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1ʳᵉ spé · Chapitre 02 · Algèbre
Forme canonique, discriminant, racines, factorisation, somme et produit des racines, signe du trinôme.
Résoudre une équation du second degré est l'un des plus vieux problèmes des mathématiques : il y a près de 4 000 ans, les scribes de Babylone savaient déjà en traiter des cas particuliers, et au IXe siècle le mathématicien Al-Khwârizmî en donna les premières méthodes générales — son traité d'al-jabr a d'ailleurs donné son nom à l'algèbre. Ce chapitre reprend cette longue histoire avec les acquis de la classe de seconde — la fonction carré, les identités remarquables, les tableaux de signes — et la mène à son terme : une méthode universelle, valable pour toutes les équations du second degré. Le fil conducteur est simple : une même fonction polynôme du second degré possède trois écritures — développée, canonique, factorisée — et chacune répond à une famille de questions. Savoir passer de l'une à l'autre, puis choisir la bonne forme pour la bonne question : voilà tout l'art du second degré.
En seconde, l'étude des fonctions de référence a fait la part belle à la fonction carré . Les fonctions de ce chapitre en sont les héritières directes : on ajoute simplement un terme en et un terme constant.
Définition
Fonction polynôme du second degré. Une fonction polynôme du second degré est une fonction définie sur qui peut s'écrire sous la forme
où , et sont des réels avec .
Cette écriture est appelée forme développée réduite de . L'expression est un trinôme du second degré (ou simplement un trinôme), et les réels , et sont ses coefficients.
Remarques.
Exemple
Les fonctions suivantes, définies sur , sont des fonctions polynômes du second degré :
En revanche :
Dans un repère, la courbe représentative d'une fonction polynôme du second degré est une parabole. Ce fait, admis pour l'instant, sera éclairé dans la section suivante : nous verrons que cette courbe se déduit de la parabole d'équation par une simple translation. Le coefficient commande à lui seul l'allure de la courbe :
Ainsi, sur la figure ci-dessous, la parabole d'équation est plus resserrée que celle d'équation , toutes deux tournées vers le haut, tandis que celle d'équation est tournée vers le bas.
La forme développée réduite se prête bien au calcul des images — on remplace par une valeur — mais elle cache la géométrie de la parabole : où se trouve le sommet ? où la fonction change-t-elle de sens ? Pour répondre, il faut réécrire le trinôme. C'est le rôle de la forme canonique, dont l'unique ingrédient est une vieille connaissance de seconde : les identités remarquables.
Propriété
Complétion du carré. Pour tous réels et :
En effet, , donc . Autrement dit, est « le début du carré » : pour le transformer en carré parfait, il suffit de retrancher . Ici, désigne un réel quelconque — dans la pratique, ce sera la moitié du coefficient de , à ne pas confondre avec le coefficient dominant du trinôme.
Méthode
Mettre un trinôme sous forme canonique.
Exemple
Avec un coefficient dominant égal à . Soit . L'expression est le début du carré (la moitié de vaut ), et : donc , et
Avec un coefficient dominant différent de . Soit . On factorise d'abord dans les deux premiers termes :
Contrôle : , on retrouve bien .
Ce qui vient d'être fait sur deux exemples est toujours possible : c'est le théorème suivant, que l'on admet dans le cas général.
Propriété
Théorème (admis). Toute fonction polynôme du second degré peut s'écrire sous la forme
Cette écriture est appelée forme canonique de .
Remarques.
Lecture graphique : une translation. Posons , dont la courbe est une parabole de sommet l'origine. La forme canonique s'écrit : l'ordonnée du point d'abscisse de la courbe de s'obtient en prenant l'ordonnée du point d'abscisse de la parabole d'équation , puis en lui ajoutant . D'après les translations de courbes vues en seconde, la courbe de est l'image de la parabole d'équation par la translation qui amène l'origine sur le point .
Par exemple, la courbe d'équation — une forme canonique avec , et — est l'image de la parabole d'équation par la translation de unités vers la droite :
Au passage, ceci justifie l'affirmation de la section 1 : la courbe de toute fonction polynôme du second degré est bien une parabole, copie translatée de la parabole d'équation .
Propriété
Sommet et axe de symétrie. Soit une fonction polynôme du second degré sous forme canonique, et sa parabole.
La symétrie se vérifie par un calcul direct : pour tout réel , . Deux points de la parabole dont les abscisses sont symétriques par rapport à ont donc la même ordonnée.
Le sommet est le point où la fonction change de sens : c'est l'objet de la propriété suivante, la plus utile du chapitre pour les problèmes concrets.
Propriété
Variations. Soit une fonction polynôme du second degré.
Pourquoi ces variations ? Aucun calcul nouveau n'est nécessaire : la courbe de est l'image de la parabole d'équation par une translation, et une translation ne modifie pas le sens de variation — elle déplace la courbe en bloc, en envoyant le point de bascule de l'abscisse sur l'abscisse . Or les variations de se déduisent de celles de la fonction carré, connues depuis la seconde : multiplier toutes les images par un réel conserve l'ordre (décroissante sur , croissante sur ), tandis que multiplier par renverse toutes les comparaisons (croissante puis décroissante). En translatant, le point de bascule devient , et l'ordonnée du creux (ou du pic) devient .
Exemple
Étude complète de .
Forme canonique. est le début du carré , donc et
On lit , et .
Sommet, axe, variations. Comme , la parabole est tournée vers le haut, de sommet et d'axe de symétrie la droite d'équation . La fonction est décroissante sur puis croissante sur , avec un minimum égal à , atteint en .
Où la parabole coupe-t-elle l'axe des abscisses ? La forme canonique répond déjà : équivaut à , c'est-à-dire (résolution de , vue en seconde) ou , soit ou . La parabole coupe l'axe des abscisses aux points d'abscisses et — symétriques par rapport à l'axe , comme il se doit.
Ce dernier calcul — résoudre à l'aide de la forme canonique — n'a rien d'un cas particulier. Généralisé à un trinôme quelconque, il fournit la méthode universelle promise en introduction.
Définition
Équation du second degré. Racines. Une équation du second degré d'inconnue est une équation qui peut se ramener à la forme
Les solutions de cette équation sont appelées les racines du trinôme .
Définition
Discriminant. Le discriminant du trinôme est le réel
Son nom dit son rôle : il discrimine — c'est-à-dire sépare — les trois situations possibles, selon son signe.
Propriété
Théorème (résolution de l'équation du second degré). Soit l'équation , avec , et son discriminant.
On résume souvent les deux formules du premier cas en une seule écriture : . La démonstration qui suit est exigible : toute sa mécanique repose sur la forme canonique.
Démonstration. Mettons le trinôme sous forme canonique. Pour tout réel , comme :
Or est le début du carré : d'après l'identité de complétion du carré,
En reportant, puis en réduisant les constantes :
soit, en reconnaissant le discriminant :
Comme , l'équation équivaut donc à
Discutons selon le signe de , en notant que .
qui se factorise grâce à l'identité :
Un produit est nul si, et seulement si, l'un de ses facteurs est nul :
Ces deux solutions sont distinctes, car .
Exemple
Un exemple par cas.
d'où .
Graphiquement, les racines du trinôme sont les abscisses des points d'intersection de la parabole avec l'axe des abscisses. Le théorème se lit alors sur la figure suivante, qui croise le signe de (lignes) et celui de (colonnes) :
Méthode
Le réflexe avant le discriminant. Le discriminant traite tous les cas, mais il n'est pas toujours le chemin le plus court. Après avoir ramené l'équation à la forme , on teste d'abord quatre pistes de factorisation directe :
Si aucune piste n'aboutit en quelques secondes : discriminant.
Résoudre et factoriser sont les deux faces d'une même pièce : connaître les racines, c'est pouvoir écrire le trinôme en produit de facteurs du premier degré — et réciproquement, une forme factorisée livre ses racines immédiatement, par l'équation produit nul. Le théorème suivant précise ce lien.
Propriété
Factorisation d'un trinôme. Soit (avec ) et son discriminant.
Démonstration. Les deux premiers cas sont déjà acquis. Dans la démonstration du théorème de la section 3, nous avons établi que, pour ,
ce qui est la factorisation annoncée ; et que, pour , la forme canonique se réduit à , puisque . Pour , raisonnons par l'absurde : si l'on pouvait écrire , alors et serait une racine de ; or, lorsque , le trinôme n'a aucune racine. Une telle factorisation est donc impossible.
Remarque. Lorsque , le facteur apparaît deux fois dans la factorisation : c'est l'origine du nom racine double.
Méthode
Factoriser un trinôme : les stratégies dans l'ordre. Comme pour les équations, les formules générales sont l'arme lourde ; on tente d'abord les pistes rapides.
Attention : ne jamais oublier le facteur en tête de la factorisation — le produit seul se développe en un trinôme de coefficient dominant , et non .
Exemple
Deux factorisations complètes.
et la factorisation
Dans les deux cas, un développement rapide permet de contrôler le résultat.
Les trois écritures du trinôme sont maintenant toutes disponibles. Récapitulons ce que chacune donne à lire :
| Forme | Écriture | Ce qu'on y lit directement | Existence |
|---|---|---|---|
| Développée réduite | le coefficient ; l'image de : | toujours | |
| Canonique | le sommet , l'extremum, les variations | toujours | |
| Factorisée | les racines et , le signe | seulement si |
La stratégie « somme et produit de tête » de la section précédente n'a rien de magique : elle repose sur deux relations générales entre les racines et les coefficients, que voici.
Propriété
Somme et produit des racines. Soit un trinôme dont le discriminant vérifie , et , ses racines (avec si ). Alors leur somme et leur produit valent :
Démonstration. Puisque , le trinôme se factorise : , écriture qui couvre aussi le cas avec . Développons :
Cette expression et définissent la même fonction : leurs coefficients sont donc égaux (résultat admis). En identifiant les coefficients de et les termes constants :
c'est-à-dire, en divisant par : et .
Méthode
Deux usages au quotidien.
Ces relations offrent enfin une vérification express après tout calcul de racines : leur somme doit valoir et leur produit .
Exemple
Pour aller plus loin. La propriété se retourne : si deux nombres et ont pour somme et pour produit , alors . Autrement dit, deux nombres de somme et de produit sont, s'ils existent, les racines de l'équation — et ils existent si, et seulement si, . Par exemple, deux nombres de somme et de produit ? L'équation a pour discriminant , d'où les racines et : ces deux nombres sont et . Cet aller-retour entre nombres et équations, déjà au cœur des problèmes d'Al-Khwârizmî, est un approfondissement du programme.
Après les équations (), les inéquations : pour résoudre ou , il faut connaître le signe du trinôme sur tout . Commençons par la situation la plus favorable, celle où le trinôme est déjà factorisé — un terrain connu depuis la seconde : une expression affine (avec ) s'annule en , est du signe de après cette valeur et du signe contraire avant ; et le signe d'un produit s'obtient facteur par facteur, par la règle des signes, dans un tableau.
Exemple
Signe d'un trinôme factorisé. Étudions le signe de sur .
Conclusion : pour ; pour ; et s'annule en et en .
Développons : . Nous venons donc d'étudier le signe d'un trinôme de coefficient dominant et de racines et — et le tableau montre qu'il est du signe de (négatif) à l'extérieur des racines, du signe de (positif) entre elles. Ce constat est général.
Propriété
Signe d'un trinôme. Soit (avec ) et son discriminant.
En une phrase : un trinôme est partout du signe de , sauf strictement entre ses racines lorsqu'elles existent.
Démonstration.
Ce théorème se lit d'ailleurs sur la figure des six positions de la parabole (section 3) : la parabole est du côté de l'axe des abscisses dicté par le signe de , sauf entre ses racines lorsqu'elle en a.
Méthode
Résoudre une inéquation du second degré (du type , …). Acquis depuis : collège.
Une inéquation du second degré ne se résout jamais « comme une équation » : c'est le tableau de signes qui permet de conclure.
Exemple
Résolvons l'inéquation .
Chaque section de ce chapitre a mis en avant une écriture du trinôme. Reste la compétence qui les chapeaute toutes : choisir la forme adaptée à la question posée, quitte à en changer en cours de route.
| Question posée | Forme la plus efficace | Ce qu'on utilise |
|---|---|---|
| Image de , coefficient | développée réduite | |
| Résoudre , signe, inéquation | factorisée | produit nul, tableau de signes |
| Extremum, variations, sommet, axe de symétrie | canonique | et |
| Résoudre | canonique | on se ramène à un carré égal à une constante |
Exemple
Une fonction, trois formes, quatre questions. Soit définie sur par . Établissons d'abord ses trois formes.
Quatre questions, quatre choix :
Chaque question avait sa forme. La question 4, par exemple, est aussi accessible par la forme développée (, puis discriminant), mais au prix d'un calcul nettement plus long.
Cette souplesse est décisive dans les problèmes d'optimisation, où l'on cherche la valeur la plus grande (ou la plus petite) d'une aire, d'un coût, d'une hauteur…
Méthode
Optimiser une quantité avec la forme canonique.
Exemple
L'enclos de plus grande aire. Un jardinier dispose de mètres de grillage pour former un enclos rectangulaire adossé à un mur : le mur remplace l'un des côtés, le grillage fournit les trois autres. Quelles dimensions donnent à l'enclos la plus grande aire possible ?
En résumé : le second degré tient tout entier dans un va-et-vient entre trois écritures. La forme développée réduite donne les coefficients et l'image de ; la forme canonique révèle le sommet, les variations et l'extremum ; la forme factorisée, quand elle existe, livre les racines et le signe — et le discriminant orchestre l'ensemble. La méthode de résolution démontrée dans ce chapitre achève ainsi un problème ouvert il y a quatre millénaires, et la démarche « la bonne forme pour la bonne question » restera un réflexe précieux bien au-delà. Ce chapitre n'est d'ailleurs qu'un début : un prochain chapitre d'analyse, armé d'un outil entièrement nouveau, redémontrera les variations de la parabole et les étendra à bien d'autres fonctions ; et jusqu'en probabilités, l'étude de la variance fera resurgir… une forme canonique.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.