1ʳᵉ techno · Chapitre 05 · Analyse

Nombre dérivé et tangente

Taux de variation en un point, tangente comme position limite, équation de la tangente.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Taux de variation en un point
  • Tangente comme position limite
  • Équation de la tangente

Au chapitre « Généralités sur les fonctions », vous avez appris à mesurer la vitesse moyenne d'évolution d'une fonction : entre deux valeurs x1 et x2, le taux de variation f(x2)f(x1)x2x1 indique de combien la fonction évolue, en moyenne, chaque fois que x augmente de 1. Mais une moyenne gomme les détails. Le compteur d'une voiture n'affiche pas la vitesse moyenne du trajet : il affiche la vitesse à l'instant présent, celle qui change à chaque seconde. De la même façon, on aimerait mesurer la vitesse d'évolution d'une fonction non plus entre deux points, mais en un seul point de sa courbe. Ce chapitre construit l'outil qui répond à cette question, le nombre dérivé, et son interprétation géométrique, la tangente à une courbe. L'idée directrice est simple : pour observer ce qui se passe en un point, on calcule des taux de variation entre ce point et un point voisin, choisi de plus en plus proche.

Sécantes et taux de variation en un point

Commençons par rappeler le résultat central du chapitre précédent. Si A(x1;f(x1)) et B(x2;f(x2)) sont deux points distincts de la courbe d'une fonction f, la droite (AB) est une sécante à la courbe, et le taux de variation de f entre x1 et x2 est exactement le coefficient directeur de cette sécante.

Jusqu'ici, les deux valeurs x1 et x2 jouaient des rôles symétriques. Changeons de point de vue : fixons la première valeur, notée a, et donc le point A de la courbe, puis faisons varier la seconde. Pour cela, on écrit la seconde valeur sous la forme a+h, où h est un nombre non nul : le nombre h mesure l'écart entre les deux valeurs. Il peut être positif (le second point est à droite de A) ou négatif (il est à gauche), mais jamais nul, sinon les deux points seraient confondus et il n'y aurait plus de sécante.

Définition

Taux de variation de f entre a et a+h. Soit f une fonction définie sur un intervalle I, soit a un nombre de I, et soit h un nombre non nul tel que a+h appartienne à I. Le taux de variation de f entre a et a+h est le nombre

f(a+h)f(a)h

C'est le taux de variation du chapitre précédent, écrit avec x1=a et x2=a+h : la variation de la variable vaut (a+h)a=h.

Ce taux dépend de h : chaque choix de h donne un second point différent, donc une sécante différente. Le calcul suivant, à savoir refaire, montre comment cette dépendance s'exprime pour la fonction carré.

Exemple

La fonction carré entre 1 et 1+h. Soit f la fonction carré et soit h un nombre non nul. On a f(1+h)=(1+h)2=1+2h+h2 et f(1)=1, donc

f(1+h)f(1)h=(1+h)21h=2h+h2h=h(2+h)h=2+h

Le taux de variation de la fonction carré entre 1 et 1+h vaut donc 2+h. On retrouve le résultat du chapitre précédent : le taux de la fonction carré entre x1 et x2 vaut x1+x2, soit ici 1+(1+h)=2+h.

La tangente, position limite des sécantes

Donnons à ce calcul sa signification géométrique. Sur la parabole représentant la fonction carré, plaçons le point A(1;1) et observons quelques sécantes passant par A.

Sécantes à la parabole pivotant vers la tangente

Prenons d'abord le point B1(3;9) de la parabole. Le taux de variation entre 1 et 3 vaut 9131=82=4 : la sécante (AB1) a pour pente 4. Prenons maintenant un point plus proche de A, le point B2(2;4). Le taux entre 1 et 2 vaut 4121=3 : la sécante (AB2) a pour pente 3, elle est moins inclinée que la première. Rapprochons encore le second point : grâce à la formule 2+h, un point d'abscisse 1,5 donne une pente de 2,5, un point d'abscisse 1,1 donne une pente de 2,1.

Le phénomène est visible sur la figure : à mesure que le point B glisse le long de la parabole vers A, la sécante (AB) pivote autour du point A et s'incline de moins en moins. Elle ne pivote pas indéfiniment : elle se rapproche d'une position limite, tracée sur la figure. Cette droite limite porte un nom.

Définition

Tangente à une courbe en un point. Soit f une fonction et soit A un point de sa courbe. Lorsque le point B se rapproche de A en restant sur la courbe, la sécante (AB) se rapproche d'une droite fixe passant par A : cette position limite des sécantes est appelée tangente à la courbe au point A.

La tangente touche la courbe au point A et en épouse la direction : tout près du point de contact, la courbe et sa tangente sont presque indiscernables. Vous pouvez le constater à la calculatrice en zoomant plusieurs fois sur le point A de la parabole : la courbe finit par ressembler à une droite, et cette droite est précisément la tangente.

Le nombre dérivé

La tangente est définie géométriquement comme une position limite. Quelle est sa pente ? Les pentes des sécantes fournissent la réponse. Pour la parabole au point A(1;1), la sécante entre les abscisses 1 et 1+h a pour pente le taux de variation 2+h. Observons ce que devient ce taux quand h se rapproche de 0, c'est-à-dire quand le second point se rapproche de A :

h 2 1 0,5 0,1 0,01
taux 2+h 4 3 2,5 2,1 2,01

Plus h est proche de 0, plus le taux 2+h est proche de 2 : on peut le rendre aussi proche de 2 que l'on veut, en prenant h suffisamment petit. Les mathématiciens disent que le taux de variation admet pour limite le nombre 2 quand h tend vers 0. Ce nombre limite est la pente de la tangente, et il reçoit un nom et une notation.

Définition

Nombre dérivé. Pour la fonction carré f, le taux de variation 2+h entre 1 et 1+h se rapproche de 2 quand h se rapproche de 0 : ce nombre 2 est appelé nombre dérivé de f en 1, et on note f(1)=2 (lu « f prime de 1 »).

Plus généralement, soit f une fonction définie sur un intervalle I et soit a un nombre de I. Lorsque le taux de variation de f entre a et a+h se rapproche d'un nombre fixe quand h se rapproche de 0, ce nombre est appelé nombre dérivé de f en a, noté f(a). On écrit

f(a)=limh0f(a+h)f(a)h

ce qui se lit : « quand h tend vers 0, le taux de variation tend vers f(a) ».

Une précision importante : le nombre h ne prend jamais la valeur 0. En h=0, le quotient f(a+h)f(a)h n'aurait aucun sens, puisqu'on diviserait par zéro. On regarde ce que devient le taux quand h s'approche de 0 sans jamais l'atteindre : c'est toute la subtilité, et toute la puissance, de cette définition.

Exemple

La fonction carré en a=3. Calculons le taux de variation de la fonction carré f entre 3 et 3+h, pour h non nul :

f(3+h)f(3)h=(3+h)29h=9+6h+h29h=h(6+h)h=6+h

Quand h se rapproche de 0, le taux 6+h se rapproche de 6. Le nombre dérivé de la fonction carré en 3 vaut donc f(3)=6. On peut le vérifier avec la formule du chapitre précédent : le taux entre x1=3 et x2=3+h vaut x1+x2=6+h, et ce taux tend bien vers 6.

Nombre dérivé et tangente : lecture graphique

Rassemblons ce que nous venons de construire. Les pentes des sécantes issues du point A sont les taux de variation, et ces taux se rapprochent du nombre dérivé f(a). Or les sécantes elles-mêmes se rapprochent de la tangente. La pente de la tangente est donc exactement le nombre dérivé : c'est l'interprétation géométrique fondamentale de ce chapitre.

Propriété

Interprétation graphique du nombre dérivé. Soit f une fonction admettant un nombre dérivé en a. Le nombre dérivé f(a) est le coefficient directeur (la pente) de la tangente à la courbe de f au point d'abscisse a.

Cette propriété fait du nombre dérivé une grandeur lisible sur un dessin, sans aucun calcul. Voici la courbe d'une fonction f sur laquelle deux tangentes sont tracées : l'une au sommet de la courbe, au point de coordonnées (0;3), l'autre au point A(2;1).

Lecture du nombre dérivé sur les tangentes tracées

Lisons la pente de la tangente au point A(2;1) : en partant de A et en suivant la tangente, quand on avance de 2 unités vers la droite, on descend de 1 unité. Son coefficient directeur vaut donc 12, et on en déduit f(2)=12. Au sommet (0;3), la tangente tracée est horizontale : une droite horizontale a pour coefficient directeur 0, donc f(0)=0. Ce cas particulier est à retenir : dire que f(a)=0, c'est exactement dire que la tangente au point d'abscisse a est horizontale.

Le signe du nombre dérivé se lit de la même façon : une tangente qui monte correspond à un nombre dérivé positif, une tangente qui descend (comme celle du point A) à un nombre dérivé négatif. La lecture fonctionne aussi dans l'autre sens : si l'on connaît f(a) et f(a), on peut construire la tangente à la règle.

Méthode

Construire la tangente connaissant f(a) et f(a).

  1. Placer le point de contact A(a;f(a)) sur la courbe.
  2. Traduire la pente f(a) en déplacement : à partir de A, avancer de 1 unité vers la droite, puis monter de f(a) unités si f(a) est positif, ou descendre si f(a) est négatif. Si f(a) est une fraction, on peut avancer du dénominateur et monter ou descendre du numérateur.
  3. Tracer la droite passant par A et par le point obtenu : c'est la tangente.

C'est exactement ainsi que la tangente de la figure a été construite au point A(2;1) : avec f(2)=12, on avance de 2 unités et on descend de 1 unité, ce qui donne le point (4;0), puis on trace la droite passant par ces deux points.

Équation réduite de la tangente

La construction graphique a ses limites de précision. Pour travailler avec la tangente par le calcul, il faut son équation réduite, de la forme y=mx+p comme pour toute droite non verticale. Or on connaît déjà tout ce qu'il faut : la tangente au point d'abscisse a est la droite qui passe par le point de contact A(a;f(a)) et dont le coefficient directeur est f(a).

Propriété

Équation réduite de la tangente. Soit f une fonction admettant un nombre dérivé en a. La tangente à la courbe de f au point d'abscisse a a pour équation réduite

y=f(a)(xa)+f(a)

Deux vérifications rapides rendent cette formule naturelle. D'abord, en remplaçant x par a, on obtient y=f(a)×0+f(a)=f(a) : la droite passe bien par le point de contact. Ensuite, en développant f(a)(xa)+f(a), le coefficient de x est f(a) : la droite a bien la pente attendue.

Méthode

Déterminer l'équation réduite de la tangente au point d'abscisse a.

  1. Calculer f(a) : c'est l'ordonnée du point de contact.
  2. Déterminer f(a) : par un calcul de taux de variation, par une lecture graphique, ou parce qu'il est donné dans l'énoncé.
  3. Remplacer a, f(a) et f(a) dans la formule y=f(a)(xa)+f(a), puis développer et réduire pour obtenir la forme y=mx+p.

Exemple

Tangente à la parabole au point d'abscisse 1. Soit f la fonction carré. Déterminons l'équation réduite de la tangente à sa courbe au point d'abscisse a=1.

  1. f(1)=12=1 : le point de contact est A(1;1).
  2. On a calculé plus haut le nombre dérivé f(1)=2.
  3. L'équation de la tangente est y=f(1)(x1)+f(1)=2(x1)+1=2x2+1, soit y=2x1.

La tangente à la parabole au point A(1;1) a pour équation réduite y=2x1 : c'est précisément la droite limite tracée sur la première figure du chapitre.

Vitesse instantanée et coût marginal

Revenons au compteur de vitesse de l'introduction. Notons d(t) la distance parcourue par un véhicule, en mètres, au bout de t secondes. Le taux de variation de d entre deux instants t1 et t2 est le quotient de la distance parcourue par la durée écoulée : c'est la vitesse moyenne du véhicule entre ces deux instants. Quand la durée devient très courte, c'est-à-dire quand t2 se rapproche de t1, cette vitesse moyenne se rapproche du nombre dérivé d(t1) : c'est la vitesse instantanée à l'instant t1, celle qu'affiche le compteur. Le nombre dérivé n'est donc pas qu'un objet géométrique : c'est la bonne façon de mesurer une vitesse à un instant précis.

Exemple

Vitesse instantanée d'un mobile. Un mobile parcourt d(t)=5t2 mètres en t secondes. Calculons sa vitesse moyenne entre les instants 1 et 1+h, pour h non nul :

d(1+h)d(1)h=5(1+h)25h=5+10h+5h25h=h(10+5h)h=10+5h

Quand h se rapproche de 0, cette vitesse moyenne se rapproche de 10. La vitesse instantanée du mobile à l'instant t=1 est donc d(1)=10 m/s, soit 36 km/h.

Le second contexte vient de l'économie. Notons C(q) le coût total, en euros, de production de q objets. Le taux de variation de C entre q et q+1 vaut C(q+1)C(q)1=C(q+1)C(q) : c'est le coût de fabrication de l'unité supplémentaire, la (q+1)-ième. Le nombre dérivé C(q) donne une bonne approximation de ce coût : les économistes l'appellent le coût marginal au niveau de production q. Il permet de répondre à une question très concrète : « produire un objet de plus, combien cela coûte-t-il ? »

Retenez l'essentiel du chapitre : en un point A d'une courbe, les sécantes (AB) pivotent vers une position limite, la tangente, à mesure que B se rapproche de A ; parallèlement, les taux de variation entre a et a+h se rapprochent d'un nombre limite quand h tend vers 0, le nombre dérivé f(a). Ces deux limites n'en font qu'une : f(a) est la pente de la tangente au point d'abscisse a, dont l'équation réduite est y=f(a)(xa)+f(a). Selon le contexte, ce même nombre se lit comme une vitesse instantanée ou comme un coût marginal : c'est l'un des outils les plus féconds des mathématiques, et le prochain chapitre lui donnera toute son ampleur.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.