1ʳᵉ techno · Chapitre 02 · Analyse

Suites arithmétiques et géométriques

Récurrence, terme de rang n, raison et sens de variation, croissance linéaire ou exponentielle.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Récurrence
  • Terme de rang n
  • Raison et sens de variation
  • Croissance linéaire ou exponentielle

Un club de sport compte 240 abonnés et en gagne 30 chaque mois. Un capital de 1000 € placé sur un livret rapporte 5 % d'intérêts chaque année. Ces deux situations se ressemblent : une grandeur évolue étape par étape, et la règle de passage d'une étape à la suivante est toujours la même. Pourtant, elles sont profondément différentes. Le club gagne toujours le même nombre d'abonnés (+30, quel que soit le mois), tandis que le capital gagne toujours le même pourcentage (+5 %, mais le montant en euros ajouté augmente d'année en année). La première évolution ajoute un montant constant, la seconde multiplie par un coefficient constant.

Ces deux modèles sont si fréquents qu'ils portent un nom : les suites arithmétiques (on ajoute toujours le même nombre) et les suites géométriques (on multiplie toujours par le même nombre). Ce chapitre s'appuie sur tout ce que vous avez appris au chapitre précédent : la notion de suite, la notation u(n), les relations de récurrence et les formules explicites, le nuage de points. Nous allons apprendre à reconnaître ces deux familles, à calculer directement n'importe lequel de leurs termes, à démontrer qu'une suite appartient (ou non) à l'une d'elles, et à comparer leurs deux types de croissance : linéaire contre exponentielle.

Suites arithmétiques

Suivons les abonnés du club de sport. On pose u(n)= nombre d'abonnés au bout de n mois. Au départ, u(0)=240. Chaque mois, le club gagne 30 abonnés : u(1)=270, u(2)=300, u(3)=330… Le passage d'un mois au suivant est toujours le même : ajouter 30. C'est une relation de récurrence, comme au chapitre précédent :

u(n+1)=u(n)+30

Toute suite construite sur ce modèle, « ajouter toujours le même nombre », est dite arithmétique.

Définition

Suite arithmétique. Une suite u est arithmétique lorsqu'on passe de chaque terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre r : pour tout entier naturel n,

u(n+1)=u(n)+r

Le nombre r est appelé la raison de la suite. Une suite arithmétique est entièrement déterminée par son premier terme u(0) et sa raison r.

Petit rappel de notation : comme au chapitre précédent, u(n) désigne le terme de rang n, et l'écriture indicée un désigne exactement le même nombre.

Exemple

Le club de sport. La suite u des abonnés, définie par u(0)=240 et u(n+1)=u(n)+30, est arithmétique de premier terme 240 et de raison r=30.

Une citerne qui se vide. Une citerne contient 300 litres d'eau ; on en tire 12 litres chaque jour. Si c(n) désigne le volume restant (en litres) au bout de n jours, alors c(0)=300 et c(n+1)=c(n)12. Retirer 12, c'est ajouter 12 : la suite c est arithmétique de raison r=12. La raison d'une suite arithmétique peut donc être négative : la suite diminue alors à chaque étape.

Comment reconnaître une suite arithmétique dans une liste de valeurs ? En regardant ce qui sépare deux termes consécutifs.

Propriété

Caractérisation par la différence. Une suite u est arithmétique si et seulement si la différence entre deux termes consécutifs est constante : pour tout entier naturel n,

u(n+1)u(n)=r

Cette différence constante est la raison r.

Pour le club : 270240=30, 300270=30, 330300=30. La différence est toujours 30 : c'est la signature d'une suite arithmétique.

Ce modèle est celui des évolutions absolues constantes : à chaque étape, la grandeur varie du même montant (le même nombre d'abonnés, le même volume d'eau, le même nombre d'euros). Dès qu'un énoncé dit « augmente de 30 par mois », « perd 12 litres par jour », « coûte 5 € de plus par séance », la suite arithmétique est le bon modèle. Vous en connaissez d'ailleurs déjà une : l'abonnement de la salle de sport du chapitre précédent, u(n)=20+5n, gagne 5 € par séance ; c'est une suite arithmétique de raison 5.

Méthode

Modéliser une évolution absolue constante.

  1. Repérer dans l'énoncé une variation en valeur toujours identique : « +30 par mois », « 12 par jour ».
  2. Poser u(n)= valeur de la grandeur à l'étape n, identifier le premier terme u(0).
  3. Écrire la relation de récurrence u(n+1)=u(n)+r, où r est la variation par étape (positive pour une hausse, négative pour une baisse).

Exemple

Un vidéoclub en ligne compte 850 inscrits et en perd 25 chaque semaine. On pose v(n)= nombre d'inscrits au bout de n semaines : v(0)=850 et v(n+1)=v(n)25. La suite v est arithmétique de premier terme 850 et de raison 25.

Le terme de rang n d'une suite arithmétique

Combien d'abonnés le club comptera-t-il dans un an, c'est-à-dire au rang 12 ? Avec la récurrence, il faudrait calculer les douze termes un à un. On peut aller beaucoup plus vite en raisonnant ainsi : pour passer du rang 0 au rang 12, on effectue 12 étapes, et chaque étape ajoute 30. Au total, on a donc ajouté 12×30=360 abonnés au nombre de départ : u(12)=240+360=600.

Ce raisonnement est général : pour aller du rang 0 au rang n, on ajoute n fois la raison r, soit n×r en tout.

Propriété

Terme de rang n d'une suite arithmétique. Si u est une suite arithmétique de premier terme u(0) et de raison r, alors pour tout entier naturel n :

u(n)=u(0)+n×r

Cette formule est explicite : elle donne directement le terme de rang n, sans passer par les termes précédents. C'est le même avantage que le mode explicite du chapitre précédent, mais ici la formule se déduit automatiquement du premier terme et de la raison.

Méthode

Calculer un terme de rang donné. Identifier le premier terme u(0) et la raison r, écrire la formule u(n)=u(0)+n×r, puis remplacer n par le rang voulu.

Exemple

Le club de sport : u(0)=240 et r=30, donc u(n)=240+30n. Au bout de deux ans (n=24) : u(24)=240+30×24=960 abonnés, obtenus sans calculer aucun terme intermédiaire.

La citerne : c(0)=300 et r=12, donc c(n)=30012n. Au bout de 20 jours : c(20)=30012×20=60 litres.

L'expression u(n)=u(0)+n×r est du premier degré en n, comme les fonctions affines : c'est ce que l'on appelle une croissance linéaire (ou une décroissance linéaire si r<0). Graphiquement, cela se voit immédiatement. Prenons la suite arithmétique a de premier terme 2 et de raison 3, c'est-à-dire a(n)=2+3n :

n 0 1 2 3 4 5 6
a(n) 2 5 8 11 14 17 20

Nuage de points de la suite a(n) = 2 + 3n : sept points parfaitement alignés qui montent régulièrement

Les points du nuage sont alignés : chaque pas d'un rang vers la droite fait monter le point de la même hauteur, la raison 3. C'est la marque graphique des suites arithmétiques, et elle fournit un test visuel : si les points d'un nuage semblent alignés, on peut conjecturer que la suite est arithmétique. Attention, un graphique ne prouve rien : la conjecture devra ensuite être démontrée par le calcul (nous verrons comment plus loin).

Suites géométriques

Passons au capital. On place 1000 € sur un livret qui rapporte 5 % par an, intérêts compris dans le capital. Augmenter une quantité de 5 %, c'est ajouter 5 centièmes de cette quantité, autrement dit la multiplier par 1+5100=1,05. Si v(n) désigne le capital (en euros) au bout de n années, alors v(0)=1000 et chaque année le capital est multiplié par 1,05 :

v(n+1)=1,05×v(n)

Les premiers termes sont v(1)=1050, puis v(2)=1102,50, puis v(3)1157,63. Cette fois, on ne passe pas d'un terme au suivant en ajoutant un nombre fixe, mais en multipliant par un nombre fixe.

Définition

Suite géométrique. Une suite u est géométrique lorsque son premier terme u(0) est strictement positif et qu'on passe de chaque terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre q strictement positif : pour tout entier naturel n,

u(n+1)=q×u(n)

Le nombre q est appelé la raison de la suite. Une suite géométrique est entièrement déterminée par son premier terme u(0) et sa raison q.

Dans tout ce chapitre, le premier terme et la raison d'une suite géométrique sont strictement positifs : tous les termes de la suite sont alors eux aussi strictement positifs. C'est naturel, car ces suites modélisent des grandeurs positives : un capital, une population, une quantité de médicament.

Exemple

Le capital. La suite v définie par v(0)=1000 et v(n+1)=1,05×v(n) est géométrique de premier terme 1000 et de raison q=1,05.

La colonie de bactéries. Au chapitre précédent, une colonie comptait 200 bactéries, puis 260, puis 338 : chaque heure, la population augmente de 30 %, donc est multipliée par 1,3. La suite b définie par b(0)=200 et b(n+1)=1,3×b(n) est géométrique de raison 1,3.

Le médicament. Toujours au chapitre précédent, la quantité de médicament perdait 20 % par heure : il en reste 80 %, donc la quantité est multipliée par 0,8. La suite définie par v(0)=100 et v(n+1)=0,8×v(n) est géométrique de raison 0,8. Une raison comprise entre 0 et 1 fait diminuer la suite.

Le lien entre pourcentage d'évolution et raison est le réflexe central de cette section.

Méthode

Traduire un pourcentage d'évolution en raison. Une évolution de t % à chaque étape correspond à une multiplication par un coefficient constant :

  • une hausse de t % multiplie par 1+t100 ;
  • une baisse de t % multiplie par 1t100.

La suite est alors géométrique, de raison ce coefficient.

Exemple

Une hausse de 2 % par an donne une raison q=1,02 ; une hausse de 30 % donne q=1,3 ; une baisse de 7 % donne q=10,07=0,93 ; une baisse de 20 % donne q=0,8.

Comment reconnaître une suite géométrique dans une liste de valeurs ? Cette fois, ce n'est pas la différence qui est constante, mais le quotient.

Propriété

Caractérisation par le quotient. Une suite u à termes strictement positifs est géométrique si et seulement si le quotient de deux termes consécutifs est constant : pour tout entier naturel n,

u(n+1)u(n)=q

Ce quotient constant est la raison q.

Pour le capital : 10501000=1,05 et 1102,501050=1,05. Le quotient est toujours 1,05 : c'est la signature d'une suite géométrique.

Ce modèle est celui des évolutions relatives constantes : à chaque étape, la grandeur varie du même pourcentage. Observez bien la différence avec le club de sport : le capital gagne 50 € la première année, puis 52,50 € la deuxième, puis environ 55,13 € la troisième. Le montant ajouté change à chaque étape, mais il représente toujours 5 % du capital : l'évolution est constante en proportion, pas en valeur.

Le terme de rang n d'une suite géométrique

Que vaut le capital au bout de 10 ans ? Là encore, calculer dix termes un à un serait long. Raisonnons comme pour les suites arithmétiques : pour passer du rang 0 au rang n, on effectue n étapes, et chaque étape multiplie par q. Au total, on a donc multiplié n fois par q, c'est-à-dire multiplié par q×q××q=qn.

Propriété

Terme de rang n d'une suite géométrique. Si u est une suite géométrique de premier terme u(0) et de raison q, alors pour tout entier naturel n :

u(n)=u(0)×qn

Méthode

Calculer un terme de rang donné. Identifier le premier terme u(0) et la raison q, écrire la formule u(n)=u(0)×qn, puis remplacer n par le rang voulu. La puissance qn se calcule à la calculatrice avec la touche puissance.

Exemple

Le capital : v(0)=1000 et q=1,05, donc v(n)=1000×1,05n. Au bout de 10 ans : v(10)=1000×1,05101628,89 euros, en un seul calcul.

La colonie de bactéries : b(n)=200×1,3n. Au bout de 5 heures : b(5)=200×1,35=200×3,71293743 bactéries.

La présence de la puissance qn dans la formule donne son nom au comportement de ces suites : c'est une croissance exponentielle (lorsque q>1). Visualisons-la avec la suite géométrique g de premier terme 2 et de raison 1,5, c'est-à-dire g(n)=2×1,5n :

n 0 1 2 3 4 5 6
g(n) 2 3 4,5 6,75 10,125 15,19 22,78

Nuage de points de la suite g(n) = 2 fois 1,5 puissance n : les points ne sont pas alignés, la montée s'accélère de rang en rang

Cette fois, les points ne sont pas alignés : la courbe qu'ils dessinent monte de plus en plus vite. Regardez les écarts entre termes consécutifs : +1, puis +1,5, puis +2,25, puis +3,375… Chaque hausse est 1,5 fois plus grande que la précédente. C'est la marque graphique des suites géométriques de raison q>1 : une allure incurvée dont la pente s'accentue. Là encore, un nuage de cette forme permet de conjecturer que la suite est géométrique, mais seule une démonstration par le calcul permet de l'affirmer.

Démontrer la nature d'une suite

Résumons d'abord ce que les deux nuages précédents nous ont appris sur la lecture graphique.

Méthode

Conjecturer graphiquement la nature d'une suite. Observer la forme du nuage de points :

  • des points qui semblent alignés font conjecturer une suite arithmétique (la pente de l'alignement donne une estimation de la raison r) ;
  • des points dont la montée s'accélère de rang en rang (ou dont la descente ralentit, en se rapprochant de l'axe des abscisses) font conjecturer une suite géométrique ;
  • toute autre forme (descente puis remontée, écarts irréguliers…) fait conjecturer une suite ni arithmétique ni géométrique.

Une conjecture n'est pas une preuve : elle doit ensuite être confirmée ou infirmée par un calcul.

Exemple

Le nuage de la suite w(n)=n26n+10 du chapitre précédent descendait puis remontait : ni un alignement, ni une allure exponentielle. On conjecture que cette suite n'est ni arithmétique ni géométrique, et le calcul le confirme : w(0)=10, w(1)=5, w(2)=2, donc les différences valent 5 puis 3, et ne sont pas constantes.

Une table de valeurs ou un nuage de points ne montrent que quelques termes : ils permettent de conjecturer la nature d'une suite, jamais de la prouver. Pour démontrer qu'une suite est arithmétique ou géométrique, il faut revenir à la définition et vérifier la relation de récurrence pour tout entier naturel n, c'est-à-dire faire le calcul avec un n quelconque, pas seulement sur les premiers termes.

Méthode

Démontrer qu'une suite est arithmétique. Calculer la différence u(n+1)u(n) pour un entier naturel n quelconque, et simplifier.

  • Si le résultat est un nombre constant r (il ne dépend pas de n), la suite est arithmétique de raison r.
  • Si le résultat dépend de n, la suite n'est pas arithmétique.

Exemple

Soit t la suite définie pour tout entier naturel n par t(n)=72n. Pour tout entier naturel n :

t(n+1)t(n)=72(n+1)(72n)=72n27+2n=2

La différence est constante, égale à 2 : la suite t est arithmétique de raison r=2 et de premier terme t(0)=7.

Méthode

Démontrer qu'une suite est géométrique. Deux rédactions possibles, pour un entier naturel n quelconque :

  • exprimer u(n+1) et faire apparaître l'écriture u(n+1)=q×u(n) avec q constant ;
  • ou bien, les termes étant strictement positifs, calculer le quotient u(n+1)u(n) et montrer qu'il est constant.

Exemple

Soit c la suite définie pour tout entier naturel n par c(n)=5×2n. Pour tout entier naturel n :

c(n+1)=5×2n+1=5×2n×2=2×c(n)

On a bien c(n+1)=2×c(n) avec un coefficient constant : la suite c est géométrique de raison q=2 et de premier terme c(0)=5.

Le programme insiste sur un point important : beaucoup de suites ne sont ni arithmétiques ni géométriques. Il faut savoir le démontrer aussi, et pour cela un contre-exemple suffit, comme pour le sens de variation au chapitre précédent.

Exemple

Une suite ni arithmétique ni géométrique. Soit w la suite définie par w(n)=n2. Ses premiers termes sont w(0)=0, w(1)=1, w(2)=4, w(3)=9.

  • Pas arithmétique : w(1)w(0)=1 mais w(2)w(1)=3. Deux différences consécutives sont différentes (13), donc la différence n'est pas constante. Inutile d'aller plus loin : la suite w n'est pas arithmétique. On peut d'ailleurs vérifier que les différences suivantes valent 5, 7, 9… elles changent à chaque rang.
  • Pas géométrique : w(2)w(1)=41=4 mais w(3)w(2)=94=2,25. Deux quotients consécutifs sont différents, donc le quotient n'est pas constant : la suite w n'est pas géométrique. (On peut aussi remarquer que w(0)=0 n'est pas strictement positif, ce qui écarte d'emblée le modèle géométrique de ce chapitre.)

La suite w n'est donc ni arithmétique ni géométrique.

Retenez la dissymétrie des deux tâches : pour démontrer qu'une suite est arithmétique ou géométrique, le calcul doit être mené avec un n quelconque ; pour démontrer qu'elle n'est pas de cette nature, un seul contre-exemple numérique suffit.

Sens de variation et raison

Au chapitre précédent, nous avons appris à déterminer le sens de variation d'une suite en étudiant le signe de la différence u(n+1)u(n). Pour les suites arithmétiques et géométriques, ce travail est déjà fait une fois pour toutes : le sens de variation se lit directement sur la raison.

Commençons par les suites arithmétiques. Si u est arithmétique de raison r, alors pour tout entier naturel n, la différence vaut exactement la raison :

u(n+1)u(n)=r

Le signe de la différence est donc le signe de r, le même pour tous les rangs.

Propriété

Sens de variation d'une suite arithmétique. Soit u une suite arithmétique de raison r.

  • Si r>0, la suite u est croissante.
  • Si r<0, la suite u est décroissante.
  • Si r=0, la suite u est constante.

Exemple

La suite des abonnés du club, de raison r=30>0, est croissante. La suite de la citerne, de raison r=12<0, est décroissante. Aucun calcul supplémentaire n'est nécessaire : la raison dit tout.

Passons aux suites géométriques. Si u est géométrique de raison q, alors pour tout entier naturel n :

u(n+1)u(n)=q×u(n)u(n)=(q1)×u(n)

Or tous les termes u(n) sont strictement positifs. Le signe de la différence est donc celui du facteur q1 : positif si q>1, négatif si q<1, nul si q=1.

Propriété

Sens de variation d'une suite géométrique. Soit u une suite géométrique de raison q>0 (à termes strictement positifs).

  • Si q>1, la suite u est croissante.
  • Si 0<q<1, la suite u est décroissante.
  • Si q=1, la suite u est constante.

Exemple

Le capital, de raison q=1,05>1, est une suite croissante : les intérêts font grossir le capital chaque année. Le médicament, de raison q=0,8 comprise entre 0 et 1, est une suite décroissante : c'est exactement ce que nous avions démontré « à la main » au chapitre précédent en étudiant le signe de 0,2×v(n).

Ces deux propriétés sont cohérentes avec l'intuition : ajouter un nombre positif fait monter, ajouter un nombre négatif fait descendre ; multiplier une quantité positive par plus que 1 l'agrandit, la multiplier par moins que 1 la réduit.

Croissance linéaire ou croissance exponentielle ?

Il nous reste à comparer les deux modèles. Imaginons deux suites croissantes qui partent du même point : la suite arithmétique u de premier terme 10 et de raison 8, et la suite géométrique v de premier terme 10 et de raison 1,3. Leurs formules explicites sont u(n)=10+8n et v(n)=10×1,3n. Calculons leurs termes jusqu'au rang 10 (valeurs arrondies au centième) :

n 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
u(n) 10 18 26 34 42 50 58 66 74 82 90
v(n) 10 13 16,9 21,97 28,56 37,13 48,27 62,75 81,57 106,04 137,86

Au début, la suite arithmétique domine largement : au rang 1, elle mène 18 contre 13, et elle reste devant jusqu'au rang 7 (66 contre environ 62,75). Mais la suite géométrique accélère à chaque rang, tandis que la suite arithmétique avance toujours du même pas de 8. Au rang 8, le retournement a lieu : v(8)81,57 dépasse u(8)=74. Ensuite, l'écart se creuse rapidement en faveur de la suite géométrique.

Comparaison des nuages des suites u(n) = 10 + 8n et v(n) = 10 fois 1,3 puissance n : les points alignés de u dominent d'abord, puis les points incurvés de v les dépassent à partir du rang 8

Propriété

Croissance linéaire contre croissance exponentielle. Une suite géométrique croissante (raison q>1) finit toujours par dépasser une suite arithmétique croissante, quelles que soient leurs raisons et leurs points de départ. La croissance exponentielle l'emporte à long terme sur la croissance linéaire.

Ce résultat, que nous admettons, est l'un des messages les plus importants du chapitre. Une croissance de 30 % par étape peut sembler modeste face à un gros gain fixe, mais parce qu'elle s'applique à une quantité qui grossit, elle produit des hausses de plus en plus grandes, qui finissent par écraser n'importe quel pas constant.

Le tableur est l'outil idéal pour mener cette comparaison : chaque suite occupe une colonne, et les deux relations de récurrence deviennent deux formules à recopier vers le bas.

A B C
1 n u(n) v(n)
2 0 10 10
3 1 =B2+8 =C2*1,3
4 2 =B3+8 =C3*1,3

On saisit les valeurs initiales en ligne 2, les formules =B2+8 et =C2*1,3 en ligne 3, puis on recopie vers le bas : la colonne B ajoute 8 à chaque ligne (récurrence arithmétique), la colonne C multiplie par 1,3 (récurrence géométrique). Il suffit alors de balayer le tableau des yeux pour repérer la première ligne où la colonne C dépasse la colonne B : c'est la ligne du rang 8.

Méthode

Trouver un seuil par balayage. Pour répondre à une question du type « à partir de quel rang v(n) dépasse-t-il 1000 ? », on ne résout pas d'équation : on calcule les termes les uns après les autres (tableur, calculatrice ou programme) et on repère le premier rang qui franchit le seuil. On conclut par un encadrement et une phrase.

Exemple

À partir de quel rang la suite v(n)=10×1,3n dépasse-t-elle 1000 ? On prolonge la colonne C du tableur vers le bas et on balaye les valeurs : v(17)865,04 et v(18)1124,55. On constate l'encadrement v(17)<1000<v(18) : c'est à partir du rang 18 que la suite v dépasse 1000.

Le même balayage s'écrit en quelques lignes de Python, avec une boucle while qui applique la récurrence tant que le seuil n'est pas franchi :

v = 10
n = 0
while v <= 1000:
    v = 1.3 * v
    n = n + 1
print(n)   # affiche 18

La boucle traduit mot à mot la démarche : « tant que v ne dépasse pas 1000, passer à l'étape suivante ». À la sortie, la variable n contient le premier rang où le seuil est franchi. Rappelez-vous qu'en Python le séparateur décimal est le point (1.3).

C'est exactement la démarche d'exploration du chapitre précédent, rendue rapide par la machine : la machine calcule, vous observez, vous concluez.

À retenir

Méthode

Les réflexes du chapitre.

  1. Arithmétique = on ajoute toujours le même nombre : u(n+1)=u(n)+r. C'est le modèle des évolutions absolues constantes (« +30 par mois »), et son terme de rang n vaut u(n)=u(0)+n×r.
  2. Géométrique (premier terme et raison strictement positifs) = on multiplie toujours par le même nombre : u(n+1)=q×u(n). C'est le modèle des évolutions relatives constantes (« +5 % par an », soit q=1,05), et son terme de rang n vaut u(n)=u(0)×qn.
  3. Démontrer la nature : différence u(n+1)u(n) constante pour l'arithmétique, quotient u(n+1)u(n) constant pour la géométrique, avec un n quelconque. Un seul contre-exemple suffit pour écarter une nature, et beaucoup de suites ne sont ni l'une ni l'autre.
  4. Sens de variation : il se lit sur la raison. Arithmétique : croissante si r>0, décroissante si r<0. Géométrique : croissante si q>1, décroissante si 0<q<1.
  5. Graphiquement : points alignés pour l'arithmétique (croissance linéaire), montée qui s'accélère pour la géométrique de raison q>1 (croissance exponentielle). L'exponentielle finit toujours par dépasser la linéaire.
  6. Seuil : jamais d'équation, toujours un balayage au tableur, à la calculatrice ou en Python, conclu par un encadrement et une phrase.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.