MPSI · Chapitre 11 · Second semestre

Analyse asymptotique

Domination, négligeabilité, équivalents, développements limités usuels, formule de Taylor-Young, développements asymptotiques de suites et d'intégrales.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Domination
  • Négligeabilité
  • Équivalents
  • Développements limités usuels
  • Formule de Taylor-Young
  • Développements asymptotiques de suites et d'intégrales

Depuis le début de l'année, chaque limite a été un cas particulier. Pour n2+3n2n21, on factorise par n2. Pour n+1n, on multiplie par la quantité conjuguée. Pour sinxx, on invoque le taux d'accroissement du sinus en 0. Pour (1+1n)n, on passe au logarithme. Chaque expression nouvelle réclame une astuce nouvelle, et l'on finit par retenir la ruse plutôt que le résultat. Ce chapitre remplace cette collection de ruses par une méthode : une fois celle-ci en main, la quasi-totalité des formes indéterminées se traite par un calcul réglé, presque sans idée.

Le changement de point de vue tient en une phrase : on cesse de se demander vers quoi une quantité tend, pour se demander comment elle y tend, c'est-à-dire à quelle vitesse. Dire que n2 et n2+3n tendent toutes deux vers + n'apprend rien ; dire qu'elles y tendent à la même vitesse, alors que n3 y va infiniment plus vite, permet de comparer, de classer, et surtout de négliger sans se tromper. C'est le mot d'ordre du chapitre. Dans n2+3n, le terme 3n ne pèse rien face à n2 : on peut l'oublier, à condition de dire clairement dans quel sens. Mais tout dépend du calcul où on l'oublie : dans une différence, le terme que l'on croyait négligeable devient parfois le terme principal, et c'est exactement ce qui rend n+1n délicat. Toute la technicité du chapitre consiste à savoir jusqu'où pousser l'approximation.

Deux outils vont être construits, et ils fonctionnent ensemble. Le premier est un langage : les relations de comparaison, qui permettent d'écrire noir sur blanc « cette quantité est négligeable devant celle-là » (o), « elle est du même ordre de grandeur » (O), « elle se comporte comme » (). Ce langage est d'abord bâti pour les suites, puis transposé mot pour mot aux fonctions au voisinage d'un point. Le second outil est un instrument de mesure : le développement limité, qui remplace une fonction compliquée par un polynôme, avec un contrôle exact de l'erreur commise. La formule de Taylor-Young fournit ces polynômes pour toutes les fonctions usuelles d'un seul coup, et l'on apprendra à les additionner, les multiplier, les composer, les primitiver, exactement comme on manipule des nombres.

Le bénéfice est très concret. Une forme indéterminée 00 se lève en trois lignes de développement limité. La tangente d'une courbe en un point, et surtout la position de la courbe par rapport à cette tangente, se lisent sur les premiers coefficients. Une asymptote oblique en +, avec le côté par lequel la courbe s'en approche, s'obtient par le même calcul après un changement de variable. Le comportement fin d'une suite récurrente comme un+1=sin(un), la taille de la somme 1+12++1n, la vitesse à laquelle une intégrale 01xn1+xdx tend vers zéro : tout cela devient accessible, alors qu'aucun de ces problèmes ne se traite avec les seuls théorèmes sur les limites.

Le plan suit cette progression. Nous comparons d'abord les suites entre elles, en insistant lourdement sur ce qui est permis et sur ce qui est interdit — les fautes sur les équivalents sont les plus fréquentes de l'année. Nous établissons ensuite le classement des suites de référence, les fameuses croissances comparées. Le même langage est alors transporté aux fonctions. Vient le cœur du chapitre : les développements limités, leur unicité, la formule de Taylor-Young, le catalogue des développements usuels et les cinq opérations qui permettent de les combiner. Nous en tirons les applications géométriques, puis nous poussons la machine plus loin avec les développements asymptotiques, qui donnent le comportement d'une suite implicite, d'une suite récurrente, d'une somme ou d'une intégrale. Une dernière section rassemble les méthodes.

Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes. Dire qu'une propriété est vraie au voisinage de + pour une suite signifie qu'elle est vraie à partir d'un certain rang, c'est-à-dire qu'il existe n0N tel qu'elle soit vraie pour tout nn0 ; pour une fonction, être vraie au voisinage de aR signifie qu'il existe η>0 telle qu'elle soit vraie sur ]aη,a+η[ (intersecté avec l'ensemble de définition), et au voisinage de + qu'il existe AR telle qu'elle soit vraie sur ]A,+[. Les suites sont notées (un), (vn), (wn), les fonctions f, g, h ; les lettres ε et ε(x) sont réservées aux suites et aux fonctions de limite nulle au point considéré, et la lettre θ à celles de limite 1. Les trois relations de comparaison se notent un=O(vn) (dominée), un=o(vn) (négligeable) et unvn (équivalente) ; pour les fonctions, on précise le point sous le symbole, fag, ou bien en toutes lettres « au voisinage de a ». Enfin, DLn(0) désigne un développement limité à l'ordre n au voisinage de 0, DLn(a) un développement limité à l'ordre n au voisinage de a, et f(k) la dérivée k-ième de f, avec la convention f(0)=f. La variable h est réservée à l'accroissement dans les développements en un point a, où l'on pose systématiquement x=a+h.

Comparer deux suites

Les trois relations de comparaison

Toutes les définitions de cette section reposent sur la même idée : écrire un comme le produit de vn par un facteur dont on contrôle le comportement. Ce facteur est borné, ou de limite nulle, ou de limite 1 — et ces trois choix donnent les trois relations du chapitre.

Définition

Soient (un) et (vn) deux suites réelles.

  1. On dit que (un) est dominée par (vn), et l'on écrit un=O(vn), lorsqu'il existe une suite bornée (wn) et un rang n0 tels que
nn0,un=wnvn.
  1. On dit que (un) est négligeable devant (vn), et l'on écrit un=o(vn), lorsqu'il existe une suite (εn) de limite nulle et un rang n0 tels que
nn0,un=εnvn.
  1. On dit que (un) est équivalente à (vn), et l'on écrit unvn, lorsqu'il existe une suite (θn) de limite 1 et un rang n0 tels que
nn0,un=θnvn.

Le symbole o se lit « petit o », le symbole O « grand O », et ces notations sont dues à Landau. Voici leur traduction en langage quantifié, qui est parfois plus commode dans les démonstrations.

Propriété

Soient (un) et (vn) deux suites réelles.

  1. un=O(vn) si et seulement s'il existe M0 et un rang n0 tels que unMvn pour tout nn0.
  2. un=o(vn) si et seulement si, pour tout ε>0, il existe un rang n0 tel que unεvn pour tout nn0.

Démonstration. Point 1, sens direct. Si un=wnvn à partir du rang n0 avec (wn) bornée par M, alors un=wnvnMvn pour nn0.

Point 1, réciproque. Supposons unMvn pour nn0. Posons wn=unvn lorsque vn0, et wn=0 sinon. Si vn=0, l'inégalité impose un=0, donc l'égalité un=wnvn est vraie dans les deux cas ; et wnM, donc (wn) est bornée.

Point 2. Même raisonnement, en remplaçant « (wn) bornée » par « (εn) de limite nulle » : dire que εn0, c'est dire que pour tout ε>0 on a εnε à partir d'un certain rang.

En pratique, on ne travaille presque jamais avec ces définitions : dès que la suite de référence (vn) ne s'annule pas, tout se lit sur le quotient, et c'est la caractérisation à utiliser.

Propriété

Caractérisation par le quotient. Supposons vn0 à partir d'un certain rang. Alors :

  1. un=O(vn) si et seulement si la suite (unvn) est bornée à partir d'un certain rang ;
  2. un=o(vn) si et seulement si unvnn+0 ;
  3. unvn si et seulement si unvnn+1.

Démonstration. Traitons le point 3, les deux autres étant identiques. Supposons unvn : il existe (θn) de limite 1 et un rang n0 tels que un=θnvn pour nn0. Quitte à augmenter n0, on peut supposer aussi vn0 pour nn0 ; en divisant, unvn=θn1.

Réciproquement, si unvn1, posons θn=unvn pour n assez grand : c'est une suite de limite 1 et un=θnvn.

Remarque

L'abus de notation du signe « = ». L'écriture un=o(vn) est trompeuse : le symbole o(vn) ne désigne aucun objet précis, mais une propriété. Il faudrait écrire uno(vn), en pensant o(vn) comme l'ensemble des suites négligeables devant (vn). L'usage a imposé le signe « = », qui est commode dans les calculs mais qui interdit trois manipulations habituelles.

  • Ce « = » ne se lit que de gauche à droite. On écrit n=o(n2), jamais o(n2)=n.
  • Il n'est pas transitif au sens naïf : de n=o(n2) et n3/2=o(n2) on ne déduit surtout pas n=n3/2. Deux écritures o(vn) apparaissant dans un même calcul désignent en général deux suites différentes.
  • On ne le simplifie pas : dans o(x3)+o(x3)=o(x3), chaque membre a un sens (« une somme de deux suites négligeables devant x3 est négligeable devant x3 »), mais l'égalité n'est pas une simplification algébrique, c'est un théorème.

Retenez la règle de lecture : un o écrit dans un calcul est une poubelle, dans laquelle on jette ce dont on a démontré qu'on peut le négliger. On y jette, on n'en ressort rien.

Ce que chaque relation signifie

Remarque

Soient (un) et (vn) deux suites, avec vn0 à partir d'un certain rang. Voici comment lire chacune des trois relations.

  • un=O(vn) : la suite (un) ne dépasse pas (vn) en ordre de grandeur. Elle peut être beaucoup plus petite, ou de même taille, mais pas plus grande.
  • un=o(vn) : la suite (un) est infiniment plus petite que (vn). Le rapport des deux tend vers 0.
  • unvn : les deux suites ont le même comportement ; leur rapport tend vers 1, ce qui est bien plus fort que d'avoir la même limite.

Exemple

Lecture des trois relations sur des exemples.

Domination. (1)nn=O ⁣(1n), car le quotient vaut (1)n, qui est borné. En revanche (1)nn n'est équivalent à 1n ni à 1n : le quotient n'a pas de limite. La domination est la relation la plus grossière des trois, et c'est aussi la seule qui tolère les oscillations.

Négligeabilité. n=o ⁣(n2) car nn2=1n0. De même 1n2=o ⁣(1n) : attention, pour des suites qui tendent vers 0, c'est la plus petite qui est négligeable devant l'autre. La négligeabilité ne dit rien sur la limite, elle compare deux vitesses.

Équivalence. n2+3nn2 car n2+3nn2=1+3n1. C'est le prototype : une somme est équivalente à son terme dominant.

Deux cas particuliers utiles. un=o(1) signifie exactement un0, et un=O(1) signifie exactement que (un) est bornée à partir d'un certain rang.

Premières propriétés

Propriété

Soient (un) et (vn) deux suites réelles.

  1. unvn    unvn=o(vn).
  2. Si un=o(vn), alors un=O(vn). La réciproque est fausse.
  3. La relation est une relation d'équivalence : elle est réflexive, symétrique et transitive.

Démonstration. Point 1. Supposons unvn : il existe (θn) de limite 1 telle que un=θnvn à partir d'un certain rang. Alors

unvn=(θn1)vn,

et la suite (θn1) tend vers 0 : c'est exactement dire unvn=o(vn). Réciproquement, si unvn=εnvn avec εn0, alors un=(1+εn)vn et (1+εn) tend vers 1, donc unvn.

Point 2. Une suite de limite nulle est bornée : le facteur (εn) de la définition de o convient comme facteur borné dans la définition de O. Pour la réciproque, (1)n=O(1) mais (1)n n'est pas o(1), puisque la suite ((1)n) ne tend pas vers 0.

Point 3, réflexivité. un=1×un, et la suite constante égale à 1 a bien pour limite 1. Donc unun.

Point 3, symétrie. Supposons unvn, c'est-à-dire un=θnvn pour nn0, avec θn1. Comme θn1>12, il existe un rang n1 tel que θn12 — en particulier θn0 — pour tout nn1. Pour nmax(n0,n1), on peut donc écrire

vn=1θnun,

et la suite (1θn) tend vers 1 par quotient de limites. Donc vnun.

Point 3, transitivité. Supposons unvn et vnwn : il existe (θn) et (θn) de limite 1 telles que un=θnvn et vn=θnwn à partir d'un certain rang. Alors un=θnθnwn, et (θnθn) tend vers 1 comme produit de deux suites de limite 1. Donc unwn.

Propriété

Équivalents et limites.

  1. Si unvn et si (vn) admet une limite , finie ou infinie, alors (un) admet la même limite .
  2. Réciproquement, si (un) admet une limite finie et non nulle, alors un, où désigne la suite constante.

Démonstration. Point 1. Écrivons un=θnvn avec θn1. Si est finie, le produit de limites donne un1×=. Si =+, on utilise le fait que θn12 à partir d'un certain rang, et que vn>0 à partir d'un certain rang : alors unvn2 pour n assez grand, et le théorème de minoration donne un+. Le cas = s'en déduit en changeant les signes.

Point 2. Supposons un avec R. Alors un1, ce qui est exactement un d'après la caractérisation par le quotient (la suite constante ne s'annule pas).

Remarque

Le point 1 ne se retourne pas. Avoir la même limite n'entraîne jamais l'équivalence. Les suites 1n et 1n2 tendent toutes deux vers 0, les suites n et n2 tendent toutes deux vers +, et dans les deux cas elles ne sont pas équivalentes. C'est bien le sens du chapitre : la limite est une information grossière, l'équivalent est une information de vitesse.

Le point 2, lui, est un réflexe de calcul très rentable. Dans un produit ou un quotient, tout facteur qui tend vers une limite finie non nulle peut être remplacé par cette limite : par exemple (3+1n)lnn3lnn.

Propriété

Signe d'un équivalent. Si unvn, alors un et vn ont le même signe à partir d'un certain rang : plus précisément, il existe un rang n0 tel que unvn0 pour tout nn0, avec un et vn simultanément nuls, simultanément strictement positifs, ou simultanément strictement négatifs.

Démonstration. Écrivons un=θnvn pour nn1, avec θn1. Puisque θn1 et que 1>0, il existe un rang n2 tel que θn>0 pour tout nn2 (appliquer la définition de la limite avec ε=12 : θn12>0).

Posons n0=max(n1,n2). Pour nn0, l'égalité un=θnvn avec θn>0 montre que un et vn sont nuls en même temps, et qu'ils ont le même signe strict sinon ; en multipliant, unvn=θnvn20.

Remarque

Une conséquence pratique. Pour étudier le signe d'une suite compliquée, il suffit d'en trouver un équivalent simple : le signe de l'équivalent donne celui de la suite à partir d'un certain rang. C'est l'argument standard pour montrer qu'une suite est positive au bout d'un moment, ou pour discuter la position d'une courbe par rapport à sa tangente, plus loin dans ce chapitre.

Le cas interdit : l'équivalent à la suite nulle

Remarque

Attention. Aucune suite n'est équivalente à la suite nulle, sauf si elle est nulle à partir d'un certain rang.

En effet, si un0, la définition fournit une suite (θn) de limite 1 telle que un=θn×0=0 à partir d'un certain rang : la suite (un) est donc nulle à partir d'un certain rang. Il n'y a pas d'autre possibilité.

Ne jamais écrire « un0 » pour dire que un tend vers 0. C'est faux, et c'est de plus inutile : l'écriture correcte est un=o(1), ou tout simplement un0.

La raison profonde est que compare des vitesses. Les deux suites un=1n et vn=1n2 tendent vers 0, mais

unvn=nn++,

donc elles ne sont pas équivalentes : vn tend vers 0 infiniment plus vite que un, et l'on écrit vn=o(un). Écrire un0 et vn0 reviendrait, par transitivité, à écrire unvn : la relation perdrait tout son intérêt.

Opérations licites sur les équivalents

Voici ce que l'on a le droit de faire. La liste est courte, et il faut la connaître exactement : tout ce qui n'y figure pas est à considérer comme interdit jusqu'à démonstration du contraire.

Propriété

Soient (un), (vn), (an), (bn) des suites réelles telles que unvn et anbn.

  1. Produit : unanvnbn.
  2. Quotient : si an et bn sont non nuls à partir d'un certain rang, unanvnbn.
  3. Puissance à exposant fixe : pour tout αR fixé, si un et vn sont strictement positifs à partir d'un certain rang, unαvnα. En particulier unvn et 1un1vn.
  4. Valeur absolue : unvn.

Démonstration. Point 1. Par hypothèse, il existe deux suites (θn) et (θn) de limite 1 et un rang n0 tels que, pour nn0,

un=θnvnetan=θnbn.

En multipliant ces deux égalités : unan=θnθnvnbn pour nn0. La suite (θnθn) tend vers 1 comme produit de deux suites de limite 1, donc unanvnbn.

Point 2. Reprenons les mêmes notations. Comme θn1, il existe un rang à partir duquel θn12, donc θn0. Pour n assez grand, an et bn sont non nuls et

unan=θnvnθnbn=θnθnvnbn,

avec θnθn1 par quotient de limites. D'où le résultat.

Point 3. Pour n assez grand, un>0 et vn>0, et unvn1. Alors

unαvnα=(unvn)α=exp(αlnunvn)n+exp(αln1)=1

par continuité de ln en 1 et de exp en 0. Donc unαvnα.

Point 4. De un=θnvn on tire un=θnvn, et θn1 par continuité de la valeur absolue.

Remarque

L'exposant doit être une constante. Le point 3 s'applique à un3, un, un1/2, mais pas à unn ni à unvn, où l'exposant dépend de n. Contre-exemple immédiat : 1+1n1, mais

(1+1n)nn+ealors que1n=1.

Les deux suites ne sont donc pas équivalentes. Pour une puissance dont l'exposant varie, il n'y a qu'une seule route : repasser par unvn=evnlnun et travailler sur l'exposant.

Les interdits

Remarque

Attention. Trois interdits, et un quatrième pour la route. Ce sont les fautes les plus fréquentes de tout le programme d'analyse. Chacune est illustrée par un contre-exemple chiffré : apprenez les contre-exemples, ce sont eux qui vous retiendront le jour du concours.

Premier interdit : on n'additionne pas les équivalents. Il est faux que unan et vnbn entraînent un+vnan+bn. Prenons

un=n+1,an=n,vn=n,bn=n.

On a bien unan (le quotient vaut 1+1n1) et vnbn (les deux suites sont égales). Pourtant

un+vn=1etan+bn=0,

et la suite constante 1 n'est certainement pas équivalente à la suite nulle. Le mécanisme est toujours le même : dans une somme de termes qui se compensent, les termes principaux s'annulent et ce sont les termes négligés qui décident du résultat. Face à une somme dont les termes dominants se détruisent, l'équivalent est inutilisable : il faut un développement limité ou une factorisation.

Deuxième interdit : on ne compose pas un équivalent par l'exponentielle. Il est faux que unvn entraîne eunevn. Prenons

un=n+lnnetvn=n.

On a unvn, car n+lnnn=1+lnnn1. Mais

eun=en+lnn=neneteunevn=nenen=nn++.

Les deux suites ne sont pas équivalentes. La raison est claire : eunevn=eunvn, et savoir que unvn1 ne dit rien sur unvn, qui peut parfaitement tendre vers l'infini. La bonne condition, à retenir, est : eunevn si et seulement si unvn0.

Troisième interdit : on ne compose pas un équivalent par le logarithme sans précaution. Prenons

un=1+1netvn=1.

On a unvn, mais

lnun=ln(1+1n)1ntandis quelnvn=ln1=0.

Aucune suite non nulle n'étant équivalente à la suite nulle, lnun n'est pas équivalent à lnvn. Ce qui casse ici, c'est que la limite commune vaut 1, point où le logarithme s'annule.

Quatrième interdit : on ne dérive pas un équivalent. L'énoncé n'a pas de sens pour les suites, mais il en aura pour les fonctions à la section suivante, et l'erreur est classique. Sur ]0,+[, posons f(x)=x et g(x)=x+x2sin(1x2). Alors g0f, puisque g(x)f(x)=1+xsin(1x2)1. Pourtant

f(x)=1etg(x)=1+2xsin(1x2)2xcos(1x2),

et le quotient g(x)f(x)=g(x) n'a pas de limite en 0 (le dernier terme n'est même pas borné). Un équivalent est une information sur les valeurs d'une fonction, jamais sur sa pente.

Remarque

La version correcte du passage au logarithme. Le logarithme est en réalité très facile à composer, à une condition près, qu'il faut vérifier explicitement.

Soient (un) et (vn) deux suites strictement positives telles que unvn, et supposons que vn avec [0,+] et 1. Alors lnunlnvn.

En effet, écrivons lnun=lnvn+lnunvn, où le second terme tend vers ln1=0, puis formons le quotient :

lnunlnvn=1+lnunvnlnvn.

Deux cas. Si est un réel strictement positif différent de 1, alors lnvnln0 et la fraction ajoutée tend vers 0ln=0. Si =0 ou =+, alors lnvn+ et la fraction ajoutée tend encore vers 0, comme quotient d'une suite de limite nulle par une suite qui explose. Dans les deux cas lnunlnvn1.

La seule situation dangereuse est donc celle où la limite vaut exactement 1, c'est-à-dire celle du troisième interdit : c'est là, et là seulement, que lnvn tend vers 0 et que la division devient illégitime.

Méthode

Comment obtenir un équivalent. Trois techniques, à essayer dans cet ordre.

1. Factoriser par le terme dominant. C'est la technique de base pour une somme. On repère le terme le plus gros, on le met en facteur, et ce qui reste tend vers 1.

3n35n2+7=3n3(153n+73n3)3n3.

La parenthèse tend vers 1, donc elle « disparaît » dans l'équivalent. Même geste pour un quotient : on factorise en haut, on factorise en bas, on simplifie.

2. Utiliser les équivalents usuels. Dès qu'une expression contient sin, ln(1+), e1, (1+)α1 appliqués à une quantité qui tend vers 0, le tableau ci-dessous donne l'équivalent immédiatement. C'est de loin le cas le plus fréquent.

3. Passer par un développement limité. Quand les deux premières techniques échouent — typiquement dans une différence où les termes principaux se compensent — on écrit un développement limité de chaque morceau, on somme, et l'équivalent est le premier terme non nul du résultat. C'est la seule méthode qui ne trompe jamais, et c'est l'objet de la seconde moitié du chapitre.

Trois réflexes de rédaction : on écrit toujours l'équivalent sous la forme la plus simple possible (un seul terme, si possible un produit de puissances et de fonctions usuelles) ; on vérifie que l'équivalent proposé n'est pas la suite nulle ; et l'on n'écrit jamais « » entre deux expressions dont l'une contient encore un o.

Les équivalents usuels

Ce tableau est à connaître par cœur, et à savoir appliquer à une suite (un) de limite nulle — c'est l'hypothèse essentielle, sans laquelle rien n'est vrai. Il se démontrera en une ligne à partir des développements limités ; pour l'instant, retenons que chaque ligne provient d'un taux d'accroissement en 0.

Expression, avec un0 Équivalent Expression, avec un0 Équivalent
sinun un eun1 un
tanun un ln(1+un) un
Arcsinun un (1+un)α1, α0 αun
Arctanun un 1cosun un22
shun un chun1 un22

Exemple

Quatre applications directes.

Un sinus. sin(3n)3n, puisque 3n0.

Un logarithme. ln(1+2n2)2n2.

Une racine. 1+1n1=(1+1n)1/2112n, par la ligne des puissances avec α=12.

Un produit. n2(1cos1n)n2×12n2=12, donc cette suite tend vers 12. Notez le mécanisme : on remplace un facteur par son équivalent (c'est licite), on simplifie, on lit la limite.

Exemple

Un piège sur l'hypothèse. Écrire « sinnn » est faux : la suite (n) ne tend pas vers 0, l'hypothèse du tableau n'est pas vérifiée. D'ailleurs sinn ne tend vers rien, tandis que n+ : les deux suites n'ont même pas la même limite. Tout ce qu'on peut dire est sinn=O(1).

Autre piège classique : ln(1+1n)1n est correct, mais ln(2+1n)1n est faux ; ici la quantité à l'intérieur du logarithme ne tend pas vers 1, et l'on a simplement ln(2+1n)ln2, donc ln(2+1n)ln2.

Exemple

Un calcul complet. Cherchons la limite de

un=n2(1+1n3113n).

La technique de l'équivalent usuel donne 1+1n3113n, donc le contenu de la parenthèse est une différence de deux quantités équivalentes : c'est précisément la situation du premier interdit, et l'équivalent ne permet pas de conclure. Il faudra un développement limité à l'ordre 2, que nous saurons écrire plus loin :

(1+1n)1/3=1+13n19n2+o ⁣(1n2),

d'où un19. Retenez le diagnostic : dès que deux termes équivalents se soustraient, l'outil « équivalent » est disqualifié.

Les suites de référence : croissances comparées

Pour comparer une suite quelconque à quelque chose, encore faut-il disposer d'une famille de suites bien classées. C'est le rôle des puissances, des exponentielles et des factorielles, dont l'ordre est fixé une fois pour toutes par le théorème suivant.

Le théorème des croissances comparées

Propriété

Croissances comparées. Soient α>0, β>0 et a>1. Alors, lorsque n+ :

(lnn)β=o(nα),nα=o(an),an=o(n!),n!=o(nn).

Autrement dit, du plus lent au plus rapide :

lnn  nα  an  n!  nn,

signifie « est négligeable devant ». Le logarithme gagne toujours par le bas, la puissance nn par le haut.

Démonstration. Première relation : (lnn)β=o(nα). Posons γ=αβ>0 et remarquons que

(lnn)βnα=(lnnnγ)β.

Il suffit donc de montrer que lnnnγ0, puisque ttβ est continue en 0 avec 0β=0. Partons de l'inégalité de convexité lnxx1x, valable pour tout x>0, appliquée à x=nγ/2 :

γ2lnn=ln(nγ/2)nγ/2.

Pour n1, on en déduit

0lnnnγ2γnγ/2nγ=2γ1nγ/2n+0,

et le théorème d'encadrement conclut.

Deuxième relation : nα=o(an). Posons wn=nαan>0 pour n1 et étudions le rapport de deux termes consécutifs :

wn+1wn=(n+1)αnαanan+1=1a(1+1n)αn+1a<1.

Choisissons un réel q tel que 1a<q<1. Par définition de la limite, il existe un rang n0 tel que wn+1wnq, c'est-à-dire wn+1qwn, pour tout nn0. Une récurrence immédiate donne alors

nn0,0<wnqnn0wn0=(wn0qn0)qn.

Comme 0<q<1, la suite géométrique (qn) tend vers 0, donc wn0 par encadrement : c'est bien nα=o(an).

Troisième relation : an=o(n!). Même méthode, avec wn=ann!>0 :

wn+1wn=an+1ann!(n+1)!=an+1n+0.

Il existe donc un rang n0 à partir duquel wn+1wn12, et la même récurrence donne 0<wn(12)nn0wn0 pour nn0, quantité qui tend vers 0. Donc wn0.

Quatrième relation : n!=o(nn). Ici le calcul est direct. Pour n1,

0<n!nn=1n×2n××n1n×nn1n×1××1=1n,

puisque chacun des facteurs kn est inférieur ou égal à 1. Par encadrement, n!nn0.

Remarque

La technique du rapport de deux termes consécutifs utilisée deux fois ci-dessus est à retenir pour elle-même : si (wn) est une suite strictement positive telle que wn+1wn avec <1, alors wn0, et même wn=O(qn) pour tout q],1[. Elle sert dès qu'apparaissent des factorielles ou des puissances n-ièmes, là où les techniques de factorisation sont impuissantes. La démonstration est toujours la même : encadrer par une suite géométrique.

La formule de Stirling

Propriété

Formule de Stirling (admise). Lorsque n+,

n!2πn(ne)n.

La démonstration de ce résultat n'est pas exigible et nous ne la donnons pas. En revanche, son usage est très fréquent : c'est le seul moyen d'obtenir un équivalent d'une expression contenant des factorielles, notamment des coefficients binomiaux.

Exemple

Un équivalent du coefficient binomial central. Cherchons un équivalent de (2nn)=(2n)!(n!)2.

Appliquons la formule de Stirling au numérateur et au dénominateur, ce qui est licite puisque l'équivalence est compatible avec le produit et le quotient :

(2n)!4πn(2ne)2n,(n!)2(2πn(ne)n)2=2πn(ne)2n.

Par quotient d'équivalents,

(2nn)2πn  22n(ne)2n2πn(ne)2n=22nπn=4nπn.

On retiendra ce résultat, qui revient souvent : (2nn)4nπn. Il montre au passage que (2nn) est très légèrement plus petit que 4n, alors que la somme de tous les coefficients binomiaux de la ligne 2n vaut exactement 4n : le terme central en représente donc à lui seul une proportion de l'ordre de 1πn.

Classer des suites en pratique

Exemple

Ranger sept suites. Classons les suites suivantes de la plus lente à la plus rapide :

(lnn)5,nn,n2,2n,3n,n!,nn.

Le théorème répond presque tout seul. Le logarithme, même à la puissance 5, est négligeable devant toute puissance de n : (lnn)5=o(nn). Entre puissances, on compare les exposants : nn=n3/2=o(n2). Toute puissance est négligeable devant toute exponentielle de base >1 : n2=o(2n). Entre exponentielles, 2n3n=(23)n0, donc 2n=o(3n). Enfin 3n=o(n!) et n!=o(nn). Le classement complet est donc

(lnn)5nnn22n3nn!nn.

Exemple

Une suite qui n'est dans aucune case. Comparons en aux puissances de n. Pour α>0 fixé,

ennα=enαlnn=exp(n(1αlnnn)).

Or lnnn0 par croissances comparées, donc la parenthèse tend vers 1 et l'exposant tend vers + ; par composition, le quotient tend vers +. Ainsi nα=o(en) pour tout α>0 : la suite (en) est plus rapide que toutes les puissances.

Elle est pourtant plus lente que toute exponentielle : enan=ennlna0 pour a>1, car nnlna=n(1nlna). La suite (en) se glisse donc entre les puissances et les exponentielles : la liste du théorème n'épuise pas tous les comportements possibles.

Exemple

Un quotient à démêler. Cherchons la limite de

un=n5+2nn!+3n.

Au numérateur, n5=o(2n), donc n5+2n2n. Au dénominateur, 3n=o(n!), donc n!+3nn!. Par quotient d'équivalents,

un2nn!n+0,

la dernière limite étant la troisième relation du théorème. Donc un0.

Notez la rédaction : on donne un équivalent du numérateur, un équivalent du dénominateur, puis on passe au quotient. On ne remplace jamais un terme par son équivalent à l'intérieur d'une somme sans avoir vérifié que la somme est bien équivalente à son terme dominant.

Comparer deux fonctions au voisinage d'un point

Tout ce qui précède se transpose aux fonctions, à un détail près, mais ce détail est capital : pour une suite, il n'y a qu'un seul endroit où l'on peut comparer, l'infini ; pour une fonction, il y en a autant que de points. Une relation de comparaison entre fonctions n'a aucun sens tant qu'on n'a pas dit en quel point on se place.

Les définitions

Dans toute cette section, a désigne un élément de R, ou l'un des symboles +, , ou encore a+ ou a lorsqu'on veut se restreindre à un côté. Les fonctions f et g sont supposées définies au voisinage de a, éventuellement privé du point a lui-même.

Définition

Soient f et g deux fonctions définies au voisinage de a.

  1. f est dominée par g au voisinage de a, noté f=O(g), lorsqu'il existe une fonction w bornée au voisinage de a telle que f(x)=w(x)g(x) pour tout x dans un voisinage de a.
  2. f est négligeable devant g au voisinage de a, noté f=o(g), lorsqu'il existe une fonction ε de limite nulle en a telle que f(x)=ε(x)g(x) pour tout x dans un voisinage de a.
  3. f est équivalente à g au voisinage de a, noté fag, lorsqu'il existe une fonction θ de limite 1 en a telle que f(x)=θ(x)g(x) pour tout x dans un voisinage de a.

Propriété

Caractérisation par le quotient. Si g ne s'annule pas au voisinage de a (sauf peut-être en a), alors :

f=O(g)    fg est borneˊe au voisinage de a,f=o(g)    limxaf(x)g(x)=0,fag    limxaf(x)g(x)=1.

Démonstration. Elle est mot pour mot celle du cas des suites : dans un sens on divise l'égalité f=wg (ou f=εg, ou f=θg) par g, dans l'autre on pose w=fg (ou ε, ou θ) sur un voisinage de ag ne s'annule pas.

Remarque

Attention. Une relation de comparaison est TOUJOURS relative à un point. L'écriture « f=o(g) » sans mention du point est vide de sens, et l'oubli du point est la faute de rédaction la plus fréquente du chapitre. Le même couple de fonctions peut donner des relations opposées en deux points différents :

  • au voisinage de 0 : x2x=x0, donc x2=o(x) ;
  • au voisinage de + : xx2=1x0, donc x=o(x2).

Les deux affirmations sont vraies et se contredisent en apparence : elles ne parlent tout simplement pas du même endroit. En 0, la fonction xx2 est écrasée par xx ; en +, c'est l'inverse. Retenez la règle : près de 0, plus l'exposant est grand, plus la fonction est petite ; près de +, c'est le contraire.

Exemple

Trois lectures au bon endroit.

En 0. x3+x20x2, car x3+x2x2=1+x1. C'est le terme de plus bas degré qui domine.

En +. x3+x2+x3, car x3+x2x3=1+1x1. C'est le terme de plus haut degré qui domine.

En 1. lnx1x1. En effet, lnxx1=lnxln1x1 est le taux d'accroissement de ln en 1, qui tend vers ln(1)=1. Cet équivalent est très utile et se retrouve immédiatement en posant x=1+h : ln(1+h)0h.

Les mêmes propriétés

Propriété

Soient f, g, u, v des fonctions définies au voisinage de a. Les énoncés suivants sont valables au voisinage de a.

  1. fag    fg=o(g) ; et f=o(g)f=O(g).
  2. La relation a est une relation d'équivalence.
  3. Si fag et si g admet une limite (finie ou infinie) en a, alors f admet la même limite. Réciproquement, si f tend vers R en a, alors fa.
  4. Si fag et uav, alors fuagv et, sous réserve de non-annulation, fuagv ; de plus fag et, si f et g sont strictement positives, fαagα pour tout αR fixé.
  5. Si fag, alors f et g ont le même signe au voisinage de a.
  6. Aucune fonction n'est équivalente en a à la fonction nulle, sauf si elle est nulle au voisinage de a.

Démonstration. Toutes ces démonstrations sont identiques à celles données pour les suites : on remplace « à partir d'un certain rang » par « au voisinage de a », et « limite d'une suite » par « limite d'une fonction en a ». Par exemple, pour la symétrie de a : de f=θg avec θ1 en a, on déduit θ12 donc θ0 au voisinage de a, puis g=1θf avec 1θ1. Nous ne les reprenons pas.

Remarque

Les interdits sont exactement les mêmes, et il faut les relire en pensant aux fonctions : on n'additionne pas deux équivalents, on ne compose pas à gauche par exp ou ln, on ne dérive pas un équivalent, on n'élève pas à une puissance variable. Le contre-exemple de la dérivation, donné plus haut avec g(x)=x+x2sin(1x2), prend maintenant tout son sens.

Croissances comparées pour les fonctions

Propriété

Soient α>0, β>0 et λ>0.

  1. Au voisinage de + : (lnx)β=o(xα) et xα=o(eλx).
  2. Au voisinage de 0+ : lnxβ=o(1xα), autrement dit xαlnxβx0+0. En particulier xlnx0.
  3. Au voisinage de : xαexx0.

Démonstration. Point 1. Les démonstrations sont celles données pour les suites, transposées telles quelles : l'inégalité lntt appliquée à t=xγ/2 pour la première relation, et pour la seconde le fait que xαeλx=exp(αlnxλx)=exp(x(λαlnxx)), dont l'exposant tend vers puisque lnxx0.

Point 2. C'est le point 1 déguisé. Posons x=1t, de sorte que x0+ équivaut à t+. Alors

xαlnxβ=1tαlntβ=(lnt)βtα

pour t>1, et cette quantité tend vers 0 d'après le point 1. Par composition des limites, xαlnxβ0 quand x0+.

Point 3. Posons x=t avec t+ : alors xαex=tαet0 d'après le point 1.

Composer à droite : transporter un équivalent

Voici le seul théorème de composition qui soit vrai, et il est très utile : il permet de fabriquer un équivalent en 0 puis de le transporter partout où l'on veut, y compris le long d'une suite.

Propriété

Composition à droite. Soient f et g deux fonctions définies au voisinage de a telles que fag. Soit u une fonction définie au voisinage de b, de limite a en b, et ne prenant pas la valeur a au voisinage de b. Alors

fubgu.

Le même énoncé vaut pour une suite : si fag et si (un) est une suite de limite a dont les termes sont différents de a à partir d'un certain rang, alors f(un)g(un).

Démonstration. Par hypothèse, il existe une fonction θ, de limite 1 en a, et un voisinage V de a tels que f(x)=θ(x)g(x) pour tout xV distinct de a.

Comme u(t)a lorsque tb, il existe un voisinage W de b tel que u(t)V pour tout tW ; et par hypothèse u(t)a sur un voisinage de b, quitte à rétrécir W. Pour tW, on peut donc écrire

f(u(t))=θ(u(t))g(u(t)).

Enfin, par composition des limites, θu tend vers 1 lorsque tb. La fonction θu joue donc le rôle du facteur de limite 1 dans la définition, et fubgu.

Le cas des suites est identique : on applique la définition avec la suite (θ(un)), qui tend vers 1 par composition d'une limite de suite et d'une limite de fonction.

Exemple

Le théorème à l'œuvre. Partons de l'équivalent sinx0x.

Vers une autre variable. En prenant u(t)=t2, qui tend vers 0 en 0 sans s'annuler pour t0, on obtient sin(t2)0t2.

Vers l'infini. En prenant u(t)=1t, qui tend vers 0 en +, on obtient sin(1t)+1t.

Vers une suite. En prenant un=1n, qui tend vers 0 sans jamais valoir 0, on obtient sin1n1n.

C'est exactement ce mécanisme qui justifie la totalité du tableau des équivalents usuels de la section précédente : il suffit de l'établir pour la variable x en 0, et le théorème le transporte à toute quantité qui tend vers 0.

Remarque

Composer à gauche est interdit. Le théorème porte sur la composition à droite : on remplace la variable. Composer à gauche, c'est-à-dire appliquer une fonction φ aux deux membres pour conclure φfaφg, est faux en général : c'est exactement le contenu des deuxième et troisième interdits, avec φ=exp et φ=ln.

Les équivalents usuels en 0

Expression, quand x0 Équivalent Expression, quand x0 Équivalent
sinx x ex1 x
tanx x ln(1+x) x
Arcsinx x (1+x)α1, α0 αx
Arctanx x 1cosx x22
shx x chx1 x22

Remarque

Chacune de ces lignes est un taux d'accroissement déguisé. Pour sin : sinxx=sinxsin0x0sin(0)=1. Pour ex1 : ex1xexp(0)=1. Pour ln(1+x) : la dérivée de xln(1+x) en 0 vaut 1. Pour (1+x)α1 : la dérivée de x(1+x)α en 0 vaut α.

Les deux lignes en x22 font exception : le taux d'accroissement y est nul (les fonctions 1cos et ch1 ont une dérivée nulle en 0), et il faut aller à l'ordre 2. On peut aussi les retrouver par une identité de trigonométrie : 1cosx=2sin2x202(x2)2=x22.

Exemple

Trois limites par équivalents. Le mode d'emploi est toujours le même : remplacer chaque facteur par un équivalent, jamais un terme dans une somme.

Un quotient en 0. Cherchons limx0ln(1+sinx)tan(3x). Comme sinx0, la composition à droite donne ln(1+sinx)0sinx0x ; et comme 3x0, tan(3x)03x. Par quotient d'équivalents,

ln(1+sinx)tan(3x)0x3x=13donc la limite vaut 13.

Un quotient de deux infiniment petits d'ordre 2. Pour limx0ex211cosx : le numérateur vaut eu1 avec u=x20, donc il est équivalent à x2 ; le dénominateur est équivalent à x22. Le quotient est donc équivalent à x2x2/2=2, et la limite vaut 2.

Un quotient en un autre point. Pour limx1lnxx21, on travaille en 1. On a lnx1x1, et x21=(x1)(x+1)12(x1) puisque x+120. Donc

lnxx211x12(x1)=12,

et la limite vaut 12.

Développements limités

Un équivalent donne le premier terme du comportement d'une fonction. Souvent, cela ne suffit pas — nous l'avons vu, une différence de deux quantités équivalentes est inexploitable. Le développement limité répond à ce besoin : il fournit non pas un terme, mais autant de termes qu'on veut, sous la forme d'un polynôme qui approche la fonction avec une erreur contrôlée.

Définition

Définition

Soient f une fonction définie au voisinage de 0 (éventuellement privé de 0) et nN. On dit que f admet un développement limité à l'ordre n en 0, en abrégé un DLn(0), lorsqu'il existe des réels a0,a1,,an tels que

f(x)=a0+a1x+a2x2++anxn+o(xn)au voisinage de 0,

c'est-à-dire

f(x)=k=0nakxk+o(xn).

Le polynôme k=0nakxk s'appelle la partie régulière du développement, et le terme o(xn) le reste.

Une écriture équivalente, souvent commode dans les démonstrations, consiste à faire apparaître explicitement la fonction de limite nulle : f admet un DLn(0) si et seulement s'il existe des réels a0,,an et une fonction ε de limite nulle en 0 tels que

f(x)=k=0nakxk+xnε(x).

Définition

Soient aR et f une fonction définie au voisinage de a. On dit que f admet un développement limité à l'ordre n en a, noté DLn(a), lorsque la fonction hf(a+h) admet un DLn(0), c'est-à-dire lorsqu'il existe a0,,an réels tels que

f(a+h)=k=0nakhk+o(hn)quand h0.

Remarque

Un développement en a n'est jamais qu'un développement en 0 après translation. On pose systématiquement x=a+h, on développe en la variable h qui tend vers 0, et l'on ne revient à x qu'à la toute fin — souvent on n'y revient même pas, puisque la forme en h est celle qui s'interprète (tangente, position, extremum). Ne jamais développer directement « en x » autour de a0 : les o(xn) n'auraient aucun sens, car x ne tend pas vers 0.

Pour l'infini, la définition ne s'applique pas telle quelle : il n'existe pas de développement limité en +. On procède par le changement de variable x=1h et l'on développe en h0+ ; c'est ce que nous ferons pour les asymptotes.

Exemple

Trois développements immédiats.

Un polynôme est son propre développement. Si P(x)=3x+5x2, alors pour tout n2, P(x)=3x+5x2+0x3++o(xn). Un polynôme admet donc un DLn(0) à tout ordre, et sa partie régulière à l'ordre ndegP est P lui-même.

La somme géométrique. Pour x1, l'identité k=0nxk=1xn+11x se réécrit

11x=1+x+x2++xn+xn+11x.

Or xn+11x=xn×x1x, et x1x0 quand x0 : le dernier terme est donc un o(xn). Nous venons de démontrer, sans aucun outil, le développement

11x=1+x+x2++xn+o(xn).

Une fonction sans développement à l'ordre 1. La fonction xx n'admet pas de DL1(0). Si c'était le cas, on aurait x=a0+a1x+o(x) ; en faisant tendre x vers 0 on trouverait a0=0, puis en divisant par x on obtiendrait que xx=1x×signe(x) tend vers a1, ce qui est faux puisque cette quantité n'est même pas bornée.

Exemple

Deux développements en un point autre que 0. Le geste est toujours le même : poser x=a+h et développer en h.

Le logarithme en 1. Cherchons le DL2(1) de f(x)=lnx. Posons x=1+h avec h0 :

f(1+h)=ln(1+h)=hh22+o(h2).

Si l'on tient à revenir à la variable x, il suffit de remplacer h par x1 :

lnx=(x1)(x1)22+o((x1)2)quand x1.

Une racine en 4. Cherchons le DL2(4) de g(x)=x. Posons x=4+h et factorisons pour faire apparaître la forme usuelle :

g(4+h)=4+h=21+h4=2(1+h8h2128+o(h2))=2+h4h264+o(h2),

en utilisant 1+u=1+u2u28+o(u2) avec u=h40. On y lit g(4)=2 et g(4)=14, ce que confirme le calcul direct g(x)=12x.

Unicité des coefficients

C'est le théorème fondateur du chapitre : sans lui, l'expression « le développement limité » n'aurait pas de sens, et aucune identification de coefficients ne serait légitime.

Propriété

Unicité du développement limité. Si f admet un DLn(0), alors les coefficients a0,,an de sa partie régulière sont uniques.

Démonstration. Supposons que f admette deux développements limités à l'ordre n en 0 :

f(x)=k=0nakxk+o(xn)etf(x)=k=0nbkxk+o(xn).

En soustrayant ces deux égalités, et en posant ck=akbk, il vient

k=0nckxk=o(xn)au voisinage de 0,

car la différence de deux fonctions négligeables devant xn est encore négligeable devant xn. Il s'agit de montrer que tous les ck sont nuls.

Raisonnons par l'absurde et supposons que ce ne soit pas le cas. L'ensemble {k{0,,n}:ck0} est alors une partie non vide de N : elle admet un plus petit élément, que nous notons p. Par définition de p, on a c0==cp1=0 et cp0, de sorte que

k=0nckxk=k=pnckxk=xp(cp+cp+1x++cnxnp).

Observons d'autre part que o(xn)=o(xp) ici, au sens où toute fonction négligeable devant xn est négligeable devant xp puisque pn : si h(x)=xnε(x) avec ε0, alors h(x)=xp×(xnpε(x)) et le facteur xnpε(x) tend bien vers 0.

Divisons donc l'égalité par xp, pour x0 au voisinage de 0 :

cp+cp+1x++cnxnp=o(xp)xpx00.

Mais le membre de gauche est une fonction polynomiale, qui tend vers cp lorsque x0. Par unicité de la limite, cp=0, ce qui contredit le choix de p.

Tous les ck sont donc nuls, c'est-à-dire ak=bk pour tout k{0,,n}.

Remarque

Ce que l'unicité autorise. Elle autorise l'identification des coefficients : si l'on obtient un développement limité par deux méthodes différentes, les coefficients obtenus coïncident nécessairement. C'est ce qui rend légitimes toutes les techniques de calcul de la section « opérations », et c'est aussi ce qui permet, en pratique, de déterminer des constantes inconnues en écrivant un développement de deux façons.

Attention cependant : l'unicité porte sur les coefficients à un ordre donné. Rien n'interdit que la partie régulière à l'ordre 3 diffère de celle à l'ordre 5 — elle en est simplement la troncature, comme le dit le résultat suivant.

Troncature

Propriété

Troncature. Si f admet un DLn(0) de partie régulière k=0nakxk, alors pour tout entier p tel que 0pn, f admet un DLp(0), dont la partie régulière est k=0pakxk.

Démonstration. Partons de f(x)=k=0nakxk+o(xn) et séparons la somme en deux :

f(x)=k=0pakxk+k=p+1nakxk+o(xn).

Il reste à voir que les deux derniers blocs sont des o(xp). Pour le premier : chaque monôme akxk avec kp+1 s'écrit xp×(akxkp), et akxkp0 puisque kp1 ; donc akxk=o(xp), et une somme finie de o(xp) est un o(xp). Pour le second : nous avons vu dans la démonstration précédente que o(xn)=o(xp) dès que pn.

Finalement f(x)=k=0pakxk+o(xp), ce qui est le DLp(0) annoncé, et ses coefficients sont bien les ak par unicité.

Remarque

Conséquence pratique, et piège. On peut toujours descendre en ordre, jamais monter. Si l'on connaît un DL5, on en déduit gratuitement le DL3 en effaçant les termes de degré 4 et 5. En revanche, un DL3 ne contient aucune information sur le coefficient de x4, et une fonction peut très bien admettre un DL3 sans admettre de DL4.

Le piège classique de rédaction en découle : dans un calcul, tous les développements doivent être écrits au même ordre. Mélanger un o(x3) et un o(x5) dans une même somme donne un o(x3), et tous les termes de degré 4 et 5 que l'on a soigneusement calculés sont perdus.

Parité

Propriété

Parité. Soit f une fonction admettant un DLn(0) de partie régulière k=0nakxk, et définie sur un voisinage de 0 symétrique par rapport à 0.

  1. Si f est paire, alors ak=0 pour tout indice k impair.
  2. Si f est impaire, alors ak=0 pour tout indice k pair.

Démonstration. Point 1. Partons du développement f(x)=k=0nakxk+o(xn) et remplaçons x par x :

f(x)=k=0nak(x)k+o((x)n)=k=0n(1)kakxk+o(xn),

la dernière égalité utilisant que (x)n=xn, de sorte que négligeable devant (x)n et négligeable devant xn, c'est la même chose.

Comme f est paire, f(x)=f(x) : la fonction f admet donc les deux développements limités à l'ordre n

k=0nakxk+o(xn)etk=0n(1)kakxk+o(xn).

Par unicité, ak=(1)kak pour tout k. Si k est impair, cela s'écrit ak=ak, donc 2ak=0, donc ak=0.

Point 2. Même raisonnement avec f(x)=f(x) : l'unicité donne (1)kak=ak, et pour k pair on obtient ak=ak, donc ak=0.

Remarque

Un gain de temps considérable. Cette propriété divise par deux le travail de calcul, et fournit surtout une vérification gratuite : si vous trouvez un terme en x2 dans le développement d'une fonction impaire, vous vous êtes trompé. C'est aussi ce qui explique la forme des développements usuels : cos, ch n'ont que des puissances paires ; sin, sh, tan, Arctan, Arcsin n'ont que des puissances impaires.

Elle explique aussi un fait qui surprend : le DL de sin à l'ordre 3 et à l'ordre 4 ont la même partie régulière xx36, puisque le coefficient de x4 est nul. On écrit donc volontiers sinx=xx36+o(x4), ce qui est plus précis que o(x3) et gratuit.

Développements limités d'ordre 0 et 1

Propriété

Soit f une fonction définie au voisinage de 0, 0 compris.

  1. f admet un DL0(0) de coefficient a0 si et seulement si f admet la limite finie a0 en 0. En particulier, f est continue en 0 si et seulement si elle admet un DL0(0) dont le coefficient vaut a0=f(0), et l'on écrit alors f(x)=f(0)+o(1).
  2. Supposons f continue en 0. Alors f est dérivable en 0 si et seulement si f admet un DL1(0), et dans ce cas
f(x)=f(0)+f(0)x+o(x).

La droite d'équation y=f(0)+f(0)x est alors la tangente au graphe de f au point d'abscisse 0.

Démonstration. Point 1. Dire que f(x)=a0+o(1) au voisinage de 0, c'est dire que f(x)a0 tend vers 0, c'est-à-dire que f tend vers a0 en 0 : les deux énoncés sont littéralement identiques. La continuité en 0 s'écrit ensuite limx0f(x)=f(0), soit a0=f(0) par unicité de la limite.

Point 2. Supposons f dérivable en 0. Par définition, f(x)f(0)xf(0), donc

f(x)f(0)x=f(0)+ε(x)avec ε(x)0,d’ouˋf(x)=f(0)+f(0)x+xε(x),

c'est-à-dire f(x)=f(0)+f(0)x+o(x).

Réciproquement, supposons f(x)=a0+a1x+o(x). La troncature à l'ordre 0 donne f(x)=a0+o(1), donc a0=f(0) par le point 1 et la continuité supposée de f en 0. Alors, pour x0,

f(x)f(0)x=a1+o(x)xx0a1,

donc f est dérivable en 0 avec f(0)=a1.

Remarque

Le développement limité est une généralisation de la dérivabilité. L'ordre 1 redonne exactement la définition du nombre dérivé, écrite sous forme d'approximation affine. Tout le chapitre consiste à pousser cette idée plus loin : approcher par un polynôme de degré 2, 3, n, avec à chaque fois une erreur négligeable devant la dernière puissance utilisée.

C'est là qu'il faut être vigilant : la belle correspondance « DLn      f est n fois dérivable » s'arrête à l'ordre 1. C'est l'objet de l'avertissement suivant.

Ce qu'un développement limité ne dit pas

Remarque

Attention. L'existence d'un DL2(0) n'entraîne PAS que f soit deux fois dérivable en 0.

Le contre-exemple canonique est la fonction f définie sur R par

f(x)=x3sin(1x)  pour x0,f(0)=0.

Traitons-le entièrement.

f admet un DL2(0). Pour x0, on a sin(1x)1, donc f(x)x3. Ainsi f(x)x2x0 en valeur absolue, c'est-à-dire f(x)=o(x2). Autrement dit

f(x)=0+0x+0x2+o(x2),

ce qui est bien un développement limité à l'ordre 2, de partie régulière nulle.

f est dérivable sur R. Pour x0, les théorèmes usuels donnent

f(x)=3x2sin(1x)xcos(1x).

En 0, le taux d'accroissement vaut f(x)f(0)x=x2sin(1x), qui tend vers 0 par encadrement ; donc f est dérivable en 0 avec f(0)=0.

f n'est pas deux fois dérivable en 0. Examinons le taux d'accroissement de f en 0 : pour x0,

f(x)f(0)x=3xsin(1x)cos(1x).

Le premier terme tend vers 0, mais le second n'a pas de limite. Précisément, en prenant xk=12kπ on obtient une suite de limite 1, tandis qu'en prenant xk=1(2k+1)π on obtient une suite de limite +1. Le taux d'accroissement n'a donc pas de limite en 0 : f n'est pas dérivable en 0.

Conclusion. La fonction f possède un DL2(0) sans être deux fois dérivable en 0. Un développement limité est une information purement locale sur les valeurs de f, pas sur ses dérivées. Retenez au passage que cette fonction n'admet en revanche pas de DL3(0) : on aurait f(x)x3=sin(1x) qui devrait tendre vers a3, ce qui est faux.

La formule de Taylor-Young

Nous savons ce qu'est un développement limité, mais nous n'en connaissons encore qu'un seul, celui de 11x. La formule de Taylor-Young comble ce vide d'un seul coup : elle affirme que toute fonction suffisamment dérivable admet un développement limité, et elle en donne les coefficients.

Énoncé et démonstration

Propriété

Formule de Taylor-Young. Soient I un intervalle, aI, nN et f:IR une fonction de classe Cn sur I. Alors f admet un développement limité à l'ordre n en a, donné par

f(a+h)=k=0nf(k)(a)k!hk+o(hn)quand h0.

En particulier, pour a=0 :

f(x)=f(0)+f(0)x+f(0)2!x2++f(n)(0)n!xn+o(xn).

Démonstration. Raisonnons par récurrence sur n. Pour nN, notons P(n) l'assertion : « pour toute fonction g de classe Cn sur un intervalle I et tout aI, on a g(a+h)=k=0ng(k)(a)k!hk+o(hn) ».

Initialisation. Pour n=0, l'assertion s'écrit g(a+h)=g(a)+o(1), c'est-à-dire g(a+h)g(a)0 quand h0 : c'est exactement la continuité de g en a, garantie par l'hypothèse g de classe C0.

Hérédité. Supposons P(n) vraie et soit f de classe Cn+1 sur I, avec aI. La fonction f est alors de classe Cn sur I, et l'hypothèse de récurrence appliquée à f donne, puisque (f)(k)=f(k+1) :

f(a+h)=k=0nf(k+1)(a)k!hk+o(hn).

Introduisons la fonction « erreur » que nous voulons contrôler : pour h tel que a+hI, posons

φ(h)=f(a+h)k=0n+1f(k)(a)k!hk.

La fonction φ est dérivable, φ(0)=0, et en dérivant terme à terme le polynôme (le terme k donne f(k)(a)(k1)!hk1, car kk!=1(k1)!) :

φ(h)=f(a+h)k=1n+1f(k)(a)(k1)!hk1=f(a+h)j=0nf(j+1)(a)j!hj=o(hn)

d'après le développement de f écrit plus haut.

Exploitons maintenant cette information à l'aide de l'inégalité des accroissements finis. Soit ε>0. Puisque φ(h)=o(hn), il existe η>0 tel que

t,tη  et  a+tI  φ(t)εtn.

Fixons h avec hη et a+hI. Pour tout t compris entre 0 et h, on a th, donc φ(t)εtnεhn. La fonction φ est dérivable sur le segment d'extrémités 0 et h, de dérivée majorée en valeur absolue par la constante εhn : l'inégalité des accroissements finis donne

φ(h)φ(0)εhn×h0=εhn+1.

Comme φ(0)=0, cela s'écrit φ(h)εhn+1 dès que hη. Le réel ε>0 étant arbitraire, cela signifie exactement φ(h)=o(hn+1), c'est-à-dire

f(a+h)=k=0n+1f(k)(a)k!hk+o(hn+1).

L'assertion P(n+1) est démontrée, et la récurrence s'achève.

Remarque

Deux précisions sur les hypothèses.

  • L'hypothèse « f de classe Cn sur I » peut être affaiblie en « f est n fois dérivable au point a » : la démonstration ci-dessus s'adapte sans changement, à ceci près qu'il faut savoir que f(n1) existe au voisinage de a pour pouvoir dériver. C'est la version la plus fine, mais l'hypothèse Cn suffit dans tous les exercices.
  • La conclusion est locale : le reste o(hn) ne dit rien de la taille de l'erreur pour un h donné, seulement qu'elle devient négligeable devant hn quand h tend vers 0. Taylor-Young est un théorème d'approximation au voisinage d'un point, jamais un théorème d'approximation globale.

Propriété

Réciproque partielle, et sens de lecture. Si f est de classe Cn au voisinage de 0 et si f(x)=k=0nakxk+o(xn), alors, par unicité du développement limité,

k{0,,n},ak=f(k)(0)k!,c’est-aˋ-diref(k)(0)=k!ak.

Remarque

Cette lecture « à l'envers » est très utile : elle permet de calculer une dérivée n-ième en un point sans jamais dériver, en lisant un coefficient dans un développement limité obtenu par d'autres moyens. Par exemple, du développement 11x=1+x++xn+o(xn) on déduit immédiatement que la dérivée n-ième de x11x en 0 vaut n!, ce qu'on aurait mis bien plus longtemps à obtenir par dérivations successives.

Le tableau des développements limités usuels

Ces développements sont tous obtenus par Taylor-Young — il suffit de calculer les dérivées successives en 0 — sauf ceux de la seconde table, que l'on obtient par les opérations de la section suivante. Ils sont à connaître par cœur.

Fonction Développement limité en 0
11x k=0nxk+o(xn)
11+x k=0n(1)kxk+o(xn)
ex k=0nxkk!+o(xn)
ln(1+x) k=1n(1)k1kxk+o(xn)
(1+x)α 1+k=1nα(α1)(αk+1)k!xk+o(xn)
cosx k=0n(1)k(2k)!x2k+o(x2n+1)
sinx k=0n(1)k(2k+1)!x2k+1+o(x2n+2)
chx k=0nx2k(2k)!+o(x2n+1)
shx k=0nx2k+1(2k+1)!+o(x2n+2)
Arctanx k=0n(1)k2k+1x2k+1+o(x2n+2)

Les quatre suivants n'ont pas de terme général simple : on les retient à l'ordre indiqué.

Fonction Développement limité en 0
1+x 1+x2x28+x316+o(x3)
11+x 1x2+3x285x316+o(x3)
tanx x+x33+2x515+o(x6)
Arcsinx x+x36+3x540+o(x6)

Remarque

Pourquoi ces restes-là ? Pour cos, la partie régulière s'arrête au degré 2n, mais le reste est un o(x2n+1) et non un o(x2n) : c'est la propriété de parité qui offre cet ordre supplémentaire gratuit, puisque le coefficient de x2n+1 est nul. Même remarque pour sin, sh, ch, Arctan, tan et Arcsin. Prenez l'habitude d'écrire le reste le plus fort possible : c'est souvent lui qui sauve un calcul d'ordre limite.

Méthode

Trois développements à savoir, tous les autres se retrouvent. Si votre mémoire flanche, il suffit de connaître ces trois-là :

11x=1+x+x2++xn+o(xn),ex=k=0nxkk!+o(xn),(1+x)α=1+αx+α(α1)2x2+

Voici comment déduire les autres.

a. 11+x : remplacer x par x dans le premier.

b. ln(1+x) : primitiver 11+x, la constante étant ln1=0.

c. 1+x et 11+x : le troisième avec α=12 puis α=12.

d. ch et sh : ce sont les parties paire et impaire de ex, donc on garde un terme sur deux dans le développement de l'exponentielle.

e. cos et sin : mêmes développements que ch et sh, en alternant les signes.

f. Arctan : primitiver 11+x2, obtenu en remplaçant x par x2 dans a.

g. Arcsin : primitiver (1x2)1/2, obtenu en remplaçant x par x2 dans c.

h. tan : quotient de sin par cos.

Opérations sur les développements limités

Toute la puissance de calcul du chapitre est ici. Cinq opérations permettent de fabriquer le développement limité de n'importe quelle expression construite à partir des fonctions usuelles, sans jamais calculer une dérivée. Dans toute la section, f et g désignent deux fonctions admettant un DLn(0), de parties régulières respectives P et Q ; on note Tn(R) la troncature à l'ordre n d'un polynôme R, c'est-à-dire le polynôme obtenu en ne gardant que les monômes de degré n.

Somme et combinaison linéaire

Propriété

Si f et g admettent des DLn(0) de parties régulières P et Q, alors pour tous réels λ et μ, la fonction λf+μg admet un DLn(0), de partie régulière λP+μQ.

Démonstration. Écrivons f(x)=P(x)+xnε1(x) et g(x)=Q(x)+xnε2(x) avec ε1,ε20. Alors

λf(x)+μg(x)=λP(x)+μQ(x)+xn(λε1(x)+με2(x)),

et λε1+με20.

Exemple

Une compensation. Cherchons le DL5(0) de chxcosx. Les deux tables donnent

chx=1+x22+x424+o(x5),cosx=1x22+x424+o(x5).

En soustrayant, les termes constants et les termes en x4 se détruisent :

chxcosx=x2+o(x5).

On en déduit au passage chxcosx0x2, et donc chxcosxx21. Notez que l'équivalent seul n'aurait rien donné, puisque chx01 et cosx01 : c'est exactement le premier interdit.

Produit

Propriété

Si f et g admettent des DLn(0) de parties régulières P et Q, alors fg admet un DLn(0), de partie régulière Tn(PQ) : on multiplie les deux polynômes et on jette tous les monômes de degré >n.

Démonstration. Écrivons f=P+xnε1 et g=Q+xnε2 avec ε1,ε20. En développant le produit :

f(x)g(x)=P(x)Q(x)+xn(P(x)ε2(x)+Q(x)ε1(x)+xnε1(x)ε2(x)).

Le contenu de la grande parenthèse tend vers 0 quand x0 : les polynômes P et Q sont bornés au voisinage de 0 (ils tendent vers P(0) et Q(0)), et chacun des trois termes est le produit d'une quantité bornée par une quantité de limite nulle. Donc le second bloc est un o(xn).

Il reste à traiter PQ. Séparons ce polynôme en sa troncature et son reste : PQ=Tn(PQ)+R, où R ne contient que des monômes de degré n+1. Chacun de ces monômes est un o(xn), donc R(x)=o(xn). Finalement

f(x)g(x)=Tn(PQ)(x)+o(xn).

Remarque

On ne calcule que ce qui sert. En pratique, on n'écrit jamais le produit complet PQ : on organise le calcul degré par degré, en s'arrêtant au degré n. Le coefficient de xm dans PQ vaut i+j=mpiqj, où pi et qj sont les coefficients de P et Q ; c'est cette somme, et elle seule, que l'on calcule pour chaque mn. Sur un produit d'ordre 4, cela économise la moitié des multiplications.

Exemple

Le DL4(0) de excosx. Partons des deux développements, écrits au même ordre 4 :

ex=1+x+x22+x36+x424+o(x4),cosx=1x22+x424+o(x4).

Calculons les coefficients du produit, degré par degré :

Degré 0 : 1×1=1.

Degré 1 : 1×1=1 (seul le terme x de ex contribue).

Degré 2 : 12×1+1×(12)=0.

Degré 3 : 16×1+1×(12)=13.

Degré 4 : 124+12×(12)+1×124=16.

Bilan : on jette tout ce qui dépasse le degré 4.

D'où le résultat :

excosx=1+xx33x46+o(x4).

Composition

C'est l'opération la plus délicate, à cause d'une hypothèse que l'on oublie une fois sur deux.

Propriété

Soient u une fonction admettant un DLn(0) de partie régulière U, telle que u(x)0 quand x0 (ce qui équivaut à U(0)=0, c'est-à-dire à l'absence de terme constant dans U), et f une fonction admettant un DLn(0) de partie régulière F. Alors fu admet un DLn(0), de partie régulière

Tn(FU).

Autrement dit : on substitue le développement de u dans celui de f, on développe, et on tronque à l'ordre n.

Démonstration. Écrivons f(y)=F(y)+ynε1(y) avec ε1(y)0 quand y0, et u(x)=U(x)+xnε2(x) avec ε2(x)0. Comme U(0)=0, le polynôme U n'a pas de terme constant, donc U(x)=O(x) ; il en résulte que u(x)=O(x), et en particulier u(x)n=O(xn).

Le reste. En substituant, f(u(x))=F(u(x))+u(x)nε1(u(x)). Le second terme est le produit de u(x)n=O(xn) par ε1(u(x)), qui tend vers 0 par composition des limites (puisque u(x)0) : c'est donc un o(xn).

La partie polynomiale. Il reste à comparer F(u(x)) et F(U(x)). Posons A=U(x) et B=xnε2(x), de sorte que u(x)=A+B avec A=O(x) borné au voisinage de 0 et B=o(xn). Pour tout k, la factorisation

(A+B)kAk=B((A+B)k1+(A+B)k2A++Ak1)

montre que (A+B)kAk est le produit de B=o(xn) par une quantité bornée au voisinage de 0 : c'est un o(xn). En combinant linéairement sur les monômes de F, on obtient F(u(x))=F(U(x))+o(xn).

Conclusion. Le polynôme FU se sépare en sa troncature et ses monômes de degré >n, ces derniers formant un o(xn). Donc f(u(x))=Tn(FU)(x)+o(xn).

Remarque

Attention. L'hypothèse u(x)0 est indispensable. Si u a un terme constant non nul, la substitution est illégitime : chaque puissance u(x)k apporterait alors un terme constant, et l'on ne pourrait plus tronquer. Concrètement, on ne peut pas composer directement le développement de ln(1+y) avec u(x)=cosx, puisque cosx1.

La parade est toujours la même : isoler la constante. On écrit cosx=1+(cosx1) et l'on pose u(x)=cosx1, qui tend bien vers 0. C'est l'exemple ci-dessous.

Exemple

Le DL4(0) de ln(cosx). La fonction cos tend vers 1, on isole donc la constante en posant

u(x)=cosx1=x22+x424+o(x5),

qui tend vers 0 : la composition est licite, et ln(cosx)=ln(1+u(x)).

Puisque u(x)0x22 est d'ordre 2, la puissance u3 sera d'ordre 6, donc négligeable devant x4 : il suffit de développer le logarithme à l'ordre 2 en u. Nous verrons plus bas comment justifier proprement ce choix d'ordre.

ln(1+u)=uu22+o(u2).

Calculons u2 en ne gardant que ce qui compte jusqu'au degré 4 :

u(x)2=(x22+x424+o(x5))2=x44+o(x5).

D'où

ln(cosx)=(x22+x424)12×x44+o(x4)=x22+(12418)x4+o(x4),

soit finalement

ln(cosx)=x22x412+o(x4).

Vérification par la parité : la fonction xln(cosx) est paire, et le développement obtenu ne contient effectivement que des puissances paires.

Exemple

Le DL3(0) de esinx. Ici sinx0, la composition est directement licite. Avec u=sinx=xx36+o(x4) :

u2=x2+o(x3),u3=x3+o(x3),

(dans u2, le double produit vaut x43, donc il disparaît à l'ordre 3). En reportant dans eu=1+u+u22+u36+o(u3) :

esinx=1+(xx36)+x22+x36+o(x3)=1+x+x22+o(x3).

Le coefficient de x3 est nul : c'est un résultat, pas une erreur de calcul. Ce genre de coïncidence est fréquent, et c'est une raison de plus pour toujours pousser un cran plus loin que nécessaire.

Quotient

Propriété

Soient f et g admettant des DLn(0), avec g(0)0. Alors fg admet un DLn(0).

Démonstration. Notons Q la partie régulière de g et b0=Q(0)=g(0)0. Écrivons

g(x)=b0(1+v(x))avecv(x)=g(x)b0b0.

La fonction v admet un DLn(0) (différence puis produit par une constante) et v(x)0. On peut donc composer le développement usuel 11+y=1y+y2+(1)nyn+o(yn) avec v : la fonction 11+v admet un DLn(0), donc 1g=1b011+v aussi. Il ne reste qu'à multiplier par le développement de f, ce qui est licite d'après le théorème du produit.

Méthode

Deux façons de mener le calcul d'un quotient.

Méthode 1 — la composition (la plus sûre). Mettre le terme constant du dénominateur en facteur, poser v = le reste, et composer avec 11+v. C'est la démonstration ci-dessus, transformée en algorithme.

Méthode 2 — la division suivant les puissances croissantes. On pose la division de P par Q comme une division euclidienne, mais en commençant par les termes de plus bas degré, et l'on s'arrête dès que le quotient atteint le degré n. C'est plus rapide à la main quand les polynômes sont courts, mais plus facile à rater.

Dans les deux cas, un réflexe préalable : si le numérateur et le dénominateur s'annulent tous deux en 0, on factorise d'abord par la plus grande puissance de x commune. Par exemple, pour sinxx, on écrit sinxx=xx36+o(x4)x=1x26+o(x3) : la division par x fait perdre un ordre au développement, il faut donc partir un cran plus haut.

Exemple

Le DL5(0) de tanx. Écrivons tanx=sinxcosx avec les deux développements à l'ordre 5 :

sinx=xx36+x5120+o(x6),cosx=1x22+x424+o(x5).

Étape 1 : inverser le cosinus. Ici cos0=1, donc cosx=1w(x) avec

w(x)=x22x424+o(x5)x00.

Comme w est d'ordre 2, on a w3=O(x6) : il suffit de développer 11w=1+w+w2+o(w2). Avec w2=x44+o(x5) :

1cosx=1+x22x424+x44+o(x5)=1+x22+5x424+o(x5).

Étape 2 : multiplier par le sinus. On multiplie les deux développements en ne gardant que les degrés 5. La fonction tan étant impaire, seuls les degrés 1, 3 et 5 peuvent apparaître :

Degré 1 : 1×1=1.

Degré 3 : 1×1216=13.

Degré 5 : 52416×12+1120=215.

Le calcul du degré 5 en détail : 524112+1120=2510+1120=16120=215. D'où

tanx=x+x33+2x515+o(x6),

le reste étant en o(x6) grâce à l'imparité. C'est la ligne du tableau.

Primitivation

Voici l'opération la plus économique du chapitre : elle fait gagner un ordre, alors que toutes les autres en font perdre.

Propriété

Primitivation d'un développement limité. Soient I un intervalle contenant 0 et f:IR une fonction dérivable dont la dérivée f admet un DLn(0) :

f(x)=k=0nakxk+o(xn).

Alors f admet un DLn+1(0), obtenu en primitivant terme à terme, la constante étant f(0) :

f(x)=f(0)+k=0nakk+1xk+1+o(xn+1).

Démonstration. Introduisons la fonction erreur

φ(x)=f(x)f(0)k=0nakk+1xk+1,xI.

Elle est dérivable sur I, vérifie φ(0)=0, et sa dérivée vaut

φ(x)=f(x)k=0nakxk=o(xn),

par hypothèse. Soit alors ε>0. Il existe η>0 tel que φ(t)εtn pour tout tI vérifiant tη.

Fixons xI avec xη. Pour tout t compris entre 0 et x, on a φ(t)εtnεxn. L'inégalité des accroissements finis appliquée à φ sur le segment d'extrémités 0 et x donne alors

φ(x)=φ(x)φ(0)εxn×x=εxn+1.

Comme ε est arbitraire, φ(x)=o(xn+1), ce qui est exactement l'énoncé.

Exemple

Les trois applications classiques.

Le logarithme. La fonction f:xln(1+x) est dérivable sur ]1,+[, de dérivée 11+x, dont on connaît le développement. En primitivant, avec f(0)=ln1=0 :

ln(1+x)=k=0n(1)kk+1xk+1+o(xn+1)=xx22+x33+(1)nn+1xn+1+o(xn+1).

L'arctangente. Sa dérivée est 11+x2, que l'on obtient en substituant x2 à x dans le développement de 11+x :

11+x2=1x2+x4+(1)nx2n+o(x2n+1).

En primitivant, avec Arctan0=0 :

Arctanx=xx33+x55+(1)n2n+1x2n+1+o(x2n+2).

L'arcsinus. Sa dérivée est 11x2=(1x2)1/2. En substituant x2 dans le développement de (1+y)1/2=1y2+3y28+o(y2) :

11x2=1+x22+3x48+o(x5).

En primitivant, avec Arcsin0=0 :

Arcsinx=x+x36+3x540+o(x6).

Remarque

Attention. On ne dérive pas un développement limité. L'opération inverse de la primitivation est fausse : de l'existence d'un DLn(0) pour f, on ne peut rien déduire pour f, et surtout pas que le développement de f s'obtient en dérivant la partie régulière.

Reprenons la fonction f(x)=x3sin(1x), prolongée par f(0)=0. Nous avons vu qu'elle admet le développement

f(x)=0+0x+0x2+o(x2).

En dérivant la partie régulière, on obtiendrait « f(x)=0+0x+o(x) ». C'est faux : nous avons calculé

f(x)=3x2sin(1x)xcos(1x),

et f(x)x=3xsin(1x)cos(1x) n'a pas de limite en 0 : la fonction f n'admet même pas de DL1(0).

La dissymétrie s'explique : primitiver lisse (on intègre l'erreur, elle diminue), tandis que dériver amplifie (une petite oscillation de grande fréquence a une dérivée énorme). En revanche, si l'on sait par ailleurs que f admet un DLn(0), alors ce développement est bien celui obtenu en dérivant terme à terme celui de f : c'est une conséquence immédiate du théorème de primitivation appliqué à f et de l'unicité.

Choisir le bon ordre

Méthode

Choisir le bon ordre de travail. C'est la seule vraie difficulté technique du chapitre, et la source de la moitié des erreurs.

  1. Repérer l'ordre demandé par la question : la limite d'un quotient dont le dénominateur est xp exige un développement du numérateur à l'ordre p au moins.
  2. Anticiper les pertes. Une division par xp fait perdre p ordres ; une soustraction de deux quantités qui se compensent en fait perdre autant que de termes détruits. Il faut donc démarrer au-dessus de l'ordre visé.
  3. Anticiper les gains. Si l'on compose avec une fonction u d'ordre q (c'est-à-dire u(x)0cxq avec c0), alors um=O(xmq) : pour un résultat à l'ordre n, il suffit de développer la fonction extérieure jusqu'à la puissance m telle que mqn. C'est ce qui a permis, pour ln(cosx) à l'ordre 4, de s'arrêter au terme u2.
  4. En cas de doute, recommencer plus haut. Si tous les termes calculés se détruisent et qu'il ne reste qu'un o, le calcul n'est pas faux : il est simplement trop court. On reprend un ou deux ordres plus haut. Ne jamais conclure « la limite est 0 » à partir d'un résultat de la forme o(x3)x3.

Exemple

Un ordre insuffisant, puis le bon. Cherchons

limx0(1x21sin2x).

Première tentative. Avec sinx0x, on obtient sin2x0x2, donc les deux fractions sont équivalentes : leur différence est une forme indéterminée et l'équivalent ne conclut pas. C'est encore le premier interdit.

Deuxième tentative, à l'ordre 1. Avec sinx=x+o(x), on trouve sin2x=x2+o(x2)=x2(1+o(1)), puis

1sin2x=1x211+o(1)=1x2(1+o(1))=1x2+o(1)x2.

Le reste o(1)x2 n'est pas contrôlé : il peut tendre vers n'importe quoi, y compris l'infini. L'ordre est insuffisant, et la raison est claire : le facteur 1x2 a mangé deux ordres.

Le bon ordre. Partons de sinx=xx36+o(x4). En élevant au carré, le double produit donne le terme utile :

sin2x=x22×x×x36+o(x5)=x2(1x23+o(x3)).

On inverse en composant avec 11y, où y=x23+o(x3)0 :

1sin2x=1x2(1+x23+o(x3))=1x2+13+o(x).

D'où enfin

1x21sin2x=13+o(x)x013.

Le facteur 1x2 mangeait deux ordres : il fallait donc partir deux crans plus haut que l'ordre 0 visé.

Applications des développements limités

Lever une forme indéterminée

C'est l'usage le plus courant, et il est mécanique : on développe chaque morceau à un ordre suffisant, on simplifie, on lit la limite.

Méthode

Calculer une limite par développement limité.

  1. Repérer le point où l'on travaille, et s'y ramener par le changement de variable x=a+h si nécessaire.
  2. Choisir l'ordre : celui du dénominateur, augmenté des pertes prévisibles.
  3. Développer chaque terme au même ordre, en n'oubliant aucun o.
  4. Regrouper, simplifier, et diviser.
  5. Conclure : le quotient d'un o(xn) par xn tend vers 0.

Exemple

Trois limites classiques.

Le sinus à l'ordre 3. Avec sinx=xx36+o(x3) :

sinxxx3=x36+o(x3)x3=16+o(x3)x3x016.

On en déduit au passage l'équivalent sinxx0x36, souvent plus utile que la limite elle-même.

L'exponentielle à l'ordre 2. Avec ex=1+x+x22+o(x2) :

ex1xx2=x22+o(x2)x2x012.

Une forme 1. Cherchons limx0(cosx)1/x2. Une puissance dont l'exposant varie se traite toujours en repassant par l'exponentielle :

(cosx)1/x2=exp(ln(cosx)x2).

Nous avons calculé ln(cosx)=x22x412+o(x4), donc

ln(cosx)x2=12x212+o(x2)x012.

Par continuité de l'exponentielle, (cosx)1/x2e1/2=1e.

Remarque

La règle d'or des formes uv. Devant u(x)v(x), on écrit systématiquement uv=evlnu et l'on étudie l'exposant vlnu. C'est vrai pour les formes 1, 00 et 0, qui sont toutes indéterminées, et cela évite les raisonnements faux du type « cosx tend vers 1, donc la puissance tend vers 1 ».

Tangente et position relative

Le DL1 donne la tangente ; les termes suivants disent de quel côté la courbe se trouve. C'est l'application géométrique la plus importante du chapitre.

Propriété

Position par rapport à la tangente. Soit f une fonction continue en 0 admettant un développement limité de la forme

f(x)=a0+a1x+apxp+o(xp),

p2 et ap0 (autrement dit, apxp est le premier terme non nul après le terme affine). Alors :

  1. f est dérivable en 0 et la tangente T à la courbe au point d'abscisse 0 a pour équation y=a0+a1x ;
  2. f(x)(a0+a1x)0apxp, de sorte que le signe de la différence est, au voisinage de 0 et pour x0, celui de apxp ;
  3. si p est pair, la courbe reste du même côté de T des deux côtés du point : au-dessus si ap>0, au-dessous si ap<0 ;
  4. si p est impair, la différence change de signe en 0 : la courbe traverse sa tangente, et le point d'abscisse 0 est un point d'inflexion.

Démonstration. Point 1. La troncature à l'ordre 1 donne f(x)=a0+a1x+o(x), donc f est dérivable en 0 avec f(0)=a0 et f(0)=a1 ; l'équation de la tangente en résulte.

Point 2. Par hypothèse, f(x)(a0+a1x)=apxp+o(xp). Comme ap0, le terme apxp n'est pas nul pour x0 et l'on a bien f(x)(a0+a1x)0apxp. Deux fonctions équivalentes ayant le même signe au voisinage du point, la différence a le signe de apxp pour x non nul assez proche de 0.

Points 3 et 4. Si p est pair, xp>0 pour x0, donc apxp garde le signe de ap des deux côtés. Si p est impair, xp est du signe de x, donc apxp change de signe en 0.

Exemple

La courbe du logarithme et sa tangente en 0. Considérons f(x)=ln(1+x) sur ]1,+[. Son développement à l'ordre 2 est

ln(1+x)=xx22+o(x2).

On lit a0=0 et a1=1 : la tangente en 0 a pour équation y=x. Le premier terme suivant est a2x2 avec a2=120, et p=2 est pair avec a2<0. La courbe est donc au-dessous de sa tangente des deux côtés de 0 :

ln(1+x)x0x22<0pour x0 voisin de 0.

On retrouve, localement, l'inégalité de convexité bien connue ln(1+x)x.

Courbe de f et sa tangente en 0 : la courbe passe sous la tangente

Exemple

Un point d'inflexion. Prenons f(x)=sinx, dont le développement est sinx=xx36+o(x3). La tangente en 0 est encore y=x, mais cette fois le premier terme non nul suivant est x36 : p=3 est impair. La courbe traverse donc sa tangente en 0 :

sinxx0x36,

quantité négative pour x>0 et positive pour x<0. Le sinus est au-dessous de sa tangente à droite de 0, au-dessus à gauche : le point (0,0) est un point d'inflexion.

Extremum local

Propriété

Nature d'un point critique. Soit f continue en 0 admettant un développement limité de la forme

f(x)=a0+apxp+o(xp),

avec p2 et ap0 (les coefficients de x,x2,,xp1 sont donc tous nuls, et en particulier f(0)=0).

  1. Si p est pair et ap>0, f admet en 0 un minimum local strict.
  2. Si p est pair et ap<0, f admet en 0 un maximum local strict.
  3. Si p est impair, f n'admet pas d'extremum en 0.

Démonstration. On a f(x)f(0)=f(x)a00apxp, donc cette différence a le signe de apxp pour x0 voisin de 0.

Si p est pair et ap>0, alors f(x)f(0)>0 pour tout x0 assez proche de 0 : c'est la définition d'un minimum local strict. Si ap<0, on obtient de même un maximum local strict. Si p est impair, la différence est strictement positive d'un côté et strictement négative de l'autre : f prend des valeurs plus grandes et plus petites que f(0) dans tout voisinage de 0, donc il n'y a pas d'extremum.

Exemple

Une nature d'extremum invisible à l'ordre 2. Soit f(x)=chx1+x2, définie sur R. Développons à l'ordre 4 :

chx=1+x22+x424+o(x5),

et, en composant 1+u=1+u2u28+o(u2) avec u=x20 :

1+x2=1+x22x48+o(x5).

En soustrayant, les termes constants et les termes en x2 se détruisent :

f(x)=(124+18)x4+o(x4)=x46+o(x4).

Ici p=4 est pair et a4=16>0 : la fonction f admet en 0 un minimum local strict, de valeur f(0)=0. Autrement dit, chx>1+x2 pour x non nul voisin de 0.

Remarquez qu'un développement à l'ordre 2 n'aurait donné que f(x)=o(x2) : insuffisant pour conclure. C'est exactement la situation décrite dans la méthode « choisir le bon ordre ».

Branches infinies et asymptotes

Un développement limité se fait en un point ; pour étudier une courbe à l'infini, on commence donc par ramener l'infini en 0.

Méthode

Étudier une branche infinie en +. Soit f définie au voisinage de +, avec f(x)±.

  1. Calculer f(x)x. Si ce quotient tend vers ±, la courbe admet une branche parabolique de direction (Oy) ; s'il tend vers 0, une branche parabolique de direction (Ox). S'il tend vers un réel a, on continue.
  2. Calculer f(x)ax. Si cette quantité tend vers ±, la courbe admet une branche parabolique de direction la droite y=ax. Si elle tend vers un réel b, la droite y=ax+b est asymptote à la courbe en +.
  3. Déterminer la position en étudiant le signe de f(x)(ax+b), c'est-à-dire du terme suivant du développement.

En pratique, les trois étapes se font d'un coup, par le changement de variable x=1h avec h0+ : on développe f(1h) à un ordre suffisant, sous la forme

f(1h)=ah+b+ch+o(h),

puis on revient à x :

f(x)=ax+b+cx+o(1x).

L'asymptote est y=ax+b, et la position se lit sur le signe de cx : pour c>0, la courbe est au-dessus de son asymptote en + ; pour c<0, au-dessous.

Exemple

Une asymptote oblique complète. Étudions la branche infinie en + de

f(x)=x2+x+1.

Mise en forme. Pour x>0, on factorise x2 sous la racine, en prenant garde que x2=x=x puisque x>0 :

f(x)=x1+1x+1x2.

Développement. Posons u=1x+1x2, qui tend vers 0 en +, et utilisons 1+u=1+u2u28+o(u2). Comme u+1x, on a u2=1x2+o(1x2) et u3=o(1x2) : l'ordre 2 en u suffit. Alors

1+u=1+12(1x+1x2)181x2+o(1x2)=1+12x+38x2+o(1x2).

Retour à f. En multipliant par x :

f(x)=x+12+38x+o(1x).

Lecture. Le développement se lit directement : f(x)(x+12)=38x+o(1x)0, donc la droite d'équation

y=x+12

est asymptote à la courbe en +. De plus f(x)(x+12)+38x>0 : la courbe est au-dessus de son asymptote au voisinage de +.

Attention au signe en . Pour x<0, on a x2=x, donc f(x)=x1+1x+1x2, et le même calcul donne f(x)=x1238x+o(1x) : l'asymptote en est y=x12, et la courbe est encore au-dessus (car 38x>0 pour x<0). Oublier la valeur absolue est l'erreur classique de ce type d'exercice.

La figure ci-dessous illustre la situation sur un exemple plus simple, celui de g(x)=x+1+1x, dont le développement asymptotique est immédiat : la droite y=x+1 est asymptote en +, et la courbe reste au-dessus puisque g(x)(x+1)=1x>0.

Courbe et son asymptote oblique en +\infty

Remarque

Asymptote n'est pas tangente. Les deux notions se ressemblent — une droite dont la courbe se rapproche — mais elles ne se lisent pas au même endroit : la tangente est une affaire locale en un point fini, l'asymptote une affaire à l'infini. Le vocabulaire de position, lui, est le même : dans les deux cas, on regarde le signe du premier terme non nul de la différence.

Développements asymptotiques

Un équivalent donne un terme, un développement limité en donne n mais seulement au voisinage d'un point et seulement en puissances de x. Il arrive qu'on ait besoin de plus de souplesse : décrire une suite avec des termes en lnnn, une intégrale avec des termes en 1n2, une racine d'équation avec des termes de nature variée. C'est l'objet des développements asymptotiques.

Définition

Définition

Soit (un) une suite. On appelle développement asymptotique de (un) une écriture de la forme

un=v1(n)+v2(n)++vp(n)+o(vp(n)),

où chaque terme est négligeable devant le précédent :

v2(n)=o(v1(n)),v3(n)=o(v2(n)),,vp(n)=o(vp1(n)).

Le premier terme v1(n) est alors un équivalent de un ; chaque terme supplémentaire est une correction de plus en plus fine. On définit de la même façon le développement asymptotique d'une fonction au voisinage d'un point.

Remarque

Trois points de vigilance.

  • La condition « chaque terme est négligeable devant le précédent » est essentielle : sans elle, l'écriture n'a aucun contenu. Écrire un=n+n+o(n) ne veut rien dire d'utile.
  • Le développement limité est un cas particulier : f(x)=a0+a1x++anxn+o(xn) est un développement asymptotique dont les termes sont des monômes.
  • Un développement asymptotique n'est pas une somme infinie : il comporte un nombre fini de termes, et le dernier o borne l'erreur. On ne fait jamais tendre p vers l'infini, et l'on ne parle pas de convergence de cette écriture.

Développement asymptotique d'une suite

Méthode

La technique de l'isolement du reste. Elle consiste à obtenir les termes un par un.

  1. Trouver un équivalent v1(n) de un : c'est le premier terme.
  2. Poser wn=unv1(n) : c'est le « reste », dont on sait déjà qu'il est un o(v1(n)).
  3. Chercher un équivalent de wn : c'est le deuxième terme v2(n).
  4. Recommencer avec unv1(n)v2(n), autant de fois que nécessaire.

En pratique, quand l'expression le permet, on court-circuite ce processus en écrivant directement un développement limité de la bonne quantité — c'est ce que fait l'exemple ci-dessous.

Exemple

Le développement de (1+1n)n. On sait que cette suite tend vers e. À quelle vitesse ? Posons un=(1+1n)n et passons au logarithme, comme toujours pour une puissance à exposant variable :

lnun=nln(1+1n).

Utilisons le développement de ln(1+x) à l'ordre 3, avec x=1n0 :

ln(1+1n)=1n12n2+13n3+o(1n3),

d'où, en multipliant par n :

lnun=112n+13n2+o(1n2).

Repassons à l'exponentielle en isolant la constante, seule façon correcte de procéder :

un=exp(lnun)=e×exp(12n+13n2+o(1n2)=tn0).

Avec et=1+t+t22+o(t2) et tn2=14n2+o(1n2) :

un=e(112n+13n2+18n2+o(1n2))=ee2n+11e24n2+o(1n2),

puisque 13+18=8+324=1124.

Chaque terme est bien négligeable devant le précédent. On lit au passage deux informations que la seule limite ne donnait pas : la suite s'approche de e par valeurs inférieures, et l'écart vaut environ e2n — il faut donc n de l'ordre de quelques milliers pour approcher e à 103 près.

Suites définies implicitement

Une suite peut être définie non par une formule, mais comme la solution d'une équation dépendant de n. Le plan d'étude est toujours le même.

Méthode

Étudier une suite implicite, en trois temps.

  1. Existence et unicité. Pour n fixé, on étudie la fonction φ qui apparaît dans l'équation : continuité, stricte monotonie, limites aux bornes. Le théorème de la bijection donne alors l'existence et l'unicité de la solution xn sur l'intervalle voulu.
  2. Comportement grossier. On détermine la monotonie de (xn) et sa limite, souvent en exploitant la monotonie de φ ou de φ1.
  3. Développement. On reporte l'information acquise dans l'équation elle-même, ce qui donne un terme de plus ; puis on recommence. C'est le mécanisme central : l'équation est à la fois la définition de xn et l'outil qui donne son développement.

Exemple

L'équation x+lnx=n. Pour nN, on considère l'équation x+lnx=n, d'inconnue x>0.

Temps 1 : existence et unicité. Posons φ(x)=x+lnx sur ]0,+[. Cette fonction est continue et strictement croissante (somme de deux fonctions strictement croissantes), avec

limx0+φ(x)=etlimx+φ(x)=+.

D'après le théorème de la bijection, φ réalise une bijection de ]0,+[ sur R. Pour tout n, l'équation φ(x)=n admet donc une unique solution, que nous notons xn.

Temps 2 : monotonie et limite. La réciproque φ1 est strictement croissante, et xn=φ1(n) : la suite (xn) est donc strictement croissante. Elle tend vers + : si elle était majorée par M, on aurait n=φ(xn)φ(M) pour tout n, ce qui est absurde.

Temps 3, premier terme. Repartons de l'équation, écrite sous la forme xnn=xnxn+lnxn, soit

xnn=11+lnxnxn.

Comme xn+, la croissance comparée donne lnxnxn0, donc xnn1, c'est-à-dire

xnn.

Temps 3, deuxième terme. Réécrivons l'équation sous la forme xn=nlnxn, et injectons ce que nous savons. De xnn on tire lnxn=lnn+lnxnn, où lnxnnln1=0. Donc lnxn=lnn+o(1) et

xn=nlnn+o(1).

Temps 3, troisième terme. On recommence, avec cette information plus fine. On a

xnn=1lnnn+o(1n),

donc, avec ln(1+t)=t+O(t2) appliqué à t=lnnn+o(1n)0, et en notant que t2=O((lnn)2n2)=o(lnnn) :

lnxnn=lnnn+o(lnnn),donclnxn=lnnlnnn+o(lnnn).

En reportant une dernière fois dans xn=nlnxn :

xn=nlnn+lnnn+o(lnnn).

Les trois termes sont bien de plus en plus petits : lnn=o(n) et lnnn=o(lnn). Notez le mécanisme, qui est le cœur de la méthode : chaque tour de manège consiste à réinjecter dans l'équation le développement obtenu au tour précédent.

Suites récurrentes un+1=f(un)

Lorsqu'une suite récurrente converge vers un point fixe , la question naturelle est la vitesse de convergence. Dans le cas — fréquent — où f()=1, la convergence est lente et le comportement s'obtient par une méthode standard : passer à 1unα pour transformer la récurrence en une suite dont les écarts successifs convergent.

Propriété

Lemme de Cesàro, forme utile. Soit (vn) une suite réelle telle que vn+1vnn+, avec R. Alors

vnnn+.

Démonstration. Soit ε>0. Par hypothèse, il existe un rang N tel que

kN,vk+1vkε2.

Soit n>N. La somme télescopique vnvN=k=Nn1(vk+1vk) donne, en retranchant (nN) et en appliquant l'inégalité triangulaire :

vnvN(nN)=k=Nn1(vk+1vk)k=Nn1vk+1vk(nN)ε2nε2.

Écrivons alors vnn=(vNN)+(vnvN(nN)), d'où

vnn=vnnnvNNn+ε2.

Le premier terme du membre de droite tend vers 0 quand n+, le rang N étant désormais fixé : il existe donc N tel que ce terme soit inférieur à ε2 pour nN. Finalement, pour nmax(N,N),

vnnε.

C'est la définition de vnn.

Méthode

Vitesse de convergence d'une suite récurrente. Situation type : un+1=f(un) avec un0, un0, et f(x)=xcxq+1+o(xq+1) au voisinage de 0, avec c0.

  1. Établir d'abord, par les méthodes du premier semestre (monotonie, encadrement, point fixe), que (un) converge vers 0 et garde un signe constant.
  2. Poser vn=1unα et calculer vn+1vn à l'aide d'un développement limité. L'exposant α est choisi pour que cette différence tende vers une constante non nulle : c'est α=q.
  3. Appliquer le lemme de Cesàro : vnn, donc vnn.
  4. Revenir à un : unα1n, puis un(1n)1/α (licite, l'exposant est fixe).

Exemple

La suite un+1=sin(un). Soit u0]0,π[ et un+1=sin(un) pour tout n.

Étape 1 : convergence vers 0. On a u1=sin(u0)]0,1]. Montrons par récurrence que un]0,1] pour tout n1 : si un]0,1], alors 0<un1<π, donc sin(un)>0, et sin(un)un1. La suite (un)n1 est donc à valeurs dans ]0,1], et l'inégalité sinx<x pour x>0 montre qu'elle est strictement décroissante. Minorée par 0, elle converge vers un réel 0, qui vérifie =sin par continuité du sinus ; or l'unique solution de cette équation est =0. Donc un0+.

Étape 2 : le bon changement de variable. Le développement sinx=xx36+o(x4) montre que l'on est dans la situation type avec q=2 : posons donc

vn=1un2.

Calculons vn+1vn=1sin2(un)1un2. Nous avons établi plus haut, dans l'exemple sur le choix de l'ordre, que

1sin2x=1x2+13+o(1)quand x0.

En appliquant cela à x=un0 (composition à droite par une suite de limite 0 et de termes non nuls) :

vn+1vn=1sin2(un)1un2n+13.

Étape 3 : Cesàro. Le lemme donne immédiatement

vnnn+13,c’est-aˋ-dire1nun213.

Étape 4 : retour à un. On en déduit un23n, puis, en élevant à la puissance 12 — licite car l'exposant est fixe et les deux suites sont strictement positives :

un3n.

La convergence est donc extrêmement lente : il faut n de l'ordre de 3×106 pour que un descende sous 103. Notez que la limite u0 n'apparaît nulle part dans l'équivalent : toutes ces suites, quel que soit leur point de départ, finissent par se ressembler.

Comparaison d'une somme et d'une intégrale

Comment estimer une somme comme 1+12++1n, dont on ne connaît aucune expression close ? L'idée est géométrique : une somme de valeurs f(k) est une somme d'aires de rectangles de largeur 1, et si f est monotone ces rectangles encadrent l'aire sous la courbe, c'est-à-dire une intégrale — que l'on sait calculer.

Propriété

Encadrement d'une somme par des intégrales. Soient pq deux entiers et f une fonction continue et décroissante sur [p,q]. Alors, pour tout entier k vérifiant pkq1,

f(k+1)kk+1f(t)dtf(k),

et en sommant ces inégalités :

k=p+1qf(k)  pqf(t)dt  k=pq1f(k).

Si f est croissante, toutes les inégalités sont renversées.

Démonstration. Soit k un entier avec pkq1. Pour tout t[k,k+1], la décroissance de f donne

f(k+1)f(t)f(k).

Ces trois fonctions étant continues sur le segment [k,k+1], la croissance de l'intégrale permet d'intégrer cet encadrement sur [k,k+1] :

kk+1f(k+1)dt  kk+1f(t)dt  kk+1f(k)dt.

Les deux intégrales extrêmes portent sur des constantes et le segment est de longueur 1 : elles valent respectivement f(k+1) et f(k). D'où le premier encadrement.

Sommons-le maintenant pour k variant de p à q1. La relation de Chasles donne k=pq1kk+1f(t)dt=pqf(t)dt, tandis que le membre de gauche donne k=pq1f(k+1)=k=p+1qf(k) après changement d'indice, et le membre de droite k=pq1f(k). Le cas croissant se traite en appliquant ce qui précède à f.

Encadrement d'une somme par des intégrales : rectangles sous et sur la courbe de x \mapsto 1/x

Exemple

La somme harmonique Hn=k=1n1k.

L'encadrement. La fonction f:t1t est continue et décroissante sur [1,n]. Le théorème, avec p=1 et q=n, donne

k=2n1k  1ndtt  k=1n11k,c’est-aˋ-direHn1  lnn  Hn1n.

En réarrangeant, on obtient l'encadrement fondamental

lnn+1n  Hn  lnn+1.

L'équivalent. Pour n2, on a lnn>0 ; en divisant par lnn :

1+1nlnn  Hnlnn  1+1lnn.

Les deux membres extrêmes tendent vers 1, donc par encadrement Hnlnn1, c'est-à-dire

Hnlnn.

En particulier Hn+, mais très lentement : il faut plus de 104 termes pour dépasser 10.

Un terme de plus. Posons wn=Hnlnn, et montrons que cette suite converge, ce qui donnera un développement asymptotique à deux termes. D'une part, wn1n>0 d'après l'encadrement ci-dessus : la suite est minorée. D'autre part,

wn+1wn=1n+1ln(n+1n)=1n+1ln(1+1n).

Or l'inégalité lnuu1, appliquée à u=11+x avec x>1, donne après réarrangement ln(1+x)x1+x ; pour x=1n, cela s'écrit ln(1+1n)1n+1. Donc wn+1wn0 : la suite (wn) est décroissante.

Décroissante et minorée, elle converge d'après le théorème de la limite monotone. Sa limite, traditionnellement notée γ (constante d'Euler, γ0,577), fournit le développement asymptotique

Hn=lnn+γ+o(1).

Exemple

La somme Sn=k=1nk. Cette fois la fonction f:tt est croissante sur [0,+[, donc pour tout entier k1 :

k1ktdt  k  kk+1tdt.

En sommant pour k allant de 1 à n et en utilisant Chasles :

0ntdt  Sn  1n+1tdt.

Les deux intégrales se calculent, puisqu'une primitive de t est 23t3/2 :

23n3/2  Sn  23((n+1)3/21).

Divisons par 23n3/2, qui est strictement positif :

1  Sn23n3/2  (1+1n)3/21n3/2.

Le membre de droite tend vers 1, donc par encadrement

Sn23n3/2=23nn.

Remarque

Le principe à retenir. Une somme dont le terme général est f(k) avec f monotone se compare à f. La méthode donne un encadrement explicite, jamais une égalité : c'est de cet encadrement que l'on tire l'équivalent, par division et théorème d'encadrement. Elle ne demande rien d'autre que la croissance de l'intégrale et la relation de Chasles — deux outils du premier semestre.

Comportement asymptotique d'une intégrale dépendant de n

Dernière famille de problèmes : une suite définie par une intégrale, In=abgn(t)dt, dont on cherche la limite puis un équivalent.

Méthode

Les quatre outils autorisés. On ne dispose ici que des propriétés de l'intégrale sur un segment, et cela suffit.

  1. Encadrer l'intégrande. Si mgn(t)M sur [a,b], alors m(ba)InM(ba). Souvent suffisant pour la limite.
  2. Majorer en valeur absolue. L'inégalité triangulaire intégrale abgnabgn ramène l'étude à une intégrale positive.
  3. Découper l'intervalle. Sur [a,c] l'intégrande est petit, sur [c,b] l'intervalle est court : on choisit c en fonction de n, et l'on somme les deux majorations.
  4. Intégrer par parties, ou changer de variable. L'intégration par parties fait apparaître un facteur 1n+1 et transforme le problème en un problème du même type, mais plus petit : c'est la technique standard pour gagner un ordre.

Le schéma type d'une recherche d'équivalent est le suivant : isoler dans In un terme principal que l'on sait calculer exactement, puis majorer le reste par une quantité négligeable devant lui.

Exemple

L'intégrale In=01xn1+xdx.

Étape 1 : la limite. Pour x[0,1], on a 11+x2, donc

xn2xn1+xxn.

Ces fonctions sont continues sur [0,1] ; par croissance de l'intégrale, et puisque 01xndx=1n+1 :

12(n+1)  In  1n+1.

En particulier In0, et même In=O(1n). Mais cet encadrement ne donne pas d'équivalent : les deux bornes ne sont pas équivalentes entre elles, l'une valant le double de l'autre.

Étape 2 : l'équivalent. Isolons dans 11+x sa valeur « moyenne » en x=1, c'est-à-dire 12, en écrivant

11+x=12+(11+x12)=12+1x2(1+x).

Par linéarité de l'intégrale, il vient

In=1201xndx+1201xn(1x)1+xdx=12(n+1)+Jn,ouˋ Jn=1201xn(1x)1+xdx.

Étape 3 : majorer le reste. Sur [0,1], l'intégrande de Jn est positif et 11+x1, donc

0Jn1201xn(1x)dx=12(1n+11n+2)=12(n+1)(n+2).

Ainsi Jn=O(1n2), ce qui est négligeable devant 12(n+1).

Conclusion. On obtient le développement asymptotique

In=12(n+1)+O(1n2)=12n+O(1n2),

la dernière égalité venant de 12(n+1)=12n11+1n=12n12n2+O(1n3). En particulier

In12n.

Variante par intégration par parties. Le même résultat s'obtient en intégrant par parties, avec u(x)=11+x et v(x)=xn, les deux fonctions étant de classe C1 sur [0,1] :

In=[xn+1(n+1)(1+x)]01+1n+101xn+1(1+x)2dx=12(n+1)+1n+1Kn,

0Kn01xn+1dx=1n+2. Le second terme est donc majoré par 1(n+1)(n+2), et l'on retrouve In12n.

Remarque

Pourquoi le terme principal est-il 12n ? Parce que xn ne « pèse » que tout près de 1 : sur [0,1δ], la quantité xn est majorée par (1δ)n, qui tend vers 0 géométriquement. L'intégrale ne retient donc que le comportement de 11+x au voisinage de 1, où cette fonction vaut 12 — d'où le facteur 12 devant 01xndx=1n+1. Cette lecture, une fois comprise, permet de deviner le résultat avant de le démontrer, ce qui est très utile pour choisir la bonne décomposition.

Méthodes du chapitre

Les exercices d'analyse asymptotique se ramènent à huit questions types. Chacune se traite par un algorithme fixe : la difficulté n'est jamais dans l'idée, elle est dans le choix de l'ordre et dans la rigueur de la rédaction. Une règle vaut pour toutes : ne jamais écrire un o sans savoir de quelle variable et de quel point il parle.

Méthode

1. Calculer une limite.

  1. Identifier la forme indéterminée et le point de travail ; si le point n'est pas 0, poser x=a+h avec h0, ou x=1h si le point est l'infini.
  2. Si l'expression est un produit ou un quotient : chercher des équivalents de chaque facteur, ils suffisent presque toujours.
  3. Si l'expression est une somme ou une différence dont les termes principaux se compensent : passer aux développements limités, tous au même ordre.
  4. Si l'expression est une puissance uv : écrire uv=evlnu et étudier vlnu.
  5. Conclure en simplifiant : o(xn)xn0.

Méthode

2. Trouver un équivalent.

  1. Factoriser par le terme dominant : dans une somme, garder le plus gros terme, le reste tend vers 1.
  2. Reconnaître un équivalent usuel : sinu, ln(1+u), eu1, (1+u)α1 avec u0. Vérifier explicitement que u0 : c'est l'hypothèse que l'on oublie.
  3. Passer par un développement limité si la factorisation échoue : l'équivalent est le premier terme non nul.
  4. Vérifier trois choses avant de conclure : l'équivalent n'est pas nul, il est écrit sous forme simple, et aucune addition d'équivalents n'a été commise en route.

Méthode

3. Obtenir un développement limité.

  1. Écrire chaque brique à partir du tableau des développements usuels, au même ordre.
  2. Choisir l'ordre de départ en anticipant les pertes : une division par xp coûte p ordres, une compensation en coûte autant que de termes détruits.
  3. Enchaîner les opérations : somme, produit (tronquer à l'ordre n), composition (vérifier que la fonction intérieure tend vers 0, sinon isoler la constante), quotient (mettre le terme constant du dénominateur en facteur), primitivation (elle fait gagner un ordre, la constante est f(0)).
  4. Vérifier par la parité : une fonction paire n'a que des puissances paires.
  5. Ne jamais dériver un développement limité.

Méthode

4. Étudier une position relative ou un extremum.

  1. Écrire le développement limité de f en 0 (ou en a, après x=a+h) et isoler la partie affine a0+a1x : c'est la tangente.
  2. Poursuivre le développement jusqu'au premier terme non nul apxp après la partie affine ; s'il n'apparaît pas, monter d'un ordre.
  3. Conclure sur la position : f(x)(a0+a1x)apxp, donc le signe est celui de apxp. Si p est pair, la courbe reste du même côté ; si p est impair, elle traverse (point d'inflexion).
  4. Pour un extremum en un point critique (a1=0) : p pair et ap>0 donne un minimum local strict, p pair et ap<0 un maximum, p impair aucun extremum.

Méthode

5. Trouver une asymptote en ±.

  1. Poser x=1h, avec h0+ en + et h0 en .
  2. Factoriser par la puissance dominante ; en présence d'une racine, ne pas oublier x2=x, qui vaut x en .
  3. Développer jusqu'à obtenir la forme f(x)=ax+b+cx+o(1x) avec c0.
  4. Conclure : la droite y=ax+b est asymptote, et la position est donnée par le signe de cx — attention, ce signe change avec celui de x.
  5. Si f(x)ax tend vers ±, il n'y a pas d'asymptote mais une branche parabolique de direction y=ax.

Méthode

6. Obtenir un développement asymptotique de suite.

  1. Repérer la quantité qui tend vers 0 (souvent 1n) et poser le développement limité correspondant, à l'ordre voulu.
  2. Devant une puissance ou une exponentielle, passer au logarithme, développer l'exposant, puis repasser à l'exponentielle en isolant la constante : ec+tn=ecetn avec tn0.
  3. Vérifier que chaque terme obtenu est bien négligeable devant le précédent : c'est la définition, et c'est aussi un contrôle d'erreur.
  4. Ne jamais laisser un o « flottant » : il porte toujours sur la dernière puissance de 1n effectivement calculée.

Méthode

7. Traiter une suite définie implicitement.

  1. Existence et unicité : étudier la fonction de l'équation à n fixé (continuité, stricte monotonie, limites aux bornes) et appliquer le théorème de la bijection sur l'intervalle imposé.
  2. Monotonie et limite de la suite : exploiter la croissance de la réciproque, ou encadrer xn en évaluant l'équation en des valeurs bien choisies.
  3. Premier terme : réécrire l'équation sous une forme où la limite se lit, puis en déduire un équivalent.
  4. Termes suivants : réinjecter le développement obtenu dans l'équation, autant de fois que de termes demandés. Chaque tour donne exactement un terme de plus.

Méthode

8. Encadrer ou développer une intégrale dépendant de n.

  1. Limite : encadrer l'intégrande sur le segment, puis intégrer l'encadrement (croissance de l'intégrale). Ne jamais « passer à la limite sous l'intégrale ».
  2. Majoration fine : utiliser abgabg, puis majorer g par une fonction intégrable explicitement.
  3. Équivalent : décomposer l'intégrande en « terme principal calculable + reste », montrer que l'intégrale du reste est négligeable devant celle du terme principal, et conclure.
  4. Gagner un ordre : intégrer par parties ; le facteur 1n+1 produit apparaît alors devant une intégrale du même type, que l'on majore grossièrement.
  5. Somme et intégrale : pour une somme à terme monotone, encadrer par kk+1f, sommer, et diviser par le terme principal pour obtenir l'équivalent.

Pour finir, les cinq réflexes à avoir en tête quand un exercice de ce chapitre résiste.

  1. Toujours dire en quel point on travaille. « f=o(g) » sans point n'est pas une phrase mathématique.
  2. Devant une différence, oublier les équivalents. Deux termes équivalents qui se soustraient annulent toute l'information : il faut un développement limité.
  3. Ne jamais composer un équivalent à gauche par exp, ln, ou une puissance à exposant variable. La composition à droite, elle, est toujours licite.
  4. Quand il ne reste qu'un o, remonter d'un ordre. Un calcul qui ne donne rien n'est pas un calcul faux, c'est un calcul trop court.
  5. Contrôler par la parité et par les ordres de grandeur. Un terme en x2 dans une fonction impaire, un reste plus gros que le terme précédent, un équivalent nul : ce sont des erreurs, pas des surprises.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.