1ʳᵉ spé · Chapitre 08 · Géométrie
Géométrie repérée
Vecteur normal à une droite, projeté orthogonal d'un point, équation de cercle.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Vecteur normal à une droite
- Projeté orthogonal d'un point
- Équation de cercle
Au dix-septième siècle, René Descartes a eu une idée qui a transformé les mathématiques : repérer chaque point du plan par deux nombres, ses coordonnées. Les objets géométriques — droites, cercles — deviennent alors des équations, et les raisonnements géométriques se ramènent à des calculs. En seconde, cette méthode a permis d'étudier les droites à l'aide de leurs équations cartésiennes et de leurs vecteurs directeurs. Le chapitre précédent a fourni un outil nouveau : le produit scalaire, qui détecte l'orthogonalité. En combinant les deux, ce chapitre enrichit la géométrie repérée de tout ce qui touche à la perpendicularité : vecteurs normaux, projections orthogonales, équations de cercles. Dans tout le chapitre, le plan est rapporté à un repère orthonormé — c'est indispensable, car les formules du produit scalaire en coordonnées ne valent que dans un tel repère.
Rappels : droites et vecteurs directeurs
Rappelons brièvement les acquis de seconde, sans les redémontrer.
Propriété
Équation cartésienne et vecteur directeur (rappels de seconde).
- Toute droite du plan admet une équation cartésienne de la forme , où , , sont des réels avec .
- Réciproquement, l'ensemble des points tels que , avec , est une droite.
- La droite d'équation admet pour vecteur directeur .
- Deux vecteurs et sont colinéaires si, et seulement si, .
Exemple
La droite d'équation admet pour vecteur directeur (on lit et ). Tout vecteur non nul colinéaire à , comme ou , dirige aussi la droite .
Une même droite admet une infinité d'équations cartésiennes : en multipliant par , on obtient , qui décrit exactement la même droite. On choisit en général l'équation aux coefficients les plus simples.
Rappelons enfin les formules du produit scalaire qui serviront sans cesse : dans un repère orthonormé, pour et ,
et et sont orthogonaux si, et seulement si, .
Vecteur normal à une droite
Jusqu'ici, une droite était décrite par sa direction : un vecteur directeur. L'idée nouvelle de ce chapitre est de la décrire par sa perpendiculaire : un vecteur normal. Cela peut sembler un détour, mais c'est en réalité un raccourci — le produit scalaire rend les vecteurs normaux extraordinairement commodes.
Définition
Soit une droite. Un vecteur normal à est un vecteur non nul orthogonal à un vecteur directeur de .
Comme tous les vecteurs directeurs d'une droite sont colinéaires entre eux, un vecteur orthogonal à l'un est orthogonal à tous : la définition ne dépend pas du vecteur directeur choisi. Et si est normal à , tout vecteur non nul colinéaire à l'est aussi : une droite admet une infinité de vecteurs normaux, tous colinéaires entre eux.
Voici la propriété centrale du chapitre. Elle est remarquable de simplicité : les coefficients et de l'équation, qu'on lisait « en croix » pour obtenir un vecteur directeur, se lisent directement pour obtenir un vecteur normal.
Propriété
La droite d'équation cartésienne admet pour vecteur normal
Réciproquement, toute droite de vecteur normal admet une équation cartésienne de la forme , où est un réel.
Démonstration. La droite admet pour vecteur directeur . Le vecteur est non nul, car . Calculons le produit scalaire dans le repère orthonormé :
Les vecteurs et sont donc orthogonaux : est normal à .
Réciproquement, soit une droite de vecteur normal et un point de . Un point appartient à si, et seulement si, est orthogonal à (car est soit nul, soit directeur de ), c'est-à-dire
en posant .
Exemple
- La droite d'équation admet pour vecteur normal et pour vecteur directeur . On vérifie : .
- La droite d'équation , réécrite , admet pour vecteur normal .
- La droite verticale d'équation , c'est-à-dire , admet pour vecteur normal : un vecteur horizontal, ce qui est cohérent.
Attention au piège classique. Pour la droite , le vecteur est normal, le vecteur est directeur. Confondre les deux est l'erreur la plus fréquente du chapitre. Un bon réflexe : vérifier que le produit scalaire des deux vecteurs annoncés vaut bien .
Le vecteur normal fournit aussi un critère efficace de perpendicularité entre droites.
Propriété
Soient et deux droites, et des vecteurs normaux respectifs, et des vecteurs directeurs respectifs.
- et sont parallèles si, et seulement si, et sont colinéaires.
- et sont perpendiculaires si, et seulement si, — ou, ce qui revient au même, si est colinéaire à .
En effet, deux droites sont parallèles lorsque leurs directions coïncident, donc lorsque leurs normales coïncident aussi ; elles sont perpendiculaires lorsque leurs directions sont orthogonales, ce qui se transporte aux vecteurs normaux (chaque normale fait un angle droit avec la direction de sa droite).
Exemple
Les droites et ont pour vecteurs normaux et . Comme
les droites et sont perpendiculaires.
Déterminer une équation de droite par un point et un vecteur normal
La démonstration de la réciproque ci-dessus contient une méthode redoutablement efficace, qui mérite d'être isolée : pour écrire l'équation d'une droite, il suffit d'un point et d'un vecteur normal.
Méthode
Équation cartésienne d'une droite connaissant un point et un vecteur normal .
- Traduire l'appartenance : .
- Écrire ce produit scalaire en coordonnées : .
- Développer et réduire pour obtenir la forme .
- Vérifier que les coordonnées de satisfont l'équation obtenue.
Variante rapide : les coefficients de et sont directement et ; on écrit et on détermine en imposant que soit sur la droite.
Exemple
Déterminons une équation cartésienne de la droite passant par et de vecteur normal .
Soit un point du plan. Le vecteur a pour coordonnées . Alors :
La droite a pour équation cartésienne .
Vérification. Pour : . Le point est bien sur la droite, et les coefficients de et sont bien les coordonnées de .
Cette méthode trouve une application immédiate et très classique : la médiatrice d'un segment. Rappelons que la médiatrice de est la droite perpendiculaire à passant par le milieu de — c'est donc exactement une droite définie par un point (le milieu) et un vecteur normal ().
Méthode
Équation de la médiatrice du segment .
- Calculer les coordonnées du milieu de : .
- Calculer les coordonnées de : c'est un vecteur normal à la médiatrice.
- Appliquer la méthode précédente avec le point et le vecteur normal .
Exemple
Déterminons une équation de la médiatrice du segment , avec et .
Le milieu de est , c'est-à-dire . Le vecteur est normal à . Pour tout point :
En divisant par , la médiatrice a pour équation .
Contrôle. La médiatrice est l'ensemble des points équidistants de et de . Le point vérifie l'équation ; on calcule et : on a bien .
Projeté orthogonal d'un point sur une droite
Le chapitre sur le produit scalaire a introduit le projeté orthogonal ; donnons-en la définition et apprenons surtout à calculer ses coordonnées.
Définition
Soient une droite et un point du plan. Le projeté orthogonal de sur est le point d'intersection de la droite et de la perpendiculaire à passant par .
Si appartient à , alors .
Comment calculer les coordonnées de ? Le point est caractérisé par deux conditions, qui fournissent chacune une équation :
- appartient à : ses coordonnées vérifient l'équation de ;
- la droite est perpendiculaire à : le vecteur est colinéaire au vecteur normal de (les deux sont orthogonaux à la direction de ).
Méthode
Coordonnées du projeté orthogonal de sur la droite .
- Lire un vecteur normal de : .
- Noter et écrire les deux conditions :
- : ;
- colinéaire à : critère de colinéarité .
- Résoudre le système de deux équations à deux inconnues.
- Vérifier que le point obtenu est sur et que pour un vecteur directeur de .
Autre point de vue, équivalent : la deuxième condition dit que appartient à la perpendiculaire à passant par , droite dont on sait écrire l'équation (elle passe par et admet comme vecteur normal).
Exemple
Déterminons les coordonnées du projeté orthogonal de sur la droite d'équation .
Un vecteur normal de est . Notons ; le vecteur a pour coordonnées .
- donne : .
- colinéaire à donne : , c'est-à-dire , ou encore .
Résolvons le système. La première équation donne ; en reportant dans la seconde :
d'où . Le projeté orthogonal de sur est .
Vérification. : est bien sur . Et vérifie avec le vecteur directeur de : la perpendicularité est confirmée.
Le projeté orthogonal a une interprétation géométrique importante : parmi tous les points de la droite, c'est le plus proche de .
Propriété
Soient une droite, un point du plan et le projeté orthogonal de sur . Pour tout point de distinct de ,
La longueur est donc la plus courte distance de aux points de : on l'appelle la distance du point à la droite .
Démonstration. Soit un point de distinct de . Comme est perpendiculaire à et que et appartiennent à , le triangle est rectangle en . Le théorème de Pythagore donne
Or , donc , d'où et, les longueurs étant positives, .
Exemple
Reprenons l'exemple précédent : la distance de à la droite est la longueur , avec :
Remarque. Retenons la démarche : pour calculer la distance d'un point à une droite, on calcule d'abord le projeté orthogonal , puis la longueur . C'est le passage obligé en première — et le calcul de est de toute façon souvent demandé pour lui-même.
Équation de cercle
Après les droites, le deuxième grand objet de la géométrie repérée : le cercle. Sa définition — l'ensemble des points à distance d'un centre — se traduit immédiatement en équation grâce à la formule de la distance.
Définition
Soient un point du plan et un réel strictement positif. Le cercle de centre et de rayon est l'ensemble des points du plan tels que .
Propriété
Dans un repère orthonormé, le cercle de centre et de rayon a pour équation
Démonstration. Soit un point du plan. Les longueurs et étant positives, l'égalité équivaut à . Or, dans un repère orthonormé,
Donc .
Attention : dans l'équation figure , pas . Le cercle de centre et de rayon a pour équation , et non . Réciproquement, si une équation se termine par , le rayon vaut .
Exemple
- Le cercle de centre et de rayon a pour équation . Notez le signe : .
- Le cercle de centre (origine du repère) et de rayon a pour équation .
- Le point appartient-il au premier cercle ? On teste : . Non — et comme , le point est même à l'intérieur du cercle.
Reconnaître une équation de cercle
En développant , on obtient : le cercle « se cache » derrière une équation développée. Le problème inverse se pose naturellement : une équation de la forme
représente-t-elle toujours un cercle ? La réponse s'obtient en refaisant le chemin à l'envers, grâce à la forme canonique (la technique de complétion du carré, déjà vue au chapitre sur le second degré) :
Méthode
Reconnaître une équation de cercle (forme ).
- Regrouper les termes en ensemble, les termes en ensemble.
- Compléter chaque carré : , et de même en .
- Mettre l'équation sous la forme en passant les constantes à droite.
- Discuter selon le signe de :
- si : c'est le cercle de centre et de rayon ;
- si : l'ensemble est réduit au seul point ;
- si : l'ensemble est vide (une somme de carrés ne peut pas être strictement négative).
Remarque. Une équation où les coefficients de et sont différents, ou qui contient un terme en , ne peut pas représenter un cercle. Si les deux coefficients sont égaux mais différents de (par exemple ), on commence par tout diviser par ce coefficient.
Exemple
L'équation est-elle celle d'un cercle ?
Regroupons et complétons les carrés :
L'équation devient
Comme , c'est l'équation du cercle de centre et de rayon .
Exemple
Deux cas dégénérés.
- s'écrit . Une somme de deux carrés est nulle si, et seulement si, chacun est nul : et . L'ensemble est réduit au point .
- s'écrit , soit . Une somme de carrés ne peut pas valoir : l'ensemble est vide.
Moralité : ne jamais conclure « c'est un cercle » avant d'avoir vérifié que le second membre de la forme canonique est strictement positif.
Le cercle de diamètre
Rappelons enfin une caractérisation vue au chapitre sur le produit scalaire, très utile pour obtenir l'équation d'un cercle dont on connaît un diamètre.
Propriété
(Rappel du chapitre précédent.) Soient et deux points distincts. Le cercle de diamètre est l'ensemble des points du plan tels que
(Le point voit le segment sous un angle droit, ou bien ou .)
Exemple
Déterminons une équation du cercle de diamètre , avec et .
Soit . Les vecteurs et donnent :
Développons : et , d'où
On reconnaît le cercle de centre et de rayon .
Cohérence. Le centre est bien le milieu de , et : le rayon vaut bien .
Utiliser un repère pour étudier une configuration
Toutes les techniques du chapitre convergent vers un même usage : démontrer des propriétés géométriques par le calcul. C'est le cœur de la méthode de Descartes — remplacer un raisonnement de géométrie pure, parfois difficile à trouver, par un calcul systématique en coordonnées.
Méthode
Étudier une configuration à l'aide d'un repère.
- Choisir un repère orthonormé adapté à la figure (si aucun n'est imposé) : origine en un point remarquable, axes portés par des côtés perpendiculaires ou des axes de symétrie. Un bon choix simplifie énormément les calculs.
- Traduire les hypothèses en coordonnées : attribuer des coordonnées à chaque point, écrire les équations des droites et cercles de la figure.
- Calculer : produits scalaires pour les angles droits, critère de colinéarité pour les alignements et parallélismes, distances pour les longueurs, systèmes pour les intersections.
- Conclure en revenant au langage géométrique : traduire le résultat du calcul en une propriété de la figure.
Premier exemple : la configuration est donnée directement par des coordonnées.
Exemple
Dans un repère orthonormé, on considère , et . Démontrons que le triangle est rectangle et déterminons son cercle circonscrit.
Le triangle est rectangle en . Calculons les coordonnées des vecteurs issus de :
Leur produit scalaire vaut : les vecteurs sont orthogonaux, donc le triangle est rectangle en .
Cercle circonscrit. Dans un triangle rectangle, le cercle circonscrit a pour diamètre l'hypoténuse — ici (c'est exactement la caractérisation du cercle de diamètre appliquée au point ). Son centre est donc le milieu de :
et son rayon vaut la moitié de l'hypoténuse :
Le cercle circonscrit a donc pour équation
Vérification. Le point doit être sur ce cercle : . C'est bien le cas.
Second exemple : cette fois, aucune coordonnée n'est donnée — c'est à nous de choisir le repère. C'est là que la méthode déploie toute sa puissance.
Exemple
Soit un carré, le milieu de et le milieu de . Démontrons que les droites et sont perpendiculaires.
Choix du repère. Les côtés et du carré sont perpendiculaires et de même longueur : le repère est orthonormé (en prenant le côté du carré comme unité). C'est le choix naturel.
Traduction en coordonnées. Dans ce repère : , , , , puis
Calcul. Les vecteurs directeurs des deux droites sont
et leur produit scalaire vaut
Conclusion. Les vecteurs et sont orthogonaux, donc les droites et sont perpendiculaires — et ce, quel que soit le carré de départ, puisque le raisonnement n'utilise que le repère construit sur ses côtés.
Remarque. Comparez avec une démonstration « sans repère » : il faudrait repérer une rotation ou des triangles semblables, ce qui demande une idée. Ici, aucune idée n'est nécessaire — seulement un bon choix de repère et un calcul soigné. C'est tout l'esprit de la géométrie repérée : le calcul remplace l'astuce.
En résumé : dans un repère orthonormé, une droite se décrit par un point et un vecteur normal (lu directement sur l'équation ), le projeté orthogonal se calcule par un système et donne la distance d'un point à une droite, et un cercle se reconnaît en complétant les carrés. Armé du produit scalaire, le repère devient une véritable machine à démontrer — les chapitres suivants, et après eux la terminale avec la géométrie dans l'espace, prolongeront cette méthode.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.