MP · Chapitre 03

Endomorphismes d'un espace euclidien

Adjoint, matrices orthogonales, isométries vectorielles et leur réduction, théorème spectral, endomorphismes autoadjoints positifs et définis positifs.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Adjoint
  • Matrices orthogonales
  • Isométries vectorielles et leur réduction
  • Théorème spectral
  • Endomorphismes autoadjoints positifs et définis positifs

En première année, le produit scalaire a servi à mesurer : longueurs, angles, distances à un sous-espace. L'objet central était le vecteur. Cette année, l'objet central devient l'endomorphisme, et la question change de nature : que devient l'algèbre linéaire lorsque l'espace est muni d'un produit scalaire ?

La réponse tient en une construction et deux théorèmes. La construction est celle de l'adjoint u, un endomorphisme fabriqué à partir de u et du produit scalaire, dont la matrice en base orthonormée est simplement la transposée de celle de u. C'est peu de chose, et pourtant tout le chapitre en découle : chaque famille remarquable d'endomorphismes se définit par une relation entre u et u. Si u=u, on parle d'endomorphisme autoadjoint ; si u=u1, d'isométrie vectorielle ; si u=u, d'endomorphisme antisymétrique.

Les deux théorèmes disent que ces familles se réduisent parfaitement. Le théorème spectral affirme qu'un endomorphisme autoadjoint est diagonalisable dans une base orthonormée : non seulement il existe une base de vecteurs propres, mais on peut la choisir orthonormée, ce qui est un luxe considérable puisque la matrice de passage est alors orthogonale et son inverse se lit sans calcul. Le théorème de réduction des isométries affirme qu'une isométrie vectorielle s'écrit, dans une base orthonormée bien choisie, comme un empilement de blocs 1, de blocs 1 et de rotations planes : une isométrie n'est rien d'autre que des rotations effectuées simultanément dans des plans deux à deux orthogonaux.

Entre les deux, une section entière est consacrée aux dimensions 2 et 3, où la classification est complète et où l'on sait reconnaître, à partir d'une matrice orthogonale, l'axe et l'angle d'une rotation. C'est le passage le plus calculatoire du chapitre, et le plus fréquemment posé à l'oral.

Les notations suivantes valent partout. L'espace E est un espace euclidien de dimension n1, son produit scalaire est noté x,y et sa norme x=x,x. On note L(E) l'ensemble des endomorphismes de E, IdE l'identité, Mn(R) les matrices carrées réelles de taille n, In la matrice identité, GLn(R) le groupe des matrices inversibles. La transposée de A est notée A, l'adjoint de u est noté u. Les matrices symétriques forment Sn(R), les antisymétriques An(R). Une base est notée B=(e1,,en) et la matrice de u dans B est MatB(u). On conserve Sp(u), tr, rg, Vect, Ker, Im, det, dim. La projection orthogonale sur F est pF, la réflexion par rapport à l'hyperplan H est sH, et l'on pose une fois pour toutes

Rθ=(cosθsinθsinθcosθ).

Un mot de vigilance avant de commencer. Presque tous les énoncés du chapitre comportent l'hypothèse « en base orthonormée », et cette hypothèse n'est jamais décorative : la matrice de u n'est la transposée de celle de u que dans une base orthonormée, et un endomorphisme dont la matrice est symétrique dans une base quelconque n'a aucune raison d'être autoadjoint. Chaque fois que vous écrirez une matrice dans ce chapitre, demandez-vous dans quelle base.

Rappels de première année

Espace euclidien, norme, orthogonalité

Définition

Un espace euclidien est un R-espace vectoriel E de dimension finie muni d'un produit scalaire ,, c'est-à-dire d'une forme bilinéaire symétrique définie positive. La norme euclidienne associée est x=x,x.

Deux vecteurs x et y sont orthogonaux lorsque x,y=0, ce que l'on note xy. L'orthogonal d'une partie A de E est le sous-espace

A={xE  ;  aA, x,a=0}.

Propriété

Résultats supposés connus. Soient E un espace euclidien de dimension n et x,yE.

  1. Inégalité de Cauchy-Schwarz : x,yxy, avec égalité si et seulement si la famille (x,y) est liée.
  2. Identité de polarisation : x,y=12(x+y2x2y2).
  3. Théorème de Pythagore : xy si et seulement si x+y2=x2+y2.
  4. Séparation : si x,z=0 pour tout zE, alors x=0E.
  5. Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre.

Remarque

Le point 4 est l'outil de démonstration le plus utilisé du chapitre, et il mérite d'être formulé sous la forme sous laquelle il servira : si a,z=b,z pour tout zE, alors a=b. Il suffit d'appliquer la séparation à ab. Chaque fois qu'un objet sera défini par une relation du type « pour tout z, φ(y),z= », c'est ce résultat qui garantira l'unicité.

L'identité de polarisation dit quant à elle que la norme détermine entièrement le produit scalaire. C'est elle qui permettra de démontrer qu'un endomorphisme qui conserve les longueurs conserve automatiquement les angles.

Bases orthonormées et calcul en coordonnées

Propriété

Tout espace euclidien E de dimension n1 possède une base orthonormée, et le procédé de Gram-Schmidt permet d'en construire une à partir de n'importe quelle base. Plus généralement, toute famille orthonormée de E se complète en une base orthonormée de E.

Soit B=(e1,,en) une base orthonormée de E. Alors pour tous x,yE, de matrices colonnes X et Y dans B :

x=i=1nx,eiei,x,y=i=1nxiyi=XY,x2=i=1nxi2=XX.

Remarque

La formule x,y=XY est fausse dans une base quelconque : elle caractérise même les bases orthonormées. C'est la raison pour laquelle tout ce chapitre travaille en base orthonormée, et c'est aussi la raison pour laquelle la transposition, qui est une opération purement matricielle, va acquérir un sens géométrique.

Projection orthogonale et distance à un sous-espace

Propriété

Soit F un sous-espace vectoriel de l'espace euclidien E. Alors

E=FF,dimF=ndimF,(F)=F.

La projection sur F parallèlement à F est appelée projection orthogonale sur F et notée pF. Si (f1,,fp) est une base orthonormée de F, alors

pF(x)=k=1px,fkfk.

Enfin, la distance de x à F vaut d(x,F)=xpF(x), et cette distance est atteinte en l'unique point pF(x) de F.

Matrice de Gram

Définition

Soient x1,,xp des vecteurs de E. La matrice de Gram de la famille est la matrice carrée de taille p

G(x1,,xp)=(xi,xj)1i,jpSp(R),

et son déterminant est appelé déterminant de Gram, noté γ(x1,,xp)=detG(x1,,xp).

Propriété

Avec les notations précédentes, pour toute colonne X=(λ1,,λp)Mp,1(R),

XG(x1,,xp)X=i=1pλixi2.

En particulier γ(x1,,xp)0, avec γ(x1,,xp)=0 si et seulement si la famille (x1,,xp) est liée.

De plus, si (x1,,xp) est libre et si F=Vect(x1,,xp), alors pour tout xE

d(x,F)2=γ(x1,,xp,x)γ(x1,,xp).

Démonstration. Identité de départ. Par bilinéarité,

XGX=i=1pj=1pλiλjxi,xj=i=1pλixi, j=1pλjxj=i=1pλixi2.

Formule de la distance. Posons h=xpF(x), de sorte que hF et d(x,F)=h. Écrivons pF(x)=i=1pαixi. Dans la matrice G(x1,,xp,x), retranchons à la dernière colonne la combinaison i=1pαiCi : cette opération ne change pas le déterminant. Pour jp, le coefficient de la ligne j devient

xj,xi=1pαixj,xi=xj,xpF(x)=xj,h=0,

et celui de la dernière ligne devient x,xi=1pαix,xi=x,h=pF(x)+h,h=h2. En développant selon cette dernière colonne, il ne reste qu'un terme :

γ(x1,,xp,x)=h2γ(x1,,xp),

d'où la formule annoncée puisque γ(x1,,xp)0 pour une famille libre.

L'adjoint d'un endomorphisme

Le théorème de représentation des formes linéaires

Tout part du résultat suivant, qui exprime que le produit scalaire identifie E à son dual.

Propriété

Représentation des formes linéaires. Soit E un espace euclidien. Pour toute forme linéaire φ sur E, il existe un unique vecteur aE tel que

xE,φ(x)=x,a.

Démonstration. Existence. Soit B=(e1,,en) une base orthonormée de E et posons a=i=1nφ(ei)ei. Pour x=i=1nxiei, la linéarité de φ donne φ(x)=i=1nxiφ(ei), tandis que le calcul du produit scalaire en base orthonormée donne x,a=i=1nxiφ(ei). Les deux quantités coïncident.

Unicité. Si a et b conviennent, alors x,ab=0 pour tout xE, donc ab=0E par séparation.

Existence et unicité de l'adjoint

Propriété

Théorème de l'adjoint. Soient E un espace euclidien et uL(E). Il existe un unique endomorphisme u de E tel que

(x,y)E2,u(x),y=x,u(y).

Cet endomorphisme est appelé l'adjoint de u.

Démonstration. Construction. Fixons yE. L'application φy:xu(x),y est une forme linéaire sur E, comme composée de l'application linéaire u et de la forme linéaire ,y. D'après le théorème de représentation, il existe un unique vecteur, que l'on note u(y), tel que

xE,u(x),y=x,u(y).

On a ainsi défini une application u:EE, et la relation voulue est vérifiée par construction.

Linéarité de u. Soient y,zE et λR. Pour tout xE,

x,u(y+λz)=u(x),y+λz=u(x),y+λu(x),z=x,u(y)+λx,u(z)=x,u(y)+λu(z).

Ceci valant pour tout x, la séparation donne u(y+λz)=u(y)+λu(z). Donc uL(E).

Unicité. Soient v et w deux endomorphismes vérifiant la relation. Pour tous x,y, on a x,v(y)=u(x),y=x,w(y), donc x,v(y)w(y)=0 pour tout x, donc v(y)=w(y) pour tout y, c'est-à-dire v=w.

Remarque

L'adjoint dépend du produit scalaire autant que de u. Changer de produit scalaire sur le même espace change l'adjoint. C'est pourquoi l'on ne parle jamais de l'adjoint d'un endomorphisme d'un espace vectoriel « nu ».

Notez aussi la position des lettres : u est du côté gauche, u du côté droit. Par symétrie du produit scalaire, on a tout aussi bien u(x),y=x,u(y) pour tous x,y, et il est utile de savoir passer d'une écriture à l'autre sans hésiter.

Matrice de l'adjoint en base orthonormée

Propriété

Soient B une base orthonormée de E et uL(E). Alors

MatB(u)=(MatB(u)).

Démonstration. Notons B=(e1,,en), A=(ai,j)=MatB(u) et B=(bi,j)=MatB(u). La base étant orthonormée, la i-ème coordonnée d'un vecteur z est z,ei, donc

ai,j=u(ej),eietbi,j=u(ej),ei.

Or, par symétrie du produit scalaire puis par définition de l'adjoint,

bi,j=u(ej),ei=ei,u(ej)=u(ei),ej=aj,i.

Ainsi B=A.

Remarque

On peut retrouver l'existence de l'adjoint par cette voie, ce qui donne une seconde démonstration entièrement matricielle. En base orthonormée, x,y=XY, donc

u(x),y=(AX)Y=XAY=x,v(y)

v est l'endomorphisme de matrice A dans B. Cette démonstration est plus rapide, mais elle masque le fait que l'adjoint est un objet intrinsèque, indépendant de la base choisie.

Attention : l'hypothèse « B orthonormée » est indispensable. Dans une base quelconque, la matrice de u n'est pas la transposée de celle de u.

Propriétés algébriques de l'adjoint

Propriété

Soient u,vL(E) et λR. Alors

(u+v)=u+v,(λu)=λu,(uv)=vu,(u)=u,(IdE)=IdE.

De plus u est bijectif si et seulement si u l'est, et dans ce cas (u1)=(u)1. Enfin

tr(u)=tr(u),det(u)=det(u),χu=χu,rg(u)=rg(u).

Démonstration. Toutes les identités se lisent sur la relation caractéristique, et l'unicité de l'adjoint permet de conclure à chaque fois.

Linéarité. Pour tous x,y, u(x)+v(x),y=x,u(y)+x,v(y)=x,(u+v)(y), donc (u+v)=u+v par unicité. Le cas de λu est identique.

Composée. Pour tous x,y,

(uv)(x),y=u(v(x)),y=v(x),u(y)=x,v(u(y))=x,(vu)(y).

L'unicité donne (uv)=vu. L'ordre est inversé, exactement comme pour la transposition d'un produit de matrices.

Involution. Pour tous x,y : u(x),y=y,u(x)=u(y),x=x,u(y), donc (u)=u.

Inverse. Si u est bijectif, appliquons l'adjoint aux relations uu1=IdE et u1u=IdE : on obtient (u1)u=IdE et u(u1)=IdE, donc u est bijectif d'inverse (u1).

Trace, déterminant, rang. En base orthonormée, Mat(u)=A, et une matrice et sa transposée ont même trace, même déterminant, même rang, et même polynôme caractéristique puisque det(XInA)=det((XInA))=det(XInA).

Noyau, image et sous-espaces stables

C'est ici que l'adjoint devient un outil de géométrie et non plus seulement une transposée déguisée.

Propriété

Soit uL(E). Alors

Keru=(Imu)etImu=(Keru).

Démonstration. Première égalité. Soit yE. On a la chaîne d'équivalences

yKeru    u(y)=0E    xE, x,u(y)=0    xE, u(x),y=0    y(Imu),

la deuxième équivalence étant la séparation et la dernière traduisant que Imu est exactement l'ensemble des u(x).

Seconde égalité. Appliquons la première à l'endomorphisme u : puisque (u)=u, on obtient Keru=(Imu). En prenant l'orthogonal des deux membres et en utilisant (F)=F, il vient (Keru)=Imu.

Propriété

Stabilité et orthogonal. Soient uL(E) et F un sous-espace vectoriel de E. Alors

F est stable par u    F est stable par u.

Démonstration. Sens direct. Supposons u(F)F et soit yF. Pour tout xF, on a u(x)F, donc

x,u(y)=u(x),y=0

puisque y est orthogonal à tout vecteur de F. Ainsi u(y) est orthogonal à tout xF, c'est-à-dire u(y)F. Donc F est stable par u.

Réciproque. Supposons F stable par u. Le sens direct, appliqué à l'endomorphisme u et au sous-espace F, donne que (F)=F est stable par (u)=u.

Remarque

Ce résultat est le moteur de toutes les démonstrations par récurrence du chapitre. Dans les trois cas qui nous intéressent, il se lit de façon particulièrement simple :

  • si u=u (autoadjoint) : F stable par u entraîne F stable par u ;
  • si u=u (antisymétrique) : de même, puisque F stable par u équivaut à F stable par u ;
  • si u=u1 (isométrie) : voir la propriété dédiée en fin de section 4.

Exemple

Un adjoint calculé de deux façons. Munissons E=R3 de son produit scalaire canonique et fixons a=(1,0,1) et b=(0,1,1). Considérons

u:xx,ab.

L'application u est bien linéaire, car xx,a l'est.

Par la définition. Pour tous x,yR3,

u(x),y=x,ab,y=x, y,ba.

Par unicité de l'adjoint, u:yy,ba.

Par les matrices. La base canonique est orthonormée. On calcule u(e1)=1b=(0,1,1), u(e2)=0b=(0,0,0) et u(e3)=1b=(0,1,1), d'où

A=(000101101),A=(011000011).

Et de fait, u(e1)=e1,ba=0, u(e2)=1a=(1,0,1), u(e3)=1a=(1,0,1) : les colonnes de A sont bien les images par u des vecteurs de la base.

Vérification des formules de la propriété. Ici Imu=Vect(b) et Keru=a. On lit sur l'expression de u que Keru=b=(Imu) et Imu=Vect(a)=(Keru), conformément au théorème. On vérifie au passage rg(u)=rg(u)=1.

Endomorphismes autoadjoints

Définition et caractérisation matricielle

Définition

Un endomorphisme uL(E) est dit autoadjoint, ou symétrique, lorsque u=u, c'est-à-dire lorsque

(x,y)E2,u(x),y=x,u(y).

Il est dit antisymétrique lorsque u=u, c'est-à-dire lorsque u(x),y=x,u(y) pour tous x,y. On note S(E) et A(E) les ensembles correspondants.

Propriété

Soit B une base orthonormée de E et uL(E) de matrice A dans B. Alors

uS(E)    ASn(R)etuA(E)    AAn(R).

Démonstration. La matrice de u dans B est A. Deux endomorphismes sont égaux si et seulement si leurs matrices dans une même base le sont, donc u=u équivaut à A=A, et u=u équivaut à A=A.

Propriété

Soit uA(E) antisymétrique. Alors u(x),x=0 pour tout xE, et la seule valeur propre possible de u est 0.

Soit uS(E) autoadjoint tel que u(x),x=0 pour tout xE. Alors u=0.

Démonstration. Cas antisymétrique. Pour xE, u(x),x=x,u(x)=x,u(x)=u(x),x, donc 2u(x),x=0. Si u(x)=λx avec x0E, alors 0=u(x),x=λx2, donc λ=0.

Cas autoadjoint. Soient x,yE. En développant u(x+y),x+y=0 et en utilisant u(y),x=y,u(x)=u(x),y :

0=u(x),x+u(x),y+u(y),x+u(y),y=2u(x),y.

Ainsi u(x),y=0 pour tout y, donc u(x)=0E pour tout x.

Exemples fondamentaux

Propriété

Soit F un sous-espace vectoriel de E. La projection orthogonale pF et la symétrie orthogonale sF=2pFIdE par rapport à F sont des endomorphismes autoadjoints.

Réciproquement, si p est un projecteur de E (c'est-à-dire pp=p) et si p est autoadjoint, alors p est la projection orthogonale sur Imp.

Démonstration. Sens direct. Soient x,yE. Décomposons x=pF(x)+x et y=pF(y)+y avec x,yF. Comme pF(y)F et xF,

pF(x),y=pF(x),pF(y)+y=pF(x),pF(y),

car pF(x)F est orthogonal à yF. Le même calcul donne x,pF(y)=pF(x),pF(y). Les deux quantités sont égales, donc pF=pF. Pour sF=2pFIdE, il suffit d'utiliser la linéarité de l'adjoint : sF=2pFIdE=sF.

Réciproque. Soit p un projecteur autoadjoint. On sait que E=ImpKerp et que p est la projection sur Imp parallèlement à Kerp. Or Kerp=Kerp=(Imp) d'après la section précédente : la direction de la projection est l'orthogonal de son image, c'est donc une projection orthogonale.

Exemple

Soit a un vecteur unitaire de E. La projection orthogonale sur la droite D=Vect(a) est pD(x)=x,aa, et la réflexion par rapport à l'hyperplan H=a est

sH(x)=x2x,aa.

En effet, sH=IdE2pD. On vérifie directement que sH(x)=x pour xH et sH(a)=a2a=a. Dans Rn muni du produit scalaire canonique et en identifiant a à une colonne unitaire, les matrices en base canonique sont aa et In2aa, qui sont bien symétriques.

L'espace S(E) et la décomposition de L(E)

Propriété

L'ensemble S(E) est un sous-espace vectoriel de L(E) de dimension n(n+1)2, l'ensemble A(E) est un sous-espace vectoriel de dimension n(n1)2, et

L(E)=S(E)A(E).

Démonstration. Sous-espaces. L'application uu est linéaire de L(E) dans L(E), donc S(E)=Ker(uuu) et A(E)=Ker(uu+u) sont des sous-espaces vectoriels.

Somme directe. Si uS(E)A(E), alors u=u=u, donc u=0. De plus tout uL(E) s'écrit

u=u+u2 S(E) + uu2 A(E),

les appartenances se vérifiant en prenant l'adjoint de chaque terme et en utilisant (u)=u.

Dimensions. Fixons une base orthonormée B. L'application uMatB(u) est un isomorphisme de L(E) sur Mn(R) qui envoie S(E) sur Sn(R) et A(E) sur An(R). Or une matrice symétrique est déterminée par ses coefficients d'indices ij, au nombre de n(n+1)2, et une matrice antisymétrique par ses coefficients d'indices i<j, au nombre de n(n1)2. On retrouve n(n+1)2+n(n1)2=n2=dimL(E).

Exemple

En dimension 3, une matrice antisymétrique s'écrit

M=(0cbc0aba0),(a,b,c)R3,

ce qui redonne bien dimA3(R)=3. On vérifie sur cette matrice que tr(M)=0 et que det(M)=0 : en effet, le déterminant d'une matrice antisymétrique de taille impaire vérifie det(M)=det(M)=det(M)=(1)3det(M), donc det(M)=0. Un endomorphisme antisymétrique en dimension impaire n'est donc jamais bijectif.

Isométries vectorielles et groupe orthogonal

Définition et caractérisations

Définition

Un endomorphisme uL(E) est une isométrie vectorielle (on dit aussi un automorphisme orthogonal) lorsque

xE,u(x)=x.

L'ensemble des isométries vectorielles de E est noté O(E).

Propriété

Théorème de caractérisation. Soit uL(E). Les assertions suivantes sont équivalentes.

  1. u conserve la norme : xE, u(x)=x.
  2. u conserve le produit scalaire : (x,y)E2, u(x),u(y)=x,y.
  3. uu=IdE.
  4. L'image par u d'une base orthonormée de E est une base orthonormée de E.
  5. L'image par u de toute base orthonormée de E est une base orthonormée de E.

De plus, une isométrie vectorielle est bijective, et u1=uO(E).

Démonstration. (1) (2). C'est l'identité de polarisation. Pour tous x,y,

u(x),u(y)=12(u(x)+u(y)2u(x)2u(y)2)=12(u(x+y)2u(x)2u(y)2),

en utilisant la linéarité de u. En appliquant (1) aux trois normes, cette quantité vaut 12(x+y2x2y2)=x,y.

(2) (3). La définition de l'adjoint, appliquée au vecteur u(y), donne u(x),u(y)=x,(uu)(y) pour tous x,y. L'hypothèse (2) fournit alors x,(uu)(y)=x,y pour tout x, d'où (uu)(y)=y pour tout y, c'est-à-dire uu=IdE.

(3) (1). Pour tout x, u(x)2=u(x),u(x)=x,(uu)(x)=x,x=x2, et les normes étant positives, u(x)=x.

(2) (5). Si (e1,,en) est orthonormée, alors u(ei),u(ej)=ei,ej=δi,j : la famille (u(e1),,u(en)) est orthonormée, donc libre, donc c'est une base puisqu'elle compte n vecteurs.

(5) (4). Immédiat, une base orthonormée existe.

(4) (2). Soit B=(e1,,en) une base orthonormée dont l'image est orthonormée. Pour x=ixiei et y=jyjej, la bilinéarité donne

u(x),u(y)=i=1nj=1nxiyju(ei),u(ej)=i=1nxiyi=x,y.

Bijectivité. De (3) on tire que u est injectif (si u(x)=0 alors x=(uu)(x)=0), donc bijectif en dimension finie, et en composant uu=IdE par u1 à droite, u=u1. Enfin u1(x)=u(u1(x))=x, donc u1O(E).

Remarque

Le point le plus remarquable est (1) (2) : conserver les longueurs entraîne conserver les angles. C'est la polarisation qui produit ce miracle, et elle sera réutilisée telle quelle dans les exercices.

Attention en revanche : la linéarité de u est une hypothèse de tout ce théorème. Une application de E dans E qui conserve la norme n'a aucune raison d'être linéaire.

Le groupe orthogonal

Propriété

O(E) est un sous-groupe de (GL(E),), appelé groupe orthogonal de E. Pour uO(E), det(u){1,1}, et l'ensemble

SO(E)={uO(E)  ;  det(u)=1}

est un sous-groupe de O(E), appelé groupe spécial orthogonal. Ses éléments sont les rotations de E, les éléments de déterminant 1 étant dits indirects.

Démonstration. Sous-groupe. IdEO(E), donc O(E) et O(E)GL(E) d'après le théorème précédent. Si u,vO(E), alors pour tout x, (uv)(x)=v(x)=x, donc uvO(E) ; et u1O(E) a déjà été établi.

Déterminant. De uu=IdE on tire det(u)det(u)=1, soit det(u)2=1 puisque det(u)=det(u). Donc det(u)=±1.

Sous-groupe SO(E). Il contient IdE et le déterminant est multiplicatif : si detu=detv=1 alors det(uv1)=1.

Matrices orthogonales

Définition

Une matrice AMn(R) est orthogonale lorsque AA=In. L'ensemble des matrices orthogonales est noté On(R), et

SOn(R)={AOn(R)  ;  detA=1}.

Propriété

Soit AMn(R). Les assertions suivantes sont équivalentes.

  1. AOn(R), c'est-à-dire AA=In.
  2. A est inversible et A1=A.
  3. AA=In.
  4. Les colonnes de A forment une base orthonormée de Rn pour le produit scalaire canonique.
  5. Les lignes de A forment une base orthonormée de Rn pour le produit scalaire canonique.

De plus On(R) est un sous-groupe de GLn(R), et tout AOn(R) vérifie detA{1,1}.

Enfin, si B est une base orthonormée de E et uL(E) de matrice A dans B, alors uO(E) si et seulement si AOn(R).

Démonstration. (1)      (2)      (3). Si AA=In, alors A est inversible (son déterminant est non nul car det(A)2=1) et en multipliant par A1 à droite on obtient A=A1, d'où aussi AA=In. Les autres implications sont analogues.

(1)      (4). Notons C1,,Cn les colonnes de A. Le coefficient d'indice (i,j) de AA est CiCj=Ci,Cj pour le produit scalaire canonique. Dire que AA=In, c'est donc dire que Ci,Cj=δi,j : la famille des colonnes est orthonormée, donc libre, donc c'est une base de Rn.

(3)      (5). Même calcul appliqué à AA, dont le coefficient (i,j) est le produit scalaire des lignes i et j.

Traduction en termes d'endomorphismes. Dans la base orthonormée B, la matrice de uu est AA. Donc uu=IdE équivaut à AA=In.

Remarque

Deux pièges classiques. D'une part, detA=±1 n'entraîne pas que A est orthogonale : la matrice (1101) a pour déterminant 1 et ses colonnes ne sont pas orthogonales. D'autre part, le critère (4) porte sur les colonnes et impose qu'elles soient unitaires : une matrice à colonnes deux à deux orthogonales mais non unitaires n'est pas orthogonale.

Le critère (4) est celui que l'on utilise en pratique : pour vérifier qu'une matrice est orthogonale, on calcule les n normes des colonnes et les n(n1)2 produits scalaires deux à deux.

Changement de base orthonormée et orientation

Propriété

Soient B une base orthonormée de E, B une base de E et P la matrice de passage de B à B. Alors

B est orthonormeˊe    POn(R).

Dans ce cas, pour tout uL(E), MatB(u)=P1MatB(u)P=PMatB(u)P.

Démonstration. Les colonnes de P sont les colonnes des coordonnées des vecteurs de B dans la base orthonormée B. Puisque B est orthonormée, le produit scalaire de deux vecteurs est le produit scalaire canonique de leurs colonnes de coordonnées. Dire que B est orthonormée revient donc à dire que les colonnes de P forment une famille orthonormée de Rn, c'est-à-dire POn(R). La formule de changement de base est la formule usuelle, où P1 se simplifie en P.

Définition

Deux matrices A et B de Mn(R) sont dites orthogonalement semblables lorsqu'il existe POn(R) telle que B=PAP. C'est le changement de base entre deux bases orthonormées.

Orienter l'espace euclidien E, c'est choisir une base orthonormée de référence, déclarée directe. Une base orthonormée B est alors dite directe lorsque le déterminant de la matrice de passage vers B vaut 1, et indirecte lorsqu'il vaut 1. Le déterminant detB(x1,,xn) d'une famille de n vecteurs ne dépend alors pas de la base orthonormée directe B choisie ; on le note det(x1,,xn).

Valeurs propres et sous-espaces stables d'une isométrie

Propriété

Soit uO(E).

  1. Les valeurs propres réelles de u appartiennent à {1,1}.
  2. Les sous-espaces Ker(uIdE) et Ker(u+IdE) sont orthogonaux.
  3. Si F est un sous-espace stable par u, alors u(F)=F et F est stable par u. De plus, les endomorphismes induits par u sur F et sur F sont des isométries de F et de F.

Démonstration. Point 1. Si u(x)=λx avec x0E, alors x=u(x)=λx, donc λ=1 puisque x0.

Point 2. Soient x tel que u(x)=x et y tel que u(y)=y. La conservation du produit scalaire donne x,y=u(x),u(y)=x,y=x,y, donc x,y=0.

Point 3. L'endomorphisme u est injectif, donc dimu(F)=dimF ; comme u(F)F, l'égalité des dimensions donne u(F)=F. Soit maintenant yF et montrons u(y)F. Soit xF : puisque u(F)=F, il existe xF tel que x=u(x), et alors

u(y),x=u(y),u(x)=y,x=0

car yF et xF. Donc u(y)F.

Enfin, l'endomorphisme induit sur F conserve la norme puisque u la conserve : c'est une isométrie de F, et de même sur F.

Isométries du plan et de l'espace

Le cas de la dimension 2

Propriété

Description de O2(R). Soit AO2(R). Alors il existe θR, unique modulo 2π, tel que

A=Rθ=(cosθsinθsinθcosθ)si detA=1,A=Sθ=(cosθsinθsinθcosθ)si detA=1.

Démonstration. Notons A=(abcd). La première colonne est unitaire : a2+c2=1, donc il existe θR, unique modulo 2π, tel que a=cosθ et c=sinθ. La seconde colonne est unitaire et orthogonale à la première : elle appartient à la droite orthogonale à (cosθ,sinθ), dirigée par le vecteur unitaire (sinθ,cosθ), donc vaut ±(sinθ,cosθ). Le signe + donne A=Rθ et detA=cos2θ+sin2θ=1 ; le signe donne A=Sθ et detA=cos2θsin2θ=1.

Propriété

Nature géométrique. Soit E un plan euclidien orienté et B une base orthonormée directe.

  • Si uSO(E) de matrice Rθ dans B, alors u est la rotation d'angle θ. Sa matrice est la même dans toute base orthonormée directe, et tr(u)=2cosθ. Elle n'a de valeur propre réelle que si θ0 [π].
  • Si uO(E)SO(E) de matrice Sθ dans B, alors u est la réflexion par rapport à la droite Dθ/2=Vect(cosθ2,sinθ2). On a uu=IdE, tr(u)=0, et u est autoadjoint de valeurs propres 1 et 1.

Démonstration. Rotations. Un calcul direct donne RθRθ=Rθ+θ : le coefficient (1,1) du produit est cosθcosθsinθsinθ=cos(θ+θ) et le coefficient (2,1) est sinθcosθ+cosθsinθ=sin(θ+θ), les deux autres s'en déduisant. En particulier SO2(R) est commutatif, donc la formule de changement de base P1RθP=Rθ vaut pour toute PSO2(R) : l'angle d'une rotation plane ne dépend pas de la base orthonormée directe choisie. Le polynôme caractéristique de Rθ est X22cosθX+1, de discriminant 4(cos2θ1)=4sin2θ, négatif sauf si sinθ=0.

Réflexions. On calcule Sθ2=(cos2θ+sin2θcosθsinθsinθcosθsinθcosθcosθsinθsin2θ+cos2θ)=I2, et Sθ est symétrique de trace nulle : ses valeurs propres sont 1 et 1. Enfin, en notant v=(cosθ2,sinθ2),

Sθv=(cosθcosθ2+sinθsinθ2, sinθcosθ2cosθsinθ2)=(cosθ2,sinθ2)=v,

donc v engendre l'espace propre associé à 1 : u est la réflexion d'axe Vect(v).

Propriété

Composition en dimension 2. Avec S0=(1001), on a Sθ=RθS0 et

RθRθ=Rθ+θ,RθSθ=Sθ+θ,SθRθ=Sθθ,SθSθ=Rθθ.

En particulier, la composée de deux réflexions est une rotation, et toute rotation est la composée de deux réflexions.

Démonstration. L'identité RθS0=Sθ se vérifie en effectuant le produit. On calcule ensuite S0Rθ=RθS0, les deux membres valant (cosθsinθsinθcosθ). Alors

SθSθ=RθS0RθS0=RθRθS0S0=Rθθ,

puisque S02=I2. Les deux autres formules s'obtiennent de la même manière.

AO2(R) detA=1 detA=1
Forme matricielle Rθ Sθ
Nature rotation d'angle θ réflexion d'axe Dθ/2
Trace 2cosθ 0
Spectre réel si θ≢0 [π] {1,1}
Symétrique ? seulement si θ0 [π] toujours

La dimension 3 : rotations

Dans toute cette sous-section, E est un espace euclidien orienté de dimension 3.

Propriété

Soit uSO(E) avec dimE=3. Alors 1 est valeur propre de u. Si de plus uIdE, alors D=Ker(uIdE) est une droite, appelée axe de u, le plan P=D est stable par u, et il existe une base orthonormée directe B=(a,e2,e3) avec a unitaire dirigeant D dans laquelle

MatB(u)=(1000cosθsinθ0sinθcosθ).

On dit que u est la rotation d'axe D orienté par a et d'angle θ. On a alors

tr(u)=1+2cosθ,etxP{0E}, det(a,x,u(x))=sinθx2.

Démonstration. Existence de la valeur propre 1. En utilisant det(u)=det(u), u=u1 et det(u)=1 :

det(uIdE)=det(u)det(IdEu1)=det(IdEu)=det((IdEu))=det(IdEu)=(1)3det(uIdE).

Donc 2det(uIdE)=0, ce qui prouve que uIdE n'est pas injectif : 1 est valeur propre.

L'axe est une droite. Posons D=Ker(uIdE), de dimension 1, 2 ou 3. Si dimD=3 alors u=IdE, exclu. Si dimD=2, alors D est une droite stable par u (point 3 de la propriété précédente), donc u y agit par εId avec ε=±1, et det(u)=1×1×ε=1 impose ε=1, donc u=IdE, exclu à nouveau. Donc dimD=1.

Forme matricielle. Soit a un vecteur unitaire de D. Le plan P=D est stable par u, et l'endomorphisme induit uP est une isométrie de P. Son déterminant vérifie 1=det(u)=1×det(uP), donc uPSO(P) : c'est une rotation plane. En choisissant (e2,e3) base orthonormée de P telle que (a,e2,e3) soit directe, la matrice de uP dans (e2,e3) est un Rθ, d'où la forme annoncée. La trace se lit immédiatement : tr(u)=1+2cosθ.

Signe de l'angle. Soit x=αe2+βe3P non nul. Alors u(x)=(αcosθβsinθ)e2+(αsinθ+βcosθ)e3. Le déterminant dans la base orthonormée directe B vaut, en développant selon la première colonne (les deux vecteurs x et u(x) n'ont pas de composante sur a) :

det(a,x,u(x))=ααcosθβsinθβαsinθ+βcosθ=α2sinθ+αβcosθαβcosθ+β2sinθ=(α2+β2)sinθ,

soit sinθx2.

Remarque

L'angle θ dépend de l'orientation choisie sur l'axe : remplacer a par a change θ en θ. C'est pourquoi on ne parle jamais de « l'angle » d'une rotation de l'espace sans préciser le vecteur qui oriente l'axe. En revanche, cosθ ne dépend pas de ce choix, puisque la trace n'en dépend pas.

Signalons aussi que la formule du signe reste valable pour un vecteur x quelconque n'appartenant pas à l'axe : en écrivant x=λa+xP avec xP=xpD(x)P, les termes contenant a disparaissent du déterminant et il reste det(a,x,u(x))=sinθxP2. Seul le signe nous intéresse en pratique, et l'on peut donc utiliser n'importe quel vecteur directeur de l'axe de même sens que a, unitaire ou non.

La dimension 3 : antirotations

Propriété

Soit uO(E)SO(E) avec dimE=3 orienté. Alors uSO(E), et il existe une droite D dirigée par un vecteur unitaire a, un réel θ et une base orthonormée directe B=(a,e2,e3) tels que

MatB(u)=(1000cosθsinθ0sinθcosθ),tr(u)=1+2cosθ.

Un tel endomorphisme est appelé antirotation : c'est la composée, commutative, de la rotation d'axe D et d'angle θ et de la réflexion par rapport au plan D. Deux cas particuliers :

  • θ0 [2π] : u est la réflexion sD, de matrice diag(1,1,1) et de trace 1 ;
  • θπ [2π] : u=IdE, de trace 3.

Démonstration. Comme dimE=3, det(u)=(1)3det(u)=1, donc uSO(E). D'après la sous-section précédente, si uIdE il existe une base orthonormée directe B=(a,e2,e3) dans laquelle la matrice de u est diagonale par blocs, de blocs 1 et Rα. La matrice de u est alors son opposée :

MatB(u)=(1000cosαsinα0sinαcosα).

En posant θ=α+π, on a cosθ=cosα et sinθ=sinα, et la matrice ci-dessus s'écrit exactement sous la forme annoncée. Le cas u=IdE correspond à u=IdE, déjà de la forme voulue avec θ=π. Enfin, le produit par blocs

(100I2)(100Rθ)=(100Rθ)=(100Rθ)(100I2)

montre la décomposition commutative annoncée.

Méthode : reconnaître une isométrie de l'espace

Méthode

Reconnaître une isométrie de R3 à partir de sa matrice A (base canonique, orientée par elle-même).

  1. Vérifier que A est orthogonale : calculer les normes des trois colonnes et leurs trois produits scalaires deux à deux, ou bien effectuer le produit AA et constater qu'il vaut I3.
  2. Calculer detA. On obtient +1 (rotation) ou 1 (antirotation). Si le résultat n'est ni 1 ni 1, c'est qu'une erreur a été commise à l'étape 1.
  3. Cas detA=1, axe. Si A=I3, c'est l'identité. Sinon, l'axe est D=Ker(AI3), obtenu en résolvant le système AX=X, et l'on choisit un vecteur directeur a qui orientera cet axe.
  4. Cas detA=1, angle. Il vérifie cosθ=tr(A)12, ce qui détermine θ au signe près. Le signe se lit ensuite sur det(a,x,Ax) pour n'importe quel x hors de l'axe : ce déterminant est du signe de sinθ.
  5. Cas detA=1. Si A=I3, c'est Id. Si A est symétrique de trace 1, c'est la réflexion par rapport au plan Ker(AI3). Sinon, on applique les étapes 3 et 4 à la matrice A, qui est une rotation d'axe D et d'angle α : alors A est l'antirotation d'axe D et d'angle θ=α+π, composée de la rotation d'axe D et d'angle θ et de la réflexion par rapport à D. On peut contrôler avec cosθ=tr(A)+12.
  6. Conclure par une phrase géométrique : nature, axe (ou plan), angle avec son orientation.

Exemple

Une rotation entièrement identifiée. Soit

A=13(212221122).

Étape 1. Les colonnes sont C1=13(2,2,1), C2=13(1,2,2), C3=13(2,1,2). On a C12=4+4+19=1, et de même C22=C32=1. Puis

C1,C2=2+429=0,C1,C3=4229=0,C2,C3=22+49=0.

Donc AO3(R).

Étape 2. En développant selon la première ligne,

det(212221122)=2(4+2)+1(41)+2(4+2)=12+3+12=27,

donc detA=2727=1 : c'est une rotation.

Étape 3. Le système AX=X s'écrit 3AX=3X, soit (3A3I3)X=0 avec

3A3I3=(112211121).

La première ligne donne y=2zx. En reportant dans la deuxième : 2x(2zx)z=3x3z=0, donc x=z, puis y=z. La troisième ligne est alors vérifiée : z+2zz=0. L'axe est donc

D=Vect((1,1,1)),a=(1,1,1).

Étape 4, valeur de l'angle. tr(A)=2+2+23=2, donc cosθ=212=12 et θ±π3 [2π].

Étape 4, signe de l'angle. Prenons x=(1,0,0), qui n'est pas sur l'axe. Alors Ax=13(2,2,1) et

det(a,x,Ax)=112/3102/3101/3=1×12/311/3=1×(1323)=1>0,

en développant selon la deuxième colonne. Donc sinθ>0.

Conclusion. A est la matrice de la rotation d'axe Vect((1,1,1)) orienté par (1,1,1), et d'angle π3.

Contrôle. Les valeurs propres complexes doivent être 1, eiπ/3, eiπ/3, donc χA(X)=(X1)(X2X+1)=X32X2+2X1. On retrouve bien tr(A)=2 et det(A)=1.

Exemple

Une antirotation, en réutilisant le calcul précédent. Soit B=A avec le A ci-dessus, c'est-à-dire

B=13(212221122).

La matrice B est orthogonale (ses colonnes sont les opposées de celles de A) et detB=(1)3detA=1. Comme B=A est la rotation d'axe Vect((1,1,1)) orienté par (1,1,1) et d'angle π3, la matrice B est l'antirotation de même axe et d'angle θ=π3+π=4π3, c'est-à-dire la composée de la rotation d'angle 4π3 autour de Vect((1,1,1)) et de la réflexion par rapport au plan d'équation x+y+z=0.

Contrôle. tr(B)=2, et la formule donne cosθ=2+12=12=cos4π3.

Réduction des isométries vectorielles

Existence d'une droite ou d'un plan stable

Propriété

Lemme. Soient E un R-espace vectoriel de dimension n1 et uL(E). Alors E possède un sous-espace stable par u de dimension 1 ou 2.

Démonstration. Soit xE non nul. La famille (x,u(x),u2(x),,un(x)) compte n+1 vecteurs dans un espace de dimension n : elle est liée. Il existe donc des réels a0,,an non tous nuls tels que k=0nakuk(x)=0E, c'est-à-dire P(u)(x)=0E avec P=k=0nakXk non nul. Le polynôme P n'est pas constant : sinon P=a00 et a0x=0E donnerait x=0E.

Décomposons P en produit de facteurs irréductibles unitaires de R[X] : P=cP1P2Pm avec c0, chaque Pk étant de degré 1 ou 2, puisque ce sont les seuls polynômes irréductibles de R[X]. Posons vm=x et, pour k décroissant de m à 1, vk1=Pk(u)(vk). Par construction v0=(P1Pm)(u)(x)=1cP(u)(x)=0E, tandis que vm=x0E.

Soit k le plus petit indice tel que vk0E. Il existe car vm0E, et k1 car v0=0E ; par minimalité, vk1=0E. Posons y=vk0E et Q=Pk, de sorte que Q(u)(y)=0E.

Si degQ=1, écrivons Q=Xλ : alors u(y)=λy et la droite Vect(y) est stable par u.

Si degQ=2, écrivons Q=X2+bX+c sans racine réelle. Alors u2(y)=bu(y)cy. Le sous-espace F=Vect(y,u(y)) vérifie u(y)F et u(u(y))=bu(y)cyF, donc F est stable par u et dimF2. Si l'on avait dimF=1, alors u(y)=λy pour un réel λ, et 0E=Q(u)(y)=Q(λ)y donnerait Q(λ)=0, ce qui contredit l'absence de racine réelle. Donc dimF=2.

Le théorème de réduction

Propriété

Réduction d'une isométrie en base orthonormée. Soient E un espace euclidien de dimension n1 et uO(E). Il existe une base orthonormée B de E dans laquelle la matrice de u est diagonale par blocs

MatB(u)=(IpIqRθ1Rθr),

avec p+q+2r=n et θ1,,θr]0,π[, les blocs absents étant simplement omis. Matriciellement : toute matrice de On(R) est orthogonalement semblable à une matrice de cette forme.

Démonstration. Par récurrence forte sur n1.

Initialisation. Si n=1, alors u=εIdE avec ε=±1 d'après la contrainte u(x)=x, et la matrice dans une base orthonormée (c'est-à-dire un vecteur unitaire) est (1) ou (1) : forme voulue avec (p,q,r)=(1,0,0) ou (0,1,0).

Hérédité. Soit n2 et supposons le résultat acquis en toute dimension strictement inférieure. D'après le lemme, il existe un sous-espace F stable par u avec dimF{1,2}. D'après la propriété de stabilité des isométries, F est stable et les endomorphismes induits uF et uF sont des isométries de F et de F.

Traitons d'abord F.

  • Si dimF=1, alors uF=εIdF avec ε=±1 : dans une base orthonormée de F, la matrice est le bloc (1) ou (1).
  • Si dimF=2, alors la matrice de uF dans une base orthonormée de F appartient à O2(R), donc vaut Rθ ou Sθ. Dans le cas Sθ, uF est une réflexion du plan F, diagonalisable en base orthonormée de valeurs propres 1 et 1 : on obtient deux blocs (1) et (1). Dans le cas Rθ : si θ0 [2π], la matrice est I2, soit deux blocs (1) ; si θπ [2π], elle vaut I2, soit deux blocs (1) ; sinon, quitte à échanger les deux vecteurs de la base orthonormée de F, ce qui remplace Rθ par Rθ, on peut supposer sinθ>0, c'est-à-dire θ]0,π[.

Dans tous les cas, on dispose d'une base orthonormée de F dans laquelle la matrice de uF est de la forme voulue. Passons à F, de dimension ndimF, strictement inférieure à n. Si F={0E}, il n'y a rien à faire. Sinon, l'hypothèse de récurrence s'applique et fournit une base orthonormée de F dans laquelle la matrice de uF est de la forme voulue.

Comme E=FF avec FF, la concaténation des deux bases est une base orthonormée B de E, et la matrice de u dans B est diagonale par blocs, faite de blocs (1), (1) et Rθi avec θi]0,π[. Il reste à réordonner les vecteurs de B pour regrouper les p blocs (1) en Ip et les q blocs (1) en Iq, ce qui ne change ni le caractère orthonormé de la base ni la nature des blocs.

Remarque

Les entiers p et q ne dépendent pas de la base choisie : comme Rθ avec θ]0,π[ n'admet pas de valeur propre réelle, la lecture de la forme réduite donne

p=dimKer(uIdE),q=dimKer(u+IdE),det(u)=(1)q.

Le sens géométrique de ce théorème mérite d'être retenu : une isométrie vectorielle décompose l'espace en une somme directe orthogonale de droites (sur lesquelles elle agit par ±Id) et de plans (dans lesquels elle agit par une rotation). Il n'y a rien d'autre.

Propriété

Relecture des petites dimensions. En dimension 2, la forme réduite est I2, I2, Rθ avec θ]0,π[, ou diag(1,1) : on retrouve exactement rotations et réflexions.

En dimension 3, la contrainte p+q+2r=3 et det(u)=(1)q laissent les seules possibilités suivantes.

detu Forme réduite Nature
+1 I3 identité
+1 diag(1,1,1) demi-tour d'axe Ker(uIdE)
+1 blocs 1 et Rθ, θ]0,π[ rotation d'axe et d'angle θ
1 I3 IdE
1 diag(1,1,1) réflexion par rapport à un plan
1 blocs 1 et Rθ, θ]0,π[ antirotation

Le théorème spectral

Les valeurs propres d'un autoadjoint sont réelles

Propriété

Soit ASn(R). Alors toutes les racines complexes de χA sont réelles. En particulier, χA est scindé sur R et A possède au moins une valeur propre réelle.

Démonstration. Considérons A comme une matrice de Mn(C) et soit λC une racine de χA. Il existe une colonne ZMn,1(C) non nulle telle que AZ=λZ. Notons Z la colonne dont les coefficients sont les conjugués de ceux de Z. Comme A est à coefficients réels, la conjugaison de la relation AZ=λZ donne AZ=λZ.

Posons s=ZZ=k=1nzkzk=k=1nzk2, qui est un réel strictement positif puisque Z0. Calculons le nombre complexe ZAZ de deux manières.

D'une part, ZAZ=Z(λZ)=λs.

D'autre part, ZAZ est une matrice de taille 1, donc égale à sa transposée :

ZAZ=(ZAZ)=ZAZ=ZAZ=Z(λZ)=λ ZZ=λs,

où l'on a utilisé la symétrie A=A puis ZZ=kzkzk=s.

Ainsi λs=λs avec s>0, donc λ=λ, c'est-à-dire λR. Le polynôme χA étant scindé sur C et toutes ses racines étant réelles, il est scindé sur R ; comme degχA=n1, il possède au moins une racine, qui est une valeur propre réelle de A.

Remarque

Le calcul ci-dessus utilise des vecteurs à coefficients complexes uniquement comme intermédiaire technique : le résultat, lui, ne parle que de nombres réels. L'énoncé équivalent pour un endomorphisme est immédiat : si uS(E), alors, sa matrice en base orthonormée étant symétrique réelle, χu est scindé sur R et u possède au moins une valeur propre réelle.

Orthogonalité des sous-espaces propres

Propriété

Soit uS(E) autoadjoint. Les sous-espaces propres de u sont deux à deux orthogonaux : si λμ sont deux valeurs propres de u, alors Eλ(u)Eμ(u).

Démonstration. Soient xEλ(u) et yEμ(u). Le caractère autoadjoint donne

λx,y=u(x),y=x,u(y)=μx,y,

donc (λμ)x,y=0. Comme λμ, il vient x,y=0.

Le théorème spectral

Propriété

Théorème spectral, forme géométrique. Soit u un endomorphisme autoadjoint d'un espace euclidien E de dimension n1. Alors il existe une base orthonormée de E formée de vecteurs propres de u. Autrement dit, u est diagonalisable et

E=λSp(u)Eλ(u),

cette somme directe étant orthogonale.

Démonstration. Par récurrence sur n1.

Initialisation. Si n=1, tout vecteur unitaire e1 de E engendre E, et u(e1) est colinéaire à e1 : (e1) est une base orthonormée de vecteurs propres.

Hérédité. Soit n2 et supposons le résultat vrai pour tout espace euclidien de dimension n1. Soit uS(E) avec dimE=n. D'après la sous-section précédente, u possède une valeur propre réelle λ1 ; soit e1 un vecteur propre associé, que l'on choisit unitaire (quitte à diviser par sa norme).

La droite D=Vect(e1) est stable par u. Comme u=u, la propriété de stabilité de la section 2 assure que D est stable par u. Notons v l'endomorphisme induit par u sur D, qui est un espace euclidien de dimension n1 pour le produit scalaire restreint. Cet endomorphisme est autoadjoint : pour tous x,yD,

v(x),y=u(x),y=x,u(y)=x,v(y).

Par hypothèse de récurrence, il existe une base orthonormée (e2,,en) de D formée de vecteurs propres de v, donc de u.

Enfin, E=DD et e1D, donc (e1,e2,,en) est une base orthonormée de E formée de vecteurs propres de u. L'orthogonalité de la somme des sous-espaces propres a été établie à la sous-section précédente.

Propriété

Théorème spectral, forme matricielle. Soit AMn(R). Alors

ASn(R)    POn(R), D diagonale reˊelle,A=PDP=PDP1.

Autrement dit, une matrice symétrique réelle est orthogonalement semblable à une matrice diagonale réelle, et réciproquement.

Démonstration. Sens direct. Munissons Rn du produit scalaire canonique et notons u l'endomorphisme canoniquement associé à A. La base canonique étant orthonormée et A symétrique, u est autoadjoint. Le théorème spectral fournit une base orthonormée B de vecteurs propres. La matrice de passage P de la base canonique à B est orthogonale, et la formule de changement de base donne PAP=D diagonale, soit A=PDP.

Réciproque. Si A=PDP avec P orthogonale et D diagonale réelle, alors

A=(PDP)=PDP=PDP=A,

puisqu'une matrice diagonale est symétrique. Donc ASn(R).

Remarque

Trois conséquences à connaître par cœur.

Une matrice symétrique réelle est toujours diagonalisable sur R, sans aucune hypothèse sur ses valeurs propres. C'est faux pour une matrice quelconque, et c'est même faux pour une matrice complexe symétrique.

La matrice de passage étant orthogonale, son inverse est sa transposée : on n'a jamais de système à résoudre pour inverser P. C'est le principal intérêt pratique du théorème.

Enfin, la réciproque montre que le théorème spectral est une caractérisation : les matrices orthogonalement semblables à une matrice diagonale sont exactement les matrices symétriques.

Méthode et exemple

Méthode

Diagonaliser une matrice symétrique A en base orthonormée.

  1. Vérifier que A est symétrique : c'est la seule hypothèse, et elle garantit à elle seule la réussite de la méthode.
  2. Calculer χA et ses racines, toutes réelles. Contrôler avec tr(A)=λi et det(A)=λi, multiplicités comprises.
  3. Pour chaque valeur propre λ, résoudre (AλIn)X=0 pour obtenir une base de Eλ. La somme des dimensions doit valoir n : sinon il y a une erreur, puisque A est diagonalisable.
  4. Orthonormaliser à l'intérieur de chaque sous-espace propre par Gram-Schmidt. Inutile de s'occuper des vecteurs de sous-espaces propres différents : ils sont automatiquement orthogonaux.
  5. Former P en juxtaposant les colonnes obtenues, dans l'ordre choisi pour D. Vérifier PP=In, puis conclure A=PDP.

Exemple

Diagonalisation orthogonale d'une matrice 3×3 à valeur propre double. Soit

A=(222254245)S3(R).

Polynôme caractéristique. On calcule χA(X)=det(XI3A). Effectuons C2C2C3 puis L3L3+L2 :

χA(X)=X2222X5424X5=X2022X142(X1)X5=X2022X1440X9.

En développant selon la deuxième colonne, il ne reste que le terme d'indice (2,2) :

χA(X)=(X1)[(X2)(X9)8]=(X1)(X211X+10)=(X1)2(X10).

Contrôle. tr(A)=2+5+5=12=1+1+10 et det(A)=2(2516)2(108)+2(810)=1844=10=1×1×10.

Sous-espace propre associé à λ=1. On a AI3=(122244244), de rang 1 : le système se réduit à x+2y+2z=0, donc

E1={(x,y,z)R3  ;  x+2y+2z=0},dimE1=2.

Une base en est v1=(2,1,0) et v2=(0,1,1), qui vérifient bien l'équation.

Sous-espace propre associé à λ=10. Il est de dimension 1 et orthogonal à E1, donc dirigé par le vecteur normal au plan E1, c'est-à-dire v3=(1,2,2). Vérification directe : la première ligne de A appliquée à v3 donne 2+4+4=10, la deuxième 2+10+8=20=10×2, la troisième 2+8+10=20=10×2. Donc Av3=10v3.

Orthonormalisation dans E1. Les vecteurs v1 et v2 ne sont pas orthogonaux : v1,v2=1. On pose

w2=v2v2,v1v12v1=(0,1,1)+15(2,1,0)=(25,45,1),

et l'on préfère le vecteur colinéaire 5w2=(2,4,5). Contrôles : (2,4,5),v1=44+0=0 et 2+810=0, donc (2,4,5)E1. Les normes valent v1=5, (2,4,5)=4+16+25=35 et v3=3.

Conclusion. La base (ε1,ε2,ε3) définie par

ε1=15(2,1,0),ε2=135(2,4,5),ε3=13(1,2,2)

est orthonormée (on vérifie ε1,ε3=22+035=0 et ε2,ε3=2+81095=0), et avec

P=135(62534250525)O3(R),D=(1000100010),

on a A=PDP.

Endomorphismes autoadjoints positifs et définis positifs

Définitions

Définition

Soit uS(E) un endomorphisme autoadjoint. On dit que u est

  • positif lorsque u(x),x0 pour tout xE ;
  • défini positif lorsque u(x),x>0 pour tout xE non nul.

Matriciellement, pour ASn(R) :

Sn+(R)={ASn(R)  ;  XMn,1(R), XAX0},Sn++(R)={ASn(R)  ;  XMn,1(R){0}, XAX>0}.

Remarque

La symétrie fait partie de la définition : on ne dit jamais d'un endomorphisme non autoadjoint qu'il est positif. Notez aussi que Sn+(R) n'est pas un sous-espace vectoriel de Sn(R), puisqu'il n'est pas stable par multiplication par 1, mais qu'il est stable par somme et par multiplication par un réel positif.

Caractérisation par le spectre

Propriété

Soit uS(E). Alors

u est positif    Sp(u)R+,u est deˊfini positif    Sp(u)]0,+[.

En particulier, u est défini positif si et seulement s'il est positif et bijectif.

Démonstration. Sens direct. Soit λSp(u) et x un vecteur propre associé, non nul. Alors

u(x),x=λx2.

Si u est positif, ce nombre est positif et x2>0, donc λ0. S'il est défini positif, ce nombre est strictement positif, donc λ>0.

Réciproque. D'après le théorème spectral, il existe une base orthonormée (e1,,en) de vecteurs propres, u(ei)=λiei. Pour x=i=1nxiei, la bilinéarité et l'orthonormalité donnent

u(x),x=i=1nλixiei, j=1nxjej=i=1nλixi2.

Si tous les λi sont positifs, cette somme est positive. S'ils sont tous strictement positifs et si x0E, l'un au moins des xi est non nul et la somme est strictement positive.

Dernière équivalence. Un endomorphisme diagonalisable est bijectif si et seulement si 0 n'est pas valeur propre.

Deux familles d'exemples

Propriété

  1. Pour tout uL(E), l'endomorphisme uu est autoadjoint positif, et il est défini positif si et seulement si u est bijectif. Matriciellement, AASn+(R) pour toute AMn(R).
  2. Toute matrice de Gram G(x1,,xp) est symétrique positive, et elle est définie positive si et seulement si la famille (x1,,xp) est libre.

Démonstration. Point 1. L'endomorphisme uu est autoadjoint car (uu)=u(u)=uu. De plus, pour tout x,

(uu)(x),x=u(x),u(x)=u(x)20.

Cette quantité est nulle si et seulement si u(x)=0E. Elle est donc strictement positive pour tout x0E si et seulement si Keru={0E}, c'est-à-dire si et seulement si u est bijectif.

Point 2. La matrice G=G(x1,,xp) est symétrique par symétrie du produit scalaire, et l'on a établi en section 1 que XGX=iλixi20 pour X=(λ1,,λp). Cette quantité est nulle si et seulement si iλixi=0E ; elle est donc strictement positive pour tout X0 si et seulement si la seule combinaison linéaire nulle est la combinaison triviale, c'est-à-dire si et seulement si la famille est libre.

Racine carrée d'un autoadjoint positif

Propriété

Soit u un endomorphisme autoadjoint positif de E. Il existe un unique endomorphisme autoadjoint positif v tel que vv=u. On l'appelle la racine carrée de u.

Démonstration de l'existence. D'après le théorème spectral, il existe une base orthonormée (e1,,en) et des réels λ1,,λn tels que u(ei)=λiei ; la caractérisation par le spectre donne λi0, donc λi a un sens. Définissons v comme l'unique endomorphisme vérifiant

v(ei)=λi ei(1in).

Sa matrice dans la base orthonormée (e1,,en) est diag(λ1,,λn), qui est symétrique : v est autoadjoint. Ses valeurs propres λi sont positives, donc v est positif. Enfin v(v(ei))=λiei=u(ei) pour tout i, et deux endomorphismes qui coïncident sur une base sont égaux : vv=u.

Remarque

L'unicité, dont la démonstration n'est pas exigible, se démontre ainsi. Soit w autoadjoint positif avec ww=u. Alors wu=w3=uw, donc w commute avec u et stabilise donc chaque sous-espace propre Eλ(u). L'endomorphisme induit par w sur Eλ(u) est autoadjoint positif et son carré vaut λId ; étant diagonalisable à valeurs propres positives de carré λ, toutes ses valeurs propres valent λ, donc il vaut λId. Ainsi w agit comme λId sur chaque Eλ(u) : il est entièrement déterminé.

Exemple

Une racine carrée calculée. Soit A=(5445), symétrique. Ses valeurs propres sont 9 et 1, associées aux vecteurs propres orthogonaux (1,1) et (1,1) : en effet A(1,1)=(9,9) et A(1,1)=(1,1). Elles sont strictement positives, donc AS2++(R).

Avec P=12(1111)O2(R), on a A=Pdiag(9,1)P, donc la racine carrée est

B=Pdiag(3,1)P=12(1111)(3001)(1111)=12(4224)=(2112).

Vérification. (2112)2=(5445)=A, et B est bien symétrique de valeurs propres 3 et 1, strictement positives.

Encadrement de u(x),x

Propriété

Soit uS(E) autoadjoint, de valeurs propres λ1λ2λn répétées selon leur multiplicité. Posons λmin=λ1 et λmax=λn. Alors

xE,λminx2  u(x),x  λmaxx2,

et ces deux bornes sont atteintes : l'égalité de droite a lieu si et seulement si xEλmax(u), celle de gauche si et seulement si xEλmin(u).

Démonstration. Soit (e1,,en) une base orthonormée de vecteurs propres, u(ei)=λiei, donnée par le théorème spectral. Pour x=i=1nxiei, on a vu que

u(x),x=i=1nλixi2,avecx2=i=1nxi2.

Comme λiλmax pour tout i et xi20,

λmaxx2u(x),x=i=1n(λmaxλi)xi2  0,

ce qui donne la majoration. La minoration s'obtient de même avec λiλmin.

Cas d'égalité à droite. La somme ci-dessus est une somme de termes positifs ; elle est nulle si et seulement si chaque terme l'est, c'est-à-dire si xi=0 pour tout indice i tel que λiλmax. Cela signifie exactement que x appartient au sous-espace engendré par les ei associés à λmax, c'est-à-dire xEλmax(u). Le raisonnement est identique à gauche. En particulier, en prenant pour x un vecteur propre unitaire associé à λmax, on obtient u(x),x=λmax : la borne est atteinte.

Remarque

Pour x0E, l'encadrement se réécrit

λmin  u(x),xx2  λmax,

et le quotient central, appelé quotient de Rayleigh, prend donc toutes ses valeurs entre la plus petite et la plus grande valeur propre. C'est l'outil standard pour majorer ou minorer une expression du type i,jai,jxixjA=(ai,j) est symétrique : une telle expression vaut XAX, et il suffit de connaître les valeurs propres extrêmes de A.

Exemple

Reprenons A=(222254245), dont on a établi que le spectre est {1,10}. Pour toute colonne X=(x,y,z),

XAX=2x2+5y2+5z2+4xy+4xz+8yz,

et l'encadrement donne, sans aucun calcul supplémentaire,

x2+y2+z2  2x2+5y2+5z2+4xy+4xz+8yz  10(x2+y2+z2).

La borne de gauche est atteinte sur le plan x+2y+2z=0, celle de droite sur la droite Vect((1,2,2)). Au passage, A est définie positive puisque ses valeurs propres 1 et 10 sont strictement positives.

Tableau récapitulatif

Les quatre familles étudiées se définissent toutes par une relation entre u et son adjoint. Voici ce qu'il faut savoir restituer immédiatement, B désignant toujours une base orthonormée et A=MatB(u).

Famille Relation Matrice A Spectre réel Forme réduite en base orthonormée
Isométries O(E) uu=IdE AA=In {1,1} diag(Ip,Iq,Rθ1,,Rθr)
Autoadjoints S(E) u=u A=A R, u diagonalisable diag(λ1,,λn), λiR
Autoadjoints positifs u=u et u(x),x0 ASn+(R) R+ diag(λ1,,λn), λi0
Antisymétriques A(E) u=u A=A {0} diagonalisable seulement si u=0

Trois remarques pour finir.

Les autoadjoints définis positifs sont exactement les autoadjoints positifs bijectifs, et matriciellement Sn++(R)=Sn+(R)GLn(R). Ce sont aussi, précisément, les matrices des produits scalaires : si ASn++(R), l'application (X,Y)XAY est un produit scalaire sur Mn,1(R).

Les intersections entre familles sont instructives. Une isométrie autoadjointe vérifie u2=uu=IdE et est diagonalisable de valeurs propres dans {1,1} : c'est exactement une symétrie orthogonale. Une isométrie autoadjointe positive n'a que la valeur propre 1 : c'est IdE. Un endomorphisme à la fois autoadjoint et antisymétrique est nul.

Enfin, la stratégie de démonstration est la même partout dans ce chapitre, et c'est elle qu'il faut avoir en tête devant un exercice inconnu : trouver un sous-espace stable de petite dimension, utiliser que son orthogonal est stable lui aussi, appliquer l'hypothèse de récurrence à l'endomorphisme induit, puis recoller les bases orthonormées.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.