ECG appliquées · Chapitre 12 · Troisième semestre

Compléments d'analyse

2e année

Systèmes différentiels linéaires, comparaison des suites, suites récurrentes, séries, développements limités, intégration généralisée.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Systèmes différentiels linéaires
  • Comparaison des suites
  • Suites récurrentes
  • Séries
  • Développements limités
  • Intégration généralisée

Ce chapitre est la boîte à outils de la deuxième année. Il ne construit pas d'objet nouveau, il ne vous demandera pas d'apprendre une théorie supplémentaire : il vous donne les instruments de mesure qui manquaient en première année, et sans lesquels la plupart des chapitres qui suivent resteraient inaccessibles. C'est un chapitre de moyens, pas de fins, et c'est précisément ce qui le rend indispensable.

En première année, vous avez appris à calculer une limite. C'est déjà beaucoup, mais c'est un outil grossier. Savoir que n2+n et n2 tendent toutes les deux vers + ne dit rien de leur différence de comportement, et savoir que 1n et 1n2 tendent toutes les deux vers 0 ne dit rien du fait que la seconde y va infiniment plus vite que la première. Or c'est exactement cette information fine dont on a besoin. La négligeabilité, notée un=o(vn), et l'équivalence, notée unvn, sont les deux instruments qui la fournissent : ils permettent de dire laquelle de deux suites l'emporte, et de combien.

Ces deux notions changent radicalement la manière de traiter les séries. En première année, on ne savait déterminer la nature d'une série qu'en calculant explicitement ses sommes partielles, ce qui limitait l'étude aux séries géométriques, exponentielles et télescopiques. Grâce aux règles de comparaison, on décide désormais de la nature d'une série sans jamais calculer sa somme : il suffit de comparer son terme général à celui d'une série de référence. C'est un renversement complet de méthode, et c'est ce que les concours attendent.

Le même mouvement se produit pour les intégrales. Une intégrale sur un segment [a,b] est un objet de première année, parfaitement défini. Mais que signifie 0+etdt, où la borne supérieure n'est pas un nombre ? La quatrième partie donne un sens précis à ce genre d'écriture, exactement comme le chapitre sur les séries avait donné un sens à une somme infinie, et par le même procédé : on travaille sur un objet fini, l'intégrale axf(t)dt, puis on fait tendre x vers +.

Il faut dire pourquoi le programme introduit ces intégrales ici, car la raison est très concrète : elles existent pour permettre l'étude des variables aléatoires à densité, qui font l'objet du chapitre de probabilités suivant. Une durée de vie, un temps d'attente, un revenu ne prennent pas leurs valeurs dans un ensemble fini ; leur loi se décrit par une densité, et l'espérance d'une telle variable est une intégrale sur ],+[. Sans le présent chapitre, on ne pourrait même pas écrire cette espérance, encore moins dire quand elle existe. De la même manière, les séries sont l'outil des variables aléatoires discrètes infinies : les deux moitiés de ce chapitre préparent les deux moitiés du cours de probabilités.

La première partie, elle, regarde dans une autre direction. Les systèmes différentiels sont l'outil des modèles d'évolution en temps continu : un prix qui s'ajuste à l'écart entre l'offre et la demande, deux marchés qui s'influencent l'un l'autre, un stock qui se reconstitue. Là où une suite décrit une évolution par sauts d'une période à la suivante, un système différentiel décrit une évolution qui se produit à chaque instant, et c'est souvent le cadre naturel de la modélisation économique.

Cette première partie est aussi, et c'est sa grande vertu, l'application la plus concrète de la réduction vue au chapitre précédent d'algèbre linéaire. Diagonaliser une matrice pouvait passer pour un exercice de calcul sans destination ; on découvre ici que c'est exactement la manipulation qui découple un système d'équations liées les unes aux autres. Résoudre X=AX quand A est diagonalisable, c'est écrire A=PDP1, poser Y=P1X, résoudre n équations indépendantes du type z=λz que vous savez traiter depuis la première année, et revenir par X=PY. Rien de plus. La diagonalisation trouve ici sa justification.

Le chapitre comporte enfin deux paragraphes plus techniques, mais très rentables aux concours : les suites récurrentes un+1=f(un), dont l'étude suit un mode d'emploi immuable en cinq étapes que vous appliquerez des dizaines de fois, et les développements limités à l'ordre 1 ou 2, qui décrivent une fonction au voisinage d'un point avec une précision qu'aucune limite ne donne.

Un mot sur la manière de travailler ce chapitre. Son contenu est moins difficile que son usage : chaque énoncé pris isolément est simple, mais tout se joue dans le respect scrupuleux des hypothèses. On n'additionne pas des équivalents, on ne compare pas des séries de signe quelconque, on n'écrit pas une intégrale généralisée avant d'avoir prouvé qu'elle converge. Les mises en garde de ce cours ne sont pas des précautions oratoires : ce sont les fautes réellement commises dans les copies, et elles coûtent des questions entières.

Notations fixées pour tout le chapitre. Pour les systèmes différentiels, l'inconnue est une colonne de fonctions X(t)=(x(t)y(t)), le système s'écrit X=AX, la matrice de passage est notée P, la matrice diagonale D, et le changement d'inconnues est Y=P1X, c'est-à-dire X=PY. Les valeurs propres sont notées λ1, λ2, λ3 et les constantes d'intégration C1, C2, C3. Pour les suites, on note (un) et (vn) les suites étudiées, k l'indice muet, Sn=k=n0nuk la somme partielle et Hn=k=1n1k la série harmonique. La négligeabilité s'écrit un=o(vn) et l'équivalence unvn, avec la précision n+ lorsqu'elle est utile, et fxx0g pour les fonctions. Les intégrales généralisées sont notées a+f(t)dt, et l'intégrale partielle F(x)=axf(t)dt. Un développement limité s'écrit f(x)=a0+a1(xx0)+a2(xx0)2+(xx0)2ε(xx0) avec ε(h)0 quand h0. Le symbole marque la fin d'une démonstration.

Systèmes différentiels linéaires à coefficients constants

Du système à l'écriture matricielle

Le programme suggère d'aborder ce paragraphe par un exemple fondé sur la loi de l'offre et de la demande. Commençons donc par là, avant toute définition.

Considérons deux biens substituables, disons le beurre et la margarine, dont les prix à l'instant t sont notés p1(t) et p2(t). Sur chaque marché, la demande diminue quand le prix du bien augmente, mais elle augmente quand le prix du concurrent augmente, puisque les acheteurs se reportent. La loi de l'offre et de la demande dit que le prix monte quand la demande excède l'offre, et descend dans le cas contraire, avec une vitesse proportionnelle à cet écart. Si l'on modélise la demande excédentaire sur le premier marché par 32p1(t)+p2(t), et symétriquement sur le second, on obtient

{p1(t)=2p1(t)+p2(t)+3p2(t)=p1(t)2p2(t)+3

Aucune des deux équations ne peut se résoudre seule : la dérivée de p1 dépend de p2, et réciproquement. On dit que les deux équations sont couplées. C'est cette difficulté que toute la partie va lever, et l'outil sera l'écriture matricielle. En posant

X(t)=(p1(t)p2(t)),A=(2112),B=(33)

le système se résume à la seule égalité X=AX+B. Nous traiterons d'abord le cas B=0, dit homogène, puis nous verrons qu'un simple changement d'inconnue ramène le cas général au cas homogène.

Définition

Soit n un entier naturel non nul et soit AMn(R) une matrice carrée réelle. On appelle système différentiel linéaire à coefficients constants le système

X=AX

d'inconnue la colonne de fonctions

X(t)=(x1(t)xn(t))de deˊriveˊeX(t)=(x1(t)xn(t))

Une solution du système est un n-uplet (x1,,xn) de fonctions dérivables sur R vérifiant X(t)=AX(t) pour tout réel t.

Remarque

Trois points de vocabulaire méritent d'être fixés tout de suite. La dérivation d'une colonne de fonctions se fait coefficient par coefficient : X est la colonne des dérivées, ce n'est pas un nouveau type de dérivée mais une notation compacte. Les coefficients de A sont des constantes, jamais des fonctions de t : c'est ce que signifie « à coefficients constants », et c'est ce qui rend la résolution possible avec les outils du programme.

Enfin, une solution est un n-uplet de fonctions, donc un objet à n composantes. Dire « la solution vaut e3t » n'a aucun sens : une solution est une colonne, et il faut donner toutes ses composantes.

Le problème de Cauchy

Un système différentiel possède en général une infinité de solutions, exactement comme l'équation z=λz de première année, dont les solutions Ceλt dépendent d'une constante libre. Pour sélectionner une solution et une seule, il faut une information supplémentaire : la valeur de X à un instant donné.

Définition

Soient AMn(R), t0 un réel et X0Mn,1(R) une colonne de réels. Le problème de Cauchy associé est la recherche des solutions X du système X=AX vérifiant de plus la condition initiale X(t0)=X0.

Propriété

Théorème d'existence et d'unicité (résultat ADMIS). Soient AMn(R), t0 un réel et X0Mn,1(R). Le problème de Cauchy

X=AX,X(t0)=X0

admet une unique solution, et cette solution est définie sur R tout entier.

Ce théorème est admis : sa démonstration dépasse le programme. Il faut en revanche comprendre exactement ce qu'il affirme, car il est la justification silencieuse de toute la pratique du chapitre.

Remarque

Concrètement, ce théorème dit ceci : par chaque point de l'espace passe une trajectoire et une seule. Une condition initiale X(t0)=X0 sélectionne donc une solution unique, et les constantes d'intégration sont entièrement déterminées par elle.

Deux conséquences pratiques. D'abord, une fois trouvée une famille de solutions dépendant de n constantes C1,,Cn que la condition initiale détermine de façon unique, on est certain de n'avoir oublié aucune solution : c'est pourquoi on écrit « la solution générale est … » sans autre justification. Ensuite, deux trajectoires distinctes ne se croisent jamais, et une trajectoire qui vaut 0 à un instant est la solution nulle pour tout t.

Résolution lorsque A est diagonalisable

Voici le cœur de la partie. Toute la méthode repose sur une remarque très simple : un système découplé se résout immédiatement.

Le cas découplé. Supposons d'abord A diagonale, égale à D, de coefficients diagonaux λ1,,λn. Le système X=DX s'écrit alors

x1=λ1x1,x2=λ2x2,,xn=λnxn

Chaque équation ne fait intervenir qu'une seule inconnue : les équations sont indépendantes. Or vous savez depuis la première année que les solutions sur R de l'équation différentielle z=λz sont exactement les fonctions tCeλt, où C est une constante réelle quelconque. Les solutions du système découplé sont donc

x1(t)=C1eλ1t,,xn(t)=Cneλnt

avec n constantes libres. Le cas diagonal est réglé.

Le cas général. Si A est seulement diagonalisable, il existe une matrice inversible P et une matrice diagonale D telles que A=PDP1. L'idée est de changer d'inconnue pour se ramener au cas précédent.

Propriété

Soit AMn(R) diagonalisable, écrite A=PDP1 avec D diagonale et P inversible. Posons Y=P1X, ce qui équivaut à X=PY. Alors

X=AX    Y=DY

Démonstration. Les matrices P et P1 sont constantes : dériver Y=P1X coefficient par coefficient revient donc à dériver seulement X, ce qui donne Y=P1X, et de même X=PY.

Supposons X=AX. Alors, en utilisant A=PDP1 et X=PY,

Y=P1X=P1AX=P1(PDP1)PY=(P1P)D(P1P)Y=DY

Réciproquement, supposons Y=DY. Alors

X=PY=PDY=PD(P1X)=(PDP1)X=AX

Les deux implications donnent l'équivalence annoncée.

Méthode

Résoudre X=AX avec A diagonalisable, en cinq étapes. C'est le mode d'emploi de tous les exercices de résolution du chapitre.

1. Diagonaliser A. Calculer les valeurs propres λ1,,λn, déterminer un vecteur propre pour chacune, écrire P (les vecteurs propres en colonnes, dans l'ordre) et D (les valeurs propres sur la diagonale, dans le même ordre).

2. Poser Y=P1X, en annonçant que le système devient Y=DY d'après la propriété précédente.

3. Résoudre le système découplé Y=DY : chaque composante donne yi(t)=Cieλit.

4. Revenir à X=PY en effectuant le produit matriciel : on obtient la solution générale, combinaison des eλit affectés des vecteurs propres.

5. Utiliser la condition initiale, s'il y en a une, pour déterminer les constantes C1,,Cn : c'est la résolution d'un système linéaire à n inconnues.

Le calcul de P1 n'est nécessaire qu'à l'étape 5, et encore : on peut aussi bien résoudre directement le système donné par la condition initiale.

Exemple

Résolution complète, étape 1 : la diagonalisation. Résolvons X=AX pour

A=(1221),X(t)=(x(t)y(t))

c'est-à-dire le système x=x+2y et y=2x+y.

Étape 1. Le polynôme caractéristique vaut

det(AλI2)=(1λ)24=λ22λ3=(λ3)(λ+1)

Les valeurs propres sont donc λ1=3 et λ2=1, réelles et distinctes : A est diagonalisable.

Pour λ1=3, le système (A3I2)V=0 s'écrit 2a+2b=0, soit a=b : le vecteur (11) convient. Pour λ2=1, le système (A+I2)V=0 s'écrit 2a+2b=0, soit b=a : le vecteur (11) convient. D'où

P=(1111),D=(3001)

Comme detP=20, la matrice P est inversible et A=PDP1.

Exemple

Résolution complète, étapes 2 à 4 : la solution générale. On reprend la matrice A=(1221) diagonalisée ci-dessus.

Étapes 2 et 3. Posons Y=P1X, de composantes y1 et y2. Le système devient Y=DY, c'est-à-dire y1=3y1 et y2=y2, d'où

y1(t)=C1e3t,y2(t)=C2et

Étape 4. On revient à X=PY :

X(t)=(1111)(C1e3tC2et)=(C1e3t+C2etC1e3tC2et)

Les solutions du système sont donc les couples de fonctions x(t)=C1e3t+C2et et y(t)=C1e3tC2et, où C1 et C2 décrivent R.

Exemple

Résolution complète, seconde partie : le problème de Cauchy. Cherchons, parmi les solutions obtenues ci-dessus, celle qui vérifie

X(0)=(31)

Étape 5. En évaluant les deux expressions en t=0, où e0=1, la condition initiale s'écrit

C1+C2=3etC1C2=1

La somme des deux équations donne 2C1=4, soit C1=2, puis C2=1. La solution du problème de Cauchy est donc l'unique couple

x(t)=2e3t+et,y(t)=2e3tet

Vérification, qu'il est toujours bon de faire. D'une part x(t)=6e3tet, et d'autre part

x(t)+2y(t)=2e3t+et+4e3t2et=6e3tet

Les deux coïncident. De même y(t)=6e3t+et et 2x(t)+y(t)=6e3t+et. Enfin x(0)=3 et y(0)=1 : la condition initiale est bien vérifiée.

Remarque

Ce que l'on n'utilise jamais. Il existe une théorie générale qui exprime la solution de X=AX à l'aide d'une exponentielle de matrice etA. Cet objet est hors programme : il ne doit apparaître ni dans un raisonnement, ni dans une réponse. La seule méthode de résolution exigible, et la seule attendue, est la diagonalisation en taille 2 ou 3 décrite ci-dessus.

Retenez également que toutes les valeurs propres rencontrées dans ce parcours sont réelles : les nombres complexes sont hors programme sur les deux années. Un énoncé de concours vous proposera toujours une matrice dont le polynôme caractéristique est scindé sur R. Si vous trouvez un discriminant négatif, c'est une erreur de calcul.

Systèmes affines et état d'équilibre

Le modèle économique de l'ouverture n'était pas homogène : il comportait un terme constant B. C'est le cas général en modélisation, et il se ramène au précédent par un changement d'inconnue très simple, qui a de surcroît une interprétation économique directe.

Propriété

Soient AMn(R) inversible et BMn,1(R). On considère le système affine

X=AX+B

La colonne constante Xe=A1B est l'unique solution constante du système ; on l'appelle l'état d'équilibre. De plus, en posant Z=XXe,

X=AX+B    Z=AZ

Démonstration. Cherchons d'abord les solutions constantes. Si X est constante, alors X=0, et l'équation devient 0=AX+B, c'est-à-dire AX=B. Comme A est inversible, ce système a une solution et une seule, X=A1B=Xe. Réciproquement, la fonction constante égale à Xe vérifie AXe+B=AA1B+B=B+B=0=Xe : c'est bien une solution.

Passons au changement d'inconnue. La colonne Xe étant constante, sa dérivée est nulle, donc Z=XXe=X. Par ailleurs X=Z+Xe, donc

AX+B=A(Z+Xe)+B=AZ+AXe+B=  0=AZ

Ainsi X=AX+B équivaut à Z=AZ.

Méthode

Traiter un système affine. Ne cherchez jamais de solution particulière au hasard : la démarche est mécanique.

1. Vérifier que A est inversible, puis calculer l'état d'équilibre Xe=A1B. En pratique, on résout plutôt le système linéaire AXe=B, ce qui évite d'inverser la matrice.

2. Poser Z=XXe, qui mesure l'écart à l'équilibre, et annoncer que Z=AZ.

3. Résoudre Z=AZ par diagonalisation, en cinq étapes.

4. Revenir à X=Z+Xe.

Exemple

Le modèle de marché de l'ouverture. Reprenons X=AX+B avec

A=(2112),B=(33)

Équilibre. On a detA=41=30, donc A est inversible. Résolvons AXe=B, soit 2a+b=3 et a2b=3. En multipliant la première par 2 et en ajoutant la seconde, il vient 3a=9, donc a=3, puis b=3. L'état d'équilibre est

Xe=(33)

Les deux biens s'échangent à l'équilibre au même prix 3, ce qui était prévisible : le modèle est symétrique.

Écart à l'équilibre. Posons Z=XXe. Alors Z=AZ. Le polynôme caractéristique de A est (2λ)21=λ2+4λ+3=(λ+1)(λ+3), donc λ1=1 et λ2=3. Les vecteurs propres associés sont (11) et (11), d'où

z1(t)=C1et+C2e3t,z2(t)=C1etC2e3t

Retour aux prix. Avec la condition initiale p1(0)=6 et p2(0)=2, on a z1(0)=3 et z2(0)=1, d'où C1+C2=3 et C1C2=1, soit C1=1 et C2=2. Finalement

p1(t)=3+et+2e3t,p2(t)=3+et2e3t

Les deux exponentielles tendent vers 0 : les prix convergent vers l'équilibre (3,3). Le marché est stable.

Ce paragraphe est le plus utile de toute la partie du point de vue de la modélisation. Un modèle économique en temps continu s'écrit presque toujours sous la forme affine X=AX+B : le vecteur B contient les données exogènes (offre autonome, demande incompressible, dépense publique) et la matrice A décrit les interactions entre les variables. L'état d'équilibre Xe est la configuration où plus rien ne bouge, c'est-à-dire l'équilibre du marché au sens des économistes, et le changement d'inconnue Z=XXe dit que seul l'écart à l'équilibre a une dynamique propre. Toute la question devient : cet écart s'éteint-il, ou s'amplifie-t-il ?

Comportement asymptotique des trajectoires

C'est la question que nous venons de poser, et elle se tranche sans résoudre le système, au seul vu du signe des valeurs propres.

Propriété

Soit AMn(R) diagonalisable, de valeurs propres réelles λ1,,λn, et soit X une solution de X=AX. En notant V1,,Vn les colonnes de P, la solution s'écrit

X(t)=C1eλ1tV1++CneλntVn

et son comportement en + est le suivant.

  • Si toutes les valeurs propres sont strictement négatives, alors X(t)0 quand t+, et cela pour toute solution. L'équilibre 0 est dit stable et attractif.
  • S'il existe une valeur propre λj>0, alors toute solution dont la constante Cj est non nulle n'est pas bornée. L'équilibre 0 est dit instable.
  • Si λi=0, le terme correspondant CiVi est constant : dans cette direction, la solution ne bouge pas.

Démonstration. L'expression de X(t) est la traduction de X=PY avec yi(t)=Cieλit : le produit PY est la combinaison des colonnes de P affectées des coefficients yi.

Premier cas. Si λi<0 pour tout i, alors eλit0 quand t+. Chaque terme de la somme tend donc vers la colonne nulle, et par somme d'un nombre fini de limites, X(t)0.

Deuxième cas. Supposons λj>0 et Cj0, et raisonnons par l'absurde en supposant toutes les composantes de X bornées. Comme Y=P1X, chaque composante de Y est une combinaison linéaire à coefficients constants des composantes de X ; elle serait donc bornée elle aussi. Or yj(t)=Cjeλjt et λj>0 entraînent yj(t)=Cjeλjt+ : la fonction yj n'est pas bornée. Contradiction.

Troisième cas. Si λi=0, alors eλit=e0=1 pour tout t, et le terme vaut CiVi, indépendant de t.

Remarque

Le lien avec le modèle affine est immédiat. Si le système est X=AX+B d'état d'équilibre Xe, l'écart Z=XXe vérifie Z=AZ, et la propriété ci-dessus s'applique à Z.

  • Toutes les valeurs propres strictement négatives : Z(t)0, donc X(t)Xe. Toute trajectoire revient à l'équilibre, quelle que soit la perturbation initiale. Le marché est autorégulateur.
  • Une valeur propre strictement positive : l'écart s'amplifie, la trajectoire fuit l'équilibre. Une perturbation, même minuscule, ne se résorbe pas.

C'est exactement ce que l'on observait sur le modèle du beurre et de la margarine, dont les valeurs propres 1 et 3 sont toutes deux négatives.

La figure ci-dessous illustre les deux régimes sur une même composante tx(t). La première courbe correspond à des valeurs propres 1 et 2 : les deux exponentielles s'éteignent, la trajectoire s'amortit vers 0. La seconde correspond à des valeurs propres 1 et 0,5 : le terme en e0,5t finit par écraser tout le reste, et la trajectoire explose. Notez que dans le second cas la courbe commence par sembler sage, ce qui doit vous rendre méfiant vis-à-vis d'une conclusion tirée des premiers instants.

Trajectoires d'un système différentiel selon le signe des valeurs propres

Méthode

Lire la stabilité d'un modèle sans le résoudre. Le signe des valeurs propres suffit, et il s'obtient souvent sans même calculer les valeurs propres.

1. Écrire le modèle sous la forme X=AX+B et vérifier que A est inversible.

2. Calculer l'état d'équilibre Xe en résolvant AXe=B.

3. Calculer le polynôme caractéristique de A et déterminer le signe de ses racines. En taille 2, on n'a même pas besoin de les calculer : si le polynôme caractéristique s'écrit λ2sλ+p, où s est la somme des racines et p leur produit, alors deux racines réelles sont toutes deux strictement négatives si, et seulement si p>0 et s<0.

4. Conclure : équilibre attractif si toutes les valeurs propres sont strictement négatives, instable dès qu'il y en a une strictement positive.

Une question de concours formulée « le marché revient-il spontanément à l'équilibre ? » se traite ainsi en quelques lignes, sans jamais écrire une exponentielle.

Équation scalaire d'ordre 2 et système d'ordre 1

Une équation différentielle scalaire du second ordre n'est pas un objet nouveau : c'est un système d'ordre 1 déguisé, et le déguisement se lève par un changement d'inconnue.

Propriété

Soient a et b deux réels. Une fonction y deux fois dérivable sur R est solution de l'équation

y+ay+by=0

si, et seulement si le couple X=(xz) défini par x=y et z=y est solution du système X=AX, où

A=(01ba)

De plus, le polynôme caractéristique de A est exactement λ2+aλ+b, c'est-à-dire le premier membre de l'équation caractéristique de l'équation différentielle.

Démonstration. Supposons y solution et posons x=y, z=y. Alors x=y=z, ce qui est la première ligne du système. Et z=y=ayby=bxaz, ce qui est la seconde ligne. Donc X=AX.

Réciproquement, si X=(xz) vérifie X=AX, la première ligne donne z=x, donc x est deux fois dérivable, et la seconde ligne s'écrit x=z=bxaz, c'est-à-dire x+ax+bx=0 : la fonction y=x est solution de l'équation scalaire.

Calculons enfin le polynôme caractéristique de A :

det(AλI2)=det(λ1baλ)=(λ)(aλ)(1)(b)=λ2+aλ+b

C'est bien l'équation caractéristique de première année.

Remarque

Cette dernière égalité explique un mystère de la première année. On vous avait fait admettre que les solutions de y+ay+by=0 se lisent sur les racines de r2+ar+b=0, sans jamais dire d'où venait ce polynôme. La réponse est ici : c'est le polynôme caractéristique de la matrice du système associé, et les exponentielles eλt qui apparaissent dans les solutions sont celles que produit la diagonalisation. Les deux théories n'en font qu'une.

Exemple

Retrouver une formule de première année. Résolvons yy6y=0 par le système associé. Ici a=1 et b=6, donc

A=(0161)

Son polynôme caractéristique est λ2λ6=(λ3)(λ+2) : les valeurs propres sont λ1=3 et λ2=2, réelles et distinctes.

Pour λ1=3, le système (A3I2)V=0 donne 3u+v=0, soit v=3u : le vecteur (13) convient. Pour λ2=2, il donne 2u+v=0, soit v=2u : le vecteur (12) convient. La résolution en cinq étapes donne

x(t)=C1e3t+C2e2t,z(t)=3C1e3t2C2e2t

Comme y=x, les solutions de l'équation sont les fonctions y(t)=C1e3t+C2e2t, ce qui est exactement la formule de première année pour une équation caractéristique à deux racines réelles distinctes 3 et 2. On vérifie au passage la cohérence : z=x=y, comme il se doit.

Comparaison des suites

Suites négligeables

Définition

Soient (un) et (vn) deux suites réelles. On dit que (un) est négligeable devant (vn), et on écrit

un=o(vn)

s'il existe une suite (εn) de limite nulle et un rang N tels que

un=εnvnpour tout nN

Propriété

Caractérisation par le quotient. Si vn0 à partir d'un certain rang, alors

un=o(vn)    limn+unvn=0

Démonstration. Supposons un=o(vn) : il existe (εn) de limite nulle telle que un=εnvn à partir d'un certain rang. Comme vn0 à partir d'un certain rang, on peut diviser à partir du plus grand des deux rangs, et unvn=εn0.

Réciproquement, supposons unvn0 et posons εn=unvn, défini à partir du rang où vn0. Alors εn0 et un=εnvn à partir de ce rang.

En pratique, c'est toujours cette caractérisation par le quotient que l'on utilise : elle transforme une question de comparaison en un calcul de limite.

Remarque

Une écriture qui trompe, et qu'il faut décoder. L'écriture un=o(vn) contient un signe =, mais ce n'est pas une égalité entre deux nombres : o(vn) ne désigne aucun objet mathématique. C'est une relation entre les deux suites, qui se lit « un est négligeable devant vn ».

Trois conséquences, qui sont autant de fautes à éviter. La relation n'est pas symétrique : de n=o(n2) on ne peut pas déduire n2=o(n), qui est faux. On ne peut pas non plus « simplifier » de part et d'autre : de n=o(n2) et n2=o(n3), il serait absurde de conclure quoi que ce soit en identifiant les deux membres droits. Enfin on n'écrit jamais o(vn)=un, dans cet ordre : la notation ne s'emploie qu'à droite du signe =.

Suites équivalentes

Définition

Soient (un) et (vn) deux suites réelles. On dit qu'elles sont équivalentes, et on écrit unvn, s'il existe une suite (αn) de limite 1 et un rang N tels que

un=αnvnpour tout nN

Si vn0 à partir d'un certain rang, cela équivaut à

limn+unvn=1

Propriété

Soient (un) et (vn) deux suites réelles. Alors

unvn    unvn=o(vn)

Démonstration. Supposons unvn : il existe (αn) de limite 1 telle que un=αnvn à partir d'un certain rang. Posons εn=αn1. Alors εn11=0 et

unvn=αnvnvn=(αn1)vn=εnvn

ce qui est exactement unvn=o(vn).

Réciproquement, supposons unvn=o(vn) : il existe (εn) de limite nulle telle que unvn=εnvn à partir d'un certain rang. Alors un=(1+εn)vn, et la suite αn=1+εn tend vers 1 : on a bien unvn.

Cette caractérisation est la bonne façon de comprendre l'équivalence : dire que unvn, c'est dire que l'erreur commise en remplaçant un par vn est négligeable devant vn elle-même. L'équivalence est donc une approximation relative, et non absolue : n2+nn2 bien que l'écart n tende vers +, parce que cet écart est petit devant n2.

Propriété

Soient (un) et (vn) deux suites telles que unvn.

  • Les deux suites ont le même signe à partir d'un certain rang.
  • Elles ont la même limite, finie ou infinie : si vn, alors un, et réciproquement.

Démonstration. Écrivons un=αnvn avec αn1, pour nN.

Le signe. Comme αn1 et que 1>12, la définition de la limite fournit un rang N1N à partir duquel αn>12, donc αn>0. Le produit un=αnvn a alors le même signe que vn, pour tout nN1.

La limite finie. Si vn avec réel, le théorème du produit des limites donne un=αnvn1×=.

La limite infinie. Si vn+, alors vn>0 à partir d'un certain rang, et pour n assez grand un=αnvn12vn d'après ce qui précède. Comme 12vn+, le théorème de minoration donne un+. Le cas vn se traite de même.

La réciproque s'obtient en échangeant les rôles de (un) et (vn), ce qui est licite puisque vn=1αnun avec 1αn1.

Remarque

Attention au sens de cette propriété, qui est un outil de calcul de limite et rien d'autre. Elle permet de remplacer une suite compliquée par une suite simple qui lui est équivalente, puis de calculer la limite de la seconde. Elle ne permet pas l'inverse : deux suites qui ont la même limite ne sont pas équivalentes en général. Par exemple 1n et 1n2 tendent toutes deux vers 0, et pourtant leur quotient vaut n, qui ne tend pas vers 1.

Cas particulier à connaître : une suite est équivalente à 0 si, et seulement si elle est nulle à partir d'un certain rang. On n'écrit donc jamais un0 pour dire que un tend vers 0 : c'est une faute.

Règles de calcul, et surtout les pièges

Propriété

Soient (un), (vn), (an), (bn) des suites réelles.

  • Réflexivité, symétrie, transitivité. On a unun ; si unvn alors vnun ; si unvn et vnwn alors unwn.
  • Produit. Si unvn et anbn, alors unanvnbn.
  • Quotient. Si de plus an et bn sont non nuls à partir d'un certain rang, alors unanvnbn.
  • Puissance entière. Si unvn, alors unpvnp pour tout entier p1, et pour tout entier p1 si les suites ne s'annulent pas.

Démonstration. Écrivons un=αnvn et an=βnbn avec αn1 et βn1, à partir d'un rang commun.

Produit. On a unan=(αnβn)vnbn, et αnβn1×1=1 par produit des limites.

Quotient. À partir du rang où βn0, ce qui est acquis puisque βn1, on a unan=αnβn×vnbn, et αnβn11=1.

Puissance. Pour p1, unp=αnpvnp avec αnp1p=1. Pour p1, on applique ce qui précède à l'exposant p1 puis la règle du quotient.

Transitivité. Si un=αnvn et vn=γnwn, alors un=(αnγn)wn avec αnγn1. La symétrie vient de vn=1αnun, licite dès que αn0, et 1αn1.

Retenez la liste : produit, quotient, puissance entière. Elle est complète. Tout ce qui n'y figure pas est interdit, et deux opérations en particulier sont des pièges à répétition.

Méthode

Les deux fautes qui coûtent le plus cher.

1. On n'additionne JAMAIS des équivalents. De unvn et anbn, on ne peut pas déduire un+anvn+bn. C'est faux, et cela reste faux même quand les suites semblent inoffensives.

2. On ne compose JAMAIS un équivalent par ln ou exp. De unvn, on ne peut pas déduire eunevn, ni lnunlnvn. La seule composition autorisée est celle par une fonction puissance entière.

La raison profonde est la même dans les deux cas : l'équivalence est une information relative (elle contrôle le quotient), alors que l'addition et l'exponentielle sont sensibles à l'écart absolu, que l'équivalence ne contrôle pas.

Ce que l'on fait à la place : on factorise par le terme dominant et on travaille sur le facteur restant, qui tend vers une limite. C'est la méthode du paragraphe suivant.

Exemple

Les deux contre-exemples à savoir produire instantanément.

a. L'addition. Prenons un=n2+n et vn=n2, puis an=n2 et bn=n2.

D'une part unvn=n2+nn2=1+1n1, donc unvn. D'autre part an=bn, donc trivialement anbn.

Pourtant un+an=n2+nn2=n tandis que vn+bn=n2n2=0. La relation n0 serait fausse : une suite équivalente à la suite nulle est nulle à partir d'un certain rang, ce que n n'est certainement pas. La règle d'addition est donc bien fausse.

b. La composition par l'exponentielle. Prenons un=n+lnn et vn=n, pour n1.

On a unvn=1+lnnn1 par croissances comparées, donc unvn. Mais

eun=en+lnn=en×elnn=nenetevn=en

Le quotient vaut nenen=n+, et non 1 : les deux suites ne sont pas équivalentes, elles sont même dans un rapport qui explose.

c. La composition par le logarithme. Prenons un=1+1n et vn=1. Alors unvn puisque unvn1. Mais lnvn=ln1=0, alors que lnun=ln(1+1n) n'est jamais nul : la relation lnun0 est fausse, et le quotient lnunlnvn n'est même pas défini.

Les croissances comparées réécrites

Vous connaissez depuis la première année les théorèmes de croissances comparées, énoncés sous forme de limites. Les voici réécrits avec la négligeabilité, qui est leur forme naturelle et de très loin la plus commode.

Propriété

Soient a>0, b>0 et q>1 des réels. Quand n tend vers + :

(lnn)b=o(na),na=o(qn),qn=o(n!),n!=o(nn)

Chacune de ces relations se lit dans le même sens : la quantité de gauche est infiniment plus petite que celle de droite. Par transitivité, on peut les enchaîner, ce qui donne la hiérarchie suivante, à connaître par cœur.

Rang de croissance Type de suite Exemple
1, la plus lente logarithme, (lnn)b lnn, (lnn)3
2 puissance, na n, n2
3 exponentielle, qn avec q>1 2n, en
4 factorielle, n! n!
5, la plus rapide puissance de n, nn nn

Remarque

Une conséquence utile en pratique : dans une somme de termes de rangs différents, le terme du rang le plus élevé impose son comportement, et la somme lui est équivalente. Par exemple 2n+n10+lnn2n, car les deux autres termes sont négligeables devant 2n. Cette règle porte sur une somme finie de termes de croissances différentes, et elle se démontre par factorisation, comme ci-dessous. Elle ne contredit pas l'interdiction d'additionner des équivalents, qui concerne le cas où l'on remplace chaque terme par un équivalent avant de sommer.

Méthode

Trouver un équivalent d'une expression. La démarche est toujours la même, en trois gestes.

1. Repérer le terme dominant de chaque somme qui apparaît, au numérateur comme au dénominateur, en utilisant la hiérarchie ci-dessus.

2. Factoriser chaque somme par son terme dominant. Ce qui reste entre parenthèses est de la forme 1+(termes qui tendent vers 0), donc tend vers 1.

3. Conclure : chaque somme est équivalente à son terme dominant, puis on applique les règles de produit et de quotient, qui, elles, sont autorisées.

Exemple

a. Un quotient. Cherchons un équivalent de

un=3n2+nlnn+1n2+2n

Au numérateur, nlnn=o(n2) et 1=o(n2), donc en factorisant par 3n2,

3n2+nlnn+1=3n2(1+lnn3n+13n2)

La parenthèse tend vers 1 par croissances comparées, donc le numérateur est équivalent à 3n2.

Au dénominateur, n2=o(2n), donc n2+2n=2n(1+n22n) et la parenthèse tend vers 1 : le dénominateur est équivalent à 2n.

Par la règle du quotient, un3n22n, et cette dernière suite tend vers 0 par croissances comparées. Donc un0.

Exemple

b. Une différence de racines. Cherchons un équivalent de vn=n2+nn.

Ici la factorisation directe échoue, car les deux termes sont équivalents à n et leur différence n'est pas 0 : c'est précisément le piège de l'addition. On utilise la quantité conjuguée, en multipliant et divisant par n2+n+n, qui est non nul :

vn=(n2+nn)(n2+n+n)n2+n+n=(n2+n)n2n2+n+n=nn2+n+n

Le dénominateur se factorise par n, qui est strictement positif :

n2+n+n=n(1+1n+1)

et la parenthèse tend vers 2, donc le dénominateur est équivalent à 2n. Par la règle du quotient, vnn2n=12, et la suite (vn) converge donc vers 12.

Suites récurrentes un+1=f(un)

Le problème posé

Une suite arithmétique ou géométrique se calcule par une formule explicite : on sait exprimer un en fonction de n, et tout devient facile. Pour une suite définie par un+1=f(un) avec une fonction f quelconque, il n'existe en général aucune formule explicite. Essayez avec un+1=un+2 : vous obtiendrez des radicaux emboîtés qui ne se simplifient pas.

Il faut donc changer de stratégie et étudier la suite par ses propriétés : reste-t-elle dans une zone raisonnable, est-elle monotone, est-elle bornée, converge-t-elle, et vers quoi ? C'est cette démarche que toute la partie met en place, et elle aboutit à une méthode en cinq étapes valable pour presque tous les exercices que vous rencontrerez.

Première difficulté, souvent négligée par les copies : il faut d'abord s'assurer que la suite existe. Si f(x)=x+2 et que l'un des termes devenait strictement inférieur à 2, le suivant ne serait pas défini et la suite s'arrêterait. D'où la notion suivante.

Définition

Soient I un intervalle de R et f une fonction définie sur I. On dit que I est stable par f si

f(I)I

c'est-à-dire si, pour tout xI, on a f(x)I.

Propriété

Soient f une fonction définie sur un intervalle I stable par f, et u0I. Alors la suite définie par un+1=f(un) est bien définie pour tout nN, et

unIpour tout nN

Démonstration. Par récurrence sur n. Notons P(n) la propriété « un est bien défini et unI ».

Initialisation. Le terme u0 est donné et appartient à I par hypothèse : P(0) est vraie.

Hérédité. Soit nN tel que P(n) soit vraie. Alors un est bien défini et unI. Comme f est définie sur I tout entier, la quantité f(un) existe, donc un+1=f(un) est bien défini. De plus unI et I est stable par f, donc f(un)I, c'est-à-dire un+1I. La propriété P(n+1) est vraie.

Conclusion. Par le principe de récurrence, P(n) est vraie pour tout nN.

Remarque

Cette récurrence est courte, mais elle n'est pas facultative : c'est elle qui autorise à écrire un pour tout n, et c'est elle qui fournira ensuite les bornes de la suite. Un correcteur qui ne la trouve pas considère que la suite n'a pas été définie, et la question suivante ne peut plus rapporter grand-chose.

Notez le double bénéfice : on obtient l'existence et un encadrement gratuit, puisque unI pour tout n. Si I est borné, la suite est bornée, ce qui sera l'ingrédient du théorème de la limite monotone.

Le point fixe

Définition

Soient I un intervalle et f une fonction définie sur I. Un réel I est un point fixe de f si

f()=

Graphiquement, les points fixes de f sont les abscisses des points d'intersection de la courbe de f avec la droite d'équation y=x.

Propriété

Théorème du point fixe. Soit (un) une suite définie par un+1=f(un). Si (un) converge vers un réel et si f est continue en , alors

f()=

autrement dit est un point fixe de f.

Démonstration. Supposons un et f continue en . Calculons de deux façons la limite de la suite (un+1).

Première façon. La suite (un+1) est la suite (un) décalée d'un rang : elle converge donc vers la même limite, et un+1.

Seconde façon. Pour tout n, un+1=f(un). La suite (un) converge vers et f est continue en : la caractérisation séquentielle de la continuité donne f(un)f(), c'est-à-dire un+1f().

La suite (un+1) admet donc les deux limites et f(). Par unicité de la limite d'une suite convergente, ces deux réels sont égaux :

f()=

Méthode

Le sens de lecture de ce théorème, et l'erreur numéro un des copies. Relisez l'énoncé : l'hypothèse est « (un) converge », la conclusion est « est un point fixe ». Ce théorème ne démontre jamais la convergence. Il ne fait que désigner les candidats possibles, une fois la convergence établie par ailleurs.

La rédaction fautive, que l'on rencontre dans une copie sur deux, est celle-ci : « les points fixes de f sont 1 et 2, donc la suite converge vers 2 ». Elle est doublement fausse. Elle affirme une convergence qui n'a pas été prouvée, et une suite peut parfaitement diverger alors que f possède des points fixes : la suite définie par u0=3 et un+1=2un tend vers +, alors que f(x)=2x a le point fixe 0.

L'ordre correct est immuable : d'abord prouver la convergence, par la monotonie et le caractère borné ; ensuite seulement, identifier la limite parmi les points fixes.

Remarque

Une précaution technique, souvent implicite dans les énoncés. Pour appliquer le théorème, encore faut-il que f soit définie et continue en . En pratique, on a montré que unI pour tout n ; si I est un intervalle fermé du type [a,b], le passage à la limite dans les inégalités aunb donne ab, donc I, et la continuité de f sur I suffit.

C'est une raison de plus de choisir, dès la première étape, un intervalle stable fermé : cela règle la question sans un mot de plus.

Le cas où f est croissante

C'est le cas favorable, et c'est celui que les énoncés proposent le plus souvent, parce qu'il livre la monotonie de la suite sans effort.

Propriété

Soient I un intervalle stable par f, u0I, et (un) la suite définie par un+1=f(un). Si f est croissante sur I, alors (un) est monotone, et son sens de variation est donné par le signe de u1u0 :

  • si u1u0, la suite (un) est croissante ;
  • si u1u0, la suite (un) est décroissante.

Démonstration. Traitons le premier cas, le second étant identique en renversant les inégalités. Supposons u1u0 et montrons par récurrence la propriété P(n) : « un+1un ».

Initialisation. P(0) s'écrit u1u0, ce qui est l'hypothèse.

Hérédité. Soit nN tel que un+1un. Les deux réels un et un+1 appartiennent à I d'après la propriété du paragraphe précédent. La fonction f étant croissante sur I, elle conserve l'ordre :

unun+1    f(un)f(un+1)

c'est-à-dire un+1un+2. La propriété P(n+1) est vraie.

Conclusion. Par récurrence, un+1un pour tout n : la suite est croissante.

Remarque

Une seconde méthode pour la monotonie : le signe de f(x)x. Elle ne suppose pas f croissante et rend souvent service.

Si f(x)x pour tout xI, alors un+1un=f(un)un0 pour tout n, puisque unI : la suite est croissante. Si f(x)x sur I, elle est décroissante. On étudie donc le signe de la fonction xf(x)x sur I, et l'on conclut en une ligne.

Notez que cette fonction s'annule exactement aux points fixes : le tableau de signes de f(x)x donne d'un seul coup les points fixes et le sens de variation de la suite.

Une fois la monotonie acquise, la convergence se déduit du théorème de la limite monotone, connu depuis la première année : une suite croissante et majorée converge, une suite décroissante et minorée converge. Or la majoration est déjà en poche : si l'intervalle stable choisi est I=[a,b], alors aunb pour tout n. La première étape de l'étude paie donc une seconde fois.

La méthode complète

Méthode

Étudier une suite un+1=f(un), en cinq étapes. C'est le mode d'emploi de tous les exercices du chapitre, et il ne varie pas.

1. Trouver un intervalle stable I contenant u0, de préférence fermé et borné, et démontrer par récurrence que unI pour tout n. Cette étape établit l'existence de la suite et fournit son encadrement.

2. Résoudre l'équation f(x)=x sur I pour connaître les points fixes. Ce sont les seuls candidats possibles pour la limite. On ne conclut encore rien.

3. Étudier le sens de variation de (un), soit par la monotonie de f (si f est croissante sur I, le signe de u1u0 décide), soit par le signe de f(x)x sur I.

4. Conclure à la convergence par le théorème de la limite monotone : la suite est monotone et bornée grâce à l'étape 1, donc elle converge vers un réel , qui appartient à I si I est fermé.

5. Identifier la limite : f étant continue sur I, le théorème du point fixe assure que est un point fixe. On choisit alors, parmi les candidats de l'étape 2, le seul compatible avec ce que l'on sait de la suite (son encadrement, son sens de variation).

La figure ci-dessous représente la construction graphique des premiers termes, appelée diagramme en escalier. On y lit la courbe de f, la droite d'équation y=x, et la construction de u0, u1, u2, u3.

Diagramme en escalier d'une suite récurrente

Voici comment on lit ce dessin, car il obéit à une règle unique répétée à chaque étape. On part de u0 sur l'axe des abscisses. On monte verticalement jusqu'à la courbe de f : l'ordonnée atteinte est f(u0), c'est-à-dire u1. Pour reporter cette valeur sur l'axe des abscisses et recommencer, on se déplace horizontalement jusqu'à la droite y=x : sur cette droite, l'abscisse est égale à l'ordonnée, donc on se retrouve au point d'abscisse u1. On remonte alors verticalement vers la courbe pour obtenir u2, et ainsi de suite. Le tracé forme un escalier lorsque f est croissante, d'où le nom, et l'on voit les marches se resserrer autour du point fixe, c'est-à-dire du point d'intersection de la courbe et de la droite.

Remarque

Un dessin n'est jamais une démonstration. Le diagramme en escalier sert à deviner le comportement de la suite avant de le prouver : il suggère la monotonie, il suggère le bon intervalle stable, il désigne le point fixe vers lequel les marches convergent. C'est un outil de recherche, et un excellent moyen de contrôler qu'on ne s'est pas trompé de sens de variation.

Mais aucune de ces observations ne vaut preuve. Une copie qui écrit « on voit sur le graphique que la suite croît vers 2 » n'obtient aucun point. Faites le dessin au brouillon, puis rédigez les cinq étapes.

Un exemple complet

Exemple

L'étude modèle, à savoir reproduire. Soit (un) la suite définie par

u0=0etun+1=un+2pour tout nN

Posons f(x)=x+2, définie sur [2,+[, et étudions la suite.

Étape 1, un intervalle stable. Prenons I=[0,2], qui contient bien u0=0. La fonction f est croissante sur I, comme composée de la fonction croissante xx+2 et de la fonction racine carrée, croissante sur R+. Donc, pour x[0,2],

f(0)f(x)f(2),c’est-aˋ-dire2f(x)2

Comme 02, on en déduit f(x)[0,2] : l'intervalle I est stable par f.

Montrons par récurrence que un[0,2] pour tout n. Pour n=0, u0=0[0,2]. Si un[0,2] pour un certain n, alors un+1=f(un)[0,2] par stabilité. La propriété est donc vraie pour tout n, et la suite est bien définie et bornée.

Exemple

Suite de l'étude modèle.

Étape 2, les points fixes. Résolvons f(x)=x sur [0,2]. Comme les deux membres sont positifs, on peut élever au carré sans changer les solutions :

x+2=x    x+2=x2   et   x0    x2x2=0   et   x0

Le discriminant vaut 1+8=9, de racine carrée 3, donc les racines sont 132=1 et 1+32=2. La condition x0 élimine 1 : le seul point fixe dans [0,2] est

=2

Étape 3, la monotonie. La fonction f est croissante sur l'intervalle stable [0,2], donc la suite est monotone, et le signe de u1u0 décide. Or u1=f(0)=2 et u0=0, donc u1u0=2>0 : la suite (un) est croissante.

Étape 4, la convergence. La suite est croissante et majorée par 2 d'après l'étape 1. Le théorème de la limite monotone assure qu'elle converge vers un réel . Le passage à la limite dans 0un2 donne de plus [0,2].

Étape 5, l'identification. La fonction f est continue sur [0,2], donc en . Le théorème du point fixe s'applique : est un point fixe de f appartenant à [0,2]. D'après l'étape 2, le seul est 2. Conclusion :

limn+un=2

Contrôle numérique. Les premiers termes valent 0, puis 21,414, puis 3,4141,848, puis 1,962, puis 1,990 : la suite croît bien vers 2, ce qui confirme le raisonnement sans le remplacer.

Remarque

Observez la structure de cette rédaction : les cinq étapes apparaissent dans l'ordre, chacune est justifiée, et aucune ne dépend d'un dessin. C'est le modèle attendu.

Un dernier conseil sur l'étape 5. Il arrive que plusieurs points fixes appartiennent à l'intervalle stable, et il faut alors les départager avec ce que l'on sait déjà. Ici, si l'étude avait laissé les deux candidats 1 et 2, la croissance de la suite aurait donné u0=0, ce qui élimine 1 : une suite croissante ne converge jamais vers une valeur inférieure à son premier terme.

Compléments sur les séries

Vous savez déjà l'essentiel : une série un est la suite (Sn) de ses sommes partielles Sn=k=n0nuk, elle converge lorsque cette suite admet une limite finie, vous connaissez la série géométrique, la série exponentielle, la notion de convergence absolue, et la condition nécessaire « si un converge, alors un0 ».

Tout cela avait un défaut : pour conclure, il fallait calculer Sn. Or on ne sait calculer une somme partielle que dans deux ou trois situations très particulières. La deuxième année lève cet obstacle en apportant des critères qui donnent la nature d'une série sans jamais calculer sa somme. Le prix à payer est une hypothèse, presque toujours la même : la positivité du terme général. Le plan de cette partie est donc le suivant : d'abord comprendre pourquoi les séries à termes positifs sont si simples, puis en tirer trois règles de comparaison, puis se donner un catalogue de séries de référence auxquelles comparer, et enfin traiter le cas des séries de signe quelconque.

Séries à termes positifs : deux issues, pas trois

Tout ce paragraphe repose sur une remarque d'une simplicité désarmante : quand on additionne des nombres positifs, le total ne peut que croître.

Propriété

Soit nn0un une série à termes positifs, c'est-à-dire telle que un0 pour tout nn0. Notons (Sn) la suite de ses sommes partielles. Alors (Sn) est croissante, et une seule des deux situations suivantes se produit.

  • Si (Sn) est majorée, la série converge, et sa somme S vérifie SnS pour tout nn0.
  • Si (Sn) n'est pas majorée, alors Sn+ et la série diverge.

En particulier, une série à termes positifs converge si, et seulement si la suite de ses sommes partielles est majorée.

Démonstration. Montrons d'abord la croissance. Pour tout nn0,

Sn+1Sn=k=n0n+1ukk=n0nuk=un+10

par hypothèse de positivité. La suite (Sn) est donc croissante.

Appliquons-lui le théorème de la limite monotone, connu depuis le chapitre sur les suites. Il affirme exactement ceci : une suite croissante et majorée converge, et une suite croissante non majorée tend vers +. Les deux cas de l'énoncé en découlent immédiatement, et ils sont bien exclusifs l'un de l'autre.

Reste la majoration SnS dans le cas convergent. Fixons nn0. Pour tout mn, la croissance donne SnSm ; en faisant tendre m vers + dans cette inégalité large, qui se conserve par passage à la limite, on obtient SnS.

Remarque

Retenez la portée de cet énoncé, car il commande tout le reste du paragraphe. Une série à termes positifs n'a que deux comportements possibles : converger, ou tendre vers +. Le cas gênant d'une suite de sommes partielles qui oscille sans limite, comme pour (1)n, est exclu.

C'est précisément ce qui rend les comparaisons légitimes. Si l'on parvient à coincer (Sn) sous une constante, on a gagné, sans rien savoir de la limite. Toute la suite consiste à trouver des majorants commodes, et le plus commode des majorants est la somme partielle d'une autre série, mieux connue.

Les trois règles de comparaison

Propriété

Soient un et vn deux séries à termes positifs à partir d'un certain rang.

(i) Comparaison par inégalité. Si 0unvn à partir d'un certain rang, alors :

si vn converge, un converge ; si un diverge, vn diverge.

(ii) Comparaison par négligeabilité. Si un=o(vn), alors : si vn converge, un converge.

(iii) Comparaison par équivalence. Si unvn, alors les deux séries sont de même nature.

Démonstration du cas (i). Quitte à modifier un nombre fini de termes, ce qui ne change pas la nature d'une série, supposons que 0ukvk pour tout kn0. Notons Sn et Tn les sommes partielles respectives. La croissance de la somme finie donne, pour tout nn0,

Sn=k=n0nuk    k=n0nvk=Tn

Supposons vn convergente, de somme T. Comme vn est à termes positifs, la propriété précédente donne TnT pour tout n. En combinant, SnT pour tout n : la suite (Sn) est majorée par le réel T. Comme un est elle aussi à termes positifs, elle converge.

La seconde affirmation est la contraposée de la première : si vn convergeait, un convergerait, ce qui contredit l'hypothèse.

Démonstration du cas (ii). Par définition de la négligeabilité, on peut écrire un=εnvnεn0. En appliquant la définition de la limite avec le seuil 1, il existe un rang N tel que εn1 pour tout nN. Pour un tel n, la positivité de vn donne

0un=εnvnvn

On est ramené au cas (i), qui conclut.

Démonstration du cas (iii). Écrivons un=vn(1+εn) avec εn0, ce qui est la traduction de unvn. En appliquant la définition de la limite avec le seuil 12, il existe un rang N tel que εn12 pour tout nN, c'est-à-dire

12    1+εn    32

En multipliant par vn0, on obtient l'encadrement, valable pour tout nN,

12vn    un    32vn

Il ne reste qu'à lire cet encadrement deux fois. Si vn converge, alors 32vn converge aussi (linéarité), et l'inégalité de droite jointe au cas (i) donne la convergence de un. Réciproquement, si un converge, l'inégalité de gauche et le cas (i) donnent la convergence de 12vn, donc celle de vn. Les deux séries ont bien la même nature.

Remarque

Deux mises en garde, et ce sont les deux fautes que les correcteurs relèvent le plus souvent.

La positivité est une hypothèse, pas un détail. Les trois règles sont fausses sans elle : la démonstration multiplie des inégalités par vn, ce qui exige vn0. Une copie qui compare deux séries sans avoir écrit « ces séries sont à termes positifs » perd les points de la question, même si la conclusion est juste.

Même nature ne veut pas dire même somme. L'équivalence unvn ne donne strictement aucune information sur les sommes. Ainsi 1n21n2+n, les deux séries convergent, mais leurs sommes valent respectivement π261,645 et 1. Écrire un=vn parce que unvn est une faute grave.

Les séries de Riemann

Comparer, c'est bien ; encore faut-il disposer d'une famille de séries à laquelle comparer. C'est le rôle des séries de Riemann, qui couvrent toute la gamme des vitesses de décroissance polynomiale.

Propriété

Séries de Riemann. Soit α un réel. La série

n11nα

converge si, et seulement si α>1.

Ce résultat doit être connu par cœur, condition comprise, et mobilisable instantanément. Il sera démontré dans la partie consacrée aux intégrales généralisées, où l'encadrement des sommes partielles par des intégrales le rendra transparent.

Deux cas sont d'ores et déjà à votre portée. Pour α0, le terme général 1nα=nα ne tend pas vers 0 : la série diverge grossièrement. Pour α=1, on retrouve la série harmonique n11n, dont la divergence a été démontrée en première année, et dont les sommes partielles Hn vérifient Hnln(n+1).

Remarque

La frontière α=1 est extrêmement serrée, et il faut s'en méfier. La série 1n diverge alors que 1n1,01 converge : deux séries dont les termes généraux sont numériquement indiscernables sur les premiers millions de rangs ont des natures opposées. Aucune observation numérique ne peut trancher à la place du critère. Retenez le sens de la condition : il faut décroître strictement plus vite que 1n.

Voici le catalogue complet des séries de référence dont vous disposez. Il tient en trois lignes, et rien d'autre n'est exigible.

Série Converge si et seulement si Somme
n0qn q<1 11q
n0xnn! tout réel x ex
n11nα α>1 non exigible

Séries à termes quelconques

Dès que le terme général change de signe, les trois règles précédentes deviennent inutilisables. Le programme ne fournit alors qu'un seul outil, déjà rencontré en première année.

Définition

Une série un est dite absolument convergente si la série un converge.

Propriété

Résultat admis. Toute série absolument convergente est convergente :

un converge    un converge

On a de plus l'inégalité triangulaire n=n0+unn=n0+un.

Méthode

Étudier une série de signe quelconque. La démarche est unique, et elle consiste à se ramener au cas positif.

1. Écrire un. C'est le terme général d'une série à termes positifs : les trois règles de comparaison s'y appliquent.

2. Chercher un équivalent simple de un, en général une série de Riemann, et conclure sur la nature de un.

3. Si un converge, annoncer que un converge absolument, donc converge, en citant le théorème admis.

Remarque

Si un diverge, on ne peut rien conclure. La convergence absolue est une condition suffisante, jamais nécessaire : il existe des séries convergentes qui ne convergent pas absolument, la plus connue étant n1(1)nn, dont la série des valeurs absolues est la série harmonique.

Or le critère qui permettrait de traiter directement ce genre de série, dit critère des séries alternées, n'est pas au programme. Concrètement : si la convergence absolue échoue, il faut revenir aux sommes partielles, et l'énoncé vous y conduira toujours par des questions intermédiaires. Ne perdez pas de temps à chercher un théorème qui n'existe pas dans ce programme.

Sommes télescopiques

Propriété

Soit (an)nn0 une suite réelle. La série nn0(an+1an) converge si, et seulement si la suite (an) converge. En cas de convergence, en notant =limn+an,

n=n0+(an+1an)=an0

Démonstration. Ici, contrairement à tout le reste du paragraphe, la somme partielle se calcule. Pour tout nn0, les termes intermédiaires se détruisent deux à deux :

Sn=k=n0n(ak+1ak)=an+1an0

Le réel an0 est une constante indépendante de n. La suite (Sn) converge donc si, et seulement si la suite (an+1) converge, c'est-à-dire si, et seulement si (an) converge ; et dans ce cas Snan0.

Remarque

Le résultat s'énonce en une ligne, mais c'est sa lecture à l'envers qui fait de lui l'outil le plus rentable du chapitre.

On l'utilise rarement pour calculer la somme d'une série à partir d'une suite connue. On l'utilise constamment dans l'autre sens : pour montrer qu'une suite (an) converge alors qu'on ne dispose d'aucune formule explicite pour an, il suffit de montrer que la série de ses accroissements (an+1an) converge. Et pour cela, on dispose de tout l'arsenal précédent, en général la convergence absolue : on majore an+1an par le terme général d'une série de Riemann convergente.

C'est le schéma exact des exercices les plus classiques du chapitre. Notez au passage ce que la méthode donne et ce qu'elle ne donne pas : elle prouve l'existence de la limite, elle ne la calcule pas.

La méthode d'ensemble

Méthode

Déterminer la nature d'une série un. Parcourez cette liste dans l'ordre, sans en sauter d'étape.

1. Le terme général tend-il vers 0 ? Sinon, la série diverge grossièrement et c'est terminé en une ligne. Ce test se fait de tête.

2. Reconnaît-on une série de référence ? Géométrique, exponentielle, Riemann, ou une combinaison linéaire de telles séries : on conclut directement, et l'on obtient même la somme.

3. La série est-elle à termes positifs ? Si oui, c'est le cas favorable : cherchez un équivalent simple de un, presque toujours de la forme Cnα, et concluez par comparaison avec la série de Riemann correspondante.

4. Sinon, testez la convergence absolue, en appliquant l'étape 3 à la série un.

5. En dernier recours, revenez aux sommes partielles. Le signal est un télescopage possible : différence déjà écrite, quotient à dénominateur factorisé, logarithme d'un quotient.

Exemple

a. La série n1n+2n3+n.

Le terme général est positif pour tout n1, puisque numérateur et dénominateur le sont. Cherchons-en un équivalent en factorisant par les termes dominants :

n+2n3+n=n(1+2n)n3(1+1n2)=1n2×1+2n1+1n2

Le second facteur tend vers 1, donc n+2n3+n1n2. Or 1n2 est une série de Riemann d'exposant α=2>1 : elle converge. Les deux séries étant à termes positifs et équivalentes, elles sont de même nature : la série proposée converge.

b. La série n1(1)nn2+n.

Le terme général change de signe : aucune règle de comparaison ne s'applique à lui. Passons aux valeurs absolues :

un=1n2+n    1n2

par le même calcul de factorisation. La série un est à termes positifs et équivalente à une série de Riemann convergente : elle converge. La série un converge donc absolument, donc converge.

Comparaison des fonctions et développements limités

Tout ce que vous savez faire sur les suites, comparer des vitesses, remplacer une expression compliquée par une expression simple, se transpose aux fonctions. L'enjeu est double : lever des indéterminations dans les calculs de limites, et décrire finement le comportement d'une courbe au voisinage d'un point.

Négligeabilité et équivalence des fonctions

Définition

Soient f et g deux fonctions définies au voisinage d'un point x0, éventuellement sauf en x0, et supposons que g ne s'annule pas sur ce voisinage, sauf peut-être en x0.

On dit que f est négligeable devant g au voisinage de x0, et l'on écrit f=o(g), lorsque

limxx0f(x)g(x)=0

On dit que f est équivalente à g au voisinage de x0, et l'on écrit fxx0g, lorsque

limxx0f(x)g(x)=1

Ces définitions valent à l'identique lorsque x0 est remplacé par + ou par .

Propriété

Soient f, g, f1, g1 des fonctions définies au voisinage de x0, toutes non nulles au voisinage de x0 sauf peut-être en x0.

Produit et quotient. Si fg et f1g1, alors

ff1gg1etff1gg1

Puissance entière. Si fg, alors fpgp pour tout entier relatif p.

Conservation de la limite. Si fg et si g(x), finie ou infinie, alors f(x).

Conservation du signe. Si fg, alors f et g ont le même signe au voisinage de x0.

Remarque

Les interdits sont exactement ceux que vous connaissez pour les suites, et ils tombent à chaque devoir.

On n'additionne pas des équivalents. Au voisinage de +, on a bien x2+xx2 et x2x2. Pourtant la somme des membres de gauche vaut x, celle des membres de droite vaut 0, et x n'est certainement pas équivalent à 0. Pour x=1000, l'un vaut 1000 et l'autre 0.

On ne compose pas par ln ni par exp. Au voisinage de +, x+1x, mais

ex+1ex=e2,718

quotient constant qui ne tend pas vers 1 : les exponentielles ne sont pas équivalentes, et l'écart entre elles est même multiplicatif d'un facteur 2,7 à toutes les échelles.

Un équivalent se manipule par produit, quotient et puissance entière, un point c'est tout. En cas de doute, revenez à la définition, qui est un simple calcul de limite de quotient.

Les équivalents usuels en 0

Propriété

Au voisinage de 0, on dispose des trois équivalents suivants :

ex1  x0  xln(1+x)  x0  x(1+x)α1  x0  αx(α0)

Démonstration. Les trois se lisent comme des taux d'accroissement en 0. Posons f(x)=ex : la fonction f est dérivable en 0, de dérivée f(0)=e0=1, donc

ex1x=f(x)f(0)x0  x0  f(0)=1

ce qui est exactement l'équivalence annoncée. Le même argument avec g(x)=ln(1+x), dérivable en 0 de dérivée g(0)=11+0=1, donne le deuxième ; et avec h(x)=(1+x)α, dérivable en 0 de dérivée h(0)=α(1+0)α1=α, le quotient (1+x)α1x tend vers α, d'où le troisième.

Propriété

Croissances comparées, en langage de négligeabilité. Soit a>0.

Au voisinage de + : lnx=o(xa) et xa=o(ex).

Au voisinage de 0+ : lnx=o(xa), ce qui s'écrit aussi xalnxx0+0.

Remarque

Ces trois équivalents et ces croissances comparées sont les seules briques dont vous disposez, et il n'y en a pas d'autres au programme. En particulier, aucun équivalent faisant intervenir une fonction trigonométrique n'est à connaître : ces fonctions ne figurent pas au programme du parcours mathématiques appliquées.

Tout équivalent que vous utiliserez sera donc, soit l'un de ces trois, soit obtenu par substitution dans l'un d'eux, soit obtenu par un développement limité, objet du paragraphe suivant.

Développements limités

Un équivalent donne le terme dominant. Un développement limité donne le terme dominant et le suivant, ce qui permet d'aller plus loin : décrire une courbe près d'un point, ou lever une indétermination que l'équivalent ne suffit pas à lever.

Définition

Soit f une fonction définie au voisinage d'un point x0.

On dit que f admet un développement limité à l'ordre 1 en x0 s'il existe deux réels a0 et a1 et une fonction ε, définie au voisinage de 0 et de limite nulle en 0, tels que, au voisinage de x0,

f(x)=a0+a1(xx0)+(xx0)ε(xx0)

On dit que f admet un développement limité à l'ordre 2 en x0 s'il existe trois réels a0, a1, a2 et une telle fonction ε vérifiant, au voisinage de x0,

f(x)=a0+a1(xx0)+a2(xx0)2+(xx0)2ε(xx0)

Propriété

Unicité, admise. Si f admet un développement limité à l'ordre 1, ou à l'ordre 2, en x0, alors les coefficients a0, a1, a2 sont uniques.

Formule de Taylor-Young, admise. Si f est de classe C1 au voisinage de x0, elle admet en x0 un développement limité à l'ordre 1, avec

a0=f(x0)a1=f(x0)

Si f est de classe C2 au voisinage de x0, elle admet en x0 un développement limité à l'ordre 2, avec

a0=f(x0)a1=f(x0)a2=f(x0)2

Remarque

La frontière de programme, à connaître pour ne pas se disperser. Le programme se limite aux ordres 1 et 2, et la seule technique de calcul autorisée est le calcul des dérivées. On n'additionne pas des développements limités, on n'en multiplie pas, on n'en compose pas : ces techniques ne sont pas exigibles et ne sont pas attendues dans une copie.

Ce que l'on fait, systématiquement : on vérifie la classe de f, on calcule f(x0), f(x0) et f(x0), on applique Taylor-Young. Une seule manipulation reste permise, et elle est même attendue : la substitution d'une quantité qui tend vers 0 dans un développement de référence, par exemple x=1n.

Méthode

Obtenir un développement limité à l'ordre 2 en x0. Trois étapes, toujours les mêmes.

1. Justifier la classe C2 de f au voisinage de x0, en invoquant les théorèmes d'opérations et de composition sur les fonctions usuelles. Cette phrase n'est pas décorative : sans elle, la formule de Taylor-Young ne s'applique pas.

2. Calculer f(x0), puis f(x0), puis f(x0). C'est un simple calcul de dérivées, à mener proprement.

3. Écrire la formule, en n'oubliant ni le facteur 12 devant f(x0), ni le terme de reste (xx0)2ε(xx0).

Les trois développements limités de référence en 0

Propriété

Au voisinage de 0, avec ε(x)x00 et α réel :

ex=1+x+x22+x2ε(x)ln(1+x)=xx22+x2ε(x)(1+x)α=1+αx+α(α1)2x2+x2ε(x)

Les développements à l'ordre 1 s'en déduisent en s'arrêtant au terme en x :

ex=1+x+xε(x)ln(1+x)=x+xε(x)(1+x)α=1+αx+xε(x)

Démonstration. Les trois s'obtiennent par la formule de Taylor-Young en x0=0, et le calcul est court.

La fonction exponentielle. Elle est de classe C2 sur R, et f(x)=f(x)=f(x)=ex. Donc f(0)=1, f(0)=1, f(0)=1, d'où a0=1, a1=1 et a2=12.

Le logarithme. La fonction g:xln(1+x) est de classe C2 sur ]1,+[, qui est un voisinage de 0, avec

g(x)=11+xetg(x)=1(1+x)2

Donc g(0)=0, g(0)=1, g(0)=1, d'où a0=0, a1=1 et a2=12.

La puissance. La fonction h:x(1+x)α est de classe C2 sur ]1,+[, avec

h(x)=α(1+x)α1eth(x)=α(α1)(1+x)α2

Donc h(0)=1, h(0)=α, h(0)=α(α1), d'où a2=α(α1)2.

Méthode

L'usage le plus fréquent : la substitution. Ces trois développements sont écrits en 0, mais on les applique à toute quantité qui tend vers 0. Si u(x)0, on remplace x par u(x) dans le développement, y compris dans le reste.

Le cas d'école est la substitution x=1n, qui tend vers 0 quand n+ : elle fournit le terme dominant, puis le suivant, du terme général d'une série, et permet donc de conclure sur sa nature par comparaison avec une série de Riemann. C'est le pont entre ce paragraphe et le précédent, et il est emprunté très souvent.

Exemple

Un exemple complet : nature de la série n1(1nln(1+1n)).

Posons un=1nln(1+1n). Un équivalent du seul ln(1+1n) ne suffirait pas : il vaut 1n, on tomberait sur la différence 1n1n, et il est interdit de soustraire des équivalents. Il faut donc un ordre de plus.

Posons h=1n, qui tend vers 0. Le développement limité du logarithme donne

ln(1+h)=hh22+h2ε(h)donchln(1+h)=h2(12ε(h))

En divisant par h22, qui est non nul, on obtient un quotient égal à 12ε(h), qui tend vers 1. Ainsi

hln(1+h)  h0  h22c’est-aˋ-direun    12n2

C'est le même résultat que ln(1+1n)1n12n2, au signe près. On retient la version positive, et ce n'est pas un caprice de présentation : les règles de comparaison exigent la positivité, et il faut donc toujours arranger le terme général de façon à travailler avec des quantités positives.

Concluons. D'une part un0 pour tout n1, car l'inégalité de concavité ln(1+t)t vaut pour tout t>1. D'autre part un12n2, terme général d'une série de Riemann convergente multipliée par 12. Les deux séries étant à termes positifs et équivalentes, elles sont de même nature : la série un converge.

Remarque

Cet exemple est plus riche qu'il n'y paraît, et il mérite d'être médité. Les sommes partielles de la série qu'on vient d'étudier valent

k=1n(1kln(1+1k))=Hnln(n+1)

la seconde somme s'étant télescopée puisque ln(1+1k)=ln(k+1)lnk. La convergence de la série signifie donc que la suite (Hnln(n+1)) converge. Sa limite est un nombre célèbre, la constante d'Euler, d'environ 0,577.

Retenez l'enchaînement : un développement limité a fourni un équivalent, l'équivalent a donné la nature de la série, et le télescopage a converti ce résultat en une information sur une suite. Les trois outils du chapitre ont servi dans la même question.

Allure locale du graphe

Propriété

Soit f de classe C2 au voisinage de x0, de développement limité à l'ordre 2

f(x)=a0+a1(xx0)+a2(xx0)2+(xx0)2ε(xx0)

La tangente à la courbe de f au point d'abscisse x0 a pour équation

y=a0+a1(xx0)

Si de plus a20, la position locale de la courbe par rapport à cette tangente est donnée par le signe de a2 : la courbe est au-dessus de sa tangente au voisinage de x0 si a2>0, et en dessous si a2<0.

Démonstration. Par unicité du développement limité et par la formule de Taylor-Young, a0=f(x0) et a1=f(x0) : la droite d'équation y=a0+a1(xx0) est donc bien la tangente en x0.

Étudions la différence entre l'ordonnée de la courbe et celle de la tangente. Pour x au voisinage de x0, posons

d(x)=f(x)(a0+a1(xx0))=a2(xx0)2+(xx0)2ε(xx0)

et factorisons par (xx0)2 :

d(x)=(xx0)2(a2+ε(xx0))

Comme ε(h)0 quand h0 et que a2>0, la définition de la limite appliquée au seuil a2 fournit un réel η>0 tel que

xx0<η    ε(xx0)<a2

Pour un tel x, la quantité a2+ε(xx0) est du signe de a2 : on lui ajoute en effet un nombre de valeur absolue strictement plus petite que a2, ce qui ne peut pas lui faire changer de signe. Enfin (xx0)2>0 dès que xx0.

Le produit d(x) est donc du signe de a2 pour tout x vérifiant 0<xx0<η. Si a2>0, alors d(x)>0 et la courbe est au-dessus de la tangente ; si a2<0, alors d(x)<0 et la courbe est en dessous.

La figure ci-dessous illustre le cas le plus simple, celui de la fonction exponentielle en 0. Son développement limité ex=1+x+x22+x2ε(x) donne a2=12>0 : la courbe est au-dessus de sa tangente y=1+x, et l'écart entre les deux se referme comme x22 quand on approche de 0.

Position locale de la courbe par rapport à sa tangente

Exemple

Étude locale de f:xxlnx au point d'abscisse 1.

Classe. La fonction f est un produit de fonctions de classe C2 sur ]0,+[, donc elle est de classe C2 sur cet intervalle, qui est un voisinage de 1.

Dérivées. Pour tout x>0,

f(x)=lnx+x×1x=lnx+1etf(x)=1x

d'où f(1)=0, f(1)=1 et f(1)=1.

Développement limité. La formule de Taylor-Young donne, au voisinage de 1,

f(x)=(x1)+12(x1)2+(x1)2ε(x1)

Conclusion. La tangente au point d'abscisse 1 a pour équation y=x1, et le coefficient a2=12 est strictement positif : au voisinage de 1, la courbe de f est au-dessus de sa tangente.

Lever une indétermination

Méthode

Quand l'équivalent ne suffit pas. Un équivalent est un développement à l'ordre 1 déguisé : il ne retient que le terme dominant. Dès qu'une soustraction fait disparaître ce terme dominant, l'équivalent devient muet, et c'est le signal qu'il faut passer à l'ordre 2.

La démarche est alors invariable : écrire le développement limité à l'ordre 2 de chaque morceau, réduire, puis simplifier le quotient par la plus grande puissance commune. Ce qui reste a une limite immédiate.

Exemple

Calcul de limx0ex1xx2.

Le quotient est une forme indéterminée 00. L'équivalent ex1x ne donne rien : il conduirait à écrire xx au numérateur, ce qui est justement une soustraction d'équivalents, interdite.

Passons à l'ordre 2. Au voisinage de 0,

ex1x=(1+x+x22+x2ε(x))1x=x22+x2ε(x)

En divisant par x2, non nul pour x0,

ex1xx2=12+ε(x)  x0  12

La limite cherchée vaut 12. Au passage, on a obtenu l'équivalent ex1xx22 au voisinage de 0.

Intégration généralisée à un intervalle quelconque

L'intégrale sur un segment [a,b] ne pose aucun problème d'existence dès que la fonction est continue. Que se passe-t-il si l'on remplace b par + ? L'aire sous la courbe s'étend alors sur une longueur infinie, et rien ne garantit qu'elle soit finie. Ce paragraphe donne un sens précis à cette question, et fournit les critères pour y répondre.

Remarque

Le périmètre exact de ce paragraphe, à lire avant tout le reste. Les seules bornes susceptibles de poser problème dans ce programme sont + et . Toutes les fonctions que vous intégrerez seront continues sur l'intervalle fermé du côté fini : on écrira a+f(t)dt avec f continue sur [a,+[ tout entier, borne a comprise.

Autrement dit, vous ne rencontrerez jamais dans ce programme d'intégrale dont la fonction cesse d'être définie, ou cesse d'être bornée, au voisinage d'une borne finie : ce cas est hors programme. C'est une bonne nouvelle pour vous : il n'y a jamais qu'une seule difficulté à la fois, et elle est toujours située à l'infini. Le premier réflexe devant une intégrale reste malgré tout de vérifier la continuité sur tout l'intervalle : c'est une phrase attendue dans la copie.

Définition

Définition

Soit f une fonction continue sur [a,+[. Pour tout xa, l'intégrale sur le segment [a,x] existe, et l'on pose

F(x)=axf(t)dt

On dit que l'intégrale a+f(t)dt converge lorsque F(x) admet une limite finie quand x tend vers +. On note alors

a+f(t)dt=

Dans tous les autres cas, on dit que l'intégrale diverge.

Définition

Les deux autres situations.

Si f est continue sur ],b], l'intégrale bf(t)dt converge lorsque xxbf(t)dt admet une limite finie quand x tend vers , et cette limite est alors la valeur de l'intégrale.

Si f est continue sur R, on choisit un réel c quelconque et l'on découpe en deux morceaux. L'intégrale +f(t)dt converge lorsque les deux intégrales cf(t)dt et c+f(t)dt convergent, et l'on pose alors

+f(t)dt=cf(t)dt+c+f(t)dt

Remarque

Deux précisions sur le découpage, souvent mal comprises.

Il faut la convergence des deux morceaux, séparément. Si l'un des deux diverge, l'intégrale sur R diverge, quel que soit le comportement de l'autre. On ne compense pas une divergence par une autre.

Le résultat ne dépend pas du point de coupure. Si c>c, la relation de Chasles sur les segments donne cf=cf+ccf et c+f=c+fccf. La quantité ccf apparaît une fois avec chaque signe : la somme est inchangée.

Méthode

Le mot d'ordre du paragraphe, à répéter à chaque question. On intègre sur un segment, puis on passe à la limite. Jamais l'inverse.

Concrètement, la rédaction commence toujours par « soit xa », se poursuit par un calcul mené sur le segment [a,x], où tous les théorèmes de première année sont valables sans précaution, et se termine par une étude de limite quand x tend vers +. La conclusion nomme la nature, puis donne la valeur.

Propriétés

Propriété

Soient f et g continues sur [a,+[, telles que a+f et a+g convergent, et soient λ et μ deux réels.

Linéarité. L'intégrale a+(λf+μg) converge et vaut λa+f(t)dt+μa+g(t)dt.

Positivité. Si f0 sur [a,+[, alors a+f(t)dt0.

Croissance. Si fg sur [a,+[, alors a+f(t)dta+g(t)dt.

La relation de Chasles se sépare des trois précédentes, car elle ne suppose aucune convergence : c'est même précisément là son intérêt.

Propriété

Chasles. Soit f continue sur [a,+[ et soit ca. Les intégrales a+f et c+f sont de même nature, et en cas de convergence

a+f(t)dt=acf(t)dt+c+f(t)dt

Autrement dit, la nature d'une intégrale généralisée ne dépend que du comportement de f au voisinage de + : modifier la borne finie ne change rien à la convergence.

Chacune de ces propriétés s'obtient de la même façon : on l'écrit sur le segment [a,x], où elle est connue depuis la première année, puis on passe à la limite quand x tend vers +, en utilisant les théorèmes d'opérations sur les limites et la conservation des inégalités larges.

Remarque

Techniques de calcul : la mise en garde la plus importante du paragraphe. L'intégration par parties et le changement de variable non affine sont des théorèmes énoncés sur un segment. Ils ne se transposent pas directement à une intégrale de borne infinie, et écrire une intégration par parties dont une borne est + est une faute de rédaction, même quand le résultat final est juste.

Le schéma correct comporte trois temps, et il est attendu tel quel dans une copie :

1. « Soit xa. » On se place sur le segment [a,x].

2. On applique l'intégration par parties, ou le changement de variable, sur ce segment, en vérifiant ses hypothèses (fonctions de classe C1, bijection de classe C1).

3. On étudie la limite du résultat quand x tend vers +, et l'on conclut sur la nature, puis sur la valeur.

Exemple

Le schéma appliqué : 0+tetdt.

La fonction ttet est continue sur [0,+[ comme produit de fonctions continues.

Soit x0. Intégrons par parties sur le segment [0,x], avec u(t)=t et v(t)=et, toutes deux de classe C1 sur [0,x], de dérivées u(t)=1 et v(t)=et :

0xtetdt=[tet]0x+0xetdt=xex+[et]0x=xexex+1

Passons à la limite. Quand x tend vers +, on a ex0, et xex0 par croissances comparées. Donc

0xtetdt  x+  1

Conclusion. L'intégrale 0+tetdt converge et vaut 1.

Les intégrales de référence

Propriété

Intégrales de Riemann. Soit α un réel. L'intégrale

1+dttα

converge si, et seulement si α>1, et vaut alors 1α1.

Démonstration. La fonction ttα est continue sur [1,+[ pour tout réel α. Soit x1. Il faut distinguer selon que α vaut 1 ou non, car la primitive n'est pas la même.

Cas α1. Une primitive de ttα sur [1,+[ est tt1α1α, donc

1xdttα=[t1α1α]1x=x1α11α

Si α>1, l'exposant 1α est strictement négatif, donc x1α0 quand x+, et l'intégrale partielle tend vers

011α=11α=1α1

La limite est finie : l'intégrale converge et vaut 1α1.

Si α<1, l'exposant 1α est strictement positif, donc x1α+, et comme 1α>0 le quotient tend vers + : l'intégrale diverge.

Cas α=1. Une primitive de t1t sur [1,+[ est ln, donc

1xdtt=[lnt]1x=lnx  x+  +

L'intégrale diverge.

En rassemblant les trois cas, l'intégrale converge si, et seulement si α>1.

Propriété

Intégrale de l'exponentielle. Soit λ>0. L'intégrale 0+eλtdt converge et

0+eλtdt=1λ

Démonstration. La fonction teλt est continue sur [0,+[. Soit x0. Comme λ0, une primitive est t1λeλt, donc

0xeλtdt=[eλtλ]0x=1eλxλ

Comme λ>0, on a λx quand x+, donc eλx0 et l'intégrale partielle tend vers 1λ, qui est un réel. L'intégrale converge et vaut 1λ.

Aire sous la courbe sur un intervalle non borné

La figure ci-dessus mérite qu'on s'y arrête, car elle contient toute l'idée du paragraphe. Les deux fonctions représentées, t1t et t1t2, tendent l'une comme l'autre vers 0 en + : leurs courbes se rapprochent toutes deux de l'axe des abscisses. Pourtant l'aire sous la première est infinie et l'aire sous la seconde est finie, égale à 1 d'après le calcul précédent avec α=2. Tendre vers 0 ne suffit donc pas : ce qui compte, c'est la vitesse, et la frontière se situe exactement en α=1. C'est le pendant continu du fait, déjà connu, que un0 ne suffit pas à faire converger un.

Fonctions positives

Propriété

Soit f continue et positive sur [a,+[, et soit F(x)=axf(t)dt. Alors F est croissante sur [a,+[, et

a+f(t)dt converge        F est majoreˊe sur [a,+[

Dans le cas contraire, F(x)+ et l'intégrale diverge.

Démonstration. La fonction f étant continue sur [a,+[, le théorème fondamental de l'intégration assure que F est de classe C1 sur cet intervalle, avec F=f. Or f0 par hypothèse, donc F0 : la fonction F est croissante sur [a,+[.

Le théorème de la limite monotone pour les fonctions donne alors exactement les deux cas de l'énoncé. Si F est majorée, étant croissante elle admet une limite finie en +, donc l'intégrale converge. Si F n'est pas majorée, étant croissante elle tend vers +, donc l'intégrale diverge. Ces deux cas sont exhaustifs et exclusifs.

Propriété

Les trois règles de comparaison. Soient f et g continues et positives sur [a,+[.

(i) Si 0fg au voisinage de +, alors : a+g converge a+f converge ; et a+f diverge a+g diverge.

(ii) Si f=o(g) au voisinage de +, alors : a+g converge a+f converge.

(iii) Si fg au voisinage de +, alors les deux intégrales sont de même nature.

Démonstration du cas (i). Grâce à la relation de Chasles, qui ne change pas la nature d'une intégrale généralisée, on peut supposer que l'inégalité 0f(t)g(t) vaut pour tout ta. Notons F(x)=axf et G(x)=axg.

La croissance de l'intégrale sur le segment [a,x] donne, pour tout xa,

F(x)=axf(t)dt    axg(t)dt=G(x)

Supposons a+g convergente, de valeur I. La fonction g étant positive, G est croissante, donc majorée par sa limite : G(x)I pour tout xa. En combinant, F(x)I pour tout x : la fonction F est majorée. Comme f est positive, la propriété précédente conclut à la convergence de a+f.

La seconde implication en est la contraposée.

Les cas (ii) et (iii) se déduisent du cas (i) exactement comme pour les séries : la négligeabilité donne 0fg au voisinage de +, et l'équivalence donne l'encadrement 12gf32g au voisinage de +, dont les deux inégalités s'exploitent tour à tour.

Remarque

Deux points de vigilance.

La positivité est indispensable, exactement comme pour les séries : les démonstrations reposent sur la croissance de F, qui vient du signe de f. Une comparaison appliquée à une fonction changeant de signe est un raisonnement faux.

Adaptation en . Tous ces énoncés se transposent aux intégrales bf(t)dt avec f continue et positive sur ],b] : la fonction xxbf est alors décroissante en x, et l'intégrale converge si, et seulement si elle est majorée. En pratique, on se ramène souvent au cas de + par le changement de variable affine t=s, qui est autorisé sur un segment.

Convergence absolue

Définition

Soit f continue sur [a,+[. On dit que l'intégrale a+f(t)dt est absolument convergente lorsque l'intégrale a+f(t)dt converge.

Propriété

Résultat admis. Si a+f(t)dt converge, alors a+f(t)dt converge, et

a+f(t)dt    a+f(t)dt

Le résultat s'étend aux intégrales sur ],b] et sur R.

Méthode

Étudier une intégrale dont la fonction change de signe. La démarche est celle des séries, transposée mot pour mot.

1. Écrire f, qui est continue et positive : les trois règles de comparaison s'appliquent.

2. Majorer f par une fonction positive dont l'intégrale converge, ou en chercher un équivalent en +, et conclure sur a+f.

3. Si cette intégrale converge, annoncer la convergence absolue, donc la convergence, en citant le théorème admis.

Remarque

Pourquoi cette notion figure-t-elle au programme ? Pour une raison précise, et vous la rencontrerez dès le chapitre suivant : elle permet de définir l'espérance d'une variable aléatoire à densité. Cette espérance est une intégrale sur R dont l'intégrande n'a aucune raison d'être de signe constant, et l'on exige sa convergence absolue pour que la valeur obtenue ait un sens. Gardez donc cette définition en mémoire : elle sera réutilisée telle quelle.

Le pont entre séries et intégrales de Riemann

Le programme autorise à déduire la convergence des séries de Riemann de celle des intégrales de Riemann. Voici cette déduction, rédigée en entier : elle démontre le résultat admis dans la partie précédente.

Méthode

L'encadrement de départ. Soient α>0 et k1 un entier. La fonction t1tα est décroissante sur [1,+[, puisque α>0. Donc, pour tout t[k,k+1],

ktk+1entraıˆne1(k+1)α    1tα    1kα

Intégrons cet encadrement sur le segment [k,k+1], qui est de longueur 1 : la croissance de l'intégrale donne

1(k+1)α    kk+1dttα    1kα

Tout le reste consiste à sommer cet encadrement.

Cas α>1 : la série converge. Sommons l'inégalité de gauche pour k allant de 1 à n. La relation de Chasles recolle les intégrales consécutives :

k=1n1(k+1)α    k=1nkk+1dttα=1n+1dttα

La fonction intégrée étant positive, l'intégrale partielle est croissante en sa borne, donc majorée par sa limite, qui vaut 1α1 d'après le calcul des intégrales de Riemann. Ainsi

k=1n1(k+1)α    1α1

En ajoutant le terme d'indice 1 de part et d'autre, la somme partielle de la série vérifie, pour tout n1,

Sn+1=k=1n+11kα=1+k=1n1(k+1)α    1+1α1

La série est à termes positifs et ses sommes partielles sont majorées : elle converge.

Cas 0<α1 : la série diverge. Sommons cette fois l'inégalité de droite pour k allant de 1 à n :

1n+1dttα=k=1nkk+1dttα    k=1n1kα=Sn

Or l'intégrale de gauche a été calculée plus haut : elle vaut (n+1)1α11α si α<1, et ln(n+1) si α=1. Dans les deux cas elle tend vers + quand n tend vers +. Par minoration, Sn+ : la série diverge.

Cas α0. Le terme général 1nα=nα ne tend pas vers 0 : divergence grossière.

En rassemblant, n11nα converge si, et seulement si α>1.

Remarque

Information de méthode, importante pour les concours. Ce que vous venez de lire n'est pas un théorème du cours dans ce programme. La comparaison série-intégrale n'y figure pas comme outil autonome, et vous ne pouvez pas l'invoquer d'un trait de plume en écrivant « par comparaison série-intégrale ».

En revanche, elle apparaît très régulièrement dans les sujets, toujours sous forme de questions entièrement guidées : l'énoncé vous fait d'abord démontrer l'encadrement pour un k fixé, souvent par une simple étude de monotonie, puis vous demande de sommer, puis de conclure. Reconnaître le schéma vous fera gagner un temps considérable le jour J, à condition de le dérouler question par question comme l'énoncé le demande, et non de sauter à la conclusion.

La méthode d'ensemble

Méthode

Étudier une intégrale généralisée. Quatre étapes, dans cet ordre.

1. Identifier la ou les bornes problématiques, qui sont toujours + ou dans ce programme, et vérifier la continuité de f sur tout le reste de l'intervalle, borne finie comprise. Si les deux bornes sont infinies, découper en deux morceaux et les traiter séparément.

2. Une primitive est-elle accessible ? Si oui, c'est la voie royale : calculer axf(t)dt sur le segment, puis passer à la limite. On obtient à la fois la nature et la valeur.

3. Sinon, la fonction est-elle positive au voisinage de + ? Si oui, chercher un équivalent de f(t) quand t+, en général de la forme Ctα, et conclure par comparaison avec l'intégrale de Riemann correspondante. On obtient la nature, jamais la valeur.

4. Si f change de signe, tester la convergence absolue en appliquant l'étape 3 à f.

Exemple

a. Nature de 1+tt3+1dt.

Pour t1, le dénominateur vérifie t3+12>0 : la fonction f:ttt3+1 est continue sur [1,+[, et elle y est positive.

Aucune primitive simple n'est accessible ; cherchons un équivalent en + en factorisant par les termes dominants :

tt3+1=tt3(1+1t3)=1t2×11+1t3  t+  1t2

Or 1+dtt2 est une intégrale de Riemann d'exposant α=2>1 : elle converge. Les deux fonctions étant continues, positives et équivalentes en +, les intégrales sont de même nature : 1+tt3+1dt converge.

Exemple

b. Nature de 0+(1t)etdt.

La fonction f:t(1t)et est continue sur [0,+[, mais elle change de signe en t=1 : positive sur [0,1], négative ensuite. Aucune règle de comparaison ne lui est applicable directement.

Passons à la valeur absolue. Pour tout t0, l'inégalité triangulaire donne 1t1+t, donc

0    f(t)=1tet    (1+t)et

Or 0+etdt converge et vaut 1 (intégrale de référence avec λ=1), et 0+tetdt converge et vaut 1 (calculée par parties plus haut). Par linéarité, 0+(1+t)etdt converge.

La règle de comparaison (i), appliquée aux fonctions continues et positives f et t(1+t)et, donne la convergence de 0+f(t)dt. L'intégrale 0+(1t)etdt converge donc absolument, donc converge.

Les réflexes du chapitre

Ce chapitre rassemble quatre thèmes qui semblent indépendants, mais qui obéissent tous à la même logique : remplacer un objet compliqué par un objet de référence auquel il ressemble. Le tableau suivant condense cette logique en autant de réflexes. Il ne remplace pas le cours, il vous dit seulement par où commencer.

Ce que je vois dans l'énoncé L'outil à sortir
une série à termes positifs équivalent du terme général, puis Riemann
une intégrale en +, f positive équivalent en +, puis Riemann intégral
une suite un+1=f(un) intervalle stable, monotonie, point fixe
un système X=AX diagonaliser A, poser Y=P1X
une position par rapport à la tangente développement limité d'ordre 2, signe de a2
une suite dont on cherche la limite sans formule série télescopique de ses accroissements

Deux principes traversent le tableau. Le premier : on ne compare que des quantités positives. C'est l'hypothèse qui revient partout, pour les séries comme pour les intégrales, et c'est celle que l'on oublie le plus souvent d'écrire. Le second : on travaille toujours sur un objet fini, somme partielle ou intégrale sur un segment, et l'infini n'intervient qu'au dernier moment, par un passage à la limite. Les deux tiers des fautes de ce chapitre viennent d'un oubli de l'un ou l'autre.

Enfin, un mot sur la suite du programme, car ce chapitre n'est pas une fin en soi. Le chapitre de probabilités qui vient, consacré aux variables aléatoires à densité, en est le prolongement direct. Une densité est une fonction positive dont l'intégrale sur R vaut 1 : la définition même de cet objet exige la convergence d'une intégrale sur un intervalle non borné, et le découpage en deux morceaux que nous avons imposé. L'espérance et la variance seront des intégrales généralisées dont on devra d'abord établir la convergence absolue avant d'en parler, exactement comme l'espérance d'une variable discrète exigeait la convergence absolue d'une série. Les lois usuelles que vous rencontrerez, à commencer par la loi exponentielle, reposent sur l'intégrale 0+eλtdt démontrée dans ce chapitre. Autrement dit, tout ce qui précède n'était pas un exercice de style : c'était la construction de l'outil.

Bloqué sur « Compléments d'analyse » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.