ECG appliquées · Chapitre 11 · Troisième semestre

Algèbre linéaire

2e année

Espaces vectoriels réels de dimension finie, endomorphismes, réduction et diagonalisation des matrices carrées.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Espaces vectoriels réels de dimension finie
  • Endomorphismes
  • Réduction et diagonalisation des matrices carrées

La première année vous a laissé avec deux objets bien distincts. D'un côté, les matrices : des tableaux que l'on additionne, que l'on multiplie, que l'on inverse parfois, et dont on calcule le rang par un pivot. De l'autre, les sous-espaces vectoriels de Rn : des ensembles de vecteurs, décrits par des générateurs ou par des équations, mesurés par leur dimension. Ce chapitre les réunit en une seule idée, et cette idée est simple à énoncer : une matrice n'est rien d'autre qu'une application linéaire lue dans une base. Changez la base, la matrice change ; l'application, elle, ne change pas. Toute la deuxième année d'algèbre linéaire consiste à exploiter cette liberté, en cherchant, pour une application donnée, la base dans laquelle sa matrice est la plus simple possible. Quand cette matrice la plus simple est diagonale, on dit qu'on a diagonalisé, et la plupart des questions difficiles deviennent alors des calculs de puissances de nombres réels.

Le programme de la voie ECG fixe pour ce chapitre un cadre qu'il faut connaître, car il détermine exactement ce qu'on vous demandera. Il écrit que « l'objectif est d'avoir la possibilité d'utiliser des espaces vectoriels concrets, naturellement isomorphes à Rn, sans introduire les espaces vectoriels abstraits », et que la partie consacrée aux espaces vectoriels « doit être traitée dans sa plus simple expression ». Autrement dit : il n'y a pas d'espace vectoriel mystérieux à découvrir. Il y en a trois, et trois seulement, que vous manipulez déjà depuis un an : l'espace Rn des n-uplets, l'espace Mn,p(R) des matrices, et l'espace Rn[X] des polynômes de degré au plus n. Tout le reste du chapitre se passe dans ces trois espaces et dans leurs sous-espaces.

Le même souci de concret gouverne la troisième partie, celle de la réduction. Le texte y précise qu'« on évitera les méthodes trop calculatoires pour la recherche des éléments propres » et que « la résolution de systèmes à paramètres est déconseillée ». Cette phrase a une conséquence lourde, et il faut la mesurer tout de suite : dans ce programme, le polynôme caractéristique n'existe pas. Vous ne le rencontrerez ni ici, ni dans un sujet de concours de la voie appliquée. Les valeurs propres se cherchent autrement : en résolvant le système (AλIn)X=0 pour repérer les λ qui donnent une solution non nulle, en exploitant un polynôme annulateur de la matrice, ou en lisant une structure particulière (matrice triangulaire, lignes de même somme, matrice non inversible). Les énoncés de concours sont d'ailleurs presque toujours guidés : on vous fait calculer A2, vous constatez une relation du type A2=A+2I3, et le spectre en découle en deux lignes.

Le plan suit la construction. Les sections 1 et 2 installent le vocabulaire des espaces vectoriels de dimension finie : les trois espaces de référence, les familles libres, les bases, la dimension, le rang. Les sections 3 et 4 passent aux applications linéaires, à leur noyau, à leur image, au théorème du rang, puis à leur écriture matricielle. La section 5 traite le changement de base, qui est le cœur technique du chapitre, et introduit les matrices semblables. Les sections 6 à 8 sont consacrées à la réduction proprement dite : éléments propres, polynômes annulateurs, diagonalisation. La section 9 récolte les fruits, avec le calcul des puissances n-ièmes et les suites récurrentes linéaires, qui sont l'application reine des concours. La dernière section rassemble l'essentiel et les erreurs à ne pas commettre.

Voici enfin les notations en vigueur dans tout le chapitre. Les lettres n et p désignent des entiers naturels non nuls. Les espaces vectoriels sont notés E, F, G, leurs sous-espaces H ou F, et leurs éléments, appelés vecteurs, sont notés u, v, w. Les scalaires sont des réels, notés λ, μ, α, β. Une base est notée B ou B=(e1,,en), et la matrice colonne des coordonnées d'un vecteur u dans la base B est notée XB, élément de Mn,1(R). Les applications linéaires sont notées f et g, l'identité de E est idE, le noyau et l'image sont Kerf et Imf, le rang est rg(f) ou rg(A). La matrice de f dans les bases B et C est MatB,C(f), celle d'un endomorphisme dans une seule base MatB(f), et la matrice de passage de B à B est PB,B. La matrice identité d'ordre n est In, la transposée de A est tA, le spectre de A est Sp(A) et le sous-espace propre associé à λ est Eλ(A). Les opérations sur les lignes s'écrivent comme en première année, par exemple L2L22L1. Le symbole marque la fin d'une démonstration.

Espaces vectoriels réels de dimension finie

La définition du programme

Définition

Soit n un entier naturel non nul. Un ensemble E, muni d'une opération interne + et d'une opération externe par les réels, est un espace vectoriel réel de dimension n lorsqu'il existe une bijection φ de E sur Rn qui préserve les combinaisons linéaires, c'est-à-dire telle que

(u,v)E×E, (λ,μ)R2,φ(λu+μv)=λφ(u)+μφ(v).

Les éléments de E sont appelés vecteurs, les réels sont appelés scalaires, et l'entier n est la dimension de E, notée dimE.

Cette définition est celle du texte officiel, et elle est volontairement économique. Elle ne demande aucune liste d'axiomes à réciter : elle dit simplement qu'un espace vectoriel de dimension n est un ensemble qui se comporte exactement comme Rn, la bijection φ servant de dictionnaire entre les deux. Une conséquence immédiate, et rassurante, est que toutes les règles de calcul de Rn se transportent telles quelles : l'addition est commutative et associative, il existe un vecteur nul noté 0E, chaque vecteur u possède un opposé u, et l'on a λ(u+v)=λu+λv, (λ+μ)u=λu+μu, λ(μu)=(λμ)u et 1u=u. On calcule donc dans E comme on calculait dans Rn, sans précaution particulière.

Notez aussi ce que la définition exclut. On ne parlera jamais d'espace vectoriel de dimension infinie, puisque la définition impose une bijection sur un Rn précis. On ne parlera jamais non plus d'espace vectoriel « abstrait » : chaque espace rencontré cette année sera l'un des trois espaces de référence ci-dessous, ou l'un de leurs sous-espaces. Enfin, tous les scalaires sont réels, sans exception.

Propriété

Règles de calcul. Soit E un espace vectoriel réel de dimension n. Pour tous vecteurs u, v de E et tout réel λ :

0u=0E,λ0E=0E,(1)u=u,

et

λu=0E    (λ=0  ou  u=0E).

Démonstration. Toutes ces égalités se transportent par le dictionnaire φ. Par exemple, φ(0u)=0φ(u)=0Rn, et comme φ(0E)=φ(00E)=0φ(0E)=0Rn, l'injectivité de φ donne 0u=0E. Pour la dernière équivalence : λu=0E équivaut à λφ(u)=0Rn, ce qui, dans Rn, se vérifie coordonnée par coordonnée et impose λ=0 ou φ(u)=0Rn, c'est-à-dire u=0E par injectivité.

Les trois espaces de référence

Définition

Les trois espaces vectoriels réels de dimension finie au programme sont les suivants.

  1. Rn, l'ensemble des n-uplets (x1,,xn) de réels, muni de l'addition et du produit par un réel effectués coordonnée par coordonnée.
  2. Mn,p(R), l'ensemble des matrices à n lignes et p colonnes à coefficients réels, muni de l'addition des matrices et du produit d'une matrice par un réel, effectués coefficient par coefficient. Lorsque n=p, on note simplement Mn(R).
  3. Rn[X], l'ensemble des polynômes à coefficients réels de degré inférieur ou égal à n, auquel on adjoint le polynôme nul, muni de l'addition des polynômes et du produit d'un polynôme par un réel.

Propriété

Dimensions des espaces de référence.

dimRn=n,dimMn,p(R)=np,dimRn[X]=n+1.

En particulier dimMn,1(R)=n et dimMn(R)=n2.

Démonstration. Pour Rn, la bijection cherchée est l'identité. Pour Mn,p(R), on associe à une matrice la liste de ses np coefficients, lus ligne après ligne : cette application est bijective, et comme les opérations sur les matrices se font coefficient par coefficient, elle préserve les combinaisons linéaires. Pour Rn[X], on associe au polynôme a0+a1X++anXn le (n+1)-uplet (a0,a1,,an) de ses coefficients ; deux polynômes sont égaux si et seulement s'ils ont les mêmes coefficients, ce qui donne la bijectivité, et l'addition des polynômes se fait bien coefficient par coefficient.

Le point sur lequel butent le plus d'élèves est la dimension de Rn[X] : elle vaut n+1 et non n, parce qu'un polynôme de degré au plus n possède n+1 coefficients, du terme constant au terme en Xn. Comptez-les sur R2[X] : les polynômes a+bX+cX2 ont trois coefficients libres, donc dimR2[X]=3.

Exemple

Trois dictionnaires explicites.

a. À la matrice (1205) de M2(R) correspond le quadruplet (1,2,0,5) de R4.

b. Au polynôme 3X+4X2 de R2[X] correspond le triplet (3,1,4) de R3.

c. À la colonne (701) de M3,1(R) correspond le triplet (7,0,1) de R3.

Le troisième dictionnaire est si transparent qu'on l'utilise sans le dire : dans tout ce chapitre, un vecteur de Rn et sa colonne de coordonnées sont considérés comme le même objet, écrit en ligne dans le texte et en colonne dans les calculs matriciels.

Sous-espaces vectoriels

Définition

Soit E un espace vectoriel réel de dimension finie. Une partie F de E est un sous-espace vectoriel de E lorsque

  1. 0EF ;
  2. pour tous u, v de F et tous réels λ, μ, le vecteur λu+μv appartient encore à F.

On dit alors que F est stable par combinaison linéaire.

Définition

Soient u1,,up des vecteurs de E. On appelle combinaison linéaire de la famille (u1,,up) tout vecteur de la forme λ1u1++λpup, où λ1,,λp sont des réels. L'ensemble de toutes ces combinaisons linéaires est appelé sous-espace engendré par la famille et se note

Vect(u1,,up)={λ1u1++λpup  ;  (λ1,,λp)Rp}.

Propriété

Pour tous vecteurs u1,,up de E, l'ensemble Vect(u1,,up) est un sous-espace vectoriel de E, et il contient chacun des uk. De plus, tout sous-espace vectoriel de E est lui-même un espace vectoriel de dimension finie.

Démonstration. Le vecteur nul s'obtient en prenant tous les coefficients nuls. Si u=kakuk et v=kbkuk sont deux combinaisons linéaires, alors

λu+μv=(λa1+μb1)u1++(λap+μbp)up

en est encore une : la stabilité est acquise. Enfin, en prenant λk=1 et tous les autres coefficients nuls, on obtient uk, qui appartient donc au Vect. La dernière affirmation est admise, conformément au texte du programme, qui étend sans démonstration les résultats de première année.

Méthode

Montrer qu'une partie F de E est un sous-espace vectoriel. Deux voies, à choisir selon la description de F.

  1. La reconnaître comme un Vect. Paramétrer les éléments de F, mettre chaque paramètre en facteur, et conclure F=Vect(u1,,up). Cette voie a l'avantage de fournir en prime une famille génératrice, donc bientôt une base et une dimension.
  2. Revenir à la définition. Écrire d'abord « F est une partie de E », puis vérifier 0EF, puis prendre u, v dans F et λ, μ réels quelconques et montrer que λu+μv vérifie encore la condition qui définit F.

Pour montrer qu'une partie n'est pas un sous-espace vectoriel : vérifier d'abord si 0EF, ce qui règle la question en une ligne dans la plupart des cas ; sinon, exhiber un contre-exemple numérique à la stabilité, avec les valeurs et le calcul écrits. Une inégalité, un produit de coordonnées, un carré, une valeur absolue ou un second membre non nul doivent immédiatement éveiller les soupçons.

Exemple

Les matrices symétriques d'ordre 2. Soit

F={MM2(R)  ;  tM=M}.

La matrice nulle vérifie t0=0, donc 0F. Si M et N sont dans F et si λ, μ sont réels, alors t(λM+μN)=λtM+μtN=λM+μN, donc λM+μNF : c'est un sous-espace vectoriel de M2(R).

On peut aussi le décrire par des générateurs. Une matrice symétrique d'ordre 2 s'écrit (abbc), c'est-à-dire

a(1000)+b(0110)+c(0001),

donc F est le Vect de ces trois matrices.

Exemple

Les polynômes qui s'annulent en 1. Soit

H={PR2[X]  ;  P(1)=0}.

Le polynôme nul convient, et si P(1)=Q(1)=0 alors (λP+μQ)(1)=λP(1)+μQ(1)=0 : c'est un sous-espace vectoriel de R2[X].

Décrivons-le par des générateurs. Écrivons P=aX2+bX+c. La condition P(1)=0 s'écrit a+b+c=0, c'est-à-dire c=ab, et alors

P=aX2+bXab=a(X21)+b(X1),

donc H=Vect(X21, X1).

Exemple

Trois parties qui n'en sont pas.

a. {PR2[X]  ;  P(0)=1} : le polynôme nul n'y est pas, puisque sa valeur en 0 vaut 0 et non 1.

b. {MM2(R)  ;  M est inversible} : la matrice nulle n'est pas inversible.

c. {(x,y)R2  ;  xy=0} : le vecteur nul y est bien, mais (1,0) et (0,1) y sont aussi, alors que leur somme (1,1) n'y est pas, car 1×1=10.

Familles libres, génératrices, bases et dimension

Les trois notions

Définition

Soit E un espace vectoriel réel de dimension finie et soit (u1,,up) une famille de vecteurs de E.

  • La famille est libre lorsque la seule combinaison linéaire de ses vecteurs égale au vecteur nul est celle dont tous les coefficients sont nuls :
(λ1,,λp)Rp,(λ1u1++λpup=0E  λ1==λp=0).

Dans le cas contraire, elle est dite liée, et toute égalité λ1u1++λpup=0E à coefficients non tous nuls s'appelle une relation de dépendance linéaire.

  • La famille est génératrice de E lorsque E=Vect(u1,,up), c'est-à-dire lorsque tout vecteur de E s'écrit d'au moins une façon comme combinaison linéaire des uk.
  • La famille est une base de E lorsque tout vecteur u de E s'écrit d'une manière et d'une seule sous la forme u=λ1u1++λpup. Les réels λ1,,λp sont alors les coordonnées de u dans cette base.

Lisez avec soin le sens de l'implication qui définit la liberté. On ne demande pas que la combinaison à coefficients nuls donne le vecteur nul, ce qui est toujours vrai et sans intérêt : on demande la réciproque. La rédaction attendue commence donc toujours par « soient λ1,,λp des réels tels que λ1u1++λpup=0E » et se termine par « donc tous les λk sont nuls ».

Propriété

Caractérisation d'une base. Une famille (u1,,up) de vecteurs de E est une base de E si et seulement si elle est à la fois libre et génératrice de E.

Démonstration. Supposons d'abord que la famille soit une base.

Elle est génératrice. Tout vecteur de E admet une décomposition, donc appartient à Vect(u1,,up) ; l'inclusion réciproque est acquise puisque les uk sont dans E.

Elle est libre. Soient λ1,,λp des réels tels que λ1u1++λpup=0E. Le vecteur nul admet aussi la décomposition 0u1++0up. Par unicité de la décomposition du vecteur nul, on conclut λk=0 pour tout k.

Réciproquement, supposons la famille libre et génératrice, et soit uE.

Existence. La famille étant génératrice, u s'écrit comme combinaison linéaire des uk.

Unicité. Supposons deux écritures,

u=λ1u1++λpupetu=μ1u1++μpup.

En soustrayant membre à membre et en regroupant les termes de même indice,

(λ1μ1)u1+(λ2μ2)u2++(λpμp)up=0E.

La famille étant libre, tous ces coefficients sont nuls, c'est-à-dire λk=μk pour tout k : les deux écritures coïncident.

Retenez le geste de cette démonstration, car il resservira dans tout le chapitre : pour comparer deux décompositions, on les soustrait et l'on invoque la liberté. C'est le seul argument disponible, et il fonctionne à chaque fois.

Les bases canoniques

Propriété

Bases canoniques des trois espaces de référence.

  1. Dans Rn, la famille (e1,,en), où ek a toutes ses coordonnées nulles sauf la k-ième qui vaut 1, est une base, appelée base canonique.
  2. Dans Mn,p(R), la famille des np matrices Ei,j, où Ei,j a tous ses coefficients nuls sauf celui de la ligne i et de la colonne j qui vaut 1, est une base, appelée base canonique.
  3. Dans Rn[X], la famille (1,X,X2,,Xn), qui compte n+1 polynômes, est une base, appelée base canonique.

Démonstration. Dans les trois cas, la décomposition existe et est unique parce qu'elle revient à lire les coordonnées, les coefficients ou les coefficients du polynôme. Détaillons le cas de Rn[X]. Tout polynôme de Rn[X] s'écrit P=a01+a1X++anXn, ce qui donne l'existence. Et si P admet deux telles écritures, la soustraction donne un polynôme dont tous les coefficients sont les différences akbk et qui est le polynôme nul ; or un polynôme est nul si et seulement si tous ses coefficients sont nuls, donc ak=bk pour tout k. Les deux autres cas se traitent de la même façon, en identifiant respectivement les n coordonnées et les np coefficients.

Exemple

Lire des coordonnées. Dans la base canonique de R2[X], le polynôme P=53X+X2 a pour colonne de coordonnées (531).

Dans la base canonique de M2(R), rangée dans l'ordre (E1,1,E1,2,E2,1,E2,2), la matrice (1205) a pour colonne de coordonnées (1205).

Dans les deux cas, il n'y a aucun calcul : on recopie. C'est toujours ainsi dans une base canonique, et c'est précisément ce qui cessera d'être vrai dès la section 5, avec les bases non canoniques.

Dimension, cardinaux et rang

Propriété

Théorème de la dimension (admis). Soit E un espace vectoriel réel de dimension n. Alors toutes les bases de E comptent exactement n vecteurs. Plus généralement, tout sous-espace vectoriel F de E, non réduit au vecteur nul, admet au moins une base, et toutes ses bases ont le même nombre de vecteurs, appelé dimension de F et noté dimF. Par convention, dim{0E}=0.

Ce théorème est admis : le programme précise que les notions de première année sont étendues « sans démonstration ». Il faut en revanche mesurer ce qu'il apporte. Sans lui, le nombre de vecteurs d'une base ne serait qu'une caractéristique de la base choisie ; avec lui, c'est une caractéristique de l'espace lui-même, et l'on peut donc l'utiliser comme une mesure.

Propriété

Cardinaux et bon cardinal (résultats admis). Soit E un espace vectoriel réel de dimension n et soit F un sous-espace vectoriel de E.

  1. Toute famille libre de vecteurs de F compte au plus dimF vecteurs.
  2. Toute famille génératrice de F compte au moins dimF vecteurs.
  3. dimFdimE, avec égalité si et seulement si F=E.
  4. Théorème du bon cardinal. Une famille de exactement dimF vecteurs de F qui est libre, ou qui est génératrice de F, est une base de F.

Le point 4 est le plus rentable de toute l'algèbre linéaire, parce qu'il divise le travail par deux. Pour montrer qu'une famille est une base d'un espace dont la dimension est connue, on compte ses vecteurs, on vérifie que le compte tombe juste, puis on démontre une seule des deux propriétés, la liberté en général, qui se ramène à un système homogène. On ne vérifie jamais les deux. Le point 3, lui, est l'outil d'égalité : établir une inclusion et comparer deux dimensions remplace avantageusement une double inclusion.

Définition

Soit (u1,,up) une famille de vecteurs de E. On appelle rang de cette famille, noté rg(u1,,up), la dimension du sous-espace vectoriel qu'elle engendre :

rg(u1,,up)=dimVect(u1,,up).

Propriété

Soit (u1,,up) une famille de vecteurs de E, de rang r. Alors rp, avec égalité si et seulement si la famille est libre, et rdimE, avec égalité si et seulement si la famille est génératrice de E.

Démonstration. Notons F=Vect(u1,,up), de sorte que r=dimF. La famille est génératrice de F, donc elle compte au moins dimF vecteurs : rp. Si r=p, c'est une famille génératrice de F de cardinal exactement dimF, donc une base de F par le théorème du bon cardinal, donc une famille libre ; réciproquement, une famille libre de F compte au plus dimF=r vecteurs, donc pr, et l'on conclut r=p. Pour la seconde partie, F est un sous-espace de E, donc rdimE, avec égalité si et seulement si F=E, c'est-à-dire si et seulement si la famille engendre E.

Méthode

Déterminer une base et la dimension d'un sous-espace vectoriel F.

  1. Paramétrer les éléments de F : écrire le vecteur général de F en fonction du plus petit nombre possible de paramètres libres, en résolvant les conditions qui définissent F.
  2. Mettre chaque paramètre en facteur pour faire apparaître F=Vect(u1,,uq), où q est le nombre de paramètres.
  3. Montrer que la famille obtenue est libre : poser une combinaison linéaire nulle, identifier les coordonnées, résoudre. En pratique, la famille issue d'une paramétrisation est presque toujours libre, chaque paramètre apparaissant seul à une place.
  4. Conclure : c'est une base, et dimF=q.
  5. Vérifier que chacun des uk appartient bien à F, en le réinjectant dans les conditions de départ.

Exemple

Une base de H={PR2[X]  ;  P(1)=0}. Nous avons obtenu à la section 1 la description H=Vect(X21, X1). Montrons que cette famille est libre. Soient a et b des réels tels que

a(X21)+b(X1)=0.

Le membre de gauche vaut aX2+bXab. Un polynôme est nul si et seulement si tous ses coefficients le sont, donc a=0, puis b=0. La famille est libre, c'est donc une base de H, et

dimH=2.

Vérification. Les deux générateurs s'annulent bien en 1 : 121=0 et 11=0. Notez au passage que dimH=2<3=dimR2[X], ce qui est cohérent avec HR2[X], le polynôme constant 1 n'étant pas dans H.

Exemple

Une base de R2[X] qui n'est pas la base canonique. Considérons la famille B=(1, 1+X, 1+X+X2). Elle compte 3 vecteurs et dimR2[X]=3 : d'après le théorème du bon cardinal, il suffit de montrer qu'elle est libre. Soient a, b, c des réels tels que

a1+b(1+X)+c(1+X+X2)=0.

En développant, le membre de gauche vaut (a+b+c)+(b+c)X+cX2. En identifiant les coefficients, on obtient le système

{a+b+c=0b+c=0c=0

qui donne successivement c=0, puis b=0, puis a=0. La famille est libre : c'est une base de R2[X].

Coordonnées dans cette base. Cherchons celles de P=2+3X+4X2. En résolvant a+b+c=2, b+c=3 et c=4, on trouve c=4, puis b=1, puis a=1. La colonne des coordonnées de P dans B est donc (114), alors qu'elle vaut (234) dans la base canonique. Un même vecteur, deux colonnes différentes : c'est tout le sujet de la section 5.

Applications linéaires et endomorphismes

Définitions

Définition

Soient E et F deux espaces vectoriels réels de dimension finie. Une application f:EF est dite linéaire lorsque

(u,v)E×E, (λ,μ)R2,f(λu+μv)=λf(u)+μf(v).
  • Si F=E, on dit que f est un endomorphisme de E.
  • Si f est linéaire et bijective, on dit que f est un isomorphisme de E sur F ; les deux espaces sont alors dits isomorphes.

L'exemple fondamental d'endomorphisme est l'application identité idE, qui à tout vecteur associe lui-même : elle est manifestement linéaire et bijective.

Propriété

Soit f:EF linéaire. Alors f(0E)=0F, et pour toute famille (u1,,up) de vecteurs de E et tous réels λ1,,λp,

f(λ1u1++λpup)=λ1f(u1)++λpf(up).

Démonstration. En prenant λ=μ=0 dans la définition, f(0E)=0f(0E)+0f(0E)=0F. La seconde égalité s'obtient par récurrence sur p : elle est vraie pour p=2 par définition, et si elle est vraie au rang p, alors en écrivant λ1u1++λp+1up+1=1(λ1u1++λpup)+λp+1up+1 et en appliquant la définition puis l'hypothèse de récurrence, on obtient le rang p+1.

L'égalité f(0E)=0F fournit un test d'élimination immédiat : une application qui n'envoie pas le vecteur nul sur le vecteur nul n'est pas linéaire, et c'est démontré en une ligne.

Propriété

Composée de deux applications linéaires. Soient f:EF et g:FG deux applications linéaires. Alors gf:EG est linéaire.

Démonstration. Soient u, v dans E et λ, μ réels. En utilisant d'abord la linéarité de f, puis celle de g :

(gf)(λu+μv)=g(f(λu+μv))=g(λf(u)+μf(v))=λg(f(u))+μg(f(v)),

c'est-à-dire λ(gf)(u)+μ(gf)(v).

Propriété

Une application linéaire est déterminée par les images d'une base. Soit B=(e1,,en) une base de E, et soient f et g deux applications linéaires de E dans F. Si f(ek)=g(ek) pour tout k, alors f=g.

Démonstration. Soit uE, de coordonnées (x1,,xn) dans B, c'est-à-dire u=x1e1++xnen. La propriété précédente donne

f(u)=x1f(e1)++xnf(en)=x1g(e1)++xng(en)=g(u).

Les deux applications coïncident en tout vecteur : elles sont égales.

Cette propriété est la clé de toute la section 4 : pour connaître une application linéaire, il suffit de connaître les n vecteurs f(e1),,f(en), et c'est exactement ce qu'une matrice va stocker.

Noyau, image, rang

Définition

Soit f:EF une application linéaire.

  • Le noyau de f est l'ensemble des vecteurs de E dont l'image est nulle :
Kerf={uE  ;  f(u)=0F}.
  • L'image de f est l'ensemble des vecteurs de F effectivement atteints :
Imf={f(u)  ;  uE}.
  • Le rang de f est la dimension de son image : rg(f)=dimImf.

Retenez d'emblée où vivent ces deux ensembles, car les confondre est une faute lourde : le noyau est une partie de l'espace de départ, l'image une partie de l'espace d'arrivée.

Propriété

Soit f:EF linéaire. Alors Kerf est un sous-espace vectoriel de E, et Imf est un sous-espace vectoriel de F. De plus, si B=(e1,,en) est une base de E, alors

Imf=Vect(f(e1),,f(en)).

Démonstration. Le noyau. On a f(0E)=0F, donc 0EKerf. Soient u, v dans Kerf et λ, μ réels. Par linéarité,

f(λu+μv)=λf(u)+μf(v)=λ0F+μ0F=0F,

donc λu+μvKerf : le noyau est stable par combinaison linéaire.

L'image. On a 0F=f(0E)Imf. Soient w et w dans Imf : il existe u et u dans E tels que w=f(u) et w=f(u). Alors, pour tous réels λ, μ,

λw+μw=λf(u)+μf(u)=f(λu+μu),

qui est bien l'image d'un vecteur de E : l'image est stable par combinaison linéaire.

La famille génératrice. Soit w=f(u) un élément de Imf, avec u=x1e1++xnen. La linéarité donne w=x1f(e1)++xnf(en), donc ImfVect(f(e1),,f(en)). Réciproquement, chaque f(ek) appartient à Imf, qui est un sous-espace vectoriel, donc stable par combinaison linéaire : l'inclusion réciproque en découle.

Ne cherchez donc jamais à décrire directement l'ensemble des f(u) : on calcule les images des vecteurs d'une base, on obtient une famille génératrice de l'image, et l'on en extrait une base.

Propriété

Caractérisation de l'injectivité. Soit f:EF linéaire. Alors

f est injective    Kerf={0E}.

Démonstration. Supposons f injective et soit uKerf. Alors f(u)=0F=f(0E), et l'injectivité donne u=0E ; l'inclusion réciproque est acquise puisque f(0E)=0F.

Réciproquement, supposons Kerf={0E} et soient u, v tels que f(u)=f(v). La linéarité donne f(uv)=f(u)f(v)=0F, donc uvKerf, c'est-à-dire uv=0E, soit u=v.

Voilà l'un des résultats les plus rentables du programme : prouver l'injectivité d'une application quelconque demande de manipuler deux antécédents, alors que pour une application linéaire il suffit de résoudre un système homogène. Attention à la rédaction de la conclusion : on écrit Kerf={0E}, et surtout pas « Kerf= », qui est faux, le noyau contenant toujours le vecteur nul.

Le théorème du rang

Propriété

Théorème du rang (résultat admis). Soient E et F deux espaces vectoriels réels de dimension finie et soit f:EF une application linéaire. Alors

dimKerf+rg(f)=dimE.

Ce théorème est admis par le programme, qui le présente comme un résultat à utiliser sans démonstration. Trois remarques sur son emploi, car c'est le résultat le plus employé de tout le chapitre.

D'abord, la dimension qui apparaît à droite est celle de l'espace de départ ; celle de l'espace d'arrivée n'intervient nulle part. Écrire « dimKerf+rg(f)=dimF » est une faute qui invalide tout ce qui suit.

Ensuite, il est d'un usage économique : il fournit une des deux dimensions dès que l'autre est connue. En pratique, on calcule le noyau, qui ne demande qu'un système homogène, et l'on en déduit le rang sans autre calcul.

Enfin, il sert de contrôle systématique : à la fin de tout exercice, la somme doit tomber sur dimE. Si ce n'est pas le cas, il y a une erreur de calcul, et il est inutile d'aller plus loin.

Propriété

Caractérisation des isomorphismes en dimension finie. Soient E et F deux espaces vectoriels réels de dimension finie et soit f:EF linéaire.

  1. Si f est un isomorphisme, alors dimE=dimF.
  2. Si dimE=dimF, les trois propositions suivantes sont équivalentes : f est injective ; f est surjective ; f est un isomorphisme.
  3. En particulier, un endomorphisme f de E est un isomorphisme si et seulement si Kerf={0E}, si et seulement si rg(f)=dimE.

Démonstration. Point 1. Si f est bijective, elle est injective, donc dimKerf=0, et elle est surjective, donc Imf=F et rg(f)=dimF. Le théorème du rang donne alors dimE=0+dimF.

Point 2. Posons n=dimE=dimF. Si f est injective, alors dimKerf=0, donc rg(f)=n par le théorème du rang ; ainsi Imf est un sous-espace de F de dimension n=dimF, donc Imf=F et f est surjective. Réciproquement, si f est surjective, alors rg(f)=dimF=n, donc dimKerf=nn=0, c'est-à-dire Kerf={0E} et f est injective. Les deux propriétés étant équivalentes, chacune équivaut à leur conjonction, c'est-à-dire à la bijectivité.

Point 3. C'est le point 2 appliqué à F=E, complété par la caractérisation de l'injectivité par le noyau.

Ce résultat est un gain de temps considérable : en dimension finie et à dimensions égales, il n'y a qu'une seule chose à vérifier. Pour un endomorphisme, on résout f(u)=0E, et si la seule solution est le vecteur nul, la bijectivité est acquise, sans jamais chercher d'antécédent.

Exemple

Un endomorphisme de R3[X]. Soit u:R3[X]R3[X] définie par u(P)=P, où P désigne le polynôme dérivé.

Linéarité. Pour tous polynômes P, Q et tous réels λ, μ, on a (λP+μQ)=λP+μQ : l'application est linéaire. Elle envoie bien R3[X] dans lui-même, puisque dériver fait baisser le degré.

Noyau. u(P)=0 signifie P=0, c'est-à-dire que P est un polynôme constant. Donc Keru=Vect(1) et dimKeru=1. En particulier u n'est pas injective, donc pas un isomorphisme.

Rang. Le théorème du rang donne rg(u)=dimR3[X]1=41=3.

Image. Les images des vecteurs de la base canonique sont u(1)=0, u(X)=1, u(X2)=2X et u(X3)=3X2, donc Imu=Vect(1, 2X, 3X2)=R2[X]. Sa dimension vaut bien 3, ce qui confirme le calcul du rang.

Matrice d'une application linéaire

Définition et lecture

Définition

Soient E et F deux espaces vectoriels réels de dimension finie, B=(e1,,ep) une base de E, C=(ε1,,εn) une base de F, et f:EF une application linéaire. On appelle matrice de f dans les bases B et C, notée MatB,C(f), la matrice de Mn,p(R) dont la j-ième colonne est la colonne des coordonnées de f(ej) dans la base C.

Lorsque f est un endomorphisme de E et que l'on prend la même base au départ et à l'arrivée, on note simplement MatB(f), qui est une matrice carrée d'ordre dimE.

Le format est imposé par les dimensions, et il faut l'annoncer avant tout calcul : autant de lignes que la dimension de l'espace d'arrivée, autant de colonnes que la dimension de l'espace de départ. Une erreur de format signale toujours une erreur de raisonnement.

Propriété

La matrice calcule les images. Avec les notations précédentes, notons A=MatB,C(f). Soit u un vecteur de E, de colonne de coordonnées X dans B, et soit Y la colonne des coordonnées de f(u) dans C. Alors

Y=AX.

Réciproquement, A est l'unique matrice vérifiant cette relation pour tout u de E.

Démonstration. Notons ai,j les coefficients de A, de sorte que f(ej)=i=1nai,jεi par définition. Écrivons u=j=1pxjej. Par linéarité,

f(u)=j=1pxjf(ej)=j=1pxj(i=1nai,jεi)=i=1n(j=1pai,jxj)εi.

La i-ième coordonnée de f(u) dans C vaut donc jai,jxj, qui est exactement le i-ième coefficient de la colonne AX.

Unicité. Supposons Y=BX pour tout u, avec BMn,p(R). En prenant u=ej, dont la colonne X est la j-ième colonne de Ip, on obtient Y=BX, qui est la j-ième colonne de B ; or Y est la colonne des coordonnées de f(ej), c'est-à-dire la j-ième colonne de A. Les deux matrices ont les mêmes colonnes.

Méthode

Écrire la matrice d'une application linéaire dans des bases B et C.

  1. Annoncer le format : dimF lignes, dimE colonnes.
  2. Calculer les images f(e1),,f(ep) des vecteurs de la base de départ, une par une.
  3. Décomposer chaque image dans la base C de l'espace d'arrivée. Si C est canonique, la décomposition se lit ; sinon, elle demande la résolution d'un petit système.
  4. Ranger en colonnes : la j-ième colonne est la colonne des coordonnées de f(ej).
  5. Contrôler sur un vecteur test que le produit AX redonne bien les coordonnées de f(u).

Exemple

Une application entre deux espaces différents. Soit f:R2[X]R2 définie par f(P)=(P(0), P(1)).

Linéarité. Pour tous polynômes P, Q et tous réels λ, μ, on a (λP+μQ)(0)=λP(0)+μQ(0) et de même en 1, donc f(λP+μQ)=λf(P)+μf(Q).

Matrice. Prenons B=(1,X,X2) et C la base canonique de R2. Le format est 2×3. Les images valent

f(1)=(1,1),f(X)=(0,1),f(X2)=(0,1),

donc

A=MatB,C(f)=(100111).

Contrôle. Pour P=2+3X+4X2, de colonne X=(234), le produit vaut AX=(22+3+4)=(29), et le calcul direct donne f(P)=(P(0),P(1))=(2,9). Les deux coïncident.

Exemple

Un endomorphisme de R2[X]. Soit φ:R2[X]R2[X] définie par φ(P)=PP. Elle est linéaire comme différence de deux applications linéaires, et elle envoie bien R2[X] dans lui-même. Dans la base canonique B=(1,X,X2) :

φ(1)=1,φ(X)=X1,φ(X2)=X22X,

donc

MatB(φ)=(110012001).

Cette matrice est triangulaire supérieure à coefficients diagonaux non nuls, donc inversible : nous le justifierons à la section 6. L'endomorphisme φ est par conséquent un isomorphisme de R2[X] sur lui-même.

Rang, composition, inversibilité

Propriété

Le rang se lit sur la matrice. Avec les notations ci-dessus, en notant A=MatB,C(f),

rg(f)=rg(A),

rg(A) désigne, comme en première année, le rang de la famille des colonnes de A.

Démonstration. L'image de f est engendrée par les f(ej), dont les colonnes de coordonnées dans C sont exactement les colonnes C1,,Cp de A. Comme la lecture des coordonnées dans une base est une bijection préservant les combinaisons linéaires, une combinaison linéaire des f(ej) est nulle si et seulement si la combinaison correspondante des Cj est nulle : les deux familles ont donc le même rang. D'où rg(f)=dimVect(f(e1),,f(ep))=dimVect(C1,,Cp)=rg(A).

Propriété

La composition est un produit de matrices. Soient E, F, G trois espaces vectoriels de dimension finie, munis de bases respectives B, C, D, et soient f:EF et g:FG linéaires. Alors

MatB,D(gf)=MatC,D(g)×MatB,C(f).

En particulier, pour un endomorphisme f de E et un entier naturel k, MatB(fk)=(MatB(f))k.

Démonstration. Notons A=MatB,C(f) et B=MatC,D(g). Soit uE, de colonne X dans B. La colonne de f(u) dans C vaut AX, puis celle de g(f(u)) dans D vaut B(AX)=(BA)X par associativité du produit matriciel. La matrice BA vérifie donc la relation caractéristique de MatB,D(gf), et l'unicité établie plus haut permet de conclure. La formule sur fk s'en déduit par récurrence immédiate.

L'ordre est inversé : la matrice de gf est BA, et non AB. C'est la faute la plus fréquente sur cette propriété, et on l'évite en se rappelant que dans gf c'est f qui agit en premier, donc sa matrice doit être la plus proche de la colonne X.

Propriété

Isomorphisme et matrice inversible. Soit f un endomorphisme de E, de dimension n, et soit A=MatB(f) dans une base B. Alors

f est un isomorphisme    A est inversible    rg(A)=n,

et dans ce cas MatB(f1)=A1.

Démonstration. D'après la section 3, f est un isomorphisme si et seulement si rg(f)=n, c'est-à-dire rg(A)=n ; et l'on sait depuis la première année qu'une matrice carrée d'ordre n est inversible si et seulement si son rang vaut n. Supposons f bijective. Alors f1 est linéaire : pour w=f(u) et w=f(u), on a λw+μw=f(λu+μu), donc f1(λw+μw)=λu+μu=λf1(w)+μf1(w). En notant B=MatB(f1), la propriété de composition donne BA=MatB(f1f)=MatB(idE)=In, donc B=A1.

Méthode

Déterminer Kerf et Imf à partir de la matrice A de f.

  1. Le noyau : résoudre le système homogène AX=0 par le pivot de Gauss, séparer les paramètres, obtenir une base et dimKerf. Ne pas oublier de retraduire les colonnes solutions en vecteurs de E à l'aide de la base de départ.
  2. Le rang : l'obtenir par le théorème du rang, rg(f)=dimEdimKerf, ce qui évite un second échelonnement.
  3. L'image : c'est le Vect des colonnes de A, retraduites dans la base d'arrivée. Repérer rg(f) colonnes formant une famille libre, démontrer leur liberté, puis conclure par le théorème du bon cardinal.
  4. Contrôler : la somme dimKerf+rg(f) doit valoir le nombre de colonnes de A, et chaque vecteur annoncé dans le noyau doit avoir une image nulle.

Exemple

Noyau et image d'une matrice d'ordre 3. Soit f l'endomorphisme de R3 de matrice, dans la base canonique,

M=(123234345).

Le noyau. Le système MX=0 s'écrit

{x+2y+3z=0(L1)2x+3y+4z=0(L2)3x+4y+5z=0(L3)

Les opérations L2L22L1 et L3L33L1 donnent y2z=0 et 2y4z=0, deux équations proportionnelles. Il reste donc y=2z, puis x=2y3z=4z3z=z. Les solutions sont les triplets (z,2z,z), et

Kerf=Vect((1,2,1)),dimKerf=1.

L'application n'est donc pas injective.

Le rang. Le théorème du rang donne rg(f)=31=2.

L'image. Elle est engendrée par les colonnes C1=(1,2,3), C2=(2,3,4), C3=(3,4,5). La relation trouvée dans le noyau se lit directement sur elles : C12C2+C3=(0,0,0), donc C3=2C2C1 et le troisième générateur est superflu. Ainsi Imf=Vect(C1,C2), et ces deux vecteurs ne sont pas colinéaires : si l'on avait C2=λC1, la première coordonnée imposerait λ=2, et la deuxième vaudrait 4 au lieu de 3. C'est donc une famille libre de 2=rg(f) vecteurs de l'image : c'est une base de Imf.

Contrôle. On a 1+2=3, qui est bien le nombre de colonnes de M, et M(121)=(14+326+438+5)=(000).

Changement de base et matrices semblables

C'est ici que le chapitre bascule. Jusqu'à présent, une base était fixée une fois pour toutes ; désormais, nous allons en changer délibérément, dans le but de simplifier la matrice. Tout repose sur un seul objet, la matrice de passage, et sur trois formules qu'il faut connaître sans hésiter.

La matrice de passage

Définition

Soit E un espace vectoriel de dimension n, et soient B=(e1,,en) et B=(e1,,en) deux bases de E. On appelle matrice de passage de B à B, notée PB,B, la matrice carrée d'ordre n dont la j-ième colonne est la colonne des coordonnées de ej dans la base B.

L'ordre des indices est déroutant la première fois, et il faut le fixer une bonne fois : dans PB,B, ce sont les vecteurs de la nouvelle base B que l'on écrit, exprimés dans l'ancienne base B. On les range en colonnes, dans l'ordre. Autrement dit, PB,B=MatB,B(idE), puisque la j-ième colonne de cette dernière matrice est la colonne des coordonnées de idE(ej)=ej dans B.

Propriété

Inversibilité de la matrice de passage. Soient B et B deux bases de E. La matrice PB,B est inversible, et

(PB,B)1=PB,B.

Démonstration. La propriété de composition de la section 4, appliquée à idEidE=idE avec les bases B, B, B, donne

PB,B×PB,B=MatB,B(idE)×MatB,B(idE)=MatB,B(idE)=In,

et le produit dans l'autre ordre vaut In pour la même raison, en échangeant les rôles de B et B.

Propriété

Changement de base pour les coordonnées. Soient B et B deux bases de E, et notons P=PB,B. Pour tout vecteur u de E, de colonne XB dans B et XB dans B :

XB=PXB,et doncXB=P1XB.

Démonstration. Appliquons la propriété « la matrice calcule les images » à l'application idE, avec la base B au départ et la base B à l'arrivée. Sa matrice est MatB,B(idE)=P. La colonne de u au départ est XB, celle de idE(u)=u à l'arrivée est XB, d'où XB=PXB. La seconde formule s'obtient en multipliant à gauche par P1.

Le sens de cette formule surprend souvent : la matrice de passage de B à B transforme les nouvelles coordonnées en anciennes. Il n'y a rien à comprendre de plus, mais tout à retenir : les colonnes de P sont écrites dans B, donc le produit PXB ne peut produire qu'un résultat écrit dans B.

Propriété

Changement de base pour un endomorphisme. Soit f un endomorphisme de E, soient B et B deux bases de E et notons P=PB,B. Alors

MatB(f)=P1MatB(f)P.

Démonstration. Notons A=MatB(f) et A=MatB(f). Soit u un vecteur de E, de colonnes X dans B et X dans B, et soit Y, respectivement Y, la colonne de f(u) dans B, respectivement dans B. On dispose de quatre relations :

Y=AX,Y=AX,X=PX,Y=PY.

En combinant, PY=Y=AX=APX, donc Y=P1APX. Ainsi les deux matrices A et P1AP envoient toute colonne X sur la même colonne. En prenant successivement pour X les colonnes de In, on obtient l'égalité des colonnes de A et de P1AP, donc A=P1AP.

Méthode

Effectuer un changement de base pour un endomorphisme f.

  1. Vérifier que B est une base : montrer que la famille est libre, et qu'elle compte dimE vecteurs. De façon équivalente, montrer que P est inversible.
  2. Écrire P=PB,B en rangeant en colonnes les coordonnées des vecteurs de B exprimés dans B.
  3. Calculer P1 par le pivot de Gauss appliqué à la matrice augmentée (PIn).
  4. Effectuer le produit P1AP, en calculant d'abord AP puis P1(AP).
  5. Contrôler par la voie directe : calculer f(e1),,f(en) et décomposer chaque image dans B. On doit retrouver les colonnes de P1AP. Ce double calcul est le meilleur garde-fou du chapitre.

Exemple

Un changement de base complet dans R3. Soit f l'endomorphisme de R3 défini par

f(x,y,z)=(x+y, y+z, x+z),

dont la matrice dans la base canonique B est

A=(110011101).

Considérons la famille B=(e1,e2,e3) avec e1=(1,1,1), e2=(1,0,1) et e3=(0,1,1).

Étape 1 : c'est bien une base. Soient a, b, c des réels tels que ae1+be2+ce3=(0,0,0). En identifiant les coordonnées,

{a+b=0a+c=0a+b+c=0

La troisième équation moins la première donne c=0, puis la deuxième donne a=0, puis la première b=0. La famille est libre, et elle compte 3=dimR3 vecteurs : c'est une base.

Étape 2 : la matrice de passage.

P=PB,B=(110101111).

Étape 3 : son inverse. Le pivot sur (PI3) donne successivement L2L2L1 et L3L3L1, d'où les lignes (0,1,1) et (0,0,1) à gauche. La dernière ligne se lit directement, puis on remonte, et l'on obtient

P1=(111011101).

Contrôle. PP1=I3 : la première ligne de P est (1,1,0), et son produit par les trois colonnes de P1 vaut 1+0+0=1, puis 11+0=0, puis 1+1+0=0. Les deux autres lignes se vérifient de même.

Étape 4 : le produit. D'abord

AP=(110011101)(110101111)=(211212221),

puis

MatB(f)=P1(AP)=(111011101)(211212221)=(202011010).

Étape 5 : contrôle par la voie directe. Calculons f(e1)=f(1,1,1)=(2,2,2) et cherchons a, b, c tels que ae1+be2+ce3=(2,2,2), c'est-à-dire a+b=2, a+c=2 et a+b+c=2. La troisième moins la première donne c=0, d'où a=2 puis b=0 : la première colonne est (2,0,0), ce qui correspond bien. De même, f(e2)=f(1,0,1)=(1,1,2) conduit à a+b=1, a+c=1, a+b+c=2, donc c=1, a=0, b=1 : deuxième colonne (0,1,1). Enfin f(e3)=f(0,1,1)=(1,2,1) conduit à c=0, a=2, b=1 : troisième colonne (2,1,0). Les trois colonnes concordent avec le produit matriciel.

Exemple

Changement de coordonnées d'un vecteur. Avec les bases B et B de l'exemple précédent, cherchons les coordonnées de u=(3,2,4) dans B :

XB=P1XB=(111011101)(324)=(3+242+43+4)=(121).

Vérification. 1(1,1,1)+2(1,0,1)+1(0,1,1)=(3,2,4). C'est bien u.

Matrices semblables

Définition

Deux matrices A et B de Mn(R) sont dites semblables lorsqu'il existe une matrice P de Mn(R) inversible telle que

B=P1AP.

Propriété

Interprétation. Deux matrices carrées d'ordre n sont semblables si et seulement si elles représentent un même endomorphisme dans deux bases. Plus précisément, si B=P1AP avec P inversible, alors, en notant f l'endomorphisme de Rn de matrice A dans la base canonique B, et B la famille des vecteurs dont les colonnes de coordonnées dans B sont les colonnes de P, la famille B est une base de Rn et B=MatB(f).

Démonstration. Comme P est inversible, son rang vaut n, donc ses colonnes forment une famille libre de n vecteurs de Rn : c'est une base B, et par construction P=PB,B. La formule de changement de base donne alors MatB(f)=P1AP=B. Réciproquement, si A et B représentent le même endomorphisme dans deux bases B et B, la même formule montre qu'elles sont semblables, avec P=PB,B.

Propriété

Deux matrices semblables ont le même rang. Si A et B sont semblables, alors rg(A)=rg(B). De plus, pour tout entier naturel k, les matrices Ak et Bk sont semblables, avec Bk=P1AkP.

Démonstration. D'après la propriété précédente, A et B sont les matrices d'un même endomorphisme f dans deux bases. Or rg(A)=rg(f)=rg(B) d'après la section 4 : le rang ne dépend pas de la base choisie.

Pour les puissances, raisonnons par récurrence. Pour k=0, B0=In=P1InP. Si Bk=P1AkP, alors

Bk+1=BkB=(P1AkP)(P1AP)=P1Ak(PP1)AP=P1Ak+1P.

Nous verrons à la section 6 que deux matrices semblables ont aussi le même spectre, et à la section 9 que la formule Bk=P1AkP est exactement celle qui permet de calculer les puissances d'une matrice diagonalisable. Retenez en revanche ce qu'être semblables ne dit pas : deux matrices de même rang ne sont pas nécessairement semblables, et la similitude est bien plus forte que l'égalité des rangs.

Éléments propres d'une matrice carrée

Nous voici au cœur du chapitre. La question est la suivante : pour un endomorphisme donné, existe-t-il une base dans laquelle sa matrice est diagonale ? Dans une telle base, l'endomorphisme se contenterait de multiplier chaque vecteur de base par un réel, ce qui est le comportement le plus simple imaginable. Les vecteurs qui se comportent ainsi portent un nom.

Définitions

Définition

Soit AMn(R) et soit λ un réel.

  • On dit que λ est une valeur propre de A lorsqu'il existe une colonne XMn,1(R), non nulle, telle que AX=λX.
  • Une telle colonne X est alors appelée vecteur propre de A associé à la valeur propre λ.
  • L'ensemble des valeurs propres de A est appelé spectre de A et se note Sp(A).
  • Pour λSp(A), l'ensemble
Eλ(A)={XMn,1(R)  ;  AX=λX}

est appelé sous-espace propre de A associé à λ.

La condition « X non nulle » est essentielle et se perd très souvent en cours de rédaction. Sans elle, tout réel serait valeur propre de toute matrice, puisque A×0=λ×0 pour n'importe quel λ. Un vecteur propre n'est donc jamais nul, alors qu'un sous-espace propre, lui, contient toujours la colonne nulle.

Ces notions se traduisent immédiatement en termes d'endomorphismes. Si f est l'endomorphisme de Rn de matrice A dans la base canonique, alors dire que X est un vecteur propre de A associé à λ, c'est dire que le vecteur u correspondant vérifie f(u)=λu avec u0. Un vecteur propre est donc un vecteur que f se contente de dilater.

Propriété

Le sous-espace propre est un noyau. Soit AMn(R) et soit λ un réel. Alors

Eλ(A)=Ker(AλIn),

et c'est un sous-espace vectoriel de Mn,1(R). De plus,

λSp(A)    AλIn n’est pas inversible    rg(AλIn)<n    dimEλ(A)1.

Démonstration. L'égalité AX=λX équivaut à AXλX=0, c'est-à-dire (AλIn)X=0, puisque λX=λInX. L'ensemble Eλ(A) est donc le noyau de la matrice AλIn, c'est-à-dire l'ensemble des solutions d'un système linéaire homogène : c'est un sous-espace vectoriel de Mn,1(R).

Ensuite, λ est valeur propre si et seulement si ce noyau contient une colonne non nulle, c'est-à-dire s'il n'est pas réduit à {0}, ce qui équivaut à dimEλ(A)1. Par le théorème du rang appliqué à AλIn, cela équivaut à rg(AλIn)<n, donc à la non-inversibilité de AλIn.

Cette propriété est la définition opératoire du spectre, et c'est elle que l'on utilise en pratique : chercher les valeurs propres de A, c'est chercher les réels λ pour lesquels le système homogène (AλIn)X=0 possède une solution autre que la solution nulle.

Premières propriétés

Propriété

La valeur propre 0. Soit AMn(R). Alors

0Sp(A)    A n’est pas inversible,

et dans ce cas E0(A)=KerA.

Démonstration. En prenant λ=0 dans la propriété précédente, 0Sp(A) équivaut à la non-inversibilité de A0In=A. Et E0(A)=Ker(A0In)=KerA.

C'est un réflexe à acquérir : devant une matrice dont on voit que deux colonnes sont proportionnelles, ou dont la somme des colonnes est nulle, on peut annoncer immédiatement que 0 est valeur propre, sans le moindre calcul supplémentaire.

Propriété

Spectre de l'inverse. Soit AMn(R) inversible et soit λSp(A). Alors λ0, le réel 1λ est valeur propre de A1, et les sous-espaces propres correspondants sont égaux :

Eλ(A)=E1/λ(A1).

Démonstration. Puisque A est inversible, la propriété précédente montre que 0 n'est pas valeur propre de A, donc λ0.

Soit X un vecteur propre de A associé à λ, c'est-à-dire X0 et AX=λX. Multiplions cette égalité à gauche par A1 :

X=A1(λX)=λA1X,

puis divisons par λ, ce qui est licite car λ0 :

A1X=1λX.

La colonne X étant non nulle, 1λ est bien valeur propre de A1, de vecteur propre X. Cela prouve l'inclusion Eλ(A)E1/λ(A1), et l'inclusion réciproque s'obtient en échangeant les rôles de A et A1, dont l'inverse est A.

Propriété

Matrices semblables. Si A et B sont deux matrices semblables de Mn(R), alors

Sp(A)=Sp(B),

et pour tout λ de ce spectre commun, dimEλ(A)=dimEλ(B).

Démonstration. Écrivons B=P1AP avec P inversible. Soit λSp(A) et soit X0 tel que AX=λX. Posons Y=P1X ; comme P1 est inversible et X0, on a Y0. Alors

BY=P1APP1X=P1AX=P1(λX)=λP1X=λY,

donc λSp(B). L'inclusion réciproque s'obtient de la même façon en écrivant A=PBP1.

Pour les dimensions, on observe que BλIn=P1(AλIn)P, donc ces deux matrices sont semblables et ont même rang. Le théorème du rang donne alors

dimEλ(B)=nrg(BλIn)=nrg(AλIn)=dimEλ(A).

C'est la propriété qui justifie tout le programme de la réduction : puisque le spectre ne dépend pas de la base, il caractérise l'endomorphisme lui-même, et non l'écriture qu'on en a choisie. C'est aussi un outil de réfutation commode : deux matrices de spectres différents ne sont jamais semblables.

Propriété

Cas des matrices triangulaires. Soit TMn(R) une matrice triangulaire, supérieure ou inférieure, de coefficients diagonaux t1,1,,tn,n.

  1. T est inversible si et seulement si tous ses coefficients diagonaux sont non nuls.
  2. Sp(T)={t1,1,,tn,n}.

Démonstration. Traitons le cas triangulaire supérieur ; le cas inférieur s'en déduit par transposition, ou se traite identiquement.

Point 1. Si tous les ti,i sont non nuls, la matrice T est déjà échelonnée et possède n pivots, donc rg(T)=n et T est inversible. Réciproquement, supposons qu'un coefficient diagonal soit nul et notons k le plus petit indice tel que tk,k=0. Considérons les k premières colonnes C1,,Ck de T. Pour j<k, la colonne Cj a tous ses coefficients nuls à partir de la ligne j+1, donc en particulier à partir de la ligne k. Et Ck a tous ses coefficients nuls à partir de la ligne k+1, ainsi qu'à la ligne k puisque tk,k=0. Ces k colonnes appartiennent donc toutes au sous-espace des colonnes dont les coefficients des lignes k à n sont nuls, sous-espace de dimension k1. Une famille de k vecteurs dans un sous-espace de dimension k1 est nécessairement liée, donc les colonnes de T sont liées et rg(T)<n : la matrice n'est pas inversible.

Point 2. Pour tout réel λ, la matrice TλIn est encore triangulaire supérieure, de coefficients diagonaux t1,1λ,,tn,nλ. D'après le point 1, elle n'est pas inversible si et seulement si l'un de ces coefficients est nul, c'est-à-dire si et seulement si λ est égal à l'un des ti,i.

Exemple

Deux lectures immédiates. La matrice MatB(φ)=(110012001) de la section 4 est triangulaire supérieure de coefficients diagonaux tous égaux à 1 : elle est inversible, et Sp(φ)={1}.

La matrice (251003007) est triangulaire supérieure de coefficients diagonaux 2, 0 et 7 : elle n'est pas inversible, et son spectre est {0,2,7}.

La liberté des familles de vecteurs propres

Propriété

Vecteurs propres associés à deux valeurs propres distinctes. Soit AMn(R), soient λ et μ deux valeurs propres distinctes de A, et soient X et Y des vecteurs propres associés respectivement à λ et à μ. Alors la famille (X,Y) est libre.

Démonstration. Soient a et b des réels tels que aX+bY=0. Multiplions cette égalité à gauche par A :

aAX+bAY=0,c’est-aˋ-direaλX+bμY=0.

Multiplions par ailleurs l'égalité de départ par μ :

aμX+bμY=0.

En soustrayant les deux dernières égalités, il vient a(λμ)X=0. Comme λμ, on a λμ0, et comme X0, on en déduit a=0. L'égalité de départ devient bY=0, et Y0 donne b=0. La famille est libre.

Propriété

Cas général (énoncé du programme). Soit AMn(R) et soient λ1,,λp des valeurs propres deux à deux distinctes de A. Pour chaque indice i, soit Fi une famille libre de vecteurs de Eλi(A). Alors la famille obtenue en concaténant F1,,Fp est libre dans Mn,1(R).

Démonstration. Raisonnons par récurrence sur p.

Initialisation. Pour p=1, la famille concaténée est F1, libre par hypothèse.

Hérédité. Supposons le résultat acquis pour p1 valeurs propres distinctes, avec p2. Notons Fi=(Xi,1,,Xi,ki) et considérons des réels αi,j tels que

i=1pj=1kiαi,jXi,j=0.

Posons Vi=j=1kiαi,jXi,j. Chaque Vi appartient au sous-espace propre Eλi(A), qui est stable par combinaison linéaire, donc AVi=λiVi, et la relation s'écrit V1++Vp=0.

Multiplions cette relation à gauche par A : on obtient λ1V1++λpVp=0. Multiplions-la par ailleurs par le réel λp : on obtient λpV1++λpVp=0. En soustrayant, le dernier terme disparaît et il reste

(λ1λp)V1+(λ2λp)V2++(λp1λp)Vp1=0.

En remplaçant chaque Vi par sa définition, cette égalité est une combinaison linéaire nulle des vecteurs des familles F1,,Fp1, dont les coefficients sont les (λiλp)αi,j. Par hypothèse de récurrence, la concaténation de ces p1 familles est libre, donc tous ces coefficients sont nuls :

(λiλp)αi,j=0pour 1ip1 et 1jki.

Comme les valeurs propres sont deux à deux distinctes, λiλp0, d'où αi,j=0 pour tout ip1 et tout j. Il reste alors jαp,jXp,j=0, et la liberté de Fp donne αp,j=0 pour tout j. Tous les coefficients sont nuls : la famille concaténée est libre.

Propriété

Conséquences. Soit AMn(R).

  1. Des vecteurs propres associés à des valeurs propres deux à deux distinctes forment toujours une famille libre.
  2. A possède au plus n valeurs propres distinctes.
  3. Si λ1,,λp sont les valeurs propres distinctes de A, alors
dimEλ1(A)++dimEλp(A)n.

Démonstration. Le point 1 est le cas où chaque Fi est réduite à un unique vecteur propre, famille libre puisqu'un vecteur propre est non nul. Le point 3 s'obtient en prenant pour Fi une base de Eλi(A) : la concaténation est une famille libre de Mn,1(R), dont le cardinal est la somme des dimensions, et une famille libre d'un espace de dimension n compte au plus n vecteurs. Le point 2 en découle, chaque sous-espace propre étant de dimension au moins 1.

Trouver le spectre

Méthode

Déterminer le spectre d'une matrice carrée A. Il n'existe pas de polynôme caractéristique dans ce programme, et le texte officiel précise qu'« on évitera les méthodes trop calculatoires » et que « la résolution de systèmes à paramètres est déconseillée ». On procède donc dans cet ordre, en s'arrêtant à la première voie qui aboutit.

  1. Lire une structure évidente. Si A est triangulaire, le spectre est l'ensemble de ses coefficients diagonaux. Si A n'est pas inversible (deux colonnes proportionnelles, une colonne nulle, somme nulle des colonnes), alors 0 est valeur propre. Si toutes les lignes de A ont la même somme s, alors la colonne dont tous les coefficients valent 1 est un vecteur propre associé à s.
  2. Exploiter un polynôme annulateur. C'est la voie normale aux concours, et l'objet de la section 7 : si Q(A)=0, alors toute valeur propre de A est racine de Q, ce qui fournit une liste finie de candidats. Souvent l'énoncé fait calculer A2 pour faire apparaître la relation.
  3. Tester chaque candidat. Un candidat λ n'est valeur propre que si le système (AλIn)X=0 admet une solution non nulle. On le résout par le pivot, avec λ remplacé par sa valeur numérique : il n'y a alors aucun paramètre, et le calcul est élémentaire.
  4. En dernier recours seulement, pour une matrice de petit format ou très structurée : écrire le système (AλIn)X=0 avec λ inconnu et chercher, par combinaisons de lignes, à quelle condition sur λ il possède une solution non nulle.

Ne concluez jamais qu'un candidat est valeur propre sans avoir exhibé un vecteur propre : les racines d'un polynôme annulateur ne sont que des candidats.

Méthode

Déterminer le sous-espace propre Eλ(A).

  1. Écrire la matrice AλIn en retranchant λ à chaque coefficient diagonal, et à eux seuls.
  2. Résoudre le système homogène (AλIn)X=0 par le pivot de Gauss.
  3. Paramétrer les solutions et mettre chaque paramètre en facteur : on obtient Eλ(A)=Vect().
  4. Conclure : la famille obtenue est libre par construction, c'est donc une base, et dimEλ(A) est le nombre de paramètres.
  5. Vérifier en calculant AX pour chaque vecteur de base annoncé : on doit trouver λX.

Exemple

Une matrice d'ordre 2, par la voie directe. Soit A=(4211). Cherchons pour quels réels λ le système (AλI2)X=0 admet une solution non nulle. Il s'écrit

{(4λ)x2y=0(L1)x+(1λ)y=0(L2)

La ligne L2 donne x=(λ1)y. En reportant dans L1 :

(4λ)(λ1)y2y=0,c’est-aˋ-dire[(4λ)(λ1)2]y=0.

Or (4λ)(λ1)2=λ2+5λ42=(λ25λ+6)=(λ2)(λ3). Si λ est différent de 2 et de 3, ce facteur est non nul, donc y=0, puis x=0 : la seule solution est nulle. Par conséquent

Sp(A)={2,3}.

Sous-espaces propres. Pour λ=2 : x=y, et L1 donne 2x2y=0, vérifiée. Donc E2(A)=Vect(11). Pour λ=3 : x=2y, et L1 donne x2y=0, vérifiée. Donc E3(A)=Vect(21).

Vérification. A(11)=(421+1)=(22)=2(11) et A(21)=(822+1)=(63)=3(21).

Exemple

Une matrice d'ordre 3, par la structure. Soit

A=(011101110).

Chaque ligne a pour somme 2, donc la colonne X0=(111), qui est non nulle, vérifie AX0=(222)=2X0 : le réel 2 est valeur propre.

Cherchons les autres par combinaisons. Le système (AλI3)X=0 s'écrit

{λx+y+z=0(L1)xλy+z=0(L2)x+yλz=0(L3)

La différence L1L2 donne (1+λ)x+(1+λ)y=0, c'est-à-dire (1+λ)(yx)=0, et de même L2L3 donne (1+λ)(zy)=0. Supposons λ1. Alors x=y=z, et L1 devient (2λ)x=0 ; si de plus λ2, on obtient x=0, donc X=0. Il n'y a donc pas d'autre valeur propre que 1 et 2, et l'on vérifie que 1 en est bien une ci-dessous. Ainsi

Sp(A)={1,2}.

Sous-espaces propres. Pour λ=2, le système donne x=y=z, donc E2(A)=Vect(111) et dimE2(A)=1. Pour λ=1, la matrice A+I3 a ses trois lignes égales à (1,1,1), et le système se réduit à l'unique équation x+y+z=0, soit x=yz. En paramétrant par y et z,

(xyz)=y(110)+z(101),doncE1(A)=Vect((110), (101)),

famille libre car les deux colonnes ne sont pas proportionnelles : dimE1(A)=2.

Contrôle. dimE2(A)+dimE1(A)=1+2=3, et nous verrons à la section 8 que cette égalité signifie exactement que A est diagonalisable.

Polynômes annulateurs

Polynôme d'une matrice

Définition

Soit AMn(R) et soit Q=a0+a1X++akXk un polynôme à coefficients réels. On note Q(A) la matrice carrée d'ordre n définie par

Q(A)=a0In+a1A+a2A2++akAk.

On dit que Q est un polynôme annulateur de A lorsque Q(A)=0, la matrice nulle de Mn(R).

Attention à la place du terme constant : il devient a0In, et jamais a0 tout court, qui n'est pas une matrice. C'est l'erreur d'écriture la plus fréquente sur cette notion, et elle rend tout le calcul faux.

Propriété

Localisation des valeurs propres. Soit AMn(R) et soit Q un polynôme annulateur de A. Alors toute valeur propre de A est racine de Q :

λSp(A)  Q(λ)=0.

Démonstration. Soit λSp(A) et soit X un vecteur propre associé, donc X0 et AX=λX.

Montrons d'abord par récurrence que AkX=λkX pour tout entier naturel k. C'est vrai pour k=0, les deux membres valant X. Si AkX=λkX, alors

Ak+1X=A(AkX)=A(λkX)=λk(AX)=λkλX=λk+1X.

Écrivons maintenant Q=a0+a1X++akXk. Alors

Q(A)X=(a0In+a1A++akAk)X=a0X+a1λX++akλkX=Q(λ)X.

Or Q(A)=0, donc Q(λ)X=0. Comme X est une colonne non nulle, le réel Q(λ) est nécessairement nul.

Propriété

Attention : la réciproque est fausse. Une racine d'un polynôme annulateur de A n'est pas nécessairement une valeur propre de A.

Contre-exemple. Prenons A=I2 et Q=X23X+2. Alors

Q(A)=I23I2+2I2=0,

donc Q est bien un polynôme annulateur de A. Ses racines sont 1 et 2. Pourtant Sp(I2)={1} : en effet I2X=2X impose X=0, donc 2 n'est pas valeur propre.

Le théorème ne donne donc qu'une liste de candidats, et il faut ensuite tester chacun d'eux en résolvant le système correspondant. Le programme est ici très explicite : « aucune connaissance supplémentaire sur les polynômes annulateurs n'est au programme ». Il n'y a donc rien d'autre à savoir sur cette notion, ni réciproque, ni polynôme privilégié, ni théorème général : seulement l'implication ci-dessus, et l'obligation de vérifier les candidats.

Méthode

Utiliser un polynôme annulateur pour trouver le spectre.

  1. Obtenir la relation. Soit l'énoncé la donne, soit il fait calculer A2, parfois A3, et l'on cherche des réels a et b tels que A2=aA+bIn en comparant les coefficients.
  2. Écrire le polynôme annulateur correspondant, ici Q=X2aXb, et vérifier soigneusement que Q(A)=0.
  3. Factoriser Q et lister ses racines réelles : ce sont les seuls candidats possibles.
  4. Tester chaque candidat en résolvant (AλIn)X=0 : si le système a une solution non nulle, λ est valeur propre et l'on obtient au passage Eλ(A) ; sinon, on écarte le candidat.
  5. Conclure en donnant Sp(A) et la dimension de chaque sous-espace propre.

Exemple

Le spectre de A par un polynôme annulateur. Reprenons

A=(011101110)

et calculons son carré. Le coefficient de la ligne 1 et de la colonne 1 de A2 vaut 0×0+1×1+1×1=2, celui de la ligne 1 et de la colonne 2 vaut 0×1+1×0+1×1=1, et ainsi de suite :

A2=(211121112).

On reconnaît A2=A+2I3, c'est-à-dire

A2A2I3=0.

Le polynôme Q=X2X2=(X2)(X+1) est donc annulateur de A, et

Sp(A){1,2}.

Les calculs de la section 6 ont montré que ces deux candidats sont effectivement des valeurs propres, avec dimE2(A)=1 et dimE1(A)=2. Le spectre vaut donc exactement {1,2}.

Observez le gain : deux lignes de calcul matriciel remplacent toute la discussion menée à la section 6. C'est la voie que suivent les énoncés de concours.

Exemple

Une matrice vérifiant A2=A. Soit A=(2121). On calcule

A2=(422+1422+1)=(2121)=A.

Le polynôme Q=X2X=X(X1) est annulateur, donc Sp(A){0,1}.

Test de 0. Les deux colonnes de A sont proportionnelles, donc A n'est pas inversible et 0 est valeur propre. Le système AX=0 s'écrit 2xy=0, soit y=2x, donc E0(A)=Vect(12).

Test de 1. Le système (AI2)X=0 s'écrit xy=0 et 2x2y=0, soit y=x, donc E1(A)=Vect(11).

Les deux candidats sont bien des valeurs propres, Sp(A)={0,1}, et la somme des dimensions des sous-espaces propres vaut 1+1=2.

Vérification. A(12)=(2222)=(00) et A(11)=(2121)=(11).

Diagonalisation

Définition et caractérisation

Définition

Une matrice AMn(R) est dite diagonalisable lorsqu'il existe une matrice diagonale D et une matrice inversible P, toutes deux de Mn(R), telles que

D=P1AP,ce qui s’eˊcrit aussiA=PDP1.

Autrement dit, A est diagonalisable si et seulement si elle est semblable à une matrice diagonale.

Propriété

Caractérisation par les vecteurs propres. Soit AMn(R). Alors A est diagonalisable si et seulement s'il existe une base de Mn,1(R) constituée de vecteurs propres de A.

Dans ce cas, si (C1,,Cn) est une telle base, avec ACj=djCj, alors la matrice P dont les colonnes sont C1,,Cn convient, et

P1AP=D=(d1000d2000dn).

Les coefficients diagonaux de D sont donc les valeurs propres de A, écrites dans le même ordre que les vecteurs propres qui forment les colonnes de P.

Démonstration. Supposons d'abord A diagonalisable, avec P1AP=D diagonale de coefficients d1,,dn. Cette égalité équivaut à AP=PD. Notons C1,,Cn les colonnes de P. La j-ième colonne de AP est ACj, et la j-ième colonne de PD est djCj, puisque multiplier P à droite par une matrice diagonale revient à multiplier sa j-ième colonne par dj. On a donc

ACj=djCjpour tout j.

Comme P est inversible, ses colonnes forment une famille libre de n vecteurs de Mn,1(R), donc une base ; en particulier aucune n'est nulle, et chaque Cj est bien un vecteur propre de A.

Réciproquement, supposons qu'il existe une base (C1,,Cn) de Mn,1(R) formée de vecteurs propres, avec ACj=djCj. Soit P la matrice de colonnes C1,,Cn : ses colonnes formant une base, son rang vaut n et elle est inversible. Le calcul précédent, lu à l'envers, donne AP=PD avec D diagonale de coefficients d1,,dn, donc P1AP=D.

Cette caractérisation est le sens même du mot « diagonaliser » : on ne change pas la matrice, on change de base. Dans la base des vecteurs propres, l'endomorphisme se contente de multiplier le premier vecteur de base par d1, le deuxième par d2, et ainsi de suite. C'est le comportement le plus simple qu'un endomorphisme puisse avoir.

Propriété

Critère de diagonalisabilité. Soit AMn(R), dont les valeurs propres distinctes sont λ1,,λp. Alors

A est diagonalisable    dimEλ1(A)+dimEλ2(A)++dimEλp(A)=n.

Dans ce cas, en concaténant une base de chaque sous-espace propre, on obtient une base de Mn,1(R) formée de vecteurs propres.

Démonstration. Notons di=dimEλi(A) ; nous savons déjà que d1++dpn.

Supposons cette somme égale à n. En concaténant une base de chaque Eλi(A), on obtient, d'après la section 6, une famille libre de d1++dp=n vecteurs de Mn,1(R), espace de dimension n : c'est une base, et tous ses vecteurs sont des vecteurs propres. La caractérisation précédente donne la diagonalisabilité.

Réciproquement, supposons A diagonalisable et soit (C1,,Cn) une base de vecteurs propres. Chaque Cj appartient à l'un des sous-espaces propres. Pour chaque i, notons Gi la sous-famille formée des Cj qui appartiennent à Eλi(A), et mi son cardinal, de sorte que m1++mp=n. Chaque Gi est une sous-famille d'une famille libre, donc elle est libre, et elle est formée de vecteurs de Eλi(A) : par conséquent midimEλi(A)=di. En sommant,

n=m1++mpd1++dpn,

ce qui force l'égalité d1++dp=n.

Propriété

Deux cas suffisants. Soit AMn(R).

  1. Si A possède n valeurs propres distinctes, alors A est diagonalisable, et tous ses sous-espaces propres sont de dimension 1.
  2. Toute matrice symétrique réelle est diagonalisable (résultat admis). Autrement dit, si tA=A, alors A est diagonalisable.

Démonstration du point 1. Chaque sous-espace propre est de dimension au moins 1, donc la somme des n dimensions est au moins n ; comme elle est aussi au plus n, elle vaut exactement n et chaque dimension vaut 1. Le critère précédent conclut.

Le point 2 est admis par le programme, sans démonstration ni condition supplémentaire. Il est d'une efficacité redoutable en concours : dès que la matrice de l'énoncé est symétrique, sa diagonalisabilité est acquise avant tout calcul, et il ne reste plus qu'à déterminer les éléments propres. Prenez le réflexe de regarder la symétrie en premier.

Attention en revanche à la réciproque du point 1 : une matrice peut être diagonalisable avec moins de n valeurs propres, comme le montre l'exemple central de ce chapitre, qui n'en a que deux. Et une matrice non symétrique peut parfaitement être diagonalisable : le point 2 est une condition suffisante, pas une condition nécessaire.

Diagonaliser en pratique

Méthode

Diagonaliser une matrice A d'ordre n.

  1. Chercher le spectre par la méthode de la section 6 : structure, polynôme annulateur, ou système direct.
  2. Déterminer chaque sous-espace propre Eλ(A) en résolvant (AλIn)X=0, et en donner une base ainsi que la dimension.
  3. Conclure sur la diagonalisabilité : additionner les dimensions. Si la somme vaut n, la matrice est diagonalisable ; sinon, elle ne l'est pas, et on l'affirme en citant le critère.
  4. Écrire P en rangeant en colonnes, dans l'ordre choisi, les vecteurs des bases des sous-espaces propres, concaténées.
  5. Écrire D en plaçant sur la diagonale les valeurs propres, chacune répétée autant de fois que la dimension de son sous-espace propre, et dans le même ordre que les colonnes de P.
  6. Vérifier l'égalité AP=PD, colonne par colonne : c'est immédiat et cela ne demande pas de calculer P1. On conclut alors P1AP=D.

Il n'est nécessaire de calculer P1 que si la suite de l'exercice l'exige, par exemple pour un calcul de puissances.

Exemple

Une matrice triangulaire à trois valeurs propres distinctes. Soit

T=(111021003).

Spectre. La matrice est triangulaire supérieure, donc Sp(T)={1,2,3}. Elle possède 3 valeurs propres distinctes et elle est d'ordre 3 : elle est diagonalisable, et chaque sous-espace propre est de dimension 1.

Sous-espaces propres. Pour λ=1, le système (TI3)X=0 s'écrit y+z=0, y+z=0 et 2z=0, d'où z=0 puis y=0, et x libre : E1(T)=Vect(100).

Pour λ=2, le système (T2I3)X=0 s'écrit x+y+z=0, z=0 et z=0, d'où z=0 puis x=y : E2(T)=Vect(110).

Pour λ=3, le système (T3I3)X=0 s'écrit 2x+y+z=0, y+z=0 et 0=0, d'où y=z puis 2x+2z=0, soit x=z : E3(T)=Vect(111).

Conclusion. En posant

P=(111011001)etD=(100020003),

on a P1TP=D.

Vérification par TP=PD. Les colonnes de TP sont T(100)=(100), puis T(110)=(220), puis T(111)=(333), c'est-à-dire 1 fois, 2 fois et 3 fois les colonnes de P : ce sont exactement les colonnes de PD.

Exemple

Diagonalisation complète d'une matrice d'ordre 3. Reprenons une dernière fois

A=(011101110).

Étape préalable. La matrice est symétrique : elle est donc diagonalisable, d'après le résultat admis, avant même tout calcul.

Spectre et sous-espaces propres. Les sections 6 et 7 ont établi Sp(A)={1,2} avec

E2(A)=Vect(111),E1(A)=Vect((110), (101)),

où l'on a choisi pour E1(A) les opposés des deux générateurs de la section 6. Multiplier un vecteur de base par un réel non nul ne change ni le sous-espace engendré, ni le caractère libre de la famille : la seule contrainte est de fournir une base, et toutes les bases conviennent.

Critère. dimE2(A)+dimE1(A)=1+2=3 : la matrice est diagonalisable, ce qui confirme la remarque préalable.

Matrices P et D. En concaténant les bases dans l'ordre choisi,

P=(111110101)etD=(200010001).

Remarquez que la valeur propre 1 apparaît deux fois sur la diagonale de D, autant de fois que la dimension de son sous-espace propre.

Vérification par AP=PD. Colonne par colonne :

A(111)=(222)=2(111),A(110)=(110)=(110),A(101)=(101)=(101).

Les colonnes de AP sont bien 2C1, C2 et C3, c'est-à-dire les colonnes de PD. Donc P1AP=D.

L'inverse de P, pour la suite. Le pivot sur (PI3) donne

P1=13(111121112).

Contrôle. La première ligne de P, qui est (1,1,1), multipliée par les colonnes de P1, donne 13(1+1+1)=1, puis 13(12+1)=0, puis 13(1+12)=0. Les deux autres lignes se vérifient de même : PP1=I3.

Matrices non diagonalisables

Exemple

Un contre-exemple d'ordre 2. Soit N=(1101). Elle est triangulaire supérieure, donc Sp(N)={1}. Le système (NI2)X=0 s'écrit y=0, avec x libre, donc

E1(N)=Vect(10),dimE1(N)=1.

La somme des dimensions des sous-espaces propres vaut 1, strictement inférieure à 2 : la matrice n'est pas diagonalisable.

Un second argument, plus rapide. Si N était diagonalisable, elle serait semblable à une matrice diagonale D dont les coefficients diagonaux seraient ses valeurs propres, toutes égales à 1 : on aurait donc D=I2, puis N=PI2P1=I2, ce qui est faux. Cet argument vaut chaque fois qu'une matrice n'a qu'une seule valeur propre et n'est pas déjà une matrice scalaire.

Exemple

Un contre-exemple d'ordre 3. Soit

B=(210021002).

Elle est triangulaire supérieure de coefficients diagonaux tous égaux à 2, donc Sp(B)={2}. Le système (B2I3)X=0 s'écrit y=0 et z=0, avec x libre, donc dimE2(B)=1<3 : la matrice n'est pas diagonalisable. La section 9 montrera comment calculer tout de même ses puissances.

Exemple

Un endomorphisme non diagonalisable. L'endomorphisme φ de R2[X] défini par φ(P)=PP, de matrice (110012001) dans la base canonique, a pour unique valeur propre 1. Le système (AI3)X=0 s'écrit y=0 et 2z=0, donc dimE1=1<3 : il n'existe aucune base de R2[X] formée de vecteurs propres de φ. Concrètement, les seuls polynômes vérifiant PP=P, c'est-à-dire P=0, sont les constantes, et elles ne suffisent pas à engendrer R2[X].

Puissances d'une matrice et suites récurrentes linéaires

Tout ce qui précède prend son sens ici. Calculer An pour un exposant quelconque est impossible à la main dès l'ordre 3, sauf si l'on sait ramener la matrice à une forme simple. La diagonalisation le permet ; quand elle échoue, la formule du binôme prend le relais.

Puissances par diagonalisation

Propriété

Puissances d'une matrice diagonalisable. Soit AMn(R) diagonalisable, avec A=PDP1D est diagonale de coefficients d1,,dn. Alors, pour tout entier naturel k,

Ak=PDkP1,ouˋDk=(d1k000d2k000dnk).

Démonstration. La première égalité a été établie à la section 5, à propos des matrices semblables : Ak=PDkP1 se démontre par récurrence, l'hérédité reposant sur l'insertion de P1P=In entre les deux facteurs.

Pour la seconde, procédons également par récurrence. Elle est vraie pour k=0, les deux membres valant In. Si Dk est diagonale de coefficients dik, alors le produit DkD est diagonal de coefficients dik×di=dik+1, car le produit de deux matrices diagonales s'obtient en multipliant les coefficients diagonaux entre eux, place par place.

Méthode

Calculer Ak par diagonalisation.

  1. Diagonaliser A : obtenir P, D et vérifier AP=PD.
  2. Calculer P1 par le pivot sur (PIn), puis contrôler PP1=In.
  3. Écrire Dk en élevant chaque coefficient diagonal à la puissance k.
  4. Effectuer le produit Ak=PDkP1, en calculant d'abord PDk, ce qui revient à multiplier la j-ième colonne de P par djk, puis en multipliant à droite par P1.
  5. Contrôler le résultat pour k=0, où l'on doit trouver In, et pour k=1, où l'on doit retrouver A. Ces deux vérifications détectent la quasi-totalité des erreurs de calcul.

Exemple

Les puissances de la matrice symétrique d'ordre 3. Reprenons A=(011101110), avec

P=(111110101),D=(200010001),P1=13(111121112).

Étape 3. Dk=(2k000(1)k000(1)k).

Étape 4. En multipliant chaque colonne de P par le coefficient correspondant,

PDk=(2k(1)k(1)k2k(1)k02k0(1)k),

puis, en multipliant à droite par P1 et en développant chaque coefficient,

Ak=13(2k+2(1)k2k(1)k2k(1)k2k(1)k2k+2(1)k2k(1)k2k(1)k2k(1)k2k+2(1)k).

Étape 5 : contrôles. Pour k=0, on obtient 13(300030003)=I3. Pour k=1, on obtient 13(033303330)=A. Pour k=2, on obtient 13(633363336)=(211121112), qui est bien le A2 calculé à la section 7. Les trois contrôles sont concordants.

Puissances par la formule du binôme

Quand la matrice n'est pas diagonalisable, tout n'est pas perdu. Il suffit souvent de l'écrire comme la somme d'une matrice scalaire et d'une matrice dont une puissance est nulle.

Propriété

Formule du binôme pour deux matrices qui commutent (rappel de première année). Soient U et V deux matrices de Mn(R) telles que UV=VU. Alors, pour tout entier naturel k,

(U+V)k=j=0k(kj)UjVkj.

L'hypothèse de commutation est indispensable : sans elle, la formule est fausse dès le carré, puisque (U+V)2=U2+UV+VU+V2 ne se simplifie pas. Dans la pratique, on l'applique presque toujours au cas U=λIn, qui commute avec toutes les matrices, ce qui rend l'hypothèse automatique. Encore faut-il l'écrire : un correcteur attend cette justification.

Méthode

Calculer Ak par la formule du binôme.

  1. Écrire A=λIn+N, où λ est un réel bien choisi, en général l'unique valeur propre de A, et N=AλIn.
  2. Calculer les puissances de N : N2, puis N3, jusqu'à en trouver une nulle. Noter le plus petit entier m tel que Nm=0 ; toutes les puissances suivantes sont alors nulles aussi.
  3. Justifier la commutation : λIn commute avec N, puisque (λIn)N=λN=N(λIn).
  4. Appliquer le binôme et tronquer la somme : tous les termes contenant Nj avec jm sont nuls, il ne reste donc que les m premiers.
  5. Contrôler pour k=0 et k=1, et surveiller les petites valeurs de k pour lesquelles certains coefficients binomiaux s'annulent.

Exemple

Puissances d'une matrice non diagonalisable. Reprenons B=(210021002), dont nous avons vu qu'elle n'est pas diagonalisable.

Étape 1. Posons N=B2I3=(010001000), de sorte que B=2I3+N.

Étape 2. On calcule

N2=(001000000),N3=N2×N=0.

Toutes les puissances de N d'exposant supérieur ou égal à 3 sont donc nulles.

Étapes 3 et 4. Les matrices 2I3 et N commutent, donc pour tout entier k2 :

Bk=(2I3+N)k=j=0k(kj)Nj(2I3)kj=(k0)2kI3+(k1)2k1N+(k2)2k2N2=2kI3+k2k1N+k(k1)22k2N2.

En remplaçant N et N2 par leurs valeurs,

Bk=(2kk2k1k(k1)22k202kk2k1002k).

Étape 5 : contrôles. Pour k=1, le troisième coefficient de la première ligne s'annule grâce au facteur k1, et l'on retrouve B. Pour k=2, on obtient (441044004), ce qui coïncide avec le calcul direct de B2.

Suites récurrentes linéaires

Méthode

Résoudre un système de suites récurrentes couplées. On considère deux suites liées par des relations du type

{un+1=aun+bvnvn+1=cun+dvn

avec u0 et v0 donnés.

  1. Écrire le système sous forme matricielle : poser Xn=(unvn) et A=(abcd), de sorte que Xn+1=AXn pour tout n.
  2. En déduire Xn=AnX0, par une récurrence immédiate qu'il faut rédiger.
  3. Diagonaliser A : obtenir P, D, puis P1.
  4. Deux voies équivalentes pour conclure. Soit on calcule An=PDnP1 et l'on effectue le produit AnX0. Soit, ce qui est souvent plus rapide, on pose Yn=P1Xn : la relation devient Yn+1=DYn, donc chaque coordonnée de Yn est une suite géométrique dont on écrit immédiatement le terme général, et l'on revient à Xn=PYn.
  5. Contrôler les valeurs n=0 et n=1 sur les formules obtenues, puis vérifier qu'elles satisfont les relations de récurrence de départ.

Exemple

Un système couplé entièrement traité. Soient (un) et (vn) définies par u0=1, v0=0 et, pour tout entier naturel n,

{un+1=4un2vnvn+1=un+vn

Étape 1. Avec Xn=(unvn) et A=(4211), le système s'écrit Xn+1=AXn.

Étape 2. Montrons par récurrence que Xn=AnX0. C'est vrai pour n=0, puisque A0=I2. Si Xn=AnX0, alors Xn+1=AXn=AAnX0=An+1X0.

Étape 3. La section 6 a établi Sp(A)={2,3}, avec E2(A)=Vect(11) et E3(A)=Vect(21). Deux valeurs propres distinctes pour une matrice d'ordre 2 : elle est diagonalisable, avec

P=(1211),D=(2003).

Le pivot donne P1=(1211), ce que l'on contrôle : PP1=(1+2221+121)=I2.

Étape 4, par la voie des suites géométriques. Posons Yn=P1Xn=(anbn). Alors

Yn+1=P1Xn+1=P1AXn=P1APP1Xn=DYn,

c'est-à-dire an+1=2an et bn+1=3bn. Ces deux suites sont géométriques, donc an=a0×2n et bn=b0×3n. Or

Y0=P1X0=(1211)(10)=(11),

d'où an=2n et bn=3n. Il ne reste qu'à revenir à Xn :

Xn=PYn=(1211)(2n3n)=(2n+2×3n2n+3n).

Autrement dit, pour tout entier naturel n,

un=2×3n2n,vn=3n2n.

Étape 5 : contrôles. Pour n=0 : u0=21=1 et v0=11=0, conformes aux conditions initiales. Pour n=1 : les formules donnent u1=62=4 et v1=32=1, tandis que les relations de récurrence donnent u1=4×12×0=4 et v1=1+0=1. Pour n=2 : les formules donnent u2=184=14 et v2=94=5, et les relations donnent u2=4×42×1=14 et v2=4+1=5. Tout concorde.

Exemple

Une récurrence linéaire d'ordre 2. Soit (un) définie par u0=1, u1=0 et, pour tout entier naturel n,

un+2=5un+16un.

Posons Xn=(unun+1). Alors

Xn+1=(un+1un+2)=(0165)(unun+1)=AXn,avecA=(0165).

Spectre. Le système (AλI2)X=0 s'écrit λx+y=0 et 6x+(5λ)y=0. La première ligne donne y=λx, et la seconde devient [6+(5λ)λ]x=0, c'est-à-dire (λ25λ+6)x=0. Une solution non nulle existe si et seulement si λ25λ+6=0, donc Sp(A)={2,3}, avec E2(A)=Vect(12) et E3(A)=Vect(13).

Diagonalisation et conclusion. Deux valeurs propres distinctes en ordre 2 : A est diagonalisable, avec

P=(1123),D=(2003),P1=(3121).

En posant Yn=P1Xn, on obtient Yn+1=DYn, et Y0=P1(10)=(32), d'où Yn=(3×2n2×3n). Enfin

Xn=PYn=(3×2n2×3n6×2n6×3n),doncun=3×2n2×3n.

Contrôles. u0=32=1 et u1=66=0, conformes. Puis u2=1218=6, et la relation de récurrence donne 5×06×1=6.

Ce qu'il faut retenir

La carte du chapitre

Une matrice et une application linéaire sont deux visages du même objet, et le pont entre les deux est le choix d'une base. Le tableau suivant résume les correspondances qu'il faut pouvoir traverser dans les deux sens sans y penser.

Du côté de l'application Du côté de la matrice
f linéaire de E dans F A=MatB,C(f), et Y=AX
gf produit BA, dans cet ordre
Kerf, Imf, rg(f) solutions de AX=0, Vect des colonnes, rg(A)
f isomorphisme A inversible, rg(A)=n

Les gestes du chapitre tiennent en sept lignes. Reconnaître un sous-espace vectoriel : le vecteur nul, la stabilité par combinaison linéaire, ou une écriture en Vect. Trouver une base et une dimension : paramétrer, mettre les paramètres en facteur, montrer la liberté, compter. Écrire une matrice d'application linéaire : images des vecteurs de la base de départ, décomposées dans la base d'arrivée, rangées en colonnes. Changer de base : P contient les nouveaux vecteurs écrits dans l'ancienne base, XB=PXB, et MatB(f)=P1MatB(f)P. Chercher un spectre : structure évidente, puis polynôme annulateur, puis test de chaque candidat par un système à coefficients numériques. Décider de la diagonalisabilité : additionner les dimensions des sous-espaces propres et comparer à n, sans oublier les deux cas suffisants que sont les n valeurs propres distinctes et la symétrie. Calculer Ak : par PDkP1 si la matrice est diagonalisable, par le binôme appliqué à λIn+N sinon.

Les erreurs qui coûtent des points

Chercher un polynôme caractéristique. Il n'existe pas dans ce programme. Les valeurs propres se trouvent en résolvant (AλIn)X=0, ou en exploitant un polynôme annulateur. Il n'existe pas davantage de déterminant d'ordre 3 : l'inversibilité d'une matrice carrée se décide par son rang, c'est-à-dire par un pivot.

Oublier que le vecteur propre doit être non nul. Sans cette condition, tout réel serait valeur propre de toute matrice. Écrivez-la à chaque fois, y compris dans les démonstrations.

Conclure qu'une racine d'un polynôme annulateur est une valeur propre. L'implication ne va que dans un sens : les racines sont des candidats, et chacun doit être testé en résolvant le système correspondant.

Se tromper de sens dans la formule de changement de base. La matrice PB,B contient les vecteurs de B écrits dans B, et elle transforme les nouvelles coordonnées en anciennes : XB=PXB. Pour l'endomorphisme, c'est P1AP, jamais PAP1, si l'on veut la matrice dans la nouvelle base.

Mélanger l'ordre de P et de D. La j-ième colonne de P doit être un vecteur propre associé au j-ième coefficient diagonal de D. Une permutation dans l'une sans la permutation correspondante dans l'autre rend l'égalité fausse, et la vérification AP=PD la détecte immédiatement.

Répéter une valeur propre le mauvais nombre de fois dans D. Chaque valeur propre apparaît sur la diagonale autant de fois que la dimension de son sous-espace propre, ni plus, ni moins.

Appliquer le binôme sans justifier la commutation. La formule (U+V)k=j(kj)UjVkj exige UV=VU. Avec U=λIn, la justification tient en une ligne, mais elle doit être écrite.

Confondre le noyau et l'image. Le noyau vit dans l'espace de départ, l'image dans l'espace d'arrivée, et le théorème du rang fait intervenir la dimension du départ, c'est-à-dire le nombre de colonnes de la matrice. Et l'on écrit Kerf={0E}, jamais Kerf=.

Sauter les vérifications. Un vecteur propre annoncé se réinjecte dans AX=λX, une diagonalisation se contrôle par AP=PD, un inverse par PP1=In, une formule de puissance par les valeurs k=0 et k=1, un terme général de suite par n=0 et n=1. Ces contrôles prennent trente secondes chacun et sauvent des copies entières.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.