MPSI · Chapitre 15 · Second semestre

Intégration

Continuité uniforme, fonctions continues par morceaux, intégrale sur un segment, sommes de Riemann, lien intégrale-primitive, formules de Taylor globales.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Continuité uniforme
  • Fonctions continues par morceaux
  • Intégrale sur un segment
  • Sommes de Riemann
  • Lien intégrale-primitive
  • Formules de Taylor globales

Depuis le lycée, intégrer veut dire chercher une primitive : pour calculer 01t2dt, on écrit [t33]01 et l'affaire est réglée. C'est une recette de calcul, et elle fonctionne remarquablement bien. Mais elle laisse une question sans réponse : qu'est-ce que abf(t)dt ? Tant qu'on ne l'a pas définie, cette quantité n'est qu'une notation, et le théorème « abf=F(b)F(a) » n'est pas un théorème, c'est une définition déguisée. Ce chapitre construit l'objet, puis démontre la recette.

Il y a trois raisons de faire ce travail, et elles sont toutes les trois très concrètes. D'abord, la plupart des fonctions n'ont pas de primitive calculable : personne ne sait exprimer une primitive de tet2 ou de tsintt à l'aide des fonctions usuelles, et pourtant l'intégrale 01et2dt existe, se majore, se calcule numériquement. Ensuite, on veut intégrer des fonctions qui sautent : un signal qui vaut 0 puis 1, une fonction définie par morceaux, la partie entière. Une telle fonction n'a pas de primitive au sens de la dérivation, et pourtant l'aire sous sa courbe a un sens évident. Enfin, et c'est le plus important en pratique, les résultats vraiment utiles du chapitre sont des inégalités : majorer abf, encadrer une somme par une intégrale, contrôler l'erreur d'une approximation. Aucune de ces inégalités ne se lit sur une primitive.

La construction suit une idée simple, celle de l'aire. Pour un rectangle, l'aire est un produit : aucune théorie n'est nécessaire. Pour une fonction en escalier, c'est-à-dire constante par morceaux, l'aire est une somme de rectangles : toujours aucune théorie. Pour une fonction quelconque, on coince la fonction entre deux fonctions en escalier, l'une en dessous, l'autre au-dessus, et l'on resserre l'étau. Si l'étau se resserre autant qu'on veut, il ne reste qu'un seul nombre entre les deux, et c'est lui qu'on appelle l'intégrale. Toute la question est donc : pour quelles fonctions l'étau se resserre-t-il ? La réponse du programme est : pour les fonctions continues par morceaux, et la démonstration repose sur une propriété des fonctions continues sur un segment qu'on n'a pas encore rencontrée, la continuité uniforme. C'est pourquoi le chapitre commence par elle.

Une fois l'objet construit, il faut savoir le manier. Les propriétés de base (linéarité, relation de Chasles, positivité, croissance, inégalité triangulaire) sont l'outillage quotidien. Deux théorèmes les dominent. Le premier, les sommes de Riemann, dit que l'intégrale est la limite d'une moyenne discrète : c'est le pont entre les sommes et les intégrales, et il transforme des limites de sommes qu'aucune technique du premier semestre ne permettait d'atteindre. Le second, le théorème fondamental, dit que dériver et intégrer sont deux opérations réciproques : il justifie enfin la recette du lycée, et il en fait sortir les deux grandes techniques de calcul, l'intégration par parties et le changement de variable.

Le chapitre se termine par les formules de Taylor globales. Le chapitre d'analyse asymptotique donnait déjà une approximation polynomiale d'une fonction : la formule de Taylor-Young. Mais son reste est un o((xa)n), information purement locale, qui ne dit rien pour un x fixé. La formule de Taylor avec reste intégral donne le reste exactement, sous forme d'une intégrale, et l'inégalité de Taylor-Lagrange en donne une majoration chiffrée, valable sur tout un intervalle. C'est ce qui permet d'affirmer qu'en s'arrêtant au terme de degré 6, on calcule e avec une erreur inférieure à 3×104 : une phrase que Taylor-Young ne permet pas de prononcer.

Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes. La lettre I désigne un intervalle de R, et [a,b] un segment avec a<b ; sauf mention explicite du contraire, les fonctions considérées sont à valeurs réelles. L'élément différentiel s'écrit toujours dt en romain : abf(t)dt, où la variable t est muette (on peut l'appeler u, x ou θ sans rien changer). Une subdivision du segment [a,b] est une famille finie σ=(a0,a1,,an) telle que a=a0<a1<<an=b, et son pas est max1in(aiai1). La borne supérieure d'une fonction sur un segment se note sup[a,b]f, ou M=sup{f(t), t[a,b]} lorsqu'on veut lui donner un nom. Les expressions « en escalier » et « continue par morceaux » s'écrivent toujours en toutes lettres. Enfin, Ck désigne la classe des fonctions k fois dérivables à dérivée k-ième continue, et f(k) la dérivée k-ième de f, avec la convention f(0)=f.

Continuité uniforme

Définition et comparaison avec la continuité

Rappelons d'abord ce que signifie « f est continue sur I » lorsqu'on l'écrit entièrement avec des quantificateurs. La continuité est une notion locale : on la vérifie en chaque point, et le δ obtenu dépend du point examiné. La continuité uniforme demande davantage : un seul δ doit convenir pour tous les points à la fois.

Définition

Soient I un intervalle de R et f:IR. On dit que f est uniformément continue sur I lorsque

ε>0,δ>0,(x,y)I2,xyδ  f(x)f(y)ε.

Le tableau suivant met les deux définitions côte à côte. Les symboles sont exactement les mêmes ; seul l'ordre des quantificateurs change, et tout est là.

Propriété Énoncé quantifié
f continue sur I xI, ε>0, δ>0, yI, xyδf(x)f(y)ε
f uniformément continue sur I ε>0, δ>0, xI, yI, xyδf(x)f(y)ε

Remarque

Lire la différence. Dans la première ligne, le quantificateur δ arrive après x : le δ a le droit de dépendre du point x (et bien sûr de ε). Dans la seconde, δ arrive avant x : le même δ doit fonctionner partout sur I, il ne dépend plus que de ε. C'est le sens de l'adverbe « uniformément » : uniformément en x.

Traduction imagée. Continuité : « en chaque point, si je me rapproche assez, l'image bouge peu » ; mais « assez » peut être très exigeant à certains endroits. Continuité uniforme : « il existe une distance δ, la même partout, telle que deux points distants de moins de δ ont des images distantes de moins de ε ». Autrement dit, la fonction n'a nulle part de zone où elle devient arbitrairement raide.

Propriété

Toute fonction uniformément continue sur I est continue sur I. La réciproque est fausse.

Démonstration. Supposons f uniformément continue sur I et fixons xI. Soit ε>0. La continuité uniforme fournit un δ>0 tel que f(u)f(v)ε pour tous u,vI vérifiant uvδ. Ce δ convient en particulier lorsqu'on prend u=x : pour tout yI tel que xyδ, on a f(x)f(y)ε. C'est exactement la continuité de f en x, et x était quelconque dans I.

Pour la réciproque, il suffira d'un contre-exemple : la fonction xx2 sur R, traitée plus bas, est continue sans être uniformément continue.

Nier la continuité uniforme

Comme toujours avec les propriétés à quantificateurs alternés, savoir écrire la négation est aussi important que savoir écrire la définition. C'est elle qu'on utilise pour montrer qu'une fonction n'est pas uniformément continue.

Propriété

La fonction f n'est pas uniformément continue sur I si et seulement si

ε0>0,δ>0,(x,y)I2,xyδetf(x)f(y)>ε0.

De façon équivalente : il existe ε0>0 et deux suites (xn) et (yn) d'éléments de I telles que

xnynn+0etnN,f(xn)f(yn)>ε0.

Démonstration. La première formulation est la négation littérale de la définition : on échange et , et l'on nie l'implication finale, ce qui donne « prémisse vraie et conclusion fausse ».

De la première formulation à la seconde. Supposons la première vraie, avec un certain ε0>0. Pour chaque entier n1, appliquons-la à δ=1n : elle fournit deux points xn,ynI tels que xnyn1n et f(xn)f(yn)>ε0. La première inégalité donne xnyn0 par encadrement.

De la seconde à la première. Supposons données deux telles suites et soit δ>0. Comme xnyn0, il existe un rang n tel que xnynδ ; le couple (xn,yn) convient.

Méthode

Montrer qu'une fonction n'est pas uniformément continue. Toujours la même stratégie : fabriquer deux suites de points de plus en plus proches dont les images restent éloignées. Concrètement, on cherche une zone où la fonction devient très raide (une pente qui explose, ou une oscillation qui s'emballe), et l'on y place les deux suites. Le réel ε0 se choisit à la fin, une fois le calcul de f(xn)f(yn) effectué.

Fonctions lipschitziennes

Une classe de fonctions vérifie la continuité uniforme pour une raison très simple : leur taux d'accroissement est borné.

Définition

Soient I un intervalle et k0 un réel. Une fonction f:IR est dite k-lipschitzienne sur I lorsque

(x,y)I2,f(x)f(y)kxy.

Elle est dite lipschitzienne lorsqu'il existe un tel réel k.

Propriété

Sur un intervalle I, on a les implications

f lipschitzienne  f uniformeˊment continue  f continue,

et aucune des deux réciproques n'est vraie.

Démonstration. La seconde implication a déjà été établie. Montrons la première. Soit f une fonction k-lipschitzienne sur I.

Cas k=0. L'inégalité s'écrit f(x)f(y)0, donc f est constante : n'importe quel δ>0 convient dans la définition.

Cas k>0. Soit ε>0. Posons δ=εk>0, qui ne dépend que de ε et de k, donc pas du point considéré. Pour tous x,yI tels que xyδ, on obtient

f(x)f(y)kxyk×εk=ε.

C'est la définition de la continuité uniforme.

Propriété

Soit f une fonction dérivable sur un intervalle I, dont la dérivée est bornée par un réel k, c'est-à-dire f(t)k pour tout tI. Alors f est k-lipschitzienne sur I.

Démonstration. Soient x,yI avec xy. La fonction f est dérivable sur l'intervalle I, donc sur le segment d'extrémités x et y, qui est inclus dans I. L'inégalité des accroissements finis donne alors

f(x)f(y)(supt[x,y]f(t))xykxy,

le cas x=y étant trivial.

Exemple

Trois fonctions lipschitziennes.

Le sinus. sin=cos1 sur R, donc sin est 1-lipschitzienne sur R : pour tous réels x et y, sinxsinyxy. En particulier sinxx, en prenant y=0.

La valeur absolue. L'inégalité triangulaire renversée donne xyxy : la fonction xx est 1-lipschitzienne sur R, alors qu'elle n'est pas dérivable en 0. Le caractère lipschitzien n'exige aucune dérivabilité.

La racine carrée, loin de zéro. Sur [1,+[, la dérivée de xx vaut 12x12, donc la racine y est 12-lipschitzienne. Nous allons voir que ce n'est plus vrai si l'on inclut 0.

Trois exemples décisifs

Ces trois exemples sont à connaître : ils délimitent exactement les frontières entre les trois notions.

Exemple

La fonction carré n'est pas uniformément continue sur R.

Posons f(x)=x2 et montrons la négation, avec ε0=1. Soit δ>0 quelconque. Choisissons

x=1δety=1δ+δ2.

Ces deux réels vérifient xy=δ2δ, et pourtant

f(y)f(x)=y2x2=(yx)(y+x)=δ2(2δ+δ2)=1+δ24>1=ε0.

La négation est établie : f n'est pas uniformément continue sur R, bien qu'elle y soit continue.

Avec les suites, c'est encore plus rapide : xn=n et yn=n+1n vérifient xnyn0, alors que

f(yn)f(xn)=(n+1n)2n2=2+1n2>2.

La raison profonde : la pente de f, égale à 2x, n'est pas bornée sur R. Loin de l'origine, un écart minuscule en abscisse produit un écart énorme en ordonnée. Notons que sur tout segment [A,A], en revanche, f est 2A-lipschitzienne, donc uniformément continue : c'est bien le caractère non borné de l'intervalle qui casse tout.

Exemple

La fonction inverse n'est pas uniformément continue sur ]0,1].

Posons f(x)=1x sur I=]0,1], et prenons

xn=1netyn=1n+1(n1).

Ces deux points appartiennent à I et

xnyn=1n1n+1=1n(n+1)n+0,

tandis que f(xn)f(yn)=n(n+1)=1>12. Avec ε0=12, la caractérisation séquentielle conclut : f n'est pas uniformément continue sur ]0,1].

Cette fois l'intervalle est borné, mais il n'est pas fermé : la pente explose au voisinage de 0, qui manque à l'intervalle. Retenez la leçon : l'hypothèse du théorème de Heine, ci-dessous, sera bien « segment », c'est-à-dire fermé et borné, et aucune des deux conditions ne peut sauter.

Exemple

La racine carrée est uniformément continue sur [0,+[ sans y être lipschitzienne.

Une majoration préalable. Pour tous réels x,y0,

xyxy.

En effet, supposons xy0, ce qui est loisible par symétrie des deux membres. Alors

(xy)2=x+y2xy=(xy)+2y2xy=(xy)+2y(yx)xy,

car yx rend le dernier terme négatif ou nul. En prenant la racine carrée des deux membres, tous deux positifs, on obtient xyxy=xy.

Continuité uniforme. Soit ε>0. Posons δ=ε2>0. Si xyδ, alors

xyxyδ=ε.

Le δ choisi ne dépend que de ε : la racine est uniformément continue sur [0,+[.

Non lipschitzienne. Supposons qu'il existe k0 tel que xykxy pour tous x,y0. En prenant y=0 et x>0, il vient xkx, c'est-à-dire, après division par x>0,

x>0,1kx.

En faisant tendre x vers 0+, le membre de droite tend vers 0 : contradiction. La racine carrée n'est donc lipschitzienne sur aucun intervalle contenant 0 — sa tangente y est verticale.

Remarque

Le bilan des trois exemples. Les implications « lipschitzienne uniformément continue continue » sont strictes :

  • xx sur [0,+[ est uniformément continue sans être lipschitzienne ;
  • xx2 sur R et x1x sur ]0,1] sont continues sans être uniformément continues.

Le théorème de Heine

Sur un segment, tout rentre dans l'ordre : la continuité entraîne la continuité uniforme. C'est le théorème central de la section, et c'est lui qui rendra possible la construction de l'intégrale.

Propriété

Théorème de Heine. Toute fonction continue sur un segment [a,b] y est uniformément continue.

Démonstration (non exigible). Le programme ne réclame pas cette démonstration, mais elle est courte et instructive : elle repose entièrement sur le théorème de Bolzano-Weierstrass, c'est-à-dire sur le fait qu'une suite de points d'un segment admet toujours une sous-suite convergente, de limite dans ce segment.

Raisonnons par l'absurde et supposons f continue sur [a,b] mais non uniformément continue. La caractérisation séquentielle de la négation fournit un réel ε0>0 et deux suites (xn) et (yn) d'éléments de [a,b] telles que

xnynn+0etnN,f(xn)f(yn)>ε0.()

La suite (xn) est à valeurs dans [a,b], donc bornée. D'après le théorème de Bolzano-Weierstrass, elle admet une sous-suite convergente : il existe une extractrice φ et un réel tels que xφ(n). Comme axφ(n)b pour tout n, le passage à la limite dans les inégalités larges donne [a,b] : c'est ici que le caractère fermé du segment intervient.

Écrivons ensuite

yφ(n)=xφ(n)(xφ(n)yφ(n)).

Le premier terme tend vers , le second vers 0 comme sous-suite d'une suite de limite nulle : donc yφ(n) également.

La fonction f est continue au point [a,b], donc, par caractérisation séquentielle de la continuité,

f(xφ(n))n+f()etf(yφ(n))n+f().

Par différence, f(xφ(n))f(yφ(n))0, ce qui contredit (), laquelle impose f(xφ(n))f(yφ(n))>ε0 pour tout n. L'hypothèse de départ est donc absurde.

Remarque

Ce que Heine ne dit pas. Sur un segment, continuité et continuité uniforme coïncident, mais pas avec le caractère lipschitzien : xx est continue sur [0,1], donc uniformément continue par Heine, et pourtant elle n'y est pas lipschitzienne. La chaîne d'implications reste donc stricte, même sur un segment.

Notez aussi que les deux hypothèses sur l'intervalle sont indispensables, et nos contre-exemples le montrent séparément : R est fermé mais non borné (xx2), ]0,1] est borné mais non fermé (x1/x).

Remarque

À quoi va servir Heine. Prendre ε>0 et découper [a,b] en morceaux de longueur inférieure à δ : sur chacun de ces morceaux, f varie de moins de ε. Autrement dit, toute fonction continue sur un segment est presque constante sur des intervalles suffisamment petits, et « suffisamment petit » a la même signification partout. C'est exactement ce qu'il faut pour coincer f entre deux fonctions en escalier très proches l'une de l'autre, donc pour définir son intégrale. Le théorème de Heine servira aussi, tel quel, dans la démonstration du théorème sur les sommes de Riemann.

Fonctions continues par morceaux

Subdivisions d'un segment

Définition

Soit [a,b] un segment de R (avec a<b). On appelle subdivision de [a,b] toute famille finie σ=(a0,a1,,an) de réels telle que

a=a0<a1<<an=b.

Les réels ai sont les points de la subdivision, et le support de σ est l'ensemble {a0,a1,,an}. Le pas de σ est le réel

max1in(aiai1),

c'est-à-dire la longueur du plus grand des intervalles découpés.

Définition

Soient σ et σ deux subdivisions de [a,b]. On dit que σ est plus fine que σ lorsque le support de σ est inclus dans celui de σ : autrement dit, σ s'obtient à partir de σ en ajoutant des points.

Exemple

Sur [0,1], la famille σ=(0,13,1) est une subdivision de pas 23. La famille σ=(0,13,12,34,1) est plus fine que σ, et son pas vaut 14. La subdivision régulière d'ordre n de [a,b] est (a+kban)0kn ; son pas vaut ban, et c'est elle qui interviendra dans les sommes de Riemann.

Propriété

Soient σ et σ deux subdivisions de [a,b].

  1. Si σ est plus fine que σ, alors le pas de σ est inférieur ou égal au pas de σ.
  2. Il existe toujours une subdivision plus fine que σ et que σ : celle dont le support est la réunion des deux supports. On l'appelle une subdivision commune à σ et σ.

Démonstration. Point 1. Notons σ=(a0,,an) et soit ]aj1,aj[ un intervalle de σ. Nous allons voir au lemme suivant qu'il est inclus dans un intervalle ]ai1,ai[ de σ ; sa longueur est donc majorée par aiai1, elle-même majorée par le pas de σ. En passant au maximum sur j, le pas de σ est majoré par celui de σ.

Point 2. La réunion des deux supports est une partie finie de [a,b] qui contient a et b ; en rangeant ses éléments dans l'ordre strictement croissant, on obtient une subdivision de [a,b], plus fine que σ et que σ par construction.

Propriété

Lemme d'emboîtement. Soient σ=(a0,,an) une subdivision de [a,b] et σ=(a0,,am) une subdivision plus fine. Alors chaque intervalle ouvert ]aj1,aj[ de σ est inclus dans un intervalle ouvert ]ai1,ai[ de σ.

Démonstration. Fixons j{1,,m}. Comme aj1[a,b[, il existe un unique indice i{1,,n} tel que ai1aj1<ai.

Montrons que aiaj. Dans le cas contraire, on aurait aj1<ai<aj : le point ai, qui appartient au support de σ donc à celui de σ puisque σ est plus fine, serait strictement compris entre deux points consécutifs de σ, ce qui est impossible.

On a donc ai1aj1 et ajai, d'où l'inclusion ]aj1,aj[  ]ai1,ai[.

Fonctions en escalier

Définition

Une fonction φ:[a,b]R est dite en escalier lorsqu'il existe une subdivision σ=(a0,,an) de [a,b] telle que φ soit constante sur chaque intervalle ouvert ]ai1,ai[. Une telle subdivision est dite adaptée à φ.

Remarque

Deux points de vigilance.

  • La définition ne dit rien des valeurs φ(ai) aux points de la subdivision : elles sont arbitraires et n'ont aucune importance. Une fonction en escalier est donc constante sur chaque morceau ouvert, avec des valeurs libres aux points de raccord.
  • La subdivision adaptée n'est pas unique : toute subdivision plus fine convient aussi. C'est l'objet de la propriété suivante, et c'est ce qui rendra la définition de l'intégrale légitime.

Propriété

Soit φ une fonction en escalier sur [a,b], et soit σ une subdivision adaptée à φ. Alors toute subdivision plus fine que σ est encore adaptée à φ. En particulier, deux fonctions en escalier admettent toujours une subdivision adaptée commune.

Démonstration. Soit σ plus fine que σ. D'après le lemme d'emboîtement, chaque intervalle ouvert de σ est inclus dans un intervalle ouvert de σ, sur lequel φ est constante ; φ est donc constante sur chaque intervalle ouvert de σ, qui est bien adaptée.

Pour deux fonctions en escalier φ et ψ, on prend une subdivision adaptée à chacune, puis la subdivision commune obtenue en réunissant les supports : elle est plus fine que les deux, donc adaptée aux deux.

Propriété

Soient φ et ψ deux fonctions en escalier sur [a,b] et λR. Alors les fonctions

φ+ψ,λφ,φψ,φ,max(φ,ψ),min(φ,ψ)

sont encore en escalier sur [a,b]. Toute fonction en escalier est bornée.

Démonstration. Prenons une subdivision σ adaptée à la fois à φ et à ψ, ce qui est possible d'après la propriété précédente. Sur chaque intervalle ouvert de σ, φ vaut une constante λi et ψ une constante μi ; les fonctions ci-dessus y valent respectivement λi+μi, λλi, λiμi, λi, max(λi,μi), min(λi,μi) : ce sont des constantes. Donc σ est adaptée à chacune de ces fonctions.

Enfin, une fonction en escalier ne prend qu'un nombre fini de valeurs : les n constantes λi et les n+1 valeurs φ(ai). Elle est donc bornée, par le maximum des valeurs absolues de ces 2n+1 nombres.

Intégrale d'une fonction en escalier

L'aire d'un rectangle est le produit de sa base par sa hauteur. Pour une fonction en escalier, on additionne, en comptant négativement les rectangles situés sous l'axe.

Définition

Soit φ une fonction en escalier sur [a,b], soit σ=(a0,,an) une subdivision adaptée, et soit λi la valeur constante de φ sur ]ai1,ai[. On pose

abφ(t)dt=i=1n(aiai1)λi.

Cette définition serait sans valeur si le résultat dépendait de la subdivision choisie. Elle n'en dépend pas, et c'est le premier vrai théorème du chapitre.

Propriété

Le réel ainsi défini ne dépend pas de la subdivision adaptée choisie : si σ et σ sont deux subdivisions adaptées à φ, les deux sommes correspondantes sont égales.

Démonstration. Notons provisoirement S(φ,σ) la somme i=1n(aiai1)λi associée à une subdivision adaptée σ.

Première étape : ajout d'un seul point. Soit σ la subdivision obtenue en ajoutant à σ un point c]aj1,aj[. Elle est adaptée à φ, et φ vaut λj sur ]aj1,c[ comme sur ]c,aj[, ces deux intervalles étant inclus dans ]aj1,aj[. La somme S(φ,σ) ne diffère de S(φ,σ) que par le remplacement du terme d'indice j :

(caj1)λj+(ajc)λj=(ajaj1)λj.

Les deux sommes sont donc égales.

Deuxième étape : subdivision plus fine quelconque. Si σ est plus fine que σ, elle s'obtient à partir de σ en ajoutant un nombre fini p de points. Une récurrence immédiate sur p, chaque étape relevant du cas précédent, donne S(φ,σ)=S(φ,σ).

Troisième étape : deux subdivisions adaptées quelconques. Soient σ1 et σ2 adaptées à φ, et soit σ3 la subdivision dont le support est la réunion des deux supports. Elle est plus fine que σ1 et que σ2, donc adaptée à φ, et la deuxième étape donne

S(φ,σ1)=S(φ,σ3)=S(φ,σ2).

Propriété

Soient φ et ψ deux fonctions en escalier sur [a,b] et λ,μR.

  1. Linéarité. ab(λφ+μψ)(t)dt=λabφ(t)dt+μabψ(t)dt.
  2. Croissance. Si φψ sur [a,b], alors abφ(t)dtabψ(t)dt.
  3. Relation de Chasles. Pour c]a,b[, les restrictions de φ à [a,c] et à [c,b] sont en escalier et
abφ(t)dt=acφ(t)dt+cbφ(t)dt.

Démonstration. Points 1 et 2. Choisissons une subdivision σ=(a0,,an) adaptée à φ et à ψ simultanément, et notons λi,μi leurs valeurs sur ]ai1,ai[. Elle est adaptée à λφ+μψ, dont la valeur sur cet intervalle est λλi+μμi. Alors

ab(λφ+μψ)=i=1n(aiai1)(λλi+μμi)=λi=1n(aiai1)λi+μi=1n(aiai1)μi,

ce qui est le point 1. Si de plus φψ, alors λiμi pour tout i (comparer les valeurs en un point intérieur à l'intervalle), et comme aiai1>0, la comparaison terme à terme des deux sommes donne le point 2.

Point 3. Prenons une subdivision σ adaptée à φ et ajoutons-lui le point c si nécessaire : la subdivision obtenue reste adaptée, et c y figure, disons c=ap. Les familles (a0,,ap) et (ap,,an) sont alors des subdivisions adaptées des restrictions de φ à [a,c] et [c,b], et il suffit de couper la somme en deux :

i=1n(aiai1)λi=i=1p(aiai1)λi+i=p+1n(aiai1)λi.

Fonctions continues par morceaux sur un segment

Définition

Une fonction f:[a,b]R est dite continue par morceaux sur [a,b] lorsqu'il existe une subdivision σ=(a0,,an) de [a,b] telle que, pour tout i{1,,n}, la restriction de f à l'intervalle ouvert ]ai1,ai[ soit continue et admette une limite finie à droite en ai1 et une limite finie à gauche en ai. Une telle subdivision est dite adaptée à f.

Remarque

Formulation équivalente, souvent plus commode. Dire que f est continue par morceaux sur [a,b], c'est dire qu'il existe une subdivision (a0,,an) telle que, pour chaque i, la restriction de f à ]ai1,ai[ se prolonge en une fonction continue sur le segment fermé [ai1,ai]. Ce prolongement, noté f~i, coïncide avec f à l'intérieur, et prend aux extrémités les valeurs des limites — qui n'ont aucune raison d'être f(ai1) ou f(ai).

Trois conséquences immédiates de la définition : une fonction continue par morceaux n'a qu'un nombre fini de points de discontinuité ; en chacun d'eux elle admet une limite finie à gauche et une limite finie à droite (les « sauts ») ; et sa valeur en ces points est sans importance pour tout ce qui suivra.

Exemple

Ce qui est continu par morceaux.

Toute fonction en escalier : sur chaque intervalle ouvert d'une subdivision adaptée, elle est constante, donc continue et de limites finies aux bornes.

Toute fonction continue sur [a,b] : la subdivision (a,b) convient, les limites en a+ et b valant f(a) et f(b).

La partie entière tt sur [0,3] : c'est même une fonction en escalier, adaptée à la subdivision (0,1,2,3), de valeurs 0, 1, 2 sur les trois intervalles ouverts.

Une fonction définie par recollement, comme f(t)=t2 sur [0,1[, f(1)=7, f(t)=sint sur ]1,2] : la subdivision (0,1,2) est adaptée, les limites en 1 et 1+ valant 1 et sin1. La valeur 7 prise en 1 ne gêne en rien.

Exemple

Ce qui ne l'est pas.

La fonction f définie sur [0,1] par f(t)=sin(1t) pour t>0 et f(0)=0. Elle est continue sur ]0,1] et bornée, mais elle n'est pas continue par morceaux sur [0,1]. En effet, pour toute subdivision (a0,,an), la restriction de f à ]0,a1[ devrait admettre une limite finie en 0+. Or, en posant

tn=1π2+2nπetsn=12nπ,

deux suites de limite nulle, on obtient f(tn)=1 et f(sn)=0 pour tout n1 : la fonction n'a pas de limite en 0+. Ce n'est pas la discontinuité qui est en cause, c'est l'absence de limite.

La fonction g définie sur [0,1] par g(t)=1t pour t>0 et g(0)=0. Même raisonnement : la limite en 0+ existe mais vaut +, elle n'est pas finie. Une fonction continue par morceaux sur un segment est bornée (voir ci-dessous), ce que g n'est pas.

La fonction indicatrice de Q sur [0,1], définie par

h(t)={1si tQ,0si tQ.

Elle est bornée, mais discontinue en tout point : sur n'importe quel intervalle ouvert ]ai1,ai[, aussi petit soit-il, il existe des rationnels et des irrationnels, donc h n'y est continue nulle part et n'y admet aucune limite. Aucune subdivision ne peut convenir : h n'est pas continue par morceaux, et nous ne saurons pas l'intégrer.

Propriété

Soient f et g deux fonctions continues par morceaux sur [a,b] et λR. Alors f+g, λf, fg, f, max(f,g) et min(f,g) sont continues par morceaux sur [a,b]. Plus généralement, si u est continue sur un intervalle contenant les valeurs et les limites de f, alors uf est continue par morceaux.

Démonstration. Soit σ une subdivision adaptée à la fois à f et à g (réunir les supports de deux subdivisions adaptées ; le lemme d'emboîtement montre qu'une subdivision plus fine reste adaptée, exactement comme pour les fonctions en escalier). Sur chaque intervalle ouvert de σ, f et g sont continues, donc f+g, λf et fg le sont par opérations sur les fonctions continues ; et si f, g aux bornes, alors f+g+, λfλ, fg, limites finies.

Pour uf : sur chaque intervalle ouvert, uf est continue comme composée de fonctions continues, et si f(t) quand tai1+, alors u(f(t))u() par continuité de u en : la limite est finie. Les cas de f, max(f,g)=f+g+fg2 et min(f,g)=f+gfg2 s'en déduisent avec u=.

Propriété

Toute fonction continue par morceaux sur un segment [a,b] est bornée.

Démonstration. Soit σ=(a0,,an) une subdivision adaptée à f, et, pour chaque i, soit f~i le prolongement continu de f]ai1,ai[ au segment [ai1,ai]. Chaque f~i est continue sur un segment, donc bornée d'après le théorème des bornes atteintes : posons Mi=sup[ai1,ai]f~i, qui est un réel.

Tout point t[a,b] est soit l'un des ai, soit intérieur à l'un des intervalles ]ai1,ai[, auquel cas f(t)=f~i(t)Mi. En posant

M=max(M1,,Mn,f(a0),,f(an)),

maximum d'un nombre fini de réels, on obtient f(t)M pour tout t[a,b].

Remarque

Bornée, mais pas forcément « bornes atteintes ». Le théorème des bornes atteintes vaut pour les fonctions continues sur un segment ; il tombe en défaut pour les fonctions continues par morceaux. Ainsi la fonction valant t sur [0,1[ et 0 en 1 est continue par morceaux sur [0,1], sa borne supérieure vaut 1, et cette valeur n'est jamais atteinte.

Continuité par morceaux sur un intervalle quelconque

Définition

Soit I un intervalle de R. Une fonction f:IR est dite continue par morceaux sur I lorsque sa restriction à tout segment inclus dans I est continue par morceaux.

Remarque

Pourquoi cette définition en apparence détournée ? Parce qu'un intervalle quelconque n'admet pas de subdivision finie : on ne peut pas demander « un nombre fini de morceaux » sur R tout entier. La bonne notion est locale au sens des segments : sur chaque segment, un nombre fini de morceaux, sans limitation globale.

Ainsi la partie entière tt est continue par morceaux sur R, avec une infinité de discontinuités, mais sa restriction à chaque segment n'en a qu'un nombre fini. De même, t1t est continue, donc continue par morceaux, sur l'intervalle ]0,+[.

Attention. Cette définition sert uniquement à décrire une classe de fonctions. Dans tout ce chapitre, on n'intègre que sur des segments : l'écriture abf(t)dt suppose toujours [a,b] inclus dans l'intervalle où f est définie et continue par morceaux. Intégrer sur ]0,1] ou sur [0,+[ est une question de seconde année, et rien de ce qui suit ne s'y applique.

Intégrale d'une fonction continue par morceaux sur un segment

L'approximation encadrante

Toute la construction repose sur le résultat suivant : une fonction continue par morceaux peut être coincée, d'aussi près qu'on veut, entre deux fonctions en escalier.

Propriété

Approximation encadrante. Soient f continue par morceaux sur [a,b] et ε>0. Il existe deux fonctions en escalier φ et ψ sur [a,b] telles que

φfψetψφεsur [a,b].

Démonstration dans le cas continu (non exigible). Supposons d'abord f continue sur [a,b]. D'après le théorème de Heine, f est uniformément continue : il existe δ>0 tel que

(u,v)[a,b]2,uvδ  f(u)f(v)ε.

Choisissons un entier n tel que banδ et considérons la subdivision régulière xk=a+kban, 0kn. Sur chaque segment [xk1,xk], la fonction f est continue, donc bornée et atteignant ses bornes : posons

mk=min[xk1,xk]fetMk=max[xk1,xk]f.

Définissons φ et ψ en escalier par φ=mk et ψ=Mk sur ]xk1,xk[, et φ(xk)=ψ(xk)=f(xk) aux points de la subdivision. Alors φfψ par construction. De plus, mk et Mk sont atteints en deux points uk,vk de [xk1,xk], distants d'au plus banδ, donc

Mkmk=f(vk)f(uk)ε,

ce qui donne ψφε sur [a,b].

Dans le cas général d'une fonction continue par morceaux, on applique ce qui précède à chacun des prolongements continus f~i sur les segments [ai1,ai] d'une subdivision adaptée, et l'on recolle les fonctions en escalier obtenues, en ajustant les valeurs aux points de la subdivision pour conserver l'encadrement.

La construction, admise

Propriété

Théorème et définition (admis). Soit f une fonction continue par morceaux sur [a,b]. Il existe un unique réel I vérifiant les deux conditions suivantes :

  1. pour toute fonction en escalier φf sur [a,b], abφ(t)dtI ;
  2. pour toute fonction en escalier ψf sur [a,b], Iabψ(t)dt.

Ce réel est appelé intégrale de f sur [a,b] et noté abf(t)dt. Lorsque f est en escalier, il coïncide avec l'intégrale définie précédemment.

Remarque

Ce qui est admis, et ce qui ne l'est pas. Seule l'existence de ce réel est admise (elle s'obtient en montrant que la borne supérieure des φ, pour φ en escalier sous f, convient). L'unicité, elle, se démontre en deux lignes à partir de l'approximation encadrante, et nous la démontrons ci-dessous : c'est ce même argument, sous le nom de « pincement », qui servira ensuite à établir la linéarité et la relation de Chasles.

Démonstration de l'unicité. Soient I et J deux réels vérifiant la propriété, et soit ε>0. L'approximation encadrante fournit φfψ en escalier avec ψφεba. Par croissance de l'intégrale des fonctions en escalier,

abψ(t)dtabφ(t)dt=ab(ψφ)(t)dtεba×(ba)=ε,

la première égalité venant de la linéarité et la majoration finale de la croissance, appliquée aux fonctions en escalier ψφ et εba. Or I et J appartiennent tous deux au segment [abφ,abψ], de longueur au plus ε ; donc IJε. Ceci valant pour tout ε>0, on conclut I=J.

Méthode

Le « lemme du pincement ». Retenons l'argument sous sa forme utile. Soient A et B deux réels. Si, pour tout ε>0, on sait construire deux fonctions en escalier φψ telles que

A[abφ,abψ],B[abφ,abψ],ab(ψφ)ε,

alors ABε pour tout ε>0, donc A=B. C'est la technique standard pour transférer aux fonctions continues par morceaux une propriété déjà connue des fonctions en escalier.

Conventions, notations, interprétation

Définition

On pose, pour toute fonction f continue par morceaux sur un intervalle contenant les points considérés :

aaf(t)dt=0etbaf(t)dt=abf(t)dt(a<b).

Avec ces conventions, l'écriture uvf(t)dt a un sens quels que soient u et v dans l'intervalle, sans supposer uv.

Remarque

Trois remarques de notation.

  • La variable d'intégration est muette : abf(t)dt=abf(x)dx=abf. On évitera cependant d'utiliser comme variable muette une lettre déjà employée pour une borne : l'écriture axf(x)dx est une faute.
  • Interprétation géométrique. Lorsque f0, le réel abf(t)dt est l'aire, en unités d'aire, de la partie du plan comprise entre l'axe des abscisses, la courbe de f, et les droites d'équations x=a et x=b. Dans le cas général, c'est une aire algébrique : les portions situées sous l'axe comptent négativement. Ainsi 11tdt=0, les deux triangles se compensant.
  • L'intégrale ne dépend pas des valeurs prises en un nombre fini de points, comme nous le vérifions ci-dessous.

Linéarité et relation de Chasles

Propriété

Linéarité. Soient f et g continues par morceaux sur [a,b] et λ,μR. Alors

ab(λf+μg)(t)dt=λabf(t)dt+μabg(t)dt.

Démonstration. Additivité. Soit ε>0. L'approximation encadrante appliquée à f et à g fournit des fonctions en escalier

φ1fψ1,φ2gψ2,ab(ψ1φ1)ε2,ab(ψ2φ2)ε2

(il suffit d'encadrer avec ψiφiε2(ba)). Les fonctions φ1+φ2 et ψ1+ψ2 sont en escalier et encadrent f+g. Par définition de l'intégrale,

ab(f+g)[ab(φ1+φ2), ab(ψ1+ψ2)].

Par ailleurs, abf[φ1,ψ1] et abg[φ2,ψ2], donc, en additionnant et en utilisant la linéarité pour les fonctions en escalier, la somme abf+abg appartient au même segment. Enfin

ab[(ψ1+ψ2)(φ1+φ2)]=ab(ψ1φ1)+ab(ψ2φ2)ε.

Le lemme du pincement donne l'égalité annoncée.

Homogénéité. Soit λ>0. Si φfψ avec (ψφ)ελ, alors λφλfλψ et (λψλφ)=λ(ψφ)ε. Les deux réels abλf et λabf appartiennent au segment [λφ,λψ], d'où l'égalité par pincement.

Pour λ=1 : de φfψ on tire ψfφ, et les réels ab(f) et abf appartiennent tous deux à [ψ,φ], segment de longueur ε : ils sont égaux. Le cas λ<0 s'obtient en composant les deux résultats, et le cas λ=0 est immédiat. La formule générale s'obtient en combinant additivité et homogénéité.

Remarque

Modifier une fonction en un nombre fini de points ne change pas son intégrale. Si f et g sont continues par morceaux sur [a,b] et ne diffèrent qu'en un nombre fini de points, alors gf est une fonction nulle sauf en un nombre fini de points : c'est une fonction en escalier dont toutes les valeurs constantes λi sont nulles, donc d'intégrale nulle. Par linéarité,

abg(t)dt=abf(t)dt+ab(gf)(t)dt=abf(t)dt.

C'est pourquoi les valeurs d'une fonction continue par morceaux aux points de discontinuité n'ont aucune importance.

Propriété

Relation de Chasles. Soient f continue par morceaux sur un intervalle I et u,v,w trois points de I. Alors

uwf(t)dt=uvf(t)dt+vwf(t)dt.

Démonstration. Cas u<v<w. Soit ε>0. Encadrons f sur [u,v] par des fonctions en escalier φ1fψ1 avec uv(ψ1φ1)ε2, et de même sur [v,w] par φ2fψ2 avec vw(ψ2φ2)ε2. En recollant, on obtient deux fonctions en escalier φ et ψ sur [u,w] (leur valeur en v étant ajustée à φ(v)f(v)ψ(v)) telles que φfψ, et, par la relation de Chasles pour les fonctions en escalier,

uwφ=uvφ1+vwφ2,uwψ=uvψ1+vwψ2,uw(ψφ)ε.

Le réel uwf appartient à [uwφ,uwψ] par définition. Le réel uvf+vwf aussi, puisque uvf[φ1,ψ1] et vwf[φ2,ψ2]. Le lemme du pincement conclut.

Cas général. Les conventions de signe permettent de s'y ramener. Par exemple si v<u<w, le cas précédent appliqué au triplet (v,u,w) donne vwf=vuf+uwf, d'où

uwf=vwfvuf=vwf+uvf,

qui est bien la relation annoncée. Les autres arrangements se traitent de la même façon, et les cas où deux des trois points sont égaux sont immédiats.

Méthode

Intégrer une fonction définie par morceaux. C'est l'usage le plus fréquent de Chasles : on découpe l'intégrale aux points de raccord, et sur chaque morceau la fonction est donnée par une seule formule. Par exemple

12tdt=10(t)dt+02tdt=[t22]10+[t22]02=12+2=52.

Ne jamais écrire 12tdt=[tt2]12 sans justification : c'est vrai ici, mais le réflexe correct est de découper.

Positivité, croissance, inégalité triangulaire

Dans toute cette sous-section, les bornes sont rangées dans l'ordre croissant : ab. C'est une hypothèse essentielle, et l'oubli le plus fréquent du chapitre.

Propriété

Soient f et g continues par morceaux sur [a,b], avec ab.

  1. Positivité. Si f0 sur [a,b], alors abf(t)dt0.
  2. Croissance. Si fg sur [a,b], alors abf(t)dtabg(t)dt.

Démonstration. Point 1. La fonction nulle est une fonction en escalier vérifiant 0f. La définition de l'intégrale impose alors ab0abf, c'est-à-dire 0abf.

Point 2. La fonction gf est continue par morceaux et positive sur [a,b], donc ab(gf)0 par le point 1 ; la linéarité donne abgabf0.

Remarque

Attention à l'ordre des bornes. La positivité est fausse si b<a : par exemple 10tdt=12<0 alors que tt est positive sur [0,1]. Avant toute majoration, vérifier que les bornes sont dans l'ordre croissant ; sinon, se ramener au bon ordre en changeant le signe.

Propriété

Inégalité triangulaire. Soit f continue par morceaux sur [a,b], avec ab. Alors f est continue par morceaux et

abf(t)dtabf(t)dt.

Démonstration. La fonction f est continue par morceaux d'après la stabilité par composition avec la valeur absolue. Pour tout t[a,b],

f(t)f(t)f(t).

Ces trois fonctions étant continues par morceaux, la croissance de l'intégrale donne

abf  abf  abf,

où l'on a utilisé la linéarité pour écrire ab(f)=abf. Un réel x vérifiant AxA vérifie xA : c'est la conclusion.

Remarque

La version sans hypothèse sur l'ordre des bornes. Pour u et v quelconques dans l'intervalle,

uvf(t)dtuvf(t)dt.

En effet, si uv c'est l'inégalité précédente ; si v<u, on écrit uvf=vufvuf=uvf. Cette forme, avec des valeurs absolues des deux côtés, est celle qu'il faut utiliser lorsqu'on ne sait pas comparer u et v — typiquement dans la démonstration du théorème fondamental.

Propriété

Inégalité de la moyenne, première forme. Soit f continue par morceaux sur [a,b] (ab), et soient m et M deux réels tels que mfM sur [a,b]. Alors

m(ba)  abf(t)dt  M(ba).

En particulier, abf(t)dt(ba)sup[a,b]f.

Démonstration. Les fonctions constantes tm et tM sont continues, donc continues par morceaux, d'intégrales respectives m(ba) et M(ba) (ce sont des fonctions en escalier). La croissance appliquée deux fois donne l'encadrement.

Pour la conséquence, posons M0=sup[a,b]f, qui existe car f est bornée. Alors fM0, et l'inégalité triangulaire suivie de la croissance donne

abfabfabM0=M0(ba).

Propriété

Inégalité de la moyenne, seconde forme. Soient f et g continues par morceaux sur [a,b] (ab). Alors

abf(t)g(t)dt  (sup[a,b]f)abg(t)dt.

Démonstration. Posons M0=sup[a,b]f. Pour tout t[a,b], f(t)g(t)M0g(t). Le produit fg étant continu par morceaux, l'inégalité triangulaire puis la croissance donnent

abfgabfgabM0g=M0abg.

Exemple

Une majoration typique. Majorons Jn=01tn1+t3dt pour nN. Sur [0,1], on a 1+t31, donc 011+t31, puis 0tn1+t3tn. Par croissance,

0Jn01tndt=1n+1n+0,

donc Jn0 par encadrement. Noter le schéma : on ne calcule rien, on encadre l'intégrande puis on intègre l'encadrement.

Valeur moyenne

Définition

Soit f continue par morceaux sur [a,b] avec a<b. On appelle valeur moyenne de f sur [a,b] le réel

μ=1baabf(t)dt.

Remarque

Comment la lire. Le rectangle de base [a,b] et de hauteur μ a exactement la même aire algébrique que la région située sous la courbe : μ est la hauteur à laquelle il faudrait « aplatir » la fonction pour conserver l'aire. C'est la version continue de la moyenne arithmétique 1nk=1nxk, et la section sur les sommes de Riemann rendra ce parallèle exact.

L'inégalité de la moyenne dit alors simplement : la valeur moyenne est comprise entre le minimum et le maximum de la fonction.

Propriété

Théorème de la moyenne. Si f est continue sur [a,b] (avec a<b), il existe c[a,b] tel que

abf(t)dt=(ba)f(c).

Démonstration. La fonction f est continue sur le segment [a,b] : d'après le théorème des bornes atteintes, elle y admet un minimum m=f(α) et un maximum M=f(β), atteints en deux points α,β[a,b]. L'inégalité de la moyenne donne

mμ=1baabf(t)dtM.

La fonction f est continue sur le segment d'extrémités α et β, et μ est compris entre f(α) et f(β) : le théorème des valeurs intermédiaires fournit un point c entre α et β, donc dans [a,b], tel que f(c)=μ.

Remarque

L'hypothèse de continuité est indispensable. Pour la fonction en escalier valant 0 sur [0,1[ et 1 sur [1,2], la valeur moyenne sur [0,2] vaut 12, qui n'est jamais prise par la fonction. C'est le théorème des valeurs intermédiaires, non l'intégrale, qui fait tout le travail.

Fonction continue positive d'intégrale nulle

Voici le théorème le plus utilisé de la section, et une démonstration à savoir refaire par cœur.

Propriété

Soit f une fonction continue et positive sur [a,b] (avec a<b). Si abf(t)dt=0, alors f est identiquement nulle sur [a,b].

Démonstration. Raisonnons par contraposée : supposons f continue, positive, et non identiquement nulle, et montrons que son intégrale est strictement positive.

Il existe donc x0[a,b] tel que f(x0)>0. Posons ε=f(x0)2>0. Par continuité de f en x0, il existe η>0 tel que

t[a,b],tx0η  f(t)f(x0)f(x0)2,

et donc, pour ces t,

f(t)f(x0)f(x0)2=f(x0)2>0.

L'ensemble [a,b][x0η,x0+η] contient un segment [α,β] avec α<β. En effet : si x0<b, on peut prendre α=x0 et β=min(b,x0+η)>x0 ; si x0=b, on prend β=b et α=max(a,bη)<b, ce qui est licite puisque a<b. Dans les deux cas, ff(x0)2 sur [α,β].

Découpons alors l'intégrale grâce à la relation de Chasles :

abf=aαf+αβf+βbf.

Les deux intégrales extrêmes sont positives ou nulles par positivité (leurs bornes sont dans l'ordre croissant et f0), tandis que l'inégalité de la moyenne donne

αβf(t)dtf(x0)2(βα)>0.

Par conséquent abf>0, ce qui achève la contraposée.

Remarque

Attention : l'hypothèse de continuité ne peut pas sauter. La fonction f définie sur [0,1] par f(12)=1 et f(t)=0 ailleurs est continue par morceaux (c'est même une fonction en escalier), positive, d'intégrale nulle, et pourtant non identiquement nulle. Le théorème est faux pour les fonctions continues par morceaux.

Ce que l'on peut dire dans ce cadre affaibli : si f est continue par morceaux, positive et d'intégrale nulle, alors f est nulle en tout point où elle est continue — c'est-à-dire partout sauf en un nombre fini de points.

Propriété

Trois corollaires. Soient f et g continues sur [a,b], avec a<b.

  1. Si abf(t)2dt=0, alors f=0.
  2. Si abf(t)dt=0, alors f=0.
  3. Si fg sur [a,b] et abf=abg, alors f=g.

Démonstration. Point 1. La fonction f2 est continue et positive, d'intégrale nulle : elle est donc identiquement nulle, et f(t)2=0 entraîne f(t)=0 pour tout t.

Point 2. Même argument avec f, qui est continue et positive.

Point 3. La fonction gf est continue, positive, et d'intégrale abgabf=0 par linéarité : elle est nulle, donc f=g.

Inégalité de Cauchy-Schwarz

Propriété

Inégalité de Cauchy-Schwarz. Soient f et g continues sur [a,b] (avec ab). Alors

(abf(t)g(t)dt)2  (abf(t)2dt)(abg(t)2dt).

Démonstration. Considérons, pour λR, le réel

P(λ)=ab(f(t)+λg(t))2dt.

La fonction intégrée est continue et positive, donc P(λ)0 pour tout λ. En développant le carré et en utilisant la linéarité,

P(λ)=(abg2)λ2+2(abfg)λ+abf2.

Premier cas : abg2=0. Comme g2 est continue et positive, le théorème précédent donne g=0 sur [a,b], donc fg=0 : l'inégalité annoncée s'écrit 00, elle est vraie.

Second cas : abg2>0. Alors P est une fonction polynomiale du second degré en λ, de coefficient dominant strictement positif, qui ne prend que des valeurs positives ou nulles. Un tel trinôme a un discriminant négatif ou nul :

Δ=4(abfg)24(abg2)(abf2)0,

ce qui est exactement l'inégalité voulue.

Remarque

Cas d'égalité et portée. Si abg2>0 et s'il y a égalité, alors Δ=0 : le trinôme P admet une racine double λ0, c'est-à-dire ab(f+λ0g)2=0. La fonction f+λ0g étant continue et positive une fois élevée au carré, elle est nulle : f=λ0g. Autrement dit, il y a égalité si et seulement si l'une des deux fonctions est un multiple constant de l'autre.

L'inégalité reste vraie pour des fonctions seulement continues par morceaux (la démonstration du second cas est inchangée), mais le cas d'égalité, lui, tombe.

Exemple

Une application. Pour f continue sur [a,b], prenons g=1 :

(abf(t)dt)2(ba)abf(t)2dt.

Ainsi, sur [0,1], toute fonction continue vérifie (01f)201f2 : la moyenne du carré domine le carré de la moyenne.

Intégrale d'une fonction à valeurs complexes

Définition

Une fonction f:[a,b]C est dite continue par morceaux lorsque Ref et Imf le sont. On pose alors

abf(t)dt=abRef(t)dt + iabImf(t)dt C.

Propriété

Soient f,g:[a,b]C continues par morceaux.

  1. Linéarité complexe : pour tous λ,μC, ab(λf+μg)=λabf+μabg.
  2. Parties réelle et imaginaire, conjugaison : Reabf=abRef, et abf=abf.
  3. Relation de Chasles : inchangée.
  4. Inégalité triangulaire : si ab, abf(t)dtabf(t)dt.

Démonstration. Points 1 à 3. Pour λ réel, tout découle de la linéarité réelle appliquée aux parties réelle et imaginaire. Le seul point à vérifier est l'homogénéité pour λ=i : en écrivant if=i(Ref+iImf)=Imf+iRef, on obtient

abif=abImf+iabRef=i(abRef+iabImf)=iabf.

Le cas général λ=α+iβ s'en déduit par combinaison. Les points 2 et 3 sont immédiats sur les parties réelle et imaginaire.

Point 4. Posons I=abf(t)dt. Si I=0, l'inégalité est évidente car le membre de droite est positif. Sinon, écrivons I=Ieiθ avec θR, et posons u=eiθ, nombre complexe de module 1. Par linéarité complexe,

I=uI=abuf(t)dt.

Ce nombre est réel (il vaut I), donc il est égal à sa partie réelle :

I=Reabuf(t)dt=abRe(uf(t))dt.

Or, pour tout complexe z, Re(z)z ; donc Re(uf(t))uf(t)=f(t), la fonction tf(t) étant continue par morceaux à valeurs réelles. La croissance de l'intégrale réelle donne enfin

Iabf(t)dt.

Remarque

Ce qui disparaît dans le cas complexe. Il n'y a pas d'ordre sur C : les énoncés de positivité, de croissance et l'inégalité de la moyenne première forme n'ont plus de sens. Seules subsistent la linéarité, Chasles, et les majorations en module. Le théorème « fonction continue positive d'intégrale nulle » n'a pas non plus de version complexe directe ; en revanche, si f est continue à valeurs complexes et abf2=0, alors f=0, puisque f2 est continue, positive et à valeurs réelles.

Exemple

Deux calculs. L'exponentielle complexe s'intègre comme l'exponentielle réelle, ce que nous justifierons dans la section sur les primitives : pour λC, la fonction t1λeλt a pour dérivée teλt. Ainsi

02πeitdt=[eiti]02π=11i=0,

ce qui se retrouve directement en séparant : 02πcostdt=0 et 02πsintdt=0.

Le passage par les complexes est souvent le chemin le plus court. Par exemple

0πetcostdt=Re0πe(1+i)tdt=Re[e(1+i)t1+i]0π=Re(eπ11+i)=eπ+12,

en utilisant e(1+i)π=eπeiπ=eπ et 11+i=1i2.

Sommes de Riemann

Le théorème

Découpons [a,b] en n morceaux égaux et remplaçons, sur chaque morceau, la fonction par sa valeur à l'extrémité gauche : l'aire sous la courbe est approchée par une somme de rectangles. Le théorème dit que l'approximation devient exacte à la limite.

Propriété

Sommes de Riemann. Soit f une fonction continue sur [a,b] (avec a<b). Posons, pour n1,

Sn(f)=bank=0n1f(a+kban)etTn(f)=bank=1nf(a+kban).

Alors

Sn(f)n+abf(t)dtetTn(f)n+abf(t)dt.

Démonstration. Notons xk=a+kban pour 0kn : c'est la subdivision régulière d'ordre n, de pas ban.

Soit ε>0. La fonction f est continue sur le segment [a,b], donc uniformément continue d'après le théorème de Heine : il existe δ>0 tel que

(u,v)[a,b]2,uvδ  f(u)f(v)ε.

Soit n0 un entier tel que ban0δ, et soit nn0.

La relation de Chasles, appliquée de proche en proche, donne

abf(t)dt=k=0n1xkxk+1f(t)dt.

D'autre part, chaque terme de Sn(f) s'écrit comme une intégrale de fonction constante :

banf(xk)=xkxk+1f(xk)dt.

En soustrayant et en utilisant la linéarité puis l'inégalité triangulaire,

abf(t)dtSn(f)=k=0n1xkxk+1(f(t)f(xk))dtk=0n1xkxk+1f(t)f(xk)dt.

Or, pour t[xk,xk+1], on a txkbanδ, donc f(t)f(xk)ε. Par croissance de l'intégrale, chaque terme de la somme est majoré par ε(xk+1xk)=εban, d'où

abf(t)dtSn(f)n×εban=ε(ba).

Le réel ε>0 étant arbitraire, cela prouve Sn(f)abf.

Pour Tn(f), il suffit d'observer que

Tn(f)Sn(f)=ban(f(b)f(a))n+0,

puisque les deux sommes ne diffèrent que par leur premier et leur dernier terme. Donc Tn(f) a la même limite que Sn(f).

Remarque

Trois précisions.

  • Le théorème reste vrai pour une fonction seulement continue par morceaux sur [a,b] ; nous l'admettons et nous ne l'utiliserons pas.
  • La seule version au programme, et donc la seule à utiliser en devoir, est celle ci-dessus : subdivision régulière, points d'évaluation à gauche ou à droite.
  • Le théorème est un résultat de convergence, pas une méthode de calcul d'intégrale : en pratique, on l'utilise dans l'autre sens, pour calculer la limite d'une suite définie par une somme.

Reconnaître une somme de Riemann

Méthode

La forme à repérer. Le cas le plus fréquent est [a,b]=[0,1], où le théorème s'écrit

1nk=0n1f(kn)n+01f(t)dt,et de meˆme avec k=1n.

Devant une somme un=k, procéder ainsi.

  1. Faire apparaître le facteur 1n en facteur devant la somme (ou ban).
  2. Écrire chaque terme comme une fonction de kn seulement : toute autre dépendance en n interdit la méthode.
  3. Identifier f, vérifier qu'elle est continue sur [0,1], et conclure un01f.
  4. Si la somme est un produit ou une puissance, passer d'abord au logarithme.

Exemple

Premier calcul. Étudions un=k=1nnn2+k2. Mettons n2 en facteur au dénominateur :

un=k=1nnn2(1+(kn)2)=1nk=1n11+(kn)2.

C'est la somme de Riemann de la fonction f:t11+t2, continue sur [0,1], avec les points à droite. Donc

unn+01dt1+t2=[Arctant]01=π4.

Exemple

Deuxième calcul, avec un produit. Étudions vn=(k=1n(1+kn))1/n. Tous les facteurs étant strictement positifs, passons au logarithme :

lnvn=1nk=1nln(1+kn).

C'est la somme de Riemann de tln(1+t), continue sur [0,1]. Une intégration par parties (voir plus loin) donne

01ln(1+t)dt=[(1+t)ln(1+t)t]01=2ln21.

Donc lnvn2ln21, puis, par continuité de l'exponentielle,

vnn+e2ln21=4e.

Exemple

Troisième calcul, en une ligne. wn=1nk=0n1sin(kπn)=1nk=0n1f(kn) avec f(t)=sin(πt), continue sur [0,1]. Donc

wnn+01sin(πt)dt=[cos(πt)π]01=2π.

Remarque

Le piège classique. La somme k=1n1n+k2 n'est pas une somme de Riemann : après mise en facteur de 1n, le terme général vaut 11+k2/n, qui dépend de k et de n autrement que par le quotient kn. Devant une telle somme, on revient à un encadrement direct.

Le cas d'une fonction monotone : contrôle de l'erreur

Le théorème de Riemann donne une limite, sans vitesse. Pour une fonction monotone, on obtient en prime un encadrement explicite, très utile en exercice.

Propriété

Soit f croissante et continue par morceaux sur [a,b], et soit xk=a+kban pour 0kn. Alors

bank=0n1f(xk)  abf(t)dt  bank=1nf(xk),

et par conséquent

abf(t)dtbank=0n1f(xk)  (ba)(f(b)f(a))n.

Les inégalités sont renversées si f est décroissante.

Démonstration. Sur chaque segment [xk,xk+1], la croissance de f donne f(xk)f(t)f(xk+1) pour tout t. En intégrant cet encadrement sur [xk,xk+1], dont la longueur vaut ban :

banf(xk)  xkxk+1f(t)dt  banf(xk+1).

En sommant pour k variant de 0 à n1 et en utilisant la relation de Chasles, on obtient l'encadrement annoncé.

Pour la majoration de l'erreur, la différence entre les deux membres extrêmes vaut

bank=1nf(xk)bank=0n1f(xk)=ban(f(xn)f(x0))=(ba)(f(b)f(a))n.

L'intégrale et la somme de gauche appartenant toutes deux à cet intervalle, leur écart est majoré par sa longueur.

Remarque

Deux commentaires. D'abord, la démonstration n'utilise que la monotonie : la continuité de f n'intervient nulle part. L'hypothèse « continue par morceaux » ne sert qu'à garantir que l'intégrale existe, et elle ne peut pas être supprimée — une fonction monotone sur un segment peut avoir une infinité de points de discontinuité, par exemple une fonction qui saute en chaque point 1n. En pratique, les fonctions rencontrées sont continues, et l'hypothèse est automatiquement vérifiée.

Ensuite, l'intérêt de l'énoncé est la vitesse : l'erreur commise en remplaçant l'intégrale par la somme de Riemann est en 1n, avec une constante explicite. Le théorème de Riemann, lui, ne donnait qu'une convergence. C'est cette idée d'encadrement que nous exploiterons systématiquement dans la méthode de comparaison somme-intégrale, en fin de chapitre.

Lien entre intégrale et primitive

Le théorème fondamental

Définition

Soient I un intervalle et f:IR. On appelle primitive de f sur I toute fonction F:IR dérivable sur I telle que F=f.

Propriété

Si F est une primitive de f sur l'intervalle I, alors l'ensemble des primitives de f sur I est exactement {F+c, cR}.

Démonstration. Toute fonction F+c est dérivable de dérivée f. Réciproquement, si G est une primitive de f, alors (GF)=ff=0 sur l'intervalle I, donc GF est constante (conséquence de l'égalité des accroissements finis).

Propriété

Théorème fondamental de l'analyse. Soient I un intervalle, f:IR une fonction continue et aI. Alors la fonction

F:xaxf(t)dt

est de classe C1 sur I, et F=f. C'est l'unique primitive de f sur I qui s'annule en a.

Démonstration. La fonction F est bien définie : pour tout xI, le segment d'extrémités a et x est inclus dans l'intervalle I, et f y est continue donc continue par morceaux.

Fixons x0I et montrons que F est dérivable en x0 de nombre dérivé f(x0). Soit ε>0. La continuité de f en x0 fournit η>0 tel que

tI,tx0η  f(t)f(x0)ε.

Soit xI avec 0<xx0η. La relation de Chasles (valable quel que soit l'ordre des points) donne

F(x)F(x0)=axfax0f=x0xf(t)dt.

Par ailleurs x0xf(x0)dt=(xx0)f(x0), puisque l'intégrande est constant. Donc

F(x)F(x0)(xx0)f(x0)=x0x(f(t)f(x0))dt.

Tout t situé entre x0 et x vérifie tx0xx0η, donc f(t)f(x0)ε. L'inégalité triangulaire sous sa forme valable pour des bornes non ordonnées donne alors

F(x)F(x0)(xx0)f(x0)x0xf(t)f(x0)dtεxx0.

En divisant par xx0>0 :

F(x)F(x0)xx0f(x0)εdeˋs que 0<xx0η.

C'est exactement la définition de limxx0F(x)F(x0)xx0=f(x0). Donc F est dérivable en x0, de dérivée f(x0).

Le point x0 étant quelconque dans I, F est dérivable sur I de dérivée F=f ; comme f est continue, F est de classe C1. Enfin F(a)=aaf=0, et l'unicité vient de ce que deux primitives diffèrent d'une constante, nulle ici puisqu'elles s'annulent toutes deux en a.

Le cas des fonctions continues par morceaux

Propriété

Soient f continue par morceaux sur un intervalle I, aI, et F:xaxf(t)dt.

  1. F est continue sur I ; elle est même lipschitzienne sur tout segment inclus dans I.
  2. F est dérivable en tout point x0f est continue, et alors F(x0)=f(x0).

Démonstration. Point 1. Soit [α,β] un segment inclus dans I contenant a, et M=sup[α,β]f, qui existe puisque f est bornée sur ce segment. Pour x,y[α,β], Chasles donne F(x)F(y)=yxf, puis

F(x)F(y)=yxf(t)dtyxf(t)dtMxy.

Ainsi F est M-lipschitzienne sur [α,β], donc continue. Tout point de I appartenant à un tel segment, F est continue sur I.

Point 2. La démonstration du théorème fondamental n'utilise la continuité de f qu'au point x0 : elle s'applique telle quelle.

Remarque

Ce que F n'est pas. En un point de discontinuité x0 de f, la fonction F n'est pas dérivable : elle y présente une dérivée à gauche et une dérivée à droite, égales aux limites à gauche et à droite de f en x0, qui diffèrent. Le graphe de F y a un point anguleux.

Une fonction continue par morceaux n'a en général pas de primitive. Prenons sur [1,1] la fonction f valant 0 sur [1,0[ et 1 sur [0,1], et supposons qu'elle admette une primitive G sur [1,1]. Sur [1,0[, G=0 donc G est constante, égale à un réel c ; sur [0,1], G=1 donc G(x)=x+d. La dérivabilité de G en 0 impose sa continuité en 0, d'où d=c. Mais alors le taux d'accroissement de G en 0 vaut 0 à gauche et 1 à droite : G n'est pas dérivable en 0, contradiction. Retenez la distinction : une fonction continue par morceaux s'intègre toujours, mais elle ne se primitive pas toujours.

Existence de primitives et calcul des intégrales

Propriété

Corollaires du théorème fondamental. Soit f continue sur un intervalle I.

  1. f admet des primitives sur I.
  2. Si F est une primitive de f sur I, alors pour tous u,vI,
uvf(t)dt=F(v)F(u)=[F(t)]uv.

Démonstration. Point 1. La fonction xaxf en est une, pour n'importe quel aI.

Point 2. Notons Fa:xaxf, primitive de f. Toute primitive F s'écrit F=Fa+c avec c constante, donc

F(v)F(u)=Fa(v)Fa(u)=avfauf=uvf,

la dernière égalité étant la relation de Chasles.

Remarque

La recette du lycée est maintenant démontrée — et l'on voit exactement ce qu'elle suppose : f continue sur un intervalle contenant les deux bornes. L'oubli le plus coûteux est celui de l'intervalle. Écrire

11dtt2=[1t]11=11=2

est absurde (l'intégrande est positif) : la fonction t1t2 n'est pas définie en 0, il n'y a pas d'intervalle contenant 1 et 1 sur lequel elle soit continue, et l'intégrale n'a tout simplement aucun sens dans ce chapitre.

Le tableau suivant rassemble les primitives usuelles, sur tout intervalle où les fonctions considérées sont définies et continues. Elles sont supposées connues depuis le chapitre sur les équations différentielles ; on les écrit ici sans la constante additive.

a. tα (α1) : tα+1α+1

b. 1t : lnt

c. eαt (α0) : eαtα

d. sint : cost

e. cost : sint

f. tant : lncost

g. 11+t2 : Arctant

h. 11t2 : Arcsint

i. 1+tan2t=1cos2t : tant

j. sht : cht

k. cht : sht

l. lnt : tlntt

m. uun (nN) : un+1n+1

n. uu : lnu

o. ueu : eu

p. uu : 2u

Dériver une fonction définie par une intégrale

Méthode

Dériver xu(x)v(x)f(t)dt. Soient f continue sur un intervalle I, et u,v deux fonctions dérivables sur un intervalle J, à valeurs dans I. Alors la fonction

G:xu(x)v(x)f(t)dt

est dérivable sur J et

G(x)=v(x)f(v(x))u(x)f(u(x)).

Rédaction en trois temps : (1) introduire une primitive F de f sur I, dont l'existence est garantie par le théorème fondamental ; (2) écrire G=FvFu ; (3) dériver la composée. Ne jamais dériver « sous l'intégrale » : ici, la variable x n'est que dans les bornes.

Démonstration. La fonction f étant continue sur l'intervalle I, elle y admet une primitive F, de classe C1. Pour tout xJ, les points u(x) et v(x) appartiennent à I, donc

G(x)=u(x)v(x)f(t)dt=F(v(x))F(u(x)).

Les fonctions u et v sont dérivables sur J et F est dérivable sur I : par dérivation d'une composée, G est dérivable et G=v×(Fv)u×(Fu)=v(fv)u(fu).

Exemple

Deux dérivations.

Un cas où l'on ne sait pas calculer l'intégrale. Soit H(x)=0x2et2dt, définie sur R. La fonction tet2 est continue sur R et xx2 est dérivable ; donc H est dérivable et

H(x)=2xex4.

Aucune primitive de et2 n'est exprimable à l'aide des fonctions usuelles, et pourtant nous savons dériver H, en déduire ses variations (H décroît sur R, croît sur R+) et son minimum H(0)=0.

Deux bornes variables. Soit G(x)=x2xdtlnt, définie pour x>1 (le segment [x,2x] est alors inclus dans ]1,+[, où t1lnt est continue). Alors

G(x)=2×1ln(2x)1×1lnx=2ln(2x)1lnx.

Intégration par parties

Propriété

Intégration par parties. Soient u et v deux fonctions de classe C1 sur un intervalle I, et a,bI. Alors

abu(t)v(t)dt=[u(t)v(t)]ababu(t)v(t)dt.

Démonstration. Le produit uv est de classe C1 sur I, de dérivée (uv)=uv+uv, laquelle est continue sur I comme somme de produits de fonctions continues. La fonction uv est donc une primitive de uv+uv, et le corollaire du théorème fondamental donne

ab(u(t)v(t)+u(t)v(t))dt=[u(t)v(t)]ab.

Les fonctions uv et uv étant continues, la linéarité de l'intégrale permet de séparer les deux termes du membre de gauche, puis de faire passer abuv à droite.

Méthode

Choisir u et v. On cherche à ce que l'intégrale restante soit plus simple que celle de départ. Deux critères, dans cet ordre.

  1. Dériver ce qui se simplifie en dérivant : ln, Arctan, Arcsin, et les polynômes (dont le degré baisse). Ces fonctions jouent le rôle de v.
  2. Intégrer ce qui s'intègre facilement : eαt, sin, cos, tn. Ces fonctions jouent le rôle de u.

Deux cas particuliers à connaître : pour lntdt ou Arctantdt, prendre u(t)=1, ce qui semble ne rien faire mais transforme tout ; et pour etcostdt, deux intégrations par parties successives ramènent à l'intégrale de départ, que l'on isole comme une inconnue d'équation.

Enfin, vérifier systématiquement l'hypothèse : u et v de classe C1 sur un intervalle contenant [a,b].

Exemple

Trois intégrations par parties.

Le logarithme. Sur [1,e], posons u(t)=1 et v(t)=lnt, de classe C1 sur ]0,+[. Alors u(t)=t, v(t)=1t et

1elntdt=[tlnt]1e1et×1tdt=e[t]1e=e(e1)=1.

L'arctangente. Avec u(t)=1 et v(t)=Arctant :

01Arctantdt=[tArctant]0101t1+t2dt=π4[12ln(1+t2)]01=π4ln22.

Deux parties de suite. Calculons A=0πetsintdt. Avec u(t)=et et v(t)=sint :

A=[etsint]0π0πetcostdt=0B,ouˋ B=0πetcostdt.

Une seconde intégration par parties, avec u(t)=et et v(t)=cost, donne

B=[etcost]0π+0πetsintdt=(eπ1)+A.

En reportant, A=B=eπ+1A, d'où 2A=eπ+1 et

A=eπ+12.

Au passage, on retrouve B=A=eπ+12, conforme au calcul par les complexes fait plus haut.

Changement de variable

Propriété

Changement de variable. Soient J un intervalle, φ:JR une fonction de classe C1, I un intervalle contenant φ(J), et f:IR une fonction continue. Alors, pour tous α,βJ,

φ(α)φ(β)f(x)dx=αβf(φ(t))φ(t)dt.

Démonstration. La fonction f étant continue sur l'intervalle I, elle y admet une primitive F, de classe C1 avec F=f. La composée Fφ est alors de classe C1 sur J, de dérivée

(Fφ)(t)=φ(t)F(φ(t))=f(φ(t))φ(t),

qui est continue sur J. La fonction Fφ est donc une primitive de tf(φ(t))φ(t), d'où

αβf(φ(t))φ(t)dt=F(φ(β))F(φ(α))=φ(α)φ(β)f(x)dx.

Méthode

Les deux sens d'utilisation.

Sens direct (on reconnaît φ dans l'intégrande). L'intégrale à calculer est de la forme αβf(φ(t))φ(t)dt. On pose x=φ(t), on remplace φ(t)dt par dx, et l'on change les bornes en φ(α) et φ(β). Aucune hypothèse de monotonie n'est requise.

Sens inverse (on impose un changement). L'intégrale abf(x)dx résiste ; on décide de poser x=φ(t) pour simplifier. Il faut alors choisir φ de classe C1 et bijective de [α,β] sur [a,b] (donc strictement monotone), afin de pouvoir écrire α=φ1(a) et β=φ1(b).

Rédaction, toujours la même. Annoncer le changement, vérifier la classe C1 et, dans le sens inverse, la bijectivité ; écrire dx=φ(t)dt ; changer les bornes (l'erreur la plus fréquente est de les oublier).

Exemple

Sens direct. Calculons 012t1+t2dt. Posons x=φ(t)=1+t2, de classe C1 sur [0,1], avec dx=2tdt. La fonction x1x est continue sur ]0,+[, qui contient φ([0,1])=[1,2]. Donc

012t1+t2dt=12dxx=[lnx]12=ln2.

On pouvait aussi reconnaître directement la forme uu.

Exemple

Sens inverse, avec une fonction trigonométrique. Calculons 011x2dx. Posons x=φ(t)=sint : la fonction φ est de classe C1 et réalise une bijection de [0,π2] sur [0,1], avec dx=costdt. Sur [0,π2], on a cost0, donc

1sin2t=cos2t=cost=cost

— cette vérification du signe est le point délicat, et elle est exigée. Il vient

011x2dx=0π/2cos2tdt=0π/21+cos(2t)2dt=[t2+sin(2t)4]0π/2=π4.

Le résultat était prévisible : c'est l'aire d'un quart de disque de rayon 1.

Symétries et périodicité

Propriété

Soit f continue par morceaux sur un intervalle contenant les bornes utilisées, et soit a>0.

  1. Si f est paire : aaf(t)dt=20af(t)dt.
  2. Si f est impaire : aaf(t)dt=0.
  3. Si f est continue sur R et T-périodique (T>0), alors cc+Tf(t)dt ne dépend pas de cR.

Démonstration. Points 1 et 2. La relation de Chasles donne aaf=a0f+0af. Dans la première intégrale, effectuons le changement de variable t=φ(x)=x, de classe C1, avec dt=dx, φ(a)=a et φ(0)=0 :

a0f(t)dt=a0f(x)(dx)=0af(x)dx.

Si f est paire, f(x)=f(x) et l'on obtient a0f=0af, d'où le point 1 ; si f est impaire, f(x)=f(x) et a0f=0af, d'où le point 2. (Le changement de variable est énoncé pour f continue ; pour f continue par morceaux, on l'applique sur chaque morceau.)

Point 3. Posons g(c)=cc+Tf(t)dt pour cR. La fonction f étant continue sur R, la méthode de dérivation d'une intégrale à bornes variables s'applique :

g(c)=1×f(c+T)1×f(c)=0

par T-périodicité. Donc g est constante sur l'intervalle R.

Exemple

Un usage immédiat. 11t3et2dt=0, car l'intégrande est impair (produit d'une fonction impaire par une fonction paire) et l'intervalle est symétrique. Aucune primitive n'est nécessaire. Avant tout calcul, regarder la parité : c'est gratuit.

Le cas des fonctions à valeurs complexes

Remarque

Tout se transpose. Pour une fonction f:IC continue, on appelle primitive de f toute fonction F:IC dérivable telle que F=f (la dérivabilité d'une fonction à valeurs complexes se définit par celle de ses parties réelle et imaginaire). En appliquant le théorème fondamental à Ref et à Imf :

  • f admet des primitives sur I, et xaxf en est une ;
  • abf=F(b)F(a) pour toute primitive F ;
  • l'intégration par parties et le changement de variable restent valables (le changement de variable portant sur une fonction φ à valeurs réelles).

Le cas le plus utile est celui de l'exponentielle complexe : pour λC, la fonction teλtλ est une primitive sur R de teλt, ce qui se vérifie en dérivant. C'est ce qui rend les calculs de eαtcos(βt)dt presque immédiats, comme on l'a vu.

Formules de Taylor globales

La formule de Taylor-Young, vue au chapitre d'analyse asymptotique, approche f au voisinage d'un point par un polynôme, avec un reste de la forme o((xa)n). C'est une information locale : elle ne dit rien pour un x fixé, si loin de a soit-il. Les deux formules de cette section donnent au contraire le reste exactement (formule avec reste intégral), puis une majoration chiffrée valable sur tout un intervalle (inégalité de Taylor-Lagrange).

Formule de Taylor avec reste intégral

Propriété

Formule de Taylor avec reste intégral. Soient I un intervalle, nN et f:IR une fonction de classe Cn+1 sur I. Alors, pour tous a,xI,

f(x)=k=0nf(k)(a)k!(xa)k + ax(xt)nn!f(n+1)(t)dt.

Démonstration. Raisonnons par récurrence sur n. Pour nN, notons P(n) l'assertion : « pour toute fonction g de classe Cn+1 sur un intervalle I et tous a,xI, on a g(x)=k=0ng(k)(a)k!(xa)k+ax(xt)nn!g(n+1)(t)dt ».

Initialisation (n=0). Soit g de classe C1 sur I. La fonction g est continue, donc g en est une primitive et le corollaire du théorème fondamental donne

axg(t)dt=g(x)g(a),c’est-aˋ-direg(x)=g(a)+ax(xt)00!g(t)dt.

L'assertion P(0) est vraie.

Hérédité. Supposons P(n) vraie et soit f de classe Cn+2 sur I. Elle est en particulier de classe Cn+1, donc P(n) s'applique :

f(x)=k=0nf(k)(a)k!(xa)k+ax(xt)nn!f(n+1)(t)dt.

Intégrons par parties la dernière intégrale, la variable étant t et le réel x étant fixé. Posons

u(t)=(xt)n+1(n+1)!,v(t)=f(n+1)(t),

de sorte que u(t)=(xt)nn! (dériver en t fait apparaître un facteur (n+1) qui compense le signe) et v(t)=f(n+2)(t). La fonction u est polynomiale en t, donc de classe C1 ; la fonction v est de classe C1 puisque f est de classe Cn+2. L'intégration par parties s'applique :

ax(xt)nn!f(n+1)(t)dt=[(xt)n+1(n+1)!f(n+1)(t)]ax+ax(xt)n+1(n+1)!f(n+2)(t)dt.

Le crochet vaut

(xx)n+1(n+1)!= 0f(n+1)(x)+(xa)n+1(n+1)!f(n+1)(a)=f(n+1)(a)(n+1)!(xa)n+1.

En reportant dans l'expression de f(x), le terme obtenu vient compléter la somme :

f(x)=k=0n+1f(k)(a)k!(xa)k+ax(xt)n+1(n+1)!f(n+2)(t)dt,

ce qui est exactement P(n+1). La récurrence est achevée.

Remarque

Quatre observations.

  • La formule est une égalité exacte, valable pour tout xI, aussi éloigné de a que l'on veut : rien n'y est asymptotique. C'est ce que signifie l'adjectif « globale ».
  • Elle est valable que x soit plus grand ou plus petit que a : les conventions sur les bornes s'en chargent, et la démonstration ne suppose à aucun moment a<x.
  • L'hypothèse est Cn+1, une dérivée de plus que pour Taylor-Young, et elle est nécessaire : l'intégrande contient f(n+1), qui doit être continue pour être intégrée.
  • La formule vaut telle quelle pour les fonctions à valeurs complexes : la démonstration n'utilise que la linéarité, l'intégration par parties et le théorème fondamental, tous valables dans ce cadre.

Inégalité de Taylor-Lagrange

Propriété

Inégalité de Taylor-Lagrange. Soient I un intervalle, nN, f:IR de classe Cn+1 sur I, et a,xI. Notons Mn+1 un majorant de f(n+1) sur le segment d'extrémités a et x. Alors

f(x)k=0nf(k)(a)k!(xa)k  Mn+1xan+1(n+1)!.

Démonstration. Un tel majorant existe : f(n+1) est continue sur le segment d'extrémités a et x, donc bornée, et l'on peut prendre Mn+1=sup{f(n+1)(t), t entre a et x}. D'après la formule de Taylor avec reste intégral, la quantité à majorer est le module du reste

Rn=ax(xt)nn!f(n+1)(t)dt.

Cas ax. Les bornes sont dans l'ordre croissant. Pour t[a,x], on a xt0, donc (xt)nn!f(n+1)(t)Mn+1(xt)nn!. L'inégalité triangulaire puis la croissance donnent

RnMn+1ax(xt)nn!dt=Mn+1[(xt)n+1(n+1)!]ax=Mn+1(xa)n+1(n+1)!,

ce qui est le résultat puisque xa=xa.

Cas x<a. Cette fois, retournons les bornes : Rn=xa(xt)nn!f(n+1)(t)dt, et les bornes x<a sont dans l'ordre croissant. Pour t[x,a], on a xt0, donc (xt)n=(tx)n et

RnMn+1xa(tx)nn!dt=Mn+1[(tx)n+1(n+1)!]xa=Mn+1(ax)n+1(n+1)!=Mn+1xan+1(n+1)!.

Remarque

Attention : l'égalité de Taylor-Lagrange est HORS PROGRAMME en MPSI.

On rencontre parfois l'énoncé suivant : « pour f de classe Cn+1, il existe un réel c strictement compris entre a et x tel que

f(x)=k=0nf(k)(a)k!(xa)k+f(n+1)(c)(n+1)!(xa)n+1 ».

Cet énoncé, appelé égalité de Taylor-Lagrange, ne figure pas au programme de MPSI : il ne doit être ni utilisé, ni invoqué dans une copie. Le seul cas autorisé est celui de n=0, où il se réduit à l'égalité des accroissements finis, elle bien au programme.

Deux raisons de s'en méfier, au-delà de l'argument réglementaire. D'abord, le réel c est inconnu : la formule ne devient exploitable qu'après majoration de f(n+1)(c), c'est-à-dire… en revenant à l'inégalité de Taylor-Lagrange. Ensuite, elle est fausse pour les fonctions à valeurs complexes, alors que le reste intégral et l'inégalité restent, eux, parfaitement valables.

En MPSI, on ne dispose donc que de deux outils globaux : le reste intégral (égalité exacte) et l'inégalité de Taylor-Lagrange (majoration). Ils suffisent à tout.

Trois formules de Taylor, trois usages

Formule Hypothèse et portée Ce qu'elle donne, et quand l'employer
Taylor-Young f de classe Cn ; énoncé local, quand xa Reste o((xa)n) : limites, développements limités, position d'une courbe
Taylor avec reste intégral f de classe Cn+1 ; énoncé global Reste exact sous forme d'intégrale : égalités, études de suites, point de départ des majorations
Inégalité de Taylor-Lagrange f de classe Cn+1 ; énoncé global Majoration chiffrée Mn+1xan+1(n+1)! : erreur d'approximation, valeurs approchées, inégalités

Remarque

Comment choisir. La question à se poser est : « ai-je besoin d'une information quand x tend vers a, ou pour un x donné ? » Dans le premier cas, Taylor-Young suffit et coûte une hypothèse de moins. Dans le second, il faut une formule globale, et l'on prend l'inégalité si une majoration suffit, le reste intégral si l'on veut travailler sur le reste lui-même (le calculer, l'intégrer par parties, en chercher un équivalent).

Applications

Exemple

Approximation de l'exponentielle. Soit xR. La fonction exp est de classe C sur R et exp(k)=exp pour tout k. Sur le segment d'extrémités 0 et x, l'exponentielle est majorée par ex (elle est croissante et tx sur ce segment). L'inégalité de Taylor-Lagrange, appliquée en a=0, donne donc pour tout n :

exk=0nxkk!  exxn+1(n+1)!.

À x fixé, le majorant tend vers 0 quand n+, par croissances comparées (xn+1=o((n+1)!)). Autrement dit, la suite des sommes (k=0nxkk!)nN converge vers ex, et l'inégalité fournit en prime la vitesse.

Application numérique. Prenons x=1 et cherchons combien de termes garantissent une erreur inférieure à 103. Comme e3, la majoration s'écrit

ek=0n1k!3(n+1)!.

Or 7!=50403000, donc n=6 convient. On calcule

k=061k!=1+1+12+16+124+1120+1720=19577202,7181,

valeur approchée de e2,7183 à moins de 103 près. Aucune formule locale ne permet d'écrire une telle phrase : c'est précisément l'apport des formules globales.

Exemple

L'inégalité sinxxx36. Appliquons l'inégalité de Taylor-Lagrange à f=sin en a=0, à l'ordre n=2. La fonction est de classe C3 sur R, avec

f(0)=0,f(0)=cos0=1,f(0)=sin0=0,f(3)(t)=cost.

La partie polynomiale vaut donc 0+1×x+0=x, et f(3)=cos1 sur R, ce qui autorise M3=1. L'inégalité donne

sinxx  1×x33!=x36pour tout xR.

En particulier, pour x0 : xx36sinxx. Cette double inégalité, valable sur R+ tout entier, est l'un des encadrements les plus utilisés de l'analyse.

Le même calcul à l'ordre 3 pour le cosinus (avec f(4)=cos1) donne

cosx(1x22)x424.

Remarque

Le contraste avec Taylor-Young. Taylor-Young écrit sinx=x+o(x2) : c'est vrai, mais cela ne permet pas d'affirmer que sin(0,1)0,12×104, car un o ne se chiffre pas. L'inégalité de Taylor-Lagrange, elle, le permet : (0,1)361,7×104. Quand un énoncé demande une valeur approchée avec une précision garantie, c'est toujours une formule globale qu'il faut employer.

Méthodes du chapitre

Les exercices d'intégration de première année se ramènent à trois grandes questions : comparer une somme à une intégrale, étudier une suite définie par une intégrale, calculer une intégrale. Voici les trois algorithmes, chacun suivi d'un exemple entièrement traité.

Comparaison somme-intégrale

Méthode

Comparer une somme à une intégrale. À utiliser dès qu'apparaît une somme kf(k) dont le terme général est monotone en k.

  1. Vérifier que f est monotone (et continue par morceaux) sur l'intervalle concerné.
  2. Écrire l'encadrement de base : pour f décroissante et k entier,
f(k+1)  kk+1f(t)dt  f(k),

obtenu en intégrant f(k+1)f(t)f(k) sur [k,k+1], segment de longueur 1. Les inégalités sont renversées si f est croissante. 3. Sommer l'encadrement pour k variant entre les bornes voulues, en utilisant Chasles à droite. 4. Conclure : équivalent (par encadrement puis division par le terme principal), limite, ou convergence d'une suite auxiliaire.

Sous forme sommée, l'étape 3 donne, pour f décroissante sur [p,q] avec p<q entiers :

k=p+1qf(k)  pqf(t)dt  k=pq1f(k).

Exemple traité : la somme harmonique. Posons Hn=k=1n1k pour n1, et cherchons son comportement quand n+.

La fonction f:t1t est continue et décroissante sur ]0,+[. L'encadrement sommé sur [1,n] (pour n2) donne

k=2n1k  1ndtt  k=1n11k,

c'est-à-dire, puisque 1ndtt=lnn,

Hn1  lnn  Hn1n.

On en tire l'encadrement

lnn+1n  Hn  lnn+1,

valable pour tout n2 (et encore pour n=1). En divisant par lnn>0 pour n2 :

1+1nlnn  Hnlnn  1+1lnn,

et les deux membres extrêmes tendent vers 1. Le théorème d'encadrement donne Hnlnn1, c'est-à-dire

Hn  lnn.

Prolongement : la constante d'Euler. Posons un=Hnlnn. L'encadrement précédent montre déjà que 0<un1. Montrons que (un) est décroissante :

un+1un=1n+1(ln(n+1)lnn)=1n+1nn+1dtt  0,

puisque l'encadrement de base appliqué à k=n donne précisément 1n+1nn+1dtt. La suite (un) est donc décroissante et minorée par 0 : elle converge. Sa limite est notée γ (constante d'Euler, γ0,577), et l'on a obtenu le développement

Hn=lnn+γ+o(1).

Étudier une suite d'intégrales

Méthode

Étudier une suite (In) définie par une intégrale. Le plan est toujours le même, et les questions d'un problème le suivent dans cet ordre.

  1. Existence : vérifier que l'intégrande est continu par morceaux sur le segment d'intégration.
  2. Signe : par positivité, si l'intégrande est positif et les bornes dans l'ordre croissant, In0.
  3. Monotonie : comparer les intégrandes à n et n+1 sur le segment, puis intégrer l'inégalité (croissance). Ne jamais comparer les intégrales sans passer par les intégrandes.
  4. Limite : encadrer l'intégrande par des quantités calculables, intégrer l'encadrement, conclure par encadrement.
  5. Relation de récurrence : intégration par parties, ou découpage de l'intégrande (typiquement tn+1=tn×t, ou sinn+2=sinn(1cos2)).
  6. Équivalent : combiner la relation de récurrence et la monotonie pour encadrer In entre deux quantités équivalentes.

Exemple traité. Posons, pour nN,

In=01tn1+tdt.

Existence et signe. La fonction ttn1+t est continue sur [0,1] (le dénominateur ne s'annule pas) et positive, et les bornes sont dans l'ordre croissant : In existe et In0.

Monotonie. Pour t[0,1], on a tn+1tn, donc tn+11+ttn1+t. Par croissance de l'intégrale, In+1In : la suite est décroissante.

Limite. Sur [0,1], 1+t1, donc 0tn1+ttn, d'où

0In01tndt=1n+1.

Par encadrement, In0.

Relation de récurrence. Additionnons deux termes consécutifs :

In+1+In=01tn+1+tn1+tdt=01tn(1+t)1+tdt=01tndt=1n+1.

Équivalent. La décroissance donne In+1In, donc

1n+1=In+In+12Ind’ouˋIn12(n+1).

De même 1n+1=In+In+12In+1, soit In+112(n+1), c'est-à-dire, en décalant l'indice, In12n pour n1. Finalement

12(n+1)  In  12n(n1),

et en multipliant par 2n :

nn+12nIn1donc2nIn1,c’est-aˋ-direIn12n.

Variante avec une intégration par parties : les intégrales de Wallis. Posons Wn=0π/2sinntdt pour nN. Alors W0=π2, W1=1, la suite est positive et décroissante (car 0sint1 sur [0,π2] entraîne sinn+1tsinnt). Pour la récurrence, écrivons sinn+2t=sinn+1t×sint et intégrons par parties avec u(t)=sint, u(t)=cost, v(t)=sinn+1t, v(t)=(n+1)sinntcost, toutes de classe C1 :

Wn+2=[costsinn+1t]0π/2= 0+(n+1)0π/2cos2tsinntdt.

En remplaçant cos2t par 1sin2t et en séparant par linéarité,

Wn+2=(n+1)(WnWn+2),d’ouˋWn+2=n+1n+2Wn.

C'est le prototype de la relation de récurrence obtenue par intégration par parties : elle permet de calculer tous les Wn de proche en proche, en distinguant les indices pairs et impairs.

Calculer une intégrale

Méthode

Calculer une intégrale : la liste des réflexes, dans l'ordre.

  1. Regarder les symétries : intégrande pair ou impair sur un intervalle symétrique, fonction périodique. Gratuit, et parfois la réponse est 0.
  2. Reconnaître une primitive : formes uun, uu, ueu, uu, u1+u2. C'est le premier réflexe de calcul.
  3. Linéariser les puissances de sin et cos (avec cos2t=1+cos2t2, sin2t=1cos2t2, ou les formules d'Euler).
  4. Intégrer par parties si l'intégrande est un produit dont l'un des facteurs se simplifie en dérivant (ln, Arctan, polynôme).
  5. Changer de variable si une expression composée saute aux yeux, ou pour éliminer une racine (x=sint, x=cht).
  6. Découper avec Chasles si l'intégrande est défini par morceaux ou contient une valeur absolue.
  7. Si tout échoue : chercher une relation (symétrie du domaine, changement de variable qui ramène à l'intégrale de départ) plutôt qu'une primitive.

Exemple traité : une intégrale sans primitive apparente. Calculons

K=0π/2sintsint+costdt.

Aucune primitive évidente. Utilisons le réflexe 7 : introduisons l'intégrale « jumelle »

L=0π/2costsint+costdt.

Ces deux intégrales existent : sur [0,π2], la fonction tsint+cost=2sin(t+π4) est strictement positive, donc les intégrandes sont continus.

Première relation. Par linéarité,

K+L=0π/2sint+costsint+costdt=0π/21dt=π2.

Seconde relation. Effectuons dans K le changement de variable t=φ(x)=π2x, de classe C1 et bijectif de [0,π2] sur lui-même, avec dt=dx, φ(0)=π2 et φ(π2)=0 :

K=π/20sin(π2x)sin(π2x)+cos(π2x)(dx)=0π/2cosxcosx+sinxdx=L.

Conclusion. De K=L et K+L=π2, on tire

K=L=π4.

Second exemple : linéarisation. Calculons 0πsin2tdt. La linéarisation sin2t=1cos(2t)2 donne

0πsin2tdt=0π1cos(2t)2dt=[t2sin(2t)4]0π=π2.

Ne jamais tenter d'intégrer sin2 directement : la linéarisation est la seule route raisonnable pour les puissances de fonctions trigonométriques.

Cinq réflexes pour finir

  1. Vérifier les hypothèses avant d'écrire quoi que ce soit. Continuité (ou continuité par morceaux) sur le segment d'intégration, classe C1 pour une intégration par parties ou un changement de variable, classe Cn+1 pour Taylor. Une intégrale d'une fonction non définie sur tout le segment n'a aucun sens.
  2. Ranger les bornes avant toute inégalité. Positivité, croissance et inégalité de la moyenne supposent ab. En cas de doute, se ramener à des bornes croissantes en changeant le signe.
  3. Pour une majoration, majorer l'intégrande, puis intégrer. Jamais l'inverse. Le triptyque à retenir est : encadrer l'intégrande, intégrer l'encadrement, conclure par encadrement.
  4. Devant une somme, penser aux deux ponts vers l'intégrale. Somme de Riemann (facteur 1n, terme fonction de kn, fonction continue) pour une limite ; comparaison somme-intégrale (terme général monotone) pour un encadrement ou un équivalent.
  5. Ne pas confondre local et global. Taylor-Young pour une limite quand xa ; reste intégral et inégalité de Taylor-Lagrange pour une majoration valable sur tout un intervalle. Et jamais d'égalité de Taylor-Lagrange : elle est hors programme.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.