MP · Chapitre 08
Intégration sur un intervalle quelconque
Intégrales généralisées, fonctions intégrables, intégration des relations de comparaison, théorème de convergence dominée, intégration terme à terme, intégrales à paramètre.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Intégrales généralisées
- Fonctions intégrables
- Intégration des relations de comparaison
- Théorème de convergence dominée
- Intégration terme à terme
- Intégrales à paramètre
En première année, l'intégrale portait toujours sur un segment , et la fonction intégrée était continue par morceaux sur ce segment. Ces deux hypothèses n'étaient pas décoratives : elles garantissaient que la fonction était bornée, que le domaine était de longueur finie, et donc que l'aire sous la courbe était un nombre réel parfaitement défini. Toute la théorie de MPSI, sommes de Darboux comprises, reposait sur cette double finitude.
Or les intégrales qui apparaissent en deuxième année, en probabilités, en physique, en analyse de Fourier ou dans les fonctions spéciales, ne rentrent presque jamais dans ce cadre. On veut donner un sens à , dont le domaine n'est pas borné ; à , dont la fonction n'est pas bornée au voisinage de ; à , qui cumule les deux difficultés. Ce chapitre construit exactement cela : une intégrale sur un intervalle quelconque, borné ou non, ouvert ou non.
Le procédé est d'une simplicité désarmante et tient en une phrase : on intègre sur un segment, puis on fait tendre le segment vers l'intervalle et on regarde si l'on obtient une limite finie. Autrement dit, l'objet nouveau se définit comme une limite d'objets anciens, et rien de ce que vous savez sur les intégrales de segment n'est perdu. La contrepartie est qu'une intégrale généralisée peut ne pas exister : la première question posée par tout exercice de ce chapitre n'est plus « combien vaut cette intégrale ? » mais « cette intégrale converge-t-elle ? ». Le vocabulaire, les critères de comparaison, les intégrales de référence : tout ce début de chapitre est le décalque exact de ce que vous avez fait sur les séries numériques, et cette analogie est votre meilleure alliée.
Une distinction s'installe alors, qui n'existait pas en première année et que les correcteurs de concours traquent sans pitié : convergence de l'intégrale et intégrabilité de la fonction sont deux notions différentes. La seconde est plus forte : elle demande la convergence de , pas seulement celle de . Sur un segment, les deux coïncident ; sur un intervalle quelconque, non, et l'exemple sur est là pour le rappeler à chaque colle. Toute la théorie sérieuse, à partir de la moitié du chapitre, ne parle plus que de fonctions intégrables : c'est la bonne classe, celle qui forme un espace vectoriel, celle sur laquelle les grands théorèmes s'énoncent.
Ces grands théorèmes, justement, sont trois, et ils constituent le cœur du programme de MP. Le théorème de convergence dominée permet d'échanger une limite et une intégrale ; le théorème d'intégration terme à terme permet d'échanger une somme de série et une intégrale ; les théorèmes de régularité des intégrales à paramètre permettent d'échanger une dérivation et une intégrale. Les trois reposent sur la même idée, la domination : on majore toutes les fonctions en jeu, uniformément, par une seule fonction intégrable indépendante du paramètre. Retenez ce mot, il structure la seconde moitié du chapitre. Les deux premiers théorèmes sont admis (leur démonstration relève de la théorie de la mesure, hors programme) ; le troisième, lui, se démontre entièrement à partir du premier, et cette démonstration est exigible.
Les notations suivantes valent partout. La lettre désigne ou ; la lettre désigne un intervalle de non vide et non réduit à un point, souvent écrit avec . L'ensemble des fonctions continues par morceaux de dans est noté , celui des fonctions intégrables . On écrit systématiquement pour l'exponentielle, pour l'unité imaginaire et pour l'élément différentiel. La phrase « l'intégrale converge » et la phrase « est intégrable sur » ne sont jamais employées l'une pour l'autre. La fonction dominante d'un théorème de domination s'appelle toujours . Enfin, désigne la fonction d'Euler , étudiée en fin de chapitre.
Cadre : fonctions continues par morceaux sur un intervalle quelconque
Ce que l'on sait déjà : l'intégrale sur un segment
Propriété
Rappels de première année. Soit un segment de avec . Toute fonction continue par morceaux sur à valeurs dans admet une intégrale , et l'on dispose des propriétés suivantes.
- Linéarité : pour continues par morceaux sur et , .
- Relation de Chasles : pour tous dans , , avec la convention .
- Positivité et croissance : si , et , alors ; si , alors .
- Inégalité triangulaire : si , .
- Théorème fondamental : si est continue sur un intervalle et , la fonction est l'unique primitive de sur s'annulant en ; elle est de classe et .
- Nullité : si est continue, positive sur avec et si , alors est identiquement nulle sur .
- Invariance : modifier une fonction continue par morceaux en un nombre fini de points ne change pas son intégrale.
Ces sept énoncés sont le socle. Tout ce que nous allons construire s'obtiendra en les appliquant sur un segment, puis en passant à la limite. Aucun d'eux ne sera redémontré.
Continuité par morceaux sur un intervalle quelconque
Définition
Soit un intervalle de . Une fonction est dite continue par morceaux sur lorsque sa restriction à tout segment inclus dans est continue par morceaux au sens de la première année.
L'ensemble de ces fonctions est noté .
Remarque
La définition est locale : on ne demande rien de global, seulement que la situation soit raisonnable sur chaque morceau borné. Trois conséquences immédiates, souvent mal comprises.
D'abord, une fonction continue par morceaux sur un intervalle non borné peut avoir une infinité de points de discontinuité. La fonction partie entière est continue par morceaux sur : sur chaque segment elle n'a que discontinuités, ce qui est fini. Ce qui est interdit, c'est une infinité de discontinuités sur un même segment.
Ensuite, une fonction continue par morceaux sur un intervalle quelconque peut être non bornée : est continue, donc continue par morceaux, sur , alors qu'elle n'est bornée sur aucun voisinage de . C'est impossible sur un segment, où toute fonction continue par morceaux est bornée.
Enfin, la définition n'exige aucune limite aux bornes de : la fonction est continue sur , donc continue par morceaux, bien qu'elle n'ait pas de limite en .
Propriété
Soit un intervalle de .
- est un -espace vectoriel, stable par produit.
- Si , alors ; si de plus , alors et sont continues par morceaux sur .
- Si , alors et le sont aussi.
Démonstration. Chacune de ces affirmations est vraie sur un segment, par les théorèmes de première année. Or être continue par morceaux sur , c'est l'être sur chaque segment de . Soit donc un segment : les restrictions de et de à sont continues par morceaux, donc , , , , , et le sont également sur . Le segment étant quelconque, la conclusion vaut sur . Enfin, la fonction nulle appartient à , qui est donc un sous-espace vectoriel de l'espace de toutes les fonctions de dans .
Remarque
On utilisera constamment l'identité, valable pour à valeurs réelles :
Elle montre d'un coup que les parties positive et négative d'une fonction continue par morceaux sont continues par morceaux, sans invoquer le point 3.
Pourquoi l'intégrale sur un segment ne suffit plus
Soit . Si est un segment, est déjà définie et il n'y a rien à faire. Dans tous les autres cas, deux obstructions, et exactement deux, empêchent d'appliquer directement la théorie de première année.
Première obstruction : l'intervalle n'est pas borné. Sur , la fonction est parfaitement continue et bornée, mais n'est pas un segment : la « somme de Riemann » sur n'a aucun sens en première année. L'aire sous la courbe est pourtant intuitivement finie, et l'on voudrait pouvoir l'écrire .
Seconde obstruction : la fonction n'est pas bornée au voisinage d'une borne finie. Sur , la fonction est continue, l'intervalle est borné, mais n'est pas prolongeable en une fonction continue par morceaux sur , car quand . Une fonction continue par morceaux sur un segment est toujours bornée : n'entre donc pas dans le cadre de première année.
Remarque
Ces deux obstructions peuvent coexister, et il faudra alors les traiter séparément. Sur , la fonction pose un problème en (elle explose si ) et un problème en (l'intervalle n'est pas borné). Nous verrons que ces deux problèmes s'excluent mutuellement : aucune valeur de ne les résout tous les deux.
À l'inverse, une borne finie où admet une limite finie n'est pas un problème du tout : la fonction sur se prolonge par continuité en posant , et son intégrale est celle du prolongement sur le segment . On parle alors d'intégrale faussement impropre, et un exercice bien rédigé le signale en une phrase au lieu de perdre dix lignes à étudier une convergence acquise d'avance.
Intégrales généralisées
Définition sur un intervalle semi-ouvert
Définition
Soient , avec , et . Pour tout , le segment est inclus dans , donc l'intégrale est bien définie.
On dit que l'intégrale généralisée (ou impropre) converge lorsque la fonction
admet une limite finie quand tend vers par valeurs inférieures. On pose alors
Dans le cas contraire, on dit que l'intégrale diverge.
Définition symétrique sur avec : on étudie la limite de quand .
Remarque
Trois précisions de vocabulaire et de rédaction.
La nature d'une intégrale, c'est sa convergence ou sa divergence. Dire que deux intégrales « sont de même nature » signifie qu'elles convergent toutes les deux ou divergent toutes les deux ; cela ne dit rien de leurs valeurs.
Le symbole ne doit jamais être manipulé avant que sa convergence ne soit établie. Écrire une égalité entre deux intégrales dont on ignore la nature est la faute la plus fréquente du chapitre : c'est écrire une égalité entre deux objets qui n'existent peut-être pas. La bonne rédaction commence toujours sur le segment , où tout est licite, et ne passe à la limite qu'à la fin.
Seule la borne « à problème » compte. La convergence de ne dépend en rien de ce qui se passe près de : pour tout , les intégrales et sont de même nature, puisque et que est une constante. La convergence est une question locale au voisinage de la borne.
Propriété
Cas d'un faux problème. Soient deux réels et . Si admet une limite finie en , alors converge, et sa valeur est l'intégrale sur le segment du prolongement de .
Démonstration. Notons et le prolongement de à défini par . La fonction est continue par morceaux sur le segment : sur tout segment avec elle l'est par hypothèse, et elle admet une limite finie en , ce qui achève de vérifier la définition de première année. Pour , on a , et la fonction est continue sur (elle est même lipschitzienne, de rapport , qui est fini). Donc quand .
Propriété
Dérivation de l'intégrale fonction de sa borne. Soient un intervalle, et . La fonction est définie et continue sur . Si est continue en un point de , alors est dérivable en et .
En particulier, si est continue sur , alors est de classe sur et : c'est la primitive de qui s'annule en .
Démonstration. C'est le théorème fondamental de première année, appliqué sur chaque segment de contenant et : les deux propriétés énoncées (continuité de , dérivabilité aux points de continuité de ) sont locales, donc se lisent sur un segment.
Propriété
Critère par les primitives. Soient continue sur et une primitive quelconque de sur . Alors converge si et seulement si admet une limite finie en , et dans ce cas
que l'on note .
Démonstration. Pour , le théorème fondamental donne . La fonction admet donc une limite finie en si et seulement si en admet une, et les deux limites diffèrent de la constante .
Remarque
C'est l'outil de calcul numéro un du chapitre : dès qu'on sait primitiver, l'étude de la convergence devient une étude de limite, c'est-à-dire un exercice de première année. Les critères de comparaison des sections suivantes ne servent que lorsque la primitive n'est pas accessible.
Intégrale sur un intervalle ouvert
Définition
Soient et . On dit que converge lorsqu'il existe tel que les deux intégrales
convergent toutes les deux. On pose alors
Propriété
Indépendance du découpage. Cette définition ne dépend pas du point choisi : si les deux intégrales convergent pour un , elles convergent pour tout , et la somme obtenue est la même.
Démonstration. Soient ; quitte à échanger leurs rôles, supposons . Le segment est inclus dans , donc est un nombre bien défini.
Convergence en . Pour tout , la relation de Chasles sur le segment donne
Le nombre ne dépend pas de : la fonction admet donc une limite finie en si et seulement si en admet une, et dans ce cas les deux limites diffèrent de . Ainsi et sont de même nature, et en cas de convergence
Convergence en . De même, pour , Chasles donne , donc et sont de même nature, et en cas de convergence
Conclusion. Les deux intégrales relatives à convergent si et seulement si les deux intégrales relatives à convergent, et alors
La valeur ne dépend donc pas de .
Définition
Soit et soit . On dit que converge en la borne lorsque converge — ce qui, d'après ce qui précède, ne dépend pas de . Définition analogue en .
Ainsi : converge si et seulement si elle converge en chacune de ses deux bornes.
Remarque
C'est la règle d'or de la rédaction : on découpe, puis on traite chaque borne séparément. Une intégrale sur se coupe en et (le point de coupure est arbitraire, est commode), et l'on mène deux études indépendantes. Un exercice qui compare à une référence valable « en l'infini » alors qu'on étudie la borne est un exercice faux.
Il ne faut pas non plus multiplier les découpages inutiles : n'a qu'une seule borne problématique, la borne . En , la fonction est continue : il n'y a rien à dire.
Remarque
Une fausse bonne idée à bannir. Sur tout entier, il est tentant de définir comme la limite de quand . Ce n'est pas la définition, et cette quantité peut exister alors que l'intégrale diverge.
Prenons , continue sur . Pour tout , par imparité,
donc cette quantité tend vers . Pourtant : l'intégrale diverge, donc diverge.
La raison de fond est que la définition correcte exige que les deux bornes soient traitées indépendamment l'une de l'autre : on ne s'autorise aucune compensation entre ce qui se passe en et ce qui se passe en . C'est exactement l'analogue de l'interdiction, pour les séries, de regrouper les termes d'une série non absolument convergente.
Cas d'une fonction positive : la notation
Propriété
Soit positive. Alors est croissante sur , et il n'y a que deux cas possibles :
- est majorée, et alors converge, de valeur ;
- n'est pas majorée, et alors quand .
Dans le second cas on écrit, par convention, .
Démonstration. Pour , on a par positivité de l'intégrale sur le segment : est croissante. Le théorème de la limite monotone conclut ; sa démonstration est rappelée dans la section consacrée au critère de majoration.
Remarque
La notation est réservée aux fonctions de signe constant. Pour une fonction qui change de signe une infinité de fois, la divergence peut être une simple absence de limite, sans que la quantité tende vers : c'est le cas de , qui oscille entre et .
Les intégrales de référence
Tout ce chapitre repose sur une poignée d'intégrales dont la nature doit être connue instantanément. Elles se démontrent toutes par le critère des primitives.
Propriété
Intégrales de Riemann en . Soit . L'intégrale converge si et seulement si , et dans ce cas
Démonstration. La fonction est continue sur ; seule la borne pose problème. Soit .
Cas . Une primitive de est , donc
Si , alors et quand : l'intégrale converge et vaut . Si , alors et : l'intégrale diverge.
Cas . On a : l'intégrale diverge.
Propriété
Intégrales de Riemann en une borne finie. Soit . L'intégrale converge si et seulement si , et dans ce cas
Démonstration. La fonction est continue sur ; seule la borne pose problème (et si , la fonction se prolonge par continuité en , donc l'intégrale converge trivialement — ce que le calcul va confirmer). Soit .
Cas . Comme ci-dessus,
Si , alors et quand : l'intégrale converge et vaut . Si , alors et : l'intégrale diverge.
Cas . On a : l'intégrale diverge.
Propriété
Riemann en une borne finie quelconque. Soient deux réels et . L'intégrale converge si et seulement si , et dans ce cas elle vaut .
De même, converge si et seulement si , avec la même valeur.
Démonstration. La fonction est continue sur ; le problème est en . Pour , le changement de variable affine sur le segment (licite : il s'agit du changement de variable de première année, avec de classe ) donne
Quand , le membre de droite converge si et seulement si , d'après l'étude précédente menée sur , et sa limite vaut alors .
Pour la seconde intégrale, le changement de variable affine échange les deux bornes et transforme en : on est ramené au cas précédent.
Propriété
Intégrale exponentielle. Soit . L'intégrale converge si et seulement si , et dans ce cas
Démonstration. La fonction est continue sur .
Cas . Pour ,
Si , alors , donc et l'intégrale converge, de valeur . Si , alors , donc ; le numérateur tend vers et le dénominateur est un réel strictement négatif fixe, donc le quotient tend vers : l'intégrale diverge.
Cas . On a : l'intégrale diverge.
Propriété
Intégrale du logarithme. L'intégrale converge et vaut .
Démonstration. La fonction est continue sur et tend vers en : la borne est un vrai problème. Une primitive de sur est , car . Donc, pour ,
Par croissances comparées, quand , et . La limite existe donc et vaut .
Remarque
Voici la synthèse à mémoriser. Les deux lignes de Riemann sont inverses l'une de l'autre, et c'est la source d'erreur numéro un du chapitre.
| Intégrale | Nature |
|---|---|
| converge si et seulement si | |
| converge si et seulement si | |
| converge si et seulement si |
Le moyen mnémotechnique : en , il faut décroître vite (l'exposant doit être grand) ; en une borne finie, il faut exploser lentement (l'exposant doit être petit). Et comme les deux conditions sont incompatibles, diverge pour tout : quelle que soit la valeur de , au moins une des deux bornes est fautive.
Quatre natures à lire instantanément, sans le moindre calcul.
a. converge, car .
b. converge, car .
c. diverge, car .
d. diverge, car .
Les cas b et c portent sur la même fonction : seule la borne étudiée change, et la nature bascule. C'est tout le message du tableau ci-dessus.
Propriétés et calcul des intégrales généralisées
Dans toute cette section, désigne un intervalle de avec . Tous les énoncés valent aussi bien sur ou : il suffit d'oublier la borne qui ne pose pas de problème.
Linéarité
Propriété
Linéarité. Soient telles que et convergent, et soient . Alors converge et
Autrement dit, l'ensemble des fonctions continues par morceaux sur dont l'intégrale converge est un -espace vectoriel, et y est une forme linéaire.
Démonstration. Fixons . Pour , la linéarité de l'intégrale sur le segment donne
Quand , les deux intégrales du membre de droite admettent des limites finies par hypothèse ; par opérations sur les limites, le membre de gauche admet donc une limite finie, égale à . L'intégrale converge donc, avec la valeur annoncée. Le même raisonnement en , puis la relation de Chasles de la définition, donnent le résultat sur .
Remarque
Avertissement capital : la réciproque est fausse. La convergence de n'entraîne pas celle de ni celle de . Sur , prenons et . Pour ,
L'intégrale de la somme converge donc, et vaut . Pourtant et divergent toutes les deux (Riemann avec ).
Conséquence pratique : on ne coupe jamais une intégrale en deux morceaux avant de savoir que chacun converge. Écrire est une faute : le membre de droite n'existe pas.
Propriété
Si converge et si diverge, alors diverge.
Démonstration. Par l'absurde. Si convergeait, alors, convergeant aussi, la linéarité appliquée à donnerait la convergence de , ce qui contredit l'hypothèse.
Chasles, positivité, croissance
Propriété
Relation de Chasles. Soient et . Alors converge si et seulement si et convergent, et dans ce cas
Démonstration. C'est exactement la définition de la convergence sur un intervalle ouvert, jointe à l'indépendance du découpage démontrée plus haut.
Propriété
Positivité et croissance. Soient dont les intégrales sur convergent.
- Si sur , alors .
- Si sur , alors .
Démonstration. Fixons et soient et . Sur le segment , la positivité de l'intégrale de première année donne . En faisant tendre vers puis vers , et en utilisant le passage à la limite dans les inégalités larges, on obtient . Le point 2 s'en déduit en appliquant le point 1 à , dont l'intégrale converge par linéarité et vaut .
Remarque
Le passage à la limite conserve les inégalités larges mais détruit les inégalités strictes. De sur on ne peut conclure que . L'inégalité stricte s'obtient bien, mais elle demande le théorème de nullité démontré dans la section sur les fonctions intégrables, dont l'hypothèse est la CONTINUITÉ : il faut donc supposer ici continue sur , et non seulement continue par morceaux.
Fonctions à valeurs complexes
Propriété
Soit . L'intégrale converge si et seulement si les deux intégrales et convergent, et dans ce cas
On a de plus .
Démonstration. Sur un segment , la linéarité donne , les deux intégrales du membre de droite étant réelles. Or une fonction à valeurs complexes admet une limite finie en un point si et seulement si sa partie réelle et sa partie imaginaire en admettent une, et la limite est alors la somme correspondante. On applique ce résultat en puis en . La dernière égalité s'obtient en changeant en .
Exemple
L'exponentielle complexe. Soit avec . Pour , une primitive de est (la dérivation des exponentielles complexes de la variable réelle est celle de première année), donc
Or quand , puisque . L'intégrale converge donc et
Écrivons avec et . Alors , et
En identifiant parties réelle et imaginaire, on obtient deux intégrales classiques, gratuitement :
Le passage par les complexes évite deux intégrations par parties croisées : c'est le réflexe à avoir dès qu'un produit « exponentielle fois fonction trigonométrique » apparaît.
Intégration par parties
Propriété
Intégration par parties sur un intervalle ouvert. Soient et deux fonctions de classe sur à valeurs dans . Considérons les trois objets suivants :
- le crochet , c'est-à-dire l'existence simultanée des deux limites finies et ;
- l'intégrale ;
- l'intégrale .
Si deux de ces trois objets existent (limites finies pour le premier, convergence pour les deux autres), alors le troisième existe aussi, et
où l'on a posé .
Démonstration. Fixons et traitons d'abord la borne . Pour , les fonctions et sont de classe sur le segment : l'intégration par parties de première année s'y applique et donne
Cette identité relie trois quantités dépendant de : , et , par la relation . Si deux d'entre elles admettent une limite finie en , la troisième aussi, puisqu'elle s'exprime comme somme des deux autres et d'une constante. On raisonne de même en , avec et l'identité
Supposons maintenant que deux des trois objets de l'énoncé existent. Chacun d'eux est la conjonction d'une condition en et d'une condition en ; par ce qui précède, la troisième condition est satisfaite en comme en , donc le troisième objet existe. Il ne reste qu'à passer à la limite dans quand , puis dans la seconde identité quand , et à sommer les deux résultats :
les termes se simplifiant.
Remarque
Le piège, et la seule rédaction acceptable. On n'intègre jamais par parties directement sur l'intervalle ouvert. La rédaction correcte est toujours en deux temps :
- écrire l'intégration par parties sur le segment , où les trois quantités existent sans discussion ;
- faire tendre vers la borne, en justifiant que deux des trois termes convergent.
La raison est que la formule relie trois objets dont aucun n'est garanti d'exister a priori : l'écrire d'emblée, c'est manipuler des symboles qui n'ont peut-être pas de sens. En particulier, un crochet dont on n'a pas prouvé que les limites sont finies n'est pas un nombre.
Exemple
Un calcul modèle. Montrons que converge et vaut .
La fonction est continue sur , seule la borne pose problème. Posons et , toutes deux de classe sur , avec et . Sur le segment :
Par croissances comparées, , et . Le membre de droite tend donc vers :
On retiendra ce résultat, il resservira plusieurs fois : c'est .
Exemple
Retrouver par parties. Posons et sur , de classe . Le crochet est , la limite en valant par croissances comparées : le premier objet existe. L'intégrale existe aussi (intégrale sur un segment d'une fonction constante). Deux des trois objets existent : le théorème s'applique et donne
ce qui confirme le calcul par primitive fait plus haut. Noter que le théorème a servi ici à prouver la convergence de , pas seulement à la calculer : c'est son intérêt principal.
Changement de variable
Propriété
Changement de variable. Soient et . Soient une fonction continue sur à valeurs dans , et
une bijection de classe et strictement monotone. Alors les deux intégrales
sont de même nature, et elles sont égales en cas de convergence.
Démonstration. Supposons d'abord strictement croissante. C'est une bijection continue strictement croissante de sur , donc
et sa réciproque est continue, strictement croissante, avec quand et quand .
Fixons et posons . Pour , la fonction est de classe sur le segment d'extrémités et , à valeurs dans où est continue : le théorème de changement de variable de première année s'applique sur ce segment et donne
Notons le membre de gauche et pour : l'identité s'écrit .
Sens direct. Si admet une limite finie en , alors, comme avec quand , la composition des limites donne .
Sens réciproque. Si admet une limite finie en , on écrit : comme avec quand , la composition des limites donne .
Les deux intégrales sont donc de même nature en la borne , avec la même valeur. Le raisonnement est identique en et , et la relation de Chasles permet de recoller les deux moitiés. Enfin puisque est croissante, ce qui est bien la formule annoncée.
Supposons maintenant strictement décroissante. Alors quand et quand , et . L'identité sur les segments devient, pour ,
et quand : on conclut exactement comme ci-dessus, les deux bornes s'échangeant.
Remarque
Ce que le théorème dispense de faire, et ce qu'il exige. Il dispense de toute étude préalable de convergence : les deux intégrales étant de même nature, on a le droit de faire le changement de variable avant de savoir si l'intégrale converge, puis de conclure sur la forme la plus simple. C'est une différence de taille avec l'intégration par parties, où la convergence de deux des trois termes doit être établie d'abord.
En revanche, les hypothèses sont strictes et doivent être vérifiées à l'écrit : doit être une bijection de l'intervalle ouvert de départ sur l'intervalle ouvert d'arrivée, de classe , et strictement monotone. Le changement sur est illégal (pas injectif) ; le changement sur aussi.
En pratique, quand est croissante, on écrit simplement « on pose , », et les bornes se correspondent dans le même ordre. Quand est décroissante, les bornes s'échangent, et c'est ce renversement qui produit la valeur absolue.
Exemple
Le changement : les deux Riemann n'en font qu'un. Soit . Posons , qui réalise une bijection de classe strictement décroissante de sur , avec , donc . Pour , continue sur , on a , d'où
Cette dernière converge si et seulement si , c'est-à-dire : on retrouve exactement le critère de la borne finie. Les deux intégrales de Riemann ne sont donc qu'un seul et même énoncé, vu à travers l'inversion . C'est aussi le changement de variable qui transforme systématiquement un problème en en un problème en , et réciproquement.
Exemple
Le changement . Étudions . La fonction intégrée est continue sur ; les deux bornes posent problème. Posons , bijection de classe strictement croissante de sur , avec . Alors
donc les deux intégrales sont de même nature et
Une intégrale doublement impropre s'est transformée en une intégrale de référence : c'est l'effet recherché.
Exemple
Le changement . Calculons . Posons , bijection de classe strictement croissante de sur , avec . La fonction intégrée devient
la dernière égalité étant la décomposition en éléments simples. Pour ,
Donc .
Exemple
Le changement . Posons , bijection de classe strictement croissante de sur , avec .
Pour , on obtient , donc
ce que confirme le calcul direct .
Le procédé prend tout son sens sur une puissance. Pour ,
d'où, par linéarisation ,
Aucune primitive de n'était à trouver : le changement de variable a fait tout le travail.
Critère de majoration et fonctions positives
Le calcul explicite d'une primitive est un luxe rare. Dès que la fonction résiste, on renonce à calculer et l'on se contente de comparer. Toute la théorie de la comparaison repose sur un unique théorème, valable pour les fonctions positives seulement.
Le critère de majoration
Propriété
Critère de majoration. Soient et une fonction positive. Alors
En cas de convergence, . En cas de divergence, .
Démonstration. Posons pour . Pour , la relation de Chasles et la positivité de l'intégrale sur le segment donnent
donc est croissante sur . Il suffit maintenant de démontrer le théorème de la limite monotone, que nous rédigeons pour être complets.
Cas où est majorée. L'ensemble est une partie non vide et majorée de : elle admet donc une borne supérieure . Soit . Par caractérisation de la borne supérieure, ne majore pas cet ensemble : il existe tel que . Par croissance de , pour tout ,
donc . Cela vaut pour tout : quand , et l'intégrale converge, de valeur .
Cas où n'est pas majorée. Soit . Comme ne majore pas , il existe tel que , donc, par croissance, pour tout . Cela vaut pour tout : quand , et l'intégrale diverge.
Remarque
C'est l'exact analogue du critère des séries à termes positifs : une série à termes positifs converge si et seulement si la suite de ses sommes partielles est majorée. Toute la suite du chapitre exploite cette dichotomie : pour une fonction positive, il n'y a que deux possibilités, converger ou tendre vers . Aucune oscillation n'est possible. C'est pourquoi on écrit sans risque dans le second cas.
Propriété
Théorème de comparaison. Soient telles que
- Si converge, alors converge, et .
- Si diverge, alors diverge.
Démonstration. Supposons convergente et notons sa valeur. Pour tout , la croissance de l'intégrale sur le segment donne
la seconde inégalité venant de ce que est croissante (car ) et converge vers , donc est majorée par . La fonction est donc majorée par : par le critère de majoration, converge, et sa valeur, qui est le sup des , est inférieure ou égale à .
Le point 2 est la contraposée du point 1.
Remarque
Ces deux énoncés sont FAUX sans hypothèse de signe. Deux contre-exemples suffisent à s'en convaincre définitivement.
Le critère de majoration tombe. Sur , prenons . Alors , qui est bornée par en valeur absolue. Pourtant n'a pas de limite quand : diverge. La majoration des intégrales partielles n'entraîne donc rien du tout sans hypothèse de signe.
Le théorème de comparaison tombe. Sur , prenons et . On a bien , et converge. Pourtant : diverge. L'hypothèse manquante n'est pas , c'est .
Retenez la formulation : le théorème de comparaison s'énonce avec un encadrement , pas avec une simple inégalité. Le de gauche est aussi important que le de droite.
Deux réflexes sur les fonctions positives
Propriété
Divergence grossière. Soit . Si quand avec (ou ), alors diverge.
Démonstration. Traitons le cas (les autres s'y ramènent en changeant en , ou sont plus simples encore). Par définition de la limite appliquée avec , il existe tel que pour tout . Alors, pour ,
Donc diverge, et aussi, puisque les deux ont même nature.
Remarque
Mais attention : la réciproque est archi-fausse, et c'est une différence majeure avec les séries. Pour une série convergente, le terme général tend nécessairement vers . Pour une intégrale, rien de tel : une fonction continue positive peut avoir une intégrale convergente sans tendre vers , et même en étant non bornée.
Voici la construction. Pour , considérons le « pic » de sommet et de base . Comme , ces bases sont deux à deux disjointes. Soit la fonction continue, affine par morceaux, nulle en dehors de la réunion de ces bases, valant au point et affine sur chacune des deux moitiés du pic numéro .
Cette fonction est continue et positive sur . Le pic numéro est un triangle de base et de hauteur : son aire vaut . Pour tout ,
en utilisant la somme classique pour . La fonction est donc majorée : par le critère de majoration, converge. Et pourtant : n'est pas bornée, et ne tend certainement pas vers .
Conclusion à retenir : « converge » n'implique jamais « ». Écrire le contraire dans une copie est une faute classique.
Exemple
Trois convergences par comparaison directe.
Première. converge. En effet, pour , on a , donc , et converge (intégrale exponentielle avec ).
Deuxième. diverge. Pour , on a , donc , d'où
Comme diverge (Riemann, ), le théorème de comparaison, appliqué avec et , donne la divergence annoncée.
Troisième. converge. La fonction est continue sur , donc il n'y a de problème qu'en . Pour , on a , donc ; et converge. Par comparaison, converge, et est une intégrale sur un segment. La relation de Chasles conclut.
Fonctions intégrables
Définition et vocabulaire
Définition
Soient un intervalle de et . On dit que est intégrable sur lorsque l'intégrale
converge. On dit alors aussi que l'intégrale est absolument convergente.
L'ensemble des fonctions intégrables de dans est noté .
Remarque
La fonction étant positive, sa nature s'étudie avec les outils de la section précédente : est intégrable sur si et seulement si la fonction est majorée. C'est la seule chose à retenir sur le plan technique, et c'est pour cela que l'intégrabilité est bien plus commode à manipuler que la simple convergence.
Deux formulations équivalentes, à connaître : « est intégrable sur », « ». Elles disent la même chose.
Propriété
La convergence absolue implique la convergence. Soient un intervalle et intégrable sur . Alors converge.
Démonstration. Quitte à découper en deux à l'aide de la relation de Chasles, il suffit de traiter le cas .
Cas réel. Introduisons les parties positive et négative de :
Ces deux fonctions sont continues par morceaux sur (combinaisons linéaires de et qui le sont), positives, et vérifient
Comme converge par hypothèse, le théorème de comparaison appliqué aux encadrements montre que et convergent. Par linéarité, converge.
Variante. On peut aussi remarquer que , ce qui donne la convergence de par comparaison, puis celle de par linéarité.
Cas complexe. Supposons . Les inégalités et et le théorème de comparaison montrent que les fonctions réelles et sont intégrables sur . Par le cas réel, et convergent, donc converge, avec .
Propriété
Si est de signe constant sur (par exemple positive), alors les deux notions coïncident : converge si et seulement si est intégrable sur .
Démonstration. Si , alors et les deux énoncés sont littéralement identiques. Si , alors et l'on conclut par linéarité.
Remarque
C'est pour cela que la distinction entre les deux notions ne se voit jamais tant qu'on manipule des fonctions positives — et c'est un piège, car on prend l'habitude de les confondre. Dès qu'une fonction change de signe une infinité de fois, la distinction devient réelle, comme le montre l'exemple suivant.
Le contre-exemple fondamental : la fonction sinus cardinal
Exemple
L'intégrale converge, mais n'est PAS intégrable sur .
Première partie : la convergence. La fonction est continue sur . Posons et , de classe sur , avec et . Sur le segment , l'intégration par parties donne
Examinons les deux termes qui dépendent de . D'une part . D'autre part, pour tout ,
et converge : par comparaison, est intégrable sur , donc converge d'après le théorème précédent. Le membre de droite admet donc une limite finie quand :
L'intégrale converge. Signalons au passage que sur , quand : la borne est un faux problème, et converge également.
Seconde partie : la non-intégrabilité. Montrons que diverge. Commençons par une minoration sur une demi-période. Pour et , on a , donc , d'où
Or, par le changement de variable affine sur ce segment, et puisque ,
On obtient donc, pour tout ,
Sommons ces minorations. Pour , la fonction étant positive et , la relation de Chasles donne
La série harmonique diverge, donc le membre de droite tend vers quand . La fonction croissante n'est donc pas majorée : par le critère de majoration, diverge.
Conclusion. L'intégrale converge, mais la fonction n'est pas intégrable sur . Les deux notions sont donc bien distinctes, et la réciproque du théorème précédent est fausse.
Remarque
La discipline de vocabulaire. À partir d'ici, chaque phrase doit dire exactement ce qu'elle veut dire.
- « L'intégrale converge » : la limite des intégrales sur les segments existe et est finie.
- « est intégrable sur » : c'est qui converge.
La seconde implique la première, jamais l'inverse. Et surtout : tous les grands théorèmes de la fin du chapitre (convergence dominée, intégration terme à terme, intégrales à paramètre) exigent l'intégrabilité, pas la simple convergence. Une copie qui écrit « l'intégrale converge donc on peut appliquer le théorème de convergence dominée » est sanctionnée.
L'espace
Propriété
Soit un intervalle de .
- est un sous-espace vectoriel de .
- L'application est une forme linéaire sur .
Démonstration. La fonction nulle est intégrable, donc est non vide. Soient et . La fonction est continue par morceaux sur , et pour tout ,
Le membre de droite est une fonction positive continue par morceaux dont l'intégrale converge, par linéarité appliquée à et . Par le théorème de comparaison, converge : . Donc est un sous-espace vectoriel.
Pour le point 2 : toute fonction de a une intégrale convergente, et la linéarité des intégrales convergentes a déjà été établie.
Remarque
Attention, n'est pas stable par produit. Sur , la fonction est intégrable (Riemann, ), mais ne l'est pas (Riemann, ). L'espace est un espace vectoriel, pas une algèbre.
En revanche, si est intégrable sur et si est bornée et continue par morceaux sur , alors est intégrable : il suffit d'écrire et d'appliquer le théorème de comparaison. C'est le cas d'usage le plus fréquent.
Propriété
Inégalité triangulaire. Soit . Alors
Démonstration. Cas réel. Les trois fonctions , et sont continues par morceaux sur , d'intégrales convergentes, et vérifient . Par croissance de l'intégrale,
ce qui est exactement l'inégalité annoncée.
Cas complexe. Notons . Si , l'inégalité est évidente puisque le membre de droite est positif. Supposons et écrivons sous forme trigonométrique : avec . Alors, par linéarité,
Le membre de gauche est un réel : le membre de droite est donc égal à sa propre partie réelle, ce qui donne
Or, pour tout nombre complexe , ; donc, pour tout ,
Les deux membres sont des fonctions continues par morceaux d'intégrale convergente sur : la croissance de l'intégrale donne .
Remarque
L'astuce de la rotation par est à connaître : elle transforme un problème complexe en un problème réel en « alignant » l'intégrale sur l'axe réel positif. On la retrouve chaque fois qu'il faut majorer le module d'une somme ou d'une intégrale complexe par la somme ou l'intégrale des modules.
Une fonction continue positive d'intégrale nulle est nulle
Propriété
Soient un intervalle non réduit à un point et une fonction continue, positive et intégrable sur . Si
alors est identiquement nulle sur .
Démonstration. Raisonnons par l'absurde et supposons qu'il existe tel que .
La fonction est continue en . Appliquons la définition de la continuité avec : il existe tel que, pour tout vérifiant ,
Comme est un intervalle non réduit à un point, l'ensemble est un intervalle contenant et non réduit à ce point : il contient donc un segment avec .
Sur ce segment, , donc, par croissance de l'intégrale sur un segment,
Par ailleurs, étant positive et intégrable sur , la relation de Chasles donne
ce qui contredit l'hypothèse . Donc pour tout .
Remarque
Les deux hypothèses sont indispensables.
La continuité. Sur , la fonction valant en et ailleurs est continue par morceaux, positive, d'intégrale nulle, et n'est pas la fonction nulle. Le théorème est faux pour les fonctions seulement continues par morceaux.
La positivité. Sur , la fonction est continue, d'intégrale nulle par imparité, et non nulle.
Conséquence. Sur l'espace vectoriel des fonctions continues et intégrables de dans , l'application est une norme : l'homogénéité et l'inégalité triangulaire sont immédiates, et la séparation est exactement le théorème que l'on vient de démontrer, appliqué à . C'est la norme de la convergence en moyenne du chapitre de topologie, transportée sur un intervalle quelconque.
Corollaire utile. Si et sont continues et intégrables sur avec et , alors : appliquer le théorème à .
Translations, symétries, dilatations
Propriété
Soient un intervalle, , et .
- Translation. est intégrable sur si et seulement si est intégrable sur , et alors
- Symétrie. est intégrable sur si et seulement si est intégrable sur , et alors
- Dilatation. est intégrable sur si et seulement si est intégrable sur , et alors
Démonstration. Les trois énoncés sont des cas particuliers du théorème de changement de variable, appliqué à l'application affine , qui est une bijection de classe strictement monotone de sur l'intérieur de , avec constant. On applique le théorème à pour obtenir l'équivalence des intégrabilités, puis à pour l'égalité des intégrales.
Propriété
Parité. Soit intégrable sur .
- Si est impaire, alors .
- Si est paire, alors .
Démonstration. Par la relation de Chasles, , les deux intégrales convergeant puisque est intégrable sur donc sur chaque moitié. La symétrie transforme en , qui vaut si est impaire et si est paire. On somme.
Remarque
L'hypothèse d'intégrabilité n'est pas facultative. La fonction est impaire sur , et pourtant diverge : on n'a pas le droit d'écrire qu'elle vaut . C'est le même contre-exemple qu'au début du chapitre, et il illustre la même erreur : on ne compense jamais entre les deux bornes sans avoir prouvé au préalable que chacune se comporte bien.
Comparaison et intégrabilité
Nous disposons maintenant d'une bonne classe de fonctions, , et d'un critère pour les fonctions positives. Il reste à transformer ce critère en une méthode applicable sans réfléchir : comparer à une fonction de référence au voisinage de chaque borne.
Les relations de comparaison au voisinage d'une borne
Définition
Soient , et avec positive. On dit que, au voisinage de :
- lorsqu'il existe et tels que pour tout ;
- lorsque, pour tout , il existe tel que pour tout ;
- lorsque au voisinage de .
Remarque
Ces définitions « quantifiées » sont volontairement écrites sans quotient : elles restent valables si s'annule, ce qui évite les ennuis. Lorsque ne s'annule pas au voisinage de , elles redonnent les définitions usuelles : signifie que est bornée au voisinage de , que , et que .
Notons tout de suite que (prendre dans la définition), et que .
Les deux théorèmes de comparaison
Propriété
Comparaison par domination. Soient et positive. On suppose que au voisinage de (ce qui est en particulier le cas si ou si ).
Si est intégrable sur , alors est intégrable sur .
Démonstration. Par définition de la domination, il existe et tels que
L'intégrale converge, car converge et est une constante. Par le théorème de comparaison des fonctions positives, converge : est intégrable sur .
Sur , la fonction est continue par morceaux sur un segment, donc son intégrale existe au sens de la première année. La relation de Chasles donne alors la convergence de , c'est-à-dire l'intégrabilité de sur .
Propriété
Comparaison par équivalence. Soient deux fonctions réelles, avec positive au voisinage de . On suppose au voisinage de . Alors :
- est de signe constant au voisinage de (elle y est positive) ;
- est intégrable sur si et seulement si l'est ;
- les intégrales et sont de même nature.
Démonstration. Appliquons la définition de avec : il existe tel que, pour tout ,
c'est-à-dire, en développant la valeur absolue,
Le point 1 en découle : sur , donc y est positive. En particulier, pour comme pour , intégrabilité et convergence de l'intégrale coïncident sur , et il suffit de raisonner sur la convergence.
Supposons intégrable sur . L'encadrement sur et le théorème de comparaison donnent la convergence de , donc celle de par Chasles. Réciproquement, si est intégrable, l'encadrement sur (obtenu en multipliant par l'inégalité de gauche de ) donne la convergence de , donc celle de . Les points 2 et 3 sont établis.
L'énoncé suppose positive au voisinage de ; il s'étend aussitôt au cas où y est négative, en lui appliquant ce qui précède avec et . Ce qui compte, c'est que soit de SIGNE CONSTANT.
Remarque
Le mot « positive » n'est pas décoratif. L'énoncé « entraîne que et sont de même nature » est faux si l'on retire l'hypothèse de signe constant sur la fonction de référence. Voici un contre-exemple complet.
Sur , posons
Ces deux fonctions sont continues par morceaux sur (sur chaque segment, la partie entière ne saute qu'un nombre fini de fois), et ne s'annule jamais.
Elles sont équivalentes. En effet .
L'intégrale de converge. Pour entier, en découpant sur les intervalles où ,
La suite est positive, décroissante et de limite nulle : le critère spécial des séries alternées assure que converge ; notons sa somme. Pour réel, en posant ,
donc : l'intégrale converge.
L'intégrale de diverge. Si elle convergeait, alors par linéarité convergerait, ce qui est faux.
Deux fonctions équivalentes, l'une d'intégrale convergente, l'autre d'intégrale divergente : le théorème est bien en défaut. La faille est que ni ni n'est de signe constant au voisinage de . Aucune théorie générale de ce phénomène n'est au programme ; il faut simplement vérifier le signe avant d'invoquer un équivalent, toujours.
La règle pratique « en »
Propriété
Règle de Riemann en . Soit avec .
- S'il existe tel que admette une limite finie quand , alors est intégrable sur .
- Si est positive et s'il existe tel que quand , alors diverge.
Démonstration. Point 1. Si , la fonction est bornée au voisinage de : il existe et tels que pour , c'est-à-dire
Ainsi au voisinage de , et est intégrable sur puisque . Le théorème de comparaison par domination conclut.
Point 2. Supposons d'abord fini, donc . Il existe tel que pour , soit . Comme diverge, le théorème de comparaison des fonctions positives donne la divergence de , donc de . Si , il existe tel que pour , et l'on conclut de même avec .
Propriété
Règle de Riemann en une borne finie. Soient et . S'il existe tel que admette une limite finie quand , alors est intégrable sur .
Énoncé symétrique en la borne avec .
Démonstration. Identique à celle du point 1 précédent : la limite finie fournit une majoration au voisinage de , et est intégrable sur car .
Remarque
Comment choisir en pratique. On ne le choisit pas au hasard : on prend strictement entre l'exposant naturel du problème et l'exposant critique .
Par exemple, pour montrer que est intégrable sur , on écrit par croissances comparées, avec : c'est fini. Pour , on prend , qui est bien dans : , donc intégrabilité.
Et le raccourci exponentiel, très fréquent : s'il existe tel que en , alors est intégrable en . Toute décroissance exponentielle bat toutes les puissances.
La méthode complète
Méthode
Étudier l'intégrabilité d'une fonction sur un intervalle. Six étapes, dans cet ordre, sans en sauter aucune.
- Écrire l'intervalle ouvert de travail et vérifier que y est continue par morceaux. Le plus souvent est continue comme composée et quotient de fonctions usuelles, et une phrase suffit — mais elle doit être écrite.
- Repérer les bornes à problème. Une borne est problématique si elle est infinie, ou si elle est finie et que n'y admet pas de limite finie. Une borne finie où a une limite finie est un faux problème : le dire en une ligne et passer.
- Découper l'intervalle de sorte que chaque morceau n'ait qu'une seule borne problématique. Sur on découpe en et .
- En chaque borne problématique, chercher un équivalent simple de , ou une domination. Les outils sont ceux de première année : développements limités, équivalents usuels, croissances comparées.
- Comparer à une intégrale de référence : Riemann en (), Riemann en une borne finie (), exponentielle. Vérifier le signe avant tout usage d'un équivalent.
- Conclure borne par borne, puis globalement : est intégrable sur si et seulement si elle l'est au voisinage de chacune des bornes problématiques. Un seul échec suffit à faire tomber l'intégrabilité globale.
Les trois pièges. Comparer à la référence de la mauvaise borne. Utiliser un équivalent sans avoir constaté le signe. Oublier une borne, en particulier une borne finie où la fonction explose discrètement (un , un ).
Exemple
Un logarithme sur . Étudions l'intégrabilité de sur .
Régularité. est continue sur comme quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas.
Bornes. Les deux bornes posent problème : en , ; en , l'intervalle n'est pas borné. On découpe en et .
En . Prenons . Alors
par croissances comparées () et car . La règle de Riemann en une borne finie s'applique : est intégrable sur .
En . Prenons . Alors
par croissances comparées. La règle de Riemann en s'applique : est intégrable sur .
Conclusion. est intégrable sur .
Bonus : la valeur de l'intégrale. Posons , qui existe donc. Le changement de variable , bijection de classe strictement décroissante de sur lui-même avec , donne
d'où , c'est-à-dire . Un exemple où l'intégrale d'une fonction non triviale est nulle pour une raison de symétrie, et non de parité.
Exemple
Un exemple à paramètres. Soient et . Pour quels couples la fonction
est-elle intégrable sur ?
Régularité. Pour , : la fonction est continue et positive sur . Comme elle est de signe constant, intégrabilité et convergence de l'intégrale sont ici synonymes.
En . Puisque , on a , donc et
Les deux fonctions sont positives : le théorème de comparaison par équivalence s'applique. L'intégrale converge si et seulement si , c'est-à-dire .
En . Puisque , on a , donc et
Là encore les fonctions sont positives, et converge si et seulement si , c'est-à-dire .
Conclusion. est intégrable sur si et seulement si . En particulier une telle condition ne peut être satisfaite que si , ce que l'on avait supposé. Vérification sur un cas connu : pour et , la condition est remplie, et l'on retrouve l'intégrabilité de sur .
Exemple
Quand les puissances ne suffisent plus. Les règles en ont une limite : certaines fonctions se glissent entre toutes les puissances. Sur , comparons
Aucun exposant ne tranche : pour tout , , et pour , . Il faut donc revenir aux primitives.
Première intégrale. Une primitive de sur est , car . Comme quand , l'intégrale diverge.
Seconde intégrale. Une primitive de est , car . Comme , l'intégrale converge et
Morale. Le logarithme est un « réglage fin » qui échappe à l'échelle des puissances. Devant un au dénominateur avec un exposant critique, on cherche la primitive, on ne cherche pas un .
Quelques natures à établir de tête, pour fixer les réflexes.
a. : en , ; en , . Converge.
b. : en , . Converge.
c. : la fonction ne tend pas vers le long de , mais ce n'est pas un argument ; en revanche , donc diverge.
d. : en . Converge.
e. : . Converge.
f. : en , limite finie ; en , . Converge.
Exemple
Le détail du cas c. Il mérite d'être rédigé, car l'argument naturel est faux. On ne peut pas dire « la fonction ne tend pas vers , donc l'intégrale diverge » : on a vu qu'une fonction peut avoir une intégrale convergente sans tendre vers .
L'argument correct est une minoration. Pour tout , , donc , d'où
Or : l'intégrale diverge. Par le théorème de comparaison des fonctions positives, diverge.
Intégration des relations de comparaison
Les théorèmes précédents comparent des natures. Ceux de cette section vont plus loin : ils comparent des valeurs asymptotiques, en transportant une relation de comparaison entre les fonctions vers une relation de comparaison entre leurs intégrales. C'est l'outil des développements asymptotiques d'intégrales, très demandé aux concours.
Dans toute la section, avec , et est positive. Deux situations, et deux seulement.
Cas convergent : comparaison des restes
Propriété
Intégration des relations de comparaison, cas convergent. On suppose intégrable sur . Alors, au voisinage de :
- si , alors est intégrable sur et quand ;
- si , alors est intégrable sur et quand ;
- si est à valeurs réelles et , alors est intégrable sur et quand .
Démonstration du point 1. Soit . Par définition de au voisinage de , il existe tel que
Intégrabilité. Cette majoration dit en particulier que ; comme est intégrable, le théorème de comparaison par domination donne l'intégrabilité de sur . En particulier, pour tout , les deux intégrales et convergent.
Majoration du reste. Soit . L'inégalité triangulaire pour les intégrales, puis la croissance de l'intégrale appliquée sur à , donnent
Nous avons donc montré : pour tout , il existe tel que pour tout . C'est exactement la définition de
Démonstration du point 2. Identique, avec une constante à la place de : il existe et tels que sur , d'où pour .
Démonstration du point 3. Posons , continue par morceaux sur et à valeurs réelles. L'hypothèse signifie ; le point 1 s'applique donc à et donne l'intégrabilité de , puis
la première égalité venant de la linéarité (les trois intégrales convergent). C'est précisément la définition de . L'intégrabilité de résulte de celle de et de .
Cas divergent : comparaison des intégrales partielles
Propriété
Intégration des relations de comparaison, cas divergent. On suppose que diverge, c'est-à-dire, étant positive, que . Alors, au voisinage de :
- si , alors quand ;
- si , alors quand ;
- si est à valeurs réelles et , alors diverge et quand .
Démonstration du point 1. Notons , qui tend vers quand . Soit .
Étape 1 : la majoration locale. Puisque , il existe tel que pour tout .
Étape 2 : le découpage. Posons , qui est un nombre réel fixe (intégrale sur le segment d'une fonction continue par morceaux). Pour , la relation de Chasles et l'inégalité triangulaire donnent
la dernière inégalité utilisant , valable car .
Étape 3 : absorber la constante. Comme , il existe tel que pour tout , c'est-à-dire . Alors, pour tout ,
Le réel étant arbitraire, cela signifie exactement quand .
Démonstration du point 2. Même schéma, avec sur : on obtient , puis, pour assez proche de pour que , la majoration , qui est la domination annoncée.
Démonstration du point 3. Posons de nouveau , de sorte que . Le point 1 appliqué à donne
c'est-à-dire . Comme , on en déduit d'une part que , donc que diverge, et d'autre part que .
Remarque
Comment retenir lequel des deux théorèmes utiliser. La règle est mécanique : on regarde la nature de l'intégrale de la fonction de référence .
- intégrable : les intégrales convergent, la quantité qui « tend vers quelque chose d'intéressant » est le reste , et c'est lui que l'on compare.
- divergente : les restes n'existent pas, la quantité intéressante est l'intégrale partielle , et c'est elle que l'on compare.
C'est exactement la dichotomie « restes / sommes partielles » des séries, et pour la même raison.
Remarque
On n'intègre JAMAIS un équivalent sans signe constant. L'hypothèse « positive » figure dans les deux théorèmes, et elle n'est pas négociable : le contre-exemple de la section précédente, avec , montre que même la conclusion la plus faible (« même nature ») tombe sans elle.
Deuxième avertissement, plus subtil : un équivalent ne se dérive pas, et il ne s'intègre que dans le cadre exact de ces deux théorèmes, c'est-à-dire en comparant des restes à des restes ou des intégrales partielles à des intégrales partielles, au voisinage de la même borne. Écrire « donc » entre deux intégrales convergentes, avec des bornes fixes, n'a aucun sens : les deux membres sont des constantes.
Trois exemples de calcul asymptotique
Exemple
Équivalent d'un reste. Déterminons un équivalent, quand , de
Existence. La fonction est continue et positive sur , et en , avec : elle est intégrable en . Donc est bien défini pour tout .
Comparaison. Posons et sur . La fonction est positive et intégrable sur , et au voisinage de . Le théorème d'intégration des relations de comparaison, cas convergent, point 3, donne
Calcul du reste de référence. Pour ,
Conclusion. quand .
Exemple
Équivalent d'une intégrale partielle. Déterminons un équivalent, quand , de
Divergence. Pour , , donc , et . Par comparaison, : l'intégrale diverge. Nous sommes dans le cas divergent.
Intégration par parties. Sur le segment , avec et de classe ,
Comparaison du terme résiduel. Posons , positive sur , d'intégrale divergente, et . On a
Le théorème du cas divergent, point 1, donne
Résolution. En reportant, , c'est-à-dire, en notant la fonction telle que le terme résiduel vaille ,
Comme et (car ), on conclut
Exemple
Le reste gaussien. Montrons que, quand ,
Ici aucun équivalent simple de n'est disponible : il faut d'abord faire apparaître la bonne quantité par une intégration par parties, puis comparer.
Intégration par parties. Pour , écrivons et posons , , de classe sur , avec et . Alors
Quand , le crochet tend vers , et l'intégrale de droite converge (la fonction est positive et majorée par sur , avec intégrable). On obtient donc
Comparaison. La fonction est positive et intégrable sur , et : la fonction intégrée dans est un en . Le théorème du cas convergent, point 1, donne quand .
Résolution. Il vient , soit , d'où le résultat annoncé.
Méthode à retenir. Devant un reste ou une intégrale partielle sans équivalent évident, on fait apparaître le terme dominant par une intégration par parties, et l'on montre que le terme résiduel est négligeable devant l'inconnue elle-même grâce au théorème d'intégration des relations de comparaison. L'équation se résout ensuite en .
Théorème de convergence dominée
Voici le premier des trois grands théorèmes du chapitre. La question qu'il résout est la suivante : si une suite de fonctions converge vers une fonction , a-t-on
Autrement dit, peut-on échanger la limite et l'intégrale ? La réponse est non en général, et les contre-exemples de cette section le montrent brutalement. Le théorème de convergence dominée donne une condition suffisante remarquablement maniable : il suffit de coincer toutes les sous une seule fonction intégrable.
L'énoncé
Propriété
Théorème de convergence dominée. Soient un intervalle de et une suite de fonctions de dans . On suppose :
- régularité : pour tout , est continue par morceaux sur ;
- convergence simple : la suite converge simplement sur vers une fonction , et est continue par morceaux sur ;
- domination : il existe une fonction , positive, continue par morceaux et intégrable sur , indépendante de , telle que
Alors toutes les fonctions et la fonction sont intégrables sur , et
La démonstration de ce théorème est hors programme : elle repose sur la théorie de la mesure de Lebesgue. Le théorème est donc admis.
Remarque
Ce qui est admis, et ce qui ne l'est pas. L'interversion de la limite et de l'intégrale est admise, mais les conclusions d'intégrabilité, elles, se démontrent en deux lignes avec les outils du chapitre, et il est utile de savoir le faire.
Intégrabilité des . Pour chaque , est continue par morceaux et avec intégrable : le théorème de comparaison donne l'intégrabilité de .
Intégrabilité de . Fixons . En passant à la limite quand dans l'inégalité large , et en utilisant la continuité du module, on obtient . Comme est continue par morceaux par hypothèse, le théorème de comparaison donne son intégrabilité.
Seule l'égalité des limites est réellement admise.
Propriété
Version renforcée, gratuite. Sous les hypothèses du théorème de convergence dominée, on a même
Démonstration. Posons . Chaque est continue par morceaux sur ; la suite converge simplement vers la fonction nulle, qui est continue par morceaux ; et pour tous et ,
la fonction étant positive, continue par morceaux, intégrable et indépendante de . Le théorème de convergence dominée appliqué à donne .
Remarque
Cette version renforcée implique la conclusion du théorème, puisque
Elle est parfois exactement ce que demande un énoncé de concours (« montrer que »), et il faut savoir qu'elle s'obtient en réappliquant le théorème à , pas en invoquant directement le théorème initial.
Une remarque de confort, mais qui sert souvent : les hypothèses n'ont besoin d'être vérifiées qu'à partir d'un certain rang . Une suite d'intégrales ayant même limite que la suite décalée, on remplace au besoin par .
Trois contre-exemples : chaque hypothèse est indispensable
Exemple
Contre-exemple 1 : la bosse glissante (la domination manque). Sur , posons
Régularité. Chaque est continue par morceaux sur : sur tout segment elle ne présente qu'au plus deux discontinuités.
Convergence simple. Fixons . Dès que , on a , donc . Ainsi : la suite converge simplement vers la fonction nulle , qui est continue par morceaux.
Les intégrales. Pour tout , , tandis que . Donc
L'interversion est fausse.
Quelle hypothèse manque ? La domination. Supposons qu'il existe positive intégrable sur avec pour tout . Soit et posons : alors , donc , donc . Cela vaut pour tout : la fonction minore constamment sur , et . Aucune fonction dominante intégrable n'existe.
La morale. La masse ne disparaît pas : elle s'échappe vers l'infini. La domination est exactement ce qui interdit cette fuite. Noter au passage que la convergence n'est même pas uniforme ici, puisque ne tend pas vers . Mais l'uniformité n'aurait rien changé : si l'on remplace la hauteur par sur , la convergence devient uniforme et les intégrales valent ; tandis qu'avec une largeur et une hauteur , c'est-à-dire , la convergence uniforme subsiste et les intégrales valent toujours . La convergence uniforme sur un intervalle non borné ne suffit donc pas : c'est le point qui distingue ce chapitre de celui des suites de fonctions.
Exemple
Contre-exemple 2 : le pic (la domination manque encore, sur un intervalle borné). Sur , posons
Régularité. Chaque est continue sur .
Convergence simple. Fixons . Alors par croissances comparées, puisque est fixé. La suite converge simplement vers , continue par morceaux.
Les intégrales. Pour tout ,
L'interversion est fausse, sur un intervalle pourtant borné.
Quelle hypothèse manque ? Encore la domination. Supposons pour tout , avec intégrable sur . Soit et posons , qui est un entier . On a d'une part , et d'autre part (car entraîne ). Donc , d'où
Comme diverge, le théorème de comparaison montre que n'est pas intégrable sur . Aucune dominante n'existe.
La morale. Ici la masse ne s'échappe pas à l'infini : elle se concentre en . Le pic devient de plus en plus haut et de plus en plus étroit, à aire constante. La domination interdit également ce phénomène.
Exemple
Contre-exemple 3 : une limite simple qui n'est pas continue par morceaux. Sur , l'ensemble est dénombrable : notons une énumération de ses éléments. Posons, pour ,
Régularité. Chaque est nulle sauf en un nombre fini de points : elle est continue par morceaux sur , et (modifier une fonction en un nombre fini de points ne change pas son intégrale).
Domination. Pour tous et , , et la fonction constante est positive, continue et intégrable sur le segment . L'hypothèse de domination est donc parfaitement satisfaite.
Convergence simple. Fixons . Si est rationnel, pour un certain , et dès que . Si est irrationnel, pour tout . La suite converge donc simplement vers
Ce qui coince. Cette fonction limite n'est continue en aucun point de . En effet, tout intervalle ouvert non vide contient à la fois un rationnel et un irrationnel (densité de et de dans ), donc prend les deux valeurs et dans tout voisinage de tout point : elle n'a de limite en aucun point. Elle n'est donc continue par morceaux sur aucun segment, et l'écriture n'a aucun sens dans le cadre du programme.
La morale. L'hypothèse « est continue par morceaux » n'est pas une commodité technique : sans elle, la conclusion du théorème ne peut même pas être énoncée. C'est pourquoi il faut la vérifier explicitement dans toute rédaction, et pourquoi les correcteurs la cherchent.
Remarque
En revanche, la limite n'a aucune obligation d'être continue. Sur , la suite converge simplement vers
qui est discontinue en mais parfaitement continue par morceaux sur . La domination par , intégrable sur le segment , est immédiate. Le théorème s'applique donc et donne
ce que confirme le calcul direct . C'est là un avantage décisif du théorème de convergence dominée sur les théorèmes de convergence uniforme : il tolère les discontinuités de la limite, et la convergence uniforme n'est jamais exigée.
Extension aux familles à paramètre continu
Propriété
Version « famille ». Soient un intervalle de , une partie de et un point adhérent à (éventuellement ). Soit une famille de fonctions de dans . On suppose :
- pour tout , est continue par morceaux sur ;
- il existe continue par morceaux sur telle que, pour tout , quand ;
- il existe positive, continue par morceaux et intégrable sur , indépendante de , telle que pour tous et .
Alors toutes les et sont intégrables sur et
Démonstration. Elle se déduit du théorème de convergence dominée par la caractérisation séquentielle des limites, et ne coûte que quelques lignes.
Soit une suite quelconque d'éléments de convergeant vers . Posons pour , et vérifions les trois hypothèses du théorème de convergence dominée.
- Chaque est continue par morceaux sur , par l'hypothèse 1.
- Soit fixé. Par l'hypothèse 2, quand ; par caractérisation séquentielle des limites appliquée à la fonction , la suite converge vers . Donc converge simplement vers sur , et est continue par morceaux.
- Pour tous et , , avec positive intégrable indépendante de .
Le théorème de convergence dominée s'applique et donne .
Ceci vaut pour toute suite d'éléments de de limite . Par caractérisation séquentielle des limites appliquée cette fois à la fonction , on conclut que quand .
Remarque
Cette version est celle que l'on utilise pour étudier le comportement d'une intégrale à paramètre aux bornes de son domaine : limite quand , quand , etc. La rédaction est identique à celle du cas des suites, à ceci près qu'on remplace « pour tout » par « pour tout » et qu'on précise vers quoi tend le paramètre.
Comment rédiger une application du théorème
Méthode
Rédaction type d'une application du théorème de convergence dominée. Cinq blocs, toujours dans cet ordre, toujours tous présents.
- Poser la suite. « Pour et , posons », en précisant l'intervalle , qui doit être fixe, indépendant de .
- Régularité. « Pour tout , est continue (par morceaux) sur », avec la raison (opérations sur les fonctions usuelles).
- Convergence simple. « Soit fixé. » Puis le calcul de , à figé. Puis : « la suite converge simplement sur vers , qui est continue par morceaux sur . » Ne jamais oublier cette dernière proposition.
- Domination. « Pour tout et tout , », avec écrite explicitement et sans , puis la justification de l'intégrabilité de par comparaison à une intégrale de référence.
- Conclusion. « Le théorème de convergence dominée s'applique : . » Puis le calcul effectif de .
Les quatre pièges.
- Une dominante qui dépend de : ne vaut rien, même si chaque est fini.
- Oublier de dire que la limite simple est continue par morceaux (voir le contre-exemple 3).
- Croire que la convergence uniforme suffit sur un intervalle non borné (voir le contre-exemple 1).
- Un intervalle d'intégration qui dépend de : il faut d'abord le rendre fixe, ce qui est l'objet de l'astuce ci-dessous.
Méthode
L'astuce de la fonction indicatrice. Lorsque le domaine d'intégration dépend de , on le rend fixe en multipliant par une indicatrice. Concrètement, on écrit
et l'on applique le théorème sur l'intervalle fixe à la suite .
Deux points de vigilance : la fonction ainsi construite doit rester continue par morceaux (c'est automatique, l'indicatrice d'un segment n'ajoute qu'au plus deux discontinuités), et la convergence simple doit être établie à fixé, en remarquant que dès que .
Exemple
Un domaine qui varie avec . Calculons .
Mise en place. Posons et, pour et ,
de sorte que .
Régularité. Sur , coïncide avec la fonction polynomiale , qui vaut en ; sur , est nulle. La fonction est donc continue sur , en particulier continue par morceaux.
Convergence simple. Soit fixé. Pour , on a et
Or quand , donc , et par continuité de l'exponentielle . La suite converge donc simplement sur vers , qui est continue sur , donc continue par morceaux.
Domination. Pour tout , on a (l'inégalité de concavité avec ). Donc, pour ,
Pour les deux membres valent respectivement et , et pour on a . Finalement
et est positive, continue et intégrable sur (intégrale exponentielle avec ), indépendante de .
Conclusion. Le théorème de convergence dominée s'applique :
Vérification. Le calcul direct est possible ici : le changement de variable affine sur le segment donne , qui tend bien vers .
Exemple
Une limite qui ne se calcule pas directement. Déterminons
Mise en place. Posons et pour .
Régularité. Chaque est continue sur comme quotient de fonctions continues à dénominateur non nul.
Convergence simple. Soit fixé. Quand , et , donc . Ainsi
et est continue sur , donc continue par morceaux.
Domination. Pour tout réel , . Appliqué à , cela donne , d'où, pour tous et ,
La fonction est positive, continue sur , indépendante de , et intégrable : a été calculée plus haut.
Conclusion. Le théorème de convergence dominée s'applique :
Aucune primitive n'était calculable : c'est le cas typique où le théorème est le seul outil disponible.
Exemple
Une domination par morceaux. Déterminons .
Régularité. Pour , est continue et positive sur .
Convergence simple. Soit fixé. Si , alors et . Si , pour tout . Si , alors et . La limite simple est donc
qui est continue par morceaux sur (une seule discontinuité, en ).
Domination. Elle demande un découpage. Pour , on majore brutalement . Pour et , on a , donc
Posons donc
Cette fonction est positive, continue par morceaux sur , indépendante de , et intégrable : sur le segment elle est constante, et sur c'est une intégrale de Riemann avec . La domination vaut pour tout , ce qui suffit.
Conclusion. Le théorème de convergence dominée s'applique et
la valeur ponctuelle ne changeant rien à l'intégrale.
Intégration terme à terme
Deuxième grand théorème. La question est la même que précédemment, avec une somme de série à la place d'une limite : sous quelles conditions a-t-on
Comme une somme de série est une limite de sommes partielles, on pourrait espérer que le théorème de convergence dominée règle tout ; il faudrait pour cela dominer les sommes partielles, ce qui n'est en général pas commode. Les deux énoncés ci-dessous fournissent des conditions directement vérifiables sur les .
Les deux énoncés du programme
Propriété
Intégration terme à terme, cas des fonctions positives. Soient un intervalle et une suite de fonctions de dans telles que :
- chaque est continue par morceaux, positive et intégrable sur ;
- la série de fonctions converge simplement sur , et sa somme est continue par morceaux sur .
Alors est intégrable sur si et seulement si la série numérique converge, et dans ce cas
Dans le cas contraire, n'est pas intégrable sur et l'on écrit .
Démonstration hors programme : le théorème est admis.
Propriété
Intégration terme à terme, cas général. Soient un intervalle et une suite de fonctions de dans telles que :
- chaque est continue par morceaux et intégrable sur ;
- la série de fonctions converge simplement sur , et sa somme est continue par morceaux sur ;
- la série numérique converge.
Alors est intégrable sur , la série est absolument convergente, et
On a de plus la majoration .
Démonstration hors programme : le théorème est admis.
Remarque
Le parallèle avec les familles sommables. L'hypothèse décisive du second énoncé,
est exactement la condition de sommabilité absolue d'une famille double. Rappelons l'énoncé du chapitre sur les familles sommables : si est une famille de scalaires telle que , alors on peut sommer dans l'ordre que l'on veut :
Ici, l'une des deux sommations est remplacée par une intégrale, mais la philosophie est identique : c'est la finitude de la masse totale des valeurs absolues qui autorise l'interversion. Et de même que la sommabilité par paquets est automatique pour une famille de réels positifs (où seule la valeur peut apparaître, sans ambiguïté), le premier énoncé se passe d'hypothèse supplémentaire dès que les sont positives.
Retenez la hiérarchie : pour des fonctions positives, l'interversion est toujours licite, quitte à ce que les deux membres vaillent ; en général, il faut payer le prix de la convergence de .
Remarque
Un point de vigilance sur l'hypothèse 2. La convergence simple de la série de fonctions signifie : pour chaque fixé, la série numérique converge. Ce n'est pas la même chose que la convergence de , ni que la convergence normale. Et il faut, là encore, vérifier que la somme est continue par morceaux : c'est parfois immédiat (on reconnaît une fonction usuelle), parfois cela demande un argument de convergence uniforme locale.
Un exemple complet dans le cas positif
Exemple
Calcul de . Montrons que cette intégrale converge et vaut .
Mise en place. Posons pour . La fonction est continue sur , et elle y est positive : pour , on a et , donc le quotient est strictement positif. Notons au passage que quand , puisque : la borne est un faux problème. Seule la borne est en jeu, où .
Développement en série. Pour , on a , donc la série géométrique de raison converge et . Par conséquent
Posons donc pour et .
Vérification des hypothèses.
(i) Chaque est continue sur , et positive puisque sur .
(ii) Chaque est intégrable sur . En effet quand (faux problème), et en on a, avec ,
par croissances comparées : la règle de Riemann en une borne finie s'applique.
(iii) La série converge simplement sur vers , par le calcul ci-dessus, et est continue sur , donc continue par morceaux.
Calcul de . Soit . Intégrons par parties sur le segment avec , en posant et , de classe sur :
Or , et quand par croissances comparées. En passant à la limite,
Nature de la série des intégrales. La série est une série de Riemann d'exposant : elle converge.
Conclusion. Le théorème d'intégration terme à terme, version positive, s'applique : la fonction est intégrable sur et
Cette somme vaut , résultat classique établi par ailleurs.
Exemple
Une variante sur un intervalle non borné. Montrons de même que
Mise en place. La fonction est continue et positive sur (le dénominateur est strictement positif pour ). En , donc : faux problème.
Développement en série. Pour , on a , donc
après le changement d'indice . Posons pour et .
Hypothèses. Chaque est continue et positive sur , et intégrable : en par croissances comparées, et se prolonge par continuité en . La série converge simplement vers , continue sur .
Calcul de . Le changement de variable , bijection de classe strictement croissante de sur lui-même, donne
en utilisant , calculée par parties au début du chapitre.
Conclusion. La série converge, donc est intégrable sur et .
Quand aucun des deux théorèmes ne s'applique
Remarque
Il arrive, et c'est fréquent avec les séries alternées, qu'aucun des deux énoncés ne convienne : les ne sont pas positives, et diverge. L'interversion peut néanmoins être vraie ; il faut alors la justifier à la main, et la technique officielle du programme consiste à appliquer le théorème de convergence dominée aux sommes partielles.
Le principe est le suivant. On note la somme partielle d'ordre , dont l'intégrale se calcule par simple linéarité (c'est une somme finie) :
Il suffit alors de montrer que , ce qui est exactement une interversion limite-intégrale, donc un problème de convergence dominée appliqué à la suite . Le point clé est de savoir dominer les sommes partielles, ce qui est faisable quand on dispose d'une forme close, typiquement quand est une série géométrique.
Exemple
L'exemple canonique : .
Le développement en série. Pour , la série géométrique de raison converge et
Posons donc et .
Pourquoi aucun des deux théorèmes ne s'applique. Les fonctions ne sont pas positives (leur signe alterne), donc la première version est exclue. Quant à la seconde, elle demande la convergence de
qui est la série harmonique : elle diverge. Les deux énoncés du programme sont donc tous les deux inutilisables, alors même que l'interversion va se révéler exacte.
La forme close des sommes partielles. Pour et , la somme géométrique de raison donne
C'est cette expression explicite qui va tout permettre : elle sépare la limite du reste .
Application du théorème de convergence dominée à .
Régularité. Pour tout , est une fonction polynomiale, donc continue sur .
Convergence simple. Soit fixé. Alors puisque , donc
et est continue sur , donc continue par morceaux.
Domination. Pour tout et tout ,
en utilisant et . La fonction constante est positive, continue, indépendante de , et intégrable sur l'intervalle borné , d'intégrale .
Conclusion du théorème. .
Identification. Par linéarité de l'intégrale sur une somme finie,
La suite des sommes partielles de la série converge donc vers :
Variante sans le théorème de convergence dominée : la majoration directe du reste. La même forme close permet de conclure encore plus vite, et il est bon de connaître les deux rédactions. Par linéarité sur le segment,
et le dernier terme, qui est le reste de la série géométrique intégré, se majore directement :
On retrouve , avec en prime une vitesse : l'écart entre la somme partielle et est majoré par .
Méthode à retenir. Devant une série alternée dont diverge, on ne cherche pas à forcer les théorèmes d'intégration terme à terme : on écrit la somme partielle sous forme close, on isole le reste, et l'on conclut soit par le théorème de convergence dominée appliqué à , soit par une majoration directe du reste. C'est la technique explicitement attendue par le programme.
Intégrales à paramètre
Troisième et dernier grand théorème, et le plus utilisé aux concours. On se donne une fonction de deux variables et l'on intègre par rapport à , ce qui produit une fonction de la seule variable :
Une foule de fonctions importantes se présentent sous cette forme : la fonction , les transformées intégrales, les solutions d'équations différentielles. La question est de savoir si hérite de la régularité de : est-elle continue ? dérivable ? de classe ? Et si oui, peut-on dériver sous le signe intégrale ?
Dans toute la section, et sont deux intervalles de , et . La variable est le paramètre, la variable est celle d'intégration.
Continuité
Propriété
Théorème de continuité sous le signe intégrale. On suppose :
- régularité en : pour tout , la fonction est continue par morceaux sur ;
- régularité en : pour tout , la fonction est continue sur ;
- domination locale : pour tout segment , il existe une fonction positive, continue par morceaux et intégrable sur , indépendante de , telle que
Alors, pour tout , la fonction est intégrable sur , et la fonction
est définie et continue sur .
Démonstration. Bonne définition. Soit . Comme est un intervalle, il existe un segment contenant . La domination donne avec intégrable, et est continue par morceaux : par le théorème de comparaison, est intégrable sur , donc est bien défini.
Réduction à un segment. La continuité est une propriété locale. Soit ; choisissons un segment qui soit un voisinage de relativement à . C'est toujours possible : si est intérieur à , on prend dans ; si est une extrémité de appartenant à , disons la borne gauche, on prend et avec . Dans les deux cas, toute suite d'éléments de convergeant vers est, à partir d'un certain rang, à valeurs dans . Notons .
Caractérisation séquentielle. Pour montrer que est continue en , il suffit de montrer que, pour toute suite d'éléments de convergeant vers , on a . Fixons une telle suite ; quitte à supprimer les premiers termes, on peut supposer pour tout . Posons
Vérifions les hypothèses du théorème de convergence dominée.
- Régularité. Pour tout , est continue par morceaux sur , par l'hypothèse 1.
- Convergence simple. Soit fixé. La fonction est continue en par l'hypothèse 2, et : par caractérisation séquentielle de la continuité, . Autrement dit, converge simplement sur vers , qui est continue par morceaux sur par l'hypothèse 1.
- Domination. Pour tout et tout , puisque ; et est positive, continue par morceaux, intégrable sur et indépendante de .
Le théorème de convergence dominée s'applique et donne
Ceci valant pour toute suite , la caractérisation séquentielle de la continuité donne la continuité de en . Le point étant quelconque, est continue sur .
Remarque
Pourquoi une domination LOCALE, et pourquoi cela suffit. La continuité en un point ne fait intervenir que ce qui se passe près de ce point : on peut donc se restreindre à un segment autour de et n'y utiliser qu'une dominante valable sur ce segment. C'est ce qui rend le théorème utilisable en pratique.
Car une domination globale sur tout entier est souvent inexistante. L'exemple à garder en tête est la fonction : pour avec , on a, pour fixé, dès que . Aucune fonction ne peut dominer la famille sur entier. Sur un segment , en revanche, tout se passe bien, comme on le verra.
Réflexe de rédaction : on écrit systématiquement « soit un segment ; pour tout et tout , … ». Une copie qui cherche une dominante sur tout entier se bloque neuf fois sur dix.
Dérivation : la formule de Leibniz
Propriété
Théorème de dérivation sous le signe intégrale (formule de Leibniz). On suppose :
- pour tout , la fonction est continue par morceaux et intégrable sur ;
- pour tout , la fonction est de classe sur ;
- pour tout , la fonction est continue par morceaux sur ;
- domination locale de la dérivée : pour tout segment , il existe positive, continue par morceaux et intégrable sur , indépendante de , telle que
Alors est de classe sur , et
Démonstration. Bonne définition. L'hypothèse 1 assure directement que existe pour tout .
Choix du segment. Soit . Comme dans la démonstration précédente, choisissons un segment qui soit un voisinage de relativement à , et notons .
Le taux d'accroissement. Soit une suite d'éléments de convergeant vers . Pour , posons
Comme et sont intégrables sur , la linéarité donne
Le taux d'accroissement de est donc lui-même une intégrale, et il s'agit d'y passer à la limite.
Vérification des hypothèses du théorème de convergence dominée.
- Régularité. Chaque est une combinaison linéaire de deux fonctions continues par morceaux sur : elle est continue par morceaux sur .
- Convergence simple. Soit fixé. La fonction est de classe sur par l'hypothèse 2, donc dérivable en ; comme avec , la caractérisation séquentielle de la limite donne
La suite converge donc simplement sur vers , qui est continue par morceaux sur par l'hypothèse 3.
- Domination. Soit fixé. La fonction est de classe sur le segment , donc, pour tout ,
Cette intégrale porte sur un segment inclus dans , où la domination s'applique : . L'inégalité triangulaire sur un segment donne donc
c'est-à-dire, en divisant par ,
C'est bien une domination par une fonction positive, continue par morceaux, intégrable et indépendante de . (C'est ici, et uniquement ici, que sert l'inégalité des accroissements finis, sous sa forme intégrale, valable aussi pour .)
Conclusion partielle. Le théorème de convergence dominée s'applique :
Ceci vaut pour toute suite de tendant vers : par caractérisation séquentielle des limites, est dérivable en et
Continuité de la dérivée. Il reste à voir que est continue sur . Appliquons le théorème de continuité à la fonction : elle est continue par morceaux en à fixé (hypothèse 3) ; elle est continue en à fixé, car est de classe , donc sa dérivée est continue (hypothèse 2) ; et elle est dominée sur tout segment de (hypothèse 4). Le théorème de continuité s'applique donc et montre que est continue sur .
Ainsi est de classe sur .
Remarque
L'hypothèse 1 n'est pas redondante. La domination porte sur , pas sur : elle ne dit rien de l'intégrabilité de , qui doit donc être supposée à part. C'est l'oubli le plus fréquent dans les copies, et il est fatal : sans elle, n'est même pas définie.
En pratique, cette hypothèse est presque toujours celle qui a servi à déterminer le domaine au début de l'exercice. Il suffit d'y renvoyer explicitement.
Propriété
Extension à la classe . Soit . On suppose :
- pour tout , la fonction est de classe sur ;
- pour tout et tout , la fonction est continue par morceaux sur ;
- pour tout et tout , la fonction est intégrable sur ;
- pour tout segment , il existe positive, continue par morceaux et intégrable sur telle que pour tous et .
Alors est de classe sur et, pour tout ,
Si les hypothèses sont vérifiées pour tout , alors est de classe sur .
Démonstration. Par récurrence sur . Le cas est le théorème précédent. Supposons le résultat acquis au rang pour .
Les hypothèses au rang entraînent celles au rang , sauf pour la domination : au rang , il faudrait dominer sur tout segment . Or, pour et , l'écriture intégrale de la dérivée -ième donne
d'où, avec l'hypothèse 4,
et est positive, continue par morceaux, intégrable (l'hypothèse 3 donne l'intégrabilité du premier terme, l'hypothèse 4 celle du second) et indépendante de . L'hypothèse de récurrence s'applique donc : est de classe sur avec pour .
Il reste à dériver une fois de plus . On applique pour cela le théorème de dérivation à la fonction : elle est intégrable en (hypothèse 3), de classe en (hypothèse 1), sa dérivée en est , continue par morceaux en (hypothèse 2) et dominée sur tout segment (hypothèse 4). Donc est de classe , avec . Ainsi est de classe .
Méthode
Plan de rédaction d'une étude d'intégrale à paramètre. Cinq étapes, à dérouler dans cet ordre.
- Poser le cadre. « Posons pour . » Nommer explicitement les deux intervalles.
- Déterminer le domaine . Pour chaque , étudier l'intégrabilité de , borne par borne, avec la méthode de la section 6. C'est cette étude qui définit ; elle servira aussi d'hypothèse 1 dans les théorèmes suivants.
- Continuité. Vérifier les trois points : continuité par morceaux en , continuité en , domination sur tout segment . Écrire la dominante explicitement.
- Dérivabilité. Calculer , vérifier qu'elle est continue par morceaux en , rappeler l'intégrabilité de elle-même, et dominer sur tout segment. Conclure par la formule de Leibniz. Itérer pour ou .
- Exploiter. C'est là que se joue l'exercice : équation différentielle vérifiée par , relation de récurrence obtenue par intégration par parties, développement en série, sens de variation, convexité.
- Comportement aux bornes de . Utiliser la version « famille » du théorème de convergence dominée pour , ou des encadrements explicites.
Les trois pièges. Oublier l'intégrabilité de (la domination ne concerne que la dérivée). Chercher une dominante globale au lieu d'une dominante par segment. Écrire une dominante qui contient encore le paramètre .
Exemple complet : la fonction d'Euler
Exemple
Étude complète de .
Posons pour et .
Étape 1 : le domaine de définition. Soit . La fonction est continue et positive sur ; intégrabilité et convergence y sont donc synonymes. Les deux bornes posent problème.
En . Comme , on a , avec les deux fonctions positives. L'intégrale converge si et seulement si , c'est-à-dire .
En . Pour tout , par croissances comparées,
donc et la règle de Riemann en (avec ) donne l'intégrabilité sur , quel que soit .
Conclusion. est défini si et seulement si . On pose donc .
Étape 2 : les dérivées partielles. Pour fixé, la fonction est de classe sur , et une récurrence immédiate donne, pour tout ,
Étape 3 : intégrabilité de chaque dérivée. Soient et . La fonction est continue sur .
En , posons , qui vérifie puisque . Alors
par croissances comparées, puisque . La règle de Riemann en une borne finie s'applique : intégrabilité sur .
En , par croissances comparées : intégrabilité sur .
Donc, pour tout et tout , est continue par morceaux et intégrable sur .
Étape 4 : la domination sur un segment. Soit , donc . Pour et , majorons . Si , la fonction est décroissante, donc . Si , elle est croissante, donc . Dans les deux cas,
les deux termes étant positifs. Par conséquent, pour tout , tout et tout ,
La fonction est positive, continue sur , indépendante de , et intégrable : c'est la somme des deux fonctions étudiées à l'étape 3 pour et .
Étape 5 : conclusion de régularité. Toutes les hypothèses du théorème de classe sont vérifiées, pour tout . Donc
En particulier est continue sur .
Étape 6 : la relation fonctionnelle . Soit . Posons, sur ,
de classe , avec et . Examinons les trois objets du théorème d'intégration par parties.
Le crochet. . Quand , car , et : la limite est . Quand , par croissances comparées : la limite est . Les deux limites existent et sont finies, donc .
L'intégrale . On a , et
qui converge puisque .
Deux des trois objets existent : le théorème s'applique. Le troisième existe donc, et
Or , dont l'intégrale sur est précisément . D'où
Étape 7 : prolonge la factorielle. D'abord
Montrons par récurrence que pour tout . C'est vrai pour puisque . Si pour un , alors la relation fonctionnelle appliquée en donne
D'où le résultat. En particulier , ce qui redonne , calculé au début du chapitre.
Étape 8 : le comportement en . La relation fonctionnelle s'écrit aussi
La fonction étant continue en avec , on a quand . Par conséquent
Étape 9 : convexité et allure. Pour tout ,
L'intégrande est continu, positif, non identiquement nul sur (il ne s'annule qu'en ) : par le théorème de nullité, l'intégrale est strictement positive. Donc et est strictement convexe sur .
On a de plus . La fonction étant dérivable sur , le théorème de Rolle fournit tel que . Comme est croissante (car ), on en déduit sur et sur : décroît puis croît, et atteint son minimum en .
Enfin, pour , en posant , la croissance de sur donne , et quand . Donc en .
Récapitulatif. est de classe et strictement convexe sur , équivalente à en , tend vers en , vaut en , et admet un unique minimum, situé entre et .
Exemple
Une intégrale à paramètre à domination globale. Étudions
Cet exemple contraste avec : ici une dominante globale existe, ce qui simplifie tout.
Domaine et intégrabilité. Pour et , on a , donc
et est positive, continue et intégrable sur avec . La fonction est donc définie sur , et l'on a d'emblée et .
Continuité. Pour , est continue sur ; pour , est continue sur ; et la domination ci-dessus vaut sur tout entier, donc a fortiori sur tout segment. Le théorème de continuité s'applique : est continue sur .
Limite en . Utilisons la version « famille » du théorème de convergence dominée, avec , et . Pour fixé, quand , donc : la famille converge simplement vers la fonction nulle, continue par morceaux. La domination par vient d'être établie, indépendamment de . Donc
Moralité. Quand une domination globale existe, on la prend : elle sert à la fois pour la définition, pour la continuité et pour l'étude asymptotique. C'est le cas dès que le paramètre apparaît dans une exponentielle décroissante avec un exposant de signe constant, ou dans une fonction bornée.
Méthodes à retenir
Méthode
Pour montrer qu'une fonction est intégrable sur . Découper de sorte que chaque morceau n'ait qu'une seule borne problématique, puis, en chaque borne, chercher un équivalent de et le comparer à une intégrale de référence : Riemann avec en , Riemann avec en une borne finie, exponentielle décroissante.
Le réflexe : la règle en , qui évite de chercher un équivalent exact. Si tend vers une limite finie avec , c'est gagné en .
Le piège : oublier une borne, en particulier une borne finie où la fonction explose discrètement (un , une racine au dénominateur). Et confondre la référence de avec celle d'une borne finie : les inégalités sur sont inverses.
Méthode
Pour montrer qu'une intégrale diverge. Ne jamais invoquer « la fonction ne tend pas vers » : c'est faux pour les intégrales, contrairement aux séries. Il faut minorer par une fonction positive d'intégrale divergente, typiquement en ou en une borne finie .
Le réflexe : pour positive, montrer que n'est pas majorée. Si en , la divergence est immédiate.
Le piège : appliquer un équivalent à une fonction qui change de signe. L'hypothèse de signe constant conditionne tous les théorèmes de comparaison.
Méthode
Pour montrer qu'une intégrale converge sans que la fonction soit intégrable. C'est la situation de , et la seule technique au programme est l'intégration par parties guidée : sur le segment , primitiver la partie oscillante et dériver la partie décroissante, puis montrer que le crochet a une limite finie et que la nouvelle intégrale est absolument convergente.
Le réflexe : ne jamais écrire « donc est intégrable » à la fin. On a prouvé la convergence de l'intégrale, rien de plus, et c'est justement le contre-exemple à la réciproque.
Le piège : croire qu'un tel résultat autorise ensuite le théorème de convergence dominée ou l'intégration terme à terme. Ces théorèmes exigent l'intégrabilité.
Méthode
Pour calculer une intégrale généralisée. Trois outils, par ordre de coût.
- Primitive : si est continue et se primitive, écrire et étudier les deux limites. C'est aussi une preuve de convergence.
- Changement de variable : bijection de classe strictement monotone entre les deux intervalles ouverts. Les deux intégrales sont de même nature, donc on a le droit de transformer avant d'avoir prouvé quoi que ce soit. Les changements qui reviennent : (échange les deux bornes), , , .
- Intégration par parties : toujours sur un segment d'abord, jamais directement sur l'intervalle ouvert.
Le piège : découper par linéarité une intégrale convergente en deux morceaux divergents.
Méthode
Pour calculer la limite d'une suite d'intégrales. Théorème de convergence dominée, avec les cinq blocs de rédaction : intervalle fixe, continuité par morceaux de chaque , convergence simple à fixé avec la mention « la limite est continue par morceaux », domination par une explicite sans et intégrable, conclusion.
Le réflexe : si le domaine d'intégration dépend de , le fixer d'abord en multipliant par . Si la domination résiste, la construire par morceaux (une majoration grossière près de l'origine, une majoration fine à l'infini).
Le piège : une dominante qui dépend de , ou l'oubli de la continuité par morceaux de la limite. Et le faux ami de la convergence uniforme : sur un intervalle non borné, elle ne suffit pas (bosse glissante).
Méthode
Pour obtenir un équivalent d'un reste ou d'une intégrale partielle. Identifier d'abord la nature de l'intégrale de la fonction de référence : si elle converge, on compare les restes ; si elle diverge, on compare les intégrales partielles . Puis appliquer le théorème d'intégration des relations de comparaison, la référence devant être de signe constant.
Le réflexe : quand aucun équivalent simple n'apparaît, faire surgir le terme dominant par une intégration par parties, puis montrer que le terme résiduel est un de l'inconnue. L'équation se résout en . Modèles : et .
Le piège : écrire « donc » avec des bornes fixes. Les deux membres seraient des constantes : la phrase n'a aucun sens.
Méthode
Pour justifier une interversion série-intégrale. Regarder d'abord le signe des .
- positives : la version positive s'applique sans condition supplémentaire, et donne en prime l'équivalence « intégrable si et seulement si converge ». C'est le cas le plus confortable.
- de signe quelconque : il faut la convergence de . Calculer explicitement et étudier la série obtenue.
Le réflexe : ne pas oublier de vérifier que la somme est continue par morceaux, ni que chaque est intégrable.
Le piège : appliquer la version générale sans avoir vérifié . Pour une série alternée, cette somme diverge très souvent.
Méthode
Pour intervertir quand aucun théorème d'intégration terme à terme ne s'applique. Écrire la somme partielle sous forme close (série géométrique le plus souvent), puis choisir l'une des deux voies :
- appliquer le théorème de convergence dominée à la suite , en dominant les sommes partielles grâce à la forme close ;
- isoler le reste et le majorer directement, ce qui fournit en prime une vitesse de convergence.
Le modèle à savoir refaire : , avec dominée par sur .
Méthode
Pour montrer qu'une intégrale à paramètre est continue. Trois vérifications, et pas une de moins : continuité par morceaux de à fixé ; continuité de à fixé ; domination sur tout segment par une intégrable indépendante de .
Le réflexe : commencer la rédaction par « soit un segment », puis majorer en utilisant et . Une majoration valable sur entier est un luxe, pas une norme.
Le piège : chercher une dominante globale et se bloquer. Pour , elle n'existe pas ; sur un segment, règle tout.
Méthode
Pour dériver sous le signe intégrale. Vérifier les quatre hypothèses dans l'ordre : intégrabilité de (souvent déjà établie en déterminant le domaine), caractère de , continuité par morceaux de , domination de sur tout segment. Conclure par , et itérer pour ou .
Le réflexe : une fois obtenue, chercher ce que l'énoncé veut en faire — une équation différentielle du premier ordre, un signe, une relation de récurrence.
Le piège : oublier l'intégrabilité de elle-même. La domination ne porte que sur la dérivée, et ne dit rien de .
Méthode
Pour étudier le comportement d'une intégrale à paramètre aux bornes de son domaine. Utiliser la version « famille » du théorème de convergence dominée : les hypothèses sont les mêmes, avec « pour tout » à la place de « pour tout », et la démonstration passe par la caractérisation séquentielle des limites.
Le réflexe : quand la limite directe donne une forme indéterminée, utiliser d'abord une relation fonctionnelle. C'est ainsi que livre en , sans aucun calcul d'intégrale.
Le piège : appliquer le théorème sans vérifier que la limite simple est continue par morceaux, ou avec une dominante qui dépend encore du paramètre.
Méthode
Pour montrer qu'une fonction continue positive est nulle. Si avec continue, positive et intégrable, alors : c'est le théorème de nullité, et sa démonstration par l'absurde (continuité en un point où , minoration sur un petit segment) doit être sue.
Le réflexe : ce théorème est l'argument de séparation qui fait de une norme sur les fonctions continues intégrables. C'est aussi lui qui donne les inégalités strictes : si avec égalité des intégrales, alors .
Le piège : l'appliquer à une fonction seulement continue par morceaux. Une fonction nulle partout sauf en un point est un contre-exemple immédiat.
Bloqué sur « Intégration sur un intervalle quelconque » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.