MP · Chapitre 09
Variables aléatoires discrètes
Ensembles dénombrables, espaces probabilisés, conditionnement et indépendance, variables discrètes, lois géométrique et de Poisson, espérance, variance, loi faible des grands nombres, fonctions génératrices.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Ensembles dénombrables
- Espaces probabilisés
- Conditionnement et indépendance
- Variables discrètes
- Lois géométrique et de Poisson
- Espérance
- Variance
- Loi faible des grands nombres
- Fonctions génératrices
En première année, l'univers était fini. Cette hypothèse rendait tout confortable : toute partie de était un événement, toute somme était une somme finie, toute variable aléatoire avait une espérance. Elle rendait aussi le modèle impuissant. Impossible d'y décrire le rang du premier pile dans une suite illimitée de lancers, le nombre d'appels reçus par un standard en une heure, ou le nombre de tentatives avant un premier succès : ces quantités prennent une infinité de valeurs, et l'univers fini les exclut par construction.
Ce chapitre lève cette restriction, mais pas complètement : on passe du fini au dénombrable, pas au continu. Les variables étudiées prennent leurs valeurs dans un ensemble au plus dénombrable, typiquement ou . Ce changement d'échelle a trois conséquences. D'abord, on ne peut plus prendre pour événements toutes les parties de : il faut se donner une tribu, c'est-à-dire une collection de parties stable par les opérations dénombrables. Ensuite, les sommes finies deviennent des sommes de familles indexées par un ensemble infini : c'est la théorie des familles sommables qui légitime les manipulations, et notamment les interversions de sommes qui apparaîtront à chaque calcul un peu sérieux. Enfin, une variable aléatoire n'a plus nécessairement d'espérance : la question de la sommabilité devient une question préalable à tout calcul.
Une fois ce cadre posé, presque tout ce que vous savez de la première année se transporte sans changement : conditionnement, formule des probabilités totales, formule de Bayes, indépendance, linéarité de l'espérance, variance, covariance, inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev. S'y ajoutent deux nouveautés : deux lois qui n'existaient pas en univers fini, la loi géométrique et la loi de Poisson, et un outil de calcul d'une efficacité remarquable, la fonction génératrice, qui transforme une loi sur en une série entière et une somme de variables indépendantes en un produit de fonctions. Le chapitre se referme sur la loi faible des grands nombres, qui donne enfin un contenu mathématique à l'intuition selon laquelle une fréquence observée se rapproche d'une probabilité.
Notations valables dans tout le chapitre. L'espace probabilisé est . Les événements sont notés , , , et désigne le complémentaire de dans . Une variable aléatoire discrète est notée , , , et est l'ensemble de ses valeurs. L'événement « prend la valeur » s'écrit avec des parenthèses, , et sa probabilité . On note l'indicatrice de , l'espérance, la variance, l'écart type, la covariance et la fonction génératrice. Pour la loi géométrique et la loi de Bernoulli, on pose systématiquement .
Ensembles dénombrables et familles sommables
Cette première section est une boîte à outils, pas un objet d'étude. Le programme la présente a minima : tous les résultats y sont admis, et ils ne font l'objet d'aucune évaluation spécifique. On ne vous demandera jamais de démontrer qu'un ensemble est dénombrable, ni d'étudier une famille sommable pour elle-même. Ces énoncés n'ont qu'un seul emploi : légitimer les interversions de sommes dans les calculs probabilistes. Lisez-les comme on lit une liste de permis de manœuvre.
Ensembles au plus dénombrables
Définition
Un ensemble est dénombrable lorsqu'il existe une bijection de sur . Il est au plus dénombrable lorsqu'il est fini ou dénombrable, ce qui équivaut à l'existence d'une injection de dans .
Propriété
Résultats admis.
- , et sont dénombrables.
- Toute partie d'un ensemble au plus dénombrable est au plus dénombrable.
- Un produit cartésien fini d'ensembles au plus dénombrables est au plus dénombrable ; en particulier et sont dénombrables.
- Une union au plus dénombrable d'ensembles au plus dénombrables est au plus dénombrable.
Ces quatre points suffisent à tout ce qui suit. Ils garantissent par exemple que si et sont deux variables aléatoires discrètes, l'ensemble qui indexe la loi du couple est encore au plus dénombrable, et donc que les sommes écrites plus loin ont un sens.
Familles sommables
Définition
Soit un ensemble au plus dénombrable et une famille de réels positifs. On pose
La famille est dite sommable lorsque cette borne supérieure est finie.
Une famille de nombres complexes est sommable lorsque la famille positive est sommable. On définit alors sa somme , qui ne dépend d'aucun ordre d'énumération de .
Propriété
Résultats admis, valables pour des familles indexées par des ensembles au plus dénombrables.
Cas de . La famille est sommable si et seulement si la série est absolument convergente, et alors . C'est le pont entre ce vocabulaire et les séries de première année.
Linéarité et croissance. Si et sont sommables et , alors est sommable et . Si de plus pour tout avec des familles réelles, alors .
Propriété
Sommation par paquets. Soit une famille positive, ou une famille sommable, et soit une partition de indexée par un ensemble au plus dénombrable. Alors
égalité valable dans pour une famille positive.
Théorème de Fubini. Soit une famille positive, ou sommable. Alors
Produit de deux sommes. Si et sont sommables, alors la famille est sommable et
Retenez le mode d'emploi. Devant une double somme à intervertir, il n'y a qu'une chose à vérifier : les termes sont-ils positifs ? Si oui, Fubini s'applique sans autre précaution, l'égalité ayant lieu dans . Sinon, on établit d'abord la sommabilité en travaillant sur les modules, puis on intervertit. En probabilités, les termes manipulés sont presque toujours des probabilités ou des produits de probabilités, donc positifs : l'interversion est licite d'emblée, et c'est exactement ce qui rend ces énoncés si commodes.
Espaces probabilisés
Tribu et espace probabilisable
Définition
Soit un ensemble non vide. Une tribu sur est une partie de telle que :
- ;
- pour tout , (stabilité par complémentaire) ;
- pour toute suite d'éléments de , (stabilité par union dénombrable).
Le couple est un espace probabilisable, les éléments de sont les événements.
Propriété
Une tribu contient , et elle est stable par union et intersection finies ou dénombrables ainsi que par différence.
Démonstration. On a . Pour une intersection dénombrable, les lois de De Morgan donnent
et le membre de droite est dans par stabilité par complémentaire puis par union dénombrable. Pour une union finie , on complète la famille en posant pour et on applique la stabilité dénombrable ; même procédé pour une intersection finie en complétant par . Enfin .
Le vocabulaire ensembliste se traduit terme à terme en vocabulaire probabiliste, et cette traduction doit être automatique. L'événement est « et », l'événement est « ou », est « n'est pas réalisé », l'inclusion signifie « implique », et signifie que et sont incompatibles. Pour les familles infinies, les quantificateurs sont à écrire une fois pour toutes :
Autrement dit, est l'événement « au moins un des est réalisé » et l'événement « tous les sont réalisés ». Toute la difficulté des exercices de modélisation tient dans le passage correct d'une phrase en français à l'une de ces deux écritures.
Probabilité
Définition
Soit un espace probabilisable. Une probabilité sur est une application telle que :
- ;
- (-additivité) pour toute suite d'événements deux à deux incompatibles, la série converge et
Le triplet est un espace probabilisé.
Propriété
Soit un espace probabilisé et deux événements.
- , et est additive sur toute famille finie d'événements deux à deux incompatibles.
- .
- Si , alors et (croissance).
- .
Démonstration. Pour le point 1, la suite constante est formée d'événements deux à deux incompatibles et d'union , donc : une série de terme général constant converge seulement si ce terme est nul, d'où . L'additivité finie s'en déduit en complétant une famille finie par des . Le point 2 vient de . Pour le point 3, donne , et fournit la croissance. Pour le point 4, on écrit , d'où grâce au point 3 appliqué à .
Continuité monotone et sous-additivité
Voici les deux résultats vraiment nouveaux de la section. Ce sont eux qui permettent de faire tendre un nombre de répétitions vers l'infini, et ils servent dans presque tous les exercices d'événements limites.
Propriété
Continuité croissante. Si est une suite croissante d'événements, c'est-à-dire pour tout , alors
Continuité décroissante. Si est une suite décroissante d'événements, c'est-à-dire pour tout , alors
Démonstration. Traitons d'abord le cas croissant. Posons et, pour , : ce sont des événements, comme intersections d'éléments de .
Ces événements sont deux à deux incompatibles. En effet, soit : alors par croissance de la suite, tandis que , donc .
Montrons ensuite par récurrence que . C'est vrai pour . Si c'est vrai au rang , alors
puisque . En passant à l'union sur tous les indices, on obtient .
La -additivité appliquée à la famille donne alors
la troisième égalité utilisant l'additivité finie. La convergence de la suite est donc acquise en même temps que sa valeur.
Pour le cas décroissant, on passe aux complémentaires : la suite est croissante, et De Morgan donne . Le cas croissant fournit
d'où le résultat en retranchant à .
Propriété
Sous-additivité dénombrable. Pour toute suite d'événements, sans aucune hypothèse d'incompatibilité,
l'inégalité étant triviale si la série diverge, auquel cas le membre de droite vaut .
Démonstration. Posons et, pour ,
qui est un événement. Ces événements sont deux à deux incompatibles : si , alors alors que . De plus pour tout , et une récurrence immédiate donne , donc .
La -additivité puis la croissance de donnent
la majoration terme à terme étant licite pour des séries à termes positifs.
Événements négligeables, presque sûrs, systèmes complets
Définition
Un événement est négligeable lorsque , et presque sûr lorsque . Une propriété est dite vraie presque sûrement lorsque l'événement sur lequel elle est réalisée est presque sûr.
Propriété
Une union au plus dénombrable d'événements négligeables est négligeable. Par passage au complémentaire, une intersection au plus dénombrable d'événements presque sûrs est presque sûre.
Démonstration. Si pour tout , la sous-additivité dénombrable donne .
Attention à ne pas confondre « négligeable » et « impossible » : est le seul événement impossible, alors qu'un événement négligeable peut parfaitement être non vide. Dans un jeu de pile ou face illimité, l'événement « on n'obtient jamais pile » est non vide, et pourtant négligeable, comme on le vérifiera plus bas.
Définition
Soit un ensemble au plus dénombrable et une famille d'événements deux à deux incompatibles.
- C'est un système complet d'événements lorsque .
- C'est un système quasi-complet d'événements lorsque .
Dans les deux cas, .
Un système complet est un système quasi-complet, et la différence entre les deux est un événement négligeable. C'est précisément la souplesse dont on a besoin : la famille associée au rang du premier succès n'est complète que si l'on a pris soin de traiter le cas, négligeable, où aucun succès n'apparaît.
Conditionnement et indépendance
Probabilité conditionnelle
Définition
Soit un événement tel que . Pour tout événement , on appelle probabilité conditionnelle de sachant le nombre
Propriété
Si , l'application est une probabilité sur .
Démonstration. Soit . Comme , la croissance de donne , donc : l'application est bien à valeurs dans . Ensuite .
Soit enfin une suite d'événements deux à deux incompatibles. Les événements sont eux aussi deux à deux incompatibles, puisque pour . Par distributivité, , donc la -additivité de donne
la constante pouvant entrer dans la série convergente à termes positifs.
Cette propriété n'est pas une curiosité : elle signifie que tous les résultats du chapitre s'appliquent à . Croissance, continuité monotone, sous-additivité, espérance, tout reste vrai « sachant ».
Propriété
Formule des probabilités composées. Si sont des événements tels que , alors
Démonstration. L'hypothèse et la croissance de assurent que tous les conditionnements écrits portent sur des événements de probabilité strictement positive. Le produit du membre de droite se télescope :
Probabilités totales et formule de Bayes
Propriété
Formule des probabilités totales. Soit un système complet ou quasi-complet d'événements, avec au plus dénombrable. Alors, pour tout événement , la famille est sommable et
la seconde écriture supposant pour tout , les indices tels que pouvant simplement être retirés de la somme.
Démonstration. Posons et , de sorte que : l'événement est négligeable, et il est vide dans le cas d'un système complet.
Les événements , pour , sont deux à deux incompatibles car les le sont, et est incompatible avec chacun d'eux puisque . Comme , on obtient la décomposition
La -additivité donne alors, la famille d'indices étant au plus dénombrable,
Or , donc par croissance : ce terme est nul. Il reste , la sommabilité étant assurée par la -additivité elle-même. La seconde écriture s'obtient en remplaçant par , ce qui est licite dès que ; et si , alors et le terme correspondant ne contribue pas.
Propriété
Formule de Bayes. Soient et deux événements de probabilités non nulles. Alors
Si de plus est un système complet ou quasi-complet d'événements de probabilités non nulles, alors pour tout
Démonstration. La première formule résulte de la double écriture . La seconde s'en déduit en remplaçant au dénominateur par la formule des probabilités totales.
Indépendance
Définition
Deux événements et sont indépendants lorsque . Lorsque , cela équivaut à .
Une famille finie d'événements est mutuellement indépendante lorsque
L'indépendance mutuelle exige donc bien davantage que l'indépendance deux à deux, qui n'est que le cas des parties à deux éléments. Ces deux notions ne coïncident pas : il existe des familles de trois événements deux à deux indépendants qui ne sont pas mutuellement indépendants, et un contre-exemple classique est traité dans la fiche d'exercices de ce chapitre. Retenez seulement qu'aucune des vérifications ne se déduit des autres, et qu'il faut donc les faire toutes.
Propriété
Si et sont indépendants, alors et le sont aussi, de même que et , et et .
Démonstration. L'événement se décompose en , donc par additivité . En utilisant l'indépendance de et , il vient
ce qui est exactement l'indépendance de et . Le rôle de et étant symétrique, et sont indépendants, et en appliquant à nouveau le résultat au couple , on obtient l'indépendance de et .
Variables aléatoires discrètes
Définition, loi, variable image
Définition
Soit un espace probabilisable et un ensemble. Une variable aléatoire discrète sur à valeurs dans est une application telle que :
- est au plus dénombrable ;
- pour tout , l'ensemble est un événement, c'est-à-dire un élément de .
Lorsque , on parle de variable aléatoire discrète réelle.
Définition
La loi de est la donnée de l'ensemble et de la famille . On la note .
Deux variables aléatoires et , éventuellement définies sur des espaces différents, suivent la même loi, ce qu'on note , lorsque et pour tout .
Propriété
La famille est un système complet d'événements. En particulier .
Réciproquement, si est une famille de réels positifs indexée par un ensemble au plus dénombrable et de somme , il existe une variable aléatoire discrète de loi .
Définition
Si est une variable aléatoire discrète à valeurs dans et si est une application quelconque, alors est une variable aléatoire discrète à valeurs dans , dont la loi est donnée par
Lois usuelles
Les trois premières lois sont connues depuis la première année, on les rappelle sans démonstration.
Définition
- Loi uniforme sur un ensemble fini de cardinal : pour tout .
- Loi de Bernoulli , avec : , et . On a et .
- Loi binomiale : et . C'est la loi du nombre de succès lors de répétitions indépendantes d'une épreuve de Bernoulli de paramètre . On a et .
Les deux lois suivantes sont les nouveautés du chapitre : leur support est infini, elles n'ont donc pas d'équivalent en univers fini.
Définition
Soit et . Une variable aléatoire suit la loi géométrique de paramètre , ce qu'on note , lorsque et
Propriété
Si , alors et
Démonstration. La série géométrique de raison converge, et
ce qui confirme qu'on a bien défini une loi. Ensuite, pour , l'événement est la réunion disjointe des pour , donc
où l'on a posé . Enfin pour , d'où .
Exemple
Le rang du premier succès. On répète indéfiniment, de façon indépendante, une épreuve de Bernoulli de probabilité de succès , et l'on note le rang du premier succès. L'événement signifie « les premières épreuves sont des échecs et la -ième est un succès », donc par indépendance
Ainsi . De même, signifie « les premières épreuves sont des échecs », ce qui redonne directement : c'est la lecture la plus rapide de cette formule, et c'est celle à retenir. La loi géométrique est la loi du temps d'attente du premier succès.
Définition
Soit . Une variable aléatoire suit la loi de Poisson de paramètre , ce qu'on note , lorsque et
Vérification que la somme vaut . Tous les termes sont positifs et la série exponentielle converge pour tout réel, donc
Exemple
La loi de Poisson comme loi des événements rares. Fixons et, pour , soit : un très grand nombre d'épreuves indépendantes, chacune de probabilité de succès très faible, le nombre moyen de succès restant constant. Fixons et calculons la limite du nombre :
Le premier facteur est un quotient de facteurs équivalents à par , il tend vers à fixé ; le troisième s'écrit avec . Ainsi
Il s'agit ici d'une limite de nombres, à fixé, et de rien d'autre. Elle justifie l'emploi de la loi de Poisson pour modéliser un nombre d'occurrences d'un événement rare sur une longue période : appels reçus par un standard, désintégrations radioactives, pannes d'un parc de machines.
Couples, lois marginales, lois conditionnelles
Définition
Soient et deux variables aléatoires discrètes sur le même espace, à valeurs dans et . Le couple est une variable aléatoire discrète à valeurs dans , d'ensemble de valeurs inclus dans , qui est au plus dénombrable.
La loi conjointe de est la famille , où désigne l'événement . Les lois de et de s'appellent alors les lois marginales du couple. Tout ceci s'étend à un -uplet .
Propriété
Passage de la loi conjointe aux lois marginales.
et symétriquement pour . En revanche, la donnée des deux lois marginales ne détermine pas la loi conjointe.
Démonstration. La famille est un système complet d'événements, indexé par un ensemble au plus dénombrable. La formule des probabilités totales appliquée à l'événement donne exactement
Définition
Soit un événement de probabilité non nulle. La loi conditionnelle de sachant est la loi de pour la probabilité , c'est-à-dire la famille . Comme est une probabilité, cette famille est bien une loi : elle est positive et de somme .
Le cas le plus fréquent est avec : la loi conditionnelle de sachant est donnée par
Indépendance de variables aléatoires
Définition
Deux variables aléatoires discrètes et sont indépendantes lorsque
Les variables sont (mutuellement) indépendantes lorsque
Une suite est une suite de variables indépendantes lorsque toute sous-famille finie l'est. Elle est dite i.i.d. (indépendante et identiquement distribuée) lorsque, de plus, toutes les suivent la même loi.
Pour des variables indépendantes, la loi conjointe est donc entièrement déterminée par les lois marginales : c'est exactement ce que l'indépendance apporte, et c'est pourquoi elle simplifie tant les calculs.
Propriété
Modélisation du pile ou face infini (résultat admis). Pour tout , il existe un espace probabilisé portant une suite de variables aléatoires i.i.d. de loi , où modélise « la -ième épreuve est un succès ». La construction d'un tel espace est hors programme : on l'utilise, on ne la refait pas.
Exemple
« On n'obtient jamais de succès » est négligeable. Reprenons la suite précédente avec et posons , l'événement « les premières épreuves sont des échecs ». Par indépendance, . La suite est décroissante, d'intersection . La continuité décroissante donne
puisque . L'événement est donc négligeable, bien que non vide. On en déduit que le rang du premier succès est défini sur l'événement presque sûr ; en le prolongeant arbitrairement sur , ce qui ne modifie aucune des probabilités , on obtient une variable aléatoire telle que .
Propriété
Si et sont indépendantes, alors pour toutes applications et définies respectivement sur et , les variables et sont indépendantes.
Démonstration. Fixons dans et dans , et posons et . L'événement est la réunion, disjointe et au plus dénombrable, des événements pour . La -additivité, l'indépendance de et , puis le produit de deux sommes de familles positives sommables donnent
Propriété
Lemme des coalitions (démonstration hors programme, résultat admis). Soient des variables aléatoires discrètes mutuellement indépendantes et un entier avec . Alors, pour toutes applications et définies sur les ensembles de valeurs correspondants, les variables aléatoires
sont indépendantes.
C'est l'énoncé qui autorise, par exemple, à affirmer que et sont indépendantes dès que le sont. Sans lui, chaque situation de ce type devrait être vérifiée à la main. Il se généralise à un découpage en plusieurs blocs d'indices deux à deux disjoints.
Espérance
Définition et sommabilité
Définition
Soit une variable aléatoire discrète positive, à valeurs dans , avec la convention lorsque et . Comme la famille est positive, sa somme est toujours définie dans et l'on pose
Soit maintenant une variable aléatoire discrète réelle quelconque. On dit que est d'espérance finie lorsque la famille est sommable, c'est-à-dire lorsque , et l'on pose alors
Une variable est centrée lorsque .
Deux remarques d'usage. Pour une variable positive, l'espérance existe toujours, éventuellement infinie : on peut donc écrire sans précaution préalable, ce qui est très commode dans les démonstrations. Pour une variable de signe quelconque, en revanche, écrire sans avoir justifié la sommabilité est une faute : c'est la première chose que cherche un correcteur.
Propriété
Si est un événement, est une variable aléatoire de loi et
La formule des queues
Propriété
Formule des queues. Soit une variable aléatoire à valeurs dans . Alors, dans ,
En particulier, est d'espérance finie si et seulement si la série converge.
Démonstration. Pour tout , l'événement est la réunion disjointe des pour , donc par -additivité. On en déduit
où . Tous les termes sont positifs, donc la sommation par paquets et le théorème de Fubini s'appliquent sans hypothèse supplémentaire, l'égalité ayant lieu dans . Regroupons cette fois selon la valeur de : pour fixé, les entiers tels que sont exactement , au nombre de . D'où
Enfin pour , ce qui donne la seconde écriture par décalage d'indice.
La formule de transfert
Propriété
Formule de transfert. Soit une variable aléatoire discrète à valeurs dans et .
- Si est positive, alors, dans , .
- Dans le cas général, est d'espérance finie si et seulement si la famille est sommable, et alors
Cas d'un couple. Si est un couple de variables discrètes et une fonction de deux variables, alors est d'espérance finie si et seulement si la famille est sommable, et alors
L'énoncé s'étend à un -uplet.
L'intérêt est considérable : pour calculer , on n'a pas besoin de déterminer la loi de . On somme sur les valeurs de , avec la loi de . C'est ce qui rend possibles, plus loin, les calculs de et de .
Propriétés de l'espérance
Propriété
Soient et deux variables aléatoires discrètes réelles.
- Domination. Si et si est d'espérance finie, alors est d'espérance finie.
- Linéarité. Si et sont d'espérance finie et , alors est d'espérance finie et .
- Positivité. Si et d'espérance finie, alors .
- Croissance. Si et si et sont d'espérance finie, alors .
- Si est constante égale à , alors . Enfin .
Démonstration. Pour le point 1, la formule de transfert appliquée au couple et à la fonction positive donne par croissance des sommes de familles positives, puisque ponctuellement.
Pour le point 2, la formule de transfert pour le couple appliquée à donne la sommabilité, puis la linéarité de la somme d'une famille sommable donne
En regroupant la première somme par paquets selon la valeur de , la formule de passage aux lois marginales donne , et de même pour la seconde. D'où le résultat.
Le point 3 est immédiat : une somme de termes positifs est positive. Le point 4 s'en déduit en appliquant le point 3 à , d'espérance finie par linéarité. Le point 5 vient de l'inégalité triangulaire pour les familles sommables.
Propriété
Soit une variable aléatoire discrète telle que et . Alors l'événement est presque sûr.
Démonstration. Par définition, , et tous les termes de cette somme sont positifs puisque . Une somme nulle de termes positifs a tous ses termes nuls : pour tout tel que , on a donc , c'est-à-dire .
L'événement est la réunion, au plus dénombrable, des événements négligeables pour avec . Par sous-additivité dénombrable, , donc .
Propriété
Si et sont indépendantes et d'espérance finie, alors est d'espérance finie et
Démonstration. Étudions d'abord la sommabilité. Par indépendance, puis par le théorème du produit de deux sommes appliqué aux familles positives sommables et ,
La famille est donc sommable, et la formule de transfert pour le couple s'applique. Le même calcul sans valeurs absolues donne
Attention : la réciproque est fausse. L'égalité n'entraîne pas l'indépendance, comme on le verra à la section suivante.
Espérance des lois géométrique et de Poisson
Exemple
Espérance d'une loi géométrique. Soit avec .
Première méthode, par la formule des queues. La variable est à valeurs dans et , donc
la série géométrique convergeant puisque . L'espérance est en particulier finie.
Seconde méthode, par la définition. La série entière a pour somme sur , comme dérivée terme à terme de la série géométrique. Donc
Conclusion : . Le résultat est conforme à l'intuition : si une épreuve réussit une fois sur dix, il faut en moyenne dix essais pour obtenir un premier succès.
Exemple
Espérance d'une loi de Poisson. Soit avec . La famille est positive, et le terme d'indice est nul. Pour , on simplifie , d'où
La série exponentielle étant convergente, la famille est sommable et l'espérance est finie. Conclusion : . Le paramètre d'une loi de Poisson est donc son espérance, ce qui justifie sa lecture comme « nombre moyen d'occurrences ».
Variance et covariance
Moments d'ordre deux
Définition
Soit une variable aléatoire discrète réelle et . Lorsque est d'espérance finie, on appelle moment d'ordre de le réel , qui se calcule par la formule de transfert :
Propriété
Si est d'espérance finie, alors est d'espérance finie.
Démonstration. Pour tout réel , l'inégalité donne , c'est-à-dire
Appliquée en , elle fournit . Or la variable est d'espérance finie par linéarité, puisque l'est. La propriété de domination donne alors que est d'espérance finie.
Propriété
Inégalité de Cauchy-Schwarz. Soient et deux variables aléatoires discrètes réelles telles que et soient d'espérance finie. Alors est d'espérance finie et
Il y a égalité si et seulement si et sont presque sûrement liées, c'est-à-dire s'il existe tel que l'événement soit presque sûr.
Démonstration. Existence de . L'inégalité donne , variable d'espérance finie par linéarité. Par domination, est d'espérance finie.
Remarque préliminaire, utilisée deux fois. Si une variable d'espérance finie vérifie « est presque sûr », alors . En effet, pour , on a , événement négligeable, donc par croissance : tous les termes de la somme définissant sont nuls.
L'inégalité. Si , alors , c'est-à-dire , est presque sûr, donc l'est aussi, donc par la remarque, et les deux membres sont nuls. Supposons maintenant et considérons, pour ,
le développement étant licite par linéarité, chacune des trois variables , , étant d'espérance finie. Par positivité de l'espérance, pour tout . C'est un trinôme du second degré en , de coefficient dominant , qui garde un signe constant : son discriminant est donc négatif ou nul,
ce qui est l'inégalité annoncée.
Cas d'égalité, sens direct. Supposons . Si , alors est presque sûr et le couple convient. Sinon, le discriminant du trinôme est nul, donc admet une racine double , et signifie . La variable étant positive d'espérance nulle, l'événement , c'est-à-dire , est presque sûr : le couple convient.
Cas d'égalité, réciproque. Supposons presque sûr avec . Si , alors et est presque sûr : la remarque préliminaire donne et , donc les deux membres sont nuls et l'égalité a lieu.
Supposons donc et posons , de sorte que est presque sûr. En appliquant la remarque préliminaire à puis à , qui sont presque sûrement nulles et d'espérance finie, on obtient et . Alors
Variance et écart type
Définition
Soit une variable aléatoire discrète réelle dont est d'espérance finie. La variable est alors d'espérance finie, et l'on appelle variance de le réel positif
et écart type de le réel .
Si , la variable est la variable centrée réduite associée : elle vérifie et .
Propriété
Sous les mêmes hypothèses, et pour tous réels et :
- Formule de Kœnig-Huygens : ;
- , donc ;
- si et seulement si l'événement est presque sûr.
Démonstration. Notons . Pour le point 1, on développe le carré et on applique la linéarité, licite car , et la variable constante sont d'espérance finie :
Pour le point 2, on a par linéarité, donc
On notera au passage que la variance est insensible à la translation : ajouter décale la variable sans modifier sa dispersion.
Pour le point 3, la variable est positive, et son espérance est nulle si et seulement si l'événement est presque sûr, d'après le résultat démontré à la section précédente.
Exemple
Variance d'une loi géométrique. Soit , . On calcule d'abord par la formule de transfert, en utilisant la somme de la série entière sur , obtenue en dérivant deux fois la série géométrique :
Tous les termes étant positifs, cette somme est finie, donc est d'espérance finie et
en utilisant . Enfin, par Kœnig-Huygens,
Conclusion : et .
Exemple
Variance d'une loi de Poisson. Soit . Les termes d'indices et de la somme suivante sont nuls, et pour on simplifie :
Cette quantité étant finie, est d'espérance finie, avec , puis
Conclusion : . L'égalité de l'espérance et de la variance est une signature de la loi de Poisson.
Covariance
Définition
Soient et deux variables aléatoires discrètes réelles dont les carrés sont d'espérance finie. On appelle covariance de et le réel
qui existe d'après l'inégalité de Cauchy-Schwarz. Les variables sont dites décorrélées lorsque .
Propriété
Sous ces hypothèses :
- Kœnig-Huygens bivariée : ;
- est symétrique, bilinéaire, et ;
- ;
- si et sont indépendantes, elles sont décorrélées ; la réciproque est fausse.
Démonstration. Posons et . Pour le point 1, on développe par linéarité :
Le point 2 découle de la linéarité de l'espérance appliquée au développement du produit, et par définition. Le point 3 est l'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée aux variables centrées et , qui donne . Pour le point 4, si et sont indépendantes, alors , donc par le point 1.
Exemple
Décorrélées mais dépendantes. Soit de loi uniforme sur et . Alors et , donc et
Les variables sont donc décorrélées. Elles ne sont pourtant pas indépendantes : est une fonction de , et le calcul le confirme, puisque alors que
Décorrélation et indépendance sont donc deux notions distinctes : la première ne mesure qu'une absence de liaison affine.
Propriété
Variance d'une somme finie. Soient des variables aléatoires discrètes réelles dont les carrés sont d'espérance finie. Alors est d'espérance finie et
Si les variables sont deux à deux indépendantes, ou plus généralement deux à deux décorrélées, alors
Démonstration. Posons et , de sorte que par linéarité. Chaque produit est d'espérance finie par Cauchy-Schwarz, donc l'est aussi par linéarité, cette somme étant finie. On écrit alors
La linéarité de l'espérance sur une somme finie de variables d'espérance finie donne
où l'on a isolé les termes diagonaux. Or , et par symétrie de la covariance les termes hors diagonale se regroupent deux par deux : . D'où la formule.
Si les variables sont deux à deux décorrélées, toutes les covariances d'indices distincts sont nulles et il ne reste que la somme des variances. L'indépendance deux à deux entraîne la décorrélation deux à deux, d'où le cas particulier annoncé.
Fonctions génératrices
Dans toute cette section, est une variable aléatoire à valeurs dans . L'idée est de coder la suite dans les coefficients d'une série entière, puis de laisser les théorèmes du chapitre sur les séries entières faire le travail.
Définition
La fonction génératrice de est la fonction
définie au moins sur d'après la propriété suivante.
Propriété
La série entière a un rayon de convergence , elle converge normalement sur , et est continue sur . De plus
Démonstration. Posons pour . Pour tout de cet intervalle, , donc
la borne supérieure étant atteinte en . Or : la série converge, donc converge normalement sur , donc uniformément, donc simplement.
En particulier la série numérique converge, ce qui donne . Chaque étant continue sur et la convergence y étant uniforme, la somme est continue sur , y compris aux extrémités, ce qui n'est pas garanti par la seule théorie des séries entières.
Enfin , , et pour l'inégalité triangulaire donne .
Propriété
caractérise la loi. Deux variables aléatoires à valeurs dans ont la même loi si et seulement si elles ont la même fonction génératrice. Précisément,
Démonstration. Si , les coefficients coïncident, donc . Réciproquement, est la somme d'une série entière de rayon : par unicité du développement en série entière, ses coefficients sont ses coefficients de Taylor en , et l'égalité sur un voisinage de force l'égalité des coefficients, c'est-à-dire pour tout .
| Loi de | Validité | |
|---|---|---|
| $ | ||
Les deux premières lignes sont immédiates, la seconde par la formule du binôme. Pour la géométrique, dès que . Pour la loi de Poisson, , valable pour tout réel .
Propriété
Espérance et variance par .
- est d'espérance finie si et seulement si est dérivable en , et alors .
- est d'espérance finie si et seulement si est deux fois dérivable en , et alors
Démonstration du sens direct du point 1. Supposons d'espérance finie, c'est-à-dire . Posons sur : chaque est de classe , la série converge simplement sur , et pour tout
majoration indépendante de dont la série converge par hypothèse. La série des dérivées converge donc normalement sur . Le théorème de dérivation terme à terme s'applique : est de classe sur , en particulier dérivable en , et
La réciproque, qui affirme que la dérivabilité de en entraîne l'existence de , est admise : elle n'est pas exigible. Le point 2 s'obtient de la même manière avec la majoration , la formule de transfert donnant , puis avec .
Exemple
Contrôle sur la loi de Poisson. Pour , , donc et . En : et , d'où . On retrouve bien les résultats de la section précédente.
Propriété
Somme de variables indépendantes. Si et sont deux variables aléatoires à valeurs dans indépendantes, alors
Plus généralement, si sont indépendantes à valeurs dans , alors .
Démonstration. Déterminons d'abord la loi de , qui est à valeurs dans . La famille est un système complet d'événements, et pour fixé l'événement est égal à , vide si . La formule des probabilités totales puis l'indépendance donnent donc
Reconnaissons maintenant un produit de Cauchy. Fixons : les séries et sont absolument convergentes, puisque majorées terme à terme par et . Le théorème sur le produit de Cauchy de deux séries absolument convergentes s'applique : la série de terme général
converge absolument, et sa somme est le produit des deux sommes. Autrement dit
Le cas général s'obtient par récurrence sur , le lemme des coalitions garantissant que et sont indépendantes.
Inégalités et loi faible des grands nombres
Propriété
Inégalité de Markov. Soit une variable aléatoire positive d'espérance finie et . Alors
Démonstration. L'ensemble est inclus dans et tous les termes de la somme définissant sont positifs. En ne conservant que les valeurs , puis en minorant chacune d'elles par , il vient
la dernière égalité venant de ce que est la réunion disjointe et au plus dénombrable des pour . On divise par .
Propriété
Inégalité de Bienaymé-Tchebychev. Soit une variable aléatoire discrète réelle dont est d'espérance finie, et soit . En notant ,
Démonstration. Posons : c'est une variable aléatoire discrète positive, d'espérance finie égale à . Comme , on a l'égalité d'événements
la fonction carré étant croissante sur . L'inégalité de Markov appliquée à avec le seuil donne
Lisez cette inégalité comme un contrôle universel de la dispersion : quelle que soit la loi, la probabilité de s'écarter de la moyenne de plus de écarts types est majorée par , ce qu'on obtient en posant . C'est grossier, mais cela ne suppose rien sur la loi.
Propriété
Loi faible des grands nombres. Soit une suite de variables aléatoires i.i.d. dont le carré est d'espérance finie. On note , et . Alors, pour tout et tout ,
Démonstration. Fixons et posons , la moyenne des premières variables.
Espérance de . Chaque est d'espérance finie, puisque son carré l'est, et suit la même loi que , donc . Par linéarité de l'espérance sur une somme finie,
Variance de . Les variables sont indépendantes, donc en particulier deux à deux indépendantes, et leurs carrés sont d'espérance finie. La formule de la variance d'une somme finie de variables deux à deux indépendantes donne
toutes les ayant la même loi donc la même variance . Puis, avec appliqué à ,
Conclusion. L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev appliquée à , dont l'espérance vaut , donne pour tout
À fixé, le majorant est le terme général d'une suite de limite nulle, donc par encadrement, cette probabilité étant positive.
Exemple
Interprétation fréquentiste. Prenons i.i.d., où signifie « la -ième épreuve est un succès ». Alors est le nombre de succès en épreuves et est la fréquence observée des succès. Ici et , cette majoration résultant de l'étude du trinôme , maximal en . La loi faible des grands nombres donne donc, pour tout ,
Voilà le contenu mathématique exact de l'intuition « la fréquence se rapproche de la probabilité » : pour assez grand, il est très peu probable que la fréquence observée s'écarte de de plus de . L'énoncé ne dit rien de plus, et il ne faut rien lui faire dire de plus.
Méthodes types
Méthode
Reconnaître une loi géométrique dans un énoncé. Trois conditions doivent être réunies, et il faut les vérifier explicitement dans la copie.
1. Une même épreuve, à deux issues (succès ou échec), est répétée. 2. Les répétitions sont indépendantes et la probabilité de succès est la même à chaque répétition. 3. La variable étudiée est le rang du premier succès, à valeurs dans .
On conclut alors , d'où immédiatement , , et .
Deux pièges classiques. Si la variable compte le nombre d'échecs avant le premier succès, elle vaut et prend ses valeurs dans : sa loi n'est pas , mais on obtient tout par translation, et . Et si l'énoncé laisse une chance que le succès n'arrive jamais, penser à traiter cet événement : il est négligeable dès que , par continuité décroissante.
Méthode
Déterminer une loi par la méthode des événements . Lorsque l'événement est pénible à décrire mais que ou est simple, on procède en trois temps.
1. Calculer pour tout . C'est le cas typique d'un maximum ou d'un minimum : si , alors , ce qui se factorise par indépendance. Si , c'est qui se factorise.
2. Revenir à la loi par différence. Comme pour une variable à valeurs entières,
3. Vérifier. Contrôler que les obtenus sont positifs et de somme : c'est gratuit et cela détecte la quasi-totalité des erreurs d'indice.
Méthode
Calculer une espérance par la formule des queues. Réflexe à avoir dès que est à valeurs dans et que est plus simple que , ce qui est exactement la situation produite par la méthode précédente.
On écrit , la formule étant valable dans : on peut donc l'appliquer avant de savoir si l'espérance est finie, et c'est même souvent ainsi qu'on l'établit. Si la série converge, est d'espérance finie et on a sa valeur ; si elle diverge, et il n'y a rien de plus à dire.
Méthode
Calculer une espérance par décomposition en indicatrices. C'est la méthode la plus rentable du chapitre, et elle contourne complètement la détermination de la loi.
1. Écrire , où les sont des événements bien choisis, typiquement « l'objet possède la propriété étudiée ». 2. Appliquer la linéarité sur cette somme finie :
3. Calculer chaque , ce qui est en général très simple.
Le point décisif est que la linéarité de l'espérance ne demande aucune indépendance : les peuvent être fortement liés, la formule reste vraie. Pour la variance, en revanche, il faudra reprendre la formule de la variance d'une somme et calculer les covariances .
Méthode
Utiliser une fonction génératrice pour identifier la loi d'une somme. Trois étapes, à condition que les variables soient à valeurs dans et indépendantes.
1. Écrire les fonctions génératrices des variables en jeu, en citant le tableau des lois usuelles. 2. Multiplier : . 3. Reconnaître le résultat dans le tableau et conclure par le fait que la fonction génératrice caractérise la loi.
Exemple. Soient et indépendantes. Pour tout ,
qui est la fonction génératrice de . Donc . Le même raisonnement avec et indépendantes, de même paramètre , donne , donc .
Méthode
Dimensionner un échantillon par Bienaymé-Tchebychev. Situation type : on estime une proportion inconnue par la fréquence observée sur observations indépendantes, et l'on veut garantir une précision avec un risque au plus .
1. Majorer la variance. Pour des variables de Bernoulli, , majoration valable sans connaître , ce qui est indispensable puisque est justement l'inconnue. 2. Écrire l'inégalité : . 3. Résoudre en l'inéquation , soit .
Application numérique. Pour et , on obtient
Un échantillon de observations suffit donc à garantir un écart inférieur à avec une probabilité d'au moins . La majoration est volontairement pessimiste : c'est le prix à payer pour une garantie valable quelle que soit la loi.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.