ECG appliquées · Chapitre 12 · Troisième semestre
Compléments d'analyse
2e année
Systèmes différentiels linéaires, comparaison des suites, suites récurrentes, séries, développements limités, intégration généralisée.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Systèmes différentiels linéaires
- Comparaison des suites
- Suites récurrentes
- Séries
- Développements limités
- Intégration généralisée
Ce chapitre est la boîte à outils de la deuxième année. Il ne construit pas d'objet nouveau, il ne vous demandera pas d'apprendre une théorie supplémentaire : il vous donne les instruments de mesure qui manquaient en première année, et sans lesquels la plupart des chapitres qui suivent resteraient inaccessibles. C'est un chapitre de moyens, pas de fins, et c'est précisément ce qui le rend indispensable.
En première année, vous avez appris à calculer une limite. C'est déjà beaucoup, mais c'est un outil grossier. Savoir que et tendent toutes les deux vers ne dit rien de leur différence de comportement, et savoir que et tendent toutes les deux vers ne dit rien du fait que la seconde y va infiniment plus vite que la première. Or c'est exactement cette information fine dont on a besoin. La négligeabilité, notée , et l'équivalence, notée , sont les deux instruments qui la fournissent : ils permettent de dire laquelle de deux suites l'emporte, et de combien.
Ces deux notions changent radicalement la manière de traiter les séries. En première année, on ne savait déterminer la nature d'une série qu'en calculant explicitement ses sommes partielles, ce qui limitait l'étude aux séries géométriques, exponentielles et télescopiques. Grâce aux règles de comparaison, on décide désormais de la nature d'une série sans jamais calculer sa somme : il suffit de comparer son terme général à celui d'une série de référence. C'est un renversement complet de méthode, et c'est ce que les concours attendent.
Le même mouvement se produit pour les intégrales. Une intégrale sur un segment est un objet de première année, parfaitement défini. Mais que signifie , où la borne supérieure n'est pas un nombre ? La quatrième partie donne un sens précis à ce genre d'écriture, exactement comme le chapitre sur les séries avait donné un sens à une somme infinie, et par le même procédé : on travaille sur un objet fini, l'intégrale , puis on fait tendre vers .
Il faut dire pourquoi le programme introduit ces intégrales ici, car la raison est très concrète : elles existent pour permettre l'étude des variables aléatoires à densité, qui font l'objet du chapitre de probabilités suivant. Une durée de vie, un temps d'attente, un revenu ne prennent pas leurs valeurs dans un ensemble fini ; leur loi se décrit par une densité, et l'espérance d'une telle variable est une intégrale sur . Sans le présent chapitre, on ne pourrait même pas écrire cette espérance, encore moins dire quand elle existe. De la même manière, les séries sont l'outil des variables aléatoires discrètes infinies : les deux moitiés de ce chapitre préparent les deux moitiés du cours de probabilités.
La première partie, elle, regarde dans une autre direction. Les systèmes différentiels sont l'outil des modèles d'évolution en temps continu : un prix qui s'ajuste à l'écart entre l'offre et la demande, deux marchés qui s'influencent l'un l'autre, un stock qui se reconstitue. Là où une suite décrit une évolution par sauts d'une période à la suivante, un système différentiel décrit une évolution qui se produit à chaque instant, et c'est souvent le cadre naturel de la modélisation économique.
Cette première partie est aussi, et c'est sa grande vertu, l'application la plus concrète de la réduction vue au chapitre précédent d'algèbre linéaire. Diagonaliser une matrice pouvait passer pour un exercice de calcul sans destination ; on découvre ici que c'est exactement la manipulation qui découple un système d'équations liées les unes aux autres. Résoudre quand est diagonalisable, c'est écrire , poser , résoudre équations indépendantes du type que vous savez traiter depuis la première année, et revenir par . Rien de plus. La diagonalisation trouve ici sa justification.
Le chapitre comporte enfin deux paragraphes plus techniques, mais très rentables aux concours : les suites récurrentes , dont l'étude suit un mode d'emploi immuable en cinq étapes que vous appliquerez des dizaines de fois, et les développements limités à l'ordre ou , qui décrivent une fonction au voisinage d'un point avec une précision qu'aucune limite ne donne.
Un mot sur la manière de travailler ce chapitre. Son contenu est moins difficile que son usage : chaque énoncé pris isolément est simple, mais tout se joue dans le respect scrupuleux des hypothèses. On n'additionne pas des équivalents, on ne compare pas des séries de signe quelconque, on n'écrit pas une intégrale généralisée avant d'avoir prouvé qu'elle converge. Les mises en garde de ce cours ne sont pas des précautions oratoires : ce sont les fautes réellement commises dans les copies, et elles coûtent des questions entières.
Notations fixées pour tout le chapitre. Pour les systèmes différentiels, l'inconnue est une colonne de fonctions , le système s'écrit , la matrice de passage est notée , la matrice diagonale , et le changement d'inconnues est , c'est-à-dire . Les valeurs propres sont notées , , et les constantes d'intégration , , . Pour les suites, on note et les suites étudiées, l'indice muet, la somme partielle et la série harmonique. La négligeabilité s'écrit et l'équivalence , avec la précision lorsqu'elle est utile, et pour les fonctions. Les intégrales généralisées sont notées , et l'intégrale partielle . Un développement limité s'écrit avec quand . Le symbole marque la fin d'une démonstration.
Systèmes différentiels linéaires à coefficients constants
Du système à l'écriture matricielle
Le programme suggère d'aborder ce paragraphe par un exemple fondé sur la loi de l'offre et de la demande. Commençons donc par là, avant toute définition.
Considérons deux biens substituables, disons le beurre et la margarine, dont les prix à l'instant sont notés et . Sur chaque marché, la demande diminue quand le prix du bien augmente, mais elle augmente quand le prix du concurrent augmente, puisque les acheteurs se reportent. La loi de l'offre et de la demande dit que le prix monte quand la demande excède l'offre, et descend dans le cas contraire, avec une vitesse proportionnelle à cet écart. Si l'on modélise la demande excédentaire sur le premier marché par , et symétriquement sur le second, on obtient
Aucune des deux équations ne peut se résoudre seule : la dérivée de dépend de , et réciproquement. On dit que les deux équations sont couplées. C'est cette difficulté que toute la partie va lever, et l'outil sera l'écriture matricielle. En posant
le système se résume à la seule égalité . Nous traiterons d'abord le cas , dit homogène, puis nous verrons qu'un simple changement d'inconnue ramène le cas général au cas homogène.
Définition
Soit un entier naturel non nul et soit une matrice carrée réelle. On appelle système différentiel linéaire à coefficients constants le système
d'inconnue la colonne de fonctions
Une solution du système est un -uplet de fonctions dérivables sur vérifiant pour tout réel .
Remarque
Trois points de vocabulaire méritent d'être fixés tout de suite. La dérivation d'une colonne de fonctions se fait coefficient par coefficient : est la colonne des dérivées, ce n'est pas un nouveau type de dérivée mais une notation compacte. Les coefficients de sont des constantes, jamais des fonctions de : c'est ce que signifie « à coefficients constants », et c'est ce qui rend la résolution possible avec les outils du programme.
Enfin, une solution est un -uplet de fonctions, donc un objet à composantes. Dire « la solution vaut » n'a aucun sens : une solution est une colonne, et il faut donner toutes ses composantes.
Le problème de Cauchy
Un système différentiel possède en général une infinité de solutions, exactement comme l'équation de première année, dont les solutions dépendent d'une constante libre. Pour sélectionner une solution et une seule, il faut une information supplémentaire : la valeur de à un instant donné.
Définition
Soient , un réel et une colonne de réels. Le problème de Cauchy associé est la recherche des solutions du système vérifiant de plus la condition initiale .
Propriété
Théorème d'existence et d'unicité (résultat ADMIS). Soient , un réel et . Le problème de Cauchy
admet une unique solution, et cette solution est définie sur tout entier.
Ce théorème est admis : sa démonstration dépasse le programme. Il faut en revanche comprendre exactement ce qu'il affirme, car il est la justification silencieuse de toute la pratique du chapitre.
Remarque
Concrètement, ce théorème dit ceci : par chaque point de l'espace passe une trajectoire et une seule. Une condition initiale sélectionne donc une solution unique, et les constantes d'intégration sont entièrement déterminées par elle.
Deux conséquences pratiques. D'abord, une fois trouvée une famille de solutions dépendant de constantes que la condition initiale détermine de façon unique, on est certain de n'avoir oublié aucune solution : c'est pourquoi on écrit « la solution générale est … » sans autre justification. Ensuite, deux trajectoires distinctes ne se croisent jamais, et une trajectoire qui vaut à un instant est la solution nulle pour tout .
Résolution lorsque est diagonalisable
Voici le cœur de la partie. Toute la méthode repose sur une remarque très simple : un système découplé se résout immédiatement.
Le cas découplé. Supposons d'abord diagonale, égale à , de coefficients diagonaux . Le système s'écrit alors
Chaque équation ne fait intervenir qu'une seule inconnue : les équations sont indépendantes. Or vous savez depuis la première année que les solutions sur de l'équation différentielle sont exactement les fonctions , où est une constante réelle quelconque. Les solutions du système découplé sont donc
avec constantes libres. Le cas diagonal est réglé.
Le cas général. Si est seulement diagonalisable, il existe une matrice inversible et une matrice diagonale telles que . L'idée est de changer d'inconnue pour se ramener au cas précédent.
Propriété
Soit diagonalisable, écrite avec diagonale et inversible. Posons , ce qui équivaut à . Alors
Démonstration. Les matrices et sont constantes : dériver coefficient par coefficient revient donc à dériver seulement , ce qui donne , et de même .
Supposons . Alors, en utilisant et ,
Réciproquement, supposons . Alors
Les deux implications donnent l'équivalence annoncée.
Méthode
Résoudre avec diagonalisable, en cinq étapes. C'est le mode d'emploi de tous les exercices de résolution du chapitre.
1. Diagonaliser . Calculer les valeurs propres , déterminer un vecteur propre pour chacune, écrire (les vecteurs propres en colonnes, dans l'ordre) et (les valeurs propres sur la diagonale, dans le même ordre).
2. Poser , en annonçant que le système devient d'après la propriété précédente.
3. Résoudre le système découplé : chaque composante donne .
4. Revenir à en effectuant le produit matriciel : on obtient la solution générale, combinaison des affectés des vecteurs propres.
5. Utiliser la condition initiale, s'il y en a une, pour déterminer les constantes : c'est la résolution d'un système linéaire à inconnues.
Le calcul de n'est nécessaire qu'à l'étape , et encore : on peut aussi bien résoudre directement le système donné par la condition initiale.
Exemple
Résolution complète, étape 1 : la diagonalisation. Résolvons pour
c'est-à-dire le système et .
Étape 1. Le polynôme caractéristique vaut
Les valeurs propres sont donc et , réelles et distinctes : est diagonalisable.
Pour , le système s'écrit , soit : le vecteur convient. Pour , le système s'écrit , soit : le vecteur convient. D'où
Comme , la matrice est inversible et .
Exemple
Résolution complète, étapes 2 à 4 : la solution générale. On reprend la matrice diagonalisée ci-dessus.
Étapes 2 et 3. Posons , de composantes et . Le système devient , c'est-à-dire et , d'où
Étape 4. On revient à :
Les solutions du système sont donc les couples de fonctions et , où et décrivent .
Exemple
Résolution complète, seconde partie : le problème de Cauchy. Cherchons, parmi les solutions obtenues ci-dessus, celle qui vérifie
Étape 5. En évaluant les deux expressions en , où , la condition initiale s'écrit
La somme des deux équations donne , soit , puis . La solution du problème de Cauchy est donc l'unique couple
Vérification, qu'il est toujours bon de faire. D'une part , et d'autre part
Les deux coïncident. De même et . Enfin et : la condition initiale est bien vérifiée.
Remarque
Ce que l'on n'utilise jamais. Il existe une théorie générale qui exprime la solution de à l'aide d'une exponentielle de matrice . Cet objet est hors programme : il ne doit apparaître ni dans un raisonnement, ni dans une réponse. La seule méthode de résolution exigible, et la seule attendue, est la diagonalisation en taille ou décrite ci-dessus.
Retenez également que toutes les valeurs propres rencontrées dans ce parcours sont réelles : les nombres complexes sont hors programme sur les deux années. Un énoncé de concours vous proposera toujours une matrice dont le polynôme caractéristique est scindé sur . Si vous trouvez un discriminant négatif, c'est une erreur de calcul.
Systèmes affines et état d'équilibre
Le modèle économique de l'ouverture n'était pas homogène : il comportait un terme constant . C'est le cas général en modélisation, et il se ramène au précédent par un changement d'inconnue très simple, qui a de surcroît une interprétation économique directe.
Propriété
Soient inversible et . On considère le système affine
La colonne constante est l'unique solution constante du système ; on l'appelle l'état d'équilibre. De plus, en posant ,
Démonstration. Cherchons d'abord les solutions constantes. Si est constante, alors , et l'équation devient , c'est-à-dire . Comme est inversible, ce système a une solution et une seule, . Réciproquement, la fonction constante égale à vérifie : c'est bien une solution.
Passons au changement d'inconnue. La colonne étant constante, sa dérivée est nulle, donc . Par ailleurs , donc
Ainsi équivaut à .
Méthode
Traiter un système affine. Ne cherchez jamais de solution particulière au hasard : la démarche est mécanique.
1. Vérifier que est inversible, puis calculer l'état d'équilibre . En pratique, on résout plutôt le système linéaire , ce qui évite d'inverser la matrice.
2. Poser , qui mesure l'écart à l'équilibre, et annoncer que .
3. Résoudre par diagonalisation, en cinq étapes.
4. Revenir à .
Exemple
Le modèle de marché de l'ouverture. Reprenons avec
Équilibre. On a , donc est inversible. Résolvons , soit et . En multipliant la première par et en ajoutant la seconde, il vient , donc , puis . L'état d'équilibre est
Les deux biens s'échangent à l'équilibre au même prix , ce qui était prévisible : le modèle est symétrique.
Écart à l'équilibre. Posons . Alors . Le polynôme caractéristique de est , donc et . Les vecteurs propres associés sont et , d'où
Retour aux prix. Avec la condition initiale et , on a et , d'où et , soit et . Finalement
Les deux exponentielles tendent vers : les prix convergent vers l'équilibre . Le marché est stable.
Ce paragraphe est le plus utile de toute la partie du point de vue de la modélisation. Un modèle économique en temps continu s'écrit presque toujours sous la forme affine : le vecteur contient les données exogènes (offre autonome, demande incompressible, dépense publique) et la matrice décrit les interactions entre les variables. L'état d'équilibre est la configuration où plus rien ne bouge, c'est-à-dire l'équilibre du marché au sens des économistes, et le changement d'inconnue dit que seul l'écart à l'équilibre a une dynamique propre. Toute la question devient : cet écart s'éteint-il, ou s'amplifie-t-il ?
Comportement asymptotique des trajectoires
C'est la question que nous venons de poser, et elle se tranche sans résoudre le système, au seul vu du signe des valeurs propres.
Propriété
Soit diagonalisable, de valeurs propres réelles , et soit une solution de . En notant les colonnes de , la solution s'écrit
et son comportement en est le suivant.
- Si toutes les valeurs propres sont strictement négatives, alors quand , et cela pour toute solution. L'équilibre est dit stable et attractif.
- S'il existe une valeur propre , alors toute solution dont la constante est non nulle n'est pas bornée. L'équilibre est dit instable.
- Si , le terme correspondant est constant : dans cette direction, la solution ne bouge pas.
Démonstration. L'expression de est la traduction de avec : le produit est la combinaison des colonnes de affectées des coefficients .
Premier cas. Si pour tout , alors quand . Chaque terme de la somme tend donc vers la colonne nulle, et par somme d'un nombre fini de limites, .
Deuxième cas. Supposons et , et raisonnons par l'absurde en supposant toutes les composantes de bornées. Comme , chaque composante de est une combinaison linéaire à coefficients constants des composantes de ; elle serait donc bornée elle aussi. Or et entraînent : la fonction n'est pas bornée. Contradiction.
Troisième cas. Si , alors pour tout , et le terme vaut , indépendant de .
Remarque
Le lien avec le modèle affine est immédiat. Si le système est d'état d'équilibre , l'écart vérifie , et la propriété ci-dessus s'applique à .
- Toutes les valeurs propres strictement négatives : , donc . Toute trajectoire revient à l'équilibre, quelle que soit la perturbation initiale. Le marché est autorégulateur.
- Une valeur propre strictement positive : l'écart s'amplifie, la trajectoire fuit l'équilibre. Une perturbation, même minuscule, ne se résorbe pas.
C'est exactement ce que l'on observait sur le modèle du beurre et de la margarine, dont les valeurs propres et sont toutes deux négatives.
La figure ci-dessous illustre les deux régimes sur une même composante . La première courbe correspond à des valeurs propres et : les deux exponentielles s'éteignent, la trajectoire s'amortit vers . La seconde correspond à des valeurs propres et : le terme en finit par écraser tout le reste, et la trajectoire explose. Notez que dans le second cas la courbe commence par sembler sage, ce qui doit vous rendre méfiant vis-à-vis d'une conclusion tirée des premiers instants.
Méthode
Lire la stabilité d'un modèle sans le résoudre. Le signe des valeurs propres suffit, et il s'obtient souvent sans même calculer les valeurs propres.
1. Écrire le modèle sous la forme et vérifier que est inversible.
2. Calculer l'état d'équilibre en résolvant .
3. Calculer le polynôme caractéristique de et déterminer le signe de ses racines. En taille , on n'a même pas besoin de les calculer : si le polynôme caractéristique s'écrit , où est la somme des racines et leur produit, alors deux racines réelles sont toutes deux strictement négatives si, et seulement si et .
4. Conclure : équilibre attractif si toutes les valeurs propres sont strictement négatives, instable dès qu'il y en a une strictement positive.
Une question de concours formulée « le marché revient-il spontanément à l'équilibre ? » se traite ainsi en quelques lignes, sans jamais écrire une exponentielle.
Équation scalaire d'ordre 2 et système d'ordre 1
Une équation différentielle scalaire du second ordre n'est pas un objet nouveau : c'est un système d'ordre déguisé, et le déguisement se lève par un changement d'inconnue.
Propriété
Soient et deux réels. Une fonction deux fois dérivable sur est solution de l'équation
si, et seulement si le couple défini par et est solution du système , où
De plus, le polynôme caractéristique de est exactement , c'est-à-dire le premier membre de l'équation caractéristique de l'équation différentielle.
Démonstration. Supposons solution et posons , . Alors , ce qui est la première ligne du système. Et , ce qui est la seconde ligne. Donc .
Réciproquement, si vérifie , la première ligne donne , donc est deux fois dérivable, et la seconde ligne s'écrit , c'est-à-dire : la fonction est solution de l'équation scalaire.
Calculons enfin le polynôme caractéristique de :
C'est bien l'équation caractéristique de première année.
Remarque
Cette dernière égalité explique un mystère de la première année. On vous avait fait admettre que les solutions de se lisent sur les racines de , sans jamais dire d'où venait ce polynôme. La réponse est ici : c'est le polynôme caractéristique de la matrice du système associé, et les exponentielles qui apparaissent dans les solutions sont celles que produit la diagonalisation. Les deux théories n'en font qu'une.
Exemple
Retrouver une formule de première année. Résolvons par le système associé. Ici et , donc
Son polynôme caractéristique est : les valeurs propres sont et , réelles et distinctes.
Pour , le système donne , soit : le vecteur convient. Pour , il donne , soit : le vecteur convient. La résolution en cinq étapes donne
Comme , les solutions de l'équation sont les fonctions , ce qui est exactement la formule de première année pour une équation caractéristique à deux racines réelles distinctes et . On vérifie au passage la cohérence : , comme il se doit.
Comparaison des suites
Suites négligeables
Définition
Soient et deux suites réelles. On dit que est négligeable devant , et on écrit
s'il existe une suite de limite nulle et un rang tels que
Propriété
Caractérisation par le quotient. Si à partir d'un certain rang, alors
Démonstration. Supposons : il existe de limite nulle telle que à partir d'un certain rang. Comme à partir d'un certain rang, on peut diviser à partir du plus grand des deux rangs, et .
Réciproquement, supposons et posons , défini à partir du rang où . Alors et à partir de ce rang.
En pratique, c'est toujours cette caractérisation par le quotient que l'on utilise : elle transforme une question de comparaison en un calcul de limite.
Remarque
Une écriture qui trompe, et qu'il faut décoder. L'écriture contient un signe , mais ce n'est pas une égalité entre deux nombres : ne désigne aucun objet mathématique. C'est une relation entre les deux suites, qui se lit « est négligeable devant ».
Trois conséquences, qui sont autant de fautes à éviter. La relation n'est pas symétrique : de on ne peut pas déduire , qui est faux. On ne peut pas non plus « simplifier » de part et d'autre : de et , il serait absurde de conclure quoi que ce soit en identifiant les deux membres droits. Enfin on n'écrit jamais , dans cet ordre : la notation ne s'emploie qu'à droite du signe .
Suites équivalentes
Définition
Soient et deux suites réelles. On dit qu'elles sont équivalentes, et on écrit , s'il existe une suite de limite et un rang tels que
Si à partir d'un certain rang, cela équivaut à
Propriété
Soient et deux suites réelles. Alors
Démonstration. Supposons : il existe de limite telle que à partir d'un certain rang. Posons . Alors et
ce qui est exactement .
Réciproquement, supposons : il existe de limite nulle telle que à partir d'un certain rang. Alors , et la suite tend vers : on a bien .
Cette caractérisation est la bonne façon de comprendre l'équivalence : dire que , c'est dire que l'erreur commise en remplaçant par est négligeable devant elle-même. L'équivalence est donc une approximation relative, et non absolue : bien que l'écart tende vers , parce que cet écart est petit devant .
Propriété
Soient et deux suites telles que .
- Les deux suites ont le même signe à partir d'un certain rang.
- Elles ont la même limite, finie ou infinie : si , alors , et réciproquement.
Démonstration. Écrivons avec , pour .
Le signe. Comme et que , la définition de la limite fournit un rang à partir duquel , donc . Le produit a alors le même signe que , pour tout .
La limite finie. Si avec réel, le théorème du produit des limites donne .
La limite infinie. Si , alors à partir d'un certain rang, et pour assez grand d'après ce qui précède. Comme , le théorème de minoration donne . Le cas se traite de même.
La réciproque s'obtient en échangeant les rôles de et , ce qui est licite puisque avec .
Remarque
Attention au sens de cette propriété, qui est un outil de calcul de limite et rien d'autre. Elle permet de remplacer une suite compliquée par une suite simple qui lui est équivalente, puis de calculer la limite de la seconde. Elle ne permet pas l'inverse : deux suites qui ont la même limite ne sont pas équivalentes en général. Par exemple et tendent toutes deux vers , et pourtant leur quotient vaut , qui ne tend pas vers .
Cas particulier à connaître : une suite est équivalente à si, et seulement si elle est nulle à partir d'un certain rang. On n'écrit donc jamais pour dire que tend vers : c'est une faute.
Règles de calcul, et surtout les pièges
Propriété
Soient , , , des suites réelles.
- Réflexivité, symétrie, transitivité. On a ; si alors ; si et alors .
- Produit. Si et , alors .
- Quotient. Si de plus et sont non nuls à partir d'un certain rang, alors .
- Puissance entière. Si , alors pour tout entier , et pour tout entier si les suites ne s'annulent pas.
Démonstration. Écrivons et avec et , à partir d'un rang commun.
Produit. On a , et par produit des limites.
Quotient. À partir du rang où , ce qui est acquis puisque , on a , et .
Puissance. Pour , avec . Pour , on applique ce qui précède à l'exposant puis la règle du quotient.
Transitivité. Si et , alors avec . La symétrie vient de , licite dès que , et .
Retenez la liste : produit, quotient, puissance entière. Elle est complète. Tout ce qui n'y figure pas est interdit, et deux opérations en particulier sont des pièges à répétition.
Méthode
Les deux fautes qui coûtent le plus cher.
1. On n'additionne JAMAIS des équivalents. De et , on ne peut pas déduire . C'est faux, et cela reste faux même quand les suites semblent inoffensives.
2. On ne compose JAMAIS un équivalent par ou . De , on ne peut pas déduire , ni . La seule composition autorisée est celle par une fonction puissance entière.
La raison profonde est la même dans les deux cas : l'équivalence est une information relative (elle contrôle le quotient), alors que l'addition et l'exponentielle sont sensibles à l'écart absolu, que l'équivalence ne contrôle pas.
Ce que l'on fait à la place : on factorise par le terme dominant et on travaille sur le facteur restant, qui tend vers une limite. C'est la méthode du paragraphe suivant.
Exemple
Les deux contre-exemples à savoir produire instantanément.
a. L'addition. Prenons et , puis et .
D'une part , donc . D'autre part , donc trivialement .
Pourtant tandis que . La relation serait fausse : une suite équivalente à la suite nulle est nulle à partir d'un certain rang, ce que n'est certainement pas. La règle d'addition est donc bien fausse.
b. La composition par l'exponentielle. Prenons et , pour .
On a par croissances comparées, donc . Mais
Le quotient vaut , et non : les deux suites ne sont pas équivalentes, elles sont même dans un rapport qui explose.
c. La composition par le logarithme. Prenons et . Alors puisque . Mais , alors que n'est jamais nul : la relation est fausse, et le quotient n'est même pas défini.
Les croissances comparées réécrites
Vous connaissez depuis la première année les théorèmes de croissances comparées, énoncés sous forme de limites. Les voici réécrits avec la négligeabilité, qui est leur forme naturelle et de très loin la plus commode.
Propriété
Soient , et des réels. Quand tend vers :
Chacune de ces relations se lit dans le même sens : la quantité de gauche est infiniment plus petite que celle de droite. Par transitivité, on peut les enchaîner, ce qui donne la hiérarchie suivante, à connaître par cœur.
| Rang de croissance | Type de suite | Exemple |
|---|---|---|
| 1, la plus lente | logarithme, | , |
| 2 | puissance, | , |
| 3 | exponentielle, avec | , |
| 4 | factorielle, | |
| 5, la plus rapide | puissance de , |
Remarque
Une conséquence utile en pratique : dans une somme de termes de rangs différents, le terme du rang le plus élevé impose son comportement, et la somme lui est équivalente. Par exemple , car les deux autres termes sont négligeables devant . Cette règle porte sur une somme finie de termes de croissances différentes, et elle se démontre par factorisation, comme ci-dessous. Elle ne contredit pas l'interdiction d'additionner des équivalents, qui concerne le cas où l'on remplace chaque terme par un équivalent avant de sommer.
Méthode
Trouver un équivalent d'une expression. La démarche est toujours la même, en trois gestes.
1. Repérer le terme dominant de chaque somme qui apparaît, au numérateur comme au dénominateur, en utilisant la hiérarchie ci-dessus.
2. Factoriser chaque somme par son terme dominant. Ce qui reste entre parenthèses est de la forme , donc tend vers .
3. Conclure : chaque somme est équivalente à son terme dominant, puis on applique les règles de produit et de quotient, qui, elles, sont autorisées.
Exemple
a. Un quotient. Cherchons un équivalent de
Au numérateur, et , donc en factorisant par ,
La parenthèse tend vers par croissances comparées, donc le numérateur est équivalent à .
Au dénominateur, , donc et la parenthèse tend vers : le dénominateur est équivalent à .
Par la règle du quotient, , et cette dernière suite tend vers par croissances comparées. Donc .
Exemple
b. Une différence de racines. Cherchons un équivalent de .
Ici la factorisation directe échoue, car les deux termes sont équivalents à et leur différence n'est pas : c'est précisément le piège de l'addition. On utilise la quantité conjuguée, en multipliant et divisant par , qui est non nul :
Le dénominateur se factorise par , qui est strictement positif :
et la parenthèse tend vers , donc le dénominateur est équivalent à . Par la règle du quotient, , et la suite converge donc vers .
Suites récurrentes
Le problème posé
Une suite arithmétique ou géométrique se calcule par une formule explicite : on sait exprimer en fonction de , et tout devient facile. Pour une suite définie par avec une fonction quelconque, il n'existe en général aucune formule explicite. Essayez avec : vous obtiendrez des radicaux emboîtés qui ne se simplifient pas.
Il faut donc changer de stratégie et étudier la suite par ses propriétés : reste-t-elle dans une zone raisonnable, est-elle monotone, est-elle bornée, converge-t-elle, et vers quoi ? C'est cette démarche que toute la partie met en place, et elle aboutit à une méthode en cinq étapes valable pour presque tous les exercices que vous rencontrerez.
Première difficulté, souvent négligée par les copies : il faut d'abord s'assurer que la suite existe. Si et que l'un des termes devenait strictement inférieur à , le suivant ne serait pas défini et la suite s'arrêterait. D'où la notion suivante.
Définition
Soient un intervalle de et une fonction définie sur . On dit que est stable par si
c'est-à-dire si, pour tout , on a .
Propriété
Soient une fonction définie sur un intervalle stable par , et . Alors la suite définie par est bien définie pour tout , et
Démonstration. Par récurrence sur . Notons la propriété « est bien défini et ».
Initialisation. Le terme est donné et appartient à par hypothèse : est vraie.
Hérédité. Soit tel que soit vraie. Alors est bien défini et . Comme est définie sur tout entier, la quantité existe, donc est bien défini. De plus et est stable par , donc , c'est-à-dire . La propriété est vraie.
Conclusion. Par le principe de récurrence, est vraie pour tout .
Remarque
Cette récurrence est courte, mais elle n'est pas facultative : c'est elle qui autorise à écrire pour tout , et c'est elle qui fournira ensuite les bornes de la suite. Un correcteur qui ne la trouve pas considère que la suite n'a pas été définie, et la question suivante ne peut plus rapporter grand-chose.
Notez le double bénéfice : on obtient l'existence et un encadrement gratuit, puisque pour tout . Si est borné, la suite est bornée, ce qui sera l'ingrédient du théorème de la limite monotone.
Le point fixe
Définition
Soient un intervalle et une fonction définie sur . Un réel est un point fixe de si
Graphiquement, les points fixes de sont les abscisses des points d'intersection de la courbe de avec la droite d'équation .
Propriété
Théorème du point fixe. Soit une suite définie par . Si converge vers un réel et si est continue en , alors
autrement dit est un point fixe de .
Démonstration. Supposons et continue en . Calculons de deux façons la limite de la suite .
Première façon. La suite est la suite décalée d'un rang : elle converge donc vers la même limite, et .
Seconde façon. Pour tout , . La suite converge vers et est continue en : la caractérisation séquentielle de la continuité donne , c'est-à-dire .
La suite admet donc les deux limites et . Par unicité de la limite d'une suite convergente, ces deux réels sont égaux :
Méthode
Le sens de lecture de ce théorème, et l'erreur numéro un des copies. Relisez l'énoncé : l'hypothèse est « converge », la conclusion est « est un point fixe ». Ce théorème ne démontre jamais la convergence. Il ne fait que désigner les candidats possibles, une fois la convergence établie par ailleurs.
La rédaction fautive, que l'on rencontre dans une copie sur deux, est celle-ci : « les points fixes de sont et , donc la suite converge vers ». Elle est doublement fausse. Elle affirme une convergence qui n'a pas été prouvée, et une suite peut parfaitement diverger alors que possède des points fixes : la suite définie par et tend vers , alors que a le point fixe .
L'ordre correct est immuable : d'abord prouver la convergence, par la monotonie et le caractère borné ; ensuite seulement, identifier la limite parmi les points fixes.
Remarque
Une précaution technique, souvent implicite dans les énoncés. Pour appliquer le théorème, encore faut-il que soit définie et continue en . En pratique, on a montré que pour tout ; si est un intervalle fermé du type , le passage à la limite dans les inégalités donne , donc , et la continuité de sur suffit.
C'est une raison de plus de choisir, dès la première étape, un intervalle stable fermé : cela règle la question sans un mot de plus.
Le cas où est croissante
C'est le cas favorable, et c'est celui que les énoncés proposent le plus souvent, parce qu'il livre la monotonie de la suite sans effort.
Propriété
Soient un intervalle stable par , , et la suite définie par . Si est croissante sur , alors est monotone, et son sens de variation est donné par le signe de :
- si , la suite est croissante ;
- si , la suite est décroissante.
Démonstration. Traitons le premier cas, le second étant identique en renversant les inégalités. Supposons et montrons par récurrence la propriété : « ».
Initialisation. s'écrit , ce qui est l'hypothèse.
Hérédité. Soit tel que . Les deux réels et appartiennent à d'après la propriété du paragraphe précédent. La fonction étant croissante sur , elle conserve l'ordre :
c'est-à-dire . La propriété est vraie.
Conclusion. Par récurrence, pour tout : la suite est croissante.
Remarque
Une seconde méthode pour la monotonie : le signe de . Elle ne suppose pas croissante et rend souvent service.
Si pour tout , alors pour tout , puisque : la suite est croissante. Si sur , elle est décroissante. On étudie donc le signe de la fonction sur , et l'on conclut en une ligne.
Notez que cette fonction s'annule exactement aux points fixes : le tableau de signes de donne d'un seul coup les points fixes et le sens de variation de la suite.
Une fois la monotonie acquise, la convergence se déduit du théorème de la limite monotone, connu depuis la première année : une suite croissante et majorée converge, une suite décroissante et minorée converge. Or la majoration est déjà en poche : si l'intervalle stable choisi est , alors pour tout . La première étape de l'étude paie donc une seconde fois.
La méthode complète
Méthode
Étudier une suite , en cinq étapes. C'est le mode d'emploi de tous les exercices du chapitre, et il ne varie pas.
1. Trouver un intervalle stable contenant , de préférence fermé et borné, et démontrer par récurrence que pour tout . Cette étape établit l'existence de la suite et fournit son encadrement.
2. Résoudre l'équation sur pour connaître les points fixes. Ce sont les seuls candidats possibles pour la limite. On ne conclut encore rien.
3. Étudier le sens de variation de , soit par la monotonie de (si est croissante sur , le signe de décide), soit par le signe de sur .
4. Conclure à la convergence par le théorème de la limite monotone : la suite est monotone et bornée grâce à l'étape , donc elle converge vers un réel , qui appartient à si est fermé.
5. Identifier la limite : étant continue sur , le théorème du point fixe assure que est un point fixe. On choisit alors, parmi les candidats de l'étape , le seul compatible avec ce que l'on sait de la suite (son encadrement, son sens de variation).
La figure ci-dessous représente la construction graphique des premiers termes, appelée diagramme en escalier. On y lit la courbe de , la droite d'équation , et la construction de , , , .
Voici comment on lit ce dessin, car il obéit à une règle unique répétée à chaque étape. On part de sur l'axe des abscisses. On monte verticalement jusqu'à la courbe de : l'ordonnée atteinte est , c'est-à-dire . Pour reporter cette valeur sur l'axe des abscisses et recommencer, on se déplace horizontalement jusqu'à la droite : sur cette droite, l'abscisse est égale à l'ordonnée, donc on se retrouve au point d'abscisse . On remonte alors verticalement vers la courbe pour obtenir , et ainsi de suite. Le tracé forme un escalier lorsque est croissante, d'où le nom, et l'on voit les marches se resserrer autour du point fixe, c'est-à-dire du point d'intersection de la courbe et de la droite.
Remarque
Un dessin n'est jamais une démonstration. Le diagramme en escalier sert à deviner le comportement de la suite avant de le prouver : il suggère la monotonie, il suggère le bon intervalle stable, il désigne le point fixe vers lequel les marches convergent. C'est un outil de recherche, et un excellent moyen de contrôler qu'on ne s'est pas trompé de sens de variation.
Mais aucune de ces observations ne vaut preuve. Une copie qui écrit « on voit sur le graphique que la suite croît vers » n'obtient aucun point. Faites le dessin au brouillon, puis rédigez les cinq étapes.
Un exemple complet
Exemple
L'étude modèle, à savoir reproduire. Soit la suite définie par
Posons , définie sur , et étudions la suite.
Étape 1, un intervalle stable. Prenons , qui contient bien . La fonction est croissante sur , comme composée de la fonction croissante et de la fonction racine carrée, croissante sur . Donc, pour ,
Comme , on en déduit : l'intervalle est stable par .
Montrons par récurrence que pour tout . Pour , . Si pour un certain , alors par stabilité. La propriété est donc vraie pour tout , et la suite est bien définie et bornée.
Exemple
Suite de l'étude modèle.
Étape 2, les points fixes. Résolvons sur . Comme les deux membres sont positifs, on peut élever au carré sans changer les solutions :
Le discriminant vaut , de racine carrée , donc les racines sont et . La condition élimine : le seul point fixe dans est
Étape 3, la monotonie. La fonction est croissante sur l'intervalle stable , donc la suite est monotone, et le signe de décide. Or et , donc : la suite est croissante.
Étape 4, la convergence. La suite est croissante et majorée par d'après l'étape . Le théorème de la limite monotone assure qu'elle converge vers un réel . Le passage à la limite dans donne de plus .
Étape 5, l'identification. La fonction est continue sur , donc en . Le théorème du point fixe s'applique : est un point fixe de appartenant à . D'après l'étape , le seul est . Conclusion :
Contrôle numérique. Les premiers termes valent , puis , puis , puis , puis : la suite croît bien vers , ce qui confirme le raisonnement sans le remplacer.
Remarque
Observez la structure de cette rédaction : les cinq étapes apparaissent dans l'ordre, chacune est justifiée, et aucune ne dépend d'un dessin. C'est le modèle attendu.
Un dernier conseil sur l'étape . Il arrive que plusieurs points fixes appartiennent à l'intervalle stable, et il faut alors les départager avec ce que l'on sait déjà. Ici, si l'étude avait laissé les deux candidats et , la croissance de la suite aurait donné , ce qui élimine : une suite croissante ne converge jamais vers une valeur inférieure à son premier terme.
Compléments sur les séries
Vous savez déjà l'essentiel : une série est la suite de ses sommes partielles , elle converge lorsque cette suite admet une limite finie, vous connaissez la série géométrique, la série exponentielle, la notion de convergence absolue, et la condition nécessaire « si converge, alors ».
Tout cela avait un défaut : pour conclure, il fallait calculer . Or on ne sait calculer une somme partielle que dans deux ou trois situations très particulières. La deuxième année lève cet obstacle en apportant des critères qui donnent la nature d'une série sans jamais calculer sa somme. Le prix à payer est une hypothèse, presque toujours la même : la positivité du terme général. Le plan de cette partie est donc le suivant : d'abord comprendre pourquoi les séries à termes positifs sont si simples, puis en tirer trois règles de comparaison, puis se donner un catalogue de séries de référence auxquelles comparer, et enfin traiter le cas des séries de signe quelconque.
Séries à termes positifs : deux issues, pas trois
Tout ce paragraphe repose sur une remarque d'une simplicité désarmante : quand on additionne des nombres positifs, le total ne peut que croître.
Propriété
Soit une série à termes positifs, c'est-à-dire telle que pour tout . Notons la suite de ses sommes partielles. Alors est croissante, et une seule des deux situations suivantes se produit.
- Si est majorée, la série converge, et sa somme vérifie pour tout .
- Si n'est pas majorée, alors et la série diverge.
En particulier, une série à termes positifs converge si, et seulement si la suite de ses sommes partielles est majorée.
Démonstration. Montrons d'abord la croissance. Pour tout ,
par hypothèse de positivité. La suite est donc croissante.
Appliquons-lui le théorème de la limite monotone, connu depuis le chapitre sur les suites. Il affirme exactement ceci : une suite croissante et majorée converge, et une suite croissante non majorée tend vers . Les deux cas de l'énoncé en découlent immédiatement, et ils sont bien exclusifs l'un de l'autre.
Reste la majoration dans le cas convergent. Fixons . Pour tout , la croissance donne ; en faisant tendre vers dans cette inégalité large, qui se conserve par passage à la limite, on obtient .
Remarque
Retenez la portée de cet énoncé, car il commande tout le reste du paragraphe. Une série à termes positifs n'a que deux comportements possibles : converger, ou tendre vers . Le cas gênant d'une suite de sommes partielles qui oscille sans limite, comme pour , est exclu.
C'est précisément ce qui rend les comparaisons légitimes. Si l'on parvient à coincer sous une constante, on a gagné, sans rien savoir de la limite. Toute la suite consiste à trouver des majorants commodes, et le plus commode des majorants est la somme partielle d'une autre série, mieux connue.
Les trois règles de comparaison
Propriété
Soient et deux séries à termes positifs à partir d'un certain rang.
(i) Comparaison par inégalité. Si à partir d'un certain rang, alors :
si converge, converge ; si diverge, diverge.
(ii) Comparaison par négligeabilité. Si , alors : si converge, converge.
(iii) Comparaison par équivalence. Si , alors les deux séries sont de même nature.
Démonstration du cas (i). Quitte à modifier un nombre fini de termes, ce qui ne change pas la nature d'une série, supposons que pour tout . Notons et les sommes partielles respectives. La croissance de la somme finie donne, pour tout ,
Supposons convergente, de somme . Comme est à termes positifs, la propriété précédente donne pour tout . En combinant, pour tout : la suite est majorée par le réel . Comme est elle aussi à termes positifs, elle converge.
La seconde affirmation est la contraposée de la première : si convergeait, convergerait, ce qui contredit l'hypothèse.
Démonstration du cas (ii). Par définition de la négligeabilité, on peut écrire où . En appliquant la définition de la limite avec le seuil , il existe un rang tel que pour tout . Pour un tel , la positivité de donne
On est ramené au cas (i), qui conclut.
Démonstration du cas (iii). Écrivons avec , ce qui est la traduction de . En appliquant la définition de la limite avec le seuil , il existe un rang tel que pour tout , c'est-à-dire
En multipliant par , on obtient l'encadrement, valable pour tout ,
Il ne reste qu'à lire cet encadrement deux fois. Si converge, alors converge aussi (linéarité), et l'inégalité de droite jointe au cas (i) donne la convergence de . Réciproquement, si converge, l'inégalité de gauche et le cas (i) donnent la convergence de , donc celle de . Les deux séries ont bien la même nature.
Remarque
Deux mises en garde, et ce sont les deux fautes que les correcteurs relèvent le plus souvent.
La positivité est une hypothèse, pas un détail. Les trois règles sont fausses sans elle : la démonstration multiplie des inégalités par , ce qui exige . Une copie qui compare deux séries sans avoir écrit « ces séries sont à termes positifs » perd les points de la question, même si la conclusion est juste.
Même nature ne veut pas dire même somme. L'équivalence ne donne strictement aucune information sur les sommes. Ainsi , les deux séries convergent, mais leurs sommes valent respectivement et . Écrire parce que est une faute grave.
Les séries de Riemann
Comparer, c'est bien ; encore faut-il disposer d'une famille de séries à laquelle comparer. C'est le rôle des séries de Riemann, qui couvrent toute la gamme des vitesses de décroissance polynomiale.
Propriété
Séries de Riemann. Soit un réel. La série
converge si, et seulement si .
Ce résultat doit être connu par cœur, condition comprise, et mobilisable instantanément. Il sera démontré dans la partie consacrée aux intégrales généralisées, où l'encadrement des sommes partielles par des intégrales le rendra transparent.
Deux cas sont d'ores et déjà à votre portée. Pour , le terme général ne tend pas vers : la série diverge grossièrement. Pour , on retrouve la série harmonique , dont la divergence a été démontrée en première année, et dont les sommes partielles vérifient .
Remarque
La frontière est extrêmement serrée, et il faut s'en méfier. La série diverge alors que converge : deux séries dont les termes généraux sont numériquement indiscernables sur les premiers millions de rangs ont des natures opposées. Aucune observation numérique ne peut trancher à la place du critère. Retenez le sens de la condition : il faut décroître strictement plus vite que .
Voici le catalogue complet des séries de référence dont vous disposez. Il tient en trois lignes, et rien d'autre n'est exigible.
| Série | Converge si et seulement si | Somme |
|---|---|---|
| tout réel | ||
| non exigible |
Séries à termes quelconques
Dès que le terme général change de signe, les trois règles précédentes deviennent inutilisables. Le programme ne fournit alors qu'un seul outil, déjà rencontré en première année.
Définition
Une série est dite absolument convergente si la série converge.
Propriété
Résultat admis. Toute série absolument convergente est convergente :
On a de plus l'inégalité triangulaire .
Méthode
Étudier une série de signe quelconque. La démarche est unique, et elle consiste à se ramener au cas positif.
1. Écrire . C'est le terme général d'une série à termes positifs : les trois règles de comparaison s'y appliquent.
2. Chercher un équivalent simple de , en général une série de Riemann, et conclure sur la nature de .
3. Si converge, annoncer que converge absolument, donc converge, en citant le théorème admis.
Remarque
Si diverge, on ne peut rien conclure. La convergence absolue est une condition suffisante, jamais nécessaire : il existe des séries convergentes qui ne convergent pas absolument, la plus connue étant , dont la série des valeurs absolues est la série harmonique.
Or le critère qui permettrait de traiter directement ce genre de série, dit critère des séries alternées, n'est pas au programme. Concrètement : si la convergence absolue échoue, il faut revenir aux sommes partielles, et l'énoncé vous y conduira toujours par des questions intermédiaires. Ne perdez pas de temps à chercher un théorème qui n'existe pas dans ce programme.
Sommes télescopiques
Propriété
Soit une suite réelle. La série converge si, et seulement si la suite converge. En cas de convergence, en notant ,
Démonstration. Ici, contrairement à tout le reste du paragraphe, la somme partielle se calcule. Pour tout , les termes intermédiaires se détruisent deux à deux :
Le réel est une constante indépendante de . La suite converge donc si, et seulement si la suite converge, c'est-à-dire si, et seulement si converge ; et dans ce cas .
Remarque
Le résultat s'énonce en une ligne, mais c'est sa lecture à l'envers qui fait de lui l'outil le plus rentable du chapitre.
On l'utilise rarement pour calculer la somme d'une série à partir d'une suite connue. On l'utilise constamment dans l'autre sens : pour montrer qu'une suite converge alors qu'on ne dispose d'aucune formule explicite pour , il suffit de montrer que la série de ses accroissements converge. Et pour cela, on dispose de tout l'arsenal précédent, en général la convergence absolue : on majore par le terme général d'une série de Riemann convergente.
C'est le schéma exact des exercices les plus classiques du chapitre. Notez au passage ce que la méthode donne et ce qu'elle ne donne pas : elle prouve l'existence de la limite, elle ne la calcule pas.
La méthode d'ensemble
Méthode
Déterminer la nature d'une série . Parcourez cette liste dans l'ordre, sans en sauter d'étape.
1. Le terme général tend-il vers ? Sinon, la série diverge grossièrement et c'est terminé en une ligne. Ce test se fait de tête.
2. Reconnaît-on une série de référence ? Géométrique, exponentielle, Riemann, ou une combinaison linéaire de telles séries : on conclut directement, et l'on obtient même la somme.
3. La série est-elle à termes positifs ? Si oui, c'est le cas favorable : cherchez un équivalent simple de , presque toujours de la forme , et concluez par comparaison avec la série de Riemann correspondante.
4. Sinon, testez la convergence absolue, en appliquant l'étape 3 à la série .
5. En dernier recours, revenez aux sommes partielles. Le signal est un télescopage possible : différence déjà écrite, quotient à dénominateur factorisé, logarithme d'un quotient.
Exemple
a. La série .
Le terme général est positif pour tout , puisque numérateur et dénominateur le sont. Cherchons-en un équivalent en factorisant par les termes dominants :
Le second facteur tend vers , donc . Or est une série de Riemann d'exposant : elle converge. Les deux séries étant à termes positifs et équivalentes, elles sont de même nature : la série proposée converge.
b. La série .
Le terme général change de signe : aucune règle de comparaison ne s'applique à lui. Passons aux valeurs absolues :
par le même calcul de factorisation. La série est à termes positifs et équivalente à une série de Riemann convergente : elle converge. La série converge donc absolument, donc converge.
Comparaison des fonctions et développements limités
Tout ce que vous savez faire sur les suites, comparer des vitesses, remplacer une expression compliquée par une expression simple, se transpose aux fonctions. L'enjeu est double : lever des indéterminations dans les calculs de limites, et décrire finement le comportement d'une courbe au voisinage d'un point.
Négligeabilité et équivalence des fonctions
Définition
Soient et deux fonctions définies au voisinage d'un point , éventuellement sauf en , et supposons que ne s'annule pas sur ce voisinage, sauf peut-être en .
On dit que est négligeable devant au voisinage de , et l'on écrit , lorsque
On dit que est équivalente à au voisinage de , et l'on écrit , lorsque
Ces définitions valent à l'identique lorsque est remplacé par ou par .
Propriété
Soient , , , des fonctions définies au voisinage de , toutes non nulles au voisinage de sauf peut-être en .
Produit et quotient. Si et , alors
Puissance entière. Si , alors pour tout entier relatif .
Conservation de la limite. Si et si , finie ou infinie, alors .
Conservation du signe. Si , alors et ont le même signe au voisinage de .
Remarque
Les interdits sont exactement ceux que vous connaissez pour les suites, et ils tombent à chaque devoir.
On n'additionne pas des équivalents. Au voisinage de , on a bien et . Pourtant la somme des membres de gauche vaut , celle des membres de droite vaut , et n'est certainement pas équivalent à . Pour , l'un vaut et l'autre .
On ne compose pas par ni par . Au voisinage de , , mais
quotient constant qui ne tend pas vers : les exponentielles ne sont pas équivalentes, et l'écart entre elles est même multiplicatif d'un facteur à toutes les échelles.
Un équivalent se manipule par produit, quotient et puissance entière, un point c'est tout. En cas de doute, revenez à la définition, qui est un simple calcul de limite de quotient.
Les équivalents usuels en
Propriété
Au voisinage de , on dispose des trois équivalents suivants :
Démonstration. Les trois se lisent comme des taux d'accroissement en . Posons : la fonction est dérivable en , de dérivée , donc
ce qui est exactement l'équivalence annoncée. Le même argument avec , dérivable en de dérivée , donne le deuxième ; et avec , dérivable en de dérivée , le quotient tend vers , d'où le troisième.
Propriété
Croissances comparées, en langage de négligeabilité. Soit .
Au voisinage de : et .
Au voisinage de : , ce qui s'écrit aussi .
Remarque
Ces trois équivalents et ces croissances comparées sont les seules briques dont vous disposez, et il n'y en a pas d'autres au programme. En particulier, aucun équivalent faisant intervenir une fonction trigonométrique n'est à connaître : ces fonctions ne figurent pas au programme du parcours mathématiques appliquées.
Tout équivalent que vous utiliserez sera donc, soit l'un de ces trois, soit obtenu par substitution dans l'un d'eux, soit obtenu par un développement limité, objet du paragraphe suivant.
Développements limités
Un équivalent donne le terme dominant. Un développement limité donne le terme dominant et le suivant, ce qui permet d'aller plus loin : décrire une courbe près d'un point, ou lever une indétermination que l'équivalent ne suffit pas à lever.
Définition
Soit une fonction définie au voisinage d'un point .
On dit que admet un développement limité à l'ordre en s'il existe deux réels et et une fonction , définie au voisinage de et de limite nulle en , tels que, au voisinage de ,
On dit que admet un développement limité à l'ordre en s'il existe trois réels , , et une telle fonction vérifiant, au voisinage de ,
Propriété
Unicité, admise. Si admet un développement limité à l'ordre , ou à l'ordre , en , alors les coefficients , , sont uniques.
Formule de Taylor-Young, admise. Si est de classe au voisinage de , elle admet en un développement limité à l'ordre , avec
Si est de classe au voisinage de , elle admet en un développement limité à l'ordre , avec
Remarque
La frontière de programme, à connaître pour ne pas se disperser. Le programme se limite aux ordres et , et la seule technique de calcul autorisée est le calcul des dérivées. On n'additionne pas des développements limités, on n'en multiplie pas, on n'en compose pas : ces techniques ne sont pas exigibles et ne sont pas attendues dans une copie.
Ce que l'on fait, systématiquement : on vérifie la classe de , on calcule , et , on applique Taylor-Young. Une seule manipulation reste permise, et elle est même attendue : la substitution d'une quantité qui tend vers dans un développement de référence, par exemple .
Méthode
Obtenir un développement limité à l'ordre en . Trois étapes, toujours les mêmes.
1. Justifier la classe de au voisinage de , en invoquant les théorèmes d'opérations et de composition sur les fonctions usuelles. Cette phrase n'est pas décorative : sans elle, la formule de Taylor-Young ne s'applique pas.
2. Calculer , puis , puis . C'est un simple calcul de dérivées, à mener proprement.
3. Écrire la formule, en n'oubliant ni le facteur devant , ni le terme de reste .
Les trois développements limités de référence en
Propriété
Au voisinage de , avec et réel :
Les développements à l'ordre s'en déduisent en s'arrêtant au terme en :
Démonstration. Les trois s'obtiennent par la formule de Taylor-Young en , et le calcul est court.
La fonction exponentielle. Elle est de classe sur , et . Donc , , , d'où , et .
Le logarithme. La fonction est de classe sur , qui est un voisinage de , avec
Donc , , , d'où , et .
La puissance. La fonction est de classe sur , avec
Donc , , , d'où .
Méthode
L'usage le plus fréquent : la substitution. Ces trois développements sont écrits en , mais on les applique à toute quantité qui tend vers . Si , on remplace par dans le développement, y compris dans le reste.
Le cas d'école est la substitution , qui tend vers quand : elle fournit le terme dominant, puis le suivant, du terme général d'une série, et permet donc de conclure sur sa nature par comparaison avec une série de Riemann. C'est le pont entre ce paragraphe et le précédent, et il est emprunté très souvent.
Exemple
Un exemple complet : nature de la série .
Posons . Un équivalent du seul ne suffirait pas : il vaut , on tomberait sur la différence , et il est interdit de soustraire des équivalents. Il faut donc un ordre de plus.
Posons , qui tend vers . Le développement limité du logarithme donne
En divisant par , qui est non nul, on obtient un quotient égal à , qui tend vers . Ainsi
C'est le même résultat que , au signe près. On retient la version positive, et ce n'est pas un caprice de présentation : les règles de comparaison exigent la positivité, et il faut donc toujours arranger le terme général de façon à travailler avec des quantités positives.
Concluons. D'une part pour tout , car l'inégalité de concavité vaut pour tout . D'autre part , terme général d'une série de Riemann convergente multipliée par . Les deux séries étant à termes positifs et équivalentes, elles sont de même nature : la série converge.
Remarque
Cet exemple est plus riche qu'il n'y paraît, et il mérite d'être médité. Les sommes partielles de la série qu'on vient d'étudier valent
la seconde somme s'étant télescopée puisque . La convergence de la série signifie donc que la suite converge. Sa limite est un nombre célèbre, la constante d'Euler, d'environ .
Retenez l'enchaînement : un développement limité a fourni un équivalent, l'équivalent a donné la nature de la série, et le télescopage a converti ce résultat en une information sur une suite. Les trois outils du chapitre ont servi dans la même question.
Allure locale du graphe
Propriété
Soit de classe au voisinage de , de développement limité à l'ordre
La tangente à la courbe de au point d'abscisse a pour équation
Si de plus , la position locale de la courbe par rapport à cette tangente est donnée par le signe de : la courbe est au-dessus de sa tangente au voisinage de si , et en dessous si .
Démonstration. Par unicité du développement limité et par la formule de Taylor-Young, et : la droite d'équation est donc bien la tangente en .
Étudions la différence entre l'ordonnée de la courbe et celle de la tangente. Pour au voisinage de , posons
et factorisons par :
Comme quand et que , la définition de la limite appliquée au seuil fournit un réel tel que
Pour un tel , la quantité est du signe de : on lui ajoute en effet un nombre de valeur absolue strictement plus petite que , ce qui ne peut pas lui faire changer de signe. Enfin dès que .
Le produit est donc du signe de pour tout vérifiant . Si , alors et la courbe est au-dessus de la tangente ; si , alors et la courbe est en dessous.
La figure ci-dessous illustre le cas le plus simple, celui de la fonction exponentielle en . Son développement limité donne : la courbe est au-dessus de sa tangente , et l'écart entre les deux se referme comme quand on approche de .
Exemple
Étude locale de au point d'abscisse .
Classe. La fonction est un produit de fonctions de classe sur , donc elle est de classe sur cet intervalle, qui est un voisinage de .
Dérivées. Pour tout ,
d'où , et .
Développement limité. La formule de Taylor-Young donne, au voisinage de ,
Conclusion. La tangente au point d'abscisse a pour équation , et le coefficient est strictement positif : au voisinage de , la courbe de est au-dessus de sa tangente.
Lever une indétermination
Méthode
Quand l'équivalent ne suffit pas. Un équivalent est un développement à l'ordre déguisé : il ne retient que le terme dominant. Dès qu'une soustraction fait disparaître ce terme dominant, l'équivalent devient muet, et c'est le signal qu'il faut passer à l'ordre .
La démarche est alors invariable : écrire le développement limité à l'ordre de chaque morceau, réduire, puis simplifier le quotient par la plus grande puissance commune. Ce qui reste a une limite immédiate.
Exemple
Calcul de .
Le quotient est une forme indéterminée . L'équivalent ne donne rien : il conduirait à écrire au numérateur, ce qui est justement une soustraction d'équivalents, interdite.
Passons à l'ordre . Au voisinage de ,
En divisant par , non nul pour ,
La limite cherchée vaut . Au passage, on a obtenu l'équivalent au voisinage de .
Intégration généralisée à un intervalle quelconque
L'intégrale sur un segment ne pose aucun problème d'existence dès que la fonction est continue. Que se passe-t-il si l'on remplace par ? L'aire sous la courbe s'étend alors sur une longueur infinie, et rien ne garantit qu'elle soit finie. Ce paragraphe donne un sens précis à cette question, et fournit les critères pour y répondre.
Remarque
Le périmètre exact de ce paragraphe, à lire avant tout le reste. Les seules bornes susceptibles de poser problème dans ce programme sont et . Toutes les fonctions que vous intégrerez seront continues sur l'intervalle fermé du côté fini : on écrira avec continue sur tout entier, borne comprise.
Autrement dit, vous ne rencontrerez jamais dans ce programme d'intégrale dont la fonction cesse d'être définie, ou cesse d'être bornée, au voisinage d'une borne finie : ce cas est hors programme. C'est une bonne nouvelle pour vous : il n'y a jamais qu'une seule difficulté à la fois, et elle est toujours située à l'infini. Le premier réflexe devant une intégrale reste malgré tout de vérifier la continuité sur tout l'intervalle : c'est une phrase attendue dans la copie.
Définition
Définition
Soit une fonction continue sur . Pour tout , l'intégrale sur le segment existe, et l'on pose
On dit que l'intégrale converge lorsque admet une limite finie quand tend vers . On note alors
Dans tous les autres cas, on dit que l'intégrale diverge.
Définition
Les deux autres situations.
Si est continue sur , l'intégrale converge lorsque admet une limite finie quand tend vers , et cette limite est alors la valeur de l'intégrale.
Si est continue sur , on choisit un réel quelconque et l'on découpe en deux morceaux. L'intégrale converge lorsque les deux intégrales et convergent, et l'on pose alors
Remarque
Deux précisions sur le découpage, souvent mal comprises.
Il faut la convergence des deux morceaux, séparément. Si l'un des deux diverge, l'intégrale sur diverge, quel que soit le comportement de l'autre. On ne compense pas une divergence par une autre.
Le résultat ne dépend pas du point de coupure. Si , la relation de Chasles sur les segments donne et . La quantité apparaît une fois avec chaque signe : la somme est inchangée.
Méthode
Le mot d'ordre du paragraphe, à répéter à chaque question. On intègre sur un segment, puis on passe à la limite. Jamais l'inverse.
Concrètement, la rédaction commence toujours par « soit », se poursuit par un calcul mené sur le segment , où tous les théorèmes de première année sont valables sans précaution, et se termine par une étude de limite quand tend vers . La conclusion nomme la nature, puis donne la valeur.
Propriétés
Propriété
Soient et continues sur , telles que et convergent, et soient et deux réels.
Linéarité. L'intégrale converge et vaut .
Positivité. Si sur , alors .
Croissance. Si sur , alors .
La relation de Chasles se sépare des trois précédentes, car elle ne suppose aucune convergence : c'est même précisément là son intérêt.
Propriété
Chasles. Soit continue sur et soit . Les intégrales et sont de même nature, et en cas de convergence
Autrement dit, la nature d'une intégrale généralisée ne dépend que du comportement de au voisinage de : modifier la borne finie ne change rien à la convergence.
Chacune de ces propriétés s'obtient de la même façon : on l'écrit sur le segment , où elle est connue depuis la première année, puis on passe à la limite quand tend vers , en utilisant les théorèmes d'opérations sur les limites et la conservation des inégalités larges.
Remarque
Techniques de calcul : la mise en garde la plus importante du paragraphe. L'intégration par parties et le changement de variable non affine sont des théorèmes énoncés sur un segment. Ils ne se transposent pas directement à une intégrale de borne infinie, et écrire une intégration par parties dont une borne est est une faute de rédaction, même quand le résultat final est juste.
Le schéma correct comporte trois temps, et il est attendu tel quel dans une copie :
1. « Soit . » On se place sur le segment .
2. On applique l'intégration par parties, ou le changement de variable, sur ce segment, en vérifiant ses hypothèses (fonctions de classe , bijection de classe ).
3. On étudie la limite du résultat quand tend vers , et l'on conclut sur la nature, puis sur la valeur.
Exemple
Le schéma appliqué : .
La fonction est continue sur comme produit de fonctions continues.
Soit . Intégrons par parties sur le segment , avec et , toutes deux de classe sur , de dérivées et :
Passons à la limite. Quand tend vers , on a , et par croissances comparées. Donc
Conclusion. L'intégrale converge et vaut .
Les intégrales de référence
Propriété
Intégrales de Riemann. Soit un réel. L'intégrale
converge si, et seulement si , et vaut alors .
Démonstration. La fonction est continue sur pour tout réel . Soit . Il faut distinguer selon que vaut ou non, car la primitive n'est pas la même.
Cas . Une primitive de sur est , donc
Si , l'exposant est strictement négatif, donc quand , et l'intégrale partielle tend vers
La limite est finie : l'intégrale converge et vaut .
Si , l'exposant est strictement positif, donc , et comme le quotient tend vers : l'intégrale diverge.
Cas . Une primitive de sur est , donc
L'intégrale diverge.
En rassemblant les trois cas, l'intégrale converge si, et seulement si .
Propriété
Intégrale de l'exponentielle. Soit . L'intégrale converge et
Démonstration. La fonction est continue sur . Soit . Comme , une primitive est , donc
Comme , on a quand , donc et l'intégrale partielle tend vers , qui est un réel. L'intégrale converge et vaut .
La figure ci-dessus mérite qu'on s'y arrête, car elle contient toute l'idée du paragraphe. Les deux fonctions représentées, et , tendent l'une comme l'autre vers en : leurs courbes se rapprochent toutes deux de l'axe des abscisses. Pourtant l'aire sous la première est infinie et l'aire sous la seconde est finie, égale à d'après le calcul précédent avec . Tendre vers ne suffit donc pas : ce qui compte, c'est la vitesse, et la frontière se situe exactement en . C'est le pendant continu du fait, déjà connu, que ne suffit pas à faire converger .
Fonctions positives
Propriété
Soit continue et positive sur , et soit . Alors est croissante sur , et
Dans le cas contraire, et l'intégrale diverge.
Démonstration. La fonction étant continue sur , le théorème fondamental de l'intégration assure que est de classe sur cet intervalle, avec . Or par hypothèse, donc : la fonction est croissante sur .
Le théorème de la limite monotone pour les fonctions donne alors exactement les deux cas de l'énoncé. Si est majorée, étant croissante elle admet une limite finie en , donc l'intégrale converge. Si n'est pas majorée, étant croissante elle tend vers , donc l'intégrale diverge. Ces deux cas sont exhaustifs et exclusifs.
Propriété
Les trois règles de comparaison. Soient et continues et positives sur .
(i) Si au voisinage de , alors : converge converge ; et diverge diverge.
(ii) Si au voisinage de , alors : converge converge.
(iii) Si au voisinage de , alors les deux intégrales sont de même nature.
Démonstration du cas (i). Grâce à la relation de Chasles, qui ne change pas la nature d'une intégrale généralisée, on peut supposer que l'inégalité vaut pour tout . Notons et .
La croissance de l'intégrale sur le segment donne, pour tout ,
Supposons convergente, de valeur . La fonction étant positive, est croissante, donc majorée par sa limite : pour tout . En combinant, pour tout : la fonction est majorée. Comme est positive, la propriété précédente conclut à la convergence de .
La seconde implication en est la contraposée.
Les cas (ii) et (iii) se déduisent du cas (i) exactement comme pour les séries : la négligeabilité donne au voisinage de , et l'équivalence donne l'encadrement au voisinage de , dont les deux inégalités s'exploitent tour à tour.
Remarque
Deux points de vigilance.
La positivité est indispensable, exactement comme pour les séries : les démonstrations reposent sur la croissance de , qui vient du signe de . Une comparaison appliquée à une fonction changeant de signe est un raisonnement faux.
Adaptation en . Tous ces énoncés se transposent aux intégrales avec continue et positive sur : la fonction est alors décroissante en , et l'intégrale converge si, et seulement si elle est majorée. En pratique, on se ramène souvent au cas de par le changement de variable affine , qui est autorisé sur un segment.
Convergence absolue
Définition
Soit continue sur . On dit que l'intégrale est absolument convergente lorsque l'intégrale converge.
Propriété
Résultat admis. Si converge, alors converge, et
Le résultat s'étend aux intégrales sur et sur .
Méthode
Étudier une intégrale dont la fonction change de signe. La démarche est celle des séries, transposée mot pour mot.
1. Écrire , qui est continue et positive : les trois règles de comparaison s'appliquent.
2. Majorer par une fonction positive dont l'intégrale converge, ou en chercher un équivalent en , et conclure sur .
3. Si cette intégrale converge, annoncer la convergence absolue, donc la convergence, en citant le théorème admis.
Remarque
Pourquoi cette notion figure-t-elle au programme ? Pour une raison précise, et vous la rencontrerez dès le chapitre suivant : elle permet de définir l'espérance d'une variable aléatoire à densité. Cette espérance est une intégrale sur dont l'intégrande n'a aucune raison d'être de signe constant, et l'on exige sa convergence absolue pour que la valeur obtenue ait un sens. Gardez donc cette définition en mémoire : elle sera réutilisée telle quelle.
Le pont entre séries et intégrales de Riemann
Le programme autorise à déduire la convergence des séries de Riemann de celle des intégrales de Riemann. Voici cette déduction, rédigée en entier : elle démontre le résultat admis dans la partie précédente.
Méthode
L'encadrement de départ. Soient et un entier. La fonction est décroissante sur , puisque . Donc, pour tout ,
Intégrons cet encadrement sur le segment , qui est de longueur : la croissance de l'intégrale donne
Tout le reste consiste à sommer cet encadrement.
Cas : la série converge. Sommons l'inégalité de gauche pour allant de à . La relation de Chasles recolle les intégrales consécutives :
La fonction intégrée étant positive, l'intégrale partielle est croissante en sa borne, donc majorée par sa limite, qui vaut d'après le calcul des intégrales de Riemann. Ainsi
En ajoutant le terme d'indice de part et d'autre, la somme partielle de la série vérifie, pour tout ,
La série est à termes positifs et ses sommes partielles sont majorées : elle converge.
Cas : la série diverge. Sommons cette fois l'inégalité de droite pour allant de à :
Or l'intégrale de gauche a été calculée plus haut : elle vaut si , et si . Dans les deux cas elle tend vers quand tend vers . Par minoration, : la série diverge.
Cas . Le terme général ne tend pas vers : divergence grossière.
En rassemblant, converge si, et seulement si .
Remarque
Information de méthode, importante pour les concours. Ce que vous venez de lire n'est pas un théorème du cours dans ce programme. La comparaison série-intégrale n'y figure pas comme outil autonome, et vous ne pouvez pas l'invoquer d'un trait de plume en écrivant « par comparaison série-intégrale ».
En revanche, elle apparaît très régulièrement dans les sujets, toujours sous forme de questions entièrement guidées : l'énoncé vous fait d'abord démontrer l'encadrement pour un fixé, souvent par une simple étude de monotonie, puis vous demande de sommer, puis de conclure. Reconnaître le schéma vous fera gagner un temps considérable le jour J, à condition de le dérouler question par question comme l'énoncé le demande, et non de sauter à la conclusion.
La méthode d'ensemble
Méthode
Étudier une intégrale généralisée. Quatre étapes, dans cet ordre.
1. Identifier la ou les bornes problématiques, qui sont toujours ou dans ce programme, et vérifier la continuité de sur tout le reste de l'intervalle, borne finie comprise. Si les deux bornes sont infinies, découper en deux morceaux et les traiter séparément.
2. Une primitive est-elle accessible ? Si oui, c'est la voie royale : calculer sur le segment, puis passer à la limite. On obtient à la fois la nature et la valeur.
3. Sinon, la fonction est-elle positive au voisinage de ? Si oui, chercher un équivalent de quand , en général de la forme , et conclure par comparaison avec l'intégrale de Riemann correspondante. On obtient la nature, jamais la valeur.
4. Si change de signe, tester la convergence absolue en appliquant l'étape 3 à .
Exemple
a. Nature de .
Pour , le dénominateur vérifie : la fonction est continue sur , et elle y est positive.
Aucune primitive simple n'est accessible ; cherchons un équivalent en en factorisant par les termes dominants :
Or est une intégrale de Riemann d'exposant : elle converge. Les deux fonctions étant continues, positives et équivalentes en , les intégrales sont de même nature : converge.
Exemple
b. Nature de .
La fonction est continue sur , mais elle change de signe en : positive sur , négative ensuite. Aucune règle de comparaison ne lui est applicable directement.
Passons à la valeur absolue. Pour tout , l'inégalité triangulaire donne , donc
Or converge et vaut (intégrale de référence avec ), et converge et vaut (calculée par parties plus haut). Par linéarité, converge.
La règle de comparaison (i), appliquée aux fonctions continues et positives et , donne la convergence de . L'intégrale converge donc absolument, donc converge.
Les réflexes du chapitre
Ce chapitre rassemble quatre thèmes qui semblent indépendants, mais qui obéissent tous à la même logique : remplacer un objet compliqué par un objet de référence auquel il ressemble. Le tableau suivant condense cette logique en autant de réflexes. Il ne remplace pas le cours, il vous dit seulement par où commencer.
| Ce que je vois dans l'énoncé | L'outil à sortir |
|---|---|
| une série à termes positifs | équivalent du terme général, puis Riemann |
| une intégrale en , positive | équivalent en , puis Riemann intégral |
| une suite | intervalle stable, monotonie, point fixe |
| un système | diagonaliser , poser |
| une position par rapport à la tangente | développement limité d'ordre , signe de |
| une suite dont on cherche la limite sans formule | série télescopique de ses accroissements |
Deux principes traversent le tableau. Le premier : on ne compare que des quantités positives. C'est l'hypothèse qui revient partout, pour les séries comme pour les intégrales, et c'est celle que l'on oublie le plus souvent d'écrire. Le second : on travaille toujours sur un objet fini, somme partielle ou intégrale sur un segment, et l'infini n'intervient qu'au dernier moment, par un passage à la limite. Les deux tiers des fautes de ce chapitre viennent d'un oubli de l'un ou l'autre.
Enfin, un mot sur la suite du programme, car ce chapitre n'est pas une fin en soi. Le chapitre de probabilités qui vient, consacré aux variables aléatoires à densité, en est le prolongement direct. Une densité est une fonction positive dont l'intégrale sur vaut : la définition même de cet objet exige la convergence d'une intégrale sur un intervalle non borné, et le découpage en deux morceaux que nous avons imposé. L'espérance et la variance seront des intégrales généralisées dont on devra d'abord établir la convergence absolue avant d'en parler, exactement comme l'espérance d'une variable discrète exigeait la convergence absolue d'une série. Les lois usuelles que vous rencontrerez, à commencer par la loi exponentielle, reposent sur l'intégrale démontrée dans ce chapitre. Autrement dit, tout ce qui précède n'était pas un exercice de style : c'était la construction de l'outil.
Bloqué sur « Compléments d'analyse » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.