1ʳᵉ spé · Chapitre 07 · Géométrie
Calcul vectoriel et produit scalaire
Projection orthogonale, formule avec cosinus, bilinéarité, base orthonormée, formule d'Al-Kashi.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Projection orthogonale
- Formule avec cosinus
- Bilinéarité
- Base orthonormée
- Formule d'Al-Kashi
Les vecteurs de seconde savent additionner des déplacements, repérer des points, traduire un alignement ou un parallélisme. Mais ils restent muets sur deux questions pourtant essentielles en géométrie : quelle est la mesure d'un angle ? deux droites sont-elles perpendiculaires ? Le produit scalaire, introduit dans ce chapitre, comble ce manque. C'est une opération qui, à deux vecteurs, associe un nombre réel (un « scalaire », d'où son nom), et ce nombre encode à la fois des informations de longueur et des informations d'angle. Grâce à lui, démontrer une orthogonalité, calculer un angle ou une longueur devient un calcul, souvent plus rapide et plus sûr qu'un raisonnement géométrique direct. L'outil est si efficace qu'il est au cœur de la physique (travail d'une force) et qu'il vous suivra bien au-delà de la première.
Deux définitions du produit scalaire
Il existe plusieurs manières équivalentes de définir le produit scalaire. Nous en donnons deux dans cette section : l'une géométrique, par projection orthogonale, l'autre trigonométrique, par le cosinus de l'angle. Chacune deviendra une méthode de calcul à part entière.
Définition par projection orthogonale
Commençons par la définition la plus visuelle. Étant donné trois points , et avec , on peut projeter le point orthogonalement sur la droite : le projeté orthogonal de sur est le point de la droite tel que (si est déjà sur la droite, alors ).
Définition
Produit scalaire (par projection orthogonale). Soient et deux vecteurs. On choisit trois points , et tels que et .
- Si ou , on pose .
- Sinon, en notant le projeté orthogonal de sur la droite , le produit scalaire de et est le réel noté défini par :
Autrement dit, on « écrase » le vecteur sur la direction de , et on multiplie les longueurs, avec un signe qui dit si la projection pointe dans le même sens que ou non. On admet que le résultat ne dépend pas des points , , choisis pour représenter et : le produit scalaire est bien une opération sur les vecteurs eux-mêmes.
Exemple
est un carré de côté , et est le milieu de .
- : le projeté orthogonal de sur est (car dans le carré), et est de même sens que lui-même, donc .
- : le projeté orthogonal de sur est encore , donc . Deux vecteurs différents peuvent avoir le même produit scalaire avec : seule compte la projection.
- : le projeté orthogonal de sur est lui-même, donc .
- : en posant où est le symétrique de par rapport à , le projeté de sur est , et est de sens contraire à : donc .
Définition par le cosinus
La seconde définition fait intervenir l'angle entre les deux vecteurs. Pour deux vecteurs non nuls et , on note l'angle qu'ils forment ; dans ce chapitre, seul son cosinus intervient, et l'on peut donc raisonner avec la mesure géométrique de l'angle, comprise dans .
Définition
Produit scalaire (par le cosinus). Soient et deux vecteurs non nuls. Alors :
Si ou , on convient que .
Vérifions que les deux définitions donnent bien le même nombre. Plaçons-nous dans le cas où l'angle est aigu. Dans le triangle , rectangle en , le cosinus vu au collège donne , c'est-à-dire . Comme l'angle est aigu, et sont de même sens, et la première définition donne :
On retrouve la seconde définition. Si l'angle est obtus, son cosinus est négatif, et se trouve de l'autre côté de : le signe « moins » de la projection correspond exactement au signe du cosinus. Si l'angle est droit, et : les deux définitions donnent . Les deux points de vue coïncident donc dans tous les cas.
Retenons au passage la lecture du signe : le produit scalaire de deux vecteurs non nuls est positif lorsque l'angle est aigu, négatif lorsque l'angle est obtus, nul lorsque l'angle est droit.
Exemple
Calculons quelques produits scalaires avec la formule du cosinus et les valeurs remarquables du chapitre de trigonométrie.
- Si , et , alors .
- Si , et , alors .
- Si , et (angle obtus), alors : le produit scalaire est bien négatif.
Le carré scalaire
Que vaut le produit scalaire d'un vecteur avec lui-même ? Si , l'angle est nul et son cosinus vaut , donc . Et si , les deux membres sont nuls.
Propriété
Carré scalaire. Pour tout vecteur :
Ce nombre est appelé carré scalaire de , et on le note aussi . En particulier, pour tous points et : .
Cette égalité, toute simple, est la clé de voûte du chapitre : c'est elle qui permettra de convertir des longueurs en produits scalaires et réciproquement, notamment dans la formule d'Al-Kashi.
Caractérisation de l'orthogonalité
Nous avons observé que le produit scalaire de deux vecteurs non nuls s'annule exactement lorsque l'angle qu'ils forment est droit. C'est cette propriété qui fait du produit scalaire l'outil roi pour les questions de perpendicularité, et elle mérite une définition en bonne et due forme.
Définition
Vecteurs orthogonaux. Deux vecteurs et sont dits orthogonaux lorsque
On note alors . Par convention, le vecteur nul est orthogonal à tout vecteur.
Pour deux vecteurs non nuls, cette définition coïncide avec l'intuition : est nul si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si l'angle est droit. En termes de points : pour , , , avec et , les droites et sont perpendiculaires si et seulement si .
Exemple
Dans le carré de l'exemple précédent, on a trouvé : les vecteurs et sont orthogonaux, ce qui est bien cohérent avec l'angle droit du carré en .
Autre exemple : si , et , alors : les vecteurs sont orthogonaux, quelles que soient leurs normes.
La force de cette caractérisation apparaîtra pleinement dans la section suivante : une fois muni de coordonnées, « démontrer une perpendicularité » se réduira à vérifier qu'un calcul donne zéro.
Propriétés : symétrie et bilinéarité
Le produit scalaire porte bien son nom de « produit » : il se comporte, vis-à-vis de l'addition des vecteurs et de la multiplication par un réel, comme le produit des nombres vis-à-vis de l'addition. Les propriétés suivantes, que l'on admet, autorisent tous les développements et factorisations habituels.
Propriété
Symétrie et bilinéarité (admises). Pour tous vecteurs , , et tout réel :
- Symétrie : .
- Bilinéarité :
Par symétrie, les règles valent aussi « à gauche » : et . En pratique, on développe un produit scalaire de sommes exactement comme un produit de sommes de nombres, en distribuant terme à terme. Une seule vigilance : le résultat d'un produit scalaire est un nombre, pas un vecteur. On ne peut donc pas « enchaîner » les produits scalaires, et une écriture comme n'a pas de sens.
Exemple
Développons . En distribuant :
c'est-à-dire, en sortant les coefficients et en utilisant la symétrie () :
Si de plus , et , on obtient .
En base orthonormée
Munissons maintenant le plan d'un repère orthonormé : les vecteurs et sont orthogonaux et de norme . On dit que est une base orthonormée. Dans ce cadre, le produit scalaire admet une expression remarquablement simple à partir des coordonnées.
Propriété
Expression en base orthonormée. Dans une base orthonormée, si et , alors :
Démonstration. Les vecteurs de la base vérifient , et (vecteurs orthogonaux). Par définition des coordonnées, et . En développant par bilinéarité :
soit .
Deux conséquences immédiates, en appliquant la formule à puis en traduisant l'orthogonalité :
Propriété
Norme, distance et orthogonalité en base orthonormée. Dans un repère orthonormé :
- si , alors ;
- si et , alors ;
- et sont orthogonaux si et seulement si .
On retrouve les formules de norme et de distance vues en seconde : elles apparaissent maintenant comme des cas particuliers du produit scalaire, puisque .
Le programme 2026 met en avant une lecture supplémentaire de ces formules, qui éclaire le rôle des vecteurs de la base.
Propriété
Coordonnées et produits scalaires avec la base. Dans une base orthonormée , les coordonnées d'un vecteur s'obtiennent par produit scalaire avec les vecteurs de la base :
En effet, (le vecteur a pour coordonnées ), et de même . Autrement dit, l'abscisse de mesure « ce que contient dans la direction de » : c'est exactement l'idée de la projection orthogonale de la première section, appliquée aux axes du repère. Cette remarque, nouvelle dans le programme, prendra toute son importance dans les études ultérieures.
Exemple
Dans un repère orthonormé, on donne et .
- : les vecteurs et sont orthogonaux.
- et .
Autre exemple avec des points : , et . Alors et , d'où .
La formule du cosinus, lue à l'envers, permet alors de calculer un angle à partir des coordonnées.
Méthode
Calculer un angle avec le produit scalaire. Pour déterminer l'angle entre deux vecteurs non nuls et :
- calculer (par exemple avec les coordonnées : ) ;
- calculer les normes et ;
- en déduire ;
- reconnaître une valeur remarquable, ou obtenir une valeur approchée de l'angle à la calculatrice.
Exemple
Reprenons , et , et déterminons l'angle . On a vu que . Par ailleurs et . Donc :
La calculatrice donne (soit environ rad).
Développement de normes
Que devient l'identité remarquable dans le monde des vecteurs ? La bilinéarité permet de développer le carré scalaire d'une somme, et le résultat est frappant de ressemblance.
Propriété
Développement de et . Pour tous vecteurs et :
Démonstration. Le carré d'une norme est un carré scalaire : . On développe par bilinéarité :
en utilisant la symétrie (). Pour la seconde formule, on remplace par : la norme de est celle de , et , d'où le changement de signe du double produit.
En isolant dans ces égalités, on obtient les identités de polarisation : elles expriment le produit scalaire uniquement à l'aide de normes, sans angle ni coordonnées.
Propriété
Identités de polarisation. Pour tous vecteurs et :
En particulier, pour trois points , et , comme :
C'est une quatrième méthode de calcul : si l'on connaît les trois longueurs d'un triangle, on connaît tous les produits scalaires entre ses côtés, sans avoir besoin du moindre angle.
Exemple
Dans un triangle tel que , et :
Nous disposons désormais de quatre méthodes pour calculer un produit scalaire. Savoir choisir la bonne selon les données de l'énoncé est une capacité attendue du programme : c'est l'objet du tableau suivant.
Méthode
Choisir une méthode de calcul du produit scalaire.
| Méthode | Formule | Quand l'utiliser |
|---|---|---|
| Projection orthogonale | Figure avec angles droits visibles (carré, rectangle, hauteur) | |
| Coordonnées | Repère orthonormé, coordonnées connues | |
| Normes et angle | Deux longueurs et l'angle entre les vecteurs connus | |
| Normes seules | Les trois longueurs connues, aucun angle |
Dans tous les cas, commencer par ramener les deux vecteurs à une même origine (au besoin avec la relation de Chasles) avant d'appliquer une formule.
Formule d'Al-Kashi
Le théorème de Pythagore relie les trois côtés d'un triangle rectangle. Que devient cette relation dans un triangle quelconque ? La réponse est la formule d'Al-Kashi (mathématicien persan du XVe siècle), parfois appelée « théorème de Pythagore généralisé » : un terme correctif, proportionnel au cosinus de l'angle, vient compléter l'égalité.
Convenons des notations usuelles dans un triangle : on pose , et (chaque côté porte la lettre minuscule du sommet opposé), et on note l'angle au sommet .
Propriété
Formule d'Al-Kashi. Dans un triangle , avec les notations ci-dessus :
Par symétrie des rôles, on a de même et .
Démonstration (exigible). L'idée est d'écrire le côté comme une différence de vecteurs issus de , puis de développer le carré de la norme. Par la relation de Chasles, . Donc :
D'après le développement de (avec et ) :
Or, par la définition avec le cosinus, . En remplaçant :
Remarque. Si l'angle est droit, alors et la formule devient : on retrouve exactement le théorème de Pythagore. La formule d'Al-Kashi le généralise donc à tous les triangles, le terme mesurant « l'écart à l'angle droit » : il est négatif pour un angle aigu (le côté est plus court que ne le prédit Pythagore) et positif pour un angle obtus (le côté est plus long).
La formule s'utilise dans les deux sens : connaissant deux côtés et l'angle entre eux, on calcule le troisième côté ; connaissant les trois côtés, on calcule chaque angle.
Exemple
Calculer un côté. Dans un triangle , on donne , et . Alors, avec et :
donc .
Calculer un angle. Dans un triangle de côtés , et , la formule appliquée au sommet donne , c'est-à-dire :
On reconnaît une valeur remarquable : , soit .
Transformation de et ensembles de points
Cette dernière section illustre la troisième capacité attendue du chapitre : utiliser le produit scalaire pour résoudre un problème géométrique. Le problème type est le suivant : décrire l'ensemble des points du plan vérifiant une condition portant sur , où et sont deux points fixés. La difficulté est que les deux vecteurs dépendent du point mobile ; l'astuce, classique et féconde, consiste à faire apparaître un point fixe bien choisi, le milieu de , grâce à la relation de Chasles.
Propriété
Transformation de . Soient et deux points distincts et le milieu de . Pour tout point du plan :
Démonstration. On insère le point dans chaque vecteur par la relation de Chasles : et . Comme est le milieu de , on a , donc :
On reconnaît la forme , qui se développe par bilinéarité en (les doubles produits et se compensent par symétrie). Ainsi :
Enfin, puisque est le milieu de , d'où .
L'intérêt de cette transformation saute aux yeux : dans le membre de droite, la seule quantité qui dépend de est la distance au point fixe . Toute condition sur se traduit donc en une condition sur , c'est-à-dire en un problème de distance à un point fixe : on est ramené à reconnaître un cercle. Le cas le plus important est celui de la condition .
Propriété
Cercle de diamètre . Soient et deux points distincts. L'ensemble des points du plan tels que
est le cercle de diamètre .
Démonstration (exigible). Notons le milieu de et le cercle de diamètre , c'est-à-dire le cercle de centre et de rayon . Soit un point du plan. D'après la propriété précédente :
On raisonne alors par équivalences :
la dernière équivalence venant du fait que et sont des nombres positifs (deux nombres positifs sont égaux si et seulement si leurs carrés le sont). Or signifie exactement que appartient au cercle de centre et de rayon , c'est-à-dire à .
Chaque implication ayant été obtenue par équivalence, on a montré les deux sens : tout point vérifiant est sur , et tout point de vérifie . L'ensemble cherché est donc le cercle de diamètre .
Remarque géométrique. Ce résultat redémontre un théorème du collège. Soit un point du cercle de diamètre , distinct de et de . Alors avec et non nuls : ces vecteurs sont orthogonaux, donc le triangle est rectangle en . On retrouve ainsi l'énoncé familier : un triangle inscrit dans un cercle dont un côté est un diamètre est rectangle, et l'angle droit est au sommet opposé au diamètre. Réciproquement, si est rectangle en , alors appartient au cercle de diamètre .
Exemple
Dans un repère orthonormé, on donne et , et on cherche l'ensemble des points tels que . D'après la propriété, est le cercle de diamètre : son centre est le milieu de , de coordonnées , et son rayon vaut
On peut vérifier sur un point : est à distance de , et , donnent bien .
Plus généralement, la transformation permet d'étudier les ensembles de points définis par pour un réel : la condition équivaut à , et l'ensemble est un cercle de centre , le point seul, ou l'ensemble vide, selon le signe du membre de droite. C'est un bel exemple de la démarche générale de ce chapitre : le produit scalaire traduit une question géométrique en un calcul, et le calcul rend la réponse.
Méthode
Résoudre un problème géométrique avec le produit scalaire. Face à une question de géométrie (orthogonalité, angle, longueur, ensemble de points) :
- traduire la question en termes de produit scalaire (perpendicularité : produit scalaire nul ; angle : formule du cosinus ; longueur : carré scalaire) ;
- choisir la méthode de calcul adaptée aux données (voir le tableau des quatre méthodes) ;
- mener le calcul, en utilisant au besoin la bilinéarité, la relation de Chasles ou l'insertion d'un point fixe (comme le milieu ) ;
- conclure en retraduisant le résultat numérique en termes géométriques.
Ce chapitre a donc tenu sa promesse : angles, longueurs et perpendicularités se calculent désormais avec une seule opération. Le chapitre suivant de géométrie prolongera ce travail dans le plan repéré, en donnant des équations aux objets géométriques rencontrés ici.
Bloqué sur « Calcul vectoriel et produit scalaire » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.