1ʳᵉ techno · Chapitre 09 · Statistiques et probabilités

Répétition d'épreuves de Bernoulli

Arbres pour n ≤ 4 épreuves identiques et indépendantes, calcul par produit sur les chemins.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Arbres pour n ≤ 4 épreuves identiques et indépendantes
  • Calcul par produit sur les chemins

Une joueuse de football s'avance pour une séance de tirs au but : chaque tir est réussi ou manqué. En sortie de chaîne, un contrôleur qualité examine des pièces les unes après les autres : chaque pièce est conforme ou défectueuse. Un élève répond au hasard aux questions d'un QCM : chaque réponse est juste ou fausse. Un jardinier sème des graines : chacune germe ou ne germe pas. Toutes ces situations ont deux points communs : une même expérience à deux issues se répète plusieurs fois, et chaque répétition se déroule dans les mêmes conditions. La question de ce chapitre est alors naturelle : comment calculer la probabilité d'un scénario complet, comme « la joueuse réussit ses deux premiers tirs et manque le troisième » ou « au moins une graine germe » ? Vous verrez que l'outil central est un arbre de probabilités, dans la continuité directe des arbres pondérés du chapitre précédent.

L'épreuve de Bernoulli

Commençons par donner un nom à la brique de base de toutes ces situations : une expérience aléatoire qui ne peut se terminer que de deux façons.

Définition

Épreuve de Bernoulli. Une épreuve de Bernoulli est une expérience aléatoire qui a exactement deux issues :

  • l'une, appelée succès et notée S, de probabilité p ;
  • l'autre, appelée échec et notée S, de probabilité 1p.

Le nombre p est appelé le paramètre de l'épreuve.

Remarquez que l'échec est simplement l'événement contraire du succès : la formule P(S)=1P(S), connue depuis la seconde, explique pourquoi sa probabilité vaut 1p. Une épreuve de Bernoulli est donc entièrement décrite par la donnée de son paramètre p. Voici quelques situations très différentes qui relèvent toutes de ce modèle.

Exemple

  • On lance une pièce équilibrée et on appelle succès « obtenir pile » : c'est une épreuve de Bernoulli de paramètre p=0,5.
  • On lance un dé équilibré à six faces et on appelle succès « obtenir un six » : c'est une épreuve de Bernoulli de paramètre p=16. L'échec, « ne pas obtenir un six », a pour probabilité 116=56.
  • On prélève une pièce en sortie d'usine et on appelle succès « la pièce est défectueuse », sachant que 2% de la production est défectueuse : c'est une épreuve de Bernoulli de paramètre p=0,02.
  • On interroge un client d'une enseigne et on appelle succès « le client est satisfait », sachant que 82% des clients le sont : c'est une épreuve de Bernoulli de paramètre p=0,82.

Un mot de vocabulaire important, illustré par le troisième exemple : le « succès » n'a rien d'une bonne nouvelle ! C'est un choix de modélisation, dicté par la question posée. Si l'étude porte sur les pièces défectueuses, on appelle succès « la pièce est défectueuse », même si personne ne s'en réjouit. Le premier réflexe face à un énoncé est donc de décider clairement ce que l'on appelle succès, et d'identifier son paramètre p.

Répéter des épreuves identiques et indépendantes

Une épreuve de Bernoulli isolée n'a rien de bien mystérieux : la probabilité de succès est p, celle d'échec est 1p, et tout est dit. Les choses deviennent intéressantes quand on répète l'épreuve : trois tirs au but, quatre pièces contrôlées, deux clients interrogés. Encore faut-il préciser dans quelles conditions se fait cette répétition.

Définition

Répétition d'épreuves identiques et indépendantes. On dit qu'on répète n épreuves de Bernoulli identiques et indépendantes lorsque :

  • les épreuves sont identiques : c'est la même expérience à chaque fois, avec le même paramètre p ;
  • les épreuves sont indépendantes : le résultat d'une épreuve n'influence pas les résultats des suivantes.

L'indépendance est la notion vue au chapitre précédent : savoir qu'une épreuve a donné un succès ne modifie en rien les probabilités des épreuves suivantes.

Ces deux conditions ne vont pas de soi : certaines répétitions ne les vérifient pas. Le cas classique est celui des tirages sans remise.

Exemple

Une urne contient 3 boules rouges et 2 boules vertes. On appelle succès « tirer une boule rouge ».

Tirages sans remise. On tire une boule, on la met de côté, puis on en tire une seconde. Au premier tirage, la probabilité de succès est 35. Mais au second tirage, tout dépend du premier ! Si la première boule était rouge, il reste 2 rouges sur 4 boules et la probabilité de succès devient 24 ; si elle était verte, il reste 3 rouges sur 4 boules et la probabilité devient 34. Le paramètre change d'une épreuve à l'autre et le résultat du premier tirage influence le second : ces épreuves ne sont ni identiques, ni indépendantes. Ce n'est pas une répétition d'épreuves de Bernoulli au sens de la définition.

Tirages avec remise. On tire une boule, on note sa couleur, puis on la remet dans l'urne avant de tirer à nouveau. Cette fois, chaque tirage se fait dans une urne strictement identique : la probabilité de succès vaut 35 à chaque tirage, et le résultat d'un tirage n'apprend rien sur les suivants. On a bien une répétition d'épreuves de Bernoulli identiques et indépendantes, de paramètre p=35.

Avant tout calcul, il faut donc vérifier que la situation de l'énoncé relève bien du modèle. Trois questions suffisent.

Méthode

Reconnaître une répétition d'épreuves de Bernoulli identiques et indépendantes.

  1. Deux issues ? Chaque expérience élémentaire a-t-elle exactement deux issues (succès / échec) ? Si l'expérience a plus de deux issues, on peut souvent s'y ramener en appelant succès l'événement qui intéresse la question, et échec son contraire.
  2. Même probabilité ? La probabilité de succès est-elle la même à chaque répétition ? (Attention aux tirages sans remise, où elle change.)
  3. Indépendance ? Le résultat d'une épreuve peut-il influencer les suivantes ? Dans les énoncés, l'indépendance est en général affirmée explicitement (« les tirs sont supposés indépendants ») ou garantie par la situation (tirages avec remise).

Si les trois réponses sont favorables, on peut modéliser la situation par un arbre de probabilités, comme nous allons le faire maintenant.

L'arbre de probabilités

Voyons comment représenter la répétition de deux épreuves de Bernoulli de paramètre p. Comme au chapitre précédent, on construit un arbre : un premier niveau pour la première épreuve, avec les deux branches S et S, puis, à partir de chacun de ces deux nœuds, un second niveau pour la deuxième épreuve. La grande nouveauté par rapport aux arbres pondérés généraux, c'est que les épreuves étant identiques et indépendantes, toutes les branches menant à S portent la même probabilité p, et toutes les branches menant à S portent 1p, quel que soit le niveau et quel que soit ce qui s'est passé avant.

Arbre de probabilités générique pour deux épreuves de Bernoulli : succès S de probabilité p, échec S barre de probabilité 1 moins p à chaque niveau

Une issue de l'expérience complète correspond à un chemin de la racine de l'arbre jusqu'à une extrémité. Pour deux épreuves, il y a 4 chemins : SS, SS, SS et SS. Le chemin SS, par exemple, se lit « succès à la première épreuve, puis échec à la seconde ». Reste à savoir quelle probabilité attribuer à chaque chemin : c'est la règle fondamentale du chapitre.

Propriété

Règle du produit (règle fondamentale). Dans un arbre représentant la répétition d'épreuves de Bernoulli identiques et indépendantes, la probabilité d'un chemin est égale au produit des probabilités inscrites sur ses branches.

Cette règle est une conséquence directe de l'indépendance des épreuves : au chapitre précédent, vous avez vu que pour deux événements indépendants, la probabilité que les deux se réalisent est le produit de leurs probabilités. Le long d'un chemin, on multiplie donc les probabilités branche après branche.

Mettons cette règle en œuvre sur un exemple complet.

Exemple

Une archère atteint la cible avec la probabilité 0,8 à chaque flèche, et on suppose ses tirs indépendants. Elle tire deux flèches. Vérifions le modèle : deux issues à chaque tir (cible atteinte ou non), même probabilité 0,8 à chaque flèche, tirs indépendants. On appelle succès S « la flèche atteint la cible », de paramètre p=0,8 ; l'échec S a pour probabilité 10,8=0,2.

Calculons la probabilité de chacun des quatre chemins avec la règle du produit :

  • deux fois la cible : P(SS)=0,8×0,8=0,64 ;
  • la première flèche seulement : P(SS)=0,8×0,2=0,16 ;
  • la seconde flèche seulement : P(SS)=0,2×0,8=0,16 ;
  • aucune flèche dans la cible : P(SS)=0,2×0,2=0,04.

Petite vérification rassurante : 0,64+0,16+0,16+0,04=1. Les quatre chemins recouvrent toutes les issues possibles de l'expérience, leurs probabilités doivent donc bien avoir pour somme 1. C'est un excellent réflexe de contrôle après avoir complété un arbre.

Additionner les chemins d'un événement

Avec trois épreuves, l'arbre gagne un niveau et compte désormais 8 chemins, de SSS à SSS.

Arbre de probabilités générique pour trois épreuves de Bernoulli, huit chemins

Or les questions des exercices portent rarement sur un chemin unique : on demande plutôt la probabilité d'un événement comme « exactement deux succès », qui est réalisé par plusieurs chemins à la fois. La démarche est alors en deux temps : le produit le long de chaque chemin, puis la somme des chemins concernés.

Propriété

Probabilité d'un événement. La probabilité d'un événement est égale à la somme des probabilités des chemins qui le réalisent.

Exemple

Un jardinier sème trois graines. Chaque graine germe avec la probabilité 0,9, indépendamment des autres. On appelle succès S « la graine germe », de paramètre p=0,9, et on s'intéresse à l'événement A : « exactement deux graines germent ».

Repérer les chemins. Sur l'arbre à trois niveaux, les chemins qui réalisent A sont ceux qui comportent exactement deux S et un S. Il y en a trois, selon la place de l'échec : SSS, SSS et SSS.

Calculer la probabilité de chaque chemin. Avec la règle du produit :

P(SSS)=0,9×0,9×0,1=0,081

Pour les deux autres chemins, on multiplie exactement les mêmes trois facteurs (0,9, 0,9 et 0,1), simplement dans un ordre différent : chacun a donc aussi pour probabilité 0,081.

Additionner. Les trois chemins ayant la même probabilité, la somme devient une simple multiplication :

P(A)=3×0,081=0,243

La probabilité qu'exactement deux graines germent est 0,243, soit environ 24%.

Cet exemple met en lumière une remarque qui simplifie tous les calculs du chapitre : tous les chemins comportant le même nombre de succès ont la même probabilité, car le produit fait intervenir les mêmes facteurs dans un ordre différent. Inutile, donc, de recalculer chaque chemin un par un : on calcule la probabilité d'un seul chemin, on compte sur l'arbre combien de chemins réalisent l'événement, et on multiplie.

« Au moins un succès » : passer par le contraire

Une question revient sans cesse dans les exercices : « quelle est la probabilité d'obtenir au moins un succès ? ». Sur l'arbre des trois graines, l'événement « au moins une graine germe » est réalisé par tous les chemins contenant au moins un S… soit 7 chemins sur 8 ! Additionner sept probabilités serait long et source d'erreurs. Il existe un raccourci beaucoup plus élégant, qui repose sur l'événement contraire vu en seconde.

Méthode

Calculer une probabilité du type « au moins un succès ».

  1. Identifier l'événement contraire : le contraire de « au moins un succès » est « aucun succès », c'est-à-dire « que des échecs ».
  2. Remarquer que « aucun succès » correspond à un seul chemin de l'arbre : celui qui ne passe que par des S. Sa probabilité est le produit des probabilités d'échec le long du chemin.
  3. Conclure avec la formule du contraire : P(au moins un succeˋs)=1P(aucun succeˋs).

Exemple

Reprenons les trois graines semées, chacune germant avec la probabilité 0,9. Quelle est la probabilité qu'au moins une graine germe ?

Le contraire de « au moins une graine germe » est « aucune graine ne germe », c'est-à-dire le chemin unique SSS. Sa probabilité est :

P(SSS)=0,1×0,1×0,1=0,13=0,001

On en déduit :

P(au moins une graine germe)=10,001=0,999

Le jardinier peut être serein : il est presque certain qu'au moins une graine germera. Un seul calcul de chemin, une soustraction, et le tour est joué, là où le calcul direct aurait demandé d'additionner sept chemins.

Jusqu'à quatre épreuves

Le programme de première demande de savoir traiter jusqu'à quatre épreuves. L'arbre a alors quatre niveaux et 16 chemins : il devient volumineux, mais la méthode reste exactement la même.

Arbre de probabilités générique pour quatre épreuves de Bernoulli, seize chemins

Traitons l'exemple emblématique du programme, avec la démarche complète.

Exemple

Une basketteuse réussit chaque tir avec la probabilité 0,7, et ses tirs sont supposés indépendants. Elle effectue quatre tirs. On appelle succès S « le tir est réussi », de paramètre p=0,7 ; l'échec a pour probabilité 0,3. Quelle est la probabilité de l'événement B : « exactement trois tirs sont réussis » ?

Repérer les chemins. Les chemins réalisant B comportent trois S et un S. Il y en a quatre, selon la position du tir manqué : SSSS, SSSS, SSSS et SSSS.

Calculer la probabilité d'un chemin. Avec la règle du produit :

P(SSSS)=0,7×0,7×0,7×0,3=0,73×0,3=0,1029

Les trois autres chemins font intervenir les mêmes quatre facteurs dans un ordre différent : chacun a donc aussi pour probabilité 0,1029.

Additionner.

P(B)=4×0,1029=0,4116

La basketteuse a environ 41% de chances de réussir exactement trois tirs sur quatre.

On peut réinvestir au passage la méthode du contraire : la probabilité qu'elle réussisse au moins un tir est 1P(aucun tir reˊussi)=10,3×0,3×0,3×0,3=10,0081=0,9919.

Terminons par un constat honnête : avec quatre épreuves, l'arbre compte déjà 16 chemins, et chaque niveau supplémentaire doublerait ce nombre. C'est pourquoi, en première, on se limite à la répétition d'au plus quatre épreuves : dans ce cadre, l'arbre reste un outil lisible et fiable, à condition de le construire soigneusement et d'appliquer méthodiquement les deux règles du chapitre, le produit le long d'un chemin, puis la somme des chemins qui réalisent l'événement.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.