PC · Chapitre 02
Endomorphismes des espaces euclidiens
Isométries vectorielles, matrices orthogonales, isométries du plan, théorème spectral, endomorphismes autoadjoints positifs.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Isométries vectorielles
- Matrices orthogonales
- Isométries du plan
- Théorème spectral
- Endomorphismes autoadjoints positifs
En première année, le produit scalaire a servi à mesurer : longueurs, angles, distances à un sous-espace. Il n'était encore qu'un outil de géométrie. Ce chapitre change son statut : le produit scalaire devient une structure supplémentaire posée sur l'espace, et l'on classe les endomorphismes selon la façon dont ils se comportent vis-à-vis d'elle.
Deux comportements privilégiés se dégagent, et le chapitre est entièrement construit autour d'eux.
Le premier est la conservation. Un endomorphisme qui préserve la norme préserve tout ce que la norme permet de reconstruire : le produit scalaire, les angles, l'orthogonalité, les bases orthonormées. Ce sont les isométries vectorielles. Matriciellement, la condition prend la forme remarquablement compacte , qui dit exactement que les colonnes de forment une base orthonormée. En dimension , on obtient une classification complète en deux familles, les rotations et les réflexions ; en dimension , on obtient une méthode de reconnaissance que la physique utilise en permanence.
Le second est la symétrie. Un endomorphisme est autoadjoint lorsqu'on peut le faire passer d'un côté à l'autre du produit scalaire sans rien changer : . La condition matricielle est cette fois . Le théorème spectral affirme alors qu'un tel endomorphisme est non seulement diagonalisable, mais diagonalisable dans une base orthonormée. C'est le résultat le plus puissant du chapitre, et probablement celui que vous réutiliserez le plus souvent : il est derrière l'étude des points critiques en calcul différentiel, derrière les modes propres en mécanique, derrière les axes principaux d'inertie.
Un point de vocabulaire doit être fixé tout de suite, car il conditionne la rédaction attendue. Le programme de PC parle d'endomorphisme autoadjoint, et la notion d'adjoint d'un endomorphisme, elle, est hors programme. Vous ne devez donc jamais écrire , ni caractériser une isométrie par une relation portant sur un adjoint. Tout se dit soit avec le produit scalaire, soit avec la transposée d'une matrice, et la transposée d'une matrice, elle, est un objet de calcul parfaitement autorisé et même central ici.
Les notations valent pour tout le chapitre. désigne un espace euclidien, c'est-à-dire un -espace vectoriel de dimension finie muni d'un produit scalaire noté , de norme associée . Les endomorphismes sont notés , , , , ; leur ensemble est , l'identité est , le groupe des automorphismes est . Pour les matrices : , pour les colonnes, pour l'identité, pour la transposée, pour les matrices symétriques. Les objets nouveaux sont , , , , , , , et . On conserve , , , , , , et pour le spectre. On écrit toujours « base orthonormée » en toutes lettres.
Un seul résultat sera admis dans tout le chapitre, et c'est exactement celui que le programme dispense de démonstration : le théorème spectral. Tout le reste est démontré.
Rappels de première année
Cette première section ne contient rien de nouveau. Elle fixe le vocabulaire, les formules et surtout les réflexes de calcul en base orthonormée dont tout le chapitre se sert sans le redire.
Espace euclidien, norme, Cauchy-Schwarz
Définition
Un espace euclidien est un -espace vectoriel de dimension finie , muni d'un produit scalaire , c'est-à-dire d'une application qui est bilinéaire, symétrique, et définie positive : pour tout , avec si et seulement si .
La norme euclidienne associée est .
Propriété
Identités de base. Pour tous :
On en déduit les identités de polarisation, qui reconstruisent le produit scalaire à partir de la seule norme :
Remarque
Retenez la polarisation : c'est elle, et elle seule, qui expliquera pourquoi conserver la norme suffit à conserver le produit scalaire. Sans elle, la première caractérisation des isométries serait fausse.
Propriété
Inégalité de Cauchy-Schwarz. Pour tous ,
avec égalité si et seulement si la famille est liée. On en déduit l'inégalité triangulaire .
Orthogonalité et bases orthonormées
Définition
Deux vecteurs et sont orthogonaux lorsque ; on note . Une famille est orthogonale lorsque ses vecteurs sont deux à deux orthogonaux, et orthonormée lorsqu'elle est de plus formée de vecteurs unitaires :
Propriété
Pythagore. Si est orthogonale, alors .
Liberté. Une famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre. En particulier une famille orthonormée est libre.
Propriété
Calculs en base orthonormée. Soit une base orthonormée de . Pour tout ,
autrement dit les coordonnées de dans sont ses produits scalaires contre les vecteurs de . Si et désignent les colonnes des coordonnées de et dans , alors
Remarque
Cette dernière formule est le pivot de tout le chapitre : en base orthonormée, et seulement en base orthonormée, le produit scalaire abstrait se calcule comme le produit scalaire canonique des colonnes de coordonnées. C'est ce qui permettra de traduire « isométrie » en et « autoadjoint » en . Dans une base quelconque, ces traductions sont fausses.
Le procédé de Gram-Schmidt
Propriété
Procédé d'orthonormalisation de Gram-Schmidt. Soit une famille libre de . Il existe une unique famille orthonormée telle que, pour tout ,
Elle se construit de proche en proche : , puis, pour ,
Conséquence. Tout espace euclidien possède une base orthonormée, et toute famille orthonormée de se complète en une base orthonormée de .
Exemple
Orthonormalisation d'une base de . On munit du produit scalaire canonique et on part de
Le déterminant de la matrice de ces trois vecteurs vaut , donc la famille est libre.
Étape 1. , donc .
Étape 2. , d'où
Comme , on préfère écrire et normaliser ce dernier vecteur, de norme :
Étape 3. et , d'où
et comme ,
Vérification. , , ; puis , et . La base est bien orthonormée.
Supplémentaire orthogonal, projection, distance
Définition
Soit un sous-espace vectoriel de . Son orthogonal est
Propriété
est un sous-espace vectoriel de et
On dit que est le supplémentaire orthogonal de .
Définition
La projection orthogonale sur , notée , est la projection sur parallèlement à : pour avec et , on pose .
Propriété
Calcul et distance. Soit une base orthonormée de . Alors
De plus, est l'unique élément de qui réalise la distance de à :
Remarque
La formule exige une base orthonormée de . Avec une base quelconque, il faut résoudre un système, ou orthonormaliser d'abord. Et lorsque est plus petit que , il est souvent plus rapide de calculer puis d'écrire .
Exemple
Projection sur un plan de et distance. On reprend , dont l'exemple précédent fournit la base orthonormée
Calculons et pour .
Le vecteur résiduel vaut : il est bien colinéaire à , qui engendre . Donc
Double vérification. D'une part . D'autre part Pythagore : et , dont la somme vaut .
Isométries vectorielles
Définition et premiers exemples
Définition
Un endomorphisme est une isométrie vectorielle de lorsqu'il conserve la norme :
On dit aussi que est un automorphisme orthogonal. L'ensemble des isométries vectorielles de est noté et appelé groupe orthogonal de .
Remarque
La linéarité fait partie de la définition : on part d'un endomorphisme. Il existe une théorie des applications conservant les distances sans hypothèse de linéarité, mais elle est hors programme.
Exemple
Trois exemples immédiats.
- , et de même puisque .
- Une homothétie est une isométrie si et seulement si , c'est-à-dire .
- Les symétries orthogonales, étudiées à la section suivante, sont des isométries. Ce n'est pas le cas des symétries quelconques. Dans , considérons la symétrie par rapport à parallèlement à : elle fixe et envoie sur , donc elle envoie sur . Or alors que : la norme n'est pas conservée. La direction de la symétrie doit être orthogonale au sous-espace fixe, sans quoi tout s'effondre.
Le théorème des caractérisations
Propriété
Théorème — caractérisations des isométries vectorielles. Soit . Les quatre assertions suivantes sont équivalentes.
- conserve la norme : .
- conserve le produit scalaire : .
- L'image par d'une base orthonormée de est une base orthonormée de .
- L'image par de toute base orthonormée de est une base orthonormée de .
Démonstration. On établit le cycle .
. C'est ici qu'intervient la polarisation. Supposons que conserve la norme et soient . En utilisant la linéarité de , qui donne :
. Soit une base orthonormée quelconque. Pour tous ,
donc la famille est orthonormée. Étant orthonormée, elle est libre ; comptant vecteurs, c'est une base orthonormée de .
. Immédiat, puisque possède au moins une base orthonormée (Gram-Schmidt).
. Soit une base orthonormée telle que soit une base orthonormée. Soit , de coordonnées dans . Alors , et comme la famille est orthonormée, le théorème de Pythagore donne
Remarque
La différence entre les points 3 et 4 est capitale en pratique : pour prouver qu'un endomorphisme est une isométrie, il suffit de tester une seule base orthonormée bien choisie ; le théorème garantit ensuite que toutes les autres conviennent. C'est ce qui rend la vérification très économique.
Bijectivité et valeurs propres
Propriété
Toute isométrie vectorielle est bijective : .
Démonstration. Soit et . Alors , donc . L'endomorphisme est injectif, donc bijectif puisque est de dimension finie.
Propriété
Soit . Alors .
Démonstration. Soit et un vecteur propre associé, donc . De on tire
et comme , on peut simplifier : , donc ou .
Remarque
Attention à ne pas surinterpréter. Cet énoncé dit que si a des valeurs propres, elles valent . Il ne dit pas qu'il y en a. La rotation d'angle du plan est une isométrie sans aucune valeur propre réelle, donc en particulier non diagonalisable sur . Une isométrie n'a aucune raison d'être diagonalisable : c'est la grande différence avec les endomorphismes autoadjoints de la seconde moitié du chapitre.
Le groupe orthogonal
Propriété
Le groupe orthogonal . L'ensemble vérifie :
- ;
- si , alors ;
- si , alors est bijective et .
C'est ce que résume la terminologie du programme : est le groupe orthogonal de , sous-ensemble de .
Démonstration. Le point 1 est clair. Pour le point 2, si et conservent la norme, alors pour tout ,
Pour le point 3, la bijectivité a déjà été établie ; pour tout , en appliquant la conservation de la norme par au vecteur :
Remarque
Le mot « groupe » est ici un nom consacré, repris tel quel du programme. La théorie des groupes n'est pas au programme de PC : on n'attend de vous que la vérification des trois points ci-dessus, jamais un développement abstrait. Notez tout de même que n'est pas commutatif dès que .
Stabilité de l'orthogonal
Propriété
Théorème. Soient et un sous-espace vectoriel de stable par , c'est-à-dire . Alors :
- , et l'endomorphisme induit par sur est une isométrie de ;
- est également stable par , et l'endomorphisme induit sur est une isométrie de .
Démonstration. Point 1. L'application est injective, donc sa restriction à l'est aussi ; comme et (une application linéaire injective conserve la dimension), on a . La restriction est donc un endomorphisme de conservant la norme : c'est une isométrie de .
Point 2. Soit . Montrons que , c'est-à-dire que est orthogonal à tout vecteur de . Soit . D'après le point 1, il existe tel que . Alors, en utilisant la conservation du produit scalaire,
la dernière égalité car et . Donc et est stable. La restriction de à est alors un endomorphisme de conservant la norme.
Remarque
La surjectivité de (point 1) est indispensable à la démonstration du point 2 : sans elle, on ne pourrait pas écrire sous la forme . C'est un point que les copies oublient très souvent.
Symétries orthogonales et réflexions
Définition et expression
Définition
Soit un sous-espace vectoriel de . La symétrie orthogonale par rapport à est la symétrie par rapport à parallèlement à : si est la décomposition de dans , alors
Lorsque est un hyperplan de (c'est-à-dire ), la symétrie orthogonale s'appelle une réflexion.
Propriété
Avec les notations précédentes, , et :
- ;
- ;
- et .
Démonstration. Comme et , on a bien
Le point 1 est immédiat : , car et .
Pour le point 2, les vecteurs et sont orthogonaux, donc Pythagore s'applique deux fois :
Le point 3 traduit simplement que équivaut à , et à .
Caractérisation
Propriété
Théorème. Soit . Alors est une symétrie orthogonale si et seulement si
Dans ce cas, est la symétrie orthogonale par rapport à .
Démonstration. Le sens direct vient d'être établi.
Réciproquement, supposons et . Le polynôme annule ; il est scindé à racines simples, donc est diagonalisable et
ce qui signifie exactement que est la symétrie par rapport à parallèlement à . Il reste à voir que .
Soient et . Comme conserve le produit scalaire,
donc , puis . Ainsi . Enfin, de on tire : l'inclusion entre sous-espaces de même dimension est une égalité.
Formule explicite d'une réflexion
Propriété
Soit non nul et , hyperplan de . La réflexion par rapport à est donnée par
Démonstration. Posons , de sorte que et . La projection orthogonale sur la droite s'obtient avec la base orthonormée de :
La décomposition orthogonale de s'écrit , donc
ce qui est la formule annoncée.
Exemple
Une réflexion de et sa matrice. Soit le plan de d'équation . On a avec et , donc
En base canonique, qui est orthonormée, la matrice de est
Vérifications. Posons . Le coefficient de vaut , le coefficient vaut , le coefficient vaut ; par symétrie de , on obtient , c'est-à-dire . Les colonnes de sont de norme et deux à deux orthogonales (mêmes calculs), donc est orthogonale.
Enfin et : la droite est retournée, le plan est fixé point par point. On note pour la suite que et .
Remarque
Pour une symétrie orthogonale par rapport à un sous-espace de dimension , on a toujours
En particulier une réflexion () a pour déterminant et pour trace . C'est un excellent moyen de contrôle.
Matrices orthogonales
Définition et lecture sur les colonnes
Définition
Une matrice est orthogonale lorsque
L'ensemble des matrices orthogonales de taille est noté et appelé groupe orthogonal d'ordre .
Propriété
Soit . Les assertions suivantes sont équivalentes :
- ;
- est inversible et ;
- ;
- les colonnes de forment une base orthonormée de pour le produit scalaire canonique ;
- les lignes de forment une base orthonormée de pour le produit scalaire canonique.
Démonstration. : en dimension finie, une matrice carrée vérifiant est automatiquement l'inverse de , donc vérifie aussi . Appliqué à , cela donne l'équivalence des trois premiers points.
: notons les colonnes de . La ligne de est , donc le coefficient d'indice de vaut
Dire que cette matrice vaut , c'est dire que , c'est-à-dire que la famille des colonnes est orthonormée ; comptant vecteurs dans un espace de dimension , c'est alors une base orthonormée.
: c'est le même calcul appliqué à , dont le coefficient est le produit scalaire de la -ème et de la -ème ligne de .
Remarque
Le point le plus surprenant est l'équivalence : les colonnes de sont orthonormées si et seulement si ses lignes le sont, alors que rien dans les énoncés ne le laisse deviner. C'est un pur effet de . En pratique, on vérifie ce qui est le plus rapide à calculer.
Traduction matricielle des isométries
Propriété
Théorème. Soient une base orthonormée de , et . Alors
Démonstration. Comme est orthonormée, pour tous de colonnes de coordonnées et , on a et a pour colonne . Donc
Ainsi, conserve le produit scalaire si et seulement si pour toutes colonnes et , c'est-à-dire . En prenant pour et les colonnes et de la base canonique, ce scalaire vaut le coefficient de : la condition équivaut donc à .
On conclut avec le théorème des caractérisations : conserve le produit scalaire si et seulement si .
Remarque
L'hypothèse « base orthonormée » n'est pas décorative. Dans une base quelconque, la matrice d'une isométrie n'a aucune raison de vérifier . Chaque fois que vous écrivez cette équivalence dans une copie, précisez la base et rappelez qu'elle est orthonormée.
Propriété
Matrices de changement de base orthonormée. Soient une base orthonormée de et une famille de vecteurs de , de matrice dans (les coordonnées des vecteurs de en colonnes). Alors
Autrement dit, les matrices orthogonales sont exactement les matrices de passage entre bases orthonormées.
Démonstration. Notons et les colonnes de : par construction, est la colonne des coordonnées de dans . Comme est orthonormée, . Donc est orthonormée si et seulement si , c'est-à-dire . Une famille orthonormée de vecteurs étant une base, la conclusion suit.
Le groupe et le déterminant
Propriété
- ; si , alors ; si , alors .
- Si , alors .
Démonstration. Point 1. . Pour le produit,
Pour l'inverse, , donc est orthogonale.
Point 2. En appliquant le déterminant à et en utilisant :
donc ou .
Remarque
La réciproque du point 2 est fausse, et il faut savoir le dire avec un contre-exemple. La matrice
vérifie , mais sa deuxième colonne est de norme : elle n'est pas orthogonale. On le voit aussi sur .
Définition
On pose
appelé groupe spécial orthogonal d'ordre . Ses éléments sont les matrices orthogonales directes (ou positives) ; les matrices orthogonales de déterminant sont dites indirectes (ou négatives).
De même, pour , le scalaire (indépendant de la base) vaut ; les isométries de déterminant sont dites directes et forment , les autres sont dites indirectes.
Remarque
est stable par produit et par inverse (le déterminant est multiplicatif), alors que l'ensemble des matrices orthogonales indirectes ne l'est pas : il ne contient même pas , et le produit de deux matrices indirectes est directe.
Orientation
Définition
Orienter , c'est choisir une base orthonormée de référence et la déclarer directe. Une base orthonormée de est alors dite directe si , et indirecte si ce déterminant vaut .
Remarque
Cette définition a un sens parce que la matrice de passage entre deux bases orthonormées est orthogonale, donc de déterminant : il n'y a que deux « camps », et le choix de décide lequel est le bon.
Une conséquence utile : si est orienté, le déterminant d'une famille de vecteurs ne dépend pas de la base orthonormée directe choisie pour le calculer. On le note simplement . En dimension , ce scalaire s'appelle le produit mixte de et se relie au produit vectoriel connu de la physique par .
Méthode et exemple
Méthode
Vérifier qu'une matrice est orthogonale, et la classer.
- Regarder les colonnes : elles doivent être unitaires et deux à deux orthogonales. C'est presque toujours plus rapide que de développer le produit , surtout si contient un facteur global comme .
- Si les colonnes sont vilaines mais les lignes agréables, tester les lignes : c'est équivalent.
- Une fois l'orthogonalité acquise, calculer : on sait déjà qu'il vaut , donc le calcul sert seulement à trancher entre direct et indirect, et il constitue un excellent contrôle d'erreur (toute autre valeur signale une faute de calcul).
Exemple
Une matrice orthogonale directe de taille . Soit
Colonnes unitaires. , , . Après division par , les trois colonnes de sont bien unitaires.
Colonnes orthogonales.
Donc .
Déterminant. En développant selon la première ligne :
Comme , la matrice appartient à . La section « Isométries de l'espace » identifiera précisément l'isométrie qu'elle représente.
Isométries du plan euclidien
Dans toute cette section, est un plan euclidien, c'est-à-dire un espace euclidien de dimension .
Description de
Propriété
Théorème. Posons, pour tout ,
Ces matrices sont orthogonales, avec et . Réciproquement, toute matrice est de l'une de ces deux formes :
Démonstration. Soit , de colonnes et .
La colonne est unitaire : . Il existe donc tel que et .
La colonne est unitaire et orthogonale à . Or, dans le plan, l'orthogonal de la droite est une droite, dirigée par qui est bien unitaire et orthogonal à (le produit scalaire vaut ). Les seuls vecteurs unitaires de cette droite sont . Deux cas seulement se présentent donc :
Dans le premier cas et ; dans le second et, en posant , on reconnaît .
Quant au fait que toutes les matrices et sont orthogonales, il se lit sur les mêmes calculs de colonnes : dans les deux cas les colonnes sont de norme et de produit scalaire nul.
Rotations planes
Propriété
Loi de composition et commutativité. Pour tous ,
En particulier est commutatif. De plus si et seulement si .
Démonstration. Calculons le produit coefficient par coefficient :
La commutativité en découle, puisque . Les deux dernières égalités sont les cas et . Enfin impose et , donc .
Propriété
Rotation vectorielle d'un plan euclidien orienté. Supposons orienté et soit . Alors la matrice de est la même dans toutes les bases orthonormées directes de : c'est une matrice , et le réel , défini modulo , s'appelle l'angle de la rotation . On note .
Démonstration. Soient et deux bases orthonormées directes, la matrice de passage de à , et les matrices de dans et . La matrice est orthogonale et de déterminant (les deux bases sont directes), donc . De même . La formule de changement de base donne , et comme est commutatif, , d'où
Remarque
Dans une base orthonormée indirecte, la matrice de serait : changer l'orientation change le signe de l'angle. C'est pourquoi on ne parle d'angle de rotation qu'après avoir orienté le plan. Sans orientation, seule la quantité a un sens.
Définition
Mesure d'un angle orienté. Soient et deux vecteurs unitaires d'un plan euclidien orienté . Il existe une unique rotation telle que ; son angle , défini modulo , s'appelle la mesure de l'angle orienté . Il est caractérisé par
le déterminant étant calculé dans n'importe quelle base orthonormée directe.
Justification. Complétons en une base orthonormée directe avec . Le vecteur étant unitaire, ses coordonnées vérifient : il existe donc tel que , et alors . On lit immédiatement et
Réflexions du plan et classification
Propriété
Théorème — classification des isométries du plan. Soit un plan euclidien et .
- Si , alors est une rotation. Sa matrice dans toute base orthonormée directe est ; si , le seul vecteur fixe de est .
- Si , alors est une réflexion : , l'espace est une droite , et est la symétrie orthogonale par rapport à . De plus .
Démonstration. Fixons une base orthonormée (directe si est orienté) et notons la matrice de dans ; elle est orthogonale.
Cas . La description de donne , et l'invariance de cette matrice par changement de base orthonormée directe a été établie plus haut. Un vecteur fixe non nul vérifierait , donc serait valeur propre de ; or le polynôme caractéristique de vaut
dont est racine si et seulement si , c'est-à-dire , soit .
Cas . On a pour un certain . Un calcul direct donne
donc . Comme est de plus une isométrie, le théorème de caractérisation des symétries orthogonales s'applique : est la symétrie orthogonale par rapport à .
Il reste à voir que est une droite. La trace de vaut et son déterminant vaut , donc son polynôme caractéristique est : les valeurs propres sont et , chacune simple, donc .
Propriété
Axe d'une réflexion, et composée de deux réflexions. Dans un plan euclidien orienté muni d'une base orthonormée directe :
- est la réflexion d'axe ;
- pour tous , on a : la composée de deux réflexions est la rotation dont l'angle est le double de l'angle entre les axes.
Démonstration. Point 1. Vérifions directement les deux vecteurs propres :
La droite est donc fixée point par point et sa perpendiculaire est retournée : c'est bien la réflexion d'axe .
Point 2. Posons , , , . Alors
c'est-à-dire .
Méthode
Reconnaître une isométrie du plan à partir de sa matrice en base orthonormée.
- Vérifier que (colonnes unitaires et orthogonales).
- Calculer .
- Si : c'est une rotation, et on lit son angle directement sur la matrice, en position et en position . Le couple détermine modulo : ne concluez jamais avec le seul cosinus.
- Si : c'est une réflexion, et on détermine son axe en résolvant , c'est-à-dire . Contrôle : la trace doit être nulle.
Exemple
Deux reconnaissances.
(a) . Les colonnes ont pour carré de norme et pour produit scalaire : . Puis . C'est donc une rotation, avec et : l'angle est .
(b) . Les colonnes ont pour carré de norme et pour produit scalaire : . Puis , et : c'est une réflexion. Son axe est
donc l'axe est .
Vérification. , et . L'axe est fixé, sa perpendiculaire est retournée. On peut aussi identifier : donne et , ce qui est exactement .
Isométries de l'espace (en pratique)
Remarque
Statut de cette section dans le programme de PC. Le programme officiel ne demande pas de classification des isométries en dimension : il n'y a ici aucun théorème exigible, et vous n'aurez jamais à démontrer que tout élément de est une rotation. Le texte du programme précise seulement que « pour les applications courantes en dimension trois, on peut au besoin recourir au produit vectoriel ». Cette section est donc une boîte à outils pratique : on admet la description des rotations de l'espace, et on apprend à reconnaître axe et angle sur un exemple. C'est exactement ce qui est attendu, et c'est en permanence utile en mécanique.
Rotation d'axe orienté
Définition
Soit un espace euclidien orienté de dimension , soit une droite dirigée par un vecteur unitaire (ce choix oriente la droite), et soit . La rotation d'axe orienté et d'angle est l'endomorphisme dont la matrice, dans toute base orthonormée directe de , est
Autrement dit, fixe l'axe et fait tourner le plan de l'angle .
Remarque
Changer en retourne l'orientation de l'axe et change en : la rotation, elle, est la même. On ne parle donc d'angle qu'après avoir choisi un vecteur directeur de l'axe. Le cas est particulier : la rotation ne dépend alors plus de l'orientation choisie, c'est le demi-tour (ou retournement) d'axe , qui est aussi la symétrie orthogonale par rapport à la droite .
Propriété
Avec les notations précédentes, est une isométrie directe : sa matrice ci-dessus est orthogonale et de déterminant . De plus
La trace étant invariante par changement de base, la première formule se lit sur n'importe quelle matrice de en base orthonormée.
Propriété
Signe de l'angle par le produit mixte. Soit la rotation d'axe orienté par (non nécessairement unitaire) et d'angle . Alors, pour tout ,
Démonstration. Posons et complétons en une base orthonormée directe . Comme , on écrit , et par définition de ,
Le déterminant se calcule dans cette base orthonormée directe, en développant selon la première ligne :
Il suffit alors de multiplier par , le déterminant étant linéaire en sa première colonne.
Méthode de reconnaissance
Méthode
Reconnaître l'isométrie de matrice orthogonale de taille (base orthonormée directe).
- Vérifier et calculer .
- Si : on admet que est la matrice d'une rotation.
- Axe : résoudre , c'est-à-dire déterminer . On obtient une droite (sauf si ), que l'on oriente en choisissant .
- Cosinus de l'angle : , donc .
- Signe de l'angle : choisir un vecteur non nul orthogonal à , calculer , puis le produit mixte , dont le signe est celui de . On peut aussi calculer et comparer avec .
- Si : n'est pas une rotation. On l'étudie en pratique sur l'exemple, en cherchant et en la décomposant en composée d'une rotation et d'une réflexion.
Exemple
Reconnaissance complète d'une rotation. Reprenons la matrice de la section précédente, exprimée dans la base canonique de supposée orthonormée directe :
Axe. On résout , c'est-à-dire avec
La première ligne donne et la troisième la même relation. La deuxième ligne donne , donc , d'où puis . Ainsi
Vérification. . L'axe est correct.
Cosinus de l'angle. , donc
Signe de l'angle. Orientons l'axe par , de norme . Le vecteur est bien orthogonal à et unitaire, et
Le produit mixte, développé selon la deuxième colonne (qui n'a qu'un coefficient non nul), vaut
La formule donne alors
Double vérification. : les deux valeurs sont bien compatibles.
Conclusion. est la matrice de la rotation d'axe orienté par et d'angle , soit environ degrés, comptés positivement.
Exemple
Une rotation express. Soit , qui envoie sur , sur et sur . Ses colonnes sont les vecteurs de la base canonique, donc , et (permutation circulaire de trois éléments).
L'équation s'écrit , donc : l'axe est . Ensuite donne .
Pour le signe, prenons et , orthogonal à ; alors et
Contrôle avec la formule : . Tout concorde, et .
Exemple
Un cas , sans théorie. Soit . Ses colonnes sont unitaires et deux à deux orthogonales, donc , et en développant selon la dernière ligne, .
Cherchons les vecteurs retournés : est décrit par et , donc et libre : c'est .
On reconnaît alors une factorisation immédiate :
et les deux facteurs commutent. est donc la composée d'une rotation d'axe et de la réflexion par rapport au plan orthogonal à cet axe. Aucun théorème n'est invoqué ici : on a simplement lu la matrice.
Endomorphismes autoadjoints
Définition
Définition
Un endomorphisme est dit autoadjoint (on dit aussi symétrique) lorsque
L'ensemble des endomorphismes autoadjoints de est noté .
Remarque
Point de vocabulaire, à lire attentivement. Le terme « autoadjoint » vient de la notion d'adjoint d'un endomorphisme, qui est hors programme en PC. En conséquence :
- vous ne devez jamais écrire , ni utiliser le symbole ;
- une isométrie ne se caractérise pas par une relation du type « égale l'adjoint de » ;
- la seule définition légitime est celle ci-dessus, avec le produit scalaire, et sa traduction matricielle .
En revanche, le calcul matriciel avec la transposée est totalement autorisé et sera au cœur de tout ce qui suit : , , . Transposer une matrice n'est pas « prendre l'adjoint », c'est du calcul.
Propriété
est un sous-espace vectoriel de .
Démonstration. L'endomorphisme nul est autoadjoint. Si et , alors pour tous , par bilinéarité du produit scalaire,
Remarque
En revanche n'est pas stable par composition. Un calcul en deux lignes le précise : pour ,
donc est autoadjoint si et seulement si .
Caractérisation matricielle
Propriété
Théorème. Soient une base orthonormée de , et . Alors
En particulier .
Démonstration. Soient de colonnes de coordonnées et dans . Comme est orthonormée,
Donc est autoadjoint si et seulement si pour toutes colonnes . En prenant et , ce scalaire est le coefficient de : la condition équivaut à . La dimension annoncée est celle, connue, de l'espace des matrices symétriques.
Remarque
Ici encore, l'hypothèse base orthonormée est indispensable. Une matrice symétrique dans une base non orthonormée ne représente pas nécessairement un endomorphisme autoadjoint, et réciproquement.
Exemples fondamentaux
Exemple
Les projections orthogonales sont autoadjointes. Soit un sous-espace de et . Pour , décomposons avec et . Comme , le second terme ne contribue pas :
Le membre de droite est symétrique en et . En refaisant le même calcul en échangeant les rôles, également. Les deux quantités sont donc égales : .
Exemple
Les symétries orthogonales sont autoadjointes. Si , alors est combinaison linéaire de deux endomorphismes autoadjoints, donc appartient à . On retrouve au passage que la matrice de l'exemple de la section 3 était bien symétrique.
Caractérisation des projecteurs orthogonaux
Propriété
Théorème. Soit . Alors est une projection orthogonale si et seulement si
Dans ce cas, est la projection orthogonale sur .
Démonstration. Sens direct. Une projection orthogonale est un projecteur, donc ; et l'exemple précédent montre qu'elle est autoadjointe.
Réciproque. Supposons et . La relation signifie que est un projecteur, donc
et est la projection sur parallèlement à . Il reste à établir .
Soient et . Comme , on a ; comme , on a . Le caractère autoadjoint donne alors
Donc . Enfin , donc et .
Remarque
Ce théorème est le critère à réciter dès qu'un énoncé demande de reconnaître une projection orthogonale : idempotent et autoadjoint. Matriciellement, en base orthonormée : et .
Orthogonalité des sous-espaces propres
Propriété
Théorème. Soit . Les sous-espaces propres de sont deux à deux orthogonaux : si et sont deux valeurs propres distinctes de , alors .
Démonstration. Soient deux valeurs propres, et . On calcule le même produit scalaire de deux façons :
Comme est autoadjoint, ces deux quantités sont égales, donc . Puisque , on conclut .
Propriété
Stabilité de l'orthogonal. Soit et un sous-espace stable par . Alors est stable par , et l'endomorphisme induit par sur est autoadjoint.
Démonstration. Soit et . Comme est stable, , donc
la dernière égalité car et . Ainsi : le sous-espace est stable. La relation , vraie pour tous les vecteurs de , l'est en particulier pour ceux de : l'endomorphisme induit est autoadjoint.
Le théorème spectral
Les deux énoncés
Propriété
Théorème spectral, forme géométrique (admis). Soit un espace euclidien et . Alors possède une base orthonormée formée de vecteurs propres de .
En particulier, tout endomorphisme autoadjoint est diagonalisable, son spectre est non vide, et est la somme directe de ses sous-espaces propres, qui sont de plus deux à deux orthogonaux.
Propriété
Théorème spectral, forme matricielle (admis). Soit . Alors il existe et diagonale à coefficients réels telles que
Les coefficients diagonaux de sont les valeurs propres de , répétées selon leur multiplicité, et les colonnes de sont des vecteurs propres associés, formant une base orthonormée de .
Remarque
La démonstration n'est pas exigible en PC. En voici tout de même l'idée, en deux phrases. D'abord, on montre qu'un endomorphisme autoadjoint admet au moins une valeur propre réelle (par exemple en observant que le polynôme caractéristique a une racine complexe et que, pour un vecteur propre complexe , la quantité calculée de deux façons impose ). Ensuite, la droite engendrée par un vecteur propre unitaire est stable, donc est stable et l'endomorphisme induit sur y est encore autoadjoint : une récurrence sur la dimension fournit la base orthonormée cherchée.
Réciproque et conséquences
Propriété
La réciproque est vraie, et elle est immédiate. Si avec et diagonale réelle, alors . Autrement dit :
Démonstration. En transposant un produit et en utilisant :
Propriété
Conséquences à connaître. Soit , de valeurs propres distinctes .
- , et cette somme directe est orthogonale.
- Si est une base orthonormée de vecteurs propres, associée aux valeurs propres (avec répétitions), alors pour tout ,
Démonstration. Point 1. La diagonalisabilité donne la somme directe ; l'orthogonalité deux à deux des sous-espaces propres a été démontrée à la section précédente.
Point 2. La première formule est la linéarité. Pour la deuxième, comme la base est orthonormée, le produit scalaire de et de est la somme des produits des coordonnées, soit . La troisième est le théorème de Pythagore.
Remarque
La formule est le cheval de bataille de toute la fin du chapitre : positivité, encadrements, extremums. Retenez-la sous cette forme, et retenez surtout d'où elle vient : une base orthonormée de vecteurs propres, donc le théorème spectral.
Méthode de diagonalisation orthogonale
Méthode
Diagonaliser orthogonalement une matrice symétrique réelle .
- Vérifier que est symétrique. Sans cela, rien de ce qui suit n'est garanti.
- Calculer le polynôme caractéristique et les valeurs propres. Elles sont toutes réelles. Contrôles à faire systématiquement : la somme des valeurs propres, comptées avec multiplicité, vaut , et leur produit vaut .
- Déterminer chaque sous-espace propre . Le théorème spectral garantit que : si vous ne trouvez pas le compte, c'est qu'il y a une erreur de calcul.
- Orthonormaliser à l'intérieur de chaque sous-espace propre. Si , il suffit de normaliser le vecteur trouvé. Si , appliquer Gram-Schmidt à l'intérieur de : la base obtenue reste formée de vecteurs propres, puisque est un sous-espace.
- Concaténer. Les vecteurs issus de sous-espaces propres différents sont automatiquement orthogonaux (théorème d'orthogonalité des sous-espaces propres) : il n'y a rien à faire entre les blocs. On obtient une base orthonormée de vecteurs propres.
- Écrire et , en respectant le même ordre : la -ème colonne de est le -ème vecteur propre, et le -ème coefficient diagonal de est la valeur propre associée.
- Vérifier , puis (plus rapide que de calculer ).
Exemple
Diagonalisation orthogonale d'une matrice avec valeur propre double. Soit
Étape 1. est symétrique : le théorème spectral s'applique.
Étape 2 : valeurs propres. On remarque que où est la matrice dont tous les coefficients valent . Comme est de rang , de trace , ses valeurs propres sont (avec le vecteur propre ) et (double, sur le plan d'équation ). Donc a pour valeurs propres
Contrôles. . Et ; le calcul direct confirme :
Étape 3 : sous-espaces propres.
ce dernier étant de dimension , engendré par exemple par et . On a bien .
Étape 4 : orthonormalisation. La droite ne pose pas de problème :
Dans le plan , les vecteurs et ne sont pas orthogonaux () : on applique Gram-Schmidt à l'intérieur de .
puis, avec ,
Comme , on pose
Contrôle. La somme des coordonnées de vaut : ce vecteur est bien dans .
Étape 5 : orthogonalité entre blocs. et : rien à corriger, comme annoncé par le théorème.
Étape 6 : écriture de et . En rangeant les vecteurs dans l'ordre :
Étape 7 : vérifications. Calculons coefficient par coefficient.
Donc et . Vérifions enfin colonne par colonne :
Tout est cohérent : .
Bonus. : la base est même directe.
Endomorphismes autoadjoints positifs
Définitions
Définition
Soit . On dit que est :
- positif lorsque ; on note alors ;
- défini positif lorsque ; on note alors .
De même, une matrice est dite positive lorsque pour toute colonne , et définie positive lorsque pour toute colonne non nulle. On note respectivement et .
Remarque
Le lien entre les deux définitions est le calcul habituel en base orthonormée : si est la matrice de dans une base orthonormée, alors
la dernière égalité utilisant . Donc si et seulement si , et de même pour le cas défini positif.
Attention à l'ordre des inclusions : . La positivité n'a de sens, dans ce chapitre, que pour un endomorphisme déjà autoadjoint.
Caractérisation spectrale
Propriété
Théorème. Soit . Alors
Les mêmes équivalences valent pour une matrice et son spectre.
Démonstration. Sens direct. Supposons et soit , de vecteur propre . Alors
et comme , on obtient . Si est de plus défini positif, l'inégalité de gauche est stricte et .
Réciproque. Supposons . Le théorème spectral fournit une base orthonormée de vecteurs propres, avec et pour tout . Pour , on a vu que
comme somme de termes positifs : .
Si maintenant tous les sont strictement positifs et si , alors au moins une coordonnée est non nulle, donc : .
Propriété
Conséquences.
- : un endomorphisme autoadjoint défini positif est inversible.
- Pour : est défini positif si et seulement si est inversible.
- Pour toute matrice , on a ; et si et seulement si est inversible.
Démonstration. Points 1 et 2. Si et , alors , ce qui force : est injectif donc bijectif. Réciproquement, si est inversible, alors , donc toutes les valeurs propres, déjà positives, sont strictement positives, et la caractérisation spectrale conclut.
Point 3. D'abord : la matrice est symétrique. Ensuite, pour toute colonne ,
donc . Cette quantité est nulle si et seulement si . Donc est définie positive si et seulement si le seul vérifiant est , c'est-à-dire si et seulement si est inversible.
Encadrement et quotient de Rayleigh
Propriété
Théorème. Soit , de valeurs propres (la plus petite) et (la plus grande). Alors
et ces deux inégalités sont des égalités pour les vecteurs propres associés à et respectivement.
Démonstration. Le théorème spectral fournit une base orthonormée de vecteurs propres, associée aux valeurs propres (avec répétitions). Pour , on dispose des deux formules
Comme pour tout et que , on peut encadrer terme à terme :
ce qui est l'encadrement annoncé. Si est un vecteur propre associé à , alors directement, et de même pour .
Propriété
Corollaire — quotient de Rayleigh. Avec les mêmes notations, la quantité , définie pour , reste comprise entre et , et ces deux bornes sont atteintes :
En restreignant à la sphère unité, et .
Remarque
C'est le résultat à dégainer chaque fois qu'un problème demande de majorer ou minorer une expression de la forme , ou d'optimiser une telle quantité sur la sphère unité. Le calcul se ramène systématiquement à un calcul de valeurs propres extrêmes.
Application, mentionnée sans être développée : en calcul différentiel d'ordre , la matrice hessienne d'une fonction de classe en un point critique est symétrique réelle ; le signe de ses valeurs propres, c'est-à-dire son appartenance à ou non, décide de la nature du point critique. Le théorème spectral est ce qui rend cette étude possible.
Exemples
Exemple
Une matrice définie positive, étudiée de deux façons. Reprenons , dont les valeurs propres sont (double) et .
Par le spectre. est symétrique et , donc . L'encadrement du théorème donne, pour tout ,
Par le calcul direct, en guise de vérification. En développant,
puisque . Cette écriture rend tout visible :
- dès que , ce qui redonne le caractère défini positif ;
- la minoration est une égalité exactement quand , c'est-à-dire sur : c'est bien le sous-espace propre associé à ;
- par Cauchy-Schwarz, , donc , avec égalité si et seulement si est colinéaire à , c'est-à-dire sur .
Les deux approches concordent parfaitement.
Exemple
Positive mais pas définie positive. Soit . Elle est symétrique, et : elle est positive. Mais ce nombre est nul pour , donc . Le spectre confirme : et , donc , positif mais contenant . On retrouve au passage que n'est pas inversible.
Méthodes à connaître
-
Montrer qu'un endomorphisme est une isométrie. Trois voies, à choisir selon les données. Si est donné par une formule, calculer et le comparer à . Si est donné par une matrice dans une base orthonormée, vérifier en regardant les colonnes. Si est donné par son action sur une base orthonormée, vérifier que l'image de cette base est orthonormée : une seule base suffit.
-
Montrer qu'un endomorphisme est une symétrie orthogonale. Vérifier deux choses seulement : et . Le sous-espace de symétrie est alors . Pour une réflexion par rapport à , ne pas refaire le calcul : appliquer la formule . Contrôles : et .
-
Reconnaître une isométrie du plan. Vérifier l'orthogonalité de la matrice, puis calculer le déterminant. Si : rotation, d'angle lu sur la matrice via le couple . Si : réflexion, d'axe , avec la trace nulle en contrôle.
-
Reconnaître une rotation de l'espace. Vérifier . Axe : , que l'on oriente par un vecteur . Cosinus : . Signe du sinus : produit mixte pour un non nul orthogonal à . Contrôle final obligatoire : .
-
Montrer qu'un endomorphisme est autoadjoint. Soit revenir à la définition et établir en faisant apparaître une expression symétrique en et ; soit écrire sa matrice dans une base orthonormée et constater qu'elle est symétrique. Ne jamais utiliser le symbole , qui est hors programme.
-
Reconnaître une projection orthogonale. Le critère est double : et autoadjoint. Matriciellement en base orthonormée : et . Le sous-espace de projection est .
-
Diagonaliser orthogonalement une matrice symétrique. Valeurs propres, sous-espaces propres, Gram-Schmidt à l'intérieur de chaque sous-espace propre de dimension au moins , concaténation (les blocs sont automatiquement orthogonaux entre eux), puis et dans le même ordre. Vérifier et avant de conclure.
-
Montrer qu'une matrice symétrique est positive ou définie positive. Deux stratégies. Par le spectre : calculer les valeurs propres et vérifier leur signe (c'est la caractérisation spectrale). Par le calcul direct : écrire et le mettre sous forme d'une somme de carrés, ou reconnaître une expression du type . Se souvenir que est toujours positive, et définie positive exactement quand est inversible.
-
Majorer ou minorer . Diagonaliser dans une base orthonormée de vecteurs propres et utiliser avec . On obtient immédiatement l'encadrement par et , et les cas d'égalité sont les vecteurs propres extrêmes.
Tableau récapitulatif
Dans tout ce tableau, les matrices sont celles des endomorphismes dans une base orthonormée de , espace euclidien de dimension .
| Objet | Caractérisation intrinsèque | Traduction matricielle |
|---|---|---|
| Isométrie vectorielle, | , ou | , colonnes orthonormées |
| Isométrie directe, | isométrie avec | |
| Valeurs propres d'une isométrie | contenues dans , éventuellement aucune | |
| Symétrie orthogonale par rapport à | et | , , |
| Réflexion (hyperplan ) | orthogonale, , | |
| Rotation du plan orienté, angle | , identique dans toute base orthonormée directe | |
| Réflexion du plan, axe | , | , , |
| Rotation de l'espace, axe orienté par | , axe | , |
| Endomorphisme autoadjoint, | ||
| Projection orthogonale | et autoadjoint | et |
| Théorème spectral | base orthonormée de vecteurs propres | avec , diagonale |
| Autoadjoint positif, | , | |
| Autoadjoint défini positif, | si | , , inversible |
| Encadrement de Rayleigh | bornes atteintes sur les vecteurs propres extrêmes |
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.