1ʳᵉ PCM · Chapitre 02 · Géométrie dans le plan
Produit scalaire
Définition géométrique, projection, bilinéarité, base orthonormée, formule d'Al-Kashi.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Définition géométrique
- Projection
- Bilinéarité
- Base orthonormée
- Formule d'Al-Kashi
On sait depuis la seconde additionner deux vecteurs et multiplier un vecteur par un nombre. Mais peut-on multiplier deux vecteurs entre eux ? La physique suggère une réponse. Imaginons une luge tirée par une corde inclinée : si la corde est presque horizontale, presque tout l'effort sert à avancer ; si elle est presque verticale, l'effort soulève la luge mais ne la fait guère progresser. L'efficacité d'une force dépend donc à la fois de son intensité, de la longueur du déplacement et de l'angle entre les deux — trois informations qu'une seule opération va condenser en un nombre. Cette opération est le produit scalaire : elle associe à deux vecteurs non pas un vecteur, mais un nombre (un « scalaire »). C'est l'outil de ce chapitre, et il rend des services bien au-delà de la physique : calculer des angles et des longueurs sans les mesurer, démontrer que deux droites sont perpendiculaires, généraliser le théorème de Pythagore aux triangles quelconques.
Définition géométrique
Deux vecteurs non nuls et forment un angle : en plaçant leurs origines au même point, on note une mesure de l'angle . Le chapitre de trigonométrie a montré que et : le cosinus ne dépend donc pas de la mesure choisie, et on peut toujours raisonner avec l'angle non orienté, compris entre et (entre et ). C'est ce cosinus qui entre dans la définition.
Définition
Produit scalaire. Soient et deux vecteurs du plan.
- Si et sont non nuls, leur produit scalaire est le nombre réel où est une mesure de l'angle entre et .
- Si ou est le vecteur nul, on pose .
Le produit scalaire se lit « scalaire » ; le point entre les deux vecteurs est obligatoire et ne doit pas être confondu avec une multiplication ordinaire.
Insistons sur la nature du résultat : est un nombre, pas un vecteur — c'est tout le sens du mot « scalaire ». Un cas particulier mérite d'être isolé : celui où l'on multiplie un vecteur par lui-même. L'angle entre et est nul, et .
Propriété
Carré scalaire. Pour tout vecteur : Le nombre , aussi noté , s'appelle le carré scalaire de . En particulier, avec : .
Cette égalité est la passerelle entre produit scalaire et longueurs : elle servira constamment dans les développements de la section 3. Autre lecture directe de la définition : comme et sont des nombres positifs, le signe du produit scalaire est celui de , que le chapitre de trigonométrie permet de connaître :
- si est aigu (), alors et : les deux vecteurs « pointent globalement dans le même sens » ;
- si est droit (), alors et : ce cas capital fait l'objet de la section 5 ;
- si est obtus (), alors et : les deux vecteurs « pointent globalement en sens contraires ».
Exemple
Calcul avec la définition. Soient et deux vecteurs tels que , et , c'est-à-dire rad. Alors Le résultat est positif, ce qui est cohérent : l'angle est aigu. Si l'angle avait mesuré , on aurait obtenu : mêmes normes, mais un produit scalaire négatif car l'angle est obtus.
Projection orthogonale
La définition avec le cosinus exige de connaître l'angle entre les vecteurs. Or, sur beaucoup de figures, on connaît plutôt des longueurs et des angles droits. Une deuxième lecture du produit scalaire, par projection, est alors bien plus efficace. Commençons par définir l'outil.
Définition
Projeté orthogonal. Soit une droite. Le projeté orthogonal d'un point sur est le point d'intersection de avec la perpendiculaire à passant par : c'est le « pied » de la hauteur issue de sur , le point de le plus proche de .
Projeter orthogonalement le vecteur sur un axe passant par , c'est remplacer par le vecteur , où est le projeté orthogonal de sur : le vecteur est « l'ombre » de sur l'axe, sous un éclairage perpendiculaire à celui-ci.
Le lien avec le produit scalaire est le suivant : dans , on peut remplacer par son projeté orthogonal sur l'axe sans changer le résultat. Seule compte la composante de le long de ; la composante perpendiculaire ne contribue en rien — exactement comme la partie verticale de la traction sur la corde de la luge ne fait pas avancer celle-ci.
Propriété
Produit scalaire et projection. Soient , , trois points avec , et le projeté orthogonal de sur la droite . Alors Comme et sont colinéaires, ce produit se calcule avec des longueurs :
- si et sont de même sens ;
- s'ils sont de sens contraires.
Le rôle des deux vecteurs est interchangeable : on peut aussi bien projeter sur l'axe dirigé par que sur l'axe dirigé par — les deux calculs donnent le même nombre.
Exemple
Calcul par projection. Sur la figure ci-dessus, , et . Le projeté orthogonal de sur la droite est le point , obtenu en « laissant tomber » perpendiculairement sur l'axe. Les vecteurs et sont de même sens, donc Aucun angle n'a été mesuré, aucun cosinus calculé : la longueur de l'ombre de suffit.
Méthode
Choisir entre définition et projection. Pour calculer un produit scalaire :
- si l'énoncé donne les normes et l'angle, utiliser la définition ;
- si l'angle est inconnu mais que la figure comporte des angles droits (rectangle, triangle rectangle, quadrillage, hauteur…), repérer ou construire le projeté orthogonal de sur , puis calculer ;
- dans tous les cas, déterminer le signe en observant si et sont de même sens (produit positif) ou de sens contraires (produit négatif).
Cas particuliers à repérer d'un coup d'œil : si est déjà sur la perpendiculaire à en , alors et le produit scalaire est nul ; si est sur la droite , alors et le produit vaut .
Propriétés : symétrie et bilinéarité
Pour calculer efficacement, il faut savoir comment le produit scalaire se comporte vis-à-vis des opérations sur les vecteurs. La réponse tient en deux propriétés, admises ici, qui font du produit scalaire une opération très proche de la multiplication des nombres.
Propriété
Symétrie et bilinéarité. Pour tous vecteurs , , et tout réel :
- symétrie : (l'ordre des deux vecteurs n'a pas d'importance) ;
- bilinéarité : et (le produit scalaire se développe sur une somme, comme la distributivité pour les nombres).
Concrètement, ces règles autorisent à développer et factoriser des expressions vectorielles exactement comme des expressions algébriques, en remplaçant chaque carré scalaire par un carré de norme. Développons par exemple : c'est le carré scalaire , qui donne, par bilinéarité puis symétrie, . On reconnaît la structure de l'identité remarquable , et les deux autres identités du collège se transposent de la même façon.
Propriété
Identités remarquables vectorielles. Pour tous vecteurs et :
- ;
- ;
- .
Ces développements relient les trois quantités , et : dès que deux d'entre elles sont connues (ainsi que la norme d'une somme ou d'une différence), la troisième s'en déduit.
Exemple
Utiliser les développements. Soient et tels que , et . Calculons quelques quantités sans connaître les vecteurs eux-mêmes :
- , donc ;
- , donc ;
- , par bilinéarité ;
- .
Remarquons que n'est pas égal à : la norme d'une somme n'est pas la somme des normes, et c'est justement le terme qui mesure l'écart.
En base orthonormée
Passons à la géométrie repérée. Lorsque le plan est muni d'un repère orthonormé — axes perpendiculaires et même unité de longueur sur chacun — le produit scalaire se calcule directement à partir des coordonnées, sans figure, sans angle et sans projection.
Propriété
Expressions en repère orthonormé. Le plan étant muni d'un repère orthonormé, soient et deux vecteurs, et , deux points. Alors :
- ;
- ;
- .
Attention : ces formules ne sont valables que dans un repère orthonormé. Dans un repère quelconque (axes non perpendiculaires, ou unités différentes sur les deux axes), le calcul ne donne pas le produit scalaire — c'est pourquoi toutes les situations de géométrie repérée de ce chapitre se placent dans un repère orthonormé.
Exemple
Calculs en coordonnées. Dans un repère orthonormé, soient et . Alors Le produit scalaire est négatif : sans tracer la moindre figure, on sait déjà que l'angle entre et est obtus. Les normes valent et .
Avec des points : pour et , le vecteur a pour coordonnées et .
Enfin, revenons à la figure de la section 2 : et donnent — le même résultat que par projection, comme il se doit.
Orthogonalité
Reprenons l'observation de la section 1 : lorsque l'angle entre deux vecteurs non nuls est droit, son cosinus est nul, donc le produit scalaire aussi. Et réciproquement : si avec et non nuls, alors , ce qui impose . Le produit scalaire fournit ainsi un critère purement calculatoire de perpendicularité — c'est l'une de ses applications les plus utiles.
Propriété
Caractérisation de l'orthogonalité. Deux vecteurs et sont orthogonaux si et seulement si Par convention, le vecteur nul est orthogonal à tout vecteur (son produit scalaire avec n'importe quel vecteur vaut ). En repère orthonormé, le critère devient : et sont orthogonaux si et seulement si .
Deux droites sont perpendiculaires dès que des vecteurs qui les dirigent sont orthogonaux : prouver un angle droit se ramène donc à vérifier qu'un produit scalaire est nul, ce qui remplace avantageusement la réciproque du théorème de Pythagore.
Exemple
Un triangle rectangle sans Pythagore. Dans un repère orthonormé, soient , et . Le triangle est-il rectangle en ? On calcule les coordonnées des vecteurs et , puis leur produit scalaire : Les vecteurs et sont orthogonaux : le triangle est rectangle en .
Angles et longueurs
Jusqu'ici, l'angle servait à calculer le produit scalaire. Inversons le point de vue : puisque , il suffit de connaître le produit scalaire et les normes pour isoler le cosinus, donc l'angle. Combiné aux formules en coordonnées, cela permet de mesurer un angle par le calcul.
Méthode
Calculer un angle non orienté. Pour déterminer l'angle entre deux vecteurs non nuls et :
- calculer (en coordonnées, par projection, ou par développement selon les données) ;
- calculer les normes et ;
- en déduire
- reconnaître une valeur remarquable du cosinus, ou utiliser la calculatrice (vérifier le mode, degrés ou radians) pour obtenir entre et .
Exemple
Un angle par le calcul. Dans un repère orthonormé, soient et . On calcule , puis et . D'où On reconnaît une valeur remarquable : , soit .
Le produit scalaire éclaire aussi les longueurs dans un triangle quelconque. Dans un triangle , on note traditionnellement , , (chaque côté porte la lettre minuscule du sommet opposé) et l'angle au sommet . La relation de Chasles donne , et le développement de (section 3) fournit , c'est-à-dire le théorème suivant.
Propriété
Théorème d'Al-Kashi. Dans un triangle , avec , et : La formule s'écrit de même pour chaque sommet : et .
Ce théorème généralise le théorème de Pythagore : si , alors et la formule se réduit à — le carré de l'hypoténuse. Le terme correctif mesure ce qui se passe quand l'angle n'est pas droit : il diminue si est aigu, l'augmente si est obtus.
Une autre relation de longueurs découle des identités remarquables : en additionnant membre à membre les développements de et , les doubles produits opposés s'éliminent.
Propriété
Égalité du parallélogramme. Pour tous vecteurs et : Interprétation géométrique : dans un parallélogramme de côtés portés par et , les diagonales sont portées par et ; la somme des carrés des deux diagonales est donc égale à la somme des carrés des quatre côtés.
Exemple
Al-Kashi en pratique. Dans un triangle , on donne , et . Calculons la longueur . Avec les notations usuelles, , et est la longueur cherchée : Comme , on obtient , donc . Vérification de cohérence : si l'angle avait été droit, Pythagore aurait donné , soit ; l'angle de , plus fermé, rapproche et , et est bien inférieur.
Produit scalaire et physique : le travail d'une force
Revenons à la luge de l'introduction : le produit scalaire est né pour ce genre de situation, et le cours de physique-chimie l'utilise sous le nom de travail d'une force. Lorsqu'un objet se déplace en ligne droite d'un point à un point sous l'action d'une force constante , l'efficacité de la force sur ce déplacement se mesure exactement par un produit scalaire.
Définition
Travail d'une force. Le travail d'une force constante lors d'un déplacement rectiligne de vers est le nombre où est l'intensité de la force en newtons (N), la longueur du déplacement en mètres (m), et l'angle entre la force et le déplacement. Le travail s'exprime en joules (J).
Toutes les propriétés du chapitre se relisent physiquement. Le signe d'abord : si est aigu, le travail est positif — la force aide le mouvement, on dit qu'elle est motrice ; si est obtus, le travail est négatif — la force s'oppose au mouvement (comme les frottements), on dit qu'elle est résistante. Le cas de l'angle droit est remarquable : une force perpendiculaire au déplacement ne travaille pas, puisque . C'est le cas du poids d'un chariot roulant sur un sol horizontal : la force est verticale, le déplacement horizontal, et le poids n'aide ni ne freine le mouvement — son travail est nul.
La bilinéarité ensuite : si plusieurs forces et s'appliquent à l'objet, la force résultante est , et Le travail de la somme des forces est la somme des travaux : ce principe, constamment utilisé en mécanique, n'est rien d'autre que la propriété de la section 3 appliquée aux forces.
Exemple
Travail d'une force de traction. Une caisse est tirée sur m le long d'un sol horizontal par une corde exerçant une force d'intensité N, inclinée de par rapport au déplacement. Le travail de cette force vaut Si la corde était horizontale (, ), le travail vaudrait J : l'inclinaison fait perdre environ J, la composante verticale de la traction ne contribuant pas à l'avancée de la caisse. On retrouve, en joules, l'idée qui a ouvert le chapitre : le produit scalaire mesure ce qu'un vecteur accomplit dans la direction d'un autre.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.