ECG appliquées · Chapitre 07 · Second semestre

L'espace Rⁿ, sous-espaces vectoriels et applications linéaires

1re année

Base canonique, sous-espaces, Vect, dimension, rang, noyau, image, théorème du rang.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Base canonique
  • Sous-espaces
  • Vect
  • Dimension
  • Rang
  • Noyau
  • Image
  • Théorème du rang

Le premier semestre vous a appris à calculer. Une matrice y était un tableau de nombres que l'on additionne, que l'on multiplie, que l'on élève à une puissance et que l'on inverse parfois ; un système linéaire, une liste d'équations que le pivot de Gauss finit toujours par ramener à une forme échelonnée. Ces gestes sont acquis, et ce chapitre ne les remplace pas : il s'en sert du début à la fin. Le pivot est ici l'outil unique, et pratiquement chaque question de ce chapitre se termine par un échelonnement.

Ce qui change, c'est ce dont on parle. Jusqu'ici, l'objet d'étude était le tableau lui-même ; désormais, ce sera l'ensemble que le tableau décrit. Quand vous résolvez un système homogène de trois équations à quatre inconnues et que vous trouvez une infinité de solutions dépendant de deux paramètres, vous avez en main bien davantage qu'une liste de quadruplets : vous tenez un objet géométrique, avec une taille propre, que ces deux paramètres mesurent. Le vocabulaire de ce chapitre sert exactement à dire cela. Une combinaison linéaire décrit comment on fabrique de nouveaux vecteurs à partir de vecteurs donnés ; un sous-espace vectoriel est un ensemble stable pour cette fabrication ; une base en est une description minimale, sans redondance ; la dimension compte les vecteurs d'une base et donne enfin une mesure ; le rang compte, dans une famille ou dans une matrice, ce qui est vraiment utile. Ce sont cinq mots pour une seule idée : distinguer, derrière un paquet de nombres, la quantité d'information qu'il contient réellement.

Le programme de la voie ECG fixe pour ce chapitre un parti pris qu'il faut connaître, parce qu'il détermine ce que l'on vous demandera. Il écrit noir sur blanc que ce chapitre « ne doit pas donner lieu à un exposé théorique » et que « l'étude se limitera à l'espace Mn,1(R), en privilégiant les exemples pour n dans {2,3,4} ». Autrement dit : aucune théorie générale, aucun axiome à réciter, aucun objet en dehors de ceux que vous manipulez déjà. Tout se passe dans R2, R3, R4 et leurs sous-espaces, et un sous-espace vectoriel n'est pas défini par une liste de conditions à vérifier : c'est, tout simplement, l'ensemble des combinaisons linéaires d'une famille finie de vecteurs. Ce choix a une conséquence heureuse, que vous mesurerez dès la section 2 : la plupart des questions du type « montrer que F est un sous-espace vectoriel » se règlent en exhibant des générateurs, souvent lus directement sur un pivot.

Ce chapitre est aussi, par unité de temps de travail, l'un des plus rentables de l'année. Les sujets d'ECRICOME, d'EDHEC et d'EM Lyon comportent presque tous un problème d'algèbre linéaire, et les questions d'ouverture y sont invariablement les mêmes : montrer qu'une famille est libre, en déduire une base et une dimension, déterminer le noyau et l'image d'une matrice, appliquer le théorème du rang, conclure sur l'inversibilité. Ce sont des points que l'on prend en dix minutes quand les gestes sont automatisés, et que l'on perd entièrement sinon. Le plan suit cette logique. Les sections 1 à 3 installent le décor : l'espace Rn, les sous-espaces vectoriels et les systèmes homogènes, qui en sont la source principale. Les sections 4 à 8 construisent le vocabulaire de la description : sous-espace engendré, familles génératrices, familles libres, bases, dimension, rang. Les sections 9 à 11 traitent les applications linéaires, leur noyau, leur image et le théorème du rang. La section 12 rassemble les méthodes en fiches, et la dernière liste les erreurs qui reviennent chaque année.

Voici enfin les notations en vigueur dans tout le chapitre. Les entiers n, m et p désignent des entiers naturels non nuls, et les exemples se placent presque toujours dans R2, R3 ou R4. Les vecteurs sont notés u, v, w, éventuellement indexés u1,u2,, et les scalaires par des lettres grecques λ, μ, α, β. Un vecteur u de Rn est un n-uplet, écrit en ligne dans le texte courant ; la matrice colonne de ses coordonnées dans la base canonique est notée par la lettre majuscule correspondante, U ou X, élément de Mn,1(R). La base canonique de Rn est (e1,,en), et le vecteur nul est 0Rn, abrégé en 0 quand aucune confusion n'est possible. Les sous-espaces vectoriels sont notés F, G, H, le sous-espace engendré par une famille est Vect(u1,,up), et la dimension est dimF. Les applications linéaires sont notées f et g, leur noyau et leur image Kerf et Imf, leur rang rg(f). L'ensemble des matrices à n lignes et p colonnes est Mn,p(R), l'identité d'ordre n est In, la transposée de A est tA, et rg(A) est le rang de A. Les opérations sur les lignes s'écrivent comme au premier semestre, par exemple L2L22L1. Enfin, le symbole marque la fin d'une démonstration.

L'espace Rn

Définition et opérations

Définition

Soit n un entier naturel non nul. On note Rn l'ensemble des n-uplets de réels :

Rn={(x1,x2,,xn)  ;  x1R, x2R, , xnR}.

Les éléments de Rn sont appelés vecteurs, et les réels x1,,xn les coordonnées du vecteur.

Un n-uplet est ordonné : dans R3, les vecteurs (1,2,3) et (3,2,1) sont différents. Et deux vecteurs sont égaux si et seulement si leurs coordonnées sont égales une à une, ce qui sera notre outil de traduction permanent : une égalité entre vecteurs de Rn vaut exactement n égalités entre réels.

Définition

Soient u=(x1,,xn) et v=(y1,,yn) deux vecteurs de Rn, et soit λ un réel. On définit :

  • l'addition, appelée loi interne, par u+v=(x1+y1, x2+y2, , xn+yn) ;
  • le produit par un réel, appelé loi externe, par λu=(λx1, λx2, , λxn), noté simplement λu.

Les deux opérations se font donc coordonnée par coordonnée, et rien d'autre n'est défini : il n'existe pas de produit de deux vecteurs de Rn, ni de quotient. Écrire uv ou uv n'a aucun sens dans ce chapitre.

Exemple

Dans R3, avec u=(1,2,4) et v=(3,0,1) :

u+v=(4,2,3),2u=(2,4,8),2u3v=(29, 40, 8+3)=(7,4,11).

Dans R4, avec u=(1,0,2,1) et v=(0,1,1,1) : u+2v=(1,2,4,1).

Propriété

Règles de calcul. Pour tous vecteurs u, v, w de Rn et tous réels λ, μ :

u+v=v+u,(u+v)+w=u+(v+w),u+0Rn=u,u+(u)=0Rn,λ(u+v)=λu+λv,(λ+μ)u=λu+μu,λ(μu)=(λμ)u,1u=u,

0Rn=(0,0,,0) est le vecteur nul et u=(1)u est l'opposé de u.

Démonstration. Chacune de ces égalités se vérifie coordonnée par coordonnée, et se ramène alors à une règle de calcul connue sur les réels. Par exemple, la k-ième coordonnée de λ(u+v) vaut λ(xk+yk), celle de λu+λv vaut λxk+λyk, et ces deux réels sont égaux par distributivité de la multiplication sur l'addition dans R. Les autres se traitent de la même façon, en utilisant la commutativité, l'associativité, le rôle de 0 et celui de 1 dans R.

Ces règles sont exactement celles auxquelles vous êtes habitué avec les nombres, et c'est précisément ce qui rend le calcul vectoriel confortable : on développe, on réduit, on transpose un terme d'un membre à l'autre, sans précaution particulière. Le seul point qui demande un peu d'attention est le suivant.

Propriété

Pour tout vecteur u de Rn et tout réel λ :

λu=0Rn    (λ=0  ou  u=0Rn).

Démonstration. Si λ=0, toutes les coordonnées de λu valent 0×xk=0, donc λu=0Rn ; si u=0Rn, elles valent λ×0=0, même conclusion.

Réciproquement, supposons λu=0Rn et λ0. Pour chaque indice k, on a λxk=0 avec λ0, donc xk=0 en divisant par λ. Toutes les coordonnées de u sont nulles, c'est-à-dire u=0Rn.

Combinaisons linéaires

Définition

Soient u1,u2,,up des vecteurs de Rn. On appelle combinaison linéaire de la famille (u1,,up) tout vecteur de la forme

λ1u1+λ2u2++λpup,

λ1,,λp sont des réels, appelés coefficients de la combinaison.

Une famille (u1,,up) est une liste ordonnée de vecteurs ; l'entier p est son cardinal. L'ordre compte, et un même vecteur peut y figurer deux fois : c'est une liste, pas un ensemble.

Exemple

Dans R3, posons u1=(1,0,1), u2=(0,1,2) et u3=(1,1,1). Alors

2u1+3u2u3=(2,0,2)+(0,3,6)+(1,1,1)=(1,2,3).

Le vecteur (1,2,3) est donc une combinaison linéaire de u1, u2 et u3, de coefficients 2, 3 et 1.

Exemple

Une question type. Le vecteur w=(5,1,3) est-il combinaison linéaire de u=(1,1,0) et v=(1,1,1) ? Cherchons α et β tels que αu+βv=w, ce qui donne le système

{α+β=5αβ=1β=3

La troisième équation donne β=3, la première α=2, et la deuxième doit alors être vérifiée : 23=11. Le système est incompatible, donc w n'est pas combinaison linéaire de u et v.

En revanche, w=(5,1,3) convient : β=3, α=2, et 23=1 cette fois. On vérifie : 2(1,1,0)+3(1,1,1)=(5,1,3).

Retenez le geste, car c'est celui de tout le chapitre : une question de combinaison linéaire est une question de système linéaire, dont les inconnues sont les coefficients.

Base canonique et matrice colonne des coordonnées

Définition

Pour k compris entre 1 et n, on note ek le vecteur de Rn dont toutes les coordonnées sont nulles, sauf la k-ième qui vaut 1. La famille (e1,e2,,en) est appelée base canonique de Rn.

Ainsi, dans R3, e1=(1,0,0), e2=(0,1,0) et e3=(0,0,1) ; dans R4, il y a quatre vecteurs e1,,e4, construits de la même façon.

Propriété

Tout vecteur u=(x1,,xn) de Rn s'écrit d'une unique façon comme combinaison linéaire de e1,,en, à savoir

u=x1e1+x2e2++xnen.

Démonstration. Existence. La k-ième coordonnée du vecteur x1e1++xnen vaut xk, puisque seul le terme xkek contribue à cette place, tous les autres ej ayant une k-ième coordonnée nulle. Ce vecteur a donc les mêmes coordonnées que u : il lui est égal.

Unicité. Supposons u=λ1e1++λnen. Le membre de droite vaut (λ1,λ2,,λn), et l'égalité de deux n-uplets est l'égalité de leurs coordonnées une à une : λk=xk pour tout k. Les coefficients sont donc imposés.

Ce résultat, d'apparence anodine, autorise l'identification qui gouverne tout le chapitre, et que le programme demande explicitement de mettre en place.

Définition

Soit u=(x1,,xn) un vecteur de Rn. On appelle matrice colonne des coordonnées de u dans la base canonique la matrice

X=(x1x2xn)Mn,1(R).

Un vecteur de Rn et sa colonne de coordonnées portent exactement la même information : l'un se lit sur l'autre sans le moindre calcul. C'est pourquoi on se permet de passer de l'un à l'autre en permanence, et le programme va jusqu'à dire que l'étude « se limitera à l'espace Mn,1(R) ». Il n'y a là aucune subtilité, seulement une convention d'écriture : la ligne dans le texte, la colonne dans les calculs matriciels. Écrire u=(1,2,3) dans une phrase et U=(123) dans un produit, c'est parler du même objet. Attention en revanche à ne pas mélanger les deux dans une même égalité : (1,2,3) n'est pas une matrice, et un produit AU exige la colonne.

L'intérêt immédiat de cette identification est qu'une combinaison linéaire devient un produit matriciel.

Propriété

Une combinaison linéaire est un produit AΛ. Soient u1,,up des vecteurs de Rn, de colonnes U1,,Up, et soit AMn,p(R) la matrice dont les colonnes sont U1,,Up, dans cet ordre. Alors, pour tous réels λ1,,λp, la colonne du vecteur λ1u1++λpup est

AΛ,ouˋΛ=(λ1λp)Mp,1(R).

Démonstration. C'est le calcul du produit d'une matrice par une colonne, vu au premier semestre. Le i-ième coefficient de AΛ vaut ai,1λ1+ai,2λ2++ai,pλp, où ai,j est le i-ième coefficient de la colonne Uj, c'est-à-dire la i-ième coordonnée de uj. Or la i-ième coordonnée de λ1u1++λpup vaut précisément λ1ai,1++λpai,p. Les deux colonnes ont les mêmes coefficients.

Exemple

Dans R3, prenons u1=(1,2,0) et u2=(0,1,3), de sorte que

A=(102103).

Pour λ1=2 et λ2=1, le produit vaut

A(21)=(2×1+(1)×02×2+(1)×12×0+(1)×3)=(233),

et l'on retrouve bien 2u1u2=(2,4,0)(0,1,3)=(2,3,3).

Cette propriété est le pont entre les deux semestres. Chercher si un vecteur w est combinaison linéaire de u1,,up, c'est chercher une colonne Λ telle que AΛ=W : autrement dit, résoudre un système linéaire dont la matrice a les uj pour colonnes. Tout le pivot du premier semestre s'applique tel quel.

Sous-espaces vectoriels de Rn

La définition du programme

Définition

Une partie F de Rn est un sous-espace vectoriel de Rn lorsqu'il existe une famille finie de vecteurs u1,,up de Rn telle que F soit l'ensemble de toutes leurs combinaisons linéaires :

F={λ1u1+λ2u2++λpup  ;  (λ1,,λp)Rp}.

Cette définition n'est pas celle que vous trouverez dans les manuels de mathématiques générales, qui passent par une liste de conditions à vérifier. Le programme de la voie appliquée a fait un autre choix, volontairement concret : un sous-espace vectoriel, c'est ce qu'engendre une poignée de vecteurs. La conséquence pratique est considérable, et il faut la comprendre dès maintenant : pour prouver qu'une partie est un sous-espace vectoriel, on ne récite rien, on produit des générateurs.

Deux cas extrêmes méritent d'être signalés tout de suite. D'une part, la partie {0Rn}, réduite au vecteur nul, est un sous-espace vectoriel : c'est l'ensemble des combinaisons linéaires de la famille (0Rn), puisque λ0Rn=0Rn pour tout λ. On l'appelle le sous-espace nul. D'autre part, Rn tout entier est un sous-espace vectoriel de lui-même : c'est l'ensemble des combinaisons linéaires de sa base canonique, d'après la section 1.

Stabilité par combinaison linéaire

Propriété

Stabilité. Soit F un sous-espace vectoriel de Rn. Alors

  1. 0RnF ;
  2. pour tous u, v de F et tous réels λ, μ, le vecteur λu+μv appartient encore à F.

Démonstration. Écrivons F comme l'ensemble des combinaisons linéaires de u1,,up.

Point 1. En prenant tous les coefficients nuls, 0u1++0up=0Rn, qui est donc dans F.

Point 2. Soient u et v dans F : il existe des réels a1,,ap et b1,,bp tels que u=a1u1++apup et v=b1u1++bpup. Alors, en développant et en regroupant les termes de même indice grâce aux règles de calcul de la section 1,

λu+μv=(λa1+μb1)u1+(λa2+μb2)u2++(λap+μbp)up.

Ce vecteur est bien une combinaison linéaire de u1,,up, donc il appartient à F.

Par récurrence immédiate, un sous-espace vectoriel est en fait stable par combinaison linéaire de n'importe quel nombre de ses vecteurs : si v1,,vq sont dans F, toute combinaison α1v1++αqvq y est encore. C'est cette phrase qu'il faut avoir en tête chaque fois qu'on manipule un sous-espace : on ne sort jamais de F en combinant des vecteurs de F.

Le point 1 est, lui, l'outil d'élimination le plus rapide du chapitre : une partie qui ne contient pas le vecteur nul n'est pas un sous-espace vectoriel, et cela se voit en une ligne.

Comment reconnaître un sous-espace vectoriel

Méthode

Montrer qu'une partie F de Rn est un sous-espace vectoriel. Trois voies, et trois seulement, à essayer dans cet ordre.

  1. Exhiber des générateurs : écrire F=Vect(u1,,up) pour des vecteurs explicites, en général obtenus en paramétrant les éléments de F.
  2. Reconnaître un système homogène : si F est décrit par une ou plusieurs équations linéaires sans second membre, c'est l'ensemble des solutions d'un système linéaire homogène, donc un sous-espace vectoriel (section 3).
  3. Reconnaître un noyau : si F est l'ensemble des colonnes X telles que AX=0 pour une matrice A, c'est KerA, donc un sous-espace vectoriel (section 10).

Les voies 2 et 3 sont deux formulations de la même idée ; la voie 1 est celle qui fournit en prime une base et une dimension.

Méthode

Montrer qu'une partie F n'est PAS un sous-espace vectoriel. Un seul argument suffit, et il doit être numérique.

  1. Le vecteur nul : vérifier si 0RnF. S'il n'y est pas, c'est terminé en une ligne.
  2. Un contre-exemple à la stabilité : exhiber deux vecteurs précis de F dont la somme n'est pas dans F, ou un vecteur de F et un réel dont le produit n'est pas dans F. Les valeurs doivent être données et le calcul écrit.

Une phrase du type « F n'est pas stable » sans contre-exemple chiffré ne vaut aucun point.

Exemple

Quatre parties qui n'en sont pas.

a. F1={(x,y)R2  ;  x+y=1}. Le couple (0,0) ne vérifie pas 0+0=1, donc 0R2F1 : ce n'est pas un sous-espace vectoriel. C'est une droite du plan, mais elle ne passe pas par l'origine.

b. F2={(x,y)R2  ;  xy=0}. Ici le vecteur nul appartient bien à F2, et pourtant : (1,0) et (0,1) sont dans F2, alors que leur somme (1,1) n'y est pas, puisque 1×1=10. La condition xy=0 n'est pas linéaire.

c. F3={(x,y,z)R3  ;  x0}. Le vecteur (1,0,0) est dans F3, mais (1)×(1,0,0)=(1,0,0) n'y est pas. Une inégalité ne définit jamais un sous-espace vectoriel.

d. F4={(x,y)R2  ;  y=x2}. Le vecteur (1,1) est dans F4, mais 2×(1,1)=(2,2) n'y est pas, car 22=42.

Exemple

Trois parties qui en sont.

a. F={(x,y,z)R3  ;  x+2yz=0} : ensemble des solutions d'un système homogène à une équation. En posant x et y comme paramètres, z=x+2y et

(x,y,z)=(x, y, x+2y)=x(1,0,1)+y(0,1,2),

donc F=Vect((1,0,1), (0,1,2)).

b. G={(x,y,z,t)R4  ;  x=y  et  z=2t} : deux équations linéaires homogènes. Avec x et t pour paramètres, (x,x,2t,t)=x(1,1,0,0)+t(0,0,2,1).

c. H=Vect((1,2), (2,4)) dans R2 : c'est un sous-espace vectoriel par définition. Notez que le second vecteur est le double du premier, donc H=Vect((1,2)) : la description initiale était redondante.

Les sous-espaces vectoriels de R2

Le programme demande explicitement de classifier les sous-espaces vectoriels du plan. Le résultat est court, et sa démonstration est un bon exercice de synthèse sur tout ce qui précède.

Propriété

Classification dans R2. Soit F un sous-espace vectoriel de R2. Alors F est de l'un des trois types suivants, et d'un seul :

  1. le sous-espace nul F={0R2} ;
  2. une droite vectorielle, c'est-à-dire F=Vect(u) pour un vecteur u non nul ;
  3. le plan tout entier, F=R2.

Démonstration. Soit F un sous-espace vectoriel de R2.

Premier cas. Si F ne contient que le vecteur nul, on est dans le type 1.

Sinon, il existe un vecteur u=(a,b) de F avec u0R2. Par stabilité, tous les multiples λu appartiennent à F, donc Vect(u)F.

Deuxième cas. Si F=Vect(u), on est dans le type 2.

Troisième cas. Sinon, il existe un vecteur v=(c,d) de F qui n'appartient pas à Vect(u). Montrons d'abord que adbc0. Supposons au contraire adbc=0. Comme u est non nul, l'une au moins de ses coordonnées est non nulle. Si a0, posons λ=ca : alors λa=c, et λb=bca=ada=d, donc λu=(c,d)=v, ce qui placerait v dans Vect(u) et contredirait notre hypothèse. Si b0, on pose de même λ=db, et l'on obtient λb=d puis λa=adb=bcb=c, donc encore λu=v, même contradiction. Ainsi adbc0.

Soit maintenant w=(x,y) un vecteur quelconque de R2. Cherchons α et β tels que αu+βv=w, c'est-à-dire

{aα+cβ=xbα+dβ=y

La matrice de ce système est M=(acbd), de déterminant det(M)=adbc0. D'après le critère d'inversibilité à l'ordre 2 du premier semestre, M est inversible, donc le système admet une unique solution (α,β). Le vecteur w est donc combinaison linéaire de u et v, deux vecteurs de F ; par stabilité, wF. Comme w était quelconque, R2F, et donc F=R2.

Enfin, les trois types s'excluent. Le sous-espace nul ne contient aucun vecteur non nul, il ne peut donc être ni une droite ni le plan. Et une droite Vect(u), avec u=(a,b) non nul, n'est jamais R2 tout entier : le vecteur (b,a) ne lui appartient pas. En effet, si l'on avait (b,a)=λ(a,b), alors b=λa et a=λb, d'où, en multipliant la première égalité par b et la seconde par a, b2=λab et a2=λab. On en tirerait a2+b2=0, donc a=b=0, ce qui contredit u0R2.

Il faut lire ce théorème comme un catalogue : dans le plan, il n'y a rien d'autre qu'un point, des droites passant par l'origine, et le plan entier. La même exploration menée dans R3 donne quatre types : le sous-espace nul, les droites vectorielles Vect(u) avec u non nul, les plans vectoriels engendrés par deux vecteurs non colinéaires, et R3 lui-même. Nous ne le démontrerons pas, et il n'y a pas lieu de l'apprendre comme un théorème ; ce vocabulaire de droite et de plan vectoriels est en revanche commode, et il correspondra exactement, à la section 7, aux sous-espaces de dimension 1 et de dimension 2.

Les systèmes linéaires homogènes

C'est de loin la source la plus fréquente de sous-espaces vectoriels dans les exercices, et le pivot de Gauss en donne tout ce qu'on peut souhaiter : la preuve que c'en est un, une famille génératrice, et bientôt une base.

Propriété

L'ensemble des solutions d'un système homogène. Soit (S) un système linéaire homogène à p inconnues, et soit S0 l'ensemble de ses solutions, vu comme partie de Rp. Alors S0 est un sous-espace vectoriel de Rp.

Démonstration. Nous savons déjà, depuis le premier semestre, que S0 contient le p-uplet nul, et qu'il est stable par somme et par produit par un réel ; donc, en combinant les deux, λu+μvS0 dès que u et v y sont. Mais la définition retenue cette année exige davantage : il faut exhiber une famille finie de vecteurs dont S0 soit l'ensemble des combinaisons linéaires. C'est le pivot qui la fournit.

Appliquons la méthode du pivot de Gauss au système. Il devient échelonné, et l'on distingue les inconnues principales, celles qui portent un pivot, des inconnues secondaires, les autres. Notons r le nombre de pivots, de sorte qu'il reste q=pr inconnues secondaires. Comme le système est homogène, il est toujours compatible, et la remontée exprime chaque inconnue principale comme une combinaison linéaire des inconnues secondaires, sans terme constant. En notant t1,,tq les inconnues secondaires, chaque coordonnée de la solution générale est donc de la forme c1t1++cqtq pour des réels cj fixes. En regroupant les termes selon les paramètres, le vecteur solution s'écrit

u=t1w1+t2w2++tqwq,

wj est le vecteur obtenu en donnant à tj la valeur 1 et à tous les autres paramètres la valeur 0. Réciproquement, tout vecteur de cette forme est solution, puisque les valeurs des paramètres sont libres. Ainsi

S0={t1w1++tqwq  ;  (t1,,tq)Rq},

qui est exactement l'ensemble des combinaisons linéaires de la famille finie (w1,,wq) : c'est un sous-espace vectoriel de Rp. Si q=0, le système n'a que la solution nulle et S0={0Rp}, qui en est un aussi.

Cette démonstration contient la méthode complète, et c'est elle que l'on exécute en exercice. Détaillons-la sur un exemple, à quatre inconnues, comme le programme y invite.

Méthode

Décrire l'ensemble des solutions d'un système homogène.

  1. Échelonner le système par le pivot de Gauss, en écrivant chaque opération en marge.
  2. Repérer les inconnues principales (celles qui portent un pivot) et les inconnues secondaires (les autres), qui deviennent les paramètres.
  3. Remonter : exprimer chaque inconnue principale en fonction des seuls paramètres.
  4. Écrire le vecteur général avec toutes ses coordonnées, puis mettre chaque paramètre en facteur pour faire apparaître une combinaison linéaire de vecteurs fixes.
  5. Conclure : S0=Vect(w1,,wq), et vérifier que chaque wj satisfait toutes les équations de départ.

Exemple

Un système de trois équations à quatre inconnues. Résolvons

(S){x+y2z+t=0(L1)2x+3yz+4t=0(L2)x+2y+z+3t=0(L3)

Échelonnement. Les opérations L2L22L1 et L3L3L1 donnent

{x+y2z+t=0y+3z+2t=0y+3z+2t=0

Les deux dernières équations sont identiques ; l'opération L3L3L2 transforme la troisième en 0=0, et l'on peut la supprimer. Le système échelonné comporte deux pivots.

Paramètres. Les inconnues principales sont x et y ; les inconnues secondaires, donc les paramètres, sont z et t.

Remontée. La deuxième équation donne y=3z2t. En reportant dans la première,

x=y+2zt=3z+2t+2zt=5z+t.

Vecteur général. On obtient, pour tous réels z et t,

(x,y,z,t)=(5z+t, 3z2t, z, t)=z(5,3,1,0)+t(1,2,0,1),

et par conséquent

S0=Vect((5,3,1,0), (1,2,0,1)).

Vérification. Pour (5,3,1,0) : 532+0=0, puis 1091+0=0, puis 56+1+0=0. Pour (1,2,0,1) : 120+1=0, puis 260+4=0, puis 14+0+3=0. Les deux vecteurs conviennent.

Observez ce que le pivot a livré gratuitement : non seulement l'ensemble des solutions, mais une famille génératrice lue directement sur la paramétrisation. Nous verrons à la section 7 que cette famille est même toujours une base, ce qui donnera aussitôt la dimension : ici, deux paramètres, donc un sous-espace de dimension 2 dans R4.

Le sous-espace vectoriel engendré

Définition

Soient u1,,up des vecteurs de Rn. On appelle sous-espace vectoriel engendré par u1,,up, et l'on note Vect(u1,,up), l'ensemble de toutes leurs combinaisons linéaires :

Vect(u1,,up)={λ1u1++λpup  ;  (λ1,,λp)Rp}.

Comparez cette définition avec celle de la section 2 : ce sont les mêmes mots. C'est voulu, et c'est même tout l'intérêt du choix du programme.

Propriété

Pour tous vecteurs u1,,up de Rn, l'ensemble Vect(u1,,up) est un sous-espace vectoriel de Rn, et il contient chacun des vecteurs u1,,up.

Démonstration. La première affirmation est la définition même d'un sous-espace vectoriel de Rn : Vect(u1,,up) est l'ensemble des combinaisons linéaires d'une famille finie. Il n'y a rien à vérifier.

Pour la seconde, fixons un indice k et prenons le coefficient λk=1, tous les autres étant nuls : la combinaison correspondante vaut uk, qui appartient donc au Vect.

Voilà pourquoi la voie 1 de la méthode de la section 2 est si économique : dès qu'une partie est écrite sous forme de Vect, la question « est-ce un sous-espace vectoriel ? » est réglée. Toute la difficulté, en pratique, consiste donc à mettre une partie sous cette forme, ce qui est précisément ce que fait le pivot.

Propriété

Le Vect est le plus petit sous-espace contenant la famille. Soit F un sous-espace vectoriel de Rn et soient u1,,up des vecteurs de Rn. Alors

(u1F, , upF)    Vect(u1,,up)F.

Démonstration. Supposons d'abord que tous les uk appartiennent à F, et soit w un élément de Vect(u1,,up) : il existe des réels λ1,,λp tels que w=λ1u1++λpup. Comme F est stable par combinaison linéaire (section 2), le vecteur w appartient à F. D'où l'inclusion.

Réciproquement, si Vect(u1,,up)F, chaque uk appartient au Vect d'après la propriété précédente, donc à F.

Cette équivalence est d'un usage constant, et c'est elle qui rend les inclusions faciles à démontrer : pour établir Vect(u1,,up)F, on ne prend jamais un élément quelconque du Vect ; on vérifie seulement que les p générateurs sont dans F. C'est p vérifications immédiates au lieu d'un raisonnement général.

Les opérations qui ne changent pas le Vect

Propriété

Opérations élémentaires sur une famille. Le sous-espace Vect(u1,,up) n'est pas modifié lorsqu'on effectue l'une des transformations suivantes sur la famille :

  1. échanger deux vecteurs ;
  2. multiplier un vecteur par un réel non nul ;
  3. ajouter à un vecteur un multiple d'un autre vecteur de la famille ;
  4. supprimer un vecteur qui est combinaison linéaire des autres.

Démonstration. Point 1 : l'ensemble des combinaisons linéaires ne dépend pas de l'ordre dans lequel on écrit les vecteurs, puisque l'addition est commutative.

Point 2 : notons F le Vect de départ et G celui obtenu en remplaçant u1 par λu1, avec λ0. Le vecteur λu1 appartient à F, et les autres aussi, donc GF d'après la propriété précédente. Réciproquement, u1=1λ(λu1) appartient à G, et les autres également, donc FG. C'est exactement ici que sert l'hypothèse λ0.

Point 3 : notons G le Vect obtenu en remplaçant u1 par u1+αu2. Ce vecteur est dans F, et les autres aussi, donc GF. Réciproquement, u1=(u1+αu2)αu2 s'écrit comme combinaison linéaire des vecteurs de la nouvelle famille, donc u1G ; les autres y sont aussi, d'où FG.

Point 4 : supposons up=α1u1++αp1up1 et notons G=Vect(u1,,up1). Toute combinaison linéaire de u1,,up1 en est une de u1,,up avec un dernier coefficient nul, donc GF. Réciproquement, up appartient à G par hypothèse et u1,,up1 aussi, donc FG.

Ces quatre opérations sont exactement celles du pivot de Gauss, transposées aux vecteurs d'une famille. C'est ce qui justifie la technique centrale du chapitre : écrire les vecteurs en lignes dans une matrice et échelonner ne change pas le sous-espace engendré, et permet donc de simplifier une famille sans rien perdre.

Méthode

Montrer que deux sous-espaces écrits comme des Vect sont égaux. On procède par double inclusion, et chaque inclusion se ramène à des vérifications sur les générateurs.

  1. Pour Vect(u1,,up)Vect(v1,,vq) : écrire chaque ui comme combinaison linéaire des vj.
  2. Pour l'inclusion réciproque : écrire chaque vj comme combinaison linéaire des ui.

Variante souvent plus rapide : échelonner les deux familles par les opérations ci-dessus et constater qu'on aboutit à la même famille échelonnée.

Exemple

Deux écritures d'un même plan. Montrons que

Vect((1,1,0), (0,1,1))=Vect((1,2,1), (1,0,1)).

Première inclusion, de la droite vers la gauche. On a (1,2,1)=(1,1,0)+(0,1,1) et (1,0,1)=(1,1,0)(0,1,1) : les deux générateurs de droite appartiennent au Vect de gauche.

Seconde inclusion. Réciproquement,

(1,1,0)=12[(1,2,1)+(1,0,1)]=12(2,2,0),(0,1,1)=12[(1,2,1)(1,0,1)]=12(0,2,2),

donc les deux générateurs de gauche appartiennent au Vect de droite. Les deux sous-espaces sont égaux.

Familles génératrices

Définition

Soit F un sous-espace vectoriel de Rn et soit (u1,,up) une famille de vecteurs de F. On dit que cette famille est génératrice de F, ou qu'elle engendre F, lorsque

F=Vect(u1,,up),

autrement dit lorsque tout vecteur de F s'écrit d'au moins une façon comme combinaison linéaire de u1,,up.

Le mot « au moins » mérite d'être souligné : une famille génératrice garantit l'existence d'une écriture, jamais son unicité. C'est précisément l'unicité qui manquera jusqu'à la section 7.

Par construction, tout sous-espace vectoriel de Rn admet une famille génératrice finie : c'est la définition même. La base canonique, elle, engendre Rn tout entier, d'après la section 1.

Méthode

Montrer qu'une famille (u1,,up) engendre F. Deux situations.

  • F est donné par des équations. On prend un vecteur quelconque w de F, on écrit l'équation λ1u1++λpup=w d'inconnues λ1,,λp, on la traduit en système, et l'on montre que ce système est compatible pour tout w de F. Il faut aussi vérifier que chaque uk appartient à F, sans quoi l'inclusion VectF est fausse.
  • F est donné comme un Vect. On applique la méthode de la section 4 : double inclusion sur les générateurs.

Si le système se révèle incompatible pour certains seconds membres, la famille n'est pas génératrice, et les conditions de compatibilité obtenues décrivent exactement le sous-espace engendré. Ce sous-produit est très utile : c'est ainsi qu'on obtient les équations d'un Vect.

Exemple

Une famille génératrice de R3. Soient w1=(1,1,1), w2=(0,1,1) et w3=(0,0,1). Soit (x,y,z) un triplet quelconque, et cherchons a, b, c tels que aw1+bw2+cw3=(x,y,z) :

{a=xa+b=ya+b+c=z

Ce système est déjà échelonné et se résout en descendant : a=x, puis b=yx, puis c=zy. Il admet une solution quel que soit (x,y,z), donc la famille engendre R3.

Contrôle. Pour (x,y,z)=(2,5,9), on obtient a=2, b=3, c=4, et l'on vérifie 2(1,1,1)+3(0,1,1)+4(0,0,1)=(2,5,9).

Exemple

Une famille qui n'engendre pas R3. Soient v1=(1,0,1), v2=(2,1,0) et v3=(0,1,2). L'équation av1+bv2+cv3=(x,y,z) donne

{a+2b=x(L1)b+c=y(L2)a2c=z(L3)

L'opération L3L3L1 donne 2b2c=zx, c'est-à-dire b+c=xz2. En comparant avec L2, le système n'est compatible que si

y=xz2,c’est-aˋ-direx2yz=0.

La famille n'engendre donc pas R3, et le calcul livre en prime une équation du sous-espace engendré :

Vect(v1,v2,v3)={(x,y,z)R3  ;  x2yz=0}.

Contrôle. Les trois générateurs vérifient bien cette équation : 101=0, puis 220=0, puis 02+2=0.

Ce dernier exemple illustre le va-et-vient que le chapitre exploite sans cesse. Un sous-espace vectoriel se décrit de deux manières : par une famille génératrice, ce qui est commode pour fabriquer des vecteurs, ou par des équations, ce qui est commode pour tester l'appartenance d'un vecteur donné. Passer d'une description à l'autre, c'est résoudre un système, dans un sens ou dans l'autre.

Notez enfin qu'une famille génératrice peut être inutilement grande. La famille ((1,1,1),(0,1,1),(0,0,1),(2,5,9)) engendre encore R3, puisqu'elle contient déjà une famille génératrice, mais son quatrième vecteur n'apporte rien : il vaut 2w1+3w2+4w3. Éliminer ces redondances, c'est exactement l'objet des deux sections suivantes.

Familles libres, familles liées

Définition

Une famille (u1,,up) de vecteurs de Rn est dite libre lorsque la seule combinaison linéaire de ces vecteurs égale au vecteur nul est celle dont tous les coefficients sont nuls :

(λ1,,λp)Rp,(λ1u1++λpup=0Rn  λ1==λp=0).

Dans le cas contraire, la famille est dite liée : il existe alors des réels λ1,,λp non tous nuls tels que λ1u1++λpup=0Rn. Une telle égalité s'appelle une relation de dépendance linéaire.

Lisez bien le sens de l'implication. On ne demande pas que la combinaison à coefficients nuls donne le vecteur nul, ce qui est toujours vrai et sans intérêt ; on demande la réciproque. Une faute de rédaction fréquente consiste à écrire « 0u1++0up=0, donc la famille est libre » : cette phrase ne démontre rien. La rédaction correcte commence toujours par « soient λ1,,λp des réels tels que λ1u1++λpup=0Rn » et se termine par « donc λ1==λp=0 ».

Méthode

Montrer qu'une famille de Rn est libre. Trois temps, toujours les mêmes.

  1. Poser : « soient λ1,,λp des réels tels que λ1u1++λpup=0Rn ».
  2. Traduire cette égalité vectorielle en un système linéaire homogène d'inconnues λ1,,λp, en identifiant les n coordonnées. La matrice de ce système est celle dont les colonnes sont les uj.
  3. Résoudre par le pivot. Si l'unique solution est nulle, la famille est libre ; sinon, toute solution non nulle fournit une relation de dépendance explicite, que l'on écrit, et la famille est liée.

Insistons sur le point 3 : quand une famille est liée, la réponse attendue n'est pas le mot « liée », mais la relation. Un correcteur qui ne voit pas la relation écrite ne donne pas les points.

Les cas particuliers à connaître

Propriété

Petits cardinaux et cas immédiats.

  1. La famille (u), réduite à un vecteur, est libre si et seulement si u0Rn.
  2. La famille (u,v) est liée si et seulement si u et v sont colinéaires, c'est-à-dire si l'un des deux est un multiple de l'autre.
  3. Une famille contenant le vecteur nul est liée. Une famille contenant deux fois le même vecteur est liée.
  4. Toute sous-famille d'une famille libre est libre ; toute famille contenant une famille liée est liée.

Démonstration. Point 1. Si u0 et λu=0, la propriété de la section 1 impose λ=0 : la famille est libre. Si u=0, alors 1u=0 est une relation de dépendance à coefficient non nul : la famille est liée.

Point 2. Supposons (u,v) liée : il existe λ, μ non tous deux nuls avec λu+μv=0. Si λ0, alors u=μλv ; sinon μ0 et v=λμu. Dans les deux cas, l'un est multiple de l'autre. Réciproquement, si u=αv, alors 1u+(α)v=0 est une relation dont le premier coefficient vaut 10 ; et si c'est v qui s'écrit v=αu, on conclut de même en échangeant les rôles de u et de v.

Point 3. Si uk=0, la relation 0u1++1uk++0up=0 a un coefficient non nul. Si uj=uk avec jk, la relation 1uj+(1)uk=0, complétée par des zéros, convient.

Point 4. Soit (u1,,up) libre et considérons la sous-famille obtenue en ne gardant que certains indices. Toute relation de dépendance portant sur cette sous-famille se prolonge en une relation portant sur la famille entière, en affectant le coefficient 0 aux vecteurs supprimés. La famille entière étant libre, tous ces coefficients sont nuls, en particulier ceux de la sous-famille. La seconde formulation est la contraposée de la première.

Propriété

Le critère du déterminant dans R2. Soient u=(a,b) et v=(c,d) deux vecteurs de R2. La famille (u,v) est libre si et seulement si

adbc0.

Démonstration. L'équation αu+βv=0R2 équivaut au système homogène de matrice M=(acbd), d'inconnues α et β. Si adbc0, la matrice M est inversible d'après le critère d'ordre 2 du premier semestre, donc le système homogène n'admet que la solution nulle : la famille est libre. Si adbc=0, la matrice M n'est pas inversible, donc le système MΛ=0 admet une solution non nulle, ce qui fournit une relation de dépendance : la famille est liée.

Ce critère est réservé à R2, et à deux vecteurs. Il n'existe pas de déterminant d'ordre 3 dans ce programme : pour une famille de trois ou quatre vecteurs, la seule méthode est le pivot.

Attention enfin à ne pas étendre le point 2 : à partir de trois vecteurs, « liée » ne signifie plus « deux d'entre eux sont colinéaires ». La famille ((1,0),(0,1),(1,1)) est liée, puisque le troisième vecteur est la somme des deux premiers, et pourtant aucun de ses vecteurs n'est multiple d'un autre. Confondre les deux notions est l'erreur la plus fréquente du chapitre.

Exemples traités

Exemple

Une famille libre de R3. Soient u1=(1,2,1), u2=(2,1,1) et u3=(1,1,3). Soient a, b, c des réels tels que au1+bu2+cu3=(0,0,0). En identifiant les trois coordonnées,

{a+2b+c=0(L1)2a+bc=0(L2)ab+3c=0(L3)

L'opération L2L22L1 donne 3b3c=0, soit b=c. L'opération L3L3L1 donne 3b+2c=0. En y reportant b=c, il vient 3c+2c=5c=0, donc c=0, puis b=0, puis a=2bc=0. Tous les coefficients sont nuls : la famille est libre.

Exemple

Une famille liée de R4. Soient v1=(1,2,0,1), v2=(2,1,3,0) et v3=(4,5,3,2). Cherchons les réels a, b, c tels que av1+bv2+cv3=0R4 :

{a+2b+4c=02a+b+5c=03b+3c=0a+2c=0

La troisième équation donne b=c, la quatrième a=2c. Reportons dans les deux premières : 2c2c+4c=0 et 4cc+5c=0, toutes deux vérifiées. Le système admet donc une infinité de solutions, à savoir (a,b,c)=c(2,1,1) avec c réel quelconque. En prenant c=1, on obtient la relation de dépendance

2v1v2+v3=0R4,c’est-aˋ-direv3=2v1+v2.

La famille est liée.

Contrôle. 2v1+v2=(2,4,0,2)+(2,1,3,0)=(4,5,3,2)=v3.

Bases et dimension

Définition d'une base

Le programme définit une base par l'unicité de la décomposition, et c'est cette formulation qu'il faut connaître en premier.

Définition

Soit F un sous-espace vectoriel de Rn et soit (u1,,up) une famille de vecteurs de F. On dit que cette famille est une base de F lorsque tout vecteur w de F se décompose d'une manière et d'une seule sous la forme

w=λ1u1+λ2u2++λpup,(λ1,,λp)Rp.

Les réels λ1,,λp sont alors les coordonnées de w dans la base (u1,,up).

Propriété

Caractérisation d'une base. Une famille (u1,,up) de vecteurs de F est une base de F si et seulement si elle est à la fois libre et génératrice de F.

Démonstration. Supposons d'abord que la famille soit une base de F.

Elle est génératrice. Tout vecteur de F admet une décomposition, donc s'écrit comme combinaison linéaire des uk : ainsi FVect(u1,,up). L'inclusion réciproque vient de la propriété de la section 4, les uk étant des vecteurs de F. Donc F=Vect(u1,,up).

Elle est libre. Soient λ1,,λp des réels tels que λ1u1++λpup=0Rn. Le vecteur nul appartient à F, et il admet aussi la décomposition 0u1++0up. Par unicité de la décomposition du vecteur nul, on conclut λ1==λp=0.

Réciproquement, supposons la famille libre et génératrice de F, et soit wF.

Existence. La famille étant génératrice, w s'écrit comme combinaison linéaire des uk.

Unicité. Supposons deux écritures,

w=λ1u1++λpupetw=μ1u1++μpup.

En soustrayant membre à membre et en regroupant les termes de même indice,

(λ1μ1)u1+(λ2μ2)u2++(λpμp)up=0Rn.

La famille étant libre, tous ces coefficients sont nuls, c'est-à-dire λk=μk pour tout k. Les deux écritures coïncident.

Retenez le geste de cette démonstration, car il resservira : pour comparer deux décompositions, on les soustrait et l'on invoque la liberté. C'est le seul argument disponible, et il fonctionne à chaque fois.

Propriété

La base canonique (e1,,en) est une base de Rn, et les coordonnées d'un vecteur dans cette base sont ses propres coordonnées de n-uplet.

Démonstration. C'est exactement la propriété d'existence et d'unicité démontrée à la section 1 : tout u=(x1,,xn) s'écrit d'une unique façon x1e1++xnen. Son nom n'était donc pas usurpé.

C'est ce résultat qui justifie, rétrospectivement, la définition de la matrice colonne des coordonnées : la colonne X contient les coordonnées de u dans la base canonique, et ces coordonnées sont uniques.

Dimension

Propriété

Théorème de la dimension (admis). Soit F un sous-espace vectoriel de Rn non réduit au vecteur nul. Alors F admet au moins une base, et si F admet une base constituée de p vecteurs, toute autre base de F est constituée de p vecteurs.

Ce théorème est admis par le programme, et il ne faut donc pas chercher à le démontrer ; il faut en revanche mesurer ce qu'il apporte. Sans lui, le nombre de vecteurs d'une base ne serait qu'une caractéristique de la base choisie ; avec lui, c'est une caractéristique du sous-espace lui-même, et l'on peut lui donner un nom.

Définition

Soit F un sous-espace vectoriel de Rn. On appelle dimension de F, notée dimF, le nombre de vecteurs commun à toutes ses bases. Par convention, dim{0Rn}=0.

Ainsi dimRn=n, puisque la base canonique compte n vecteurs. Un sous-espace de dimension 1 est une droite vectorielle, un sous-espace de dimension 2 un plan vectoriel : le vocabulaire géométrique de la section 2 prend ici son sens précis.

Propriété

Cardinaux des familles libres et génératrices (résultats admis). Soit F un sous-espace vectoriel de Rn, de dimension p.

  1. Toute famille libre de vecteurs de F compte au plus p vecteurs.
  2. Toute famille génératrice de F compte au moins p vecteurs.
  3. En particulier, dimFn.

Propriété

Le théorème du bon cardinal (résultats admis). Soit F un sous-espace vectoriel de Rn de dimension p1, et soit (u1,,up) une famille de exactement p vecteurs de F.

  1. Si cette famille est libre, alors c'est une base de F.
  2. Si cette famille est génératrice de F, alors c'est une base de F.

Ces résultats sont eux aussi admis, et ils sont ceux que vous utiliserez le plus souvent, parce qu'ils divisent le travail par deux. Pour montrer qu'une famille est une base d'un sous-espace dont la dimension est connue, on compte ses vecteurs, on vérifie que le compte tombe juste, puis on démontre une seule des deux propriétés, la liberté en général, qui se ramène à un système homogène. On ne vérifie jamais les deux.

Méthode

Montrer qu'une famille est une base de F.

  1. Vérifier que tous les vecteurs de la famille appartiennent à F.
  2. Compter : si le cardinal de la famille n'est pas dimF, elle n'est pas une base, et c'est terminé.
  3. Démontrer la liberté par un système homogène et le pivot.
  4. Conclure en citant le théorème : « famille libre de dimF vecteurs de F, donc base de F ».

Si la dimension de F n'est pas connue à l'avance, il faut au contraire établir séparément la liberté et le caractère générateur.

Exemple

Une base de R3. La famille ((1,2,1),(2,1,1),(1,1,3)) compte 3 vecteurs et dimR3=3. Nous avons montré à la section 6 qu'elle est libre : c'est donc une base de R3, et il est inutile de vérifier en plus qu'elle est génératrice.

En revanche, la famille ((1,0,0),(0,1,0)) ne sera jamais une base de R3, si libre soit-elle : elle ne compte que 2 vecteurs. Et la famille ((1,0,0),(0,1,0),(0,0,1),(1,1,1)) non plus : elle en compte 4, donc elle est nécessairement liée, une famille libre de R3 ne pouvant compter plus de 3 vecteurs.

Exemple

Base et dimension d'un ensemble de solutions. Reprenons le système (S) de la section 3, dont nous avions trouvé

S0=Vect((5,3,1,0), (1,2,0,1)).

Cette famille est génératrice de S0 par construction. Elle est libre, car ses deux vecteurs ne sont pas colinéaires : si l'on avait (1,2,0,1)=λ(5,3,1,0), la quatrième coordonnée donnerait 1=0 ; et si l'on avait (5,3,1,0)=μ(1,2,0,1), ce serait la troisième coordonnée qui donnerait 1=0. C'est donc une base, et

dimS0=2.

Ce dernier exemple contient une observation générale qu'il faut retenir : la famille obtenue en séparant les paramètres, à la fin d'un pivot, est toujours libre. En effet, chaque paramètre tj apparaît, dans le vecteur général, à la place de la coordonnée de l'inconnue secondaire correspondante ; le vecteur wj a donc un 1 à cette place, tandis que tous les autres wi y ont un 0. Une combinaison nulle t1w1++tqwq=0 impose alors, en lisant cette coordonnée, tj=0, et cela pour chaque j. La dimension de l'ensemble des solutions d'un système homogène est donc le nombre d'inconnues secondaires, c'est-à-dire le nombre de paramètres.

La conséquence la plus rentable

Propriété

Critère d'égalité par les dimensions. Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de Rn tels que

FGetdimF=dimG.

Alors F=G.

Démonstration. Notons p la dimension commune. Si p=0, alors F={0Rn}=G et c'est terminé.

Supposons p1 et considérons une base (u1,,up) de F. C'est une famille libre, et la liberté ne dépend que des vecteurs eux-mêmes, pas de l'ensemble dans lequel on les regarde. Comme FG, ces p vecteurs appartiennent à G : ils y forment une famille libre de p=dimG vecteurs, donc une base de G d'après le théorème du bon cardinal. Par conséquent

G=Vect(u1,,up)=F,

la seconde égalité venant de ce que cette famille est aussi une base de F.

Un cas particulier mérite d'être isolé, car il resservira à chaque section : tout sous-espace vectoriel F de Rn étant contenu dans Rn, on a

F=Rn    dimF=n.

Ce critère est, à lui seul, l'une des raisons d'être de la dimension. Démontrer une égalité de deux sous-espaces par double inclusion est souvent long ; ici, une inclusion et deux calculs de dimensions suffisent. Le schéma de rédaction est immuable : on établit FG, on calcule dimF et dimG, on constate qu'elles sont égales, on conclut. Attention toutefois : l'inclusion est indispensable. Deux sous-espaces de même dimension n'ont aucune raison d'être égaux, comme le montrent deux droites distinctes du plan.

Rang d'une famille de vecteurs

Définition

Soit (u1,,up) une famille de vecteurs de Rn. On appelle rang de cette famille, noté rg(u1,,up), la dimension du sous-espace vectoriel qu'elle engendre :

rg(u1,,up)=dimVect(u1,,up).

Le rang mesure le nombre de vecteurs réellement utiles de la famille, une fois éliminées les redondances. Une famille de six vecteurs de rang 2 ne décrit, en fin de compte, qu'un plan.

Propriété

Encadrements du rang. Soit (u1,,up) une famille de vecteurs de Rn, de rang r. Alors

rp,avec eˊgaliteˊ si et seulement si la famille est libre,rn,avec eˊgaliteˊ si et seulement si la famille engendre Rn.

Démonstration. Notons F=Vect(u1,,up), de sorte que r=dimF.

Première ligne. La famille est génératrice de F, donc elle compte au moins dimF vecteurs : rp. Si r=p, c'est une famille génératrice de F ayant exactement dimF vecteurs, donc une base de F d'après le théorème du bon cardinal, donc une famille libre. Réciproquement, si la famille est libre, c'est une famille libre de vecteurs de F, donc pdimF=r ; avec l'inégalité déjà obtenue, r=p.

Seconde ligne. F est un sous-espace vectoriel de Rn, donc r=dimFn. L'égalité dimF=n équivaut à F=Rn, c'est-à-dire au fait que la famille engendre Rn.

Méthode

Calculer le rang d'une famille par échelonnement.

  1. Écrire les vecteurs en lignes dans une matrice, chacun par ses coordonnées.
  2. Échelonner par le pivot de Gauss, en n'utilisant que les trois opérations élémentaires sur les lignes.
  3. Compter les lignes non nulles de la matrice échelonnée : ce nombre est le rang.
  4. Lire une base du sous-espace engendré : les lignes non nulles obtenues conviennent.

Cette méthode repose sur deux justifications, qu'il faut savoir donner. D'abord, les opérations élémentaires sur les lignes sont exactement les opérations de la section 4 : elles ne changent donc pas le sous-espace engendré, ni par conséquent sa dimension. Ensuite, les lignes non nulles d'une matrice échelonnée forment une famille libre. Pour le voir, supposons une combinaison linéaire de ces lignes égale à la ligne nulle, et regardons la colonne du premier pivot : toutes les lignes suivantes y ont un coefficient nul, donc le coefficient affecté à la première ligne est nul. On recommence avec le deuxième pivot, puis le troisième, et ainsi de suite : tous les coefficients sont nuls. Les lignes non nulles sont donc à la fois génératrices et libres : c'est une base du Vect, dont le cardinal est le rang.

Exemple

Un calcul de rang dans R4. Déterminons le rang de la famille

u1=(1,1,2,0),u2=(2,1,1,3),u3=(4,1,5,3),u4=(0,3,3,3).

Écrivons ces vecteurs en lignes. Les opérations L2L22L1 et L3L34L1 donnent

(1120211341530333)(1120033303330333).

Les trois dernières lignes sont identiques. Les opérations L3L3L2, L4L4L2 puis L213L2 conduisent à

(1120011100000000).

Il reste deux lignes non nulles, donc

rg(u1,u2,u3,u4)=2,Vect(u1,u2,u3,u4)=Vect((1,1,2,0), (0,1,1,1)).

La famille est liée, puisque son rang 2 est strictement inférieur à son cardinal 4, et elle n'engendre pas R4, puisque 2<4.

Contrôle. Les relations de dépendance se lisent sur les calculs : u3=2u1+u2, car (2,2,4,0)+(2,1,1,3)=(4,1,5,3), et u4=u22u1, car (2,1,1,3)(2,2,4,0)=(0,3,3,3).

Applications linéaires de Rn dans Rm

L'application associée à une matrice

Définition

Soit AMm,n(R). On appelle application linéaire associée à A l'application fA qui, à un vecteur u de Rn de colonne X, associe le vecteur de Rm de colonne

AX.

Vérifiez les formats, car c'est là que se glissent les fautes : A a m lignes et n colonnes, X a n lignes et 1 colonne, donc AX a m lignes et 1 colonne. L'application va bien de Rn dans Rm, et le nombre de colonnes de A est la dimension de l'espace de départ. Cette phrase servira encore au moment du théorème du rang.

Définition

Une application f:RnRm est dite linéaire lorsque

(u,v)Rn×Rn, (λ,μ)R2,f(λu+μv)=λf(u)+μf(v).

Propriété

Pour toute matrice AMm,n(R), l'application fA est linéaire. De plus fA(0Rn)=0Rm.

Démonstration. Soient u et v dans Rn, de colonnes X et Y, et soient λ, μ deux réels. La colonne de λu+μv est λX+μY, puisque les opérations se font coordonnée par coordonnée. Calculons le i-ième coefficient de A(λX+μY) : il vaut

j=1nai,j(λxj+μyj)=λj=1nai,jxj+μj=1nai,jyj,

c'est-à-dire λ fois le i-ième coefficient de AX plus μ fois celui de AY. Les deux colonnes A(λX+μY) et λAX+μAY ont donc les mêmes coefficients : elles sont égales, et fA est linéaire.

Enfin, en prenant λ=μ=0, on obtient fA(0Rn)=0Rm.

L'égalité f(0)=0 fournit un test d'élimination immédiat : si une application envoie le vecteur nul ailleurs que sur le vecteur nul, elle n'est pas linéaire, et c'est démontré en une ligne.

Exemple

Deux applications qui ne sont pas linéaires.

a. g:R2R2, g(x,y)=(x+1,y). On a g(0,0)=(1,0)(0,0) : elle n'est pas linéaire.

b. h:R2R2, h(x,y)=(xy,0). Ici h(0,0)=(0,0), le test précédent ne suffit pas. Mais h(2(1,1))=h(2,2)=(4,0), alors que 2h(1,1)=2(1,0)=(2,0). Ces deux vecteurs diffèrent, donc h n'est pas linéaire.

La matrice canoniquement associée

Réciproquement, toute application linéaire de Rn dans Rm provient d'une matrice, et d'une seule.

Propriété

Matrice canoniquement associée. Soit f:RnRm une application linéaire. Il existe une unique matrice AMm,n(R) telle que f=fA : c'est la matrice dont la j-ième colonne est la colonne des coordonnées de f(ej), où (e1,,en) est la base canonique de Rn. On l'appelle la matrice canoniquement associée à f.

Démonstration. Existence. Notons A la matrice décrite dans l'énoncé, de colonnes C1,,Cn, où Cj est la colonne de f(ej). Soit u=(x1,,xn) un vecteur de Rn, de colonne X. La décomposition sur la base canonique donne u=x1e1++xnen, et la linéarité de f, appliquée de proche en proche, donne

f(u)=x1f(e1)+x2f(e2)++xnf(en).

D'après la propriété de la section 1, la colonne de ce vecteur est le produit AX. Donc f(u)=fA(u) pour tout u.

Unicité. Supposons f=fB pour une matrice B. En appliquant f au vecteur ej, dont la colonne Ej est la j-ième colonne de In, on obtient la colonne BEj, qui est exactement la j-ième colonne de B. Cette colonne est donc imposée par f, et cela pour tout j : la matrice est unique.

Méthode

Écrire la matrice canoniquement associée à f.

  1. Annoncer le format : autant de lignes que la dimension de l'espace d'arrivée, autant de colonnes que celle de l'espace de départ.
  2. Calculer les images f(e1),,f(en) des vecteurs de la base canonique de départ, une par une.
  3. Ranger en colonnes : la j-ième colonne de A est la colonne de f(ej).
  4. Contrôler sur un vecteur test que le produit AX redonne bien f(u).

Exemple

Une application de R3 dans R2. Soit f(x,y,z)=(x+2yz, 3xy). Chaque coordonnée de l'image est du premier degré en x, y, z et sans terme constant, ce qui garantit la linéarité. Calculons les images de la base canonique :

f(e1)=(1,3),f(e2)=(2,1),f(e3)=(1,0).

La matrice canoniquement associée, de format 2×3, est donc

A=(121310).

Contrôle. Pour u=(1,1,1), le calcul direct donne f(1,1,1)=(1+21, 31)=(2,2), et le produit matriciel donne la colonne (1+2131+0)=(22). Les deux coïncident.

De façon générale, une application f:RnRm est linéaire si et seulement si chacune des m coordonnées de f(u) est une combinaison linéaire des coordonnées de u, autrement dit une expression du premier degré sans terme constant, l'expression nulle étant admise. C'est le critère de reconnaissance à vue, et il permet d'écrire la matrice directement en lisant les coefficients.

Composition et produit matriciel

Propriété

La composition est un produit de matrices. Soient f:RnRm linéaire de matrice AMm,n(R), et g:RmRp linéaire de matrice BMp,m(R). Alors gf:RnRp est linéaire, et sa matrice canoniquement associée est

BAMp,n(R).

Démonstration. Soit u un vecteur de Rn, de colonne X. La colonne de f(u) est AX, puis celle de g(f(u)) est B(AX). L'associativité du produit matriciel, admise au premier semestre, donne B(AX)=(BA)X. Ainsi gf est l'application associée à la matrice BA, donc elle est linéaire, et BA est bien sa matrice canoniquement associée par unicité. Les formats sont cohérents : B a p lignes et m colonnes, A a m lignes et n colonnes, donc BA a p lignes et n colonnes.

L'ordre est inversé : la matrice de gf est BA, et non AB. C'est la faute la plus fréquente sur cette propriété, et elle est facile à éviter en se rappelant que dans gf, c'est f qui agit en premier, donc sa matrice doit être la plus proche de la colonne X.

Exemple

Reprenons f(x,y,z)=(x+2yz, 3xy), de matrice A=(121310), et posons g(a,b)=(b, a+b), de matrice B=(0111). Alors

BA=(0111)(121310)=(310411).

Contrôle par le calcul direct. On a

g(f(x,y,z))=g(x+2yz, 3xy)=(3xy, (x+2yz)+(3xy))=(3xy, 4x+yz),

et l'on retrouve exactement les coefficients de BA.

Noyau et image

Définition

Soit f:RnRm une application linéaire, de matrice canoniquement associée A.

  • Le noyau de f est l'ensemble des vecteurs de Rn dont l'image est nulle :
Kerf={uRn  ;  f(u)=0Rm},KerA={XMn,1(R)  ;  AX=0}.
  • L'image de f est l'ensemble des vecteurs atteints :
Imf={f(u)  ;  uRn}.

Quand on raisonne directement sur la matrice, on écrit aussi ImA pour Imf, c'est-à-dire l'ensemble des colonnes de la forme AX.

Retenez d'emblée où vivent ces deux ensembles, car les confondre est une faute lourde : le noyau est une partie de l'espace de départ Rn, l'image une partie de l'espace d'arrivée Rm.

Propriété

Soit f:RnRm linéaire, de matrice A. Alors Kerf est un sous-espace vectoriel de Rn.

Démonstration. Écrire f(u)=0Rm, c'est écrire AX=0, c'est-à-dire les m équations linéaires homogènes obtenues en annulant chaque coefficient de la colonne AX. Le noyau est donc l'ensemble des solutions d'un système linéaire homogène à n inconnues : d'après la section 3, c'est un sous-espace vectoriel de Rn, et le pivot en fournit une famille génératrice explicite.

C'est la traduction exacte de la phrase du programme : « le noyau d'une matrice est un sous-espace vectoriel ». Et cette propriété fournit la troisième voie de reconnaissance annoncée à la section 2 : pour montrer qu'une partie est un sous-espace vectoriel, il suffit parfois de la reconnaître comme le noyau d'une matrice bien choisie.

Propriété

Soit f:RnRm linéaire, de matrice A de colonnes C1,,Cn. Alors

Imf=Vect(f(e1),,f(en)),

autrement dit l'image est engendrée par les colonnes de A. En particulier, c'est un sous-espace vectoriel de Rm.

Démonstration. Procédons par double inclusion.

Soit wImf : il existe u=(x1,,xn) tel que w=f(u). La décomposition u=x1e1++xnen et la linéarité de f donnent

w=x1f(e1)++xnf(en),

donc w appartient à Vect(f(e1),,f(en)).

Réciproquement, chaque f(ej) appartient à Imf. Or Imf est stable par combinaison linéaire : si w=f(u) et w=f(u), alors λw+μw=f(λu+μu) par linéarité, donc λw+μw est encore une image. En itérant, toute combinaison linéaire des f(ej) est dans Imf, d'où l'inclusion réciproque.

Enfin, Imf est l'ensemble des combinaisons linéaires de la famille finie (f(e1),,f(en)) : c'est donc un sous-espace vectoriel de Rm. Et la colonne de f(ej) est exactement Cj, la j-ième colonne de A.

Ne cherchez donc jamais à décrire directement l'ensemble des f(u) : on écrit les colonnes de la matrice, et on en extrait une famille libre par échelonnement.

Injectivité et surjectivité

Propriété

Caractérisation de l'injectivité. Soit f:RnRm linéaire. Alors

f est injective    Kerf={0Rn}.

Démonstration. Supposons f injective et soit uKerf. Alors f(u)=0Rm=f(0Rn), et l'injectivité donne u=0Rn. Ainsi Kerf{0Rn} ; l'inclusion réciproque est acquise, puisque f(0)=0.

Réciproquement, supposons Kerf={0Rn} et soient u, v tels que f(u)=f(v). La linéarité donne

f(uv)=f(u)f(v)=0Rm,

donc uvKerf, c'est-à-dire uv=0Rn, soit u=v. L'application f est injective.

Voilà l'un des résultats les plus rentables du programme : prouver l'injectivité d'une application quelconque demande de manipuler deux antécédents, alors que pour une application linéaire, il suffit de résoudre un système homogène. Notez la rédaction attendue de la conclusion : on écrit Kerf={0Rn}, et surtout pas « Kerf= », qui est faux, le noyau contenant toujours le vecteur nul.

Propriété

Caractérisation de la surjectivité. Soit f:RnRm linéaire. Alors

f est surjective    Imf=Rm.

C'est la traduction directe de la définition : tout vecteur de Rm possède un antécédent, c'est-à-dire appartient à l'image. L'inclusion ImfRm étant toujours vraie, seule l'inclusion réciproque est à établir, et le critère d'égalité par les dimensions de la section 7 la ramène à la vérification dimImf=m.

Un exemple entièrement traité

Méthode

Déterminer le noyau et l'image d'une matrice A.

  1. Le noyau : résoudre le système homogène AX=0 par le pivot, séparer les paramètres, écrire KerA=Vect() et en déduire dimKerA.
  2. L'image : écrire ImA=Vect(C1,,Cn) où les Cj sont les colonnes, puis échelonner cette famille pour en extraire une base.
  3. Contrôler : la somme dimKerA+dimImA doit valoir le nombre de colonnes de A (théorème du rang, section 11). Vérifier aussi que chaque vecteur annoncé dans le noyau a bien une image nulle.

Exemple

Noyau et image d'une matrice d'ordre 3. Soit

A=(123210113),

et soit f l'application linéaire de R3 dans R3 qui lui est associée, c'est-à-dire

f(x,y,z)=(x+2y+3z, 2x+y, xy3z).

Le noyau. Le système AX=0 s'écrit

{x+2y+3z=0(L1)2x+y=0(L2)xy3z=0(L3)

Les opérations L2L22L1 et L3L3L1 donnent toutes deux la même équation 3y6z=0, c'est-à-dire y=2z. En reportant dans L1, il vient x=2y3z=4z3z=z. Les solutions sont donc les triplets (z,2z,z) avec z réel, et

Kerf=Vect((1,2,1)),dimKerf=1.

Le noyau n'étant pas réduit au vecteur nul, f n'est pas injective. On vérifie au passage que (1,2,1) a bien une image nulle : 14+3=0, puis 22+0=0, puis 1+23=0.

Exemple

Suite : l'image de la même matrice. L'image est engendrée par les colonnes de A :

C1=(1,2,1),C2=(2,1,1),C3=(3,0,3).

La relation trouvée dans le noyau se lit sur ces colonnes : C12C2+C3=0, donc C3=2C2C1 et le troisième générateur est superflu. Ainsi Imf=Vect(C1,C2). Ces deux vecteurs ne sont pas colinéaires : si l'on avait C2=λC1, la première coordonnée imposerait λ=2, et la deuxième vaudrait alors 2×2=4, alors que la deuxième coordonnée de C2 vaut 1. La famille (C1,C2) est donc libre, c'est une base de l'image, et dimImf=2. Comme 2<3, f n'est pas surjective.

Contrôle final. On a dimKerf+dimImf=1+2=3, ce qui est bien le nombre de colonnes de A.

Exemple

Suite : une équation de l'image. Cherchons à quelle condition (x,y,z) appartient à Vect(C1,C2), c'est-à-dire à quelle condition le système αC1+βC2=(x,y,z) est compatible. Les deux premières équations, α+2β=x et 2α+β=y, donnent α=2yx3 et β=2xy3. La troisième impose alors αβ=z, c'est-à-dire 3y3x3=z, soit

Imf={(x,y,z)R3  ;  xy+z=0}.

Contrôle. Les trois colonnes vérifient cette équation : 12+1=0, puis 211=0, puis 303=0.

Rang d'une matrice et théorème du rang

Rang d'une matrice

Définition

Soit AMm,n(R), de colonnes C1,,Cn. On appelle rang de A, noté rg(A), le rang de la famille de ses vecteurs colonnes :

rg(A)=rg(C1,,Cn)=dimVect(C1,,Cn).

Le rang d'une application linéaire f est celui de sa matrice canoniquement associée, et l'on note rg(f).

D'après la section 10, Vect(C1,,Cn) n'est autre que l'image de f : le rang d'une matrice est donc aussi la dimension de l'image de l'application associée,

rg(A)=dimImf.

Ces trois façons de dire la même chose seront utilisées indifféremment.

Propriété

Encadrements. Soit AMm,n(R). Alors

0rg(A)netrg(A)m,

avec rg(A)=0 si et seulement si A est la matrice nulle.

Démonstration. La famille des colonnes compte n vecteurs, donc son rang est au plus n d'après la section 8 ; et ces colonnes vivent dans Rm, donc le sous-espace qu'elles engendrent est de dimension au plus m. Enfin, rg(A)=0 signifie que le sous-espace engendré par les colonnes est réduit au vecteur nul, c'est-à-dire que toutes les colonnes sont nulles.

Propriété

Rang de la transposée (résultat admis). Pour toute matrice A,

rg(A)=rg(tA).

Ce résultat est admis, et sa portée pratique est considérable. Les colonnes de tA sont les lignes de A : l'égalité signifie donc que le rang se lit indifféremment sur les colonnes ou sur les lignes. On peut par conséquent échelonner en lignes pour calculer le rang d'une matrice, ce qui est infiniment plus commode, alors même que le rang est défini par les colonnes. Sans ce résultat, il faudrait transposer avant chaque calcul.

Méthode

Calculer le rang d'une matrice.

  1. Échelonner A par les opérations élémentaires sur les lignes, comme dans un pivot ordinaire.
  2. Compter les lignes non nulles obtenues : c'est rg(A).
  3. Interpréter : rang égal au nombre de colonnes, les colonnes forment une famille libre ; rang égal au nombre de lignes, les colonnes engendrent l'espace d'arrivée ; pour une matrice carrée d'ordre n, rang égal à n, la matrice est inversible.

Exemple

Reprenons A=(123210113). Les opérations L2L22L1 et L3L3L1 donnent deux lignes identiques, (0,3,6), puis L3L3L2 annule la troisième et L213L2 normalise la deuxième :

(123210113)(123012000).

Il reste deux lignes non nulles, donc rg(A)=2, ce qui confirme le calcul de dimImf mené à la section 10. Comme 2<3, la matrice A n'est pas inversible.

Le théorème du rang

Propriété

Théorème du rang (résultat admis). Soit f:RnRm une application linéaire, de matrice canoniquement associée A. Alors

dimKerf+rg(f)=n,

n est la dimension de l'espace de départ, c'est-à-dire le nombre de colonnes de A.

Ce théorème est admis par le programme. Trois remarques sur son usage, car c'est le résultat le plus employé de toute l'algèbre linéaire.

D'abord, la dimension qui apparaît à droite est celle de l'espace de départ : la dimension m de l'espace d'arrivée n'intervient nulle part. Écrire « dimKerf+rg(f)=m » est une faute qui invalide tout ce qui suit. Le moyen de ne pas se tromper est de compter les colonnes de la matrice.

Ensuite, il est d'un usage économique : il fournit une des deux dimensions dès que l'autre est connue. En pratique, on calcule le noyau, qui ne demande qu'un système homogène, et l'on en déduit le rang sans autre calcul ; il ne reste alors qu'à exhiber le bon nombre de colonnes indépendantes pour avoir une base de l'image.

Enfin, il sert de contrôle systématique : à la fin de tout exercice sur une matrice, on vérifie que la somme tombe sur le nombre de colonnes. Si ce n'est pas le cas, il y a une erreur de calcul, et il est inutile d'aller plus loin.

Propriété

Conséquences immédiates. Soit f:RnRm linéaire, de matrice A.

  1. f est injective si et seulement si rg(A)=n.
  2. f est surjective si et seulement si rg(A)=m.
  3. Si n>m, alors f n'est pas injective. Si n<m, alors f n'est pas surjective.

Démonstration. Point 1. L'application f est injective si et seulement si Kerf={0}, c'est-à-dire dimKerf=0, ce qui équivaut à rg(A)=n par le théorème du rang.

Point 2. f est surjective si et seulement si Imf=Rm. Comme Imf est un sous-espace vectoriel de Rm, le critère d'égalité par les dimensions de la section 7 montre que cette égalité équivaut à dimImf=m, c'est-à-dire rg(A)=m.

Point 3. On a toujours rg(A)m. Si n>m, alors rg(A)m<n, donc f n'est pas injective d'après le point 1. De même, rg(A)n ; si n<m, alors rg(A)<m et f n'est pas surjective.

Le point 3 est un réflexe de contrôle immédiat : une application linéaire de R4 dans R3 n'est jamais injective, une application de R2 dans R3 n'est jamais surjective. Un raisonnement qui prétend le contraire comporte une erreur.

Le cas des matrices carrées

Propriété

Caractérisations de l'inversibilité. Soit AMn(R) une matrice carrée d'ordre n. Les quatre propositions suivantes sont équivalentes :

  1. A est inversible ;
  2. KerA={0} ;
  3. rg(A)=n ;
  4. les colonnes de A forment une base de Rn.

Démonstration. Montrons 12341.

12. Supposons A inversible et soit X tel que AX=0. En multipliant à gauche par A1, on obtient X=A1AX=A10=0. Donc KerA={0}.

23. Si KerA={0}, alors dimKerA=0, et le théorème du rang donne rg(A)=n0=n.

34. Si rg(A)=n, la famille des n colonnes de A a un rang égal à son cardinal, donc elle est libre d'après la section 8. C'est une famille libre de n=dimRn vecteurs de Rn : c'est une base de Rn, d'après le théorème du bon cardinal.

41. Supposons que les colonnes de A forment une base de Rn. Elles engendrent alors Rn, donc ImA=Rn : pour toute colonne Y, il existe une colonne X telle que AX=Y. Appliquons cela aux n colonnes E1,,En de In : on obtient des colonnes X1,,Xn telles que AXj=Ej. Notons B la matrice dont les colonnes sont X1,,Xn. La j-ième colonne de AB vaut AXj=Ej, donc AB=In. Comme A et B sont carrées de même ordre, le résultat admis au premier semestre permet de conclure : A est inversible, et A1=B.

Ces équivalences complètent la liste établie au premier semestre, et elles donnent un critère praticable à tout ordre : une matrice carrée est inversible si et seulement si son rang vaut son ordre, ce qui se lit sur un échelonnement en lignes. C'est la méthode à utiliser dès l'ordre 3, puisque le déterminant n'est disponible qu'à l'ordre 2.

Exemple

La matrice A de la section 10 est de rang 2 et d'ordre 3 : elle n'est pas inversible. Son noyau, Vect((1,2,1)), n'est en effet pas réduit au vecteur nul, et ses colonnes sont liées, par la relation C12C2+C3=0. Les trois façons de le voir concordent, comme le théorème l'annonce.

Méthodes à connaître

Cette section rassemble, sous forme de fiches, les gestes que l'on doit pouvoir exécuter sans réfléchir le jour du concours. Aucun n'est difficile ; ce qui se joue, c'est la rapidité et la propreté de la rédaction.

Méthode

Montrer qu'une partie F de Rn est un sous-espace vectoriel.

  1. Si F est décrit par des équations linéaires homogènes : dire que c'est l'ensemble des solutions d'un système homogène, donc un sous-espace vectoriel, et résoudre pour en donner des générateurs.
  2. Si F est décrit par une condition matricielle AX=0 : dire que F=KerA.
  3. Sinon, paramétrer les éléments de F et faire apparaître F=Vect(u1,,up).

Pour montrer que F n'en est pas un : vérifier d'abord si 0RnF ; sinon, exhiber un contre-exemple numérique à la stabilité. Une condition non linéaire (produit, carré, valeur absolue) ou une inégalité doit immédiatement éveiller les soupçons.

Méthode

Trouver une base et la dimension de l'ensemble des solutions d'un système homogène.

  1. Échelonner par le pivot, repérer les inconnues principales et les inconnues secondaires.
  2. Remonter en exprimant les inconnues principales en fonction des paramètres.
  3. Écrire le vecteur général et mettre chaque paramètre en facteur : on obtient S0=Vect(w1,,wq).
  4. Conclure : cette famille est libre par construction, donc c'est une base, et dimS0=q, le nombre de paramètres.
  5. Vérifier que chaque wj satisfait toutes les équations de départ.

Méthode

Passer d'un Vect à des équations, et réciproquement.

  • Des générateurs vers les équations. Écrire que (x1,,xn) est combinaison linéaire des générateurs, résoudre le système d'inconnues les coefficients, et lire les conditions de compatibilité : ce sont les équations cherchées.
  • Des équations vers les générateurs. Résoudre le système homogène par le pivot et séparer les paramètres, comme dans la fiche précédente.

Contrôle dans les deux sens : chaque générateur doit vérifier chaque équation.

Méthode

Montrer qu'une famille est libre, et qu'elle est une base.

  1. Liberté : poser une combinaison linéaire nulle, identifier les coordonnées, résoudre le système homogène au pivot, conclure que tous les coefficients sont nuls. Si une solution non nulle apparaît, écrire la relation de dépendance.
  2. Raccourcis : deux vecteurs, il suffit de vérifier qu'ils ne sont pas colinéaires (dans R2, que adbc0) ; une famille contenant le vecteur nul ou deux vecteurs égaux est liée sans calcul.
  3. Base : vérifier que les vecteurs appartiennent à F, compter qu'ils sont dimF, démontrer la seule liberté, conclure par le théorème du bon cardinal.

Méthode

Calculer un rang.

  1. Écrire une matrice : les vecteurs en lignes s'il s'agit d'une famille, la matrice elle-même s'il s'agit d'une matrice, ce qui est licite grâce à rg(A)=rg(tA).
  2. Échelonner par les opérations élémentaires sur les lignes.
  3. Compter les lignes non nulles : c'est le rang, et ces lignes forment une base du sous-espace engendré.

Méthode

Déterminer le noyau et l'image d'une matrice A de format m×n.

  1. Noyau : résoudre AX=0 au pivot, séparer les paramètres, obtenir une base et dimKerA.
  2. Rang : l'obtenir par le théorème du rang, rg(A)=ndimKerA, ce qui évite un second échelonnement.
  3. Image : c'est le Vect des colonnes ; repérer rg(A) colonnes qui forment une famille libre (celles qui portent les pivots sont les bonnes candidates), démontrer leur liberté, puis conclure par le théorème du bon cardinal, le rang étant déjà connu.
  4. Contrôler : dimKerA+rg(A)=n, et chaque vecteur du noyau a bien une image nulle.

Méthode

Montrer que deux sous-espaces F et G sont égaux. Deux stratégies, à choisir selon les données.

  1. Par double inclusion, en travaillant sur les générateurs : chaque générateur de F appartient à G, et réciproquement.
  2. Par les dimensions, quand une seule inclusion est facile : établir FG, calculer dimF et dimG, constater qu'elles sont égales, conclure F=G. Ne jamais oublier l'inclusion, sans laquelle l'argument est faux.

L'essentiel

Voici, pour finir, la carte du chapitre puis les erreurs qui coûtent des points chaque année.

Tout sous-espace vectoriel de Rn se présente sous l'une des deux formes suivantes, et l'exercice consiste presque toujours à passer de l'une à l'autre.

Description Ce qu'elle donne facilement Comment en sortir
Par générateurs, F=Vect(u1,,up) fabriquer des vecteurs de F, calculer dimF par échelonnement résoudre pour obtenir les équations
Par équations, F={X  ;  AX=0} tester si un vecteur donné est dans F résoudre au pivot pour obtenir une base

Les gestes à maîtriser tiennent en six lignes. Reconnaître un sous-espace vectoriel : générateurs, système homogène, ou noyau, jamais autre chose. Trouver une base et une dimension : pivot, paramètres, séparation, vérification. Décider de la liberté : combinaison nulle, système homogène, pivot, et relation explicite en cas de famille liée. Conclure qu'une famille est une base : compter d'abord, démontrer la liberté ensuite, citer le théorème du bon cardinal. Calculer un rang : échelonner en lignes et compter. Traiter une matrice : noyau par le système, rang par le théorème du rang, image par les colonnes, puis contrôle de la somme.

Oublier de compter les vecteurs. Le théorème du bon cardinal ne s'applique qu'au bon cardinal. Une famille libre de deux vecteurs ne sera jamais une base de R3, si soignée que soit la démonstration de sa liberté.

Confondre « liée » et « deux vecteurs colinéaires ». À partir de trois vecteurs, une famille peut être liée sans qu'aucun de ses vecteurs ne soit multiple d'un autre. Le seul test valable est le système homogène.

Confondre le noyau et l'image. Le noyau vit dans l'espace de départ, l'image dans l'espace d'arrivée, et le théorème du rang fait intervenir la dimension du départ, c'est-à-dire le nombre de colonnes de la matrice.

Écrire Kerf=. Le noyau contient toujours le vecteur nul, il n'est donc jamais vide. La bonne écriture est Kerf={0Rn}.

Inverser l'ordre dans la composition. La matrice de gf est BA, jamais AB : c'est f qui agit en premier, donc sa matrice touche la colonne en premier.

Conclure F=G à partir des seules dimensions. L'égalité des dimensions ne suffit pas : il faut une inclusion. Deux droites distinctes du plan ont la même dimension et ne sont pas égales.

Chercher un déterminant d'ordre 3. Il n'existe pas dans ce programme. Pour trois ou quatre vecteurs, la liberté et le rang se décident au pivot, et l'inversibilité d'une matrice carrée par son rang.

Sauter les vérifications. Un vecteur annoncé dans un noyau se réinjecte, un générateur annoncé dans un sous-espace se teste sur les équations, et la somme du théorème du rang se contrôle. Ces vérifications prennent trente secondes et sauvent des copies entières.

Bloqué sur « L'espace Rⁿ, sous-espaces vectoriels et applications linéaires » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.