MPSI · Chapitre 14 · Second semestre

Groupe symétrique et déterminants

Permutations et signature, formes n-linéaires alternées, déterminant d'une matrice et d'un endomorphisme, calcul pratique, comatrice.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Permutations et signature
  • Formes n-linéaires alternées
  • Déterminant d'une matrice et d'un endomorphisme
  • Calcul pratique
  • Comatrice

Vous savez répondre à deux questions qui reviennent sans cesse : une famille de n vecteurs d'un espace de dimension n est-elle une base, et une matrice carrée est-elle inversible ? Vous savez y répondre parce que vous savez calculer un rang, et vous savez calculer un rang parce que vous savez appliquer le pivot de Gauss. C'est une réponse, mais c'est une réponse d'ordinateur : elle s'obtient au terme d'une suite d'opérations dont le déroulement dépend des coefficients rencontrés en chemin. Elle ne se prête à aucun calcul littéral, elle ne se transmet pas d'une matrice à une autre, et elle est muette dès que les coefficients dépendent d'un paramètre. Personne ne peut dire, en regardant l'algorithme, ce que devient le rang de AB quand on connaît celui de A et celui de B.

Ce que nous cherchons est d'une autre nature : un critère, c'est-à-dire un unique nombre attaché à la famille, calculable directement à partir des coordonnées, et qui vaut zéro exactement lorsque la famille est liée. Un tel nombre transformerait chaque question qualitative en une question de calcul, et surtout il autoriserait les manipulations algébriques que le rang interdit.

La géométrie du plan indique la piste à suivre. Deux vecteurs x et y du plan engendrent un parallélogramme, dont l'aire vaut zéro exactement lorsque x et y sont colinéaires, c'est-à-dire exactement lorsque la famille (x,y) est liée : le critère cherché existe donc déjà, au moins dans ce cas. Mieux, si l'on compte cette aire algébriquement, en lui attribuant un signe selon l'orientation, elle possède deux propriétés remarquables. Elle est linéaire en chacun des deux vecteurs, l'autre étant fixé : doubler x double l'aire, et remplacer x par x+x ajoute les aires. Et elle change de signe lorsqu'on échange les deux vecteurs, puisque l'orientation s'inverse. En dimension 3, le volume orienté du parallélépipède construit sur trois vecteurs possède exactement les mêmes propriétés.

Toute la construction de ce chapitre consiste à ériger ces propriétés en définition. Nous appellerons forme n-linéaire alternée sur un espace E toute application qui, à n vecteurs de E, associe un scalaire, de façon linéaire en chaque vecteur, et qui s'annule dès que deux des vecteurs sont égaux. Le théorème central du chapitre est un théorème d'unicité : en dimension n, une fois fixée une base B, il existe une seule forme n-linéaire alternée valant 1 sur B. Elle s'appelle le déterminant dans la base B, et l'aire orientée du plan n'en était que le cas n=2. Cette unicité n'est pas un luxe de rédaction : c'est l'outil de démonstration le plus efficace du chapitre. Chaque fois que nous rencontrerons une forme n-linéaire alternée, nous saurons immédiatement qu'elle est proportionnelle au déterminant, et il suffira de l'évaluer en un seul point pour connaître le coefficient. La multiplicativité det(AB)=det(A)det(B), qui semble miraculeuse, s'obtient ainsi en quatre lignes.

Reste à comprendre pourquoi ce chapitre s'ouvre sur les permutations. Le mot « alternée » signifie « sensible à l'ordre des arguments » : échanger deux vecteurs change le signe. Il faut donc savoir ce que devient une forme alternée lorsqu'on permute ses n arguments de façon quelconque, et pour cela il faut d'abord savoir mesurer une permutation. Cette mesure existe, elle ne prend que deux valeurs, 1 et 1, elle s'appelle la signature, et elle vaut 1 sur les échanges de deux éléments. Le groupe symétrique Sn et sa signature ne sont donc pas un hors-d'œuvre : ils sont l'outil sans lequel la théorie ne s'écrit pas, et ils réapparaîtront dans la formule explicite du déterminant, qui est une somme indexée par Sn.

Le plan suit cette logique. Les deux premières sections construisent l'outil : le groupe symétrique, ses cycles et ses transpositions, puis la signature et le groupe alterné. La troisième introduit les formes n-linéaires alternées et calcule l'effet d'une permutation des arguments. La quatrième démontre le théorème d'existence et d'unicité, et en tire la caractérisation des bases. Les cinquième et sixième sections transportent la notion aux endomorphismes puis aux matrices, où elle prend sa forme la plus maniable. La septième est consacrée au calcul effectif, qui est ce que l'on vous demandera le plus souvent : opérations élémentaires, matrices triangulaires, développement selon une rangée, déterminants par blocs, déterminant de Vandermonde. La huitième traite la comatrice et l'inverse. Une section de méthodes ferme le chapitre.

Les notations sont celles des chapitres précédents, augmentées de quelques nouvelles. La lettre K désigne R ou C, et [ ⁣[1,n] ⁣] l'ensemble des entiers compris entre 1 et n. Le groupe des permutations de [ ⁣[1,n] ⁣] est noté Sn, le groupe alterné An, et les permutations reçoivent les lettres σ, τ, γ ; l'élément neutre de Sn est noté id. Un cycle s'écrit (a1 a2  ap), une transposition (i j), et le support d'une permutation supp(σ). La signature est notée ε(σ). Le déterminant d'une famille de vecteurs dans une base B est noté detB(x1,,xn), celui d'un endomorphisme det(u), celui d'une matrice det(A) ou, sous forme de tableau, entre barres verticales. Les espaces vectoriels sont E, F, de dimension finie sauf mention contraire, leurs bases B=(e1,,en) et B=(e1,,en) ; on garde L(E), idE, Ker, Im, rg, Vect, tr et GL(E). Du côté matriciel, on conserve Mn,p(K), Mn(K), In, 0n, Ei,j, le symbole de Kronecker δi,j, la transposée t ⁣A et GLn(K) ; les objets nouveaux sont la comatrice Com(A), le mineur Δi,j et le cofacteur ci,j=(1)i+jΔi,j. Les opérations élémentaires gardent leurs notations, LiLj, LiλLi, LiLi+λLj, et de même sur les colonnes Ci. Enfin, une convention de lecture à retenir dès maintenant, car elle sera rappelée à chaque calcul : le produit στ de deux permutations désigne la composée στ, autrement dit on applique τ d'abord, puis σ.

Le groupe symétrique

Permutations, composition, inverse

Définition

Soit nN. On appelle permutation de [ ⁣[1,n] ⁣] toute bijection de [ ⁣[1,n] ⁣] dans lui-même. L'ensemble de ces permutations, muni de la composition des applications, est noté Sn et appelé groupe symétrique d'ordre n.

Pour σ,τSn, on note στ la composée στ, définie par (στ)(i)=σ(τ(i)).

Propriété

(Sn,) est un groupe, d'élément neutre l'application identité id, et l'inverse de σ est sa bijection réciproque σ1.

Démonstration. La composée de deux bijections de [ ⁣[1,n] ⁣] dans lui-même est une bijection de [ ⁣[1,n] ⁣] dans lui-même, donc la composition est bien une loi interne sur Sn. Elle est associative, comme l'est toujours la composition des applications. L'application id est une bijection et vérifie σid=idσ=σ pour toute σ. Enfin, toute bijection σ de [ ⁣[1,n] ⁣] dans lui-même admet une réciproque σ1, qui est encore une bijection de [ ⁣[1,n] ⁣] dans lui-même, donc un élément de Sn, et σσ1=σ1σ=id.

On note une permutation par un tableau à deux lignes : la première ligne énumère les éléments de [ ⁣[1,n] ⁣] dans l'ordre, la seconde donne leurs images. Ainsi

σ=(123312)

désigne la permutation de [ ⁣[1,3] ⁣] telle que σ(1)=3, σ(2)=1 et σ(3)=2. Pour obtenir σ1, il suffit d'échanger les deux lignes puis de réordonner les colonnes selon la première ligne : ici σ1=(123231).

Propriété

Pour tout nN, card(Sn)=n!.

Démonstration. Par récurrence sur n. Pour n=1, la seule application de [ ⁣[1,1] ⁣] dans lui-même est l'identité, donc card(S1)=1=1!.

Soit n2 ; supposons card(Sn1)=(n1)!. Pour k[ ⁣[1,n] ⁣], posons

Ak={σSn : σ(n)=k}.

Ces n ensembles sont deux à deux disjoints et leur réunion est Sn, puisque toute permutation σ envoie n sur un et un seul entier de [ ⁣[1,n] ⁣]. Donc card(Sn)=k=1ncard(Ak).

Comptons d'abord An. Une permutation σ telle que σ(n)=n envoie [ ⁣[1,n1] ⁣] dans [ ⁣[1,n1] ⁣], par injectivité, et sa restriction à [ ⁣[1,n1] ⁣] est une permutation de [ ⁣[1,n1] ⁣]. Réciproquement, toute ρSn1 se prolonge en une unique permutation de [ ⁣[1,n] ⁣] fixant n. L'application de restriction est donc une bijection de An sur Sn1, d'où card(An)=(n1)!.

Montrons ensuite que tous les Ak ont le même cardinal. Fixons k[ ⁣[1,n1] ⁣] et notons θk l'application de [ ⁣[1,n] ⁣] dans lui-même qui échange k et n et laisse fixes tous les autres entiers ; c'est une bijection et θkθk=id. L'application σθkσ envoie An dans Ak, car si σ(n)=n alors θkσ(n)=θk(n)=k ; elle envoie de même Ak dans An ; et comme θk(θkσ)=σ, ces deux applications sont réciproques l'une de l'autre. Donc card(Ak)=card(An)=(n1)!.

Finalement card(Sn)=n×(n1)!=n!.

Propriété

Le groupe Sn est commutatif si et seulement si n2. Pour n3, il n'est pas commutatif.

Démonstration. Pour n=1 et n=2, le groupe a respectivement 1 et 2 éléments : tout groupe d'au plus deux éléments est commutatif, puisque l'un des deux est le neutre. Supposons n3 et considérons les deux permutations σ et τ de [ ⁣[1,n] ⁣] définies par : σ échange 1 et 2 et fixe tous les autres entiers, τ échange 1 et 3 et fixe tous les autres entiers. Alors

(στ)(1)=σ(3)=3et(τσ)(1)=τ(2)=2.

Les deux composées ne coïncident pas en 1, donc σττσ.

Exemple

Détaillons le calcul précédent dans S3, avec σ=(123213) et τ=(123321). Le produit στ s'obtient en appliquant τ d'abord : 133, puis 221, puis 312. Donc

στ=(123312)tandis queτσ=(123231),

le second se calculant de même : 122, 213, 331. Les deux résultats sont différents, et ils sont même inverses l'un de l'autre.

Remarque

L'ordre de composition est la première source d'erreurs du chapitre. Avec la convention στ=στ, le facteur de droite agit en premier, comme pour les applications linéaires et les matrices. Lorsqu'on calcule un produit à la main sur des tableaux à deux lignes, on lit donc de droite à gauche. Certains ouvrages adoptent la convention inverse : vérifiez toujours celle du texte que vous lisez, un signe de signature n'en dépend pas, mais l'écriture d'un produit de cycles, si.

Cycles et transpositions

Définition

Soit σSn. On appelle support de σ l'ensemble

supp(σ)={i[ ⁣[1,n] ⁣] : σ(i)i}.

Définition

Soient p[ ⁣[2,n] ⁣] et a1,a2,,ap des éléments deux à deux distincts de [ ⁣[1,n] ⁣]. On appelle cycle de longueur p, ou p-cycle, et l'on note γ=(a1 a2  ap), la permutation définie par

γ(a1)=a2,γ(a2)=a3,,γ(ap1)=ap,γ(ap)=a1,

et γ(i)=i pour tout i{a1,,ap}. Son support est exactement {a1,,ap}.

Un cycle de longueur 2 s'appelle une transposition : la transposition (i j) échange i et j et fixe tout le reste.

Remarque

L'écriture d'un cycle n'est pas unique : on peut partir de n'importe lequel de ses éléments, à condition de respecter l'ordre cyclique. Ainsi (1 4 2)=(4 2 1)=(2 1 4), mais (1 4 2)(1 2 4) : cette dernière est son inverse. De façon générale, l'inverse du cycle (a1 a2  ap) est le cycle (ap ap1  a1), et une transposition est son propre inverse.

Propriété

Un cycle de longueur p est d'ordre p dans le groupe Sn : γp=id et γkid pour 1kp1.

Démonstration. Écrivons γ=(a1  ap) et convenons d'indexer les ai modulo p, c'est-à-dire de poser ai+p=ai. Avec cette convention, la définition s'écrit γ(ai)=ai+1 pour tout i. Une récurrence immédiate sur k donne alors γk(ai)=ai+k pour tout kN et tout i : c'est vrai pour k=0, et si γk(ai)=ai+k alors γk+1(ai)=γ(ai+k)=ai+k+1.

En particulier γp(ai)=ai+p=ai pour tout i, et γp fixe aussi tout point hors du support, donc γp=id. Si 1kp1, alors γk(a1)=a1+k avec 21+kp, donc γk(a1)a1 puisque les ai sont deux à deux distincts : γkid.

Propriété

Deux permutations dont les supports sont disjoints commutent. En particulier, deux cycles à supports disjoints commutent.

Démonstration. Établissons d'abord un fait utile : une permutation σ envoie son support dans lui-même. En effet, soit isupp(σ) et supposons σ(i)supp(σ), c'est-à-dire σ(σ(i))=σ(i). L'injectivité de σ donne alors σ(i)=i, ce qui contredit isupp(σ).

Soient maintenant σ et τ de supports respectifs S et T, avec ST=. Soit i[ ⁣[1,n] ⁣] ; distinguons trois cas.

Si iS, alors iT, donc τ(i)=i et (στ)(i)=σ(i). Par ailleurs σ(i)S d'après le fait établi, donc σ(i)T et (τσ)(i)=τ(σ(i))=σ(i). Les deux composées coïncident en i.

Si iT, le raisonnement est le même en échangeant les rôles de σ et τ : les deux composées valent τ(i).

Si iST, alors σ(i)=τ(i)=i et les deux composées valent i.

Dans tous les cas (στ)(i)=(τσ)(i), donc στ=τσ.

Décomposition d'une permutation

Propriété

Toute permutation σSn différente de l'identité se décompose en un produit de cycles de longueurs supérieures ou égales à 2, à supports deux à deux disjoints. Cette décomposition est unique à l'ordre près des facteurs.

Cet énoncé est admis : sa démonstration n'est pas exigible au programme.

Remarque

Comme les facteurs sont à supports disjoints, ils commutent deux à deux : l'ordre dans lequel on les écrit n'a effectivement aucune importance, ce qui donne son sens à l'unicité annoncée. En pratique, la décomposition se lit sans réfléchir en suivant les images successives d'un même élément jusqu'à revenir au point de départ, puis en recommençant avec un élément non encore rencontré.

Exemple

Une permutation de S9. Considérons

σ=(123456789357429168).

C'est bien une permutation : la seconde ligne contient chacun des entiers de 1 à 9 exactement une fois.

Partons de 1. On a 13, puis 37, puis 71 : le premier cycle est (1 3 7), de longueur 3.

Le plus petit entier non encore rencontré est 2. On a 25, puis 52 : deuxième cycle (2 5), c'est une transposition.

Vient ensuite 4, qui vérifie σ(4)=4 : ce point est fixe, il ne donne pas de cycle et n'appartient à aucun support.

Puis 6 : on a 69, puis 98, puis 86 : troisième cycle (6 9 8), de longueur 3.

Tous les entiers ayant été traités, on conclut

σ=(1 3 7)(2 5)(6 9 8),

et l'on peut écrire ces trois facteurs dans n'importe quel ordre. Contrôle : supp(σ)={1,2,3,5,6,7,8,9}, qui est bien la réunion disjointe des trois supports, et le seul point fixe est 4.

Deux conséquences immédiates. D'une part σ1=(1 7 3)(2 5)(6 8 9), en inversant chaque facteur. D'autre part l'ordre de σ est le plus petit commun multiple des longueurs, soit ppcm(3,2,3)=6 : les facteurs commutant, σk=(1 3 7)k(2 5)k(6 9 8)k, et cette permutation vaut l'identité si et seulement si chacun des trois facteurs vaut l'identité, c'est-à-dire si et seulement si 3k et 2k.

Propriété

Soit p2. Tout p-cycle est un produit de p1 transpositions ; précisément

(a1 a2  ap)=(a1 ap)(a1 ap1)(a1 a3)(a1 a2).

Démonstration. Par récurrence sur p. Pour p=2, la formule se réduit à (a1 a2)=(a1 a2).

Soit p3 ; supposons la formule vraie pour les cycles de longueur p1. Posons c=(a1 a2  ap1) et t=(a1 ap), et calculons tc en n'oubliant pas que c agit en premier.

Pour i[ ⁣[1,p2] ⁣], on a c(ai)=ai+1, et ai+1 est distinct de a1 et de ap, donc t le fixe : (tc)(ai)=ai+1.

Pour i=p1, on a c(ap1)=a1, puis t(a1)=ap : (tc)(ap1)=ap.

Pour ap, qui n'est pas dans le support de c, on a c(ap)=ap, puis t(ap)=a1 : (tc)(ap)=a1.

Enfin tout élément extérieur à {a1,,ap} est fixé par c et par t.

La permutation tc envoie donc a1 sur a2, ..., ap1 sur ap et ap sur a1 : c'est exactement le cycle (a1 a2  ap). En appliquant l'hypothèse de récurrence à c, on obtient la formule annoncée, avec 1+(p2)=p1 transpositions.

Propriété

Pour n2, toute permutation de Sn est un produit de transpositions. On dit que les transpositions engendrent Sn.

Démonstration. Raisonnons par récurrence forte sur m=card(supp(σ)).

Si m=0, alors σ=id, qui s'écrit (1 2)(1 2), produit de deux transpositions. Le cas m=1 est impossible : si σ ne déplaçait qu'un seul entier i, on aurait j=σ(i)i et σ(j)=j, ce qui contredirait l'injectivité de σ.

Soit m2 ; supposons le résultat acquis pour toute permutation dont le support a strictement moins de m éléments, et soit σ de support de cardinal m. Choisissons isupp(σ) et posons j=σ(i), de sorte que ji. Considérons σ=(i j)σ.

D'une part σ(i)=(i j)(σ(i))=(i j)(j)=i, donc isupp(σ).

D'autre part supp(σ)supp(σ). En effet, soit ksupp(σ), c'est-à-dire σ(k)=k. Alors ki puisque σ(i)i, et kj : sinon on aurait σ(j)=j et σ(i)=j avec ij, ce qui contredirait l'injectivité. Donc (i j) fixe k et σ(k)=(i j)(k)=k.

Ainsi supp(σ)supp(σ){i}, dont le cardinal vaut au plus m1. L'hypothèse de récurrence s'applique à σ, qui est donc un produit de transpositions. Comme (i j)(i j)=id, on a σ=(i j)σ, qui est encore un produit de transpositions.

Remarque

Cette écriture n'est jamais unique, et le nombre de facteurs ne l'est pas non plus. Par exemple, dans S3,

(1 2 3)=(1 3)(1 2)=(1 2)(2 3)=(1 3)(1 2)(1 3)(1 3).

On peut toujours rallonger une décomposition en insérant deux fois la même transposition. Ce qui reste invariable, et c'est tout l'objet de la section suivante, c'est la parité du nombre de facteurs : dans les trois écritures ci-dessus, on compte 2, 2 et 4 transpositions, toujours un nombre pair.

La signature

Existence et unicité

Propriété

Soit n2. Il existe un unique morphisme de groupes

ε:(Sn,)({1,1},×)

tel que ε(τ)=1 pour toute transposition τ. On l'appelle la signature. Une permutation de signature 1 est dite paire, une permutation de signature 1 est dite impaire.

Cet énoncé est admis : la démonstration de l'existence n'est pas exigible au programme.

Remarque

L'unicité, elle, est presque immédiate à partir de la section précédente, et il est bon de comprendre pourquoi : puisque toute permutation est un produit de transpositions, un morphisme est entièrement déterminé par ses valeurs sur les transpositions. Si ε1 et ε2 sont deux morphismes valant 1 sur toutes les transpositions et si σ=τ1τk, alors

ε1(σ)=ε1(τ1)ε1(τk)=(1)k=ε2(τ1)ε2(τk)=ε2(σ).

C'est l'existence qui demande un travail réel : il faut construire une application bien définie, et donc vérifier que le résultat ne dépend pas de la décomposition choisie. C'est cette partie que le programme admet.

Conséquences immédiates

Propriété

Soient n2 et σ,τSn. Alors :

  1. ε(στ)=ε(σ)ε(τ) et ε(id)=1 ;
  2. ε(σ1)=ε(σ) ;
  3. si σ=τ1τ2τk est un produit de k transpositions, alors ε(σ)=(1)k ; en particulier la parité de k ne dépend que de σ ;
  4. la signature d'un cycle de longueur p vaut (1)p1 ;
  5. si σ se décompose en cycles à supports disjoints de longueurs p1,,pr, alors
ε(σ)=(1)p11(1)p21(1)pr1=(1)(p1++pr)r.

Démonstration. Point 1. C'est la définition d'un morphisme de groupes, et l'image du neutre par un morphisme est le neutre.

Point 2. En appliquant le morphisme à σσ1=id, on obtient ε(σ)ε(σ1)=1. Comme ε(σ){1,1}, on a ε(σ)2=1, donc ε(σ1)=1ε(σ)=ε(σ).

Point 3. Une récurrence immédiate sur k à partir du point 1 donne ε(τ1τk)=ε(τ1)ε(τk), et chacun de ces facteurs vaut 1 par définition de la signature, d'où ε(σ)=(1)k. Si σ admet deux décompositions, en k et en k transpositions, alors (1)k=ε(σ)=(1)k, donc k et k ont même parité.

Point 4. Un p-cycle est un produit de p1 transpositions, comme démontré plus haut ; le point 3 donne ε=(1)p1.

Point 5. La signature est un morphisme, donc la signature du produit est le produit des signatures ; il suffit d'appliquer le point 4 à chaque facteur.

Méthode

Calculer une signature en pratique. La méthode ne varie pas, et elle est plus rapide que tout dénombrement.

  1. Écrire la permutation en tableau à deux lignes si ce n'est pas déjà fait.
  2. La décomposer en cycles à supports disjoints, en suivant les orbites : partir de 1, écrire ses images successives jusqu'au retour, puis recommencer avec le plus petit entier non encore utilisé. Les points fixes sont ignorés.
  3. Appliquer la formule : chaque cycle de longueur p contribue par (1)p1. Autrement dit, les cycles de longueur impaire sont pairs et ne changent rien, les cycles de longueur paire apportent un facteur 1.
  4. Conclure : ε(σ)=(1)cc est le nombre de cycles de longueur paire de la décomposition.

Contrôle rapide : le nombre total de transpositions obtenu en décomposant chaque p-cycle en p1 transpositions doit avoir la parité annoncée.

Exemple

Reprenons σ=(1 3 7)(2 5)(6 9 8) de S9. Les longueurs sont 3, 2 et 3, donc

ε(σ)=(1)2×(1)1×(1)2=1.

La permutation est impaire. Contrôle : elle s'écrit avec 2+1+2=5 transpositions, et 5 est bien impair.

Autre exemple, à connaître : la permutation de Sn qui renverse l'ordre, c'est-à-dire σ(i)=n+1i. Elle échange 1 et n, 2 et n1, et ainsi de suite : c'est un produit de transpositions à supports disjoints, au nombre de n/2 si n est pair, de (n1)/2 si n est impair (le milieu étant alors fixe). Pour n=4, on obtient 2 transpositions donc ε(σ)=1 ; pour n=5, 2 transpositions également, donc ε(σ)=1 ; pour n=3, une seule, donc ε(σ)=1.

Le groupe alterné

Définition

Soit n2. Le noyau de la signature,

An=Ker(ε)={σSn : ε(σ)=1},

s'appelle le groupe alterné d'ordre n. C'est l'ensemble des permutations paires.

Propriété

An est un sous-groupe de Sn, et card(An)=n!2 pour n2.

Démonstration. C'est un sous-groupe comme noyau d'un morphisme de groupes, résultat établi au chapitre sur les structures algébriques.

Pour le cardinal, notons In=SnAn l'ensemble des permutations impaires, et considérons

Φ:AnIn,σ(1 2)σ.

Cette application est bien définie : si ε(σ)=1, alors ε((1 2)σ)=ε((1 2))ε(σ)=1, donc (1 2)σIn.

Elle est injective : si (1 2)σ=(1 2)σ, on compose à gauche par (1 2), qui est son propre inverse, et l'on obtient σ=σ.

Elle est surjective : soit ρIn et posons σ=(1 2)ρ. Alors ε(σ)=(1)×(1)=1, donc σAn, et Φ(σ)=(1 2)(1 2)ρ=ρ.

C'est donc une bijection, d'où card(An)=card(In). Comme ces deux ensembles sont disjoints et de réunion Sn, leur cardinal commun vaut n!2.

Remarque

La démonstration ci-dessus n'utilise que la bijection explicite σ(1 2)σ, et rien d'autre. C'est volontaire : elle est complète, elle est courte, et elle reste dans le cadre du programme. Notez que (1 2) ne joue aucun rôle particulier, n'importe quelle transposition fixée conviendrait ; nous réutiliserons exactement cette idée d'appariement dans la démonstration du théorème fondamental des déterminants.

Notez aussi que In, l'ensemble des permutations impaires, n'est pas un sous-groupe : il ne contient pas l'identité.

Formes n-linéaires alternées

Définitions

Définition

Soient E un K-espace vectoriel et nN. Une application f:EnK est dite n-linéaire lorsqu'elle est linéaire par rapport à chacune de ses variables, les autres étant fixées : pour tout k[ ⁣[1,n] ⁣], tous vecteurs x1,,xn,y de E et tous scalaires λ,μ,

f(x1,,xk1,λxk+μy,xk+1,,xn)=λf(x1,,xk,,xn)+μf(x1,,y,,xn).

On dit alors que f est une forme n-linéaire sur E.

Définition

Une forme n-linéaire f sur E est dite alternée lorsqu'elle s'annule sur toute famille ayant deux vecteurs égaux :

(x1,,xn)En,(ij, xi=xj)    f(x1,,xn)=0.

On note Λn(E) l'ensemble des formes n-linéaires alternées sur E.

Remarque

Une forme n-linéaire n'est pas une application linéaire de En dans K : elle est linéaire en chaque variable séparément, ce qui est tout autre chose. Par exemple, pour n=2, on a f(2x,2y)=4f(x,y) et non 2f(x,y). Retenez ce comportement, il donnera plus loin la formule det(λA)=λndetA, qui est l'une des erreurs les plus fréquentes du chapitre.

Notez également que Λn(E) est un sous-espace vectoriel de l'espace des applications de En dans K : la somme de deux formes n-linéaires alternées et le produit de l'une d'elles par un scalaire sont encore n-linéaires et alternés, comme on le vérifie directement sur les définitions.

Antisymétrie et effet d'une permutation

Propriété

Soit f une forme n-linéaire alternée sur E. Alors f est antisymétrique : échanger deux de ses arguments change le signe du résultat. Autrement dit, pour tous i<j et tous vecteurs,

f(x1,,xi,,xj,,xn)=f(x1,,xj,,xi,,xn).

Démonstration. Fixons i<j et fixons également tous les vecteurs d'indices différents de i et j. Pour x,yE, notons g(x,y) la valeur de f lorsque l'argument de rang i vaut x, celui de rang j vaut y, et les autres sont les vecteurs fixés. L'application g est bilinéaire, comme restriction de f, et g(z,z)=0 pour tout z puisque f est alternée.

Appliquons cette annulation à z=x+y et développons par bilinéarité :

0=g(x+y, x+y)=g(x,x)+g(x,y)+g(y,x)+g(y,y).

Or g(x,x)=0 et g(y,y)=0, toujours parce que f est alternée. Il reste g(x,y)+g(y,x)=0, c'est-à-dire g(x,y)=g(y,x), ce qui est exactement l'égalité annoncée.

Remarque

La réciproque est vraie dans R et dans C : si f est antisymétrique et si xi=xj avec ij, alors l'échange des arguments i et j ne change pas la famille tout en changeant le signe, d'où f(x1,,xn)=f(x1,,xn), puis 2f(x1,,xn)=0 et f(x1,,xn)=0 puisque 20 dans K. Les deux notions coïncident donc ici, et l'on peut utiliser indifféremment l'une ou l'autre. La définition retenue est « alternée », car c'est elle qui se manipule le mieux dans les démonstrations.

Propriété

Soient f une forme n-linéaire alternée sur E, (x1,,xn)En et σSn. Alors

f(xσ(1),xσ(2),,xσ(n))=ε(σ)f(x1,x2,,xn).

Démonstration. Notons, pour σSn, F(σ)=f(xσ(1),,xσ(n)). Observons d'abord la règle de composition : si l'on pose yi=xσ(i) pour tout i, alors pour toute τSn on a yτ(i)=xσ(τ(i)), donc

f(yτ(1),,yτ(n))=F(στ).

Écrivons σ comme produit de k transpositions, σ=τ1τ2τk, ce qui est possible pour n2, et raisonnons par récurrence sur k.

Si k=0, alors σ=id, F(id)=f(x1,,xn) et ε(id)=1 : l'égalité est vérifiée.

Supposons le résultat acquis pour tout produit de k1 transpositions, avec k1, et posons σ=τ1τk1, de sorte que σ=στk. Posons yi=xσ(i). D'après l'observation initiale,

F(σ)=F(στk)=f(yτk(1),,yτk(n)).

Écrivons τk=(a b) avec ab. La famille (yτk(1),,yτk(n)) est exactement la famille (y1,,yn) dans laquelle les arguments de rangs a et b ont été échangés, tous les autres étant inchangés. L'antisymétrie de f donne donc

F(σ)=f(y1,,yn)=F(σ).

L'hypothèse de récurrence s'applique à σ : F(σ)=ε(σ)f(x1,,xn). D'où

F(σ)=ε(σ)f(x1,,xn)=ε(τk)ε(σ)f(x1,,xn)=ε(σ)f(x1,,xn),

la dernière égalité venant de ε(σ)=ε(στk)=ε(σ)ε(τk).

Nullité sur les familles liées

Propriété

Soit f une forme n-linéaire alternée sur E. Si la famille (x1,,xn) est liée, alors f(x1,,xn)=0.

Démonstration. Si la famille est liée, l'un de ses vecteurs est combinaison linéaire des autres : il existe j[ ⁣[1,n] ⁣] et des scalaires (λi)ij tels que

xj=ijλixi.

Utilisons la linéarité de f par rapport à son j-ème argument :

f(x1,,xj,,xn)=ijλif(x1,,xj1, xi, xj+1,,xn).

Dans chacun des termes de cette somme, le vecteur xi figure deux fois : une fois à sa place naturelle, au rang i, et une fois au rang j, puisque ij. La forme f étant alternée, chacun de ces termes est nul, et la somme aussi.

Remarque

Voilà déjà la moitié du critère annoncé en introduction : une forme n-linéaire alternée s'annule à coup sûr sur les familles liées. Reste à savoir s'il en existe une qui ne s'annule que sur celles-là, car ce serait alors le critère cherché. C'est précisément ce que va donner le théorème d'existence et d'unicité de la section suivante.

Déterminant d'une famille de vecteurs dans une base

Le théorème fondamental

Propriété

Soient E un K-espace vectoriel de dimension n1 et B=(e1,,en) une base de E. Il existe une unique forme n-linéaire alternée f sur E telle que f(e1,,en)=1. On la note detB, et elle est donnée par la formule

detB(x1,,xn)=σSnε(σ)i=1naσ(i),i,

où les scalaires ai,j sont les coordonnées des vecteurs dans la base B, définies par xj=i=1nai,jei.

Démonstration. Le cas n=1 est immédiat : une forme 1-linéaire est une application linéaire f:EK, la condition « alternée » est vide, et f(x)=f(a1,1e1)=a1,1f(e1), donc f est déterminée par f(e1)=1 et vaut xa1,1, ce qui est bien la formule annoncée, avec la convention ε(id)=1 dans S1 (la signature n'ayant été définie que pour n2). Supposons désormais n2.

Analyse et unicité. Soit f une forme n-linéaire alternée quelconque et soit (x1,,xn) une famille de vecteurs, de coordonnées xj=i=1nai,jei. Développons f(x1,,xn) en utilisant la linéarité par rapport au premier argument, puis au deuxième, et ainsi de suite jusqu'au n-ième. Chaque développement remplace un argument par une somme de n termes, si bien qu'on obtient une somme de nn termes, indexée par les n-uplets d'indices (i1,,in)[ ⁣[1,n] ⁣]n :

f(x1,,xn)=i1=1n i2=1nin=1nai1,1ai2,2ain,n f(ei1,ei2,,ein).

Examinons ces termes. Si l'application jij n'est pas injective, deux des arguments ei1,,ein sont égaux et le facteur f(ei1,,ein) est nul, car f est alternée : le terme disparaît. Il ne reste donc que les n-uplets pour lesquels jij est injective, donc bijective de [ ⁣[1,n] ⁣] dans lui-même puisque l'ensemble est fini : autrement dit, il ne reste que les n-uplets de la forme ij=σ(j) avec σSn. D'où

f(x1,,xn)=σSn(j=1naσ(j),j)f(eσ(1),,eσ(n)).

Le résultat de la section précédente sur l'effet d'une permutation des arguments donne f(eσ(1),,eσ(n))=ε(σ)f(e1,,en), ce qui conduit à

f(x1,,xn)=(σSnε(σ)j=1naσ(j),j)f(e1,,en).

Cette égalité est le cœur du chapitre. Elle montre que f est entièrement déterminée par le seul scalaire f(e1,,en). En particulier, si l'on impose f(e1,,en)=1, alors f est nécessairement l'application donnée par la formule de l'énoncé : il y a au plus une forme convenable, ce qui règle l'unicité.

Synthèse et existence. Il reste à vérifier que l'application D définie par

D(x1,,xn)=σSnε(σ)i=1naσ(i),i

convient. Notons qu'elle est bien définie, puisque les coordonnées ai,j d'un vecteur dans une base existent et sont uniques.

Elle est n-linéaire. Fixons k[ ⁣[1,n] ⁣] et tous les arguments sauf le k-ième. Soient xk et y de coordonnées respectives (ai,k)i et (bi)i, et soient λ,μK. Par unicité de l'écriture dans une base, les coordonnées de λxk+μy sont les λai,k+μbi. Or, pour chaque σ, le produit iaσ(i),i contient exactement un facteur d'indice de colonne k, à savoir aσ(k),k : chaque terme de la somme est donc de la forme aσ(k),k×(constante indeˊpendante de xk), c'est-à-dire une fonction linéaire de la σ(k)-ième coordonnée de xk. En remplaçant aσ(k),k par λaσ(k),k+μbσ(k) et en développant, on obtient bien

D(,λxk+μy,)=λD(,xk,)+μD(,y,).

Elle vaut 1 sur B. Si xj=ej pour tout j, alors ai,j=δi,j. Le produit iδσ(i),i vaut 1 si σ(i)=i pour tout i, c'est-à-dire si σ=id, et vaut 0 sinon, car il suffit d'un facteur nul. Il ne subsiste donc que le terme d'indice id, et D(e1,,en)=ε(id)=1.

Elle est alternée. Supposons xk=xl avec kl, et notons τ=(k l). Les colonnes de coordonnées correspondantes sont égales : ai,k=ai,l pour tout i. Comme au paragraphe sur le groupe alterné, l'application σστ est une bijection de An sur l'ensemble des permutations impaires. On peut donc regrouper les termes de la somme deux par deux :

D(x1,,xn)=σAn(i=1naσ(i),i  i=1naστ(i),i),

le signe moins venant de ε(στ)=ε(σ)=1 pour σ paire. Calculons le second produit. Pour i{k,l}, on a τ(i)=i et le facteur est aσ(i),i, identique à celui du premier produit. Pour i=k, le facteur est aσ(l),k, qui vaut aσ(l),l puisque les colonnes k et l sont égales. Pour i=l, le facteur est aσ(k),l=aσ(k),k. Les deux produits comportent donc exactement les mêmes facteurs, à l'ordre près, et sont égaux. Chaque parenthèse est nulle, donc D(x1,,xn)=0.

L'application D est donc une forme n-linéaire alternée valant 1 sur B : l'existence est établie, et l'unicité prouvée plus haut permet de la noter detB.

Remarque

Prenez la mesure de ce que dit la formule. Le déterminant d'une famille de n vecteurs est une somme de n! termes, chacun produit de n coordonnées prises « une par colonne et une par ligne », affecté du signe de la permutation correspondante. Pour n=4, cela fait déjà 24 termes ; pour n=10, plus de trois millions. Cette formule est un outil théorique, pas une méthode de calcul : tout le travail de la section 7 consistera à la contourner.

La droite des formes n-linéaires alternées

Propriété

Soient E de dimension n et B une base de E. Pour toute forme n-linéaire alternée f sur E,

f=f(e1,,en) detB.

Autrement dit, Λn(E)=KdetB est une droite vectorielle, dont detB est une base.

Démonstration. L'égalité obtenue dans la phase d'analyse de la démonstration précédente s'écrit précisément f(x1,,xn)=f(e1,,en)detB(x1,,xn) pour toute famille, c'est-à-dire f=f(e1,,en)detB. Ainsi Λn(E)KdetB, et l'inclusion réciproque est claire puisque Λn(E) est un espace vectoriel contenant detB. Enfin detB0 puisqu'elle vaut 1 sur B, donc la famille (detB) est libre : c'est une base de Λn(E), qui est donc de dimension 1.

Remarque

Cette propriété est le véritable moteur du chapitre, et il faut apprendre le réflexe qu'elle commande. Chaque fois que vous rencontrez une application f de En dans K dont vous savez qu'elle est n-linéaire alternée, vous savez immédiatement qu'elle est proportionnelle au déterminant : il suffit alors de l'évaluer en un seul point bien choisi, en général la base elle-même, pour connaître le coefficient et donc f tout entière. Presque toutes les démonstrations qui suivent, y compris celle de det(AB)=detAdetB, ne sont que des applications de ce principe.

Caractérisation des bases et changement de base

Propriété

Soient E de dimension n, B une base de E et (x1,,xn) une famille de n vecteurs de E. Alors

(x1,,xn) est une base de E    detB(x1,,xn)0.

Démonstration. Sens réciproque, par contraposée. Si la famille n'est pas une base, alors, comptant n vecteurs dans un espace de dimension n, elle n'est pas libre : elle est liée. La propriété de nullité sur les familles liées donne detB(x1,,xn)=0.

Sens direct. Supposons que C=(x1,,xn) soit une base de E. Le théorème fondamental, appliqué à la base C, fournit la forme detC, qui est n-linéaire alternée. La propriété précédente, appliquée à f=detC avec la base B, donne

detC=detC(B) detB,

où l'on note detC(B) la valeur de detC sur la famille (e1,,en). Évaluons cette égalité de formes sur la famille C elle-même :

1=detC(C)=detC(B) detB(C).

Un produit valant 1, aucun des deux facteurs n'est nul : en particulier detB(C)0.

Propriété

Soient B et B deux bases de E. Alors

detB=detB(B) detBetdetB(B)×detB(B)=1.

Démonstration. La première égalité est l'application de la propriété de la droite vectorielle à f=detB. La seconde s'obtient en évaluant la première sur la famille B, ce qui donne 1=detB(B)detB(B).

Remarque

Le déterminant d'une famille dépend de la base choisie. L'écriture det(x1,,xn), sans indice, n'a aucun sens pour une famille de vecteurs d'un espace abstrait, exactement comme il n'y avait pas de « matrice d'un vecteur » sans préciser la base. Ce qui ne dépend pas de la base, c'est le fait d'être nul ou non nul : la formule de changement de base montre que les deux déterminants diffèrent d'un facteur non nul.

Nous verrons dans deux sections que, pour un endomorphisme, la situation est radicalement différente : le déterminant ne dépend alors plus du tout de la base. Ne confondez jamais les deux énoncés, c'est une confusion classique en colle.

Exemple

Dans R2 muni de sa base canonique B, prenons x1=(3,1) et x2=(6,2). Leurs coordonnées donnent, par la formule à 2!=2 termes,

detB(x1,x2)=3×21×6=0,

donc la famille est liée : en effet x2=2x1. Avec y2=(6,3) à la place, on obtient 3×31×6=30, donc (x1,y2) est une base de R2. Le critère annoncé en introduction est atteint : un seul nombre, calculé directement à partir des coordonnées, décide de la liberté de la famille.

Déterminant d'un endomorphisme

Définition et indépendance de la base

Propriété

Soient E de dimension n, uL(E) et B=(e1,,en) une base de E. Le scalaire

detB(u(e1),,u(en))

ne dépend pas de la base B choisie. On l'appelle le déterminant de l'endomorphisme u et on le note det(u).

Démonstration. Soient B=(e1,,en) et B=(e1,,en) deux bases de E. Considérons l'application

g:(x1,,xn)detB(u(x1),,u(xn)).

Elle est n-linéaire : par linéarité de u, remplacer xk par λxk+μy remplace u(xk) par λu(xk)+μu(y), et detB est linéaire en son k-ième argument. Elle est alternée : si xk=xl avec kl, alors u(xk)=u(xl) et detB s'annule.

La propriété de la droite vectorielle donne alors g=g(B)detB, soit, pour toute famille,

detB(u(x1),,u(xn))=detB(u(e1),,u(en))×detB(x1,,xn).()

Appliquons () à la famille B :

detB(u(e1),,u(en))=detB(u(e1),,u(en))×detB(B).

Par ailleurs, la formule de changement de base detB=detB(B)detB, appliquée à la famille (u(e1),,u(en)), donne

detB(u(e1),,u(en))=detB(B)×detB(u(e1),,u(en)).

Les membres de gauche de ces deux égalités coïncident, et detB(B)0 puisque B est une base. En simplifiant par ce facteur, on obtient

detB(u(e1),,u(en))=detB(u(e1),,u(en)),

ce qui est exactement l'indépendance annoncée.

Remarque

La relation () obtenue en cours de route mérite d'être retenue pour elle-même :

detB(u(x1),,u(xn))=det(u)detB(x1,,xn).

Elle donne le sens géométrique du déterminant d'un endomorphisme : c'est le facteur par lequel u multiplie les volumes orientés. Un endomorphisme de déterminant 2 double les volumes, un endomorphisme de déterminant 1 conserve les volumes en renversant l'orientation, et un endomorphisme de déterminant nul écrase l'espace sur un sous-espace strict.

Propriétés multiplicatives

Propriété

Soient E de dimension n, u,vL(E) et λK. Alors :

  1. det(idE)=1 ;
  2. det(vu)=det(v)det(u) ;
  3. det(λu)=λndet(u).

Démonstration. Point 1. Avec u=idE, on a det(idE)=detB(e1,,en)=1 par définition de detB.

Point 2. Fixons une base B. Par définition, puis par la relation () appliquée à v et à la famille (u(e1),,u(en)) :

det(vu)=detB(v(u(e1)),,v(u(en)))=det(v)detB(u(e1),,u(en))=det(v)det(u).

Point 3. On a (λu)(ej)=λu(ej) pour tout j. En utilisant la linéarité de detB par rapport à chacun de ses n arguments, on sort le facteur λ une fois par argument, soit n fois.

Automorphismes

Propriété

Soient E de dimension n et uL(E). Alors

uGL(E)    det(u)0,

et dans ce cas det(u1)=1det(u). L'application det:GL(E)(K,×) est un morphisme de groupes.

Démonstration. Fixons une base B. L'endomorphisme u est bijectif si et seulement si la famille (u(e1),,u(en)) est une base de E : c'est le théorème de caractérisation des isomorphismes par l'image d'une base, établi au chapitre précédent. Or, d'après la caractérisation des bases par le déterminant, cette famille est une base si et seulement si detB(u(e1),,u(en))0, c'est-à-dire det(u)0.

Si u est bijectif, l'égalité uu1=idE donne, par multiplicativité, det(u)det(u1)=1, d'où l'expression de det(u1).

Enfin, det envoie GL(E) dans K d'après le premier point, et transforme la composition en produit d'après la propriété précédente : c'est bien un morphisme de groupes.

Déterminant d'une matrice carrée

Définition et formule

Définition

Soit A=(ai,j)Mn(K), de colonnes C1,,Cn vues comme vecteurs de Mn,1(K). On appelle déterminant de A le scalaire

det(A)=detB0(C1,,Cn)=σSnε(σ)i=1naσ(i),i,

B0 désigne la base canonique de Mn,1(K). On le note aussi entre barres verticales :

det(A)=a1,1a1,nan,1an,n.

Propriété

Soient E de dimension n, B une base de E et uL(E). Alors :

  1. pour toute famille (x1,,xn) de vecteurs de E, detB(x1,,xn)=det(MatB(x1,,xn)) ;
  2. det(u)=det(MatB(u)), quelle que soit la base B.

Démonstration. Point 1. La matrice MatB(x1,,xn) a pour coefficient d'indice (i,j) la i-ème coordonnée de xj dans B, c'est-à-dire le scalaire ai,j de la formule du théorème fondamental. Les deux membres sont donc donnés par la même somme sur Sn.

Point 2. Par définition, MatB(u)=MatB(u(e1),,u(en)) ; le point 1 appliqué à la famille (u(e1),,u(en)) donne le résultat.

Les petites dimensions

En dimension 2, le groupe S2 a deux éléments, id de signature 1 et (1 2) de signature 1. La formule donne donc deux termes :

abcd=adbc.

En dimension 3, S3 a six éléments : l'identité et les deux 3-cycles, de signature 1, et les trois transpositions, de signature 1. On obtient six termes, que l'on retient par la règle de Sarrus : on recopie les deux premières colonnes à droite du tableau, on additionne les trois produits obtenus en descendant vers la droite, on retranche les trois produits obtenus en descendant vers la gauche. Explicitement,

a1,1a1,2a1,3a2,1a2,2a2,3a3,1a3,2a3,3=a1,1a2,2a3,3+a1,2a2,3a3,1+a1,3a2,1a3,2a1,3a2,2a3,1a1,1a2,3a3,2a1,2a2,1a3,3.

Exemple

210314251=2×1×1+(1)×4×(2)+002×4×5(1)×3×1=2+840+3=27.

Détail des six produits, dans l'ordre de la formule : 211=2, puis (1)4(2)=8, puis 035=0, puis 01(2)=0, puis 245=40, puis (1)31=3.

Remarque

La règle de Sarrus ne vaut QUE pour n=3. Il n'existe aucune règle analogue en dimension 4, et l'écrire est une faute lourde : le déterminant d'ordre 4 compte 4!=24 termes, alors que le schéma des diagonales n'en produirait que 8. En dimension 4 et au-delà, on calcule par opérations élémentaires ou par développement selon une rangée, jamais par un schéma de diagonales.

Notez aussi que Sarrus, même en dimension 3, est rarement la méthode la plus rapide : dès qu'il y a un ou deux zéros bien placés, le développement selon une rangée est plus sûr, car il y a moins de signes à gérer.

Produit, transposée, similitude

Propriété

Soient A,BMn(K) et λK. Alors :

  1. det(In)=1 et det(λA)=λndet(A) ;
  2. det(AB)=det(A)det(B) ;
  3. AGLn(K)    det(A)0, et alors det(A1)=1det(A) ;
  4. det(t ⁣A)=det(A) ;
  5. si A et B sont semblables, alors det(A)=det(B).

Démonstration. Points 1, 2 et 3. Notons uA et uB les endomorphismes de Kn canoniquement associés à A et B. Comme MatB0(uA)=A, la propriété précédente donne det(A)=det(uA), et de même pour B. Les trois énoncés se transportent alors depuis la section sur les endomorphismes : det(In)=det(id)=1 ; det(λA)=det(λuA)=λndet(uA) ; enfin uAB=uAuB donne det(AB)=det(uA)det(uB)=det(A)det(B), et A est inversible si et seulement si uA est bijectif, c'est-à-dire si et seulement si det(A)0, avec alors det(A)det(A1)=det(In)=1.

Point 4. Posons B=t ⁣A, de coefficients bi,j=aj,i. La formule donne

det(t ⁣A)=σSnε(σ)i=1nbσ(i),i=σSnε(σ)i=1nai,σ(i).

Fixons σ et effectuons dans le produit le changement d'indice j=σ(i), c'est-à-dire i=σ1(j). Lorsque i décrit [ ⁣[1,n] ⁣], j décrit aussi [ ⁣[1,n] ⁣], et le produit, dont les facteurs commutent, se réécrit

i=1nai,σ(i)=j=1naσ1(j),j.

Comme ε(σ)=ε(σ1), on obtient

det(t ⁣A)=σSnε(σ1)j=1naσ1(j),j.

Enfin, l'application σσ1 est une bijection de Sn sur lui-même, puisqu'elle est sa propre réciproque. Le changement d'indice ρ=σ1 dans la somme donne

det(t ⁣A)=ρSnε(ρ)j=1naρ(j),j=det(A).

Point 5. Si B=P1AP avec P inversible, alors

det(B)=det(P1)det(A)det(P)=1det(P)det(A)det(P)=det(A).

Le déterminant est donc bien le même pour deux matrices semblables.

Remarque

L'égalité det(t ⁣A)=det(A) a une conséquence pratique considérable, qu'il faut invoquer explicitement en rédaction : tout énoncé vrai sur les colonnes d'un déterminant est vrai sur ses lignes, et réciproquement. Le déterminant est linéaire par rapport à chaque ligne, il change de signe quand on échange deux lignes, il est nul si deux lignes sont égales ou si les lignes forment une famille liée. Nous ne redémontrerons donc jamais deux fois le même énoncé.

Remarque

Deux pièges à connaître par cœur.

D'abord, det(A+B)det(A)+det(B) en général. Le déterminant est linéaire par rapport à chaque colonne prise séparément, ce qui n'a rien à voir avec la linéarité par rapport à la matrice entière. Contre-exemple minimal :

A=(1000),B=(0001),detA=0,detB=0,det(A+B)=det(I2)=1.

On a bien 10+0.

Ensuite, det(λA)=λndet(A) et non λdet(A) : multiplier A par λ multiplie chacune de ses n colonnes par λ, donc sort λ exactement n fois. Contrôle numérique : det(2I3)=det(diag(2,2,2))=8=23×1.

Remarque

La réciproque du point 5 est fausse : deux matrices de même déterminant ne sont pas nécessairement semblables. Prenons

A=I2=(1001)etB=(1101).

Elles ont le même déterminant, égal à 1, et d'ailleurs la même trace, égale à 2. Pourtant elles ne sont pas semblables : pour toute matrice inversible P, on a P1I2P=I2B. Le déterminant est un invariant de similitude, il permet donc de démontrer que deux matrices ne sont pas semblables, jamais qu'elles le sont.

Calcul pratique des déterminants

Matrices triangulaires

Propriété

Soit A=(ai,j)Mn(K). Le déterminant d'une matrice triangulaire, supérieure ou inférieure, est le produit de ses coefficients diagonaux :

det(A)=i=1nai,i.

En particulier, le déterminant d'une matrice diagonale est le produit de ses coefficients diagonaux.

Démonstration. Supposons A triangulaire supérieure, c'est-à-dire ai,j=0 dès que i>j. Dans la formule

det(A)=σSnε(σ)i=1naσ(i),i,

un terme est non nul seulement si tous ses facteurs le sont, c'est-à-dire seulement si σ(i)i pour tout i[ ⁣[1,n] ⁣]. Montrons qu'une telle permutation est nécessairement l'identité, par récurrence sur i. Pour i=1 : σ(1)1 donc σ(1)=1. Soit i2 et supposons σ(k)=k pour tout k<i. Alors σ(i)i, et σ(i){1,,i1} car ces valeurs sont déjà atteintes par 1,,i1 et σ est injective : il reste σ(i)=i.

Seul le terme d'indice id subsiste donc, et il vaut ε(id)iai,i=iai,i.

Si A est triangulaire inférieure, t ⁣A est triangulaire supérieure de mêmes coefficients diagonaux, et det(A)=det(t ⁣A) donne le résultat.

Effet des opérations élémentaires

Propriété

Soit AMn(K). Les opérations élémentaires modifient son déterminant de la façon suivante.

Opération Effet sur det(A)
LiLj avec ij multiplié par 1
LiλLi avec λ0 multiplié par λ
LiLi+λLj avec ji inchangé

Les mêmes règles valent pour les opérations sur les colonnes.

Démonstration. Le déterminant est une forme n-linéaire alternée des colonnes. L'échange de deux colonnes change le signe : c'est l'antisymétrie. La multiplication d'une colonne par λ multiplie le déterminant par λ : c'est la linéarité par rapport à cette colonne. Enfin, pour la troisième opération, la linéarité par rapport à la colonne i donne

det(C1,,Ci+λCj,,Cn)=det(C1,,Ci,,Cn)+λdet(C1,,Cj,,Cn),

et le second déterminant est nul, puisque la colonne Cj y figure deux fois, aux rangs i et j. Le résultat pour les lignes s'en déduit par det(t ⁣A)=det(A).

Remarque

L'erreur classique du chapitre. En résolvant un système par le pivot, on a pris l'habitude de multiplier une ligne par un scalaire sans conséquence, puisque cela ne change pas l'ensemble des solutions. Pour un déterminant, c'est faux : l'opération LiλLi multiplie le déterminant par λ, et il faut donc diviser le résultat final par λ pour retrouver le déterminant de départ.

En revanche, LiLi+λLj avec ji ne change rien, et c'est l'opération de base pour faire apparaître des zéros. La règle de conduite est simple : dans un calcul de déterminant, privilégiez systématiquement les opérations du troisième type, ne faites de multiplication de ligne que pour sortir un facteur commun, et notez immédiatement le facteur sorti devant le déterminant.

Attention enfin à une variante piégeuse : l'opération LiλLi+μLj, avec ji et λ1, multiplie le déterminant par λ. Si vous l'utilisez pour éviter des fractions, ce qui est légitime, n'oubliez pas le facteur.

Développement selon une rangée

Définition

Soient n2 et AMn(K). Pour (i,j)[ ⁣[1,n] ⁣]2, on appelle mineur d'indice (i,j) de A, noté Δi,j, le déterminant de la matrice de Mn1(K) obtenue à partir de A en supprimant la ligne i et la colonne j. Le cofacteur d'indice (i,j) est

ci,j=(1)i+jΔi,j.

Propriété

Soit AMn(K) avec n2. Pour tout j[ ⁣[1,n] ⁣], on a le développement selon la colonne j :

det(A)=i=1n(1)i+jai,jΔi,j=i=1nai,jci,j.

Pour tout i[ ⁣[1,n] ⁣], on a le développement selon la ligne i :

det(A)=j=1n(1)i+jai,jΔi,j=j=1nai,jci,j.

Démonstration. Établissons d'abord un lemme : si NMn(K) s'écrit par blocs

N=(1L0M),

avec LM1,n1(K) et MMn1(K), alors det(N)=det(M).

En effet, notons 1,,n1 les coefficients de L et effectuons les opérations C1+kC1+kkC1 pour k allant de 1 à n1. Ce sont des opérations du troisième type, qui ne changent pas le déterminant, et comme C1 est le premier vecteur de la base canonique, elles annulent la première ligne à partir de la deuxième colonne sans toucher au bloc M. Donc det(N)=det(100M). Considérons maintenant l'application Ψ qui, aux n1 colonnes de M, associe ce dernier déterminant. Chaque colonne de la grande matrice s'obtient en complétant une colonne de M par un zéro en tête, ce qui dépend linéairement de cette colonne ; Ψ est donc (n1)-linéaire, et elle est alternée puisque deux colonnes égales dans M donnent deux colonnes égales dans la grande matrice. Par unicité, Ψ=Ψ(In1)det, et Ψ(In1)=det(In)=1 : d'où Ψ=det et le lemme.

Passons au développement selon la colonne j. Notons E1,,En les colonnes de la base canonique de Mn,1(K). La colonne Cj de A s'écrit Cj=i=1nai,jEi, et la linéarité du déterminant par rapport à la colonne j donne

det(A)=i=1nai,j det(C1,,Cj1,Ei,Cj+1,,Cn).

Fixons i et notons Di,j ce dernier déterminant. Amenons la colonne Ei en première position par j1 échanges successifs avec sa voisine de gauche ; chacun change le signe, et l'ordre relatif des autres colonnes est préservé. Amenons de même la ligne i en première position par i1 échanges avec sa voisine du dessus. Au total,

Di,j=(1)(j1)+(i1)det(1L0M)=(1)i+jdet(M),

puisque (1)i+j2=(1)i+j. La première colonne obtenue est bien t ⁣(100), car Ei n'a qu'un coefficient non nul, en ligne i, devenue la première. Quant au bloc M, il est formé des coefficients de A privés de la ligne i et de la colonne j, rangés dans leur ordre initial : c'est exactement la matrice dont le déterminant est Δi,j. Le lemme donne alors Di,j=(1)i+jΔi,j, d'où la formule annoncée.

Le développement selon la ligne i s'en déduit en appliquant ce qui précède à t ⁣A, dont le mineur d'indice (j,i) est Δi,j, et en utilisant det(t ⁣A)=det(A).

Remarque

Les signes (1)i+j se retiennent par le damier, qui commence par un + en haut à gauche et alterne dans les deux directions :

(++++++++).

Ne calculez jamais (1)i+j de tête au milieu d'un calcul : dessinez le damier en marge, vous diviserez par deux le nombre d'erreurs de signe.

Second réflexe : développez toujours selon la rangée qui contient le plus de zéros, puisque les termes correspondants disparaissent. Si aucune rangée n'est bien fournie, commencez par en fabriquer une avec des opérations du type LiLi+λLj, qui sont gratuites.

Matrices triangulaires par blocs

Propriété

Soient p,q1 avec p+q=n, AMp(K), BMq(K) et CMp,q(K). Alors

det(AC0B)=det(A)×det(B).

Le même résultat vaut pour une matrice triangulaire inférieure par blocs, et s'étend par récurrence à un nombre quelconque de blocs diagonaux.

Démonstration. Fixons B et C, et notons Φ l'application qui, aux p colonnes A1,,Ap de A, associe le déterminant du membre de gauche. Chaque colonne de la grande matrice correspondante s'obtient en complétant Ak par q zéros, ce qui dépend linéairement de Ak : Φ est donc p-linéaire. Si deux colonnes de A sont égales, deux colonnes de la grande matrice le sont aussi et le déterminant est nul : Φ est alternée. Par unicité,

Φ(A)=det(A)×Φ(Ip),ouˋΦ(Ip)=det(IpC0B).

Il reste à calculer Φ(Ip). Les p premières colonnes de cette matrice sont les p premiers vecteurs de la base canonique. En notant αi,k les coefficients de C et en effectuant, pour chaque k[ ⁣[1,q] ⁣], l'opération

Cp+kCp+ki=1pαi,kCi,

qui est une succession d'opérations du troisième type, on annule le bloc C sans changer le déterminant ni le bloc B. Donc

Φ(Ip)=det(Ip00B).

Le même argument qu'au début, appliqué cette fois aux q colonnes de B, montre que Bdet(Ip00B) est q-linéaire alternée, donc égale à det(B) fois sa valeur en Iq, laquelle vaut det(In)=1. Ainsi Φ(Ip)=det(B), ce qui achève la démonstration.

Pour une matrice triangulaire inférieure par blocs, on transpose : t ⁣(A0CB)=(t ⁣At ⁣C0t ⁣B), et l'on conclut par det(t ⁣A)=det(A).

Remarque

Attention à ne pas généraliser à l'aveugle : la formule det(ACDB)=det(A)det(B)det(C)det(D) est fausse en général. Le résultat ci-dessus exige impérativement un bloc nul en position (2,1) ou en position (1,2), et des blocs diagonaux carrés.

Deux déterminants d'ordre 4

Méthode

Choisir sa méthode de calcul. Devant un déterminant n×n, la question n'est jamais « comment calcule-t-on un déterminant » mais « quelle est la structure de celui-ci ».

  1. Y a-t-il beaucoup de zéros ? Si oui, développer selon la rangée qui en contient le plus. Une rangée à un seul coefficient non nul ramène immédiatement à un déterminant d'ordre n1.
  2. La matrice est-elle triangulaire ou triangulaire par blocs ? Si oui, la réponse est un produit, sans aucun calcul.
  3. Les lignes ont-elles une somme constante ? C'est fréquent dans les déterminants « à coefficients réguliers ». Faire alors C1C1+C2++Cn, ce qui crée une colonne constante, et sortir le facteur commun. Le déterminant devient bien plus simple.
  4. Y a-t-il un facteur commun sur une rangée ? Le sortir immédiatement, en le notant devant le déterminant.
  5. Sinon, pivot. Créer des zéros dans la première colonne avec des opérations LiLi+λL1, développer, recommencer. En pratique, sur un ordre 4, deux étapes suffisent.

Deux réflexes de sécurité, à appliquer systématiquement. D'une part, ne jamais mélanger opérations sur les lignes et sur les colonnes dans une même étape : on s'y perd. D'autre part, si des fractions apparaissent, c'est presque toujours le signe qu'un meilleur pivot était disponible ailleurs.

Exemple

Premier déterminant d'ordre 4, calculé de deux façons. Soit

A=(1234234134124123).

Méthode 1 : la somme des colonnes. Chaque ligne a pour somme 1+2+3+4=10. L'opération C1C1+C2+C3+C4 ne change pas le déterminant et donne une première colonne constante égale à 10, que l'on sort par linéarité :

det(A)=101234134114121123.

Les opérations L2L2L1, L3L3L1 et L4L4L1 laissent le déterminant inchangé et annulent le bas de la première colonne. Un développement selon cette colonne donne alors

det(A)=10113222111.

Il reste un déterminant d'ordre 3, que l'on développe selon la première ligne :

113222111=1×(22)1×(22)+(3)×(22)=0+4+12=16.

Donc det(A)=10×16=160.

Méthode 2 : le pivot direct. Repartons de A et effectuons L2L22L1, L3L33L1, L4L44L1, qui ne changent pas le déterminant. Les trois nouvelles lignes sont (0,1,2,7), (0,2,8,10) et (0,7,10,13). En développant selon la première colonne, il ne reste que le terme d'indice (1,1), de signe + :

det(A)=127281071013=(1)3127281071013,

où l'on a sorti un facteur 1 de chacune des trois lignes. Le déterminant restant vaut

1×(104100)2×(2670)+7×(2056)=4+88252=160,

d'où det(A)=1×(160)=160. Les deux méthodes concordent, et la première est nettement plus rapide : elle exploitait la structure.

Exemple

Second déterminant d'ordre 4, calculé de deux façons. Soit

B=(1021310202112130).

Méthode 1 : développement selon la première ligne. Elle contient un zéro, donc trois mineurs seulement sont à calculer. Les signes du damier sur la première ligne sont +, , +, :

det(B)=1×Δ1,10×Δ1,2+2×Δ1,3(1)×Δ1,4.

Calculons les trois mineurs utiles, chacun d'ordre 3, en développant à son tour selon sa première ligne.

Δ1,1=102211130=1(03)0(0+1)+2(6+1)=3+14=11,Δ1,3=312021210=3(0+1)1(02)+2(04)=3+28=3,Δ1,4=310021213=3(6+1)1(02)+0=21+2=23.

D'où det(B)=11+2×(3)+23=116+23=28.

Méthode 2 : réduction à une forme triangulaire. Le coefficient 1 en haut à gauche est un pivot idéal. Les opérations L2L23L1 et L4L42L1 ne changent pas le déterminant et donnent les lignes (0,1,6,5) et (0,1,1,2). Le tableau est maintenant

det(B)=1021016502110112.

Poursuivons avec le pivot 1 en position (2,2) : L3L32L2 donne (0,0,13,9) et L4L4+L2 donne (0,0,7,7). Sortons le facteur 7 de la dernière ligne, puis échangeons L3 et L4, ce qui change le signe :

det(B)=710210165001390011=710210165001100139.

Enfin L4L413L3 donne la dernière ligne (0,0,0,4), et la matrice est triangulaire supérieure :

det(B)=7×(1×1×1×4)=28.

Même valeur, par deux chemins entièrement différents. Notez le prix payé dans la seconde méthode : deux opérations à surveiller, le facteur 7 sorti et le signe de l'échange de lignes. C'est là que se logent les erreurs.

Le déterminant de Vandermonde

Propriété

Soient n2 et a1,,anK. Le déterminant de Vandermonde associé vaut

Vn(a1,,an)=111a1a2ana1n1a2n1ann1=1i<jn(ajai).

En particulier, ce déterminant est non nul si et seulement si les ai sont deux à deux distincts.

Démonstration du cas n=3. Notons a, b, c les trois scalaires. Effectuons les opérations C3C3C1 puis C2C2C1, qui ne changent pas le déterminant :

V3=111abca2b2c2=100abacaa2b2a2c2a2.

Développons selon la première ligne, qui ne comporte plus qu'un coefficient non nul :

V3=bacab2a2c2a2.

Comme b2a2=(ba)(b+a) et c2a2=(ca)(c+a), on peut sortir ba de la première colonne et ca de la seconde :

V3=(ba)(ca)11b+ac+a=(ba)(ca)(c+aba)=(ba)(ca)(cb),

ce qui est bien 1i<j3(ajai) avec a1=a, a2=b, a3=c.

Principe de la récurrence dans le cas général. On raisonne par récurrence sur n, l'initialisation à n=2 étant l'égalité V2=a2a1, immédiate. Pour l'hérédité, on effectue sur Vn les opérations

LiLia1Li1pour i deˊcroissant de n aˋ 2,

en commençant impérativement par la dernière ligne pour ne pas utiliser une ligne déjà modifiée. Ces opérations ne changent pas le déterminant. Le coefficient d'indice (i,j), qui valait aji1, devient

aji1a1aji2=aji2(aja1).

En particulier, la première colonne devient t ⁣(100), puisque a1i1a1a1i2=0. On développe alors selon cette colonne, ce qui ramène à un déterminant d'ordre n1 dont le coefficient d'indice (i,j) vaut aji2(aja1), pour i et j variant de 2 à n. Chaque colonne j admet le facteur commun aja1, que l'on sort : il reste exactement le déterminant de Vandermonde de a2,,an. D'où

Vn(a1,,an)=(j=2n(aja1))Vn1(a2,,an),

et l'hypothèse de récurrence donne Vn1(a2,,an)=2i<jn(ajai). En regroupant les deux produits, on obtient 1i<jn(ajai).

Remarque

Le critère de non-nullité mérite d'être retenu séparément, car il sert constamment : la matrice de Vandermonde est inversible si et seulement si les ai sont deux à deux distincts. C'est la traduction matricielle d'un fait connu depuis le chapitre sur les polynômes : un polynôme de degré au plus n1 ayant n racines distinctes est nul, et il existe un unique polynôme de degré au plus n1 prenant des valeurs imposées en n points distincts.

Attention à l'ordre des facteurs dans le résultat : c'est ajai pour i<j, c'est-à-dire toujours « le plus grand indice moins le plus petit ». Une erreur d'ordre change le résultat d'un signe (1)n(n1)/2.

Comatrice et inverse

La comatrice

Définition

Soient n2 et AMn(K). On appelle comatrice de A, notée Com(A), la matrice de Mn(K) dont le coefficient d'indice (i,j) est le cofacteur ci,j=(1)i+jΔi,j.

Propriété

Pour toute AMn(K) avec n2,

A×tCom(A)=tCom(A)×A=det(A)In.

Démonstration. Calculons le coefficient d'indice (i,k) du produit A×tCom(A). Le coefficient d'indice (j,k) de tCom(A) est ck,j, donc

(A×tCom(A))i,k=j=1nai,jck,j.

Cas i=k. La somme jai,jci,j est exactement le développement de det(A) selon la ligne i : le coefficient vaut det(A).

Cas ik. Notons A la matrice obtenue à partir de A en remplaçant sa ligne k par une copie de sa ligne i, toutes les autres lignes étant inchangées. La matrice A possède alors deux lignes identiques, les lignes i et k, donc det(A)=0. Développons det(A) selon sa ligne k : les coefficients de cette ligne sont les ai,j, et les cofacteurs correspondants s'obtiennent en supprimant la ligne k et la colonne j de A, donc ne font pas intervenir la ligne k ; comme A et A ne diffèrent que par cette ligne, ces cofacteurs sont ceux de A, c'est-à-dire les ck,j. Ainsi

0=det(A)=j=1nai,jck,j,

et le coefficient d'indice (i,k) du produit est nul.

Le produit A×tCom(A) a donc tous ses coefficients diagonaux égaux à det(A) et tous ses autres coefficients nuls : il vaut det(A)In.

Pour l'autre produit, observons d'abord que Com(t ⁣A)=tCom(A). En effet, la matrice obtenue en supprimant la ligne i et la colonne j de t ⁣A est la transposée de celle obtenue en supprimant la ligne j et la colonne i de A : leurs déterminants sont donc égaux, et les signes (1)i+j coïncident. Appliquons alors la relation déjà démontrée à la matrice t ⁣A :

t ⁣A×tCom(t ⁣A)=det(t ⁣A)In,c’est-aˋ-diret ⁣A×Com(A)=det(A)In,

en utilisant tCom(t ⁣A)=t(tCom(A))=Com(A) et det(t ⁣A)=det(A). Il ne reste qu'à transposer cette égalité, en se souvenant que t(XY)=tYtX :

tCom(A)×A=det(A)In.

Les deux produits valent donc bien det(A)In.

Inverse et systèmes de Cramer

Propriété

Soit AMn(K) avec n2. Si A est inversible, alors

A1=1det(A) tCom(A).

Démonstration. Si det(A)0, la relation précédente se divise par det(A) et donne

A×(1det(A)tCom(A))=(1det(A)tCom(A))×A=In,

ce qui est exactement la définition de l'inverse.

Exemple

Le cas n=2, à connaître par cœur. Pour A=(abcd), supprimer une ligne et une colonne ne laisse qu'un seul coefficient, celui qui occupe la position diagonalement opposée : Δ1,1=d, Δ1,2=c, Δ2,1=b, Δ2,2=a. Avec le damier des signes,

Com(A)=(dcba),tCom(A)=(dbca),

d'où, lorsque adbc0,

A1=1adbc(dbca).

On retrouve la formule vue au premier semestre : on échange les coefficients diagonaux, on change le signe des deux autres, on divise par le déterminant.

Remarque

Cette formule est un outil théorique, pas une méthode de calcul. Pour inverser une matrice 4×4 par la comatrice, il faut calculer 16 déterminants d'ordre 3, soit 96 produits de trois facteurs, là où le pivot demande quelques dizaines d'opérations élémentaires. Dès n3, et à coup sûr dès n4, la méthode de calcul reste le pivot de Gauss.

L'intérêt de la formule est ailleurs, et il est considérable : elle montre que les coefficients de A1 sont des fonctions polynomiales des coefficients de A, divisées par det(A). C'est ce qui permet, par exemple, de démontrer qu'une matrice à coefficients entiers de déterminant 1 ou 1 a un inverse à coefficients entiers, ou d'étudier la dépendance de A1 vis-à-vis d'un paramètre.

Propriété

Soit AGLn(K), de colonnes C1,,Cn, et soit YMn,1(K). Le système AX=Y, appelé système de Cramer, admet une unique solution X=t ⁣(x1xn), donnée par

xj=det(C1,,Cj1,Y,Cj+1,,Cn)det(A)pour tout j[ ⁣[1,n] ⁣],

c'est-à-dire : au numérateur, le déterminant de A dans laquelle la colonne j a été remplacée par le second membre.

Démonstration. L'existence et l'unicité de la solution sont acquises : X=A1Y. Il reste à calculer ses coefficients. L'égalité AX=Y se lit, en colonnes, Y=k=1nxkCk. Fixons j et remplaçons Y par cette expression dans le numérateur ; la linéarité du déterminant par rapport à sa j-ème colonne donne

det(C1,,Y,,Cn)=k=1nxkdet(C1,,Cj1,Ck,Cj+1,,Cn).

Pour kj, la colonne Ck figure deux fois dans le déterminant, aux rangs k et j : le terme est nul. Il ne reste que le terme k=j, égal à xjdet(A). On divise par det(A), qui est non nul.

Remarque

Comme la formule de la comatrice, dont elle est d'ailleurs une conséquence directe, la formule de Cramer est un outil théorique. Elle demande le calcul de n+1 déterminants d'ordre n, là où le pivot résout le système en une seule descente. On l'utilise pour n=2 ou n=3, ou lorsque le système dépend d'un paramètre et que l'on veut une expression littérale de la solution.

Méthodes à retenir

Méthode

1. Calculer la signature d'une permutation.

Décomposer en cycles à supports disjoints en suivant les orbites, puis appliquer ε=(1)p11(1)pr1 : seuls les cycles de longueur paire apportent un 1. Ne jamais chercher à décomposer en transpositions pour compter les facteurs, c'est plus long et plus risqué.

Cas particuliers à connaître : une transposition est impaire, un 3-cycle est pair, l'identité est paire.

Méthode

2. Décider si une famille est une base, ou si une matrice est inversible.

Écrire la matrice de la famille dans une base B de référence, en colonnes, et calculer son déterminant. La famille est une base si et seulement si ce déterminant est non nul ; la matrice est inversible sous la même condition.

Deux remarques de rédaction. D'abord, vérifier que la famille compte bien n vecteurs dans un espace de dimension n : le critère du déterminant ne s'applique qu'à ce cas, sinon il faut revenir au rang. Ensuite, le déterminant dépend de la base B choisie, mais son caractère nul ou non nul n'en dépend pas : n'importe quelle base commode fait l'affaire, en général la base canonique.

Méthode

3. Calculer un déterminant dépendant d'un paramètre.

L'objectif est presque toujours de factoriser le résultat, jamais de le développer : on cherche à savoir pour quelles valeurs du paramètre le déterminant s'annule. Développer un polynôme en x de degré n pour ensuite chercher ses racines est le plus sûr moyen de perdre du temps.

Marche à suivre : chercher d'abord une somme constante de rangées, sortir le facteur obtenu, puis créer des zéros par différences de lignes, qui font apparaître des facteurs du type xa.

Exemple traité. Soient a,xK et

D(x)=xaaaxaaax.

Chaque ligne a pour somme x+2a, donc C1C1+C2+C3 donne une première colonne constante, que l'on sort :

D(x)=(x+2a)1aa1xa1ax.

Puis L2L2L1 et L3L3L1 donnent les lignes (0, xa, 0) et (0, 0, xa), et la matrice est triangulaire :

D(x)=(x+2a)(xa)2.

Conclusion immédiate : la matrice est inversible si et seulement si xa et x2a.

Méthode

4. Faire apparaître un facteur commun.

Si tous les coefficients d'une rangée sont divisibles par un même scalaire λ, le sortir immédiatement : on divise la rangée par λ et on écrit λ devant le nouveau déterminant, puisque le déterminant est linéaire par rapport à cette rangée. Si les n rangées admettent le même facteur, on sort λn, ce qui est exactement la formule det(λA)=λndet(A).

Le cas le plus rentable est celui où le facteur commun n'apparaît qu'après une combinaison de rangées, comme dans la méthode 3 : c'est le réflexe « somme constante ». Pensez aussi aux facteurs cachés du type a2b2=(ab)(a+b), qui apparaissent dans les déterminants de Vandermonde.

Méthode

5. Reconnaître un déterminant de Vandermonde.

Signalement : les lignes (ou les colonnes) sont les puissances successives 0,1,,n1 de n scalaires, une par colonne (ou par ligne). Une ligne entière de 1 en haut est le premier indice.

Une fois reconnu, on écrit directement 1i<jn(ajai), sans refaire la démonstration. Attention aux variantes : si les lignes sont dans l'ordre des puissances décroissantes, il faut remettre l'ordre croissant par des échanges de lignes, en comptant les signes ; si les puissances vont de 1 à n au lieu de 0 à n1, il faut d'abord sortir le facteur aj de chaque colonne, ce qui donne (jaj)Vn.

Méthode

6. Exploiter det(t ⁣A)=det(A).

Deux usages. Le premier est un confort de calcul : lorsque les colonnes sont plus commodes que les lignes, on travaille sur les colonnes sans se justifier davantage.

Le second est un outil de démonstration. Le schéma type : on part d'une relation entre A et t ⁣A, on prend le déterminant des deux membres, et l'égalité det(t ⁣A)=det(A) donne une équation sur le seul nombre det(A).

Exemple traité. Soit AMn(R) antisymétrique, c'est-à-dire t ⁣A=A, avec n impair. En prenant les déterminants,

det(A)=det(t ⁣A)=det(A)=(1)ndet(A)=det(A),

donc 2det(A)=0, puis det(A)=0 : une matrice antisymétrique de taille impaire n'est jamais inversible. Notez où sert l'hypothèse « n impair », et où sert le fait que 20 dans R.

Méthode

7. Montrer qu'un déterminant est nul sans le calculer.

Chercher une relation linéaire entre les rangées : c'est presque toujours plus rapide qu'un calcul, et c'est ce qu'attend l'énoncé quand il demande de « montrer que » le déterminant est nul.

Les signalements les plus fréquents : deux rangées égales ou proportionnelles ; une rangée nulle ; une rangée qui est la somme ou la différence de deux autres ; toutes les rangées de somme nulle, auquel cas C1++Cn=0 fournit directement la relation.

Exemple traité. Pour

123456789,

on remarque que C1+C3=2C2, coefficient par coefficient : 1+3=2×2, 4+6=2×5, 7+9=2×8. La famille des colonnes est donc liée, et le déterminant est nul. Aucun calcul n'a été nécessaire.

Méthode

8. Utiliser le déterminant comme invariant.

Le déterminant est un invariant de similitude : deux matrices semblables ont le même déterminant. Pour montrer que A et B ne sont pas semblables, il suffit donc d'exhiber det(A)det(B). La réciproque est fausse, et une réponse qui conclut à la similitude à partir de l'égalité des déterminants est fausse.

Autre usage, très fréquent en exercice : prendre le déterminant des deux membres d'une équation matricielle pour obtenir une équation numérique. Par exemple, de A2=In on tire det(A)2=(1)n, ce qui est impossible dans R si n est impair : une telle matrice réelle n'existe pas en dimension impaire.

Les identités mobilisées dans ce type de raisonnement sont toujours les mêmes : det(AB)=det(A)det(B), det(λA)=λndet(A), det(A1)=1/det(A) et det(t ⁣A)=det(A). En revanche, aucune formule ne donne det(A+B) : si votre raisonnement en a besoin, il est faux.

Bloqué sur « Groupe symétrique et déterminants » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.