MP · Chapitre 03
Endomorphismes d'un espace euclidien
Adjoint, matrices orthogonales, isométries vectorielles et leur réduction, théorème spectral, endomorphismes autoadjoints positifs et définis positifs.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Adjoint
- Matrices orthogonales
- Isométries vectorielles et leur réduction
- Théorème spectral
- Endomorphismes autoadjoints positifs et définis positifs
En première année, le produit scalaire a servi à mesurer : longueurs, angles, distances à un sous-espace. L'objet central était le vecteur. Cette année, l'objet central devient l'endomorphisme, et la question change de nature : que devient l'algèbre linéaire lorsque l'espace est muni d'un produit scalaire ?
La réponse tient en une construction et deux théorèmes. La construction est celle de l'adjoint , un endomorphisme fabriqué à partir de et du produit scalaire, dont la matrice en base orthonormée est simplement la transposée de celle de . C'est peu de chose, et pourtant tout le chapitre en découle : chaque famille remarquable d'endomorphismes se définit par une relation entre et . Si , on parle d'endomorphisme autoadjoint ; si , d'isométrie vectorielle ; si , d'endomorphisme antisymétrique.
Les deux théorèmes disent que ces familles se réduisent parfaitement. Le théorème spectral affirme qu'un endomorphisme autoadjoint est diagonalisable dans une base orthonormée : non seulement il existe une base de vecteurs propres, mais on peut la choisir orthonormée, ce qui est un luxe considérable puisque la matrice de passage est alors orthogonale et son inverse se lit sans calcul. Le théorème de réduction des isométries affirme qu'une isométrie vectorielle s'écrit, dans une base orthonormée bien choisie, comme un empilement de blocs , de blocs et de rotations planes : une isométrie n'est rien d'autre que des rotations effectuées simultanément dans des plans deux à deux orthogonaux.
Entre les deux, une section entière est consacrée aux dimensions et , où la classification est complète et où l'on sait reconnaître, à partir d'une matrice orthogonale, l'axe et l'angle d'une rotation. C'est le passage le plus calculatoire du chapitre, et le plus fréquemment posé à l'oral.
Les notations suivantes valent partout. L'espace est un espace euclidien de dimension , son produit scalaire est noté et sa norme . On note l'ensemble des endomorphismes de , l'identité, les matrices carrées réelles de taille , la matrice identité, le groupe des matrices inversibles. La transposée de est notée , l'adjoint de est noté . Les matrices symétriques forment , les antisymétriques . Une base est notée et la matrice de dans est . On conserve , , , , , , , . La projection orthogonale sur est , la réflexion par rapport à l'hyperplan est , et l'on pose une fois pour toutes
Un mot de vigilance avant de commencer. Presque tous les énoncés du chapitre comportent l'hypothèse « en base orthonormée », et cette hypothèse n'est jamais décorative : la matrice de n'est la transposée de celle de que dans une base orthonormée, et un endomorphisme dont la matrice est symétrique dans une base quelconque n'a aucune raison d'être autoadjoint. Chaque fois que vous écrirez une matrice dans ce chapitre, demandez-vous dans quelle base.
Rappels de première année
Espace euclidien, norme, orthogonalité
Définition
Un espace euclidien est un -espace vectoriel de dimension finie muni d'un produit scalaire , c'est-à-dire d'une forme bilinéaire symétrique définie positive. La norme euclidienne associée est .
Deux vecteurs et sont orthogonaux lorsque , ce que l'on note . L'orthogonal d'une partie de est le sous-espace
Propriété
Résultats supposés connus. Soient un espace euclidien de dimension et .
- Inégalité de Cauchy-Schwarz : , avec égalité si et seulement si la famille est liée.
- Identité de polarisation : .
- Théorème de Pythagore : si et seulement si .
- Séparation : si pour tout , alors .
- Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre.
Remarque
Le point 4 est l'outil de démonstration le plus utilisé du chapitre, et il mérite d'être formulé sous la forme sous laquelle il servira : si pour tout , alors . Il suffit d'appliquer la séparation à . Chaque fois qu'un objet sera défini par une relation du type « pour tout , », c'est ce résultat qui garantira l'unicité.
L'identité de polarisation dit quant à elle que la norme détermine entièrement le produit scalaire. C'est elle qui permettra de démontrer qu'un endomorphisme qui conserve les longueurs conserve automatiquement les angles.
Bases orthonormées et calcul en coordonnées
Propriété
Tout espace euclidien de dimension possède une base orthonormée, et le procédé de Gram-Schmidt permet d'en construire une à partir de n'importe quelle base. Plus généralement, toute famille orthonormée de se complète en une base orthonormée de .
Soit une base orthonormée de . Alors pour tous , de matrices colonnes et dans :
Remarque
La formule est fausse dans une base quelconque : elle caractérise même les bases orthonormées. C'est la raison pour laquelle tout ce chapitre travaille en base orthonormée, et c'est aussi la raison pour laquelle la transposition, qui est une opération purement matricielle, va acquérir un sens géométrique.
Projection orthogonale et distance à un sous-espace
Propriété
Soit un sous-espace vectoriel de l'espace euclidien . Alors
La projection sur parallèlement à est appelée projection orthogonale sur et notée . Si est une base orthonormée de , alors
Enfin, la distance de à vaut , et cette distance est atteinte en l'unique point de .
Matrice de Gram
Définition
Soient des vecteurs de . La matrice de Gram de la famille est la matrice carrée de taille
et son déterminant est appelé déterminant de Gram, noté .
Propriété
Avec les notations précédentes, pour toute colonne ,
En particulier , avec si et seulement si la famille est liée.
De plus, si est libre et si , alors pour tout
Démonstration. Identité de départ. Par bilinéarité,
Formule de la distance. Posons , de sorte que et . Écrivons . Dans la matrice , retranchons à la dernière colonne la combinaison : cette opération ne change pas le déterminant. Pour , le coefficient de la ligne devient
et celui de la dernière ligne devient . En développant selon cette dernière colonne, il ne reste qu'un terme :
d'où la formule annoncée puisque pour une famille libre.
L'adjoint d'un endomorphisme
Le théorème de représentation des formes linéaires
Tout part du résultat suivant, qui exprime que le produit scalaire identifie à son dual.
Propriété
Représentation des formes linéaires. Soit un espace euclidien. Pour toute forme linéaire sur , il existe un unique vecteur tel que
Démonstration. Existence. Soit une base orthonormée de et posons . Pour , la linéarité de donne , tandis que le calcul du produit scalaire en base orthonormée donne . Les deux quantités coïncident.
Unicité. Si et conviennent, alors pour tout , donc par séparation.
Existence et unicité de l'adjoint
Propriété
Théorème de l'adjoint. Soient un espace euclidien et . Il existe un unique endomorphisme de tel que
Cet endomorphisme est appelé l'adjoint de .
Démonstration. Construction. Fixons . L'application est une forme linéaire sur , comme composée de l'application linéaire et de la forme linéaire . D'après le théorème de représentation, il existe un unique vecteur, que l'on note , tel que
On a ainsi défini une application , et la relation voulue est vérifiée par construction.
Linéarité de . Soient et . Pour tout ,
Ceci valant pour tout , la séparation donne . Donc .
Unicité. Soient et deux endomorphismes vérifiant la relation. Pour tous , on a , donc pour tout , donc pour tout , c'est-à-dire .
Remarque
L'adjoint dépend du produit scalaire autant que de . Changer de produit scalaire sur le même espace change l'adjoint. C'est pourquoi l'on ne parle jamais de l'adjoint d'un endomorphisme d'un espace vectoriel « nu ».
Notez aussi la position des lettres : est du côté gauche, du côté droit. Par symétrie du produit scalaire, on a tout aussi bien pour tous , et il est utile de savoir passer d'une écriture à l'autre sans hésiter.
Matrice de l'adjoint en base orthonormée
Propriété
Soient une base orthonormée de et . Alors
Démonstration. Notons , et . La base étant orthonormée, la -ème coordonnée d'un vecteur est , donc
Or, par symétrie du produit scalaire puis par définition de l'adjoint,
Ainsi .
Remarque
On peut retrouver l'existence de l'adjoint par cette voie, ce qui donne une seconde démonstration entièrement matricielle. En base orthonormée, , donc
où est l'endomorphisme de matrice dans . Cette démonstration est plus rapide, mais elle masque le fait que l'adjoint est un objet intrinsèque, indépendant de la base choisie.
Attention : l'hypothèse « orthonormée » est indispensable. Dans une base quelconque, la matrice de n'est pas la transposée de celle de .
Propriétés algébriques de l'adjoint
Propriété
Soient et . Alors
De plus est bijectif si et seulement si l'est, et dans ce cas . Enfin
Démonstration. Toutes les identités se lisent sur la relation caractéristique, et l'unicité de l'adjoint permet de conclure à chaque fois.
Linéarité. Pour tous , , donc par unicité. Le cas de est identique.
Composée. Pour tous ,
L'unicité donne . L'ordre est inversé, exactement comme pour la transposition d'un produit de matrices.
Involution. Pour tous : , donc .
Inverse. Si est bijectif, appliquons l'adjoint aux relations et : on obtient et , donc est bijectif d'inverse .
Trace, déterminant, rang. En base orthonormée, , et une matrice et sa transposée ont même trace, même déterminant, même rang, et même polynôme caractéristique puisque .
Noyau, image et sous-espaces stables
C'est ici que l'adjoint devient un outil de géométrie et non plus seulement une transposée déguisée.
Propriété
Soit . Alors
Démonstration. Première égalité. Soit . On a la chaîne d'équivalences
la deuxième équivalence étant la séparation et la dernière traduisant que est exactement l'ensemble des .
Seconde égalité. Appliquons la première à l'endomorphisme : puisque , on obtient . En prenant l'orthogonal des deux membres et en utilisant , il vient .
Propriété
Stabilité et orthogonal. Soient et un sous-espace vectoriel de . Alors
Démonstration. Sens direct. Supposons et soit . Pour tout , on a , donc
puisque est orthogonal à tout vecteur de . Ainsi est orthogonal à tout , c'est-à-dire . Donc est stable par .
Réciproque. Supposons stable par . Le sens direct, appliqué à l'endomorphisme et au sous-espace , donne que est stable par .
Remarque
Ce résultat est le moteur de toutes les démonstrations par récurrence du chapitre. Dans les trois cas qui nous intéressent, il se lit de façon particulièrement simple :
- si (autoadjoint) : stable par entraîne stable par ;
- si (antisymétrique) : de même, puisque stable par équivaut à stable par ;
- si (isométrie) : voir la propriété dédiée en fin de section 4.
Exemple
Un adjoint calculé de deux façons. Munissons de son produit scalaire canonique et fixons et . Considérons
L'application est bien linéaire, car l'est.
Par la définition. Pour tous ,
Par unicité de l'adjoint, .
Par les matrices. La base canonique est orthonormée. On calcule , et , d'où
Et de fait, , , : les colonnes de sont bien les images par des vecteurs de la base.
Vérification des formules de la propriété. Ici et . On lit sur l'expression de que et , conformément au théorème. On vérifie au passage .
Endomorphismes autoadjoints
Définition et caractérisation matricielle
Définition
Un endomorphisme est dit autoadjoint, ou symétrique, lorsque , c'est-à-dire lorsque
Il est dit antisymétrique lorsque , c'est-à-dire lorsque pour tous . On note et les ensembles correspondants.
Propriété
Soit une base orthonormée de et de matrice dans . Alors
Démonstration. La matrice de dans est . Deux endomorphismes sont égaux si et seulement si leurs matrices dans une même base le sont, donc équivaut à , et équivaut à .
Propriété
Soit antisymétrique. Alors pour tout , et la seule valeur propre possible de est .
Soit autoadjoint tel que pour tout . Alors .
Démonstration. Cas antisymétrique. Pour , , donc . Si avec , alors , donc .
Cas autoadjoint. Soient . En développant et en utilisant :
Ainsi pour tout , donc pour tout .
Exemples fondamentaux
Propriété
Soit un sous-espace vectoriel de . La projection orthogonale et la symétrie orthogonale par rapport à sont des endomorphismes autoadjoints.
Réciproquement, si est un projecteur de (c'est-à-dire ) et si est autoadjoint, alors est la projection orthogonale sur .
Démonstration. Sens direct. Soient . Décomposons et avec . Comme et ,
car est orthogonal à . Le même calcul donne . Les deux quantités sont égales, donc . Pour , il suffit d'utiliser la linéarité de l'adjoint : .
Réciproque. Soit un projecteur autoadjoint. On sait que et que est la projection sur parallèlement à . Or d'après la section précédente : la direction de la projection est l'orthogonal de son image, c'est donc une projection orthogonale.
Exemple
Soit un vecteur unitaire de . La projection orthogonale sur la droite est , et la réflexion par rapport à l'hyperplan est
En effet, . On vérifie directement que pour et . Dans muni du produit scalaire canonique et en identifiant à une colonne unitaire, les matrices en base canonique sont et , qui sont bien symétriques.
L'espace et la décomposition de
Propriété
L'ensemble est un sous-espace vectoriel de de dimension , l'ensemble est un sous-espace vectoriel de dimension , et
Démonstration. Sous-espaces. L'application est linéaire de dans , donc et sont des sous-espaces vectoriels.
Somme directe. Si , alors , donc . De plus tout s'écrit
les appartenances se vérifiant en prenant l'adjoint de chaque terme et en utilisant .
Dimensions. Fixons une base orthonormée . L'application est un isomorphisme de sur qui envoie sur et sur . Or une matrice symétrique est déterminée par ses coefficients d'indices , au nombre de , et une matrice antisymétrique par ses coefficients d'indices , au nombre de . On retrouve .
Exemple
En dimension , une matrice antisymétrique s'écrit
ce qui redonne bien . On vérifie sur cette matrice que et que : en effet, le déterminant d'une matrice antisymétrique de taille impaire vérifie , donc . Un endomorphisme antisymétrique en dimension impaire n'est donc jamais bijectif.
Isométries vectorielles et groupe orthogonal
Définition et caractérisations
Définition
Un endomorphisme est une isométrie vectorielle (on dit aussi un automorphisme orthogonal) lorsque
L'ensemble des isométries vectorielles de est noté .
Propriété
Théorème de caractérisation. Soit . Les assertions suivantes sont équivalentes.
- conserve la norme : , .
- conserve le produit scalaire : , .
- .
- L'image par d'une base orthonormée de est une base orthonormée de .
- L'image par de toute base orthonormée de est une base orthonormée de .
De plus, une isométrie vectorielle est bijective, et .
Démonstration. (1) (2). C'est l'identité de polarisation. Pour tous ,
en utilisant la linéarité de . En appliquant (1) aux trois normes, cette quantité vaut .
(2) (3). La définition de l'adjoint, appliquée au vecteur , donne pour tous . L'hypothèse (2) fournit alors pour tout , d'où pour tout , c'est-à-dire .
(3) (1). Pour tout , , et les normes étant positives, .
(2) (5). Si est orthonormée, alors : la famille est orthonormée, donc libre, donc c'est une base puisqu'elle compte vecteurs.
(5) (4). Immédiat, une base orthonormée existe.
(4) (2). Soit une base orthonormée dont l'image est orthonormée. Pour et , la bilinéarité donne
Bijectivité. De (3) on tire que est injectif (si alors ), donc bijectif en dimension finie, et en composant par à droite, . Enfin , donc .
Remarque
Le point le plus remarquable est (1) (2) : conserver les longueurs entraîne conserver les angles. C'est la polarisation qui produit ce miracle, et elle sera réutilisée telle quelle dans les exercices.
Attention en revanche : la linéarité de est une hypothèse de tout ce théorème. Une application de dans qui conserve la norme n'a aucune raison d'être linéaire.
Le groupe orthogonal
Propriété
est un sous-groupe de , appelé groupe orthogonal de . Pour , , et l'ensemble
est un sous-groupe de , appelé groupe spécial orthogonal. Ses éléments sont les rotations de , les éléments de déterminant étant dits indirects.
Démonstration. Sous-groupe. , donc et d'après le théorème précédent. Si , alors pour tout , , donc ; et a déjà été établi.
Déterminant. De on tire , soit puisque . Donc .
Sous-groupe . Il contient et le déterminant est multiplicatif : si alors .
Matrices orthogonales
Définition
Une matrice est orthogonale lorsque . L'ensemble des matrices orthogonales est noté , et
Propriété
Soit . Les assertions suivantes sont équivalentes.
- , c'est-à-dire .
- est inversible et .
- .
- Les colonnes de forment une base orthonormée de pour le produit scalaire canonique.
- Les lignes de forment une base orthonormée de pour le produit scalaire canonique.
De plus est un sous-groupe de , et tout vérifie .
Enfin, si est une base orthonormée de et de matrice dans , alors si et seulement si .
Démonstration. (1) (2) (3). Si , alors est inversible (son déterminant est non nul car ) et en multipliant par à droite on obtient , d'où aussi . Les autres implications sont analogues.
(1) (4). Notons les colonnes de . Le coefficient d'indice de est pour le produit scalaire canonique. Dire que , c'est donc dire que : la famille des colonnes est orthonormée, donc libre, donc c'est une base de .
(3) (5). Même calcul appliqué à , dont le coefficient est le produit scalaire des lignes et .
Traduction en termes d'endomorphismes. Dans la base orthonormée , la matrice de est . Donc équivaut à .
Remarque
Deux pièges classiques. D'une part, n'entraîne pas que est orthogonale : la matrice a pour déterminant et ses colonnes ne sont pas orthogonales. D'autre part, le critère (4) porte sur les colonnes et impose qu'elles soient unitaires : une matrice à colonnes deux à deux orthogonales mais non unitaires n'est pas orthogonale.
Le critère (4) est celui que l'on utilise en pratique : pour vérifier qu'une matrice est orthogonale, on calcule les normes des colonnes et les produits scalaires deux à deux.
Changement de base orthonormée et orientation
Propriété
Soient une base orthonormée de , une base de et la matrice de passage de à . Alors
Dans ce cas, pour tout , .
Démonstration. Les colonnes de sont les colonnes des coordonnées des vecteurs de dans la base orthonormée . Puisque est orthonormée, le produit scalaire de deux vecteurs est le produit scalaire canonique de leurs colonnes de coordonnées. Dire que est orthonormée revient donc à dire que les colonnes de forment une famille orthonormée de , c'est-à-dire . La formule de changement de base est la formule usuelle, où se simplifie en .
Définition
Deux matrices et de sont dites orthogonalement semblables lorsqu'il existe telle que . C'est le changement de base entre deux bases orthonormées.
Orienter l'espace euclidien , c'est choisir une base orthonormée de référence, déclarée directe. Une base orthonormée est alors dite directe lorsque le déterminant de la matrice de passage vers vaut , et indirecte lorsqu'il vaut . Le déterminant d'une famille de vecteurs ne dépend alors pas de la base orthonormée directe choisie ; on le note .
Valeurs propres et sous-espaces stables d'une isométrie
Propriété
Soit .
- Les valeurs propres réelles de appartiennent à .
- Les sous-espaces et sont orthogonaux.
- Si est un sous-espace stable par , alors et est stable par . De plus, les endomorphismes induits par sur et sur sont des isométries de et de .
Démonstration. Point 1. Si avec , alors , donc puisque .
Point 2. Soient tel que et tel que . La conservation du produit scalaire donne , donc .
Point 3. L'endomorphisme est injectif, donc ; comme , l'égalité des dimensions donne . Soit maintenant et montrons . Soit : puisque , il existe tel que , et alors
car et . Donc .
Enfin, l'endomorphisme induit sur conserve la norme puisque la conserve : c'est une isométrie de , et de même sur .
Isométries du plan et de l'espace
Le cas de la dimension 2
Propriété
Description de . Soit . Alors il existe , unique modulo , tel que
Démonstration. Notons . La première colonne est unitaire : , donc il existe , unique modulo , tel que et . La seconde colonne est unitaire et orthogonale à la première : elle appartient à la droite orthogonale à , dirigée par le vecteur unitaire , donc vaut . Le signe donne et ; le signe donne et .
Propriété
Nature géométrique. Soit un plan euclidien orienté et une base orthonormée directe.
- Si de matrice dans , alors est la rotation d'angle . Sa matrice est la même dans toute base orthonormée directe, et . Elle n'a de valeur propre réelle que si .
- Si de matrice dans , alors est la réflexion par rapport à la droite . On a , , et est autoadjoint de valeurs propres et .
Démonstration. Rotations. Un calcul direct donne : le coefficient du produit est et le coefficient est , les deux autres s'en déduisant. En particulier est commutatif, donc la formule de changement de base vaut pour toute : l'angle d'une rotation plane ne dépend pas de la base orthonormée directe choisie. Le polynôme caractéristique de est , de discriminant , négatif sauf si .
Réflexions. On calcule , et est symétrique de trace nulle : ses valeurs propres sont et . Enfin, en notant ,
donc engendre l'espace propre associé à : est la réflexion d'axe .
Propriété
Composition en dimension 2. Avec , on a et
En particulier, la composée de deux réflexions est une rotation, et toute rotation est la composée de deux réflexions.
Démonstration. L'identité se vérifie en effectuant le produit. On calcule ensuite , les deux membres valant . Alors
puisque . Les deux autres formules s'obtiennent de la même manière.
| Forme matricielle | ||
| Nature | rotation d'angle | réflexion d'axe |
| Trace | ||
| Spectre réel | si | |
| Symétrique ? | seulement si | toujours |
La dimension 3 : rotations
Dans toute cette sous-section, est un espace euclidien orienté de dimension .
Propriété
Soit avec . Alors est valeur propre de . Si de plus , alors est une droite, appelée axe de , le plan est stable par , et il existe une base orthonormée directe avec unitaire dirigeant dans laquelle
On dit que est la rotation d'axe orienté par et d'angle . On a alors
Démonstration. Existence de la valeur propre . En utilisant , et :
Donc , ce qui prouve que n'est pas injectif : est valeur propre.
L'axe est une droite. Posons , de dimension , ou . Si alors , exclu. Si , alors est une droite stable par (point 3 de la propriété précédente), donc y agit par avec , et impose , donc , exclu à nouveau. Donc .
Forme matricielle. Soit un vecteur unitaire de . Le plan est stable par , et l'endomorphisme induit est une isométrie de . Son déterminant vérifie , donc : c'est une rotation plane. En choisissant base orthonormée de telle que soit directe, la matrice de dans est un , d'où la forme annoncée. La trace se lit immédiatement : .
Signe de l'angle. Soit non nul. Alors . Le déterminant dans la base orthonormée directe vaut, en développant selon la première colonne (les deux vecteurs et n'ont pas de composante sur ) :
soit .
Remarque
L'angle dépend de l'orientation choisie sur l'axe : remplacer par change en . C'est pourquoi on ne parle jamais de « l'angle » d'une rotation de l'espace sans préciser le vecteur qui oriente l'axe. En revanche, ne dépend pas de ce choix, puisque la trace n'en dépend pas.
Signalons aussi que la formule du signe reste valable pour un vecteur quelconque n'appartenant pas à l'axe : en écrivant avec , les termes contenant disparaissent du déterminant et il reste . Seul le signe nous intéresse en pratique, et l'on peut donc utiliser n'importe quel vecteur directeur de l'axe de même sens que , unitaire ou non.
La dimension 3 : antirotations
Propriété
Soit avec orienté. Alors , et il existe une droite dirigée par un vecteur unitaire , un réel et une base orthonormée directe tels que
Un tel endomorphisme est appelé antirotation : c'est la composée, commutative, de la rotation d'axe et d'angle et de la réflexion par rapport au plan . Deux cas particuliers :
- : est la réflexion , de matrice et de trace ;
- : , de trace .
Démonstration. Comme , , donc . D'après la sous-section précédente, si il existe une base orthonormée directe dans laquelle la matrice de est diagonale par blocs, de blocs et . La matrice de est alors son opposée :
En posant , on a et , et la matrice ci-dessus s'écrit exactement sous la forme annoncée. Le cas correspond à , déjà de la forme voulue avec . Enfin, le produit par blocs
montre la décomposition commutative annoncée.
Méthode : reconnaître une isométrie de l'espace
Méthode
Reconnaître une isométrie de à partir de sa matrice (base canonique, orientée par elle-même).
- Vérifier que est orthogonale : calculer les normes des trois colonnes et leurs trois produits scalaires deux à deux, ou bien effectuer le produit et constater qu'il vaut .
- Calculer . On obtient (rotation) ou (antirotation). Si le résultat n'est ni ni , c'est qu'une erreur a été commise à l'étape 1.
- Cas , axe. Si , c'est l'identité. Sinon, l'axe est , obtenu en résolvant le système , et l'on choisit un vecteur directeur qui orientera cet axe.
- Cas , angle. Il vérifie , ce qui détermine au signe près. Le signe se lit ensuite sur pour n'importe quel hors de l'axe : ce déterminant est du signe de .
- Cas . Si , c'est . Si est symétrique de trace , c'est la réflexion par rapport au plan . Sinon, on applique les étapes 3 et 4 à la matrice , qui est une rotation d'axe et d'angle : alors est l'antirotation d'axe et d'angle , composée de la rotation d'axe et d'angle et de la réflexion par rapport à . On peut contrôler avec .
- Conclure par une phrase géométrique : nature, axe (ou plan), angle avec son orientation.
Exemple
Une rotation entièrement identifiée. Soit
Étape 1. Les colonnes sont , , . On a , et de même . Puis
Donc .
Étape 2. En développant selon la première ligne,
donc : c'est une rotation.
Étape 3. Le système s'écrit , soit avec
La première ligne donne . En reportant dans la deuxième : , donc , puis . La troisième ligne est alors vérifiée : . L'axe est donc
Étape 4, valeur de l'angle. , donc et .
Étape 4, signe de l'angle. Prenons , qui n'est pas sur l'axe. Alors et
en développant selon la deuxième colonne. Donc .
Conclusion. est la matrice de la rotation d'axe orienté par , et d'angle .
Contrôle. Les valeurs propres complexes doivent être , , , donc . On retrouve bien et .
Exemple
Une antirotation, en réutilisant le calcul précédent. Soit avec le ci-dessus, c'est-à-dire
La matrice est orthogonale (ses colonnes sont les opposées de celles de ) et . Comme est la rotation d'axe orienté par et d'angle , la matrice est l'antirotation de même axe et d'angle , c'est-à-dire la composée de la rotation d'angle autour de et de la réflexion par rapport au plan d'équation .
Contrôle. , et la formule donne .
Réduction des isométries vectorielles
Existence d'une droite ou d'un plan stable
Propriété
Lemme. Soient un -espace vectoriel de dimension et . Alors possède un sous-espace stable par de dimension ou .
Démonstration. Soit non nul. La famille compte vecteurs dans un espace de dimension : elle est liée. Il existe donc des réels non tous nuls tels que , c'est-à-dire avec non nul. Le polynôme n'est pas constant : sinon et donnerait .
Décomposons en produit de facteurs irréductibles unitaires de : avec , chaque étant de degré ou , puisque ce sont les seuls polynômes irréductibles de . Posons et, pour décroissant de à , . Par construction , tandis que .
Soit le plus petit indice tel que . Il existe car , et car ; par minimalité, . Posons et , de sorte que .
Si , écrivons : alors et la droite est stable par .
Si , écrivons sans racine réelle. Alors . Le sous-espace vérifie et , donc est stable par et . Si l'on avait , alors pour un réel , et donnerait , ce qui contredit l'absence de racine réelle. Donc .
Le théorème de réduction
Propriété
Réduction d'une isométrie en base orthonormée. Soient un espace euclidien de dimension et . Il existe une base orthonormée de dans laquelle la matrice de est diagonale par blocs
avec et , les blocs absents étant simplement omis. Matriciellement : toute matrice de est orthogonalement semblable à une matrice de cette forme.
Démonstration. Par récurrence forte sur .
Initialisation. Si , alors avec d'après la contrainte , et la matrice dans une base orthonormée (c'est-à-dire un vecteur unitaire) est ou : forme voulue avec ou .
Hérédité. Soit et supposons le résultat acquis en toute dimension strictement inférieure. D'après le lemme, il existe un sous-espace stable par avec . D'après la propriété de stabilité des isométries, est stable et les endomorphismes induits et sont des isométries de et de .
Traitons d'abord .
- Si , alors avec : dans une base orthonormée de , la matrice est le bloc ou .
- Si , alors la matrice de dans une base orthonormée de appartient à , donc vaut ou . Dans le cas , est une réflexion du plan , diagonalisable en base orthonormée de valeurs propres et : on obtient deux blocs et . Dans le cas : si , la matrice est , soit deux blocs ; si , elle vaut , soit deux blocs ; sinon, quitte à échanger les deux vecteurs de la base orthonormée de , ce qui remplace par , on peut supposer , c'est-à-dire .
Dans tous les cas, on dispose d'une base orthonormée de dans laquelle la matrice de est de la forme voulue. Passons à , de dimension , strictement inférieure à . Si , il n'y a rien à faire. Sinon, l'hypothèse de récurrence s'applique et fournit une base orthonormée de dans laquelle la matrice de est de la forme voulue.
Comme avec , la concaténation des deux bases est une base orthonormée de , et la matrice de dans est diagonale par blocs, faite de blocs , et avec . Il reste à réordonner les vecteurs de pour regrouper les blocs en et les blocs en , ce qui ne change ni le caractère orthonormé de la base ni la nature des blocs.
Remarque
Les entiers et ne dépendent pas de la base choisie : comme avec n'admet pas de valeur propre réelle, la lecture de la forme réduite donne
Le sens géométrique de ce théorème mérite d'être retenu : une isométrie vectorielle décompose l'espace en une somme directe orthogonale de droites (sur lesquelles elle agit par ) et de plans (dans lesquels elle agit par une rotation). Il n'y a rien d'autre.
Propriété
Relecture des petites dimensions. En dimension , la forme réduite est , , avec , ou : on retrouve exactement rotations et réflexions.
En dimension , la contrainte et laissent les seules possibilités suivantes.
| Forme réduite | Nature | |
|---|---|---|
| identité | ||
| demi-tour d'axe | ||
| blocs et , | rotation d'axe et d'angle | |
| réflexion par rapport à un plan | ||
| blocs et , | antirotation |
Le théorème spectral
Les valeurs propres d'un autoadjoint sont réelles
Propriété
Soit . Alors toutes les racines complexes de sont réelles. En particulier, est scindé sur et possède au moins une valeur propre réelle.
Démonstration. Considérons comme une matrice de et soit une racine de . Il existe une colonne non nulle telle que . Notons la colonne dont les coefficients sont les conjugués de ceux de . Comme est à coefficients réels, la conjugaison de la relation donne .
Posons , qui est un réel strictement positif puisque . Calculons le nombre complexe de deux manières.
D'une part, .
D'autre part, est une matrice de taille , donc égale à sa transposée :
où l'on a utilisé la symétrie puis .
Ainsi avec , donc , c'est-à-dire . Le polynôme étant scindé sur et toutes ses racines étant réelles, il est scindé sur ; comme , il possède au moins une racine, qui est une valeur propre réelle de .
Remarque
Le calcul ci-dessus utilise des vecteurs à coefficients complexes uniquement comme intermédiaire technique : le résultat, lui, ne parle que de nombres réels. L'énoncé équivalent pour un endomorphisme est immédiat : si , alors, sa matrice en base orthonormée étant symétrique réelle, est scindé sur et possède au moins une valeur propre réelle.
Orthogonalité des sous-espaces propres
Propriété
Soit autoadjoint. Les sous-espaces propres de sont deux à deux orthogonaux : si sont deux valeurs propres de , alors .
Démonstration. Soient et . Le caractère autoadjoint donne
donc . Comme , il vient .
Le théorème spectral
Propriété
Théorème spectral, forme géométrique. Soit un endomorphisme autoadjoint d'un espace euclidien de dimension . Alors il existe une base orthonormée de formée de vecteurs propres de . Autrement dit, est diagonalisable et
cette somme directe étant orthogonale.
Démonstration. Par récurrence sur .
Initialisation. Si , tout vecteur unitaire de engendre , et est colinéaire à : est une base orthonormée de vecteurs propres.
Hérédité. Soit et supposons le résultat vrai pour tout espace euclidien de dimension . Soit avec . D'après la sous-section précédente, possède une valeur propre réelle ; soit un vecteur propre associé, que l'on choisit unitaire (quitte à diviser par sa norme).
La droite est stable par . Comme , la propriété de stabilité de la section 2 assure que est stable par . Notons l'endomorphisme induit par sur , qui est un espace euclidien de dimension pour le produit scalaire restreint. Cet endomorphisme est autoadjoint : pour tous ,
Par hypothèse de récurrence, il existe une base orthonormée de formée de vecteurs propres de , donc de .
Enfin, et , donc est une base orthonormée de formée de vecteurs propres de . L'orthogonalité de la somme des sous-espaces propres a été établie à la sous-section précédente.
Propriété
Théorème spectral, forme matricielle. Soit . Alors
Autrement dit, une matrice symétrique réelle est orthogonalement semblable à une matrice diagonale réelle, et réciproquement.
Démonstration. Sens direct. Munissons du produit scalaire canonique et notons l'endomorphisme canoniquement associé à . La base canonique étant orthonormée et symétrique, est autoadjoint. Le théorème spectral fournit une base orthonormée de vecteurs propres. La matrice de passage de la base canonique à est orthogonale, et la formule de changement de base donne diagonale, soit .
Réciproque. Si avec orthogonale et diagonale réelle, alors
puisqu'une matrice diagonale est symétrique. Donc .
Remarque
Trois conséquences à connaître par cœur.
Une matrice symétrique réelle est toujours diagonalisable sur , sans aucune hypothèse sur ses valeurs propres. C'est faux pour une matrice quelconque, et c'est même faux pour une matrice complexe symétrique.
La matrice de passage étant orthogonale, son inverse est sa transposée : on n'a jamais de système à résoudre pour inverser . C'est le principal intérêt pratique du théorème.
Enfin, la réciproque montre que le théorème spectral est une caractérisation : les matrices orthogonalement semblables à une matrice diagonale sont exactement les matrices symétriques.
Méthode et exemple
Méthode
Diagonaliser une matrice symétrique en base orthonormée.
- Vérifier que est symétrique : c'est la seule hypothèse, et elle garantit à elle seule la réussite de la méthode.
- Calculer et ses racines, toutes réelles. Contrôler avec et , multiplicités comprises.
- Pour chaque valeur propre , résoudre pour obtenir une base de . La somme des dimensions doit valoir : sinon il y a une erreur, puisque est diagonalisable.
- Orthonormaliser à l'intérieur de chaque sous-espace propre par Gram-Schmidt. Inutile de s'occuper des vecteurs de sous-espaces propres différents : ils sont automatiquement orthogonaux.
- Former en juxtaposant les colonnes obtenues, dans l'ordre choisi pour . Vérifier , puis conclure .
Exemple
Diagonalisation orthogonale d'une matrice à valeur propre double. Soit
Polynôme caractéristique. On calcule . Effectuons puis :
En développant selon la deuxième colonne, il ne reste que le terme d'indice :
Contrôle. et .
Sous-espace propre associé à . On a , de rang : le système se réduit à , donc
Une base en est et , qui vérifient bien l'équation.
Sous-espace propre associé à . Il est de dimension et orthogonal à , donc dirigé par le vecteur normal au plan , c'est-à-dire . Vérification directe : la première ligne de appliquée à donne , la deuxième , la troisième . Donc .
Orthonormalisation dans . Les vecteurs et ne sont pas orthogonaux : . On pose
et l'on préfère le vecteur colinéaire . Contrôles : et , donc . Les normes valent , et .
Conclusion. La base définie par
est orthonormée (on vérifie et ), et avec
on a .
Endomorphismes autoadjoints positifs et définis positifs
Définitions
Définition
Soit un endomorphisme autoadjoint. On dit que est
- positif lorsque pour tout ;
- défini positif lorsque pour tout non nul.
Matriciellement, pour :
Remarque
La symétrie fait partie de la définition : on ne dit jamais d'un endomorphisme non autoadjoint qu'il est positif. Notez aussi que n'est pas un sous-espace vectoriel de , puisqu'il n'est pas stable par multiplication par , mais qu'il est stable par somme et par multiplication par un réel positif.
Caractérisation par le spectre
Propriété
Soit . Alors
En particulier, est défini positif si et seulement s'il est positif et bijectif.
Démonstration. Sens direct. Soit et un vecteur propre associé, non nul. Alors
Si est positif, ce nombre est positif et , donc . S'il est défini positif, ce nombre est strictement positif, donc .
Réciproque. D'après le théorème spectral, il existe une base orthonormée de vecteurs propres, . Pour , la bilinéarité et l'orthonormalité donnent
Si tous les sont positifs, cette somme est positive. S'ils sont tous strictement positifs et si , l'un au moins des est non nul et la somme est strictement positive.
Dernière équivalence. Un endomorphisme diagonalisable est bijectif si et seulement si n'est pas valeur propre.
Deux familles d'exemples
Propriété
- Pour tout , l'endomorphisme est autoadjoint positif, et il est défini positif si et seulement si est bijectif. Matriciellement, pour toute .
- Toute matrice de Gram est symétrique positive, et elle est définie positive si et seulement si la famille est libre.
Démonstration. Point 1. L'endomorphisme est autoadjoint car . De plus, pour tout ,
Cette quantité est nulle si et seulement si . Elle est donc strictement positive pour tout si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si est bijectif.
Point 2. La matrice est symétrique par symétrie du produit scalaire, et l'on a établi en section 1 que pour . Cette quantité est nulle si et seulement si ; elle est donc strictement positive pour tout si et seulement si la seule combinaison linéaire nulle est la combinaison triviale, c'est-à-dire si et seulement si la famille est libre.
Racine carrée d'un autoadjoint positif
Propriété
Soit un endomorphisme autoadjoint positif de . Il existe un unique endomorphisme autoadjoint positif tel que . On l'appelle la racine carrée de .
Démonstration de l'existence. D'après le théorème spectral, il existe une base orthonormée et des réels tels que ; la caractérisation par le spectre donne , donc a un sens. Définissons comme l'unique endomorphisme vérifiant
Sa matrice dans la base orthonormée est , qui est symétrique : est autoadjoint. Ses valeurs propres sont positives, donc est positif. Enfin pour tout , et deux endomorphismes qui coïncident sur une base sont égaux : .
Remarque
L'unicité, dont la démonstration n'est pas exigible, se démontre ainsi. Soit autoadjoint positif avec . Alors , donc commute avec et stabilise donc chaque sous-espace propre . L'endomorphisme induit par sur est autoadjoint positif et son carré vaut ; étant diagonalisable à valeurs propres positives de carré , toutes ses valeurs propres valent , donc il vaut . Ainsi agit comme sur chaque : il est entièrement déterminé.
Exemple
Une racine carrée calculée. Soit , symétrique. Ses valeurs propres sont et , associées aux vecteurs propres orthogonaux et : en effet et . Elles sont strictement positives, donc .
Avec , on a , donc la racine carrée est
Vérification. , et est bien symétrique de valeurs propres et , strictement positives.
Encadrement de
Propriété
Soit autoadjoint, de valeurs propres répétées selon leur multiplicité. Posons et . Alors
et ces deux bornes sont atteintes : l'égalité de droite a lieu si et seulement si , celle de gauche si et seulement si .
Démonstration. Soit une base orthonormée de vecteurs propres, , donnée par le théorème spectral. Pour , on a vu que
Comme pour tout et ,
ce qui donne la majoration. La minoration s'obtient de même avec .
Cas d'égalité à droite. La somme ci-dessus est une somme de termes positifs ; elle est nulle si et seulement si chaque terme l'est, c'est-à-dire si pour tout indice tel que . Cela signifie exactement que appartient au sous-espace engendré par les associés à , c'est-à-dire . Le raisonnement est identique à gauche. En particulier, en prenant pour un vecteur propre unitaire associé à , on obtient : la borne est atteinte.
Remarque
Pour , l'encadrement se réécrit
et le quotient central, appelé quotient de Rayleigh, prend donc toutes ses valeurs entre la plus petite et la plus grande valeur propre. C'est l'outil standard pour majorer ou minorer une expression du type où est symétrique : une telle expression vaut , et il suffit de connaître les valeurs propres extrêmes de .
Exemple
Reprenons , dont on a établi que le spectre est . Pour toute colonne ,
et l'encadrement donne, sans aucun calcul supplémentaire,
La borne de gauche est atteinte sur le plan , celle de droite sur la droite . Au passage, est définie positive puisque ses valeurs propres et sont strictement positives.
Tableau récapitulatif
Les quatre familles étudiées se définissent toutes par une relation entre et son adjoint. Voici ce qu'il faut savoir restituer immédiatement, désignant toujours une base orthonormée et .
| Famille | Relation | Matrice | Spectre réel | Forme réduite en base orthonormée |
|---|---|---|---|---|
| Isométries | ||||
| Autoadjoints | , diagonalisable | , | ||
| Autoadjoints positifs | et | , | ||
| Antisymétriques | diagonalisable seulement si |
Trois remarques pour finir.
Les autoadjoints définis positifs sont exactement les autoadjoints positifs bijectifs, et matriciellement . Ce sont aussi, précisément, les matrices des produits scalaires : si , l'application est un produit scalaire sur .
Les intersections entre familles sont instructives. Une isométrie autoadjointe vérifie et est diagonalisable de valeurs propres dans : c'est exactement une symétrie orthogonale. Une isométrie autoadjointe positive n'a que la valeur propre : c'est . Un endomorphisme à la fois autoadjoint et antisymétrique est nul.
Enfin, la stratégie de démonstration est la même partout dans ce chapitre, et c'est elle qu'il faut avoir en tête devant un exercice inconnu : trouver un sous-espace stable de petite dimension, utiliser que son orthogonal est stable lui aussi, appliquer l'hypothèse de récurrence à l'endomorphisme induit, puis recoller les bases orthonormées.
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