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1ʳᵉ techno · Chapitre 07 · Statistiques et probabilités
Nuage de points, point moyen, ajustement affine, interpolation et extrapolation.
Le nombre d'heures d'entraînement d'un sportif et sa performance, la dose d'un médicament et la concentration mesurée dans le sang, le prix d'un produit et le nombre d'unités vendues, la tension aux bornes d'une résistance et l'intensité qui la traverse : dans toutes ces situations, on mesure deux grandeurs numériques sur les mêmes individus, et on se demande si elles sont liées. Quand l'une augmente, l'autre augmente-t-elle aussi ? Peut-on prévoir la valeur de l'une à partir de la valeur de l'autre ?
En seconde, vous avez déjà croisé deux variables, mais elles étaient qualitatives (des catégories : fille/garçon, fumeur/non-fumeur…) et l'outil était le tableau croisé d'effectifs. Cette année, les deux variables sont quantitatives : ce sont des nombres, et on peut donc les placer dans un repère. C'est tout l'objet de ce chapitre : représenter ces couples de nombres par un nuage de points, résumer la tendance du nuage par une droite d'ajustement, puis utiliser cette droite pour faire des prévisions, sans jamais oublier de garder un œil critique sur le modèle.
Nous suivrons tout au long du chapitre un même exemple : dans une classe de première technologique, on a demandé à élèves combien d'heures ils avaient révisé avant le dernier contrôle, et on a relevé leur note.
| (heures de révision) | ||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| (note sur 20) |
Commençons par nommer précisément l'objet que nous étudions. Pour chaque élève, on dispose de deux nombres : ses heures de révision et sa note. Chaque élève est donc représenté par un couple de nombres.
Définition
Série statistique à deux variables quantitatives. Une série statistique à deux variables quantitatives est la donnée, pour chaque individu d'une population, d'un couple de nombres :
La série est donc une liste de couples , , …, , où est le nombre d'individus.
Dans notre exemple, la série compte couples : , , , et ainsi de suite jusqu'à . Le couple se lit : « le quatrième élève a révisé heures et a obtenu sur ».
Un tableau de couples est difficile à lire d'un seul coup d'œil. L'idée fondamentale du chapitre est de voir la série : chaque couple est un point du plan, et la série toute entière devient un ensemble de points.
Définition
Nuage de points. Dans un repère, le nuage de points associé à une série statistique à deux variables est l'ensemble des points de coordonnées , pour allant de à .
Méthode
Représenter un nuage de points.
Voici le nuage de points de notre série :
Exemple
Lecture du nuage. Le point le plus à gauche a pour coordonnées : l'élève qui n'a révisé qu'une heure a obtenu sur . Le point le plus à droite, , correspond à l'élève qui a révisé heures et obtenu .
Une première observation qualitative s'impose : les points montent de gauche à droite. Plus un élève a révisé, meilleure est sa note. Mieux encore : les points semblent presque alignés, comme rangés le long d'une droite invisible. C'est cette impression visuelle que nous allons exploiter dans la suite du chapitre.
Avant de chercher une droite, résumons le nuage par un seul point : son « centre de gravité ». L'idée est naturelle : on connaît déjà la moyenne d'une série à une variable ; ici, on calcule la moyenne de chacune des deux variables.
Définition
Point moyen. Le point moyen d'un nuage de points est le point de coordonnées , où :
Méthode
Calculer les coordonnées du point moyen. Acquis depuis : collège.
Exemple
Point moyen de notre série. L'effectif est .
Moyenne des heures de révision :
Moyenne des notes :
Le point moyen du nuage est donc : en moyenne, les élèves ont révisé heures et obtenu sur .
Une remarque importante : le point moyen n'est en général pas un point du nuage. Ici, aucun élève n'a révisé exactement heures ni obtenu : est un point fictif, qui résume la position d'ensemble du nuage, exactement comme la moyenne d'une classe n'est la note d'aucun élève en particulier. Nous verrons que ce point joue pourtant un rôle central : les bonnes droites d'ajustement passent par lui.
Revenons à l'observation faite sur le nuage : les huit points semblent presque alignés. Quand un nuage a cette forme allongée, presque rectiligne, il est naturel de vouloir résumer la tendance par une droite. Une telle droite a une équation de la forme : elle transforme le nuage de huit points en une formule unique, qui relie la note aux heures de révision. C'est ce qu'on appelle ajuster le nuage.
Définition
Ajustement affine. Réaliser un ajustement affine d'un nuage de points, c'est déterminer une droite d'équation qui passe « au plus près » de l'ensemble des points du nuage. Cette droite est appelée droite d'ajustement ; elle modélise la relation entre les deux variables.
Toute la question est dans le « au plus près » : comment choisir cette droite ? Il existe plusieurs méthodes, de la plus intuitive à la plus précise. Nous en présentons trois.
Première méthode : l'ajustement au jugé. C'est la méthode graphique, à la règle. On pose une règle transparente sur le nuage et on trace une droite qui passe « au milieu » des points : à peu près autant de points au-dessus qu'en dessous, et le plus près possible de chacun. On lit ensuite graphiquement le coefficient directeur et l'ordonnée à l'origine pour obtenir une équation. Cette méthode est rapide et donne une bonne première idée de la tendance, mais elle a un défaut évident : deux personnes ne traceront jamais exactement la même droite. Pour obtenir une droite que tout le monde peut retrouver par le calcul, il faut une méthode plus systématique.
Deuxième méthode : la droite de Mayer. L'idée est astucieuse : plutôt que de juger à l'œil, on coupe le nuage en deux moitiés et on fait confiance aux points moyens.
Méthode
Déterminer la droite de Mayer.
puis on trouve en écrivant que la droite passe par : .
Exemple
Droite de Mayer de notre série. Les abscisses sont déjà rangées dans l'ordre croissant. On partage les points en deux sous-nuages de points.
Premier sous-nuage (les premiers points) : , , , . Son point moyen est :
donc .
Second sous-nuage (les derniers points) : , , , . Son point moyen est :
donc .
Équation de la droite . Le coefficient directeur vaut :
La droite passe par , donc :
La droite de Mayer a pour équation . Concrètement, ce modèle dit : chaque heure de révision supplémentaire rapporte environ point sur la note.
Propriété
La droite de Mayer passe par le point moyen. La droite de Mayer d'un nuage passe toujours par le point moyen du nuage entier.
Vérification sur notre exemple : pour , la droite donne . On retrouve exactement l'ordonnée de : la droite passe bien par le point moyen.
Cette propriété est très utile en pratique : elle permet de vérifier un calcul de droite de Mayer (si la droite obtenue ne passe pas par , il y a une erreur quelque part) et de tracer rapidement la droite connaissant et le coefficient directeur.
Troisième méthode : la droite des moindres carrés. La droite de Mayer est déjà une bonne droite, mais on peut se demander s'il existe une meilleure droite, et surtout ce que « meilleure » veut dire. Voici le critère retenu par les statisticiens. Pour une droite donnée et pour chaque point du nuage, on mesure l'écart vertical entre le point et la droite : c'est la distance, comptée parallèlement à l'axe des ordonnées, entre la valeur observée et la valeur que la droite prédit pour l'abscisse . Sur notre exemple, c'est l'écart entre la vraie note d'un élève et la note que le modèle lui attribue.
Définition
Droite des moindres carrés. La droite des moindres carrés (ou droite de régression) d'un nuage de points est la droite d'équation pour laquelle la somme des carrés des écarts verticaux entre les points du nuage et la droite est la plus petite possible.
Pourquoi les carrés des écarts, et pas les écarts eux-mêmes ? D'abord parce qu'un carré est toujours positif : les écarts au-dessus et en dessous de la droite ne peuvent pas se compenser. Ensuite parce qu'élever au carré pénalise fortement les grands écarts : la droite obtenue évite de laisser un point très loin d'elle. Parmi toutes les droites imaginables, il en existe une et une seule qui rend cette somme minimale, et c'est elle que l'on retient.
Bonne nouvelle : vous n'avez aucun calcul théorique à mener pour trouver cette droite. Son équation s'obtient directement à la machine.
Méthode
Obtenir la droite des moindres carrés à la calculatrice ou au tableur.
Exemple
Droite des moindres carrés de notre série. On entre les heures de révision et les notes dans la calculatrice, qui affiche, en arrondissant les coefficients au centième :
On remarque que cette équation est très proche de celle de la droite de Mayer () : sur un nuage aussi bien aligné que le nôtre, les deux méthodes donnent presque la même droite. C'est rassurant, et c'est le signe que la tendance du nuage est nette.
Signalons enfin une propriété que la droite des moindres carrés partage avec la droite de Mayer : elle passe elle aussi par le point moyen du nuage. Le point moyen est décidément le point de passage obligé de tout bon ajustement.
Une droite d'ajustement n'est pas une fin en soi : on la construit pour s'en servir. Son équation permet d'estimer la valeur de pour une valeur de qui ne figure pas dans la série, ou inversement. Le vocabulaire distingue deux situations, selon que la valeur de choisie est à l'intérieur ou à l'extérieur de la plage des données.
Définition
Interpolation, extrapolation. Soit une série dont les abscisses observées vont de à , ajustée par une droite d'équation .
Méthode
Utiliser un ajustement affine pour faire une estimation.
Exemple
Une interpolation. Dans notre série, les heures de révision observées vont de à heures. Que peut espérer un élève qui révise h , c'est-à-dire ?
La valeur est comprise entre et : c'est une interpolation. Avec la droite de Mayer :
Un élève qui révise h peut donc espérer une note d'environ sur . Cette estimation est crédible : elle se situe au cœur du nuage, dans une zone où le modèle colle bien aux données.
Exemple
Une extrapolation… qui déraille. Que prévoit le même modèle pour un élève qui réviserait heures ?
La valeur est nettement au-delà de , le maximum observé : c'est une extrapolation. Le calcul donne :
Une note de … sur ! Le modèle prévoit une note impossible. Le calcul est juste, c'est le modèle qui atteint ses limites : une droite monte indéfiniment, alors qu'une note est plafonnée à . En réalité, au-delà d'un certain volume de révision, chaque heure supplémentaire rapporte de moins en moins : la relation cesse d'être affine. Cet exemple illustre la règle d'or des extrapolations : plus on s'éloigne de la plage des données, moins la prévision est fiable, au point de devenir absurde.
Exemple
Utiliser l'ajustement dans l'autre sens. L'équation peut aussi servir à estimer connaissant . Combien d'heures de révision faut-il, selon le modèle, pour viser sur ?
On cherche tel que . On résout :
Le modèle estime qu'il faut environ h de révision pour viser sur . La valeur est comprise entre et : on reste dans la plage des données, l'estimation est raisonnable.
Retenez le contraste entre les deux premiers exemples : la même droite, le même calcul, mais une estimation solide dans un cas et un résultat impossible dans l'autre. Toute la différence tient à la position de par rapport aux données observées.
Le programme insiste sur une compétence qui dépasse le calcul : l'esprit critique. Avant d'utiliser un ajustement affine, et après avoir obtenu une estimation, il faut se demander si le modèle est légitime.
Quand un ajustement affine est-il pertinent ? La réponse se lit sur le nuage. Un ajustement affine est pertinent lorsque le nuage a une forme allongée et presque rectiligne : les points se répartissent de part et d'autre d'une direction bien visible, comme dans notre exemple des révisions. Dans ce cas, la droite résume fidèlement la tendance, et les estimations par interpolation sont fiables.
Quand ne l'est-il pas ? Deux situations doivent alerter :
Dans les deux cas, la machine fournira docilement une équation si on la lui demande : c'est à vous de juger, au vu du nuage, si cette équation a un sens.
Enfin, même quand l'ajustement est pertinent sur la plage des données, il ne dit rien de ce qui se passe au-delà. Notre exemple des sur le montre : un modèle validé sur des révisions de à heures n'a jamais promis d'être valable pour heures. Avant toute extrapolation, demandez-vous si la tendance a des raisons de se prolonger : existe-t-il un plafond (une note maximale, une capacité de production limitée), un seuil, un changement de régime prévisible ? Une extrapolation proche des données peut être raisonnable ; une extrapolation lointaine est toujours fragile.
Ces réflexes ne sont pas qu'un exercice scolaire : l'ajustement affine est un outil de travail quotidien dans de nombreux domaines. En chimie, la droite d'étalonnage relie la concentration d'une solution à son absorbance : on la construit à partir de solutions connues, puis on interpole pour doser une solution inconnue. En électricité, la tension aux bornes d'une résistance et l'intensité qui la traverse donnent un nuage rectiligne dont le coefficient directeur est la résistance. En économie et en gestion, on ajuste des chiffres de ventes ou des coûts de production pour bâtir des prévisions, en sachant qu'une prévision à long terme (une extrapolation lointaine) doit toujours être maniée avec prudence. Dans tous les cas, la démarche est celle de ce chapitre : représenter, ajuster, estimer, et surtout juger de la confiance à accorder au modèle.
Méthode
Les réflexes du chapitre. Acquis depuis : première (ens. scient.).
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.