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1ʳᵉ spé · Chapitre 01 · Algèbre
Modes de génération, suites arithmétiques et géométriques, terme général, sommes, approche de la limite.
Une population qui grandit d'année en année, un capital qui produit des intérêts, un ballon qui rebondit de moins en moins haut : de nombreux phénomènes évoluent par étapes, valeur après valeur. L'objet mathématique qui décrit ces évolutions discrètes est la suite numérique : une liste infinie de nombres, numérotés dans l'ordre. Ce chapitre met en place le vocabulaire et les modes de génération des suites, étudie deux familles fondamentales — les suites arithmétiques et les suites géométriques —, apprend à calculer des sommes de termes consécutifs, et jette un premier regard, encore intuitif, sur le comportement des suites à long terme.
Définition
Suite numérique. Une suite numérique est une fonction définie sur l'ensemble des entiers naturels (éventuellement à partir d'un certain rang) et à valeurs réelles : à chaque entier naturel , elle associe un unique réel.
La suite se note , et le réel qu'elle associe à l'entier se note . On rencontre aussi les notations et , héritées des fonctions.
Le réel est le terme de rang (on dit aussi : d'indice ) de la suite. Lorsque la suite est définie sur tout entier, est son terme initial. Il faut bien distinguer le rang d'un terme (sa position dans la liste) de sa valeur.
Exemple
Soit la suite des nombres impairs : , , , … Le terme de rang vaut : son indice est , sa valeur est . Cette suite est définie pour tout entier naturel par .
Remarque
Ne pas confondre et . Le terme est le terme qui suit dans la liste : c'est l'indice qui augmente de . Au contraire, est la valeur du terme augmentée de . Pour la suite des nombres impairs : , alors que . La même vigilance s'impose entre et .
Une suite peut n'être définie qu'à partir d'un rang : la suite de terme général n'existe qu'à partir du rang , et la suite de terme général à partir du rang . On précise alors : « pour tout entier », « pour tout entier ».
Premier mode : la formule explicite. La suite est définie par une formule qui donne chaque terme directement en fonction de son rang. N'importe quel terme se calcule alors immédiatement, sans connaître les autres.
Exemple
Soit la suite définie pour tout entier naturel par . On calcule , , , et directement, sans étape intermédiaire : .
Une suite se représente graphiquement par un nuage de points isolés de coordonnées . On ne relie jamais ces points : la suite n'est définie que pour les valeurs entières de .
Sur la figure, les sept premiers termes de la suite précédente : , , , , , , . Les pointillés repèrent le point : le terme de rang vaut .
Deuxième mode : la relation de récurrence. La suite est définie par la donnée de son premier terme et d'une relation qui exprime chaque terme en fonction du précédent. Les termes se calculent alors de proche en proche.
Exemple
Soit la suite définie par et, pour tout entier naturel , . On calcule successivement , puis , puis . Pour obtenir , il faut connaître , qui exige , et ainsi de suite : impossible d'atteindre directement — sauf à découvrir une formule explicite, ou à confier les calculs à un algorithme (voir la section Python en fin de chapitre).
Troisième mode : un motif géométrique ou combinatoire. Une suite peut compter les objets d'une configuration qui grandit étape par étape. L'exemple le plus célèbre est celui des nombres triangulaires , , , , , … : le triangle de rang s'obtient en ajoutant une ligne de points sous le triangle précédent, de sorte que . Nous démontrerons dans la section sur les sommes que .
Méthode
Passer d'un mode de génération à l'autre.
Première famille fondamentale : les suites qui avancent d'un pas constant, en ajoutant toujours le même nombre pour passer d'un terme au suivant.
Définition
Suite arithmétique. Une suite est arithmétique lorsqu'il existe un réel tel que, pour tout entier naturel ,
Le réel s'appelle la raison de la suite.
Exemple
Une suite arithmétique est exactement une suite à accroissements constants : la différence entre deux termes consécutifs vaut toujours . C'est ce qui fournit la méthode de preuve.
Méthode
Prouver qu'une suite est arithmétique. Calculer la différence pour un entier naturel quelconque, et la simplifier. Si le résultat est une constante , indépendante de , la suite est arithmétique de raison ; si le résultat dépend de , elle ne l'est pas. Acquis depuis : première (ens. scient.).
Exemple : pour la suite de terme général , on a, pour tout entier naturel , : la suite est arithmétique de raison et de terme initial .
Propriété
Terme général. Si est arithmétique de raison , alors pour tout entier naturel :
Plus généralement, pour tous entiers naturels et : .
Démonstration. Pour passer d'un terme au suivant, on ajoute . De proche en proche : , puis , puis , et ainsi de suite. Pour atteindre depuis , on effectue passages au terme suivant, donc on ajoute fois la raison : . La formule générale s'en déduit : .
a. arithmétique de terme initial et de raison : .
b. arithmétique de raison avec : .
Lien avec les fonctions affines. Le terme général s'écrit : c'est l'image de par la fonction affine . Les points du nuage sont donc alignés sur la droite d'équation , de coefficient directeur . Une suite arithmétique traduit une croissance linéaire.
Deuxième famille fondamentale : les suites qui avancent par multiplication constante, en multipliant toujours par le même nombre pour passer d'un terme au suivant.
Définition
Suite géométrique. Une suite est géométrique lorsqu'il existe un réel tel que, pour tout entier naturel ,
Le réel s'appelle la raison de la suite.
Exemple
Remarque
Dans les exemples de ce chapitre, la raison est strictement positive. Une raison négative est possible : avec et , on obtient , , , , , … — les termes alternent en signe.
Méthode
Prouver qu'une suite est géométrique. Lorsque tous les termes sont non nuls, calculer le quotient pour un entier naturel quelconque, et le simplifier. Si le résultat est une constante , indépendante de , la suite est géométrique de raison . Acquis depuis : première (ens. scient.).
Exemple : pour la suite de terme général , on a, pour tout entier naturel , : la suite est géométrique de raison .
Propriété
Terme général. Si est géométrique de raison , alors pour tout entier naturel :
Plus généralement, pour tous entiers naturels et avec : .
Démonstration. Pour passer d'un terme au suivant, on multiplie par . De proche en proche : , puis , puis , et ainsi de suite. Pour atteindre depuis , on effectue multiplications par , donc . De même, pour aller de à , on multiplie fois par , d'où .
a. géométrique de terme initial et de raison : .
b. géométrique de raison avec : .
Lien avec les évolutions à taux constant. On sait depuis la seconde qu'augmenter une quantité de revient à la multiplier par le coefficient multiplicateur , et que la diminuer de revient à la multiplier par . Une quantité qui subit la même évolution en pourcentage à chaque étape est donc modélisée par une suite géométrique. Réflexe à installer : « évolution à taux fixe » se traduit par « suite géométrique ».
Exemple
La population d'une ville de habitants augmente de chaque année. En notant la population après années, on a : la suite est géométrique de raison et de terme initial , donc . Après dix ans : habitants.
Définition
Suite croissante, décroissante, constante. Soit une suite.
Avec des inégalités strictes, la suite est dite strictement croissante () ou strictement décroissante ().
Remarque
Une suite peut n'être ni croissante ni décroissante : la suite de terme général , dont les termes sont , , , , …, monte et descend alternativement.
Méthode
Étudier le sens de variation d'une suite. Trois stratégies.
Exemple
Trois études rédigées.
car équivaut à , vrai pour tout entier naturel . La suite est croissante.
Attention à la réciproque de la troisième stratégie. Si est croissante, la fonction n'est pas forcément croissante : la suite ne « voit » qu'aux points entiers. Ainsi, pour , la fonction décroît sur , donc n'est pas croissante sur ; pourtant la suite de terme général est croissante, car .
Propriété
Variations des suites arithmétiques et géométriques.
Combien vaut ? Additionner les termes un à un serait long ; une idée astucieuse donne le résultat en deux lignes.
Propriété
Somme des premiers entiers. Pour tout entier naturel :
Démonstration (méthode de Gauss). Notons cette somme, et écrivons-la dans les deux sens :
Additionnons les deux égalités en regroupant les termes par colonnes : chaque colonne vaut , puis , puis … soit toujours , et il y a colonnes. Donc , c'est-à-dire .
Ainsi , et la formule des nombres triangulaires annoncée à la section 2 est démontrée : .
Remarque
Un peu d'histoire. La légende raconte que Gauss, écolier, trouva en quelques secondes grâce à cette astuce. Bien avant lui, Nicole Oresme calculait au XIVe siècle des sommes de suites géométriques, et Léonard de Pise, dit Fibonacci, introduisait dès 1202 sa célèbre suite en modélisant la croissance d'un élevage de lapins.
Méthode
Calculer une somme de termes consécutifs.
Exemple
Somme de termes d'une suite arithmétique. Soit la suite de terme général , et , somme de termes. En écrivant chaque terme :
Or , donc .
Propriété
Somme des premières puissances de . Pour tout réel et tout entier naturel :
Démonstration. Notons et calculons . En multipliant chaque terme de par :
Les sommes et contiennent les mêmes termes , , …, : dans la différence , ils s'éliminent tous deux à deux, et il ne reste que le premier terme de et le dernier de :
Comme , on peut diviser les deux membres par , ce qui donne la formule.
Exemple
Somme des puissances de . Avec :
Pour une suite géométrique quelconque, on factorise par le premier terme : .
Les deux familles étudiées correspondent à deux modes d'évolution radicalement différents :
Sur la figure, la suite arithmétique de terme général (en bleu) progresse régulièrement, tandis que la suite géométrique de terme général (en doré) démarre plus lentement… puis accélère : dès le rang , elle dépasse la suite arithmétique, et l'écart se creuse ensuite de plus en plus vite. C'est un fait général : une suite géométrique de terme initial strictement positif et de raison finit toujours par dépasser n'importe quelle suite arithmétique.
Méthode
Reconnaître le bon modèle dans un énoncé. Acquis depuis : première (ens. scient.).
Exemple
Capital à intérêts composés. On place € au taux annuel de : chaque année, les intérêts s'ajoutent au capital et produisent à leur tour des intérêts. En notant le capital en euros après années : , donc est géométrique de raison , et . Après dix ans : €. Si la banque versait chaque année les mêmes € d'intérêts (modèle arithmétique de raison ), le capital ne serait que de € : les intérêts composés rapportent davantage, et l'écart s'amplifie avec le temps.
Que deviennent les termes d'une suite lorsque le rang devient très grand ? Observons trois comportements types.
Premier comportement : les termes s'accumulent sur une valeur. Soit la suite de terme général . Dressons un tableau de valeurs :
L'écart entre et , égal à , semble devenir aussi petit que l'on veut pourvu que soit assez grand : les points du nuage s'accumulent sur la droite d'équation . On conjecture que tend vers lorsque devient grand.
Deuxième comportement : les termes dépassent tout nombre fixé. Soit la suite de terme général . Ses termes finissent par dépasser n'importe quel nombre fixé à l'avance : dès que , et dès que . On conjecture que tend vers . Le rang à partir duquel un seuil est dépassé se trouve à la calculatrice, par un tableau de valeurs, ou avec une boucle while :
n = 0
while 0.3 * n**2 <= 10**6:
n = n + 1
print(n) # affiche 1826
Troisième comportement : ni l'un ni l'autre. Soit la suite de terme général . Ses termes valent alternativement (rangs pairs) et (rangs impairs) : ils ne s'accumulent sur aucune valeur unique et ne dépassent pas tout nombre fixé. Cette suite n'a pas de limite.
Remarque
À ce stade, « tend vers » relève de la conjecture, appuyée sur un tableau de valeurs, un nuage de points ou un algorithme. La définition précise de la limite d'une suite, et les théorèmes qui permettent de la démontrer, sont un objectif de la classe de terminale.
Python manipule naturellement les suites : le rang est l'entier d'une boucle, et les premiers termes se rangent dans une liste.
Méthode
Programmer une suite.
def u(n) qui renvoie directement l'expression.for ( tours de boucle pour atteindre le terme de rang ).[] et la remplir avec append.somme à chaque tour de boucle.while tant que le seuil n'est pas atteint (voir la section précédente).Formule explicite et liste des premiers termes, pour la suite de terme général :
def u(n):
# formule explicite
return n**2 - 4*n + 5
valeurs = []
for n in range(7):
valeurs.append(u(n))
print(valeurs) # affiche [5, 2, 1, 2, 5, 10, 17]
Calcul de proche en proche et somme cumulée, pour la suite définie par et :
# suite definie par v(0) = 4 et v(n+1) = 2*v(n) - 3
terme = 4
somme = 4
for k in range(10):
terme = 2 * terme - 3
somme = somme + terme
print(terme) # v(10) : affiche 1027
print(somme) # v(0) + v(1) + ... + v(10) : affiche 2080
Enfin, la suite factorielle, citée par le programme : elle est définie par et, pour tout entier naturel , , de sorte que pour . Ce nombre se note et se lit « factorielle ».
def factorielle(n):
# f(0) = 1 et f(n) = n * f(n-1)
f = 1
for k in range(1, n + 1):
f = f * k
return f
print(factorielle(6)) # affiche 720
La suite de Fibonacci, autre grand classique cité par le programme (chaque terme est la somme des deux précédents), est étudiée en exercice.
| Arithmétique | Géométrique | |
|---|---|---|
| Définition | ||
| Terme général | ||
| Variation | selon le signe de | pour : selon face à |
| Somme clé | () | |
| Modèle | accroissements constants — croissance linéaire | taux constant — croissance exponentielle |
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.