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1ʳᵉ techno · Chapitre 01 · Analyse
Modes de génération (fonctionnel, récurrence), sens de variation, représentation par nuage de points.
Le nombre d'abonnés d'une chaîne relevé chaque semaine, un capital placé sur un livret et relevé chaque année, la température d'une boisson chaude mesurée minute après minute, une colonie de bactéries comptée heure par heure : toutes ces évolutions ont un point commun. On ne les observe pas en continu, mais étape par étape. À chaque étape correspond un nombre, et ces nombres forment une liste que l'on peut numéroter : valeur au départ, valeur à l'étape 1, valeur à l'étape 2, et ainsi de suite, sans fin. Une telle liste infinie de nombres numérotés est l'objet mathématique central de ce chapitre : la suite numérique. Nous allons apprendre à définir une suite, à calculer ses termes, à la représenter graphiquement et à l'utiliser pour modéliser des situations concrètes.
Reprenons la colonie de bactéries. On compte bactéries au départ, au bout d'une heure, au bout de deux heures… On obtient une liste de nombres, chacun repéré par son numéro d'étape : le nombre est associé à l'étape , le nombre à l'étape . C'est exactement l'idée d'une suite.
Définition
Suite numérique. Une suite associe à chaque entier naturel (c'est-à-dire , , , , …) un nombre, noté et lu « de ».
La notation est celle des fonctions : une suite est en effet une fonction particulière, dont la variable ne prend que des valeurs entières (, , , …). Il existe une seconde notation, avec le rang écrit en indice : . Les deux écritures et désignent exactement le même nombre, ce sont deux notations pour le terme de rang . Vous rencontrerez les deux ; dans ce cours, nous utiliserons principalement .
Exemple
Soit la suite des nombres pairs : , , , , etc. Le terme de rang vaut : son rang est (sa position dans la liste), sa valeur est . Il ne faut jamais confondre les deux.
Une suite peut aussi provenir de mesures, sans aucune formule : si désigne la température en degrés d'une boisson chaude au bout de minutes, on peut avoir relevé , , , . La liste des relevés définit bien une suite.
Une liste de mesures ne donne que quelques termes. Pour décrire tous les termes d'une suite d'un seul coup, on dispose de deux modes de génération.
Premier mode : la relation fonctionnelle (mode explicite).
Définition
Suite définie de façon explicite. Une suite est définie de façon explicite lorsqu'une formule donne directement en fonction du rang .
Par exemple : pour tout entier naturel , .
Méthode
Calculer un terme de rang donné (mode explicite). Remplacer par le rang voulu dans la formule, puis effectuer le calcul. L'accès est direct : pour connaître , il est inutile de calculer les termes précédents.
Exemple
Soit la suite définie pour tout entier naturel par .
Autre exemple, avec la suite définie par : on obtient , et, en accès direct, .
Second mode : la relation de récurrence.
Dans beaucoup de situations, on ne connaît pas de formule directe, mais on sait décrire comment on passe d'une étape à la suivante : « chaque heure, la quantité diminue de 20 % », « chaque mois, on ajoute 15 € ». C'est le second mode de génération.
Définition
Suite définie par récurrence. Une suite est définie par récurrence lorsqu'on donne :
Attention à bien lire les notations : est le terme suivant dans la liste (le rang augmente de ), alors que est la valeur de augmentée de . Ce sont deux nombres différents en général.
Méthode
Calculer un terme de rang donné (mode récurrence). Partir du premier terme et appliquer la relation de proche en proche : donne , qui donne , qui donne … Pour atteindre , il faut avoir calculé tous les termes précédents. Pour un rang lointain, on confie les calculs à un tableur ou à un programme (voir la dernière section).
Exemple
Soit la suite définie par et, pour tout entier naturel , .
Impossible de calculer sans passer par , , … , : c'est toute la différence avec le mode explicite.
Retenez bien cette différence pratique : avec une formule explicite, on saute directement au rang voulu ; avec une relation de récurrence, on avance pas à pas depuis le premier terme.
Pour visualiser une suite, on place dans un repère les points de coordonnées : le rang en abscisse, le terme en ordonnée. On obtient un nuage de points isolés. On ne relie jamais ces points : le phénomène est discret, il ne se passe rien entre deux rangs entiers (il n'existe pas de terme de rang ).
Voici trois nuages, issus de trois suites que nous retrouverons dans tout le chapitre.
Un abonnement de salle de sport coûte € d'inscription, puis € par séance. Le coût total en euros après séances est .
| (séances) | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| (euros) |
Les points sont alignés et montent régulièrement : d'une séance à la suivante, le coût augmente toujours de €.
La suite donne les valeurs , , , , , , pour allant de à .
Ici, les points descendent d'abord, puis remontent : la suite ne monte pas toujours, ne descend pas toujours. Nous y reviendrons dans la section sur le sens de variation.
Une quantité de médicament dans le sang vaut mg au départ, et chaque heure il en reste : et . Les premiers termes sont ; ; ; ; ; environ ; environ .
La quantité diminue à chaque heure, mais la baisse ralentit : on perd mg la première heure, puis mg, puis mg… Graphiquement, les termes semblent se rapprocher de sans jamais l'atteindre.
Méthode
Lire un nuage de points. Acquis depuis : collège.
Sur les nuages précédents, on voit des suites qui montent, qui descendent, ou qui font les deux. Donnons un sens précis à ces observations.
Définition
Sens de variation d'une suite. Soit une suite.
Comparer et revient à regarder le signe de leur différence : c'est la méthode à retenir.
Méthode
Étudier le sens de variation d'une suite. Calculer et simplifier la différence , puis étudier son signe : Acquis depuis : première spé.
Exemple
Une suite croissante. Pour la suite (l'abonnement) :
La différence vaut , elle est toujours strictement positive : la suite est croissante. C'est cohérent avec le nuage, dont les points montent régulièrement.
Exemple
Une suite décroissante. Pour la suite du médicament, définie par et :
Chaque terme est une quantité de médicament, donc un nombre positif : la différence est toujours négative. La suite est décroissante, ce que confirme le nuage.
Exemple
Une suite ni croissante ni décroissante. Pour la suite , le nuage montre des points qui descendent puis remontent. Vérifions par le calcul :
La suite n'est donc ni croissante ni décroissante. Le calcul de la différence le confirme : , un résultat négatif pour et positif pour .
Remarquez au passage : pour affirmer qu'une suite n'est pas croissante (ou pas décroissante), un seul contre-exemple suffit. Ici, la seule comparaison suffisait à écarter la croissance.
Modéliser, c'est traduire une situation réelle en langage mathématique. Quand une grandeur évolue étape par étape, l'outil adapté est la suite. C'est la capacité centrale de ce chapitre.
Méthode
Modéliser une situation par une suite.
Exemple
Un modèle explicite : l'abonnement. Une salle de sport facture € d'inscription, puis € par séance. Quel est le coût total de séances ?
Exemple
Un modèle par récurrence : le médicament. On injecte mg d'un médicament à un patient. Chaque heure, de la quantité présente dans le sang est éliminée. Au bout de combien d'heures la quantité devient-elle inférieure à mg ?
On constate l'encadrement : . C'est donc au bout de heures que la quantité de médicament passe pour la première fois sous les mg.
Cette démarche d'exploration (calculer les termes jusqu'à franchir le seuil, puis conclure par un encadrement et une phrase) est le réflexe à avoir pour toute question de seuil. Quand le seuil est loin, on ne calcule pas à la main : on utilise un tableur ou un programme.
Au tableur. On place les rangs en colonne A et les termes en colonne B, puis on recopie une formule vers le bas.
Cas explicite, avec : la formule utilise le rang en colonne A.
| A | B | |
|---|---|---|
| 1 | ||
| 2 | 0 | =2*A2+3 |
| 3 | 1 | =2*A3+3 |
On saisit =2*A2+3 en B2, puis on recopie vers le bas : le tableur adapte automatiquement la ligne.
Cas d'une récurrence, avec et : la formule utilise la cellule du dessus.
| A | B | |
|---|---|---|
| 1 | ||
| 2 | 0 | 100 |
| 3 | 1 | =0,8*B2 |
| 4 | 2 | =0,8*B3 |
On saisit la valeur initiale en B2, la formule =0,8*B2 en B3, puis on recopie vers le bas. Attention : dans un tableur en français, le séparateur décimal est la virgule (0,8).
En Python. Le mode explicite se traduit par une fonction, avec accès direct au rang voulu :
def u(n):
return 2*n + 3
print(u(50)) # affiche 103
Le mode par récurrence se traduit par une boucle for, qui refait le passage à l'étape suivante autant de fois que nécessaire (ici fois, pour obtenir ) :
v = 100
for i in range(10):
v = 0.8 * v
print(v) # affiche la valeur de v(10)
La boucle traduit exactement le calcul « de proche en proche » : c'est l'ordinateur qui avance pas à pas à notre place. En Python, le séparateur décimal est le point (0.8).
Méthode
Les réflexes du chapitre. Acquis depuis : première (ens. scient.).
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.