PC · Chapitre 01
Algèbre linéaire
Compléments sur les espaces vectoriels, sommes directes, sous-espaces stables, matrices par blocs, trace, réduction des endomorphismes et des matrices carrées, diagonalisation, trigonalisation.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Compléments sur les espaces vectoriels
- Sommes directes
- Sous-espaces stables
- Matrices par blocs
- Trace
- Réduction des endomorphismes et des matrices carrées
- Diagonalisation
- Trigonalisation
En première année, vous avez appris qu'une matrice n'est pas un objet autonome : c'est la photographie d'un endomorphisme, prise dans une base. Changez la base, la photographie change, l'endomorphisme non. Le cours de PCSI s'achevait sur une question laissée ouverte, et c'est exactement celle que ce chapitre résout : quelle base choisir pour que la photographie soit la plus simple possible ?
La réponse idéale porte un nom, la diagonalisation. Si l'on parvient à construire une base formée de vecteurs que se contente de dilater, c'est-à-dire vérifiant , alors la matrice de dans cette base est diagonale et tout devient facile : les puissances se calculent coefficient par coefficient, le déterminant est un produit, le rang un comptage, l'inverse une division. L'endomorphisme, qui mélangeait les coordonnées, se décompose en dilatations indépendantes le long de droites. C'est la situation la plus confortable de toute l'algèbre linéaire, et c'est aussi celle qui rend calculables les systèmes différentiels et les suites récurrentes couplées que vous rencontrez en physique et en chimie.
Cet idéal n'est pas toujours atteignable, et il vaut mieux le savoir dès la première page. Deux obstacles bien distincts se présentent. Le premier tient au corps de base. La rotation d'angle droit du plan réel ne conserve aucune direction : elle envoie tout vecteur non nul sur un vecteur qui ne lui est pas colinéaire. Il n'existe donc aucune base de dans laquelle sa matrice soit diagonale, et pourtant, vue dans , la même matrice se diagonalise sans difficulté avec les valeurs et . Cet obstacle-là disparaît par changement de corps. Le second est intrinsèque : l'endomorphisme de de matrice ne conserve qu'une seule direction, celle de , et aucun agrandissement du corps n'en fera apparaître une deuxième. Pour lui, la meilleure forme accessible est triangulaire, et il faudra s'en contenter. Retenir ces deux exemples dès maintenant évite bien des illusions.
Le programme demande d'attaquer la question sous deux angles, et le chapitre est construit autour de leur rencontre.
Le premier angle est géométrique. Un sous-espace est stable par lorsque ne le fait pas sortir de lui-même ; on peut alors regarder « de l'intérieur de », ce qui donne l'endomorphisme induit. Un sous-espace stable produit un bloc de zéros dans la matrice ; une décomposition de en somme directe de sous-espaces stables produit une matrice diagonale par blocs ; et les plus petits sous-espaces stables possibles, les droites stables, produisent de simples coefficients diagonaux. Diagonaliser, c'est donc casser l'espace en droites stables, ni plus ni moins. Les vecteurs qui engendrent ces droites sont les vecteurs propres, les rapports de dilatation sont les valeurs propres, et le polynôme caractéristique fournit l'outil de calcul qui les débusque.
Le second angle est algébrique, et c'est la nouveauté de la deuxième année. À un endomorphisme , on n'associe pas seulement ses puissances , mais tout polynôme . On découvre alors qu'une bonne partie de la structure de se lit sur les polynômes qui l'annulent : un polynôme annulateur de terme constant non nul livre l'inverse en une ligne, une division euclidienne livre toutes les puissances, et surtout le critère central du chapitre tient en une phrase, sans aucun calcul de sous-espace propre : est diagonalisable si et seulement s'il est annulé par un polynôme scindé à racines simples. C'est ce critère qui rend immédiate la diagonalisabilité des projecteurs et des symétries, et c'est lui qui permet de traiter les endomorphismes définis par une relation, sans jamais écrire de matrice.
Le plan suit un ordre de dépendances strict. On commence par les outils de découpage : produits d'espaces vectoriels, sommes directes d'une famille finie de sous-espaces, bases adaptées. Vient ensuite le calcul par blocs, qui est le langage matriciel de ces découpages, avec le déterminant d'une matrice triangulaire par blocs, résultat modeste dont on se servira sans arrêt. Les sous-espaces stables font alors le lien entre les deux. La trace, courte section, fournit un invariant de similitude qui servira de garde-fou dans tous les calculs. On aborde ensuite les polynômes d'endomorphismes, puis l'interpolation de Lagrange, qui n'est pas un intrus : c'est elle qui permet, en fin de chapitre, de décrire les endomorphismes qui commutent avec un endomorphisme donné. La seconde moitié est consacrée à la réduction proprement dite : éléments propres, polynôme caractéristique et théorème de Cayley-Hamilton, diagonalisation, critère par polynôme annulateur, trigonalisation, et enfin une section de méthodes.
Trois résultats seulement seront admis, et ce sont exactement les trois que le programme dispense de démonstration : le théorème de Cayley-Hamilton, le critère de diagonalisabilité par polynôme annulateur scindé à racines simples, et le critère de trigonalisabilité par polynôme caractéristique scindé. Tout le reste est démontré.
Les notations valent pour tout le chapitre. La lettre désigne ou ; lorsqu'un résultat dépend du corps, ce sera dit, et c'est un point sur lequel il ne faut jamais être négligent. L'espace est un -espace vectoriel, de dimension finie sauf mention contraire. Les endomorphismes sont notés , , ; leur ensemble est ; l'identité est ; on écrit pour la composée de facteurs, avec . Les matrices carrées de taille forment , les colonnes forment , la matrice identité est , la matrice nulle , et est le groupe des matrices inversibles. On conserve , , , , , , , , et pour la transposée. La matrice de dans la base est . Les objets nouveaux sont le spectre , le sous-espace propre , la multiplicité et le polynôme caractéristique ou .
Une convention doit être fixée avant tout, car deux usages coexistent dans la littérature et leur mélange est une source permanente d'erreurs de signe. Dans tout ce chapitre, le polynôme caractéristique est pris unitaire :
Jamais . Les deux conventions sont reliées par : les racines sont les mêmes, les polynômes coïncident si est pair et sont opposés si est impair. Prenez l'habitude de la convention unitaire et n'en changez plus.
Un dernier mot sur le style attendu. Le programme de PC demande d'éviter tout excès de rigueur : on vérifie les hypothèses cruciales, on ne rédige pas trois lignes pour justifier qu'une somme de deux vecteurs d'un sous-espace y reste. Le cours qui suit est complet et entièrement démontré, mais il va droit au but, et vos copies doivent faire de même.
Produits, sommes et sommes directes de sous-espaces
Produit d'un nombre fini d'espaces vectoriels
Définition
Soient des -espaces vectoriels. Le produit est l'ensemble des -uplets avec , muni des lois
C'est un -espace vectoriel, de vecteur nul .
Propriété
Si chaque est de dimension finie, alors est de dimension finie et
Démonstration. Notons et fixons une base de chaque . Pour et fixés, notons l'élément du produit dont toutes les composantes sont nulles sauf la -ème, égale à .
Tout élément du produit se décompose de manière unique : chaque s'écrit de façon unique , et alors , l'unicité des venant de l'unicité composante par composante. La famille des est donc une base du produit, et elle compte vecteurs.
Exemple
est de dimension , et il s'identifie naturellement à . L'espace est de dimension .
Somme d'une famille finie de sous-espaces
Définition
Soient des sous-espaces vectoriels de . Leur somme est
C'est un sous-espace vectoriel de : c'est le plus petit sous-espace contenant tous les .
Remarque
On retiendra la description par les familles génératrices : si , alors . C'est la façon la plus rapide de calculer une somme en pratique : on empile les générateurs et on extrait une famille libre.
Somme directe
Définition
La somme est dite directe lorsque tout vecteur de cette somme s'écrit d'une seule façon sous la forme avec . On la note alors
Lorsque de plus , on dit que les décomposent .
Propriété
Caractérisation par le vecteur nul. La somme est directe si et seulement si
Démonstration. Si la somme est directe, le vecteur admet une unique décomposition ; comme en est une, c'est la seule, d'où l'implication annoncée.
Réciproquement, supposons la condition vérifiée et soit dans la somme, avec deux décompositions , où . Alors avec , donc pour tout , c'est-à-dire . La décomposition est unique.
Propriété
Cas de deux sous-espaces. Pour deux sous-espaces et de , la somme est directe si et seulement si .
Démonstration. Supposons la somme directe et soit . Alors avec et , donc par la caractérisation précédente.
Réciproquement, supposons et soient , tels que . Alors appartient à la fois à et à , donc , puis .
Remarque
Attention à partir de trois sous-espaces. La condition « les sont deux à deux d'intersection nulle » est strictement plus faible que « la somme est directe » dès que . C'est l'erreur la plus fréquente sur cette notion, et le contre-exemple ci-dessous doit être connu.
Exemple
Trois droites du plan. Dans , posons
Ces trois droites sont deux à deux distinctes, donc deux à deux d'intersection réduite à . Pourtant
est une écriture de à composantes non nulles : la somme n'est pas directe. Elle vaut d'ailleurs tout entier, de dimension , alors que .
Bases adaptées
Définition
Soit un sous-espace de de dimension , avec . Une base de est adaptée à lorsque est une base de .
Plus généralement, si , une base de est adaptée à cette décomposition lorsqu'elle est obtenue en concaténant une base de , puis une base de , et ainsi de suite jusqu'à .
Propriété
Si est un sous-espace de (de dimension finie), il existe une base de adaptée à . Si , la concaténation de bases des est bien une base de , et en particulier .
Démonstration. Le premier point est le théorème de la base incomplète : on part d'une base de et on la complète en une base de .
Pour le second, notons une base de et la famille concaténée.
Génératrice. Tout s'écrit avec , et chaque est combinaison linéaire de : est combinaison linéaire de .
Libre. Supposons . Le vecteur appartient à et , donc chaque est nul par caractérisation de la somme directe ; comme est libre, tous les sont nuls.
Propriété
Décomposition obtenue par partition d'une base. Soit une base de et soit une partition de l'ensemble des indices. En posant , on obtient
Démonstration. Tout vecteur de est combinaison linéaire des ; en regroupant les termes suivant le paquet d'indices auquel ils appartiennent, on obtient une écriture comme somme d'éléments des , donc . Si maintenant avec , chaque est une combinaison linéaire des pour , et la somme totale est une combinaison linéaire de la base égale à : tous les coefficients sont nuls, donc tous les sont nuls. La somme est directe. Enfin la famille est libre comme sous-famille d'une base, d'où la dimension.
Exemple
Dans , muni de la base , la partition donne
décomposition en somme directe d'un plan et d'un plan.
L'inégalité des dimensions et son cas d'égalité
Théorème
Soient des sous-espaces de dimension finie d'un -espace vectoriel . Alors
avec égalité si et seulement si la somme est directe.
Démonstration. C'est ici que le produit d'espaces vectoriels sert. Considérons
L'application est linéaire, et elle est surjective par définition même de la somme. L'espace de départ est de dimension d'après la première propriété du chapitre. Le théorème du rang donne
d'où l'inégalité annoncée, puisque .
Il y a égalité si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si la seule famille de vérifiant est la famille nulle. C'est exactement la caractérisation de la somme directe.
Méthode
Montrer que en dimension finie. Trois propriétés sont en jeu : la somme vaut , la somme est directe, et . Deux d'entre elles entraînent la troisième, il suffit donc d'en vérifier deux.
En pratique, le couple gagnant est presque toujours « somme directe » et « bon compte des dimensions » : on montre que la seule écriture de est triviale, on additionne les dimensions, et on conclut sans avoir à prouver la surjectivité.
Exemple
Reprenons les trois droites , , du plan. La somme vaut , donc , strictement inférieur à : l'inégalité est stricte, ce qui confirme que la somme n'est pas directe.
Matrices par blocs
Découper une matrice
Définition
Découper en blocs, c'est choisir une partition des lignes en paquets consécutifs de tailles (avec ) et une partition des colonnes en paquets consécutifs de tailles (avec ), et écrire
où est le bloc situé à l'intersection du -ème paquet de lignes et du -ème paquet de colonnes.
Propriété
Opérations par blocs. Soient et découpées avec le même découpage en lignes et en colonnes. Alors, pour ,
La transposée s'obtient en transposant le tableau des blocs et chaque bloc :
Propriété
Produit par blocs. Soient découpée en lignes et colonnes, et découpée en lignes et colonnes : le découpage en colonnes de et celui en lignes de coïncident. Alors se découpe en lignes et colonnes, avec
Remarque
Le produit par blocs obéit donc exactement à la règle du produit matriciel ordinaire, à ceci près que les coefficients sont des matrices : l'ordre des facteurs dans chaque terme doit être respecté scrupuleusement, car les blocs ne commutent pas.
La condition de compatibilité est la seule difficulté. Pour que le produit ait un sens, il faut que le nombre de colonnes des blocs de dans la colonne soit égal au nombre de lignes des blocs de dans la ligne . En clair : on découpe les colonnes de comme les lignes de .
Un produit par blocs entièrement calculé
Prenons , découpé en dans les deux directions, et
avec
La règle du produit par blocs donne
Calculons les trois blocs :
D'où , puis
Vérification par le produit ordinaire, ligne par ligne. La première ligne de est : contre les quatre colonnes de , elle donne , puis , puis , puis . La deuxième ligne donne , puis , puis , puis . La troisième donne , , , . La quatrième donne , , , . Les deux calculs coïncident.
Remarque
L'intérêt n'est pas le gain de temps sur un exemple à quatre coefficients, mais la structure : on lit tout de suite sur le calcul par blocs que le produit de deux matrices triangulaires par blocs (avec le même découpage) est encore triangulaire par blocs, et que les blocs diagonaux du produit sont les produits des blocs diagonaux. C'est un raisonnement qu'on ne saurait pas mener coefficient par coefficient.
Matrices triangulaires et diagonales par blocs
Définition
Une matrice carrée découpée avec le même découpage en lignes et en colonnes, de tailles , est dite triangulaire par blocs (supérieure) lorsque tous les blocs strictement au-dessous de la diagonale sont nuls, et diagonale par blocs lorsque tous les blocs hors diagonale sont nuls :
Les sont les blocs diagonaux.
Théorème
Déterminant d'une matrice triangulaire par blocs. Soient , et . Alors
Par récurrence, le déterminant d'une matrice triangulaire par blocs est le produit des déterminants de ses blocs diagonaux.
Démonstration. Raisonnons par récurrence sur , la taille du bloc , à et fixés.
Cas . La matrice s'écrit où la première colonne a pour seul coefficient éventuellement non nul le coefficient en position . Le développement du déterminant suivant la première colonne donne .
Hérédité. Supposons le résultat vrai pour toute matrice dont le bloc supérieur gauche est de taille , et soit avec de taille . Les coefficients de la première colonne de sont puis zéros. Le développement suivant la première colonne donne
où est la matrice obtenue en supprimant la ligne et la colonne . Cette matrice est encore triangulaire par blocs, de blocs (le mineur correspondant de , de taille ) et . L'hypothèse de récurrence donne , d'où
la parenthèse étant le développement de suivant sa première colonne.
Remarque
Le résultat est faux pour un découpage général : en règle générale
Un contre-exemple immédiat : avec et , le membre de droite vaut , alors que la matrice de gauche est une matrice de permutation dont le déterminant vaut . C'est le bloc nul qui fait tout le travail dans le théorème, pas la structure .
Exemple
Sur les matrices et du paragraphe précédent : et . Le produit , triangulaire par blocs lui aussi, a pour déterminant , ce qui est bien .
Sous-espaces stables et endomorphisme induit
Définition et premiers exemples
Définition
Soient et un sous-espace vectoriel de . On dit que est stable par lorsque
Dans ce cas, l'application , , est un endomorphisme de , appelé endomorphisme induit par sur .
Remarque
L'inclusion demandée est , pas l'égalité : un sous-espace stable peut être écrasé. Si est l'endomorphisme nul, tout sous-espace est stable et son image est .
La stabilité est exactement ce qui rend licite la définition de : sans elle, pourrait sortir de . C'est le point que les correcteurs vérifient : avant d'écrire , on justifie que est stable.
Enfin et sont toujours stables ; on les dit triviaux et ils n'apportent aucune information.
Exemple
Trois situations à connaître.
Si est une homothétie, tout sous-espace est stable, puisque reste dans n'importe quel sous-espace contenant .
Si est la dérivation , les sous-espaces , , sont stables, puisque dériver fait baisser le degré. En revanche ne l'est pas : n'est pas colinéaire à .
Si est la rotation d'angle de , les seuls sous-espaces stables sont et : une droite stable imposerait colinéaire à , alors que est perpendiculaire à et non nul.
Propriété
Soient et , deux sous-espaces stables par . Alors et sont stables par , ainsi que et .
Démonstration. Somme. Si avec et , alors .
Intersection. Si , alors et .
Noyau. Si , alors .
Image. Si , alors par définition de l'image.
Traduction matricielle
Propriété
Un sous-espace stable donne une matrice triangulaire par blocs. Soient , , un sous-espace de dimension avec , et une base de adaptée à . Alors est stable par si et seulement si
Dans ce cas .
Démonstration. Notons et .
Supposons stable. Pour , on a , donc : les coordonnées de sur sont nulles, c'est-à-dire que les derniers coefficients de la colonne de sont nuls. C'est la forme annoncée, et les premiers coefficients de cette colonne sont les coordonnées de dans .
Réciproquement, si a cette forme, alors pour la colonne donne . Tout s'écrit , donc .
Propriété
Une décomposition stable donne une matrice diagonale par blocs. Soient et avec tous les stables par . Dans une base adaptée à cette décomposition,
où est la matrice de l'endomorphisme induit dans la base choisie de . La réciproque est vraie également.
Démonstration. Chaque vecteur de la base choisie de appartient à , donc par stabilité. Ses coordonnées dans sont donc nulles en dehors du paquet d'indices correspondant à , et à l'intérieur de ce paquet elles sont les coordonnées de : la colonne correspondante est nulle hors du bloc diagonal numéro .
Réciproquement, si la matrice est diagonale par blocs, la colonne associée à un vecteur de la base de n'a de coefficients non nuls que dans le paquet , donc ; par linéarité .
Exemple
Une matrice diagonale par blocs qui n'est pas diagonalisable. Dans rapporté à sa base canonique, soit de matrice
Le plan et la droite sont stables et ; l'endomorphisme induit sur est la rotation d'angle droit, celui induit sur l'homothétie de rapport . On ne pourra pas faire mieux sur : le bloc de rotation ne se diagonalise pas.
Exemple
Une décomposition qui, elle, diagonalise. Soit l'endomorphisme de de matrice , soit et .
Avec et , base de , on calcule et : est stable et . De plus , donc est stable et .
Comme et , on a , et dans la base la matrice de vaut . Contrôle par la trace : .
Commutation et stabilité
Propriété
Soient tels que . Alors et sont stables par .
Démonstration. Noyau. Soit . Alors , donc .
Image. Soit , disons . Alors .
Remarque
Ce petit résultat est un des plus rentables du chapitre : dès qu'un énoncé fournit deux endomorphismes qui commutent, il donne gratuitement des sous-espaces stables, donc des blocs de zéros dans une matrice bien choisie. On le retrouvera pour les sous-espaces propres.
Trace
Définition et propriétés
Définition
La trace d'une matrice est la somme de ses coefficients diagonaux :
Propriété
Pour et :
La trace est donc une forme linéaire sur .
Démonstration. Toutes les égalités sauf la troisième sont immédiates : la diagonale de a pour coefficients , la transposition ne change pas la diagonale, et a coefficients diagonaux égaux à .
Pour , on écrit les deux traces comme des sommes doubles et on constate qu'il s'agit de la même :
Les deux expressions somment les mêmes produits , dans un ordre différent.
Remarque
Trois pièges à éviter. D'abord en général : prendre donne à gauche et à droite. Ensuite (permutation circulaire), mais en général . Enfin la trace n'est pas multiplicative : ce n'est pas un déterminant.
Propriété
Invariance par similitude. Si et , alors . Deux matrices semblables ont donc la même trace.
Démonstration. En appliquant avec et :
Définition
Soient de dimension finie et . La trace de est la trace de la matrice de dans une base quelconque de :
Cette définition ne dépend pas de la base choisie, puisque deux matrices de dans deux bases sont semblables.
Remarque
La trace est ainsi un invariant de similitude : deux matrices semblables ont la même trace. La réciproque est fausse, et grossièrement : et ont la même trace sans être semblables (la première commute avec tout, pas la seconde). Un invariant sert à prouver qu'on n'a pas affaire à des matrices semblables, ou à contrôler un calcul, jamais à conclure à la similitude.
Deux applications classiques
Propriété
La trace d'un projecteur est son rang. Soit un projecteur, c'est-à-dire , avec de dimension finie. Alors
Démonstration. On sait de première année que et que est l'identité sur . Posons et choisissons une base adaptée à cette décomposition : ses premiers vecteurs forment une base de , les suivants une base de .
Pour , donc ; pour , . Ainsi
dont la trace vaut . Comme la trace ne dépend pas de la base, .
Propriété
L'équation n'a pas de solution. Il n'existe aucun couple de matrices de tel que .
Démonstration. Supposons qu'un tel couple existe. En prenant la trace et en utilisant la linéarité puis :
alors que dans comme dans . Contradiction.
Exemple
Une matrice réelle de trace nulle sur ses carrés est nulle. Pour , un calcul direct donne
C'est une somme de carrés de réels : elle est nulle si et seulement si tous les sont nuls, c'est-à-dire si et seulement si . L'argument tombe en défaut sur , où une somme de carrés peut s'annuler sans que les termes le soient.
Polynômes d'un endomorphisme, polynômes annulateurs
Définition
Définition
Soient et . On pose
avec la convention . De même, pour ,
Remarque
Le terme constant se transforme en (ou ), jamais en le scalaire . Écrire « » est un abus qui coûte cher le jour où l'on manipule des noyaux : la bonne écriture est .
Si , alors : tout ce qui suit se traduit sans effort du langage des endomorphismes à celui des matrices, et réciproquement.
Propriété
Morphisme d'algèbres. Pour , et :
En particulier, deux polynômes d'un même endomorphisme commutent toujours.
Démonstration. La linéarité est immédiate en regroupant les coefficients.
Pour le produit, écrivons et , de sorte que . Alors
la troisième égalité étant la bilinéarité de la composition. Comme dans , on obtient aussi , d'où la commutation.
Exemple
Avec , et :
et l'on vérifie que , comme annoncé.
Polynôme annulateur
Définition
Un polynôme est un polynôme annulateur de lorsque . De même annule lorsque .
Exemple
Trois annulateurs à connaître par cœur.
Un projecteur vérifie : il est annulé par .
Une symétrie vérifie : elle est annulée par .
Une homothétie est annulée par .
Remarque
Le polynôme nul annule tout le monde : il ne dit rien. Un polynôme annulateur n'est intéressant que non nul, et de préférence de petit degré et factorisé. En dimension finie, il en existe toujours un non nul, comme le montrera le théorème de Cayley-Hamilton.
Remarque
Beaucoup d'ouvrages introduisent ici le polynôme minimal, le plus petit polynôme unitaire annulant . Cette notion est hors programme en PC : elle n'est jamais exigible, et aucun résultat de ce cours ne s'en sert. Si vous croisez le symbole dans un corrigé, sachez qu'il n'a pas sa place dans une copie de PC ; tout se fait avec un annulateur bien choisi, souvent ou le produit .
Propriété
Pour tout et tout , le sous-espace est stable par (ainsi que ).
Démonstration. L'endomorphisme commute avec : en effet pour , et deux polynômes de commutent. On applique alors le résultat de la section précédente sur la commutation, avec le couple : le noyau et l'image de sont stables par .
Méthode : calculer un inverse
Méthode
Inverser une matrice à l'aide d'un polynôme annulateur. Soit un polynôme annulateur de , avec terme constant non nul : . Alors est inversible et
Réciproquement, si est inversible, tout annulateur non nul de peut être divisé par la puissance de qui le divise, ce qui ramène au cas .
Démonstration. De on tire , puis en factorisant par à gauche (ou à droite, cela revient au même ici) :
En divisant par , on exhibe une matrice telle que , et le même calcul donne ; donc et .
Exemple
Soit . On calcule , et l'on vérifie
Le terme constant est non nul, donc et
Contrôle : .
Méthode : calculer les puissances par division euclidienne
Méthode
Puissances par division euclidienne. Soit un polynôme annulateur de , de degré , dont on connaît les racines. Pour calculer :
1. écrire la division euclidienne avec ;
2. évaluer en : comme , il reste ;
3. déterminer les coefficients de en évaluant l'identité aux racines de , ce qui donne autant d'équations que de racines distinctes (et l'on dérive si une racine est multiple).
Reprenons , annulée par .
La division euclidienne de par s'écrit avec . En évaluant en puis en , qui annulent :
En soustrayant, , d'où
Par conséquent , soit
Trois contrôles. Pour la formule donne . Pour , . Pour , , qui est bien le calculé plus haut.
Remarque
Cette méthode ne demande aucune diagonalisation et fonctionne même quand la matrice n'est pas diagonalisable : il suffit d'un annulateur. Quand une racine est multiple, on complète le système en dérivant la relation et en évaluant en , ce qui donne une équation supplémentaire.
Interpolation de Lagrange
Les polynômes interpolateurs
Définition
Soient et des éléments deux à deux distincts de . Pour , le -ème polynôme interpolateur de Lagrange associé à ces points est
Propriété
Chaque est de degré exactement et vérifie
Démonstration. Le produit comporte facteurs de degré , et le dénominateur est un scalaire non nul puisque les sont deux à deux distincts : .
Si , le facteur d'indice du produit s'annule en , donc . Si , chaque facteur vaut , donc .
Théorème
La famille est une base de , et tout s'écrit dans cette base
En particulier, en appliquant ceci au polynôme constant :
Démonstration. Liberté. Supposons . En évaluant en et en utilisant sauf pour , il reste . Ceci pour tout : la famille est libre.
Base. Elle est libre et compte vecteurs dans , qui est de dimension : c'est une base.
Coordonnées. Soit et posons , qui appartient à . Pour tout , . Le polynôme est donc de degré au plus et possède racines distinctes : il est nul, donc .
Somme. Le polynôme constant est dans et vaut en chaque , d'où .
Exemple
Prenons et les points , , . Alors
et l'on vérifie .
Le polynôme de prenant les valeurs , , en , , est
et l'on contrôle , , .
Méthode
Le problème d'interpolation. Étant donnés points deux à deux distincts et valeurs , il existe un unique polynôme tel que pour tout , à savoir .
Existence : le polynôme proposé convient. Unicité : deux solutions ont une différence de degré avec racines, donc nulle.
Déterminant de Vandermonde
Définition
Pour , la matrice de Vandermonde associée est
Théorème
En particulier, est inversible si et seulement si les sont deux à deux distincts.
Démonstration. Par récurrence sur .
Initialisation. Pour , , ce qui est bien le produit annoncé.
Hérédité. Supposons la formule vraie au rang . Si deux des sont égaux, la matrice a deux lignes identiques : le déterminant est nul, et le produit aussi ; la formule est vraie. Supposons donc les deux à deux distincts et considérons la fonction polynomiale
obtenue en remplaçant par une indéterminée. En développant suivant la dernière ligne, on voit que est un polynôme de degré au plus , dont le coefficient de est le cofacteur associé, c'est-à-dire .
Pour , : le déterminant a alors deux lignes égales. Le polynôme possède donc les racines distinctes , et son degré est au plus avec un coefficient dominant connu :
En évaluant en et en utilisant l'hypothèse de récurrence :
Conclusion sur l'inversibilité. Le produit est non nul si et seulement si aucun facteur ne l'est, c'est-à-dire si et seulement si les sont deux à deux distincts.
Exemple
Pour , , :
et la formule donne .
Remarque
Le lien avec l'interpolation. Chercher tel que pour tout , c'est résoudre le système linéaire
Le déterminant de Vandermonde dit que ce système a une solution unique exactement lorsque les sont deux à deux distincts : c'est une deuxième démonstration du théorème d'interpolation, par l'algèbre linéaire cette fois. Les polynômes en fournissent la solution explicite, ce qui évite d'inverser la matrice.
Éléments propres
Droites stables, vecteurs propres
Propriété
Soient et non nul. La droite est stable par si et seulement s'il existe tel que .
Démonstration. Si la droite est stable, appartient à , donc pour un certain . Réciproquement, si , alors pour tout .
Définition
Soit .
Un scalaire est une valeur propre de lorsqu'il existe , non nul, tel que . Un tel est un vecteur propre de associé à .
Le sous-espace propre associé à est
Le spectre de , noté , est l'ensemble des valeurs propres de .
Remarque
Le vecteur appartient à tout mais n'est jamais un vecteur propre : la condition « non nul » fait partie de la définition. En revanche peut parfaitement être une valeur propre : signifie exactement que n'est pas injectif, et .
Autre point de vocabulaire : équivaut à , donc à . Un sous-espace propre est par définition de dimension au moins .
Propriété
Caractérisations. Pour et :
Si de plus est de dimension finie, cela équivaut encore à : n'est pas bijectif, c'est-à-dire .
Démonstration. Par définition, est valeur propre si et seulement si , ce qui est la non-injectivité. En dimension finie, un endomorphisme est injectif si et seulement s'il est bijectif, si et seulement si son déterminant est non nul.
Définition
Version matricielle. Pour , un scalaire est valeur propre de lorsqu'il existe non nulle telle que . On note le spectre, le sous-espace propre.
Si , alors et les vecteurs propres de sont exactement les vecteurs dont la colonne de coordonnées est vecteur propre de .
Quatre spectres qu'il faut savoir donner sans calcul.
a. Matrice triangulaire : est l'ensemble des coefficients diagonaux de .
b. Projecteur : , avec et .
c. Symétrie : .
d. Rotation d'angle droit : et .
Pour a., la matrice est encore triangulaire et son déterminant vaut , qui s'annule exactement quand est l'un des . Pour b. et c., les décompositions et vues en première année donnent directement les sous-espaces propres.
Remarque
Le cas d. rappelle que le spectre dépend du corps : parler du spectre d'une matrice réelle sans préciser si l'on travaille dans ou dans est une source d'erreurs. Quand une ambiguïté est possible, on écrit ou .
Commutation et sous-espaces propres
Propriété
Soient tels que . Alors, pour tout , le sous-espace est stable par .
Démonstration. Soit , c'est-à-dire . Alors
donc .
Remarque
On peut aussi invoquer le résultat général sur la commutation : , et commute avec dès qu'il commute avec . Les deux rédactions valent ; la première tient en deux lignes.
Ce résultat est le moteur de tous les exercices sur le commutant : si commute avec diagonalisable, respecte la décomposition en sous-espaces propres, ce qui contraint énormément sa forme.
La somme des sous-espaces propres est directe
Théorème
Soient et des valeurs propres de deux à deux distinctes. Alors la somme est directe.
Démonstration. Par récurrence sur .
Cas . Il n'y a rien à démontrer.
Hérédité. Supposons le résultat acquis pour sous-espaces propres associés à des valeurs propres deux à deux distinctes, et soient pour tels que
Appliquons à : comme , on obtient
Multiplions maintenant par et soustrayons :
Le terme d'indice a disparu. Chaque vecteur appartient à , et l'hypothèse de récurrence appliquée aux sous-espaces donne
Comme , le scalaire est non nul, donc pour . En reportant dans , il vient . La somme est directe.
Propriété
Conséquences.
a. Toute famille finie de vecteurs propres de associés à des valeurs propres deux à deux distinctes est libre.
b. Si , alors possède au plus valeurs propres distinctes : .
Démonstration. a. Soient des vecteurs propres associés à deux à deux distincts, et des scalaires tels que . Chaque appartient à ; par directeté de la somme, pour tout , et comme , on obtient .
b. Si sont des valeurs propres distinctes, choisissons un vecteur propre pour chacune. La famille est libre d'après a., donc .
Valeurs propres et polynômes annulateurs
Théorème
Soient et .
a. Si , alors .
b. Si annule , alors toute valeur propre de est racine de :
Démonstration. a. Montrons d'abord par récurrence sur : c'est vrai pour , et si , alors . Par linéarité, pour ,
b. Soit et un vecteur propre associé, donc . Alors . Comme , il vient .
Remarque
L'inclusion réciproque est FAUSSE. Une racine d'un polynôme annulateur n'a aucune raison d'être une valeur propre. Exemple minimal : est annulé par , dont est racine, alors que .
Autre exemple : toute matrice est annulée par le polynôme nul, et « tout scalaire est racine du polynôme nul » ne prouve évidemment rien.
C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre. Un polynôme annulateur donne une liste de candidats valeurs propres ; il faut ensuite vérifier, pour chaque candidat, que le sous-espace propre est non réduit à .
Exemple
Soit vérifiant . Le polynôme annule , donc . Rien de plus : pour , qui vérifie bien , le spectre est réduit à .
Polynôme caractéristique
Définition et degré
Définition
Pour , le polynôme caractéristique de est
Propriété
est un polynôme unitaire de degré , dont les coefficients extrêmes sont
Démonstration. Dimension 2. Avec ,
soit , conforme à l'énoncé puisque .
Dimension 3. La règle de Sarrus appliquée à donne
Seule la première ligne contribue aux degrés et : on y lit , c'est-à-dire .
Cas général. Dans le développement de par la formule générale, le seul produit qui fait intervenir plus de coefficients diagonaux est le produit des coefficients diagonaux eux-mêmes : tout autre terme choisit au moins deux coefficients hors diagonale, donc constants en , et son degré est au plus . Ainsi
En particulier est unitaire de degré .
Terme constant. .
Propriété
Si est triangulaire, de coefficients diagonaux , alors
Si est triangulaire par blocs de blocs diagonaux , alors .
Démonstration. Si est triangulaire, l'est aussi, de diagonale , et le déterminant d'une matrice triangulaire est le produit de sa diagonale.
Si est triangulaire par blocs, l'est aussi, de blocs diagonaux ; le théorème sur le déterminant d'une matrice triangulaire par blocs donne le produit des .
Valeurs propres et racines
Théorème
Soit . Alors
Autrement dit, les valeurs propres sont exactement les racines du polynôme caractéristique. En particulier possède au plus valeurs propres.
Démonstration. Pour ,
la deuxième équivalence utilisant , nul en même temps que . Le nombre de racines d'un polynôme non nul de degré est au plus .
Propriété
Spectre complexe d'une matrice réelle. Soit , vue dans . Alors est à coefficients réels, donc :
a. si est valeur propre de , l'est aussi, avec la même multiplicité ; si est un vecteur propre pour , alors en est un pour ;
b. si est impair, possède au moins une valeur propre réelle.
Démonstration. a. En conjuguant la relation et en utilisant que les coefficients de sont réels, on obtient . L'égalité des multiplicités vient de ce que , donc la factorisation de sur est invariante par conjugaison. Enfin, en conjuguant et en utilisant , il vient .
b. Un polynôme réel de degré impair admet au moins une racine réelle (théorème des valeurs intermédiaires, ou regroupement des racines complexes en paires conjuguées).
Exemple
Pour , on a . Sur : pas de racine, . Sur : , donc , deux valeurs conjuguées comme annoncé.
Invariance par similitude, polynôme caractéristique d'un endomorphisme
Propriété
Deux matrices semblables ont le même polynôme caractéristique, donc les mêmes valeurs propres avec les mêmes multiplicités.
Démonstration. Soient et avec . Pour tout scalaire ,
Les deux polynômes et , de degré , prennent donc la même valeur en tout point de , qui est infini : leur différence a une infinité de racines, elle est nulle.
Définition
Soient de dimension finie et . Le polynôme caractéristique de est
définition licite d'après l'invariance par similitude. On a encore .
Remarque
La réciproque est fausse : deux matrices peuvent avoir le même polynôme caractéristique sans être semblables. C'est le cas de et de , toutes deux de polynôme caractéristique . Le polynôme caractéristique est un invariant, pas une carte d'identité.
Multiplicité d'une valeur propre
Définition
Soient (avec ) et . La multiplicité de , notée , est sa multiplicité en tant que racine de : c'est l'unique entier tel que divise sans que le divise.
On dit que est simple si .
Théorème
Pour toute valeur propre de :
En particulier, si est une valeur propre simple, alors .
Démonstration. La minoration est la définition d'une valeur propre, et est claire.
Posons et montrons . Le sous-espace est stable par (c'est le noyau de , qui commute avec ), et l'endomorphisme induit vaut . Choisissons une base de adaptée à : d'après la traduction matricielle de la stabilité,
pour certaines matrices et , étant carrée de taille . Le polynôme caractéristique d'une matrice triangulaire par blocs étant le produit de ceux des blocs diagonaux :
Ainsi divise , donc par définition de la multiplicité.
Remarque
L'inégalité peut être stricte, et c'est précisément là que se niche l'obstacle à la diagonalisation. Pour : donc , alors que est de rang , donc .
Retenir aussi le cas utile : une valeur propre simple a toujours un sous-espace propre de dimension exactement , puisque . Il n'y a donc jamais rien à calculer pour ces valeurs propres-là, en dehors d'un vecteur propre.
Théorème de Cayley-Hamilton
Théorème
Théorème de Cayley-Hamilton (admis). Soient de dimension finie et . Alors
Matriciellement : pour toute , .
Remarque
La démonstration n'est pas exigible en PC : le programme demande de connaître l'énoncé et de savoir l'utiliser, rien de plus. On admet donc ce théorème.
Attention au piège classique : écrire « » n'a aucun sens. Dans , la lettre est un scalaire indéterminé, pas une matrice ; on ne peut pas la remplacer par à l'intérieur du déterminant. Le théorème dit tout autre chose : on calcule d'abord le polynôme , puis on évalue ce polynôme en la matrice .
Conséquence immédiate mais importante : tout endomorphisme d'un espace de dimension finie admet un polynôme annulateur non nul, de degré .
Exemple
Inverse et puissances en dimension 3. Soit
La matrice est triangulaire, donc . Contrôles : apparaît bien en devant , et donne le terme constant .
Cayley-Hamilton donne , soit
Or
Vérification : la première ligne de est ; contre les trois colonnes de elle donne , puis , puis . La deuxième ligne donne , , . La troisième donne , , . On a bien .
Le même annulateur sert pour les puissances : , et de proche en proche toute puissance de s'exprime dans , ce qu'on peut aussi obtenir directement par division euclidienne de par .
Diagonalisation
Définitions
Définition
Soient de dimension finie et . On dit que est diagonalisable lorsqu'il existe une base de dans laquelle est diagonale.
Une matrice est diagonalisable lorsqu'elle est semblable à une matrice diagonale, c'est-à-dire lorsqu'il existe et diagonale telles que
Remarque
Une base diagonalise si et seulement si pour tout , c'est-à-dire si et seulement si tous les vecteurs de sont des vecteurs propres de . Les coefficients diagonaux de sont alors les valeurs propres associées, dans l'ordre des vecteurs de la base.
Matriciellement : les colonnes de sont des vecteurs propres de , et porte les valeurs propres dans le même ordre. Une permutation des colonnes de s'accompagne de la même permutation des coefficients de ; ni ni ne sont uniques.
Les critères de diagonalisabilité
Théorème
Soient de dimension finie et . Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) est diagonalisable ;
(ii) il existe une base de formée de vecteurs propres de ;
(iii) ;
(iv) ;
(v) est scindé sur et, pour toute valeur propre , .
Démonstration. (i) (ii). La matrice de dans est diagonale de coefficients si et seulement si pour tout , c'est-à-dire si et seulement si chaque est un vecteur propre (les sont non nuls comme vecteurs d'une base).
(ii) (iii). Chaque vecteur de la base appartient à un , donc . La somme vaut , et elle est directe puisque la somme des sous-espaces propres l'est toujours.
(iii) (iv). La dimension d'une somme directe est la somme des dimensions.
(iv) (ii). Concaténons une base de chaque . La famille obtenue est libre (la somme des sous-espaces propres est directe, et la concaténation de bases d'espaces en somme directe est libre) et elle compte vecteurs : c'est une base de , formée de vecteurs propres.
(ii) (v). Dans une base de vecteurs propres, la matrice de est diagonale ; en regroupant les coefficients diagonaux égaux, on obtient où est le nombre de vecteurs de la base associés à , c'est-à-dire d'après (iii). Ce polynôme est scindé et .
(v) (iv). Si est scindé sur , la somme de ses multiplicités vaut son degré : . L'hypothèse donne alors .
Propriété
Cas des valeurs propres simples. Si possède valeurs propres deux à deux distinctes, alors est diagonalisable, et chaque sous-espace propre est une droite.
Démonstration. Chaque est de dimension au moins , et il y en a en somme directe : . Comme cette somme est la dimension d'un sous-espace de , elle vaut exactement , et chaque terme vaut . Le critère (iv) s'applique.
Remarque
La réciproque est fausse : est diagonalisable et n'a qu'une seule valeur propre. « valeurs propres distinctes » est une condition suffisante commode, jamais nécessaire.
Attention aussi à l'oubli le plus fréquent : dans le critère (v), doit être scindé sur , pas sur . Une matrice réelle dont le polynôme caractéristique a des racines complexes non réelles n'est pas diagonalisable dans , même si elle l'est dans .
Exemple
Projecteurs et symétries. Un projecteur vérifie : le critère (iii) est satisfait, est diagonalisable, de matrice avec coefficients .
Une symétrie vérifie de même , avec et : elle est diagonalisable, de matrice .
Méthode : diagonaliser une matrice de taille 3
Méthode
Diagonaliser .
1. Calculer et le factoriser ; vérifier au passage que la somme des racines vaut et leur produit .
2. Si n'est pas scindé sur : n'est pas diagonalisable dans , on s'arrête.
3. Pour chaque valeur propre , résoudre : cela donne une base de et sa dimension. (Pour une valeur propre simple, automatiquement : un seul vecteur suffit.)
4. Comparer à . Si la somme vaut , est diagonalisable ; sinon elle ne l'est pas.
5. Former en juxtaposant en colonnes les vecteurs propres trouvés, et en plaçant les valeurs propres dans le même ordre.
6. Calculer et vérifier (plus rapide et plus sûr que de vérifier ).
Déroulons entièrement la méthode sur
Étape 1 : le polynôme caractéristique. On calcule, par la règle de Sarrus,
La valeur est racine évidente : . La division par donne
Contrôles : la somme des racines comptées avec multiplicité vaut , et leur produit , qui doit être ; on vérifie en effet .
Le polynôme est scindé sur , avec , et .
Étape 2 : le sous-espace propre . La valeur propre est simple, donc et un seul vecteur suffit. On résout avec
La première ligne donne , la troisième . La deuxième est alors automatiquement vérifiée : . Donc
Étape 3 : le sous-espace propre . On calcule
matrice de rang : le système se réduit à la seule équation , soit . Le sous-espace propre est donc un plan,
Étape 4 : conclusion. : la matrice est diagonalisable. On note au passage que , conformément au critère (v).
Étape 5 : les matrices et . On prend
Étape 6 : calcul de et vérification. On trouve , et le calcul de la comatrice donne
Vérifions : la première ligne de est , qui donne contre les colonnes , et les valeurs , , ; la deuxième ligne donne , , ; la troisième donne , , .
Vérifions enfin en calculant l'image de chaque colonne de :
c'est-à-dire fois, fois et fois les colonnes de départ : .
Calcul des puissances
Méthode
Puissances d'une matrice diagonalisable. Si avec , alors pour tout
Si de plus est inversible (tous les non nuls), la formule vaut pour .
Démonstration. Par récurrence : . La puissance d'une matrice diagonale se calcule coefficient par coefficient.
Sur l'exemple précédent, , donc
Contrôles : pour on retrouve , pour on retrouve , et pour la formule donne
ce que confirme le produit direct .
Que faire si la matrice n'est pas diagonalisable
Remarque
Deux situations, à distinguer soigneusement.
Le polynôme caractéristique n'est pas scindé sur . C'est un problème de corps. Sur , on ne peut pas diagonaliser ; mais on peut souvent travailler dans , y diagonaliser, puis revenir au réel. Exemple type : .
Le polynôme caractéristique est scindé, mais pour au moins une valeur propre. C'est un obstacle intrinsèque, qu'aucun changement de corps ne lève. On se rabat alors sur une forme triangulaire (section suivante), et pour les calculs de puissances on utilise soit la division euclidienne par un polynôme annulateur, soit une écriture quand elle est disponible.
Diagonalisabilité et polynômes annulateurs
Le critère
Théorème
Critère du polynôme annulateur (admis). Soient de dimension finie et . Alors est diagonalisable si et seulement s'il existe un polynôme annulateur de scindé sur et à racines simples.
Version matricielle : est diagonalisable si et seulement s'il existe scindé à racines simples tel que .
Remarque
La démonstration n'est pas exigible en PC ; on admet ce théorème. Le sens direct est en revanche facile et vaut la peine d'être compris : il est établi ci-dessous, dans la propriété sur .
L'intérêt du critère est spectaculaire : il permet de conclure sans calculer un seul sous-espace propre, ni même le polynôme caractéristique. Dès qu'un énoncé fournit une relation du type , , , on tient un annulateur et il n'y a plus qu'à examiner ses racines.
Exemple
Trois applications immédiates.
a. Projecteur : , donc annule . Ce polynôme est scindé sur à racines simples : est diagonalisable.
b. Symétrie : , donc annule , scindé à racines simples : est diagonalisable.
c. Racine cubique de l'identité : si , alors annule . Sur , avec : trois racines simples, est diagonalisable. Sur , n'est pas scindé, et le critère ne s'applique pas : la rotation d'angle du plan réel vérifie bien sans être diagonalisable sur .
Propriété
Soit avec de dimension finie. Alors
Démonstration. Sens direct. Supposons diagonalisable et notons ses valeurs propres distinctes, . Soit une base de vecteurs propres et l'un de ses vecteurs, associé à la valeur propre . Les facteurs commutent deux à deux (ce sont des polynômes de ), donc on peut placer le facteur d'indice en dernier :
L'endomorphisme s'annule sur tous les vecteurs d'une base, donc .
Réciproque. Le polynôme est scindé sur (ses racines sont dans par construction) et à racines simples (les sont deux à deux distincts). S'il annule , le critère admis ci-dessus donne la diagonalisabilité de .
Remarque
Cette propriété fournit l'annulateur le plus économique dont on ait besoin en PC : si est diagonalisable de spectre , alors . Sur l'exemple de la section précédente, était diagonalisable de spectre , donc , ce qu'on vérifie directement : le produit est bien la matrice nulle.
Endomorphisme induit sur un sous-espace stable
Théorème
Soient diagonalisable ( de dimension finie) et un sous-espace de stable par , avec . Alors l'endomorphisme induit est diagonalisable.
Démonstration. Commençons par une remarque de calcul : comme est stable par , il l'est aussi par pour tout , et . Par linéarité, pour tout polynôme ,
c'est-à-dire que est la restriction de à .
Comme est diagonalisable, le polynôme annule ; il est scindé sur et à racines simples. Alors
donc est un polynôme annulateur de , scindé à racines simples. Le critère admis donne la diagonalisabilité de .
Remarque
C'est la seule démonstration disponible en PC pour ce résultat, et elle illustre bien la puissance du point de vue polynomial : la version « géométrique » de la preuve passerait par le lemme de décomposition des noyaux, qui est hors programme dans la filière.
Application pratique immédiate : si est diagonalisable, tout sous-espace stable possède une base de vecteurs propres de . C'est le point de départ de la recherche des sous-espaces stables (voir la dernière section).
Exemple
Soit une symétrie de et un sous-espace stable par . Comme est diagonalisable (annulée par ), l'endomorphisme induit l'est aussi, et son spectre est contenu dans : est une symétrie de , et .
Trigonalisation
Définitions et critère
Définition
Soient de dimension finie et . On dit que est trigonalisable lorsqu'il existe une base de dans laquelle est triangulaire supérieure.
Une matrice est trigonalisable lorsqu'elle est semblable à une matrice triangulaire supérieure : il existe et triangulaire supérieure telles que .
Théorème
Critère de trigonalisabilité (admis). Soient de dimension finie et . Alors
En particulier, toute matrice de est trigonalisable, puisque tout polynôme non constant est scindé sur .
Remarque
La démonstration n'est pas exigible en PC ; on admet ce théorème. Le sens facile est celui-ci : si est trigonalisable, de matrice triangulaire dans une base, alors est scindé. C'est la réciproque qui demande un travail admis.
Retenir la hiérarchie : diagonalisable trigonalisable, et la réciproque est fausse. Sur , tout est trigonalisable ; sur , il faut que soit scindé.
Trace et déterminant à partir des valeurs propres
Théorème
Soit trigonalisable, de valeurs propres comptées avec multiplicité (c'est-à-dire les racines de , répétées selon leur multiplicité, de sorte que ). Alors
Ces formules valent en particulier pour toute matrice de .
Démonstration. Soit une base dans laquelle est triangulaire supérieure. Alors , donc les coefficients diagonaux de sont exactement les , dans un certain ordre.
La trace et le déterminant sont invariants par similitude, et pour une matrice triangulaire ils valent respectivement la somme et le produit des coefficients diagonaux :
Remarque
On peut retrouver ces formules sans passer par la trigonalisation, en identifiant les coefficients de : si , le coefficient de vaut et doit être ; le terme constant vaut et doit être . Les deux rédactions sont acceptables.
Attention : ces formules exigent que soit scindé. Pour la rotation d'angle droit réelle, et alors que le spectre réel est vide.
Un exemple de trigonalisation effective
Remarque
La technique générale de trigonalisation est hors programme en PC. Un exercice de trigonalisation comporte donc toujours une indication : un vecteur à choisir, une base à compléter, un sous-espace à utiliser. L'exemple ci-dessous montre la démarche à suivre quand on vous la propose.
Méthode
Trigonaliser en dimension 3, cas d'une seule valeur propre.
1. Calculer ; vérifier qu'il est scindé.
2. Calculer les sous-espaces propres ; constater que la somme de leurs dimensions est (sinon la matrice serait diagonalisable).
3. Commencer la nouvelle base par des vecteurs propres, puis la compléter par n'importe quel vecteur rendant la famille libre.
4. Exprimer l'image du (ou des) vecteur(s) ajouté(s) dans la nouvelle base : on obtient directement la dernière colonne de .
5. Vérifier .
Considérons
Étape 1. La première colonne n'ayant qu'un coefficient non nul, on développe suivant elle :
soit . Contrôles : , et . Le polynôme est scindé sur , donc est trigonalisable, avec et .
Étape 2. On calcule
matrice de rang (ses trois lignes sont proportionnelles à ). Le théorème du rang donne : la matrice n'est pas diagonalisable. Le système se réduit à , donc
Étape 3. On complète en une base de par le vecteur le plus simple possible qui convienne, par exemple . La famille est libre : la matrice formée de ces colonnes est triangulaire inférieure de diagonale , donc de déterminant .
Étape 4. L'image de est la troisième colonne de , soit . On la décompose dans la nouvelle base : cherchons , , tels que
La première coordonnée donne , la deuxième , la troisième donc . Ainsi , et comme , :
Étape 5. Vérification de colonne par colonne. Les deux premières colonnes de sont des vecteurs propres, donc les multiplie par , ce que fait aussi sur les deux premières colonnes. Pour la troisième : , et . Les deux membres coïncident.
Remarque
La forme obtenue met en évidence une écriture très utile : avec
Une matrice dont une puissance est nulle est dite nilpotente (définition donnée ici pour cet exemple : le mot n'est pas au programme de PC, aucun résultat du cours ne repose dessus). La relation se vérifie directement, et elle rend le calcul des puissances immédiat, comme on le verra dans la section suivante.
Méthodes et erreurs classiques
Montrer qu'une matrice ou un endomorphisme est diagonalisable
Méthode
Les cinq voies, et laquelle choisir.
a. Reconnaître un objet connu. Projecteur (), symétrie (), homothétie : c'est fini, sans calcul.
b. Exhiber une base de vecteurs propres. À utiliser quand l'énoncé suggère les vecteurs (colonnes toutes égales, vecteur , etc.).
c. Compter les dimensions des sous-espaces propres. La voie de calcul par défaut pour une matrice numérique de taille ou : , puis chaque , puis ?
d. Valeurs propres toutes simples. Si est scindé à racines simples, c'est immédiat : aucun sous-espace propre à calculer.
e. Polynôme annulateur scindé à racines simples. La voie reine quand l'endomorphisme est défini par une relation (, , …) et non par une matrice numérique. Aucun calcul de déterminant.
En résumé : matrice numérique voie c ou d ; relation abstraite voie e.
Exemple
Soit vérifiant avec un -espace vectoriel de dimension finie. Le polynôme annule : il est scindé sur à racines simples, donc est diagonalisable et . On obtient de plus , et est une symétrie.
Calculer
Méthode
Trois techniques, par ordre de préférence selon les données.
a. diagonalisable : donne . Coût : un à calculer.
b. On connaît un polynôme annulateur de degré : division euclidienne avec , puis , les coefficients de s'obtenant en évaluant aux racines de (et en dérivant pour les racines multiples). Fonctionne même si n'est pas diagonalisable.
c. avec pour un certain : comme commute avec , la formule du binôme s'applique et la somme s'arrête :
Illustrons c. sur la matrice trigonalisée ci-dessus, avec . Le binôme donne, pour ,
Contrôles : pour on retrouve ; pour , la formule donne , ce que confirme le produit .
Déterminer les sous-espaces stables
Méthode
Cas d'un endomorphisme diagonalisable. Soit diagonalisable et un sous-espace stable par , non nul. Alors est diagonalisable, donc possède une base de vecteurs propres de . En conséquence :
Si de plus a valeurs propres distinctes, chaque est une droite , et les sous-espaces stables sont exactement les sommes de sous-familles des droites propres :
Démonstration du dernier point. Chaque somme de droites propres est évidemment stable. Réciproquement, si est stable et non nul, est diagonalisable, donc admet une base de vecteurs propres de . Chaque engendre une droite propre, nécessairement l'une des puisque les sous-espaces propres sont des droites, et est la somme de ces droites.
Exemple
Pour de matrice dans la base canonique de , les sous-espaces stables sont au nombre de : , les trois droites , les trois plans , et .
Méthode
Cas général. Sans hypothèse de diagonalisabilité, on procède par la dimension :
a. dimension 1 : les droites stables sont exactement les droites engendrées par un vecteur propre ;
b. dimension : un hyperplan stable se cherche par son équation, ou via la matrice triangulaire par blocs associée ;
c. cas intermédiaires : on utilise que a un polynôme caractéristique divisant celui de , ce qui limite les valeurs propres possibles de .
Exploiter la commutation
Méthode
Ce que donne .
a. , et chaque sont stables par .
b. Si est diagonalisable, « respecte » la décomposition : dans une base adaptée, la matrice de est diagonale par blocs, les blocs ayant les tailles .
c. Si de plus a valeurs propres distinctes, chaque bloc est de taille : est diagonale dans la même base que , et est un polynôme en .
Démonstration du point c. Soit une base de vecteurs propres de , avec et les deux à deux distincts. Chaque droite est stable par , donc il existe tel que .
C'est ici que l'interpolation de Lagrange intervient. Les étant deux à deux distincts, il existe un (unique) polynôme tel que pour tout , à savoir où les sont les polynômes interpolateurs associés aux points . Alors
pour tout , en utilisant que entraîne . Les endomorphismes et coïncident sur une base : ils sont égaux, donc .
Remarque
Voilà pourquoi le programme place l'interpolation de Lagrange dans ce chapitre : elle n'est pas un hors-d'œuvre sur les polynômes, c'est l'outil qui décrit le commutant d'un endomorphisme à valeurs propres simples.
Tableau de synthèse
| Question | Outil décisif |
|---|---|
| est-elle valeur propre ? | , ou non inversible |
| est-elle diagonalisable (matrice numérique) ? | |
| est-il diagonalisable (relation abstraite) ? | annulateur scindé à racines simples |
| est-elle trigonalisable ? | scindé sur |
| Calculer | , division euclidienne, ou binôme |
| Calculer | annulateur de terme constant non nul, ou Cayley-Hamilton |
| Sous-espaces stables d'un diagonalisable | sommes de sous-espaces |
| commute avec diagonalisable à spectre simple | par interpolation de Lagrange |
Erreurs classiques
Les fautes ci-dessous reviennent chaque année. Les relire avant un devoir fait gagner des points.
Confondre « racine d'un polynôme annulateur » et « valeur propre ». Si annule , alors est inclus dans l'ensemble des racines de , et l'inclusion est en général stricte. est annulée par sans que soit valeur propre. Un annulateur fournit des candidats, pas le spectre.
Croire que toujours. On a seulement . C'est justement le cas d'inégalité stricte qui empêche la diagonalisation. Le seul cas gratuit est celui d'une valeur propre simple, où l'encadrement force .
Oublier de vérifier que est scindé sur et non sur . Une matrice réelle peut être diagonalisable dans et pas dans . Toujours préciser le corps de travail, et écrire ou en cas d'ambiguïté.
Écrire . Avec la convention de ce cours, , unitaire. L'autre écriture change tous les signes quand est impair, ce qui fausse la lecture de et de sur les coefficients.
Écrire « ». Absurde : dans , la lettre est un scalaire. Cayley-Hamilton se démontre (et s'admet ici), il ne se « voit » pas.
Oublier le terme constant en . Dans , le coefficient donne , pas le scalaire . L'erreur devient visible dès qu'on compose ou qu'on prend un noyau.
Confondre « deux à deux d'intersection nulle » et « somme directe ». Faux dès trois sous-espaces : trois droites distinctes du plan sont deux à deux d'intersection nulle et leur somme n'est pas directe.
Appliquer . Cette formule n'existe pas. Le théorème sur les déterminants par blocs exige un bloc nul sous (ou sur) la diagonale.
Oublier la compatibilité des découpages dans un produit par blocs, ou intervertir l'ordre des blocs dans un produit : les blocs ne commutent pas.
Conclure de et que et sont semblables. Ce sont des invariants, pas des cartes d'identité : et ont même trace, même déterminant et même polynôme caractéristique sans être semblables.
Utiliser le polynôme minimal, les sous-espaces caractéristiques ou le lemme de décomposition des noyaux. Ces notions sont hors programme en PC : tout ce dont vous avez besoin s'obtient avec un polynôme annulateur bien choisi, le plus souvent ou .
Bloqué sur « Algèbre linéaire » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.