stable et l'endomorphisme induit sur D y est encore autoadjoint : une récurrence sur la dimension fournit la base orthonormée cherchée.

Réciproque et conséquences

Propriété

La réciproque est vraie, et elle est immédiate. Si A=PDP avec POn(R) et D diagonale réelle, alors ASn(R). Autrement dit :

ASn(R)    A est orthogonalement semblable aˋ une matrice diagonale reˊelle.

Démonstration. En transposant un produit et en utilisant D=D :

A=(PDP)=(P)DP=PDP=A.

Propriété

Conséquences à connaître. Soit uS(E), de valeurs propres distinctes λ1,,λr.

  1. E=Eλ1(u)Eλr(u), et cette somme directe est orthogonale.
  2. Si (e1,,en) est une base orthonormée de vecteurs propres, associée aux valeurs propres μ1,,μn (avec répétitions), alors pour tout x=ixiei,
u(x)=i=1nμixiei,u(x),x=i=1nμixi2,x2=i=1nxi2.

Démonstration. Point 1. La diagonalisabilité donne la somme directe ; l'orthogonalité deux à deux des sous-espaces propres a été démontrée à la section précédente.

Point 2. La première formule est la linéarité. Pour la deuxième, comme la base est orthonormée, le produit scalaire de u(x)=iμixiei et de x=ixiei est la somme des produits des coordonnées, soit iμixi2. La troisième est le théorème de Pythagore.

Remarque

La formule u(x),x=iμixi2 est le cheval de bataille de toute la fin du chapitre : positivité, encadrements, extremums. Retenez-la sous cette forme, et retenez surtout d'où elle vient : une base orthonormée de vecteurs propres, donc le théorème spectral.

Méthode de diagonalisation orthogonale

Méthode

Diagonaliser orthogonalement une matrice symétrique réelle A.

  1. Vérifier que A est symétrique. Sans cela, rien de ce qui suit n'est garanti.
  2. Calculer le polynôme caractéristique et les valeurs propres. Elles sont toutes réelles. Contrôles à faire systématiquement : la somme des valeurs propres, comptées avec multiplicité, vaut tr(A), et leur produit vaut det(A).
  3. Déterminer chaque sous-espace propre Eλ=Ker(AλIn). Le théorème spectral garantit que λdimEλ=n : si vous ne trouvez pas le compte, c'est qu'il y a une erreur de calcul.
  4. Orthonormaliser à l'intérieur de chaque sous-espace propre. Si dimEλ=1, il suffit de normaliser le vecteur trouvé. Si dimEλ2, appliquer Gram-Schmidt à l'intérieur de Eλ : la base obtenue reste formée de vecteurs propres, puisque Eλ est un sous-espace.
  5. Concaténer. Les vecteurs issus de sous-espaces propres différents sont automatiquement orthogonaux (théorème d'orthogonalité des sous-espaces propres) : il n'y a rien à faire entre les blocs. On obtient une base orthonormée de vecteurs propres.
  6. Écrire P et D, en respectant le même ordre : la j-ème colonne de P est le j-ème vecteur propre, et le j-ème coefficient diagonal de D est la valeur propre associée.
  7. Vérifier PP=In, puis AP=PD (plus rapide que de calculer PDP).

Exemple

Diagonalisation orthogonale d'une matrice 3×3 avec valeur propre double. Soit

A=(211121112).

Étape 1. A est symétrique : le théorème spectral s'applique.

Étape 2 : valeurs propres. On remarque que A=I3+JJ est la matrice dont tous les coefficients valent 1. Comme J est de rang 1, de trace 3, ses valeurs propres sont 3 (avec le vecteur propre (1,1,1)) et 0 (double, sur le plan d'équation x+y+z=0). Donc A a pour valeurs propres

λ1=4 (simple),λ2=1 (double).

Contrôles. 4+1+1=6=tr(A). Et detA=4×1×1=4 ; le calcul direct confirme :

detA=2(41)1(21)+1(12)=611=4.

Étape 3 : sous-espaces propres.

E4=Vect((1,1,1)),E1=Ker(AI3)={(x,y,z)  ;  x+y+z=0},

ce dernier étant de dimension 2, engendré par exemple par v1=(1,1,0) et v2=(1,0,1). On a bien 1+2=3.

Étape 4 : orthonormalisation. La droite E4 ne pose pas de problème :

f3=13(1,1,1).

Dans le plan E1, les vecteurs v1 et v2 ne sont pas orthogonaux (v1,v2=1) : on applique Gram-Schmidt à l'intérieur de E1.

f1=v1v1=12(1,1,0),

puis, avec v2,f1=1002=12,

w2=v21212(1,1,0)=(1,0,1)12(1,1,0)=(12,12,1)=12(1,1,2).

Comme (1,1,2)=6, on pose

f2=16(1,1,2).

Contrôle. La somme des coordonnées de (1,1,2) vaut 0 : ce vecteur est bien dans E1.

Étape 5 : orthogonalité entre blocs. (1,1,1),(1,1,0)=0 et (1,1,1),(1,1,2)=1+12=0 : rien à corriger, comme annoncé par le théorème.

Étape 6 : écriture de P et D. En rangeant les vecteurs dans l'ordre (f1,f2,f3) :

P=(12161312161302613),D=(100010004).

Étape 7 : vérifications. Calculons PP coefficient par coefficient.

(1,1):12+12+0=1,(2,2):16+16+46=1,(3,3):13+13+13=1,(1,2):112112+0=0,(1,3):1616+0=0,(2,3):118+118218=0.

Donc PP=I3 et PO3(R). Vérifions enfin AP=PD colonne par colonne :

A(1,1,0)=(21, 12, 11)=(1,1,0)=1×(1,1,0),A(1,1,2)=(2+12, 1+22, 1+14)=(1,1,2)=1×(1,1,2),A(1,1,1)=(4,4,4)=4×(1,1,1).

Tout est cohérent : A=PDP.

Bonus. detP=1263111111021=16(1×31×(1)+1×2)=66=1 : la base (f1,f2,f3) est même directe.

Endomorphismes autoadjoints positifs

Définitions

Définition

Soit uS(E). On dit que u est :

  • positif lorsque xE, u(x),x0 ; on note alors uS+(E) ;
  • défini positif lorsque xE{0E}, u(x),x>0 ; on note alors uS++(E).

De même, une matrice ASn(R) est dite positive lorsque XAX0 pour toute colonne X, et définie positive lorsque XAX>0 pour toute colonne X non nulle. On note respectivement Sn+(R) et Sn++(R).

Remarque

Le lien entre les deux définitions est le calcul habituel en base orthonormée : si A est la matrice de u dans une base orthonormée, alors

u(x),x=(AX)X=XAX=XAX,

la dernière égalité utilisant A=A. Donc uS+(E) si et seulement si ASn+(R), et de même pour le cas défini positif.

Attention à l'ordre des inclusions : S++(E)S+(E)S(E). La positivité n'a de sens, dans ce chapitre, que pour un endomorphisme déjà autoadjoint.

Caractérisation spectrale

Propriété

Théorème. Soit uS(E). Alors

uS+(E)    Sp(u)R+,uS++(E)    Sp(u)R+.

Les mêmes équivalences valent pour une matrice ASn(R) et son spectre.

Démonstration. Sens direct. Supposons uS+(E) et soit λSp(u), de vecteur propre x0E. Alors

0u(x),x=λx,x=λx2,

et comme x2>0, on obtient λ0. Si u est de plus défini positif, l'inégalité de gauche est stricte et λ>0.

Réciproque. Supposons Sp(u)R+. Le théorème spectral fournit une base orthonormée (e1,,en) de vecteurs propres, avec u(ei)=μiei et μi0 pour tout i. Pour x=ixiei, on a vu que

u(x),x=i=1nμixi20,

comme somme de termes positifs : uS+(E).

Si maintenant tous les μi sont strictement positifs et si x0E, alors au moins une coordonnée xi0 est non nulle, donc iμixi2μi0xi02>0 : uS++(E).

Propriété

Conséquences.

  1. S++(E)GL(E) : un endomorphisme autoadjoint défini positif est inversible.
  2. Pour uS+(E) : u est défini positif si et seulement si u est inversible.
  3. Pour toute matrice AMn(R), on a AASn+(R) ; et AASn++(R) si et seulement si A est inversible.

Démonstration. Points 1 et 2. Si uS++(E) et u(x)=0E, alors u(x),x=0, ce qui force x=0E : u est injectif donc bijectif. Réciproquement, si uS+(E) est inversible, alors 0Sp(u), donc toutes les valeurs propres, déjà positives, sont strictement positives, et la caractérisation spectrale conclut.

Point 3. D'abord (AA)=A(A)=AA : la matrice est symétrique. Ensuite, pour toute colonne X,

X(AA)X=(AX)(AX)=AX20,

donc AASn+(R). Cette quantité est nulle si et seulement si AX=0. Donc AA est définie positive si et seulement si le seul X vérifiant AX=0 est X=0, c'est-à-dire si et seulement si A est inversible.

Encadrement et quotient de Rayleigh

Propriété

Théorème. Soit uS(E), de valeurs propres λmin (la plus petite) et λmax (la plus grande). Alors

xE,λminx2  u(x),x  λmaxx2,

et ces deux inégalités sont des égalités pour les vecteurs propres associés à λmin et λmax respectivement.

Démonstration. Le théorème spectral fournit une base orthonormée (e1,,en) de vecteurs propres, associée aux valeurs propres μ1,,μn (avec répétitions). Pour x=ixiei, on dispose des deux formules

u(x),x=i=1nμixi2,x2=i=1nxi2.

Comme λminμiλmax pour tout i et que xi20, on peut encadrer terme à terme :

λmini=1nxi2  i=1nμixi2  λmaxi=1nxi2,

ce qui est l'encadrement annoncé. Si x est un vecteur propre associé à λmax, alors u(x),x=λmaxx2 directement, et de même pour λmin.

Propriété

Corollaire — quotient de Rayleigh. Avec les mêmes notations, la quantité u(x),xx2, définie pour x0E, reste comprise entre λmin et λmax, et ces deux bornes sont atteintes :

minx0Eu(x),xx2=λmin,maxx0Eu(x),xx2=λmax.

En restreignant à la sphère unité, maxx=1u(x),x=λmax et minx=1u(x),x=λmin.

Remarque

C'est le résultat à dégainer chaque fois qu'un problème demande de majorer ou minorer une expression de la forme u(x),x, ou d'optimiser une telle quantité sur la sphère unité. Le calcul se ramène systématiquement à un calcul de valeurs propres extrêmes.

Application, mentionnée sans être développée : en calcul différentiel d'ordre 2, la matrice hessienne d'une fonction de classe C2 en un point critique est symétrique réelle ; le signe de ses valeurs propres, c'est-à-dire son appartenance à Sn++(R) ou non, décide de la nature du point critique. Le théorème spectral est ce qui rend cette étude possible.

Exemples

Exemple

Une matrice définie positive, étudiée de deux façons. Reprenons A=(211121112), dont les valeurs propres sont 1 (double) et 4.

Par le spectre. A est symétrique et Sp(A)={1,4}R+, donc AS3++(R). L'encadrement du théorème donne, pour tout X=(x,y,z),

X2  XAX  4X2.

Par le calcul direct, en guise de vérification. En développant,

XAX=2(x2+y2+z2)+2(xy+yz+zx)=X2+(x+y+z)2,

puisque (x+y+z)2=x2+y2+z2+2(xy+yz+zx). Cette écriture rend tout visible :

  • XAXX2>0 dès que X0, ce qui redonne le caractère défini positif ;
  • la minoration est une égalité exactement quand x+y+z=0, c'est-à-dire sur E1 : c'est bien le sous-espace propre associé à λmin=1 ;
  • par Cauchy-Schwarz, (x+y+z)23X2, donc XAX4X2, avec égalité si et seulement si (x,y,z) est colinéaire à (1,1,1), c'est-à-dire sur E4.

Les deux approches concordent parfaitement.

Exemple

Positive mais pas définie positive. Soit B=(1111). Elle est symétrique, et XBX=x2+2xy+y2=(x+y)20 : elle est positive. Mais ce nombre est nul pour X=(1,1)0, donc BS2++(R). Le spectre confirme : trB=2 et detB=0, donc Sp(B)={0,2}, positif mais contenant 0. On retrouve au passage que B n'est pas inversible.

Méthodes à connaître

  1. Montrer qu'un endomorphisme est une isométrie. Trois voies, à choisir selon les données. Si u est donné par une formule, calculer u(x)2 et le comparer à x2. Si u est donné par une matrice A dans une base orthonormée, vérifier AA=In en regardant les colonnes. Si u est donné par son action sur une base orthonormée, vérifier que l'image de cette base est orthonormée : une seule base suffit.

  2. Montrer qu'un endomorphisme est une symétrie orthogonale. Vérifier deux choses seulement : uu=IdE et uO(E). Le sous-espace de symétrie est alors Ker(uIdE). Pour une réflexion par rapport à {a}, ne pas refaire le calcul : appliquer la formule s(x)=x2a,xa2a. Contrôles : det=(1)np et tr=2pn.

  3. Reconnaître une isométrie du plan. Vérifier l'orthogonalité de la matrice, puis calculer le déterminant. Si det=1 : rotation, d'angle lu sur la matrice via le couple (cosθ,sinθ). Si det=1 : réflexion, d'axe Ker(uId), avec la trace nulle en contrôle.

  4. Reconnaître une rotation de l'espace. Vérifier ASO3(R). Axe : Ker(AI3), que l'on oriente par un vecteur a. Cosinus : cosθ=tr(A)12. Signe du sinus : produit mixte det(a,x,u(x)) pour un x non nul orthogonal à a. Contrôle final obligatoire : cos2θ+sin2θ=1.

  5. Montrer qu'un endomorphisme est autoadjoint. Soit revenir à la définition et établir u(x),y=x,u(y) en faisant apparaître une expression symétrique en x et y ; soit écrire sa matrice dans une base orthonormée et constater qu'elle est symétrique. Ne jamais utiliser le symbole u, qui est hors programme.

  6. Reconnaître une projection orthogonale. Le critère est double : pp=p et p autoadjoint. Matriciellement en base orthonormée : A2=A et A=A. Le sous-espace de projection est Imp=Ker(pIdE).

  7. Diagonaliser orthogonalement une matrice symétrique. Valeurs propres, sous-espaces propres, Gram-Schmidt à l'intérieur de chaque sous-espace propre de dimension au moins 2, concaténation (les blocs sont automatiquement orthogonaux entre eux), puis P et D dans le même ordre. Vérifier PP=In et AP=PD avant de conclure.

  8. Montrer qu'une matrice symétrique est positive ou définie positive. Deux stratégies. Par le spectre : calculer les valeurs propres et vérifier leur signe (c'est la caractérisation spectrale). Par le calcul direct : écrire XAX et le mettre sous forme d'une somme de carrés, ou reconnaître une expression du type AX2. Se souvenir que AA est toujours positive, et définie positive exactement quand A est inversible.

  9. Majorer ou minorer u(x),x. Diagonaliser u dans une base orthonormée de vecteurs propres et utiliser u(x),x=iμixi2 avec x2=ixi2. On obtient immédiatement l'encadrement par λmin et λmax, et les cas d'égalité sont les vecteurs propres extrêmes.

Tableau récapitulatif

Dans tout ce tableau, les matrices sont celles des endomorphismes dans une base orthonormée de E, espace euclidien de dimension n.

Objet Caractérisation intrinsèque Traduction matricielle
Isométrie vectorielle, uO(E) u(x)=x, ou u(x),u(y)=x,y AA=In, colonnes orthonormées
Isométrie directe, uSO(E) isométrie avec detu=1 ASOn(R)
Valeurs propres d'une isométrie contenues dans {1,1}, éventuellement aucune Sp(A){1,1}
Symétrie orthogonale par rapport à F ss=IdE et sO(E) A2=In, A=A, trA=2dimFn
Réflexion (hyperplan {a}) s(x)=x2a,xa2a A orthogonale, detA=1, trA=n2
Rotation du plan orienté, angle θ detu=1 Rθ, identique dans toute base orthonormée directe
Réflexion du plan, axe D detu=1, D=Ker(uIdE) Sα, tr=0, det=1
Rotation de l'espace, axe orienté par a detu=1, axe =Ker(uIdE) trA=1+2cosθ,  det(a,x,u(x))=ax2sinθ
Endomorphisme autoadjoint, uS(E) u(x),y=x,u(y) A=A
Projection orthogonale pp=p et p autoadjoint A2=A et A=A
Théorème spectral base orthonormée de vecteurs propres A=PDP avec POn(R), D diagonale
Autoadjoint positif, uS+(E) u(x),x0 ASn+(R), Sp(A)R+
Autoadjoint défini positif, uS++(E) u(x),x>0 si x0E ASn++(R), Sp(A)R+, A inversible
Encadrement de Rayleigh λminx2u(x),xλmaxx2 bornes atteintes sur les vecteurs propres extrêmes

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