ECG appliquées · Chapitre 07 · Second semestre
L'espace Rⁿ, sous-espaces vectoriels et applications linéaires
1re année
Base canonique, sous-espaces, Vect, dimension, rang, noyau, image, théorème du rang.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Base canonique
- Sous-espaces
- Vect
- Dimension
- Rang
- Noyau
- Image
- Théorème du rang
Le premier semestre vous a appris à calculer. Une matrice y était un tableau de nombres que l'on additionne, que l'on multiplie, que l'on élève à une puissance et que l'on inverse parfois ; un système linéaire, une liste d'équations que le pivot de Gauss finit toujours par ramener à une forme échelonnée. Ces gestes sont acquis, et ce chapitre ne les remplace pas : il s'en sert du début à la fin. Le pivot est ici l'outil unique, et pratiquement chaque question de ce chapitre se termine par un échelonnement.
Ce qui change, c'est ce dont on parle. Jusqu'ici, l'objet d'étude était le tableau lui-même ; désormais, ce sera l'ensemble que le tableau décrit. Quand vous résolvez un système homogène de trois équations à quatre inconnues et que vous trouvez une infinité de solutions dépendant de deux paramètres, vous avez en main bien davantage qu'une liste de quadruplets : vous tenez un objet géométrique, avec une taille propre, que ces deux paramètres mesurent. Le vocabulaire de ce chapitre sert exactement à dire cela. Une combinaison linéaire décrit comment on fabrique de nouveaux vecteurs à partir de vecteurs donnés ; un sous-espace vectoriel est un ensemble stable pour cette fabrication ; une base en est une description minimale, sans redondance ; la dimension compte les vecteurs d'une base et donne enfin une mesure ; le rang compte, dans une famille ou dans une matrice, ce qui est vraiment utile. Ce sont cinq mots pour une seule idée : distinguer, derrière un paquet de nombres, la quantité d'information qu'il contient réellement.
Le programme de la voie ECG fixe pour ce chapitre un parti pris qu'il faut connaître, parce qu'il détermine ce que l'on vous demandera. Il écrit noir sur blanc que ce chapitre « ne doit pas donner lieu à un exposé théorique » et que « l'étude se limitera à l'espace , en privilégiant les exemples pour dans ». Autrement dit : aucune théorie générale, aucun axiome à réciter, aucun objet en dehors de ceux que vous manipulez déjà. Tout se passe dans , , et leurs sous-espaces, et un sous-espace vectoriel n'est pas défini par une liste de conditions à vérifier : c'est, tout simplement, l'ensemble des combinaisons linéaires d'une famille finie de vecteurs. Ce choix a une conséquence heureuse, que vous mesurerez dès la section : la plupart des questions du type « montrer que est un sous-espace vectoriel » se règlent en exhibant des générateurs, souvent lus directement sur un pivot.
Ce chapitre est aussi, par unité de temps de travail, l'un des plus rentables de l'année. Les sujets d'ECRICOME, d'EDHEC et d'EM Lyon comportent presque tous un problème d'algèbre linéaire, et les questions d'ouverture y sont invariablement les mêmes : montrer qu'une famille est libre, en déduire une base et une dimension, déterminer le noyau et l'image d'une matrice, appliquer le théorème du rang, conclure sur l'inversibilité. Ce sont des points que l'on prend en dix minutes quand les gestes sont automatisés, et que l'on perd entièrement sinon. Le plan suit cette logique. Les sections à installent le décor : l'espace , les sous-espaces vectoriels et les systèmes homogènes, qui en sont la source principale. Les sections à construisent le vocabulaire de la description : sous-espace engendré, familles génératrices, familles libres, bases, dimension, rang. Les sections à traitent les applications linéaires, leur noyau, leur image et le théorème du rang. La section rassemble les méthodes en fiches, et la dernière liste les erreurs qui reviennent chaque année.
Voici enfin les notations en vigueur dans tout le chapitre. Les entiers , et désignent des entiers naturels non nuls, et les exemples se placent presque toujours dans , ou . Les vecteurs sont notés , , , éventuellement indexés , et les scalaires par des lettres grecques , , , . Un vecteur de est un -uplet, écrit en ligne dans le texte courant ; la matrice colonne de ses coordonnées dans la base canonique est notée par la lettre majuscule correspondante, ou , élément de . La base canonique de est , et le vecteur nul est , abrégé en quand aucune confusion n'est possible. Les sous-espaces vectoriels sont notés , , , le sous-espace engendré par une famille est , et la dimension est . Les applications linéaires sont notées et , leur noyau et leur image et , leur rang . L'ensemble des matrices à lignes et colonnes est , l'identité d'ordre est , la transposée de est , et est le rang de . Les opérations sur les lignes s'écrivent comme au premier semestre, par exemple . Enfin, le symbole marque la fin d'une démonstration.
L'espace
Définition et opérations
Définition
Soit un entier naturel non nul. On note l'ensemble des -uplets de réels :
Les éléments de sont appelés vecteurs, et les réels les coordonnées du vecteur.
Un -uplet est ordonné : dans , les vecteurs et sont différents. Et deux vecteurs sont égaux si et seulement si leurs coordonnées sont égales une à une, ce qui sera notre outil de traduction permanent : une égalité entre vecteurs de vaut exactement égalités entre réels.
Définition
Soient et deux vecteurs de , et soit un réel. On définit :
- l'addition, appelée loi interne, par ;
- le produit par un réel, appelé loi externe, par , noté simplement .
Les deux opérations se font donc coordonnée par coordonnée, et rien d'autre n'est défini : il n'existe pas de produit de deux vecteurs de , ni de quotient. Écrire ou n'a aucun sens dans ce chapitre.
Exemple
Dans , avec et :
Dans , avec et : .
Propriété
Règles de calcul. Pour tous vecteurs , , de et tous réels , :
où est le vecteur nul et est l'opposé de .
Démonstration. Chacune de ces égalités se vérifie coordonnée par coordonnée, et se ramène alors à une règle de calcul connue sur les réels. Par exemple, la -ième coordonnée de vaut , celle de vaut , et ces deux réels sont égaux par distributivité de la multiplication sur l'addition dans . Les autres se traitent de la même façon, en utilisant la commutativité, l'associativité, le rôle de et celui de dans .
Ces règles sont exactement celles auxquelles vous êtes habitué avec les nombres, et c'est précisément ce qui rend le calcul vectoriel confortable : on développe, on réduit, on transpose un terme d'un membre à l'autre, sans précaution particulière. Le seul point qui demande un peu d'attention est le suivant.
Propriété
Pour tout vecteur de et tout réel :
Démonstration. Si , toutes les coordonnées de valent , donc ; si , elles valent , même conclusion.
Réciproquement, supposons et . Pour chaque indice , on a avec , donc en divisant par . Toutes les coordonnées de sont nulles, c'est-à-dire .
Combinaisons linéaires
Définition
Soient des vecteurs de . On appelle combinaison linéaire de la famille tout vecteur de la forme
où sont des réels, appelés coefficients de la combinaison.
Une famille est une liste ordonnée de vecteurs ; l'entier est son cardinal. L'ordre compte, et un même vecteur peut y figurer deux fois : c'est une liste, pas un ensemble.
Exemple
Dans , posons , et . Alors
Le vecteur est donc une combinaison linéaire de , et , de coefficients , et .
Exemple
Une question type. Le vecteur est-il combinaison linéaire de et ? Cherchons et tels que , ce qui donne le système
La troisième équation donne , la première , et la deuxième doit alors être vérifiée : . Le système est incompatible, donc n'est pas combinaison linéaire de et .
En revanche, convient : , , et cette fois. On vérifie : .
Retenez le geste, car c'est celui de tout le chapitre : une question de combinaison linéaire est une question de système linéaire, dont les inconnues sont les coefficients.
Base canonique et matrice colonne des coordonnées
Définition
Pour compris entre et , on note le vecteur de dont toutes les coordonnées sont nulles, sauf la -ième qui vaut . La famille est appelée base canonique de .
Ainsi, dans , , et ; dans , il y a quatre vecteurs , construits de la même façon.
Propriété
Tout vecteur de s'écrit d'une unique façon comme combinaison linéaire de , à savoir
Démonstration. Existence. La -ième coordonnée du vecteur vaut , puisque seul le terme contribue à cette place, tous les autres ayant une -ième coordonnée nulle. Ce vecteur a donc les mêmes coordonnées que : il lui est égal.
Unicité. Supposons . Le membre de droite vaut , et l'égalité de deux -uplets est l'égalité de leurs coordonnées une à une : pour tout . Les coefficients sont donc imposés.
Ce résultat, d'apparence anodine, autorise l'identification qui gouverne tout le chapitre, et que le programme demande explicitement de mettre en place.
Définition
Soit un vecteur de . On appelle matrice colonne des coordonnées de dans la base canonique la matrice
Un vecteur de et sa colonne de coordonnées portent exactement la même information : l'un se lit sur l'autre sans le moindre calcul. C'est pourquoi on se permet de passer de l'un à l'autre en permanence, et le programme va jusqu'à dire que l'étude « se limitera à l'espace ». Il n'y a là aucune subtilité, seulement une convention d'écriture : la ligne dans le texte, la colonne dans les calculs matriciels. Écrire dans une phrase et dans un produit, c'est parler du même objet. Attention en revanche à ne pas mélanger les deux dans une même égalité : n'est pas une matrice, et un produit exige la colonne.
L'intérêt immédiat de cette identification est qu'une combinaison linéaire devient un produit matriciel.
Propriété
Une combinaison linéaire est un produit . Soient des vecteurs de , de colonnes , et soit la matrice dont les colonnes sont , dans cet ordre. Alors, pour tous réels , la colonne du vecteur est
Démonstration. C'est le calcul du produit d'une matrice par une colonne, vu au premier semestre. Le -ième coefficient de vaut , où est le -ième coefficient de la colonne , c'est-à-dire la -ième coordonnée de . Or la -ième coordonnée de vaut précisément . Les deux colonnes ont les mêmes coefficients.
Exemple
Dans , prenons et , de sorte que
Pour et , le produit vaut
et l'on retrouve bien .
Cette propriété est le pont entre les deux semestres. Chercher si un vecteur est combinaison linéaire de , c'est chercher une colonne telle que : autrement dit, résoudre un système linéaire dont la matrice a les pour colonnes. Tout le pivot du premier semestre s'applique tel quel.
Sous-espaces vectoriels de
La définition du programme
Définition
Une partie de est un sous-espace vectoriel de lorsqu'il existe une famille finie de vecteurs de telle que soit l'ensemble de toutes leurs combinaisons linéaires :
Cette définition n'est pas celle que vous trouverez dans les manuels de mathématiques générales, qui passent par une liste de conditions à vérifier. Le programme de la voie appliquée a fait un autre choix, volontairement concret : un sous-espace vectoriel, c'est ce qu'engendre une poignée de vecteurs. La conséquence pratique est considérable, et il faut la comprendre dès maintenant : pour prouver qu'une partie est un sous-espace vectoriel, on ne récite rien, on produit des générateurs.
Deux cas extrêmes méritent d'être signalés tout de suite. D'une part, la partie , réduite au vecteur nul, est un sous-espace vectoriel : c'est l'ensemble des combinaisons linéaires de la famille , puisque pour tout . On l'appelle le sous-espace nul. D'autre part, tout entier est un sous-espace vectoriel de lui-même : c'est l'ensemble des combinaisons linéaires de sa base canonique, d'après la section .
Stabilité par combinaison linéaire
Propriété
Stabilité. Soit un sous-espace vectoriel de . Alors
- ;
- pour tous , de et tous réels , , le vecteur appartient encore à .
Démonstration. Écrivons comme l'ensemble des combinaisons linéaires de .
Point . En prenant tous les coefficients nuls, , qui est donc dans .
Point . Soient et dans : il existe des réels et tels que et . Alors, en développant et en regroupant les termes de même indice grâce aux règles de calcul de la section ,
Ce vecteur est bien une combinaison linéaire de , donc il appartient à .
Par récurrence immédiate, un sous-espace vectoriel est en fait stable par combinaison linéaire de n'importe quel nombre de ses vecteurs : si sont dans , toute combinaison y est encore. C'est cette phrase qu'il faut avoir en tête chaque fois qu'on manipule un sous-espace : on ne sort jamais de en combinant des vecteurs de .
Le point est, lui, l'outil d'élimination le plus rapide du chapitre : une partie qui ne contient pas le vecteur nul n'est pas un sous-espace vectoriel, et cela se voit en une ligne.
Comment reconnaître un sous-espace vectoriel
Méthode
Montrer qu'une partie de est un sous-espace vectoriel. Trois voies, et trois seulement, à essayer dans cet ordre.
- Exhiber des générateurs : écrire pour des vecteurs explicites, en général obtenus en paramétrant les éléments de .
- Reconnaître un système homogène : si est décrit par une ou plusieurs équations linéaires sans second membre, c'est l'ensemble des solutions d'un système linéaire homogène, donc un sous-espace vectoriel (section ).
- Reconnaître un noyau : si est l'ensemble des colonnes telles que pour une matrice , c'est , donc un sous-espace vectoriel (section ).
Les voies et sont deux formulations de la même idée ; la voie est celle qui fournit en prime une base et une dimension.
Méthode
Montrer qu'une partie n'est PAS un sous-espace vectoriel. Un seul argument suffit, et il doit être numérique.
- Le vecteur nul : vérifier si . S'il n'y est pas, c'est terminé en une ligne.
- Un contre-exemple à la stabilité : exhiber deux vecteurs précis de dont la somme n'est pas dans , ou un vecteur de et un réel dont le produit n'est pas dans . Les valeurs doivent être données et le calcul écrit.
Une phrase du type « n'est pas stable » sans contre-exemple chiffré ne vaut aucun point.
Exemple
Quatre parties qui n'en sont pas.
a. . Le couple ne vérifie pas , donc : ce n'est pas un sous-espace vectoriel. C'est une droite du plan, mais elle ne passe pas par l'origine.
b. . Ici le vecteur nul appartient bien à , et pourtant : et sont dans , alors que leur somme n'y est pas, puisque . La condition n'est pas linéaire.
c. . Le vecteur est dans , mais n'y est pas. Une inégalité ne définit jamais un sous-espace vectoriel.
d. . Le vecteur est dans , mais n'y est pas, car .
Exemple
Trois parties qui en sont.
a. : ensemble des solutions d'un système homogène à une équation. En posant et comme paramètres, et
donc .
b. : deux équations linéaires homogènes. Avec et pour paramètres, .
c. dans : c'est un sous-espace vectoriel par définition. Notez que le second vecteur est le double du premier, donc : la description initiale était redondante.
Les sous-espaces vectoriels de
Le programme demande explicitement de classifier les sous-espaces vectoriels du plan. Le résultat est court, et sa démonstration est un bon exercice de synthèse sur tout ce qui précède.
Propriété
Classification dans . Soit un sous-espace vectoriel de . Alors est de l'un des trois types suivants, et d'un seul :
- le sous-espace nul ;
- une droite vectorielle, c'est-à-dire pour un vecteur non nul ;
- le plan tout entier, .
Démonstration. Soit un sous-espace vectoriel de .
Premier cas. Si ne contient que le vecteur nul, on est dans le type .
Sinon, il existe un vecteur de avec . Par stabilité, tous les multiples appartiennent à , donc .
Deuxième cas. Si , on est dans le type .
Troisième cas. Sinon, il existe un vecteur de qui n'appartient pas à . Montrons d'abord que . Supposons au contraire . Comme est non nul, l'une au moins de ses coordonnées est non nulle. Si , posons : alors , et , donc , ce qui placerait dans et contredirait notre hypothèse. Si , on pose de même , et l'on obtient puis , donc encore , même contradiction. Ainsi .
Soit maintenant un vecteur quelconque de . Cherchons et tels que , c'est-à-dire
La matrice de ce système est , de déterminant . D'après le critère d'inversibilité à l'ordre du premier semestre, est inversible, donc le système admet une unique solution . Le vecteur est donc combinaison linéaire de et , deux vecteurs de ; par stabilité, . Comme était quelconque, , et donc .
Enfin, les trois types s'excluent. Le sous-espace nul ne contient aucun vecteur non nul, il ne peut donc être ni une droite ni le plan. Et une droite , avec non nul, n'est jamais tout entier : le vecteur ne lui appartient pas. En effet, si l'on avait , alors et , d'où, en multipliant la première égalité par et la seconde par , et . On en tirerait , donc , ce qui contredit .
Il faut lire ce théorème comme un catalogue : dans le plan, il n'y a rien d'autre qu'un point, des droites passant par l'origine, et le plan entier. La même exploration menée dans donne quatre types : le sous-espace nul, les droites vectorielles avec non nul, les plans vectoriels engendrés par deux vecteurs non colinéaires, et lui-même. Nous ne le démontrerons pas, et il n'y a pas lieu de l'apprendre comme un théorème ; ce vocabulaire de droite et de plan vectoriels est en revanche commode, et il correspondra exactement, à la section , aux sous-espaces de dimension et de dimension .
Les systèmes linéaires homogènes
C'est de loin la source la plus fréquente de sous-espaces vectoriels dans les exercices, et le pivot de Gauss en donne tout ce qu'on peut souhaiter : la preuve que c'en est un, une famille génératrice, et bientôt une base.
Propriété
L'ensemble des solutions d'un système homogène. Soit un système linéaire homogène à inconnues, et soit l'ensemble de ses solutions, vu comme partie de . Alors est un sous-espace vectoriel de .
Démonstration. Nous savons déjà, depuis le premier semestre, que contient le -uplet nul, et qu'il est stable par somme et par produit par un réel ; donc, en combinant les deux, dès que et y sont. Mais la définition retenue cette année exige davantage : il faut exhiber une famille finie de vecteurs dont soit l'ensemble des combinaisons linéaires. C'est le pivot qui la fournit.
Appliquons la méthode du pivot de Gauss au système. Il devient échelonné, et l'on distingue les inconnues principales, celles qui portent un pivot, des inconnues secondaires, les autres. Notons le nombre de pivots, de sorte qu'il reste inconnues secondaires. Comme le système est homogène, il est toujours compatible, et la remontée exprime chaque inconnue principale comme une combinaison linéaire des inconnues secondaires, sans terme constant. En notant les inconnues secondaires, chaque coordonnée de la solution générale est donc de la forme pour des réels fixes. En regroupant les termes selon les paramètres, le vecteur solution s'écrit
où est le vecteur obtenu en donnant à la valeur et à tous les autres paramètres la valeur . Réciproquement, tout vecteur de cette forme est solution, puisque les valeurs des paramètres sont libres. Ainsi
qui est exactement l'ensemble des combinaisons linéaires de la famille finie : c'est un sous-espace vectoriel de . Si , le système n'a que la solution nulle et , qui en est un aussi.
Cette démonstration contient la méthode complète, et c'est elle que l'on exécute en exercice. Détaillons-la sur un exemple, à quatre inconnues, comme le programme y invite.
Méthode
Décrire l'ensemble des solutions d'un système homogène.
- Échelonner le système par le pivot de Gauss, en écrivant chaque opération en marge.
- Repérer les inconnues principales (celles qui portent un pivot) et les inconnues secondaires (les autres), qui deviennent les paramètres.
- Remonter : exprimer chaque inconnue principale en fonction des seuls paramètres.
- Écrire le vecteur général avec toutes ses coordonnées, puis mettre chaque paramètre en facteur pour faire apparaître une combinaison linéaire de vecteurs fixes.
- Conclure : , et vérifier que chaque satisfait toutes les équations de départ.
Exemple
Un système de trois équations à quatre inconnues. Résolvons
Échelonnement. Les opérations et donnent
Les deux dernières équations sont identiques ; l'opération transforme la troisième en , et l'on peut la supprimer. Le système échelonné comporte deux pivots.
Paramètres. Les inconnues principales sont et ; les inconnues secondaires, donc les paramètres, sont et .
Remontée. La deuxième équation donne . En reportant dans la première,
Vecteur général. On obtient, pour tous réels et ,
et par conséquent
Vérification. Pour : , puis , puis . Pour : , puis , puis . Les deux vecteurs conviennent.
Observez ce que le pivot a livré gratuitement : non seulement l'ensemble des solutions, mais une famille génératrice lue directement sur la paramétrisation. Nous verrons à la section que cette famille est même toujours une base, ce qui donnera aussitôt la dimension : ici, deux paramètres, donc un sous-espace de dimension dans .
Le sous-espace vectoriel engendré
Définition
Soient des vecteurs de . On appelle sous-espace vectoriel engendré par , et l'on note , l'ensemble de toutes leurs combinaisons linéaires :
Comparez cette définition avec celle de la section : ce sont les mêmes mots. C'est voulu, et c'est même tout l'intérêt du choix du programme.
Propriété
Pour tous vecteurs de , l'ensemble est un sous-espace vectoriel de , et il contient chacun des vecteurs .
Démonstration. La première affirmation est la définition même d'un sous-espace vectoriel de : est l'ensemble des combinaisons linéaires d'une famille finie. Il n'y a rien à vérifier.
Pour la seconde, fixons un indice et prenons le coefficient , tous les autres étant nuls : la combinaison correspondante vaut , qui appartient donc au .
Voilà pourquoi la voie de la méthode de la section est si économique : dès qu'une partie est écrite sous forme de , la question « est-ce un sous-espace vectoriel ? » est réglée. Toute la difficulté, en pratique, consiste donc à mettre une partie sous cette forme, ce qui est précisément ce que fait le pivot.
Propriété
Le est le plus petit sous-espace contenant la famille. Soit un sous-espace vectoriel de et soient des vecteurs de . Alors
Démonstration. Supposons d'abord que tous les appartiennent à , et soit un élément de : il existe des réels tels que . Comme est stable par combinaison linéaire (section ), le vecteur appartient à . D'où l'inclusion.
Réciproquement, si , chaque appartient au d'après la propriété précédente, donc à .
Cette équivalence est d'un usage constant, et c'est elle qui rend les inclusions faciles à démontrer : pour établir , on ne prend jamais un élément quelconque du ; on vérifie seulement que les générateurs sont dans . C'est vérifications immédiates au lieu d'un raisonnement général.
Les opérations qui ne changent pas le
Propriété
Opérations élémentaires sur une famille. Le sous-espace n'est pas modifié lorsqu'on effectue l'une des transformations suivantes sur la famille :
- échanger deux vecteurs ;
- multiplier un vecteur par un réel non nul ;
- ajouter à un vecteur un multiple d'un autre vecteur de la famille ;
- supprimer un vecteur qui est combinaison linéaire des autres.
Démonstration. Point : l'ensemble des combinaisons linéaires ne dépend pas de l'ordre dans lequel on écrit les vecteurs, puisque l'addition est commutative.
Point : notons le de départ et celui obtenu en remplaçant par , avec . Le vecteur appartient à , et les autres aussi, donc d'après la propriété précédente. Réciproquement, appartient à , et les autres également, donc . C'est exactement ici que sert l'hypothèse .
Point : notons le obtenu en remplaçant par . Ce vecteur est dans , et les autres aussi, donc . Réciproquement, s'écrit comme combinaison linéaire des vecteurs de la nouvelle famille, donc ; les autres y sont aussi, d'où .
Point : supposons et notons . Toute combinaison linéaire de en est une de avec un dernier coefficient nul, donc . Réciproquement, appartient à par hypothèse et aussi, donc .
Ces quatre opérations sont exactement celles du pivot de Gauss, transposées aux vecteurs d'une famille. C'est ce qui justifie la technique centrale du chapitre : écrire les vecteurs en lignes dans une matrice et échelonner ne change pas le sous-espace engendré, et permet donc de simplifier une famille sans rien perdre.
Méthode
Montrer que deux sous-espaces écrits comme des sont égaux. On procède par double inclusion, et chaque inclusion se ramène à des vérifications sur les générateurs.
- Pour : écrire chaque comme combinaison linéaire des .
- Pour l'inclusion réciproque : écrire chaque comme combinaison linéaire des .
Variante souvent plus rapide : échelonner les deux familles par les opérations ci-dessus et constater qu'on aboutit à la même famille échelonnée.
Exemple
Deux écritures d'un même plan. Montrons que
Première inclusion, de la droite vers la gauche. On a et : les deux générateurs de droite appartiennent au de gauche.
Seconde inclusion. Réciproquement,
donc les deux générateurs de gauche appartiennent au de droite. Les deux sous-espaces sont égaux.
Familles génératrices
Définition
Soit un sous-espace vectoriel de et soit une famille de vecteurs de . On dit que cette famille est génératrice de , ou qu'elle engendre , lorsque
autrement dit lorsque tout vecteur de s'écrit d'au moins une façon comme combinaison linéaire de .
Le mot « au moins » mérite d'être souligné : une famille génératrice garantit l'existence d'une écriture, jamais son unicité. C'est précisément l'unicité qui manquera jusqu'à la section .
Par construction, tout sous-espace vectoriel de admet une famille génératrice finie : c'est la définition même. La base canonique, elle, engendre tout entier, d'après la section .
Méthode
Montrer qu'une famille engendre . Deux situations.
- est donné par des équations. On prend un vecteur quelconque de , on écrit l'équation d'inconnues , on la traduit en système, et l'on montre que ce système est compatible pour tout de . Il faut aussi vérifier que chaque appartient à , sans quoi l'inclusion est fausse.
- est donné comme un . On applique la méthode de la section : double inclusion sur les générateurs.
Si le système se révèle incompatible pour certains seconds membres, la famille n'est pas génératrice, et les conditions de compatibilité obtenues décrivent exactement le sous-espace engendré. Ce sous-produit est très utile : c'est ainsi qu'on obtient les équations d'un .
Exemple
Une famille génératrice de . Soient , et . Soit un triplet quelconque, et cherchons , , tels que :
Ce système est déjà échelonné et se résout en descendant : , puis , puis . Il admet une solution quel que soit , donc la famille engendre .
Contrôle. Pour , on obtient , , , et l'on vérifie .
Exemple
Une famille qui n'engendre pas . Soient , et . L'équation donne
L'opération donne , c'est-à-dire . En comparant avec , le système n'est compatible que si
La famille n'engendre donc pas , et le calcul livre en prime une équation du sous-espace engendré :
Contrôle. Les trois générateurs vérifient bien cette équation : , puis , puis .
Ce dernier exemple illustre le va-et-vient que le chapitre exploite sans cesse. Un sous-espace vectoriel se décrit de deux manières : par une famille génératrice, ce qui est commode pour fabriquer des vecteurs, ou par des équations, ce qui est commode pour tester l'appartenance d'un vecteur donné. Passer d'une description à l'autre, c'est résoudre un système, dans un sens ou dans l'autre.
Notez enfin qu'une famille génératrice peut être inutilement grande. La famille engendre encore , puisqu'elle contient déjà une famille génératrice, mais son quatrième vecteur n'apporte rien : il vaut . Éliminer ces redondances, c'est exactement l'objet des deux sections suivantes.
Familles libres, familles liées
Définition
Une famille de vecteurs de est dite libre lorsque la seule combinaison linéaire de ces vecteurs égale au vecteur nul est celle dont tous les coefficients sont nuls :
Dans le cas contraire, la famille est dite liée : il existe alors des réels non tous nuls tels que . Une telle égalité s'appelle une relation de dépendance linéaire.
Lisez bien le sens de l'implication. On ne demande pas que la combinaison à coefficients nuls donne le vecteur nul, ce qui est toujours vrai et sans intérêt ; on demande la réciproque. Une faute de rédaction fréquente consiste à écrire « , donc la famille est libre » : cette phrase ne démontre rien. La rédaction correcte commence toujours par « soient des réels tels que » et se termine par « donc ».
Méthode
Montrer qu'une famille de est libre. Trois temps, toujours les mêmes.
- Poser : « soient des réels tels que ».
- Traduire cette égalité vectorielle en un système linéaire homogène d'inconnues , en identifiant les coordonnées. La matrice de ce système est celle dont les colonnes sont les .
- Résoudre par le pivot. Si l'unique solution est nulle, la famille est libre ; sinon, toute solution non nulle fournit une relation de dépendance explicite, que l'on écrit, et la famille est liée.
Insistons sur le point : quand une famille est liée, la réponse attendue n'est pas le mot « liée », mais la relation. Un correcteur qui ne voit pas la relation écrite ne donne pas les points.
Les cas particuliers à connaître
Propriété
Petits cardinaux et cas immédiats.
- La famille , réduite à un vecteur, est libre si et seulement si .
- La famille est liée si et seulement si et sont colinéaires, c'est-à-dire si l'un des deux est un multiple de l'autre.
- Une famille contenant le vecteur nul est liée. Une famille contenant deux fois le même vecteur est liée.
- Toute sous-famille d'une famille libre est libre ; toute famille contenant une famille liée est liée.
Démonstration. Point . Si et , la propriété de la section impose : la famille est libre. Si , alors est une relation de dépendance à coefficient non nul : la famille est liée.
Point . Supposons liée : il existe , non tous deux nuls avec . Si , alors ; sinon et . Dans les deux cas, l'un est multiple de l'autre. Réciproquement, si , alors est une relation dont le premier coefficient vaut ; et si c'est qui s'écrit , on conclut de même en échangeant les rôles de et de .
Point . Si , la relation a un coefficient non nul. Si avec , la relation , complétée par des zéros, convient.
Point . Soit libre et considérons la sous-famille obtenue en ne gardant que certains indices. Toute relation de dépendance portant sur cette sous-famille se prolonge en une relation portant sur la famille entière, en affectant le coefficient aux vecteurs supprimés. La famille entière étant libre, tous ces coefficients sont nuls, en particulier ceux de la sous-famille. La seconde formulation est la contraposée de la première.
Propriété
Le critère du déterminant dans . Soient et deux vecteurs de . La famille est libre si et seulement si
Démonstration. L'équation équivaut au système homogène de matrice , d'inconnues et . Si , la matrice est inversible d'après le critère d'ordre du premier semestre, donc le système homogène n'admet que la solution nulle : la famille est libre. Si , la matrice n'est pas inversible, donc le système admet une solution non nulle, ce qui fournit une relation de dépendance : la famille est liée.
Ce critère est réservé à , et à deux vecteurs. Il n'existe pas de déterminant d'ordre dans ce programme : pour une famille de trois ou quatre vecteurs, la seule méthode est le pivot.
Attention enfin à ne pas étendre le point : à partir de trois vecteurs, « liée » ne signifie plus « deux d'entre eux sont colinéaires ». La famille est liée, puisque le troisième vecteur est la somme des deux premiers, et pourtant aucun de ses vecteurs n'est multiple d'un autre. Confondre les deux notions est l'erreur la plus fréquente du chapitre.
Exemples traités
Exemple
Une famille libre de . Soient , et . Soient , , des réels tels que . En identifiant les trois coordonnées,
L'opération donne , soit . L'opération donne . En y reportant , il vient , donc , puis , puis . Tous les coefficients sont nuls : la famille est libre.
Exemple
Une famille liée de . Soient , et . Cherchons les réels , , tels que :
La troisième équation donne , la quatrième . Reportons dans les deux premières : et , toutes deux vérifiées. Le système admet donc une infinité de solutions, à savoir avec réel quelconque. En prenant , on obtient la relation de dépendance
La famille est liée.
Contrôle. .
Bases et dimension
Définition d'une base
Le programme définit une base par l'unicité de la décomposition, et c'est cette formulation qu'il faut connaître en premier.
Définition
Soit un sous-espace vectoriel de et soit une famille de vecteurs de . On dit que cette famille est une base de lorsque tout vecteur de se décompose d'une manière et d'une seule sous la forme
Les réels sont alors les coordonnées de dans la base .
Propriété
Caractérisation d'une base. Une famille de vecteurs de est une base de si et seulement si elle est à la fois libre et génératrice de .
Démonstration. Supposons d'abord que la famille soit une base de .
Elle est génératrice. Tout vecteur de admet une décomposition, donc s'écrit comme combinaison linéaire des : ainsi . L'inclusion réciproque vient de la propriété de la section , les étant des vecteurs de . Donc .
Elle est libre. Soient des réels tels que . Le vecteur nul appartient à , et il admet aussi la décomposition . Par unicité de la décomposition du vecteur nul, on conclut .
Réciproquement, supposons la famille libre et génératrice de , et soit .
Existence. La famille étant génératrice, s'écrit comme combinaison linéaire des .
Unicité. Supposons deux écritures,
En soustrayant membre à membre et en regroupant les termes de même indice,
La famille étant libre, tous ces coefficients sont nuls, c'est-à-dire pour tout . Les deux écritures coïncident.
Retenez le geste de cette démonstration, car il resservira : pour comparer deux décompositions, on les soustrait et l'on invoque la liberté. C'est le seul argument disponible, et il fonctionne à chaque fois.
Propriété
La base canonique est une base de , et les coordonnées d'un vecteur dans cette base sont ses propres coordonnées de -uplet.
Démonstration. C'est exactement la propriété d'existence et d'unicité démontrée à la section : tout s'écrit d'une unique façon . Son nom n'était donc pas usurpé.
C'est ce résultat qui justifie, rétrospectivement, la définition de la matrice colonne des coordonnées : la colonne contient les coordonnées de dans la base canonique, et ces coordonnées sont uniques.
Dimension
Propriété
Théorème de la dimension (admis). Soit un sous-espace vectoriel de non réduit au vecteur nul. Alors admet au moins une base, et si admet une base constituée de vecteurs, toute autre base de est constituée de vecteurs.
Ce théorème est admis par le programme, et il ne faut donc pas chercher à le démontrer ; il faut en revanche mesurer ce qu'il apporte. Sans lui, le nombre de vecteurs d'une base ne serait qu'une caractéristique de la base choisie ; avec lui, c'est une caractéristique du sous-espace lui-même, et l'on peut lui donner un nom.
Définition
Soit un sous-espace vectoriel de . On appelle dimension de , notée , le nombre de vecteurs commun à toutes ses bases. Par convention, .
Ainsi , puisque la base canonique compte vecteurs. Un sous-espace de dimension est une droite vectorielle, un sous-espace de dimension un plan vectoriel : le vocabulaire géométrique de la section prend ici son sens précis.
Propriété
Cardinaux des familles libres et génératrices (résultats admis). Soit un sous-espace vectoriel de , de dimension .
- Toute famille libre de vecteurs de compte au plus vecteurs.
- Toute famille génératrice de compte au moins vecteurs.
- En particulier, .
Propriété
Le théorème du bon cardinal (résultats admis). Soit un sous-espace vectoriel de de dimension , et soit une famille de exactement vecteurs de .
- Si cette famille est libre, alors c'est une base de .
- Si cette famille est génératrice de , alors c'est une base de .
Ces résultats sont eux aussi admis, et ils sont ceux que vous utiliserez le plus souvent, parce qu'ils divisent le travail par deux. Pour montrer qu'une famille est une base d'un sous-espace dont la dimension est connue, on compte ses vecteurs, on vérifie que le compte tombe juste, puis on démontre une seule des deux propriétés, la liberté en général, qui se ramène à un système homogène. On ne vérifie jamais les deux.
Méthode
Montrer qu'une famille est une base de .
- Vérifier que tous les vecteurs de la famille appartiennent à .
- Compter : si le cardinal de la famille n'est pas , elle n'est pas une base, et c'est terminé.
- Démontrer la liberté par un système homogène et le pivot.
- Conclure en citant le théorème : « famille libre de vecteurs de , donc base de ».
Si la dimension de n'est pas connue à l'avance, il faut au contraire établir séparément la liberté et le caractère générateur.
Exemple
Une base de . La famille compte vecteurs et . Nous avons montré à la section qu'elle est libre : c'est donc une base de , et il est inutile de vérifier en plus qu'elle est génératrice.
En revanche, la famille ne sera jamais une base de , si libre soit-elle : elle ne compte que vecteurs. Et la famille non plus : elle en compte , donc elle est nécessairement liée, une famille libre de ne pouvant compter plus de vecteurs.
Exemple
Base et dimension d'un ensemble de solutions. Reprenons le système de la section , dont nous avions trouvé
Cette famille est génératrice de par construction. Elle est libre, car ses deux vecteurs ne sont pas colinéaires : si l'on avait , la quatrième coordonnée donnerait ; et si l'on avait , ce serait la troisième coordonnée qui donnerait . C'est donc une base, et
Ce dernier exemple contient une observation générale qu'il faut retenir : la famille obtenue en séparant les paramètres, à la fin d'un pivot, est toujours libre. En effet, chaque paramètre apparaît, dans le vecteur général, à la place de la coordonnée de l'inconnue secondaire correspondante ; le vecteur a donc un à cette place, tandis que tous les autres y ont un . Une combinaison nulle impose alors, en lisant cette coordonnée, , et cela pour chaque . La dimension de l'ensemble des solutions d'un système homogène est donc le nombre d'inconnues secondaires, c'est-à-dire le nombre de paramètres.
La conséquence la plus rentable
Propriété
Critère d'égalité par les dimensions. Soient et deux sous-espaces vectoriels de tels que
Alors .
Démonstration. Notons la dimension commune. Si , alors et c'est terminé.
Supposons et considérons une base de . C'est une famille libre, et la liberté ne dépend que des vecteurs eux-mêmes, pas de l'ensemble dans lequel on les regarde. Comme , ces vecteurs appartiennent à : ils y forment une famille libre de vecteurs, donc une base de d'après le théorème du bon cardinal. Par conséquent
la seconde égalité venant de ce que cette famille est aussi une base de .
Un cas particulier mérite d'être isolé, car il resservira à chaque section : tout sous-espace vectoriel de étant contenu dans , on a
Ce critère est, à lui seul, l'une des raisons d'être de la dimension. Démontrer une égalité de deux sous-espaces par double inclusion est souvent long ; ici, une inclusion et deux calculs de dimensions suffisent. Le schéma de rédaction est immuable : on établit , on calcule et , on constate qu'elles sont égales, on conclut. Attention toutefois : l'inclusion est indispensable. Deux sous-espaces de même dimension n'ont aucune raison d'être égaux, comme le montrent deux droites distinctes du plan.
Rang d'une famille de vecteurs
Définition
Soit une famille de vecteurs de . On appelle rang de cette famille, noté , la dimension du sous-espace vectoriel qu'elle engendre :
Le rang mesure le nombre de vecteurs réellement utiles de la famille, une fois éliminées les redondances. Une famille de six vecteurs de rang ne décrit, en fin de compte, qu'un plan.
Propriété
Encadrements du rang. Soit une famille de vecteurs de , de rang . Alors
Démonstration. Notons , de sorte que .
Première ligne. La famille est génératrice de , donc elle compte au moins vecteurs : . Si , c'est une famille génératrice de ayant exactement vecteurs, donc une base de d'après le théorème du bon cardinal, donc une famille libre. Réciproquement, si la famille est libre, c'est une famille libre de vecteurs de , donc ; avec l'inégalité déjà obtenue, .
Seconde ligne. est un sous-espace vectoriel de , donc . L'égalité équivaut à , c'est-à-dire au fait que la famille engendre .
Méthode
Calculer le rang d'une famille par échelonnement.
- Écrire les vecteurs en lignes dans une matrice, chacun par ses coordonnées.
- Échelonner par le pivot de Gauss, en n'utilisant que les trois opérations élémentaires sur les lignes.
- Compter les lignes non nulles de la matrice échelonnée : ce nombre est le rang.
- Lire une base du sous-espace engendré : les lignes non nulles obtenues conviennent.
Cette méthode repose sur deux justifications, qu'il faut savoir donner. D'abord, les opérations élémentaires sur les lignes sont exactement les opérations de la section : elles ne changent donc pas le sous-espace engendré, ni par conséquent sa dimension. Ensuite, les lignes non nulles d'une matrice échelonnée forment une famille libre. Pour le voir, supposons une combinaison linéaire de ces lignes égale à la ligne nulle, et regardons la colonne du premier pivot : toutes les lignes suivantes y ont un coefficient nul, donc le coefficient affecté à la première ligne est nul. On recommence avec le deuxième pivot, puis le troisième, et ainsi de suite : tous les coefficients sont nuls. Les lignes non nulles sont donc à la fois génératrices et libres : c'est une base du , dont le cardinal est le rang.
Exemple
Un calcul de rang dans . Déterminons le rang de la famille
Écrivons ces vecteurs en lignes. Les opérations et donnent
Les trois dernières lignes sont identiques. Les opérations , puis conduisent à
Il reste deux lignes non nulles, donc
La famille est liée, puisque son rang est strictement inférieur à son cardinal , et elle n'engendre pas , puisque .
Contrôle. Les relations de dépendance se lisent sur les calculs : , car , et , car .
Applications linéaires de dans
L'application associée à une matrice
Définition
Soit . On appelle application linéaire associée à l'application qui, à un vecteur de de colonne , associe le vecteur de de colonne
Vérifiez les formats, car c'est là que se glissent les fautes : a lignes et colonnes, a lignes et colonne, donc a lignes et colonne. L'application va bien de dans , et le nombre de colonnes de est la dimension de l'espace de départ. Cette phrase servira encore au moment du théorème du rang.
Définition
Une application est dite linéaire lorsque
Propriété
Pour toute matrice , l'application est linéaire. De plus .
Démonstration. Soient et dans , de colonnes et , et soient , deux réels. La colonne de est , puisque les opérations se font coordonnée par coordonnée. Calculons le -ième coefficient de : il vaut
c'est-à-dire fois le -ième coefficient de plus fois celui de . Les deux colonnes et ont donc les mêmes coefficients : elles sont égales, et est linéaire.
Enfin, en prenant , on obtient .
L'égalité fournit un test d'élimination immédiat : si une application envoie le vecteur nul ailleurs que sur le vecteur nul, elle n'est pas linéaire, et c'est démontré en une ligne.
Exemple
Deux applications qui ne sont pas linéaires.
a. , . On a : elle n'est pas linéaire.
b. , . Ici , le test précédent ne suffit pas. Mais , alors que . Ces deux vecteurs diffèrent, donc n'est pas linéaire.
La matrice canoniquement associée
Réciproquement, toute application linéaire de dans provient d'une matrice, et d'une seule.
Propriété
Matrice canoniquement associée. Soit une application linéaire. Il existe une unique matrice telle que : c'est la matrice dont la -ième colonne est la colonne des coordonnées de , où est la base canonique de . On l'appelle la matrice canoniquement associée à .
Démonstration. Existence. Notons la matrice décrite dans l'énoncé, de colonnes , où est la colonne de . Soit un vecteur de , de colonne . La décomposition sur la base canonique donne , et la linéarité de , appliquée de proche en proche, donne
D'après la propriété de la section , la colonne de ce vecteur est le produit . Donc pour tout .
Unicité. Supposons pour une matrice . En appliquant au vecteur , dont la colonne est la -ième colonne de , on obtient la colonne , qui est exactement la -ième colonne de . Cette colonne est donc imposée par , et cela pour tout : la matrice est unique.
Méthode
Écrire la matrice canoniquement associée à .
- Annoncer le format : autant de lignes que la dimension de l'espace d'arrivée, autant de colonnes que celle de l'espace de départ.
- Calculer les images des vecteurs de la base canonique de départ, une par une.
- Ranger en colonnes : la -ième colonne de est la colonne de .
- Contrôler sur un vecteur test que le produit redonne bien .
Exemple
Une application de dans . Soit . Chaque coordonnée de l'image est du premier degré en , , et sans terme constant, ce qui garantit la linéarité. Calculons les images de la base canonique :
La matrice canoniquement associée, de format , est donc
Contrôle. Pour , le calcul direct donne , et le produit matriciel donne la colonne . Les deux coïncident.
De façon générale, une application est linéaire si et seulement si chacune des coordonnées de est une combinaison linéaire des coordonnées de , autrement dit une expression du premier degré sans terme constant, l'expression nulle étant admise. C'est le critère de reconnaissance à vue, et il permet d'écrire la matrice directement en lisant les coefficients.
Composition et produit matriciel
Propriété
La composition est un produit de matrices. Soient linéaire de matrice , et linéaire de matrice . Alors est linéaire, et sa matrice canoniquement associée est
Démonstration. Soit un vecteur de , de colonne . La colonne de est , puis celle de est . L'associativité du produit matriciel, admise au premier semestre, donne . Ainsi est l'application associée à la matrice , donc elle est linéaire, et est bien sa matrice canoniquement associée par unicité. Les formats sont cohérents : a lignes et colonnes, a lignes et colonnes, donc a lignes et colonnes.
L'ordre est inversé : la matrice de est , et non . C'est la faute la plus fréquente sur cette propriété, et elle est facile à éviter en se rappelant que dans , c'est qui agit en premier, donc sa matrice doit être la plus proche de la colonne .
Exemple
Reprenons , de matrice , et posons , de matrice . Alors
Contrôle par le calcul direct. On a
et l'on retrouve exactement les coefficients de .
Noyau et image
Définition
Soit une application linéaire, de matrice canoniquement associée .
- Le noyau de est l'ensemble des vecteurs de dont l'image est nulle :
- L'image de est l'ensemble des vecteurs atteints :
Quand on raisonne directement sur la matrice, on écrit aussi pour , c'est-à-dire l'ensemble des colonnes de la forme .
Retenez d'emblée où vivent ces deux ensembles, car les confondre est une faute lourde : le noyau est une partie de l'espace de départ , l'image une partie de l'espace d'arrivée .
Propriété
Soit linéaire, de matrice . Alors est un sous-espace vectoriel de .
Démonstration. Écrire , c'est écrire , c'est-à-dire les équations linéaires homogènes obtenues en annulant chaque coefficient de la colonne . Le noyau est donc l'ensemble des solutions d'un système linéaire homogène à inconnues : d'après la section , c'est un sous-espace vectoriel de , et le pivot en fournit une famille génératrice explicite.
C'est la traduction exacte de la phrase du programme : « le noyau d'une matrice est un sous-espace vectoriel ». Et cette propriété fournit la troisième voie de reconnaissance annoncée à la section : pour montrer qu'une partie est un sous-espace vectoriel, il suffit parfois de la reconnaître comme le noyau d'une matrice bien choisie.
Propriété
Soit linéaire, de matrice de colonnes . Alors
autrement dit l'image est engendrée par les colonnes de . En particulier, c'est un sous-espace vectoriel de .
Démonstration. Procédons par double inclusion.
Soit : il existe tel que . La décomposition et la linéarité de donnent
donc appartient à .
Réciproquement, chaque appartient à . Or est stable par combinaison linéaire : si et , alors par linéarité, donc est encore une image. En itérant, toute combinaison linéaire des est dans , d'où l'inclusion réciproque.
Enfin, est l'ensemble des combinaisons linéaires de la famille finie : c'est donc un sous-espace vectoriel de . Et la colonne de est exactement , la -ième colonne de .
Ne cherchez donc jamais à décrire directement l'ensemble des : on écrit les colonnes de la matrice, et on en extrait une famille libre par échelonnement.
Injectivité et surjectivité
Propriété
Caractérisation de l'injectivité. Soit linéaire. Alors
Démonstration. Supposons injective et soit . Alors , et l'injectivité donne . Ainsi ; l'inclusion réciproque est acquise, puisque .
Réciproquement, supposons et soient , tels que . La linéarité donne
donc , c'est-à-dire , soit . L'application est injective.
Voilà l'un des résultats les plus rentables du programme : prouver l'injectivité d'une application quelconque demande de manipuler deux antécédents, alors que pour une application linéaire, il suffit de résoudre un système homogène. Notez la rédaction attendue de la conclusion : on écrit , et surtout pas « », qui est faux, le noyau contenant toujours le vecteur nul.
Propriété
Caractérisation de la surjectivité. Soit linéaire. Alors
C'est la traduction directe de la définition : tout vecteur de possède un antécédent, c'est-à-dire appartient à l'image. L'inclusion étant toujours vraie, seule l'inclusion réciproque est à établir, et le critère d'égalité par les dimensions de la section la ramène à la vérification .
Un exemple entièrement traité
Méthode
Déterminer le noyau et l'image d'une matrice .
- Le noyau : résoudre le système homogène par le pivot, séparer les paramètres, écrire et en déduire .
- L'image : écrire où les sont les colonnes, puis échelonner cette famille pour en extraire une base.
- Contrôler : la somme doit valoir le nombre de colonnes de (théorème du rang, section ). Vérifier aussi que chaque vecteur annoncé dans le noyau a bien une image nulle.
Exemple
Noyau et image d'une matrice d'ordre . Soit
et soit l'application linéaire de dans qui lui est associée, c'est-à-dire
Le noyau. Le système s'écrit
Les opérations et donnent toutes deux la même équation , c'est-à-dire . En reportant dans , il vient . Les solutions sont donc les triplets avec réel, et
Le noyau n'étant pas réduit au vecteur nul, n'est pas injective. On vérifie au passage que a bien une image nulle : , puis , puis .
Exemple
Suite : l'image de la même matrice. L'image est engendrée par les colonnes de :
La relation trouvée dans le noyau se lit sur ces colonnes : , donc et le troisième générateur est superflu. Ainsi . Ces deux vecteurs ne sont pas colinéaires : si l'on avait , la première coordonnée imposerait , et la deuxième vaudrait alors , alors que la deuxième coordonnée de vaut . La famille est donc libre, c'est une base de l'image, et . Comme , n'est pas surjective.
Contrôle final. On a , ce qui est bien le nombre de colonnes de .
Exemple
Suite : une équation de l'image. Cherchons à quelle condition appartient à , c'est-à-dire à quelle condition le système est compatible. Les deux premières équations, et , donnent et . La troisième impose alors , c'est-à-dire , soit
Contrôle. Les trois colonnes vérifient cette équation : , puis , puis .
Rang d'une matrice et théorème du rang
Rang d'une matrice
Définition
Soit , de colonnes . On appelle rang de , noté , le rang de la famille de ses vecteurs colonnes :
Le rang d'une application linéaire est celui de sa matrice canoniquement associée, et l'on note .
D'après la section , n'est autre que l'image de : le rang d'une matrice est donc aussi la dimension de l'image de l'application associée,
Ces trois façons de dire la même chose seront utilisées indifféremment.
Propriété
Encadrements. Soit . Alors
avec si et seulement si est la matrice nulle.
Démonstration. La famille des colonnes compte vecteurs, donc son rang est au plus d'après la section ; et ces colonnes vivent dans , donc le sous-espace qu'elles engendrent est de dimension au plus . Enfin, signifie que le sous-espace engendré par les colonnes est réduit au vecteur nul, c'est-à-dire que toutes les colonnes sont nulles.
Propriété
Rang de la transposée (résultat admis). Pour toute matrice ,
Ce résultat est admis, et sa portée pratique est considérable. Les colonnes de sont les lignes de : l'égalité signifie donc que le rang se lit indifféremment sur les colonnes ou sur les lignes. On peut par conséquent échelonner en lignes pour calculer le rang d'une matrice, ce qui est infiniment plus commode, alors même que le rang est défini par les colonnes. Sans ce résultat, il faudrait transposer avant chaque calcul.
Méthode
Calculer le rang d'une matrice.
- Échelonner par les opérations élémentaires sur les lignes, comme dans un pivot ordinaire.
- Compter les lignes non nulles obtenues : c'est .
- Interpréter : rang égal au nombre de colonnes, les colonnes forment une famille libre ; rang égal au nombre de lignes, les colonnes engendrent l'espace d'arrivée ; pour une matrice carrée d'ordre , rang égal à , la matrice est inversible.
Exemple
Reprenons . Les opérations et donnent deux lignes identiques, , puis annule la troisième et normalise la deuxième :
Il reste deux lignes non nulles, donc , ce qui confirme le calcul de mené à la section . Comme , la matrice n'est pas inversible.
Le théorème du rang
Propriété
Théorème du rang (résultat admis). Soit une application linéaire, de matrice canoniquement associée . Alors
où est la dimension de l'espace de départ, c'est-à-dire le nombre de colonnes de .
Ce théorème est admis par le programme. Trois remarques sur son usage, car c'est le résultat le plus employé de toute l'algèbre linéaire.
D'abord, la dimension qui apparaît à droite est celle de l'espace de départ : la dimension de l'espace d'arrivée n'intervient nulle part. Écrire « » est une faute qui invalide tout ce qui suit. Le moyen de ne pas se tromper est de compter les colonnes de la matrice.
Ensuite, il est d'un usage économique : il fournit une des deux dimensions dès que l'autre est connue. En pratique, on calcule le noyau, qui ne demande qu'un système homogène, et l'on en déduit le rang sans autre calcul ; il ne reste alors qu'à exhiber le bon nombre de colonnes indépendantes pour avoir une base de l'image.
Enfin, il sert de contrôle systématique : à la fin de tout exercice sur une matrice, on vérifie que la somme tombe sur le nombre de colonnes. Si ce n'est pas le cas, il y a une erreur de calcul, et il est inutile d'aller plus loin.
Propriété
Conséquences immédiates. Soit linéaire, de matrice .
- est injective si et seulement si .
- est surjective si et seulement si .
- Si , alors n'est pas injective. Si , alors n'est pas surjective.
Démonstration. Point . L'application est injective si et seulement si , c'est-à-dire , ce qui équivaut à par le théorème du rang.
Point . est surjective si et seulement si . Comme est un sous-espace vectoriel de , le critère d'égalité par les dimensions de la section montre que cette égalité équivaut à , c'est-à-dire .
Point . On a toujours . Si , alors , donc n'est pas injective d'après le point . De même, ; si , alors et n'est pas surjective.
Le point est un réflexe de contrôle immédiat : une application linéaire de dans n'est jamais injective, une application de dans n'est jamais surjective. Un raisonnement qui prétend le contraire comporte une erreur.
Le cas des matrices carrées
Propriété
Caractérisations de l'inversibilité. Soit une matrice carrée d'ordre . Les quatre propositions suivantes sont équivalentes :
- est inversible ;
- ;
- ;
- les colonnes de forment une base de .
Démonstration. Montrons .
. Supposons inversible et soit tel que . En multipliant à gauche par , on obtient . Donc .
. Si , alors , et le théorème du rang donne .
. Si , la famille des colonnes de a un rang égal à son cardinal, donc elle est libre d'après la section . C'est une famille libre de vecteurs de : c'est une base de , d'après le théorème du bon cardinal.
. Supposons que les colonnes de forment une base de . Elles engendrent alors , donc : pour toute colonne , il existe une colonne telle que . Appliquons cela aux colonnes de : on obtient des colonnes telles que . Notons la matrice dont les colonnes sont . La -ième colonne de vaut , donc . Comme et sont carrées de même ordre, le résultat admis au premier semestre permet de conclure : est inversible, et .
Ces équivalences complètent la liste établie au premier semestre, et elles donnent un critère praticable à tout ordre : une matrice carrée est inversible si et seulement si son rang vaut son ordre, ce qui se lit sur un échelonnement en lignes. C'est la méthode à utiliser dès l'ordre , puisque le déterminant n'est disponible qu'à l'ordre .
Exemple
La matrice de la section est de rang et d'ordre : elle n'est pas inversible. Son noyau, , n'est en effet pas réduit au vecteur nul, et ses colonnes sont liées, par la relation . Les trois façons de le voir concordent, comme le théorème l'annonce.
Méthodes à connaître
Cette section rassemble, sous forme de fiches, les gestes que l'on doit pouvoir exécuter sans réfléchir le jour du concours. Aucun n'est difficile ; ce qui se joue, c'est la rapidité et la propreté de la rédaction.
Méthode
Montrer qu'une partie de est un sous-espace vectoriel.
- Si est décrit par des équations linéaires homogènes : dire que c'est l'ensemble des solutions d'un système homogène, donc un sous-espace vectoriel, et résoudre pour en donner des générateurs.
- Si est décrit par une condition matricielle : dire que .
- Sinon, paramétrer les éléments de et faire apparaître .
Pour montrer que n'en est pas un : vérifier d'abord si ; sinon, exhiber un contre-exemple numérique à la stabilité. Une condition non linéaire (produit, carré, valeur absolue) ou une inégalité doit immédiatement éveiller les soupçons.
Méthode
Trouver une base et la dimension de l'ensemble des solutions d'un système homogène.
- Échelonner par le pivot, repérer les inconnues principales et les inconnues secondaires.
- Remonter en exprimant les inconnues principales en fonction des paramètres.
- Écrire le vecteur général et mettre chaque paramètre en facteur : on obtient .
- Conclure : cette famille est libre par construction, donc c'est une base, et , le nombre de paramètres.
- Vérifier que chaque satisfait toutes les équations de départ.
Méthode
Passer d'un à des équations, et réciproquement.
- Des générateurs vers les équations. Écrire que est combinaison linéaire des générateurs, résoudre le système d'inconnues les coefficients, et lire les conditions de compatibilité : ce sont les équations cherchées.
- Des équations vers les générateurs. Résoudre le système homogène par le pivot et séparer les paramètres, comme dans la fiche précédente.
Contrôle dans les deux sens : chaque générateur doit vérifier chaque équation.
Méthode
Montrer qu'une famille est libre, et qu'elle est une base.
- Liberté : poser une combinaison linéaire nulle, identifier les coordonnées, résoudre le système homogène au pivot, conclure que tous les coefficients sont nuls. Si une solution non nulle apparaît, écrire la relation de dépendance.
- Raccourcis : deux vecteurs, il suffit de vérifier qu'ils ne sont pas colinéaires (dans , que ) ; une famille contenant le vecteur nul ou deux vecteurs égaux est liée sans calcul.
- Base : vérifier que les vecteurs appartiennent à , compter qu'ils sont , démontrer la seule liberté, conclure par le théorème du bon cardinal.
Méthode
Calculer un rang.
- Écrire une matrice : les vecteurs en lignes s'il s'agit d'une famille, la matrice elle-même s'il s'agit d'une matrice, ce qui est licite grâce à .
- Échelonner par les opérations élémentaires sur les lignes.
- Compter les lignes non nulles : c'est le rang, et ces lignes forment une base du sous-espace engendré.
Méthode
Déterminer le noyau et l'image d'une matrice de format .
- Noyau : résoudre au pivot, séparer les paramètres, obtenir une base et .
- Rang : l'obtenir par le théorème du rang, , ce qui évite un second échelonnement.
- Image : c'est le des colonnes ; repérer colonnes qui forment une famille libre (celles qui portent les pivots sont les bonnes candidates), démontrer leur liberté, puis conclure par le théorème du bon cardinal, le rang étant déjà connu.
- Contrôler : , et chaque vecteur du noyau a bien une image nulle.
Méthode
Montrer que deux sous-espaces et sont égaux. Deux stratégies, à choisir selon les données.
- Par double inclusion, en travaillant sur les générateurs : chaque générateur de appartient à , et réciproquement.
- Par les dimensions, quand une seule inclusion est facile : établir , calculer et , constater qu'elles sont égales, conclure . Ne jamais oublier l'inclusion, sans laquelle l'argument est faux.
L'essentiel
Voici, pour finir, la carte du chapitre puis les erreurs qui coûtent des points chaque année.
Tout sous-espace vectoriel de se présente sous l'une des deux formes suivantes, et l'exercice consiste presque toujours à passer de l'une à l'autre.
| Description | Ce qu'elle donne facilement | Comment en sortir |
|---|---|---|
| Par générateurs, | fabriquer des vecteurs de , calculer par échelonnement | résoudre pour obtenir les équations |
| Par équations, | tester si un vecteur donné est dans | résoudre au pivot pour obtenir une base |
Les gestes à maîtriser tiennent en six lignes. Reconnaître un sous-espace vectoriel : générateurs, système homogène, ou noyau, jamais autre chose. Trouver une base et une dimension : pivot, paramètres, séparation, vérification. Décider de la liberté : combinaison nulle, système homogène, pivot, et relation explicite en cas de famille liée. Conclure qu'une famille est une base : compter d'abord, démontrer la liberté ensuite, citer le théorème du bon cardinal. Calculer un rang : échelonner en lignes et compter. Traiter une matrice : noyau par le système, rang par le théorème du rang, image par les colonnes, puis contrôle de la somme.
Oublier de compter les vecteurs. Le théorème du bon cardinal ne s'applique qu'au bon cardinal. Une famille libre de deux vecteurs ne sera jamais une base de , si soignée que soit la démonstration de sa liberté.
Confondre « liée » et « deux vecteurs colinéaires ». À partir de trois vecteurs, une famille peut être liée sans qu'aucun de ses vecteurs ne soit multiple d'un autre. Le seul test valable est le système homogène.
Confondre le noyau et l'image. Le noyau vit dans l'espace de départ, l'image dans l'espace d'arrivée, et le théorème du rang fait intervenir la dimension du départ, c'est-à-dire le nombre de colonnes de la matrice.
Écrire . Le noyau contient toujours le vecteur nul, il n'est donc jamais vide. La bonne écriture est .
Inverser l'ordre dans la composition. La matrice de est , jamais : c'est qui agit en premier, donc sa matrice touche la colonne en premier.
Conclure à partir des seules dimensions. L'égalité des dimensions ne suffit pas : il faut une inclusion. Deux droites distinctes du plan ont la même dimension et ne sont pas égales.
Chercher un déterminant d'ordre . Il n'existe pas dans ce programme. Pour trois ou quatre vecteurs, la liberté et le rang se décident au pivot, et l'inversibilité d'une matrice carrée par son rang.
Sauter les vérifications. Un vecteur annoncé dans un noyau se réinjecte, un générateur annoncé dans un sous-espace se teste sur les équations, et la somme du théorème du rang se contrôle. Ces vérifications prennent trente secondes et sauvent des copies entières.
Bloqué sur « L'espace Rⁿ, sous-espaces vectoriels et applications linéaires » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.