MP · Chapitre 02
Réduction des endomorphismes et des matrices carrées
Éléments propres, polynôme caractéristique, diagonalisation, trigonalisation, endomorphismes nilpotents, polynômes annulateurs, lemme des noyaux, théorème de Cayley-Hamilton, sous-espaces caractéristiques.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Éléments propres
- Polynôme caractéristique
- Diagonalisation
- Trigonalisation
- Endomorphismes nilpotents
- Polynômes annulateurs
- Lemme des noyaux
- Théorème de Cayley-Hamilton
- Sous-espaces caractéristiques
En première année, vous avez appris qu'une matrice n'est pas un objet mathématique autonome : c'est la photographie d'un endomorphisme, prise dans une base. Changez la base, la photographie change, l'endomorphisme non. Le chapitre des matrices s'achevait sur une question restée ouverte, et c'est celle que nous allons résoudre : quelle base choisir pour que la photographie soit la plus simple possible ?
La réponse idéale s'appelle la diagonalisation. Si l'on parvient à construire une base formée de vecteurs que se contente de dilater, c'est-à-dire vérifiant , alors la matrice de dans cette base est diagonale, et tout devient facile : les puissances se calculent coefficient par coefficient, l'inverse aussi, le déterminant est un produit, le rang un comptage. L'endomorphisme, qui mélangeait les coordonnées, se décompose en dilatations indépendantes le long de droites. C'est la situation la plus confortable de toute l'algèbre linéaire.
Elle n'est malheureusement pas toujours atteignable, et il faut le savoir dès la première page. Deux obstacles distincts se présentent. Le premier tient au corps de base : la rotation d'angle droit du plan réel ne dilate aucun vecteur non nul, puisqu'elle ne conserve aucune direction, et il n'existe donc aucune base de dans laquelle sa matrice soit diagonale. Cet obstacle disparaît si l'on travaille sur . Le second est plus profond : l'endomorphisme de de matrice ne conserve qu'une seule direction, et aucun changement de corps n'y changera rien. Il faudra donc se contenter, dans le cas général, d'une forme triangulaire, ce qui reste très utile.
Le chapitre organise cette recherche autour de trois idées, et il vaut la peine de les avoir en tête avant de commencer.
La première est géométrique : chercher des sous-espaces stables, c'est-à-dire des sous-espaces que ne fait pas sortir d'eux-mêmes. Un sous-espace stable produit des zéros dans la matrice, une décomposition de l'espace en somme directe de sous-espaces stables produit une matrice diagonale par blocs, et les sous-espaces stables les plus petits possibles, les droites stables, produisent des coefficients diagonaux. Diagonaliser, c'est exactement casser en droites stables.
La deuxième est polynomiale, et c'est la grande nouveauté de la deuxième année. À un endomorphisme , on peut associer non seulement ses puissances , mais tout polynôme , et l'on découvre que la structure de est entièrement lisible sur les polynômes qui l'annulent. Deux polynômes vont jouer un rôle central : le polynôme caractéristique , qui se calcule par un déterminant et dont les racines sont les valeurs propres, et le polynôme minimal , le plus petit polynôme unitaire annulant . Le théorème le plus spectaculaire du chapitre tiendra en une ligne : est diagonalisable si et seulement s'il est annulé par un polynôme scindé à racines simples. Aucun calcul de sous-espace propre n'y figure.
La troisième est arithmétique : le lemme de décomposition des noyaux transforme une factorisation de polynômes en une décomposition de l'espace en somme directe. C'est l'outil qui relie les deux premières idées, et c'est lui qui fait fonctionner presque toutes les démonstrations de la fin du chapitre.
Le plan suit cet ordre. Nous étudions d'abord les sous-espaces stables et la forme des matrices qu'ils produisent, puis les éléments propres, puis le polynôme caractéristique qui permet de les calculer. Viennent ensuite la diagonalisation, la trigonalisation et le cas particulier des endomorphismes nilpotents, qui sont les briques élémentaires de tout ce qui n'est pas diagonalisable. La seconde moitié du chapitre est polynomiale : algèbre et polynôme minimal, lemme des noyaux, critère de diagonalisabilité, théorème de Cayley-Hamilton, sous-espaces caractéristiques. Une section de méthodes ferme le chapitre.
Les notations suivantes valent partout. La lettre désigne ou ; lorsque le résultat dépend du corps, ce sera dit explicitement, et c'est un point sur lequel il ne faut jamais être négligent. L'espace est un -espace vectoriel de dimension finie , sauf mention expresse du contraire. Les endomorphismes sont notés , , , l'ensemble des endomorphismes de est , l'identité est , et l'on écrit pour la composée à facteurs, avec la convention . Les matrices carrées de taille à coefficients dans forment , la matrice identité est , la matrice nulle , et est le groupe des matrices inversibles. Les bases sont notées , la matrice d'un endomorphisme dans une base est , et une matrice de passage est notée . On conserve , , , , , , , , et pour la transposée. Les objets nouveaux sont le spectre , le sous-espace propre , le sous-espace caractéristique , la multiplicité , le polynôme caractéristique et le polynôme minimal .
Une convention doit être fixée avant tout, car deux usages coexistent dans la littérature et le mélange des deux est une source d'erreurs de signe permanente. Dans tout ce chapitre, le polynôme caractéristique est pris unitaire :
Jamais . Les deux conventions sont reliées par : les racines sont évidemment les mêmes, les deux polynômes coïncident lorsque est pair, et tous leurs coefficients sont opposés lorsque est impair. Prenez l'habitude de la convention unitaire et n'en changez plus.
Sous-espaces stables et endomorphismes induits
Définition
Définition
Soient un -espace vectoriel, et un sous-espace vectoriel de . On dit que est stable par lorsque
Remarque
L'inclusion demandée est , pas l'égalité. Un sous-espace stable peut parfaitement être écrasé : si est l'endomorphisme nul, tout sous-espace est stable et son image est réduite à .
Notez aussi qu'il s'agit d'une propriété de et de conjointement : un même sous-espace peut être stable par et pas par . Enfin, et sont toujours stables par tout endomorphisme ; on les appelle les sous-espaces stables triviaux, et ils n'apportent aucune information.
Exemple
Trois situations à connaître.
Si est une homothétie, alors tout sous-espace de est stable, puisque reste dans n'importe quel sous-espace contenant .
Si est la dérivation , alors , et sont stables par , puisque dériver fait baisser le degré. En revanche, la droite n'est pas stable : n'est pas colinéaire à .
Si est la rotation d'angle dans , les seuls sous-espaces stables sont et . En effet une droite stable par imposerait colinéaire à , alors que est orthogonal à et non nul.
Propriété
Soient et , deux sous-espaces stables par . Alors et sont stables par . De plus, et sont stables par .
Démonstration. Somme. Soit , écrit avec et . Alors , avec et par stabilité, donc .
Intersection. Soit . Alors car est stable, et car est stable, donc .
Noyau. Si , alors .
Image. Si , alors par définition même de l'image.
L'endomorphisme induit
Définition
Soient et un sous-espace de stable par . L'application
est bien définie et linéaire : c'est un endomorphisme de , appelé endomorphisme induit par sur .
Remarque
La stabilité de est exactement ce qui rend cette définition licite : sans elle, pourrait sortir de et ne serait pas une application de dans . C'est la seule difficulté de cette définition, et c'est aussi le point que les correcteurs vérifient : avant d'écrire , on justifie que est stable.
L'endomorphisme induit n'est pas une restriction anodine. Il possède ses propres valeurs propres, son propre polynôme caractéristique, son propre polynôme minimal, et l'un des ressorts de la fin du chapitre consiste précisément à ramener l'étude de à celle de plusieurs endomorphismes induits, plus simples.
Exemple
Reprenons , , et , qui est stable. L'endomorphisme induit est la dérivation de : . Dans la base de , sa matrice est .
On observe que vérifie alors que sur : l'endomorphisme induit est bien un objet nouveau, plus simple que .
La matrice dans une base adaptée
C'est ici que la notion prend toute sa valeur : un sous-espace stable se lit sur la matrice sous forme d'un bloc de zéros.
Propriété
Base adaptée à un sous-espace stable. Soient de dimension , et un sous-espace de de dimension avec . Soit une base de dont les premiers vecteurs forment une base de . Alors est stable par si et seulement si la matrice de dans est de la forme
où , , et où le bloc nul est de taille . Dans ce cas, .
Démonstration. Notons et .
Supposons stable. Pour , le vecteur appartient à , donc . Les coordonnées de dans sur sont donc nulles : la -ème colonne de a ses derniers coefficients nuls. C'est exactement la forme annoncée, et les premiers coefficients de cette colonne sont les coordonnées de dans , d'où .
Réciproquement, supposons de cette forme. Pour , la colonne donne . Un vecteur quelconque de s'écrit , donc est une combinaison linéaire d'éléments de : il appartient à . Ainsi est stable.
Propriété
Base adaptée à une décomposition en somme directe. Soient et une décomposition de en somme directe de sous-espaces tous stables par . Soit la base de obtenue en concaténant une base de chaque . Alors
où est la matrice de l'endomorphisme induit dans la base choisie de . On dit que la matrice est diagonale par blocs.
Démonstration. Chaque vecteur de la base choisie de appartient à , donc par stabilité. Ses coordonnées dans sont donc nulles en dehors du paquet d'indices correspondant à , et à l'intérieur de ce paquet elles sont les coordonnées de dans la base de . La colonne correspondante de est donc nulle hors du bloc diagonal numéro , où elle vaut la colonne correspondante de .
Exemple
Une décomposition explicite en dimension . Soit l'endomorphisme de de matrice, dans la base canonique,
Posons , qui est un plan, et , qui est une droite.
Stabilité de . Une base de est et . On calcule et . Les deux images sont dans , donc est stable, et l'endomorphisme induit est .
Stabilité de . On a , donc est stable et .
Somme directe. Comme et que (la somme de ses coordonnées vaut , pas ), on a et . Dans la base avec , la matrice de est donc diagonale par blocs, et même diagonale :
Vérification par la trace, qui est un invariant de similitude : et . Nous venons, sans le nommer, de diagonaliser .
Exemple
Une forme triangulaire par blocs. Pour , , dans la base canonique ,
Le sous-espace est stable et engendré par les deux premiers vecteurs de : conformément à la propriété, le bloc inférieur gauche de taille est nul, et le bloc supérieur gauche est bien la matrice de calculée plus haut.
Droites stables
Propriété
Soient et non nul. La droite est stable par si et seulement s'il existe tel que .
Démonstration. Si est stable, alors , donc pour un certain . Réciproquement, si , alors pour tout on a , donc .
Remarque
Cette propriété toute simple est la porte d'entrée du chapitre. Chercher les droites stables d'un endomorphisme, c'est chercher les vecteurs non nuls et les scalaires tels que : ce sont exactement les vecteurs propres et les valeurs propres, que la section suivante définit.
Et l'objectif « diagonaliser » se reformule immédiatement en termes géométriques : est diagonalisable si et seulement si se décompose en somme directe de droites stables, c'est-à-dire si l'on peut casser l'espace en directions que se contente de dilater.
Commutation et stabilité
Voici le résultat de cette section qui servira le plus souvent, et notamment dans presque toutes les démonstrations de la seconde moitié du chapitre.
Propriété
Théorème. Soient tels que . Alors et sont stables par .
Démonstration. Stabilité de . Soit , c'est-à-dire . Calculons l'image de par en utilisant la commutation :
Donc , ce qui prouve .
Stabilité de . Soit : il existe tel que . Alors
Donc .
Propriété
Corollaire. Soient et . Alors et sont stables par .
Démonstration. L'endomorphisme est une combinaison linéaire de puissances de , et commute avec chacune de ses puissances. Par linéarité de la composition, commute donc avec , et le théorème s'applique avec .
Remarque
Ce corollaire est un outil de tous les jours. En particulier, pour tout , le sous-espace est stable par — c'est le sous-espace propre — et plus généralement l'est aussi, ce qui servira pour les sous-espaces caractéristiques.
Un second usage, moins visible mais essentiel : si commute avec , alors tous les sous-espaces propres de sont stables par , puisque commute avec . C'est le point de départ de l'étude du commutant et de la diagonalisation simultanée.
Éléments propres
Valeur propre, vecteur propre, sous-espace propre
Définition
Soient un -espace vectoriel et .
Un scalaire est une valeur propre de lorsqu'il existe un vecteur non nul tel que .
Un tel vecteur est appelé vecteur propre de associé à la valeur propre .
L'ensemble des valeurs propres de s'appelle le spectre de et se note , ou lorsqu'il faut préciser le corps.
Définition
Soient et . On appelle sous-espace propre de associé à le sous-espace
Remarque
Trois précisions de vocabulaire, sur lesquelles se jouent beaucoup de points.
Le vecteur nul n'est jamais un vecteur propre, alors qu'il appartient toujours à . La différence est décisive : est un sous-espace vectoriel, donc contient , mais n'est valeur propre que si contient autre chose que .
En résumé : si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si . Pour , l'écriture garde un sens et désigne .
En revanche, peut être une valeur propre. C'est même un cas important : si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si n'est pas injectif. Ne jamais confondre « valeur propre » et « pas de valeur propre ».
Enfin, un vecteur propre est associé à une seule valeur propre : si avec , alors donc .
Propriété
Soient et . Le sous-espace propre est un sous-espace vectoriel de , stable par ; il est réduit à exactement lorsque . Lorsque , l'endomorphisme induit par sur est l'homothétie de rapport .
Démonstration. C'est le noyau de l'application linéaire , donc un sous-espace vectoriel. Il est stable par d'après le corollaire de la section précédente, appliqué au polynôme . Enfin, pour , on a par définition , ce qui signifie exactement que .
Définitions matricielles
Définition
Soit . Un scalaire est une valeur propre de lorsqu'il existe une colonne non nulle telle que . On définit de même les vecteurs propres, le spectre et les sous-espaces propres
Remarque
Les deux définitions se correspondent exactement : si est une base de et , alors , et est vecteur propre de pour si et seulement si sa colonne de coordonnées dans est vecteur propre de pour . On passera donc librement d'un langage à l'autre.
Une conséquence immédiate : deux matrices semblables ont le même spectre, puisqu'elles représentent le même endomorphisme dans deux bases. Attention, elles n'ont pas les mêmes vecteurs propres, seulement des vecteurs propres qui se correspondent par la matrice de passage.
Caractérisations d'une valeur propre
Propriété
Théorème. Soient de dimension finie , et . Les assertions suivantes sont équivalentes :
- est valeur propre de ;
- ;
- n'est pas injectif ;
- n'est pas bijectif ;
- .
Matriciellement, pour : si et seulement si n'est pas inversible, si et seulement si .
Démonstration. L'équivalence entre 1, 2 et 3 est la définition : est valeur propre s'il existe avec , c'est-à-dire si le noyau de n'est pas réduit à , c'est-à-dire si cet endomorphisme n'est pas injectif.
L'équivalence entre 3 et 4 est le théorème du rang : en dimension finie, un endomorphisme est injectif si et seulement s'il est bijectif. C'est le seul endroit où l'hypothèse de dimension finie intervient.
L'équivalence entre 4 et 5 est la caractérisation d'un automorphisme par son déterminant : est bijectif si et seulement si . Enfin s'annule en même temps que .
Remarque
L'hypothèse de dimension finie n'est pas cosmétique. En dimension infinie, un endomorphisme injectif peut ne pas être surjectif, et le point 4 cesse d'être équivalent aux précédents. Prenons et . Cet endomorphisme est injectif, donc n'est pas valeur propre ; il n'est pourtant pas surjectif, puisque n'a pas d'antécédent. C'est bien la définition par la non-injectivité, et elle seule, qui reste la bonne en toute généralité.
Le point 5 est celui qui permet de calculer : il transforme la recherche des valeurs propres en la résolution d'une équation polynomiale. C'est l'objet de la section suivante.
Exemple
Deux valeurs propres en dimension . Soit . Cherchons ses valeurs propres par la condition :
Donc .
Sous-espace propre pour . On résout , c'est-à-dire (les deux lignes sont identiques). D'où , de dimension .
Sous-espace propre pour . On résout , c'est-à-dire . D'où , de dimension .
Vérifications : et . Les deux droites propres sont supplémentaires dans , donc sera diagonalisable.
Exemple
Un endomorphisme sans valeur propre, et le rôle du corps. Soit , matrice de la rotation d'angle du plan. La condition s'écrit
Sur : aucune solution, donc . La rotation ne conserve aucune direction, ce que la géométrie annonçait.
Sur : les solutions sont et , donc . Les sous-espaces propres se calculent : donne , donc , et de même . Vérification : .
Le spectre dépend du corps sur lequel on travaille. C'est un point à ne jamais négliger : une même matrice réelle peut n'avoir aucune valeur propre dans et en avoir dans . Chaque fois qu'un énoncé parle de valeurs propres, la première question à se poser est : sur quel corps ?
Exemple
En dimension infinie. Soit et la dérivation . Pour tout , la fonction est non nulle et vérifie : tout réel est valeur propre de . Le spectre peut donc être infini quand la dimension l'est, ce qui contraste violemment avec le résultat de dimension finie que nous allons établir.
La somme des sous-espaces propres est directe
Voici le premier théorème structurel du chapitre. Il exprime que des directions propres associées à des dilatations différentes ne peuvent pas se recouper.
Propriété
Théorème. Soient et des valeurs propres de deux à deux distinctes. Alors la somme
est directe.
Démonstration. Raisonnons par récurrence sur . Notons l'assertion : « pour toutes valeurs propres deux à deux distinctes de , la somme des est directe ».
Initialisation. Pour , une somme d'un seul sous-espace est toujours directe : est vraie.
Hérédité. Soit ; supposons vraie et donnons-nous deux à deux distinctes. Pour montrer que la somme est directe, considérons des vecteurs pour tels que
et montrons qu'ils sont tous nuls. Appliquons l'endomorphisme à cette égalité. Pour chaque , on a , donc
Le dernier terme, celui d'indice , s'annule puisque . Il reste donc
Pour chaque , le vecteur appartient encore à , qui est un sous-espace vectoriel. L'hypothèse de récurrence , appliquée aux valeurs propres deux à deux distinctes , affirme que la somme des pour est directe : la décomposition du vecteur nul y est donc unique, et chaque terme est nul,
Or par hypothèse, donc est inversible dans , et pour tout . En reportant dans l'égalité de départ, il vient .
Tous les sont nuls : la somme est directe, et est vraie.
Conclusion. Par récurrence, est vraie pour tout .
Propriété
Corollaire. Soit . Toute famille de vecteurs propres de associés à des valeurs propres deux à deux distinctes est libre.
Démonstration. Soient tels que . Pour chaque , le vecteur appartient à . La somme des étant directe d'après le théorème, l'écriture du vecteur nul est unique et chaque terme est nul : . Comme (c'est un vecteur propre), on obtient pour tout . La famille est libre.
Propriété
Corollaire. Soit de dimension finie et . Alors
Plus précisément, si sont les valeurs propres distinctes de , alors
Démonstration. La somme des sous-espaces propres est directe, donc la dimension de cette somme est la somme des dimensions. Cette somme étant un sous-espace de , sa dimension est majorée par :
Chaque valeur propre fournissant un sous-espace propre de dimension au moins , on obtient .
Propriété
Soient un -espace vectoriel de dimension finie et . Alors : tout endomorphisme d'un -espace vectoriel non nul de dimension finie admet au moins une valeur propre.
Démonstration (elle anticipe la section suivante, qui ne réutilise jamais cette propriété : il n'y a donc aucun cercle vicieux). Nous établirons à la section suivante que la fonction est la fonction polynomiale associée à un polynôme unitaire de degré , le polynôme caractéristique . Comme , ce polynôme n'est pas constant, et le théorème de d'Alembert-Gauss lui fournit au moins une racine . D'après la caractérisation des valeurs propres, .
Remarque
Ce résultat est faux sur , comme le montre la rotation d'angle droit. Il est en revanche vrai sur en dimension impaire : un polynôme réel de degré impair admet toujours une racine réelle, par le théorème des valeurs intermédiaires. Retenez donc que tout endomorphisme d'un -espace vectoriel de dimension impaire possède une valeur propre réelle, et donc une droite stable.
Polynôme caractéristique
Définition et convention
Définition
Soit . On appelle polynôme caractéristique de le polynôme
Remarque
Le déterminant écrit ici est celui d'une matrice à coefficients dans l'anneau , ou, si l'on préfère rester en terrain connu, celui de la matrice à coefficients dans le corps des fractions rationnelles. En pratique, on développe le déterminant comme d'habitude, en traitant comme un scalaire, et on obtient un polynôme.
Attention à la convention. Certains ouvrages définissent le polynôme caractéristique par . Les deux polynômes ont exactement les mêmes racines ; ils sont égaux si est pair, et opposés coefficient par coefficient si est impair. Avec cette autre convention, le coefficient dominant vaut , celui de vaut et le terme constant vaut . Dans tout ce chapitre, , de sorte que est toujours unitaire. C'est cette convention qui donne les formules les plus simples pour la trace et le déterminant, et c'est celle qu'il faut appliquer sans exception.
Propriété
Invariance par similitude. Soient deux matrices semblables. Alors .
Démonstration. Écrivons avec . Comme , on a
Le déterminant étant multiplicatif, et ,
Définition
Soient de dimension finie et . On appelle polynôme caractéristique de le polynôme
Cette définition est licite : deux matrices de dans deux bases sont semblables, donc ont le même polynôme caractéristique.
Remarque
La réciproque de l'invariance est fausse : deux matrices peuvent avoir le même polynôme caractéristique sans être semblables. L'exemple minimal, à connaître, est
Elles ne sont pourtant pas semblables : la seule matrice semblable à est elle-même, puisque . Le polynôme caractéristique est donc un invariant de similitude, mais pas un invariant complet.
Degré et coefficients
Propriété
Théorème. Soit avec . Le polynôme est unitaire de degré , et
Autrement dit, le coefficient de vaut et le terme constant vaut .
Démonstration. Notons et , dont le coefficient d'indice vaut . La formule de Leibniz donne
où désigne l'ensemble des permutations de et la signature de . Examinons les degrés. Dans le produit associé à une permutation , le facteur d'indice est de degré en si , et de degré sinon. Le degré du produit est donc le nombre de points fixes de .
Si , la permutation déplace au moins deux éléments, donc elle a au plus points fixes et le produit correspondant est de degré au plus . Ces termes ne contribuent donc ni au coefficient de , ni à celui de .
Le seul terme à contribuer est celui de , de signature :
où le coefficient de s'obtient en choisissant dans exactement un facteur et dans tous les autres. Comme , on obtient que est unitaire de degré et que son coefficient de vaut .
Pour le terme constant, il suffit d'évaluer en :
la dernière égalité venant du caractère -linéaire du déterminant par rapport aux colonnes, chacune des colonnes étant multipliée par .
Exemple
Dimension , à connaître par cœur. Pour ,
c'est-à-dire
En dimension , on ne calcule donc jamais de déterminant pour obtenir le polynôme caractéristique : on lit la trace et le déterminant. Sur , cela donne immédiatement , ce que nous avions calculé à la main plus haut.
Exemple
Dimension . Pour , la démonstration ci-dessus se poursuit d'un cran et donne
où est la somme des trois mineurs principaux d'ordre , c'est-à-dire des déterminants des trois sous-matrices obtenues en supprimant une ligne et la colonne de même indice. En effet, le coefficient de provient des permutations ayant au moins un point fixe, c'est-à-dire de l'identité et des trois transpositions, ce qui donne exactement .
Appliquons cela à la matrice
Sa trace vaut ; les trois mineurs principaux d'ordre valent , et , de somme ; enfin . Donc
On vérifie que , puis la division par donne . Cette matrice nous accompagnera jusqu'à la fin du chapitre.
En pratique, la formule à trois termes est surtout un outil de contrôle : on calcule par un déterminant, puis on vérifie que le coefficient de vaut bien et le terme constant . Deux contrôles gratuits qui attrapent l'essentiel des erreurs de signe.
Racines du polynôme caractéristique
Propriété
Théorème. Soient de dimension finie , et . Alors
Les valeurs propres de sont donc exactement les racines dans de son polynôme caractéristique.
Démonstration. Fixons une base de et posons . On a, par définition de et par évaluation en ,
D'après la caractérisation des valeurs propres établie à la section précédente, si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si .
Remarque
Ce théorème est le pont entre l'algèbre linéaire et l'algèbre des polynômes, et c'est lui qui rend le calcul des valeurs propres possible. Il achève aussi la démonstration laissée en suspens à la section précédente : est de degré , donc admet une racine dans , donc le spectre d'un endomorphisme complexe est non vide. Et comme un polynôme de degré a au plus racines, on retrouve .
Insistons sur les mots « racines dans ». Le polynôme est le polynôme caractéristique de la rotation d'angle droit ; il n'a pas de racine réelle, et la rotation n'a pas de valeur propre réelle. Le polynôme ne change pas quand on change de corps, le spectre si.
Définition
Soient et . On appelle multiplicité de , notée , la multiplicité de en tant que racine de , c'est-à-dire l'unique entier tel que divise sans que le divise.
On dit que la valeur propre est simple si , double si , et multiple si .
L'encadrement fondamental
Voici l'inégalité la plus utilisée du chapitre, et la source d'erreur numéro un chez les étudiants.
Propriété
Théorème. Soient de dimension finie , et . Alors
En particulier, une valeur propre simple a un sous-espace propre de dimension exactement .
Démonstration. L'inégalité de gauche est la définition d'une valeur propre : contient un vecteur non nul, donc est de dimension au moins .
Pour l'inégalité de droite, posons et choisissons une base de . Complétons-la, par le théorème de la base incomplète, en une base de .
Pour , le vecteur est un vecteur propre associé à , donc : la -ème colonne de ne contient que des zéros, sauf le coefficient en position . La matrice de dans est donc triangulaire par blocs :
avec et . Le déterminant d'une matrice triangulaire par blocs étant le produit des déterminants de ses blocs diagonaux (résultat de première année, repris ci-dessous pour le polynôme caractéristique), on obtient
Ainsi divise , donc la multiplicité de comme racine de est au moins :
Remarque
Le piège central du chapitre : ne jamais confondre et . Le premier est une dimension, calculée en résolvant un système linéaire ; le second est un exposant, lu sur la factorisation de . L'inégalité est toujours vraie dans ce sens, et lorsque est scindé sur , l'égalité pour toute valeur propre est exactement la condition de diagonalisabilité de la section suivante. L'hypothèse « scindé » ne s'oublie pas : sur , la matrice n'a aucune valeur propre, la condition sur les dimensions est donc vraie faute de valeur propre à tester, et pourtant cette matrice n'est pas diagonalisable.
L'exemple minimal de l'inégalité stricte est : on a , donc , alors que est de rang , donc .
Retenez le cas où l'inégalité règle tout : si , alors l'encadrement force . Il n'y a rien à calculer, et c'est une économie précieuse en concours.
Cas triangulaire et triangulaire par blocs
Propriété
Soit une matrice triangulaire (supérieure ou inférieure). Alors
et est l'ensemble des coefficients diagonaux de , la multiplicité de chacun étant son nombre d'occurrences sur la diagonale.
Démonstration. Si est triangulaire supérieure, la matrice l'est aussi, de coefficients diagonaux . Le déterminant d'une matrice triangulaire étant le produit de ses coefficients diagonaux, on obtient la formule annoncée. Les racines de ce produit sont exactement les , avec la multiplicité annoncée. Le cas triangulaire inférieur est identique.
Propriété
Polynôme caractéristique par blocs. Soient , et . Alors
Démonstration. La matrice s'écrit par blocs
Le déterminant d'une matrice triangulaire par blocs est le produit des déterminants des blocs diagonaux, résultat établi en première année. Donc
Propriété
Corollaire. Soient et un sous-espace de stable par , avec . Alors le polynôme caractéristique de l'endomorphisme induit divise celui de :
Démonstration. Si , l'égalité est immédiate. Sinon, posons avec , prenons une base de et complétons-la en une base de . Comme est stable, la propriété de la première section donne
Le calcul par blocs donne alors , donc divise .
Remarque
Ce corollaire est un outil de démonstration très efficace, en particulier dans les deux sens suivants.
D'une part, toute valeur propre de est valeur propre de : elle est racine de , donc de . C'est d'ailleurs évident directement, puisqu'un vecteur propre de est un vecteur propre de .
D'autre part, il borne les valeurs propres possibles de l'endomorphisme induit : si l'on connaît , on connaît la liste des candidats pour , à savoir les diviseurs unitaires de de degré .
Diagonalisation
Définitions
Définition
Soient de dimension finie et . On dit que est diagonalisable lorsqu'il existe une base de dans laquelle la matrice de est diagonale.
Une matrice est dite diagonalisable lorsqu'elle est semblable à une matrice diagonale, c'est-à-dire lorsqu'il existe et diagonale telles que
Remarque
Les deux définitions se correspondent : est diagonalisable si et seulement si sa matrice dans une base quelconque l'est. Et une matrice diagonale est exactement la matrice d'un endomorphisme dans une base vérifiant pour tout : une base dans laquelle la matrice est diagonale est une base de vecteurs propres, et réciproquement.
Une précision indispensable : la diagonalisabilité dépend du corps. Une matrice réelle peut être diagonalisable dans et pas dans , la rotation d'angle droit en étant l'exemple type. Il faut donc toujours écrire « diagonalisable dans » ou « dans » lorsqu'il peut y avoir ambiguïté.
Le théorème des équivalences
Propriété
Théorème. Soient de dimension finie et . Notons les valeurs propres distinctes de . Les assertions suivantes sont équivalentes :
- est diagonalisable ;
- il existe une base de formée de vecteurs propres de ;
- ;
- ;
- est scindé sur et, pour toute valeur propre de , .
Démonstration. Nous montrons , en notant que la somme des sous-espaces propres est toujours directe (théorème de la section 2), ce qui rend équivalentes les assertions 3 et 4.
. Soit une base dans laquelle . La -ème colonne donne , et puisqu'il appartient à une base : chaque est un vecteur propre. La base est donc formée de vecteurs propres.
. Soit une base de vecteurs propres. Chaque appartient à l'un des , donc
La somme des sous-espaces propres vaut donc , et elle est directe d'après le théorème de la section 2.
. Dans une somme directe, la dimension est la somme des dimensions, d'où .
. Supposons et posons . D'après l'encadrement fondamental, pour tout . Par ailleurs, chaque divise et ces polynômes sont deux à deux premiers entre eux, donc leur produit divise , ce qui donne en comparant les degrés
En combinant, il vient
Les deux inégalités sont donc des égalités. De avec terme à terme, on tire pour tout . Et de , on tire que le polynôme unitaire , qui divise et a le même degré que lui, lui est égal : est scindé sur .
. Supposons scindé, c'est-à-dire , et pour tout . En comparant les degrés, , donc
Un sous-espace de de dimension est égal à : la somme directe vaut .
. Concaténons une base de chaque . Comme la somme est directe et vaut , la famille obtenue est une base de , et elle est formée de vecteurs propres. La matrice de dans cette base est diagonale, avec répété fois.
Remarque
Ces cinq caractérisations ne servent pas dans les mêmes situations, et il faut savoir choisir.
Le point 4 est le critère de calcul : on détermine les valeurs propres, on calcule la dimension de chaque sous-espace propre, on additionne, on compare à .
Le point 5 est le critère de rédaction : il découpe la vérification en deux étapes indépendantes, « est-il scindé ? » puis « les dimensions collent-elles ? », et il permet d'éliminer immédiatement les valeurs propres simples, pour lesquelles l'égalité est automatique.
Le point 3 est le point de vue structurel, celui qui sert dans les démonstrations : diagonalisable signifie que l'espace se casse en sous-espaces propres.
Enfin, deux causes de non-diagonalisabilité, et deux seulement : soit n'est pas scindé sur , soit il l'est mais une valeur propre multiple a un sous-espace propre trop petit.
Critères suffisants
Propriété
Théorème. Soient de dimension finie et . Si possède valeurs propres deux à deux distinctes, alors est diagonalisable, et tous ses sous-espaces propres sont des droites.
Démonstration. Notons les valeurs propres, deux à deux distinctes. Chaque sous-espace propre est de dimension au moins , donc
la première inégalité venant du corollaire de la section 2. Il y a donc égalité partout, ce qui d'une part force pour tout , et d'autre part donne : le critère 4 du théorème s'applique.
Remarque
Cette condition est suffisante, pas nécessaire. L'identité est diagonalisable et n'a qu'une seule valeur propre. Écrire « n'a pas valeurs propres distinctes donc n'est pas diagonalisable » est une faute grave et fréquente.
En pratique, ce critère se combine avec l'encadrement fondamental pour réduire le travail au minimum : dès que est scindé, seules les valeurs propres multiples demandent un calcul de dimension. Les valeurs propres simples sont réglées d'avance.
Exemple
Une matrice diagonalisable à valeur propre double. Reprenons
Polynôme caractéristique. Dans le déterminant , remplaçons par : chaque coefficient de la première colonne devient , que l'on factorise. Puis les opérations et donnent une matrice triangulaire :
Contrôle : le coefficient de vaut , et le terme constant vaut , ce qui est cohérent puisque n'est pas inversible (la somme de ses colonnes est nulle).
Valeurs propres. , avec et .
Sous-espace propre pour . La valeur propre est simple, donc sans calcul. Une base : la somme des colonnes de étant nulle, .
Sous-espace propre pour . On a où est la matrice dont tous les coefficients valent . Le système se réduit donc à la seule équation , qui définit un plan : .
Conclusion. Le polynôme caractéristique est scindé sur et les dimensions des sous-espaces propres égalent les multiplicités : est diagonalisable, semblable à . Le contrôle de la trace confirme : .
Exemple
Une matrice non diagonalisable. Reprenons la matrice
dont nous avons établi . Le polynôme est scindé sur , il reste donc à examiner la valeur propre double . On a
Résolvons le système : la troisième ligne donne , et la première donne alors ; la deuxième est automatiquement vérifiée. Donc
n'est pas diagonalisable, ni sur , ni sur : le calcul de est le même dans les deux cas, et le défaut ne vient pas du corps mais de la géométrie de .
Pour mémoire, le sous-espace propre associé à la valeur propre simple est de dimension ; en résolvant , dont les deux premières lignes sont identiques, on trouve puis , donc . La somme des dimensions vaut , ce qui confirme.
Traduction matricielle et méthode
Propriété
Soit diagonalisable, et soit une base de formée de vecteurs propres de , avec . Alors, en notant la matrice dont les colonnes sont et ,
Démonstration. La matrice est celle d'une base dans la base canonique, donc elle est inversible. La -ème colonne de est ; celle de est appliquée à la -ème colonne de , c'est-à-dire fois la -ème colonne de , soit . Les deux matrices et ont les mêmes colonnes, donc , d'où .
Méthode
Diagonaliser une matrice en pratique. Soit .
1. Calculer et le factoriser. Utiliser les opérations élémentaires sur les lignes et les colonnes du déterminant avant de développer : faire apparaître un facteur commun dans une ligne ou une colonne fait gagner beaucoup de temps. Contrôler ensuite le résultat sur deux coefficients : celui de doit valoir , le terme constant .
2. Vérifier que est scindé sur . S'il ne l'est pas, s'arrêter : n'est pas diagonalisable sur (elle peut l'être sur , il faut alors reprendre l'étude). Sur , est toujours scindé et cette étape est automatique.
3. Trier les valeurs propres. Les valeurs propres simples ne demandent aucune vérification : leur sous-espace propre est de dimension . Seules les valeurs propres multiples peuvent faire échouer la diagonalisation. Si a valeurs propres distinctes, conclure immédiatement.
4. Pour chaque valeur propre , résoudre . Donner une base explicite de et comparer à . Un raccourci utile : , et le rang se lit souvent sans calcul (lignes proportionnelles, matrice de rang …).
5. Conclure. Si pour toute valeur propre, est diagonalisable ; sinon, elle ne l'est pas, et il faut le dire en exhibant la valeur propre fautive.
6. Écrire et . Ranger côte à côte, en colonnes, les vecteurs des bases des sous-espaces propres : cela donne . Écrire diagonale en plaçant, à la position , la valeur propre associée à la -ème colonne de . L'ordre des colonnes de et celui des coefficients de doivent se correspondre ; c'est l'erreur la plus fréquente à cette étape.
7. Vérifier . Ne jamais vérifier , qui exige de calculer : l'égalité lui est équivalente et se contrôle colonne par colonne, chaque colonne se réduisant à « fois un vecteur propre égale fois ce vecteur ».
On ne calcule que si l'énoncé le demande, typiquement pour obtenir explicitement.
Exemple
Diagonalisation complète d'une matrice d'ordre . Soit
1. Polynôme caractéristique. La troisième colonne de n'a qu'un coefficient non nul, en position ; développons par rapport à elle :
Contrôle : le coefficient de vaut et ; le terme constant vaut et puisque (développement par la troisième colonne).
2 et 3. Le polynôme est scindé sur à racines simples : possède trois valeurs propres distinctes, , et , donc est diagonalisable et chaque sous-espace propre est une droite.
4. Sous-espaces propres.
Pour , le système s'écrit (lignes et ) et , d'où et :
Pour , le système s'écrit , et , d'où et libre :
Pour , le système s'écrit et , d'où puis :
5 et 6. Matrices et . En rangeant , , en colonnes dans cet ordre :
7. Vérification . Les colonnes de sont , et ; celles de sont , et , soit les mêmes. L'égalité est vérifiée.
Trigonalisation
Lorsque la diagonalisation échoue, il reste un objectif plus modeste et souvent suffisant : rendre la matrice triangulaire. On y gagne déjà beaucoup, puisqu'une matrice triangulaire laisse lire ses valeurs propres sur sa diagonale, son déterminant comme un produit, et son inversibilité d'un coup d'œil.
Définition
Définition
Soient de dimension finie et . On dit que est trigonalisable lorsqu'il existe une base de dans laquelle la matrice de est triangulaire supérieure.
Une matrice est dite trigonalisable lorsqu'elle est semblable à une matrice triangulaire supérieure, c'est-à-dire lorsqu'il existe et triangulaire supérieure telles que .
Remarque
Le choix « supérieure » est une convention sans importance : en renversant l'ordre des vecteurs de la base, une matrice triangulaire supérieure devient triangulaire inférieure. On dit parfois « triangularisable », c'est le même mot.
Notons aussi que tout endomorphisme diagonalisable est trigonalisable, une matrice diagonale étant en particulier triangulaire. La trigonalisation est donc une exigence strictement plus faible.
Le théorème de trigonalisation
Propriété
Théorème. Soient de dimension finie et . Alors
Démonstration. Condition nécessaire. Supposons trigonalisable, de matrice triangulaire de coefficients diagonaux dans une base . Alors
qui est un produit de facteurs de degré à coefficients dans : est scindé sur .
Condition suffisante. Nous montrons par récurrence sur l'assertion : « toute matrice de dont le polynôme caractéristique est scindé sur est semblable à une matrice triangulaire supérieure ». C'est bien la formulation cherchée, puisqu'un endomorphisme est trigonalisable si et seulement si sa matrice dans une base quelconque l'est.
Initialisation. Pour , toute matrice de est déjà triangulaire : est vraie.
Hérédité. Soit ; supposons vraie. Soit telle que soit scindé sur , et soit l'endomorphisme de canoniquement associé à .
Comme est scindé et de degré , il admet une racine , qui est donc une valeur propre de . Choisissons un vecteur propre associé , et complétons-le en une base de . La droite étant stable par , la matrice de dans est triangulaire par blocs :
Les matrices et sont semblables, donc , et le calcul par blocs donne
Ainsi divise , qui est scindé sur ; par unicité de la décomposition en facteurs irréductibles, tout diviseur unitaire d'un polynôme scindé est scindé, donc est scindé sur .
L'hypothèse de récurrence appliquée à fournit et triangulaire supérieure telles que . Posons alors
Cette matrice est inversible, d'inverse la matrice construite de même à partir de , et le produit par blocs donne
La matrice obtenue est triangulaire supérieure, et elle est semblable à , donc à par transitivité de la similitude. est vraie.
Conclusion. Par récurrence, est vraie pour tout .
Propriété
Corollaire. Toute matrice de est trigonalisable. Tout endomorphisme d'un -espace vectoriel de dimension finie est trigonalisable.
Démonstration. Sur , le théorème de d'Alembert-Gauss assure que tout polynôme non constant est scindé. Le polynôme caractéristique l'est donc, et le théorème s'applique.
Remarque
Ce corollaire est l'une des raisons pour lesquelles on passe systématiquement à dans les démonstrations : sur , on peut toujours supposer la matrice triangulaire, quitte à changer de base. Beaucoup de résultats sur les matrices réelles se démontrent ainsi, en les regardant comme des matrices complexes, en concluant sur , puis en revenant à lorsque la conclusion est de nature réelle (une égalité de traces, de déterminants, de rangs).
Trace et déterminant à l'aide des valeurs propres
Propriété
Théorème. Soit tel que soit scindé sur , et soient ses valeurs propres comptées avec leur multiplicité, c'est-à-dire les racines de répétées selon leur ordre de multiplicité. Alors
En particulier, ces deux formules valent toujours pour une matrice de .
Démonstration. Par hypothèse, . Développons ce produit et identifions avec l'écriture générale du polynôme caractéristique établie à la section 3.
Le coefficient de dans s'obtient en choisissant dans exactement un facteur : il vaut . Or ce coefficient vaut , d'où .
Le terme constant s'obtient en évaluant en : il vaut . Or il vaut aussi , d'où après simplification par .
Remarque
La formule se lit aussi sur la forme triangulaire : dans une base de trigonalisation, la diagonale porte exactement les valeurs propres avec leur multiplicité, et la trace comme le déterminant d'une matrice triangulaire se lisent sur la diagonale.
Deux conséquences pratiques. D'abord, un endomorphisme est inversible si et seulement si n'est pas valeur propre : c'est immédiat sur lorsque est scindé, et vrai en général puisque équivaut à . Ensuite, ces deux égalités sont des contrôles gratuits : après tout calcul de valeurs propres, on vérifie que leur somme donne la trace. Si elle ne la donne pas, le calcul est faux.
Trigonaliser en pratique, en dimensions et
Remarque
La pratique de la trigonalisation n'est pas un objectif du programme de MP. On sait qu'une matrice complexe est toujours trigonalisable, on utilise ce fait dans les démonstrations, mais on ne demande pas de mener le calcul explicite en général. Ce qui suit se limite donc aux dimensions et , où la méthode est courte, et sert surtout à voir concrètement à quoi ressemble une base de trigonalisation.
Méthode
Trigonaliser en dimension avec une valeur propre double. Supposons scindé, avec , donc non diagonalisable.
- Calculer et ; noter un vecteur propre pour et un vecteur propre pour .
- Chercher tel que . Ce système est compatible (nous l'admettrons ici, la théorie des sous-espaces caractéristiques le justifiera) et son ensemble de solutions est une droite affine ; choisir la solution la plus simple.
- Vérifier que est une base, en calculant le déterminant de la matrice de leurs coordonnées.
- Écrire colonne par colonne à partir de , et .
- Contrôler par .
Exemple
Trigonalisation explicite. Reprenons la matrice
avec , et où
Recherche de . On résout , c'est-à-dire le système
La troisième équation donne , la première donne alors , et la deuxième est vérifiée. La solution la plus simple est , soit . On vérifie directement que est la troisième colonne de , à savoir .
Base et matrices. Posons
Son déterminant, développé par la troisième colonne, vaut : est bien une base. Les images sont , et , d'où
Vérification . Les colonnes de sont , et . Celles de sont , et . Les deux matrices coïncident.
Contrôle final : et .
Endomorphismes et matrices nilpotents
Les endomorphismes nilpotents sont, en un sens précis, l'exact opposé des endomorphismes diagonalisables : les seconds n'ont que des directions propres, les premiers n'en ont presque pas. Ils apparaissent naturellement dans les blocs des matrices trigonalisées, et c'est à ce titre qu'ils sont indispensables.
Définition et indice
Définition
Soit . On dit que est nilpotent lorsqu'il existe un entier tel que . Dans ce cas, le plus petit tel entier s'appelle l'indice de nilpotence de , et se note souvent : il vérifie
Une matrice est nilpotente lorsqu'il existe tel que .
Exemple
La matrice
donc elle est nilpotente d'indice .
La dérivation sur est nilpotente d'indice : dériver fois un polynôme de degré au plus donne , alors que .
Caractérisations
Propriété
Théorème. Soient de dimension finie et . Les assertions suivantes sont équivalentes :
- est nilpotent ;
- ;
- il existe une base de dans laquelle la matrice de est triangulaire supérieure stricte, c'est-à-dire triangulaire supérieure à diagonale nulle.
De plus, l'indice de nilpotence de est alors inférieur ou égal à , et l'on a .
Démonstration. . Supposons avec . Montrons d'abord que la seule valeur propre possible est : si avec , une récurrence immédiate donne , donc , ce qui force , puis .
Fixons une base et notons la matrice de . Regardons comme un élément de : elle y est encore nilpotente, puisque ne dépend pas du corps dans lequel on lit les coefficients, et son polynôme caractéristique est le même polynôme . Sur , est scindé par d'Alembert-Gauss ; ses racines sont les valeurs propres complexes de , qui sont toutes nulles par l'argument précédent. Donc , égalité entre polynômes à coefficients dans .
. Si , alors est scindé sur , donc est trigonalisable : il existe une base dans laquelle est triangulaire supérieure. Les coefficients diagonaux de sont les racines de , donc ils sont tous nuls : est triangulaire supérieure stricte.
. Soit une base dans laquelle la matrice est triangulaire supérieure stricte. Posons et pour . La colonne de la matrice n'ayant de coefficients non nuls qu'aux lignes d'indice strictement inférieur à , on a
donc par linéarité. En itérant fois,
donc et est nilpotent, d'indice au plus .
Remarque
La dernière chaîne d'inclusions donne gratuitement la majoration de l'indice : un endomorphisme nilpotent d'un espace de dimension vérifie toujours . Il est donc inutile de calculer , … pour tester la nilpotence : si , l'endomorphisme n'est pas nilpotent.
Deux conséquences à retenir. Un endomorphisme nilpotent non nul n'est jamais diagonalisable : son seul sous-espace propre est , et s'il était diagonalisable il serait semblable à la matrice nulle, donc nul. Et un endomorphisme nilpotent n'est jamais inversible dès que , puisque .
Enfin, un piège classique : la somme de deux matrices nilpotentes n'est en général pas nilpotente. Avec et , la somme vérifie . La stabilité par somme n'a lieu que si les deux matrices commutent.
Polynômes d'un endomorphisme
L'algèbre
Définition
Soient et . On pose
avec la convention . On définit de même pour , avec .
Propriété
Théorème. Soit . L'application
est un morphisme d'algèbres : pour tous et tous ,
Son image, notée , est une sous-algèbre commutative de : deux polynômes en commutent toujours.
Démonstration. La linéarité est immédiate par regroupement des coefficients. Pour le produit, écrivons et ; alors , donc
où l'on a utilisé et la bilinéarité de la composition. Enfin par définition.
L'image d'un morphisme d'algèbres est une sous-algèbre. Elle est commutative car, étant commutatif,
Remarque
Ce théorème est la clef de toute la suite : il permet de transporter l'arithmétique des polynômes dans . Une factorisation devient une factorisation ; une relation de Bézout devient une identité entre endomorphismes. C'est exactement ce dont vivra le lemme des noyaux.
Attention toutefois : ne vaut que pour deux polynômes en le même endomorphisme. Si et ne commutent pas, et n'ont aucune raison de commuter.
Polynômes annulateurs et polynôme minimal
Définition
Soit . Un polynôme est un polynôme annulateur de lorsque . L'ensemble
s'appelle l'idéal annulateur de : c'est un idéal de , c'est-à-dire un sous-espace vectoriel stable par multiplication par un polynôme quelconque.
Propriété
Théorème. Soient de dimension finie et . Alors admet un polynôme annulateur non nul, et il existe un unique polynôme unitaire tel que
c'est-à-dire tel que, pour tout ,
Ce polynôme s'appelle le polynôme minimal de . C'est le polynôme unitaire non nul de plus petit degré annulant .
Démonstration. Existence d'un annulateur non nul. L'espace est de dimension finie . La famille compte vecteurs de : elle est donc liée. Il existe des scalaires non tous nuls tels que , c'est-à-dire avec non nul.
Existence de . L'ensemble des degrés des polynômes annulateurs non nuls est une partie non vide de ; elle admet donc un plus petit élément . Soit un polynôme annulateur non nul de degré ; quitte à le diviser par son coefficient dominant, ce qui ne change pas le fait qu'il annule , on le suppose unitaire. Notons .
Soit . La division euclidienne de par , licite puisque , s'écrit avec . En évaluant en ,
donc est un polynôme annulateur de degré strictement inférieur à : par minimalité de , il est nul. Ainsi , et . Réciproquement, si , alors .
Unicité. Si et sont deux polynômes unitaires vérifiant la propriété, chacun divise l'autre, donc ils sont associés ; étant tous deux unitaires, ils sont égaux.
Propriété
Soient et . Alors la famille est une base de , et
Démonstration. Famille génératrice. Soit , disons . La division euclidienne avec donne , qui est combinaison linéaire de .
Famille libre. Si , le polynôme annule et vérifie . Par minimalité du degré de , il est nul, donc tous les sont nuls.
Valeurs propres et polynômes annulateurs
Propriété
Théorème. Soient , et un polynôme annulateur de . Alors .
Autrement dit : toute valeur propre de est racine de tout polynôme annulateur de .
Démonstration. Commençons par un lemme : si est un vecteur propre de associé à , alors pour tout ,
En effet, une récurrence immédiate donne pour tout : c'est vrai pour , et si alors . En écrivant et en utilisant la linéarité,
Appliquons-le à . Soit un vecteur propre associé à , donc . Alors
et comme , il vient .
Remarque
La réciproque est fausse. Une racine d'un polynôme annulateur n'est pas nécessairement une valeur propre. Prenons sur un espace de dimension et . Alors , donc annule , et pourtant .
Le bon énoncé est donc une inclusion : est contenu dans l'ensemble des racines de tout polynôme annulateur. C'est déjà très utile, car cela restreint la liste des candidats : si l'on connaît un polynôme annulateur, on connaît une liste finie de valeurs propres possibles, à tester ensuite une par une.
Il existe cependant un polynôme annulateur pour lequel l'égalité a lieu, et c'est le polynôme minimal.
Propriété
Théorème. Soient de dimension finie et . Les racines de dans sont exactement les valeurs propres de .
Démonstration. Inclusion directe. Toute valeur propre est racine de tout polynôme annulateur, donc de .
Inclusion réciproque. Soit une racine de dans . Écrivons avec . Par minimalité du degré de , le polynôme n'annule pas : il existe donc tel que . Or
donc est un vecteur non nul du noyau de : c'est un vecteur propre, et .
Exemple
Lire le spectre sur une relation. Soit vérifiant . Alors annule , donc
Aucun calcul de déterminant n'a été nécessaire. En revanche, on ne peut pas affirmer que ces trois valeurs sont effectivement atteintes : pour , le spectre est .
Lemme de décomposition des noyaux
C'est le théorème charnière du chapitre : il traduit une factorisation de polynômes en une décomposition de l'espace.
Propriété
Théorème (lemme des noyaux, deux facteurs). Soient et deux polynômes premiers entre eux. Alors
De plus, ces trois sous-espaces sont stables par .
Démonstration. Les polynômes et étant premiers entre eux, le théorème de Bézout fournit tels que
En appliquant le morphisme , qui transforme sommes en sommes et produits en composées, on obtient l'identité fondamentale entre endomorphismes :
Nous appellerons cette égalité l'identité de Bézout dans la suite de la démonstration.
Les deux noyaux sont inclus dans le grand. Comme , tout annulé par est annulé par , et de même pour . Donc .
La somme est directe. Soit . En appliquant l'identité de Bézout à ,
L'intersection est donc réduite à et la somme est directe.
Inclusion réciproque. Soit . Posons
de sorte que d'après l'identité de Bézout. Montrons que : comme tous ces endomorphismes sont des polynômes en , ils commutent entre eux, donc
Le même calcul, en échangeant les rôles, donne , donc . Ainsi .
Stabilité. Chacun de ces sous-espaces est le noyau d'un polynôme en , donc stable par d'après le corollaire de la section 1.
Propriété
Théorème (lemme des noyaux, cas général). Soient et des polynômes deux à deux premiers entre eux. Posons . Alors
et chacun de ces sous-espaces est stable par .
En particulier, si est un polynôme annulateur de , alors .
Démonstration. Récurrence sur . Le cas est le théorème précédent. Supposons le résultat vrai au rang et donnons-nous deux à deux premiers entre eux. Le polynôme est premier avec chacun des , donc il est premier avec leur produit (propriété classique de l'arithmétique des polynômes). Le cas de deux facteurs donne alors
et l'hypothèse de récurrence décompose le premier terme en . D'où le résultat.
Pour le cas particulier, si alors .
Remarque
Retenez la mécanique, qui est toujours la même : on part d'un polynôme annulateur, on le factorise en facteurs deux à deux premiers entre eux, et on obtient gratuitement une décomposition de en somme directe de sous-espaces stables. Le reste du chapitre n'est qu'une suite d'applications de cette phrase.
L'hypothèse « premiers entre eux » est indispensable. Avec , on aurait , ce qui est absurde dès que .
Exemple
Décomposition associée à une involution. Soit tel que . Le polynôme annule , et ses deux facteurs sont premiers entre eux dans (leur différence vaut , inversible dans comme dans ). Le lemme des noyaux donne
On retrouve la décomposition d'une symétrie en somme directe de son sous-espace de vecteurs invariants et de son sous-espace de vecteurs changés en leur opposé, résultat démontré en première année par un calcul explicite. Le lemme des noyaux l'obtient en deux lignes.
Exemple
Un exemple numérique. Soit vérifiant . Le polynôme annulateur se factorise en
trois facteurs deux à deux premiers entre eux. Le lemme des noyaux donne
L'espace est somme directe des sous-espaces propres : d'après l'assertion 3 du théorème des équivalences, cela signifie exactement que est diagonalisable. On peut même préciser : si par exemple et , alors , , donc et est semblable à .
Diagonalisabilité et polynôme annulateur
Nous arrivons au résultat le plus efficace du chapitre. Il caractérise la diagonalisabilité sans calculer aucun sous-espace propre, et même sans calculer le polynôme caractéristique.
Propriété
Théorème. Soient de dimension finie et . Les assertions suivantes sont équivalentes :
- est diagonalisable ;
- il existe un polynôme scindé sur à racines simples annulant ;
- est scindé sur à racines simples.
De plus, si est diagonalisable, alors
Démonstration. . Supposons diagonalisable et notons ses valeurs propres distinctes. Posons
qui est scindé sur à racines simples. Montrons que . Comme est diagonalisable, , et il suffit donc de vérifier que s'annule sur chaque . Soit . Les facteurs de étant des polynômes en , ils commutent, et l'on peut écrire
Par linéarité, est nul sur toute somme de tels vecteurs, c'est-à-dire sur tout entier.
. Soit scindé à racines simples annulant . Alors divise . Or tout diviseur unitaire d'un polynôme scindé à racines simples est lui-même scindé à racines simples, puisque sa décomposition en facteurs irréductibles est extraite de celle de . Donc est scindé à racines simples.
. Supposons avec les deux à deux distincts. Les polynômes sont deux à deux premiers entre eux, et annule ; le lemme des noyaux donne donc
L'espace est donc somme directe de sous-espaces propres de : d'après le théorème des équivalences de la section 4, est diagonalisable. (Au passage, chaque est bien une valeur propre, sinon le sous-espace correspondant serait nul et l'on pourrait supprimer le facteur, contredisant la minimalité de .)
Expression de . Si est diagonalisable, le polynôme annule d'après la première implication, donc . Réciproquement, toute valeur propre est racine de , donc . Ces deux polynômes unitaires se divisent mutuellement : ils sont égaux.
Remarque
Comparons les deux critères de diagonalisabilité dont nous disposons désormais.
Le critère de la section 4, par les dimensions des sous-espaces propres, est constructif : il fournit la base de vecteurs propres, donc la matrice . Il est indispensable dès qu'on veut diagonaliser explicitement.
Le critère par polynôme annulateur est qualitatif : il répond par oui ou par non sans rien construire, mais il répond souvent en trois lignes. C'est celui qu'il faut employer chaque fois que l'énoncé fournit une relation algébrique du type , , ou , et chaque fois qu'on travaille sur un espace de dimension non précisée ou grande.
Attention à l'hypothèse « scindé sur ». Un polynôme à racines simples dans mais non scindé dans ne donne rien sur . C'est le cas de , à racines simples, qui annule la rotation d'angle droit : celle-ci est diagonalisable sur et pas sur .
Applications immédiates
Propriété
Projecteurs. Soit tel que . Alors est diagonalisable, , et
Démonstration. Le polynôme annule ; il est scindé sur à racines simples, donc est diagonalisable, et ses valeurs propres sont parmi les racines . Le lemme des noyaux donne , et l'on reconnaît , puisque tout vecteur de l'image s'écrit et vérifie alors .
Propriété
Symétries. Soit tel que . Alors est diagonalisable, , et il existe une base dans laquelle la matrice de est diagonale à coefficients et .
Démonstration. Le polynôme annule . Il est scindé sur , et ses racines et sont distinctes puisque vaut ou . Le théorème s'applique.
Exemple
Diagonalisabilité selon le corps. Soit
matrice de la permutation circulaire des vecteurs de la base canonique. On vérifie sans peine que , donc annule .
Sur . Le polynôme est scindé, de racines simples , et où . Donc est diagonalisable dans , semblable à .
Sur . La factorisation en irréductibles réels est , et n'a pas de racine réelle. Calculons en développant selon la première ligne :
Ce polynôme n'est pas scindé sur , donc n'est pas diagonalisable dans ; elle n'y est même pas trigonalisable.
Endomorphisme induit
Propriété
Théorème. Soient diagonalisable et un sous-espace de non nul et stable par . Alors l'endomorphisme induit est diagonalisable.
Démonstration. Commençons par une observation : pour tout , on a , c'est-à-dire que est la restriction de à . En effet, est la restriction de à , donc est la restriction de à pour tout (ce qui a un sens car est stable), et l'on conclut par linéarité.
Comme est diagonalisable, son polynôme minimal est scindé sur à racines simples. Or
donc est un polynôme annulateur de , scindé à racines simples. D'après le théorème, est diagonalisable.
Remarque
Ce résultat est très commode : il évite tout calcul. Il signifie qu'un endomorphisme diagonalisable ne peut pas cacher de « mauvais » comportement sur un sous-espace stable, et il est à la base de l'étude de la diagonalisation simultanée de deux endomorphismes qui commutent.
Notons au passage que divise : l'endomorphisme induit ne peut avoir que des valeurs propres de , ce que le corollaire sur les polynômes caractéristiques disait déjà.
Théorème de Cayley-Hamilton
Énoncé
Propriété
Théorème de Cayley-Hamilton. Soient de dimension finie et . Alors
Matriciellement : pour toute , on a .
Ce théorème est ADMIS. Sa démonstration n'est pas exigible au programme de MP.
Remarque
Le résultat est spectaculaire : le polynôme caractéristique, défini par un déterminant, donc par un calcul qui n'a a priori rien à voir avec la composition des endomorphismes, se trouve annuler l'endomorphisme lui-même.
Une mise en garde s'impose sur la « démonstration » que tout le monde essaie d'écrire au moins une fois : « ». Elle est fausse, et pour une raison de fond : dans , la lettre désigne un scalaire que l'on multiplie par , on ne peut donc pas y substituer une matrice. Le résultat est une matrice, alors que le prétendu calcul produit un scalaire. Substituer à dans une expression où joue le rôle d'un scalaire n'a aucun sens.
Vérifions plutôt l'énoncé en dimension , où il est immédiat. Pour , on a , et
comme on le vérifie coefficient par coefficient : par exemple en position , . Donc .
Conséquences
Propriété
Corollaire. Soient de dimension finie et . Alors :
- divise ;
- ;
- et ont les mêmes racines dans , à savoir les valeurs propres de (les multiplicités, elles, diffèrent en général) ;
- si est scindé sur , alors l'est aussi.
Démonstration. Point 1. Le théorème de Cayley-Hamilton dit que est un polynôme annulateur de ; or tout polynôme annulateur est multiple de .
Point 2. Conséquence immédiate du point 1, puisque .
Point 3. Les racines de sont exactement les valeurs propres (théorème de la section 7), et les racines de aussi (théorème de la section 3).
Point 4. Un diviseur unitaire d'un polynôme scindé est scindé.
Remarque
Le point 2 est une amélioration considérable de la majoration que fournissait l'argument de dimension utilisé pour construire . Il en découle que : l'algèbre des polynômes en est petite.
Le point 3 permet souvent de deviner sans calcul. Si est scindé sur et s'écrit , alors
ce qui ne laisse qu'un petit nombre de candidats, à tester par le calcul en commençant par le plus petit. Les deux cas extrêmes sont éclairants : signifie que est diagonalisable, et se produit notamment lorsque est à racines simples.
Application : l'inverse comme polynôme en
Propriété
Soit inversible, de polynôme caractéristique
Alors
En particulier, l'inverse d'une matrice inversible est un polynôme en cette matrice.
Démonstration. Cayley-Hamilton donne . En isolant le terme constant puis en factorisant par ,
Comme est inversible, , donc et l'on peut diviser par : la matrice entre parenthèses, divisée par , est l'inverse de .
Exemple
En dimension . Pour , on a et , donc . Cayley-Hamilton donne , c'est-à-dire , d'où
Contrôle par la formule usuelle en dimension : , qui est la même matrice.
Exemple
En dimension . Reprenons la matrice
de polynôme caractéristique . Cayley-Hamilton donne
et par conséquent . Avec
on obtient
Vérification sur la première ligne du produit : . Les deux autres lignes se contrôlent de même.
Remarquons que le contrôle de la trace de est gratuit : , et la somme des carrés des valeurs propres vaut .
Application : calculer par division euclidienne
Méthode
Calculer sans diagonaliser. L'idée est d'effectuer la division euclidienne de par un polynôme annulateur de , typiquement ou .
- Écrire la division euclidienne avec . Les polynômes et dépendent de , mais seul nous intéresse.
- Évaluer en : puisque , il vient . Le problème est ramené à la détermination des coefficients de .
- Écrire et déterminer les en évaluant l'identité aux racines de : chaque racine donne l'équation .
- Si une racine est multiple d'ordre , une seule équation ne suffit pas : on dérive l'identité fois et on l'évalue en . Comme est racine d'ordre de , les premières dérivées de s'annulent en , et l'on obtient les équations supplémentaires , puis , etc.
- Résoudre le système, écrire , et contrôler pour , et , où l'on doit retrouver , et .
Cette méthode a un avantage décisif sur la diagonalisation : elle fonctionne même quand n'est pas diagonalisable, et elle ne demande jamais de calculer .
Exemple
Puissances d'une matrice non diagonalisable. Reprenons la matrice
de polynôme caractéristique . Cette matrice n'est pas diagonalisable, la méthode par division euclidienne est donc la bonne.
Soit . La division euclidienne de par s'écrit
Équation en (racine simple) : .
Équation en (racine double) : .
Équation par dérivation en . En dérivant l'identité, le terme donne une expression qui contient encore le facteur , donc s'annule en ; il reste
Résolution. De la troisième équation, . En reportant dans la deuxième, , soit . En reportant les deux dans la première,
d'où, puisque ,
Conclusion. Pour tout ,
Contrôles. Pour : , , , donc . Pour : , , , donc . Pour : , , , donc . Les trois contrôles passent.
Remarque de méthode. On aurait pu diviser par plutôt que par pour obtenir un reste de degré plus petit. Ici , comme on le vérifie en calculant , qui n'est pas nulle : il n'y a donc rien à gagner.
Sous-espaces caractéristiques
La section précédente nous laisse avec une question naturelle. Quand est diagonalisable, se casse en sous-espaces propres. Quand il ne l'est pas, les sous-espaces propres sont trop petits pour remplir : par quoi faut-il les remplacer ? La réponse consiste à élargir chaque en .
Définition
Soient de dimension finie, et de multiplicité . On appelle sous-espace caractéristique de associé à le sous-espace
Propriété
Soient et . Alors est un sous-espace vectoriel de , stable par , et
avec égalité si et seulement si . En particulier, si , alors .
Démonstration. C'est le noyau du polynôme évalué en , donc un sous-espace vectoriel stable par d'après le corollaire de la section 1. L'inclusion vient de ce que entraîne . Si , les deux sous-espaces sont définis par la même équation.
Propriété
Théorème de décomposition. Soient de dimension finie et tel que soit scindé sur . Notons les valeurs propres distinctes de et leurs multiplicités, de sorte que
Alors
Démonstration. Décomposition. Les polynômes sont deux à deux premiers entre eux, puisque les sont deux à deux distincts et que ces polynômes n'ont donc aucune racine commune. Leur produit est , qui annule d'après le théorème de Cayley-Hamilton. Le lemme des noyaux, appliqué à cette factorisation, donne
Dimensions. Posons et notons l'endomorphisme induit par sur , qui est bien défini par stabilité. Par définition de , on a
donc est un endomorphisme nilpotent de . D'après la caractérisation des endomorphismes nilpotents, son polynôme caractéristique est , et par conséquent
puisque le polynôme caractéristique de s'obtient à partir de celui de en remplaçant par (translation immédiate sur le déterminant ).
Par ailleurs, les étant stables et en somme directe égale à , la matrice de dans une base adaptée est diagonale par blocs, d'où
En comparant avec et par unicité de la décomposition en facteurs irréductibles, on conclut pour tout .
Propriété
Traduction matricielle. Soit dont le polynôme caractéristique est scindé, de valeurs propres distinctes de multiplicités . Alors est semblable à une matrice diagonale par blocs
où chaque est nilpotente, que l'on peut de plus choisir triangulaire supérieure stricte.
Démonstration. Prenons une base adaptée à la décomposition . La matrice de y est diagonale par blocs, le bloc étant la matrice de dans la base choisie de , de taille d'après le théorème. Or est nilpotent, donc est nilpotente. Quitte à choisir dans chaque une base qui triangularise l'endomorphisme nilpotent , ce qui est possible d'après la caractérisation des nilpotents, on peut supposer triangulaire supérieure stricte.
Remarque
Ce résultat est la meilleure réduction générale du programme de MP : sur , toute matrice est semblable à une matrice diagonale par blocs dont chaque bloc est « une valeur propre sur la diagonale plus une nilpotente ». La diagonalisabilité correspond au cas où toutes les nilpotentes sont nulles, c'est-à-dire au cas où pour toute valeur propre.
Ce point de vue explique aussi le rôle de la multiplicité. Le sous-espace propre peut être trop petit, mais le sous-espace caractéristique , lui, a toujours la dimension attendue. C'est le bon objet, celui qui compte juste.
Exemple
Sous-espaces caractéristiques en dimension . Reprenons une dernière fois la matrice
avec , donc et .
Le sous-espace caractéristique de . La multiplicité valant , on a avec , et .
Le sous-espace caractéristique de . Il faut calculer . En posant , on obtient ligne par ligne
la première ligne étant et les deux autres se calculant de même. Le système se réduit donc à , qui définit un plan :
On a bien , alors que : le sous-espace caractéristique est strictement plus grand que le sous-espace propre, ce qui traduit exactement la non-diagonalisabilité.
Décomposition et forme réduite. Les vecteurs , , forment une base de (c'est la base de trigonalisation obtenue à la section 5), donc , et
La matrice est bien diagonale par blocs, de blocs et
la matrice étant nilpotente d'indice . C'est exactement la forme annoncée par le théorème.
Méthodes et applications
Calculer les puissances d'une matrice
Méthode
Calculer : les deux voies.
Voie 1, la diagonalisation. Applicable si et seulement si est diagonalisable. Écrire , puis
la démonstration étant le télescopage , à rédiger par récurrence. La puissance s'obtient en élevant chaque coefficient diagonal à la puissance . Coût : le calcul de et deux produits matriciels.
Voie 2, la division euclidienne. Toujours applicable. Diviser par (ou par , de degré plus petit), évaluer en , déterminer le reste par les racines et, en cas de racine multiple, par dérivation. Coût : la résolution d'un petit système linéaire, mais aucune inversion de matrice.
Comment choisir. Si est diagonalisable et que est facile (dimension , ou remarquable), la voie 1 est plus rapide et donne un résultat plus lisible. Si n'est pas diagonalisable, ou si avec un compliqué, la voie 2 est nettement préférable. Dans les deux cas, on contrôle le résultat pour et : c'est gratuit et cela attrape presque toutes les erreurs.
Un troisième cas, très fréquent, mérite d'être isolé : si avec nilpotente, alors et commutent et la formule du binôme donne
où est l'indice de nilpotence de : la somme est finie, quelle que soit la taille de .
Résoudre un système de suites récurrentes couplées
Méthode
Deux suites couplées. Un système du type
se met sous forme matricielle avec et . Une récurrence immédiate donne
et le problème est ramené au calcul de . On diagonalise si possible, sinon on utilise la division euclidienne.
Exemple
Un système complet. Résolvons
1. Mise sous forme matricielle. Avec et , le système s'écrit , donc avec .
2. Diagonalisation de . On lit et , donc
Deux valeurs propres distinctes en dimension : est diagonalisable.
Pour : le système s'écrit , d'où .
Pour : le système s'écrit , d'où .
3. Matrices , et . On pose
Contrôle : .
4. Puissance. On calcule en effectuant d'abord , puis
Contrôles : pour on trouve , et pour on trouve .
5. Conclusion. Comme et que est le premier vecteur de la base canonique, est la première colonne de :
Vérification. Pour : et , conformes aux conditions initiales. Pour : et le système donne ; et le système donne . Pour : et le système donne ; et le système donne .
Déterminer un commutant
Propriété
Théorème. Soit diagonalisable dont les valeurs propres sont deux à deux distinctes. Alors le commutant de ,
est un sous-espace vectoriel de dimension , et
Démonstration. Réduction au cas diagonal. Écrivons avec à coefficients deux à deux distincts. Pour , posons . Alors
en multipliant à gauche par et à droite par . L'application étant un isomorphisme de , il suffit de déterminer le commutant de et de revenir par cet isomorphisme, qui conserve les dimensions.
Commutant d'une matrice diagonale à coefficients distincts. Notons . Le coefficient d'indice de vaut , celui de vaut . L'égalité équivaut donc à
Pour , on a , donc ; pour , la condition est vide. Le commutant de est donc l'ensemble des matrices diagonales, de dimension . Par transport, .
Identification avec . Tout polynôme en commute avec , donc . Par ailleurs est diagonalisable avec valeurs propres distinctes, donc est de degré , et . Un sous-espace de dimension inclus dans un espace de dimension lui est égal : .
Remarque
La rédaction type, en exercice, est plus courte encore : « soit commutant avec ; pour toute valeur propre , le sous-espace est stable par (théorème de commutation de la section 1) ; comme , la restriction de à cette droite est une homothétie, donc chaque vecteur propre de est vecteur propre de ; est donc diagonale dans la base de diagonalisation de ». On retrouve la même conclusion par la géométrie.
Attention, l'hypothèse « valeurs propres distinctes » est essentielle : le commutant de est tout entier, de dimension .
Montrer qu'une matrice est diagonalisable sans calculer ses sous-espaces propres
Méthode
La voie du polynôme annulateur. Lorsque l'énoncé fournit une relation algébrique sur , ou qu'on en devine une, on procède ainsi.
- Fabriquer un polynôme annulateur à partir de la relation : donne , donne , et ainsi de suite.
- Le factoriser sur et regarder ses racines. Si est scindé sur à racines simples, conclure : est diagonalisable.
- Si est scindé sur mais a une racine multiple, ne pas conclure trop vite : le remplacer par le produit de ses facteurs pris sans répétition, et tester si annule encore . S'il l'annule, est diagonalisable ; sinon, elle ne l'est pas, car si était diagonalisable son polynôme minimal serait le produit des pour décrivant le spectre, lequel divise , et annulerait donc . Si n'est pas scindé sur , ce test ne s'applique pas tel quel : est annulée par sans être diagonalisable sur .
- Pour préciser le spectre, tester chaque racine : est effectivement valeur propre si et seulement si n'est pas inversible.
Exemple
Diagonalisabilité en trois lignes. Soit
Un calcul direct donne
donc le polynôme annule . Il est scindé sur à racines simples : est diagonalisable dans , et .
Précisons. La matrice a toutes ses lignes égales, donc n'est pas inversible : est valeur propre. La somme des colonnes de est nulle, donc est valeur propre. Le spectre est donc exactement , et comme , si l'on note et les multiplicités de et de , on a et , d'où et . Ainsi est semblable à .
Aucun déterminant, aucun système linéaire : c'est tout l'intérêt de la méthode. Notons que la diagonalisabilité a été obtenue par le seul calcul de , et non par un argument sur les matrices symétriques, qui n'est pas disponible à ce stade du programme.
Les réflexes du chapitre
Pour finir, la liste des automatismes à installer, et des fautes qui coûtent le plus de points.
1. Toujours préciser le corps. La diagonalisabilité, la trigonalisabilité et le spectre dépendent de . Écrire « est diagonalisable » sans dire où est une phrase incomplète dès que la matrice est réelle et que n'est pas scindé sur .
2. Ne jamais confondre et . L'inégalité va toujours dans ce sens, et l'égalité pour toutes les valeurs propres est exactement la diagonalisabilité (quand est scindé). Corollaire à exploiter systématiquement : une valeur propre simple ne demande aucun calcul de dimension.
3. Une racine d'un polynôme annulateur n'est pas forcément une valeur propre. Le bon énoncé est l'inclusion pour tout annulateur . L'égalité n'est garantie que pour et pour .
4. Utiliser la trace et le déterminant comme contrôles. Après tout calcul de valeurs propres avec un polynôme caractéristique scindé, vérifier que leur somme vaut et leur produit . Après toute diagonalisation, vérifier colonne par colonne, jamais .
5. Choisir le bon critère de diagonalisabilité. Un énoncé qui fournit une relation algébrique (, , ) appelle le critère du polynôme annulateur. Un énoncé qui fournit une matrice numérique appelle le calcul de puis des dimensions. Ne pas calculer un déterminant quand une relation évidente donne la réponse en deux lignes.
6. Penser aux sous-espaces stables dès qu'il y a commutation. Si , alors , et tous les sous-espaces propres de sont stables par . C'est le point de départ de presque tous les exercices sur le commutant et sur la réduction simultanée.
7. Le lemme des noyaux se déclenche sur une factorisation. Dès qu'un polynôme annulateur se factorise en facteurs deux à deux premiers entre eux, l'espace se décompose en somme directe de sous-espaces stables. C'est le moteur du critère de diagonalisabilité, de la décomposition en sous-espaces caractéristiques, et de l'étude des projecteurs et symétries.
8. Cayley-Hamilton est admis, mais il s'utilise partout. Retenir surtout ses trois usages : , l'inverse comme polynôme en , et le calcul de par division euclidienne. Et ne jamais écrire la fausse démonstration .
9. Quand la diagonalisation échoue, penser aux sous-espaces caractéristiques. Ils ont toujours la bonne dimension , et ils fournissent la forme réduite « blocs avec nilpotente », qui rend les puissances calculables par la formule du binôme.
10. Vérifier ses calculs sur des cas particuliers. Une formule donnant doit redonner pour et pour . Une solution de suite récurrente doit redonner les conditions initiales et satisfaire la relation au rang . Ces contrôles prennent trente secondes et sauvent des copies entières.
Bloqué sur « Réduction des endomorphismes et des matrices carrées » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.