1ʳᵉ ens. sci. · Chapitre 05 · Phénomènes d'évolution

Suites géométriques

Récurrence, terme de rang n, sens de variation, taux d'évolution constant.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Récurrence
  • Terme de rang n
  • Sens de variation
  • Taux d'évolution constant

Un capital placé qui grossit d'année en année, une population de bactéries qui double régulièrement, une quantité de médicament dans le sang qui diminue d'heure en heure, un lac envahi par une algue dont la surface augmente au même rythme chaque semaine… Toutes ces situations ont un point commun : à chaque étape, la grandeur est multipliée par le même nombre. Le chapitre précédent étudiait les suites arithmétiques, où l'on ajoute toujours la même quantité. Ce chapitre étudie les suites où l'on multiplie toujours par le même nombre : les suites géométriques. Elles sont l'outil naturel pour décrire les évolutions en pourcentage qui se répètent — et vous allez voir qu'elles se comportent très différemment des suites arithmétiques.

Des évolutions répétées au même taux

Partons d'une situation concrète. Une ville compte 10000 habitants. Chaque année, sa population augmente de 5%. Combien d'habitants comptera-t-elle dans un an ? dans deux ans ? dans dix ans ?

Pour répondre, rappelons l'outil vu en seconde : le coefficient multiplicateur.

Propriété

Rappel : évolution et coefficient multiplicateur.

  • Augmenter une valeur de t%, c'est la multiplier par 1+t100.
  • Diminuer une valeur de t%, c'est la multiplier par 1t100.

Par exemple, augmenter de 5% revient à multiplier par 1,05 ; diminuer de 25% revient à multiplier par 0,75.

Exemple

Chaque année, la population de la ville est multipliée par 1+5100=1,05. On calcule donc de proche en proche :

Nombre d'années écoulées Population
0 10000
1 10000×1,05=10500
2 10500×1,05=11025
3 11025×1,05=11576,25

Au bout de trois ans, le modèle prévoit environ 11576 habitants. (Une population est un nombre entier : la valeur 11576,25 est une valeur de modèle, qu'on arrondit pour conclure.)

Observez bien le calcul : d'une année à la suivante, c'est toujours la même multiplication par 1,05 qui se répète. Pour connaître la population dans dix ans, il faudrait enchaîner dix multiplications… C'est faisable, mais lourd. Ce phénomène — répéter indéfiniment la même multiplication — mérite un outil dédié. Cet outil, c'est la suite géométrique.

Suites géométriques : définition

Comme au chapitre précédent, une suite est une liste infinie de nombres, numérotés à partir de 0. On note u(n) le terme de rang n : la suite u associe à chaque entier naturel n un nombre u(n), exactement comme une fonction — mais une fonction définie uniquement sur les entiers naturels.

Définition

Une suite u de termes strictement positifs est géométrique lorsqu'il existe un nombre q>0 tel que, pour tout entier naturel n :

u(n+1)=q×u(n).

Le nombre q s'appelle la raison de la suite ; le terme u(0) est son premier terme.

Autrement dit : pour passer d'un terme au suivant, on multiplie toujours par le même nombre q. C'est le pendant multiplicatif des suites arithmétiques, où l'on ajoutait toujours la même quantité r. Notez que si le premier terme est strictement positif et si q>0, alors, de proche en proche, tous les termes de la suite sont strictement positifs.

Deux notations pour un même nombre. À côté de l'écriture fonctionnelle u(n), on rencontre très souvent l'écriture indicielle un (lire « u indice n »). Les deux désignent exactement le même terme : u3 et u(3) sont le même nombre. Avec cette notation, la relation de la définition s'écrit un+1=q×un. Les deux écritures sont utilisées, en cours comme dans les sujets : il faut savoir lire l'une et l'autre.

Exemple

  • La suite u définie par u(0)=4 et u(n+1)=3×u(n) est géométrique de premier terme 4 et de raison 3. Ses premiers termes sont 4 ; 12 ; 36 ; 108 ; … — chaque terme est le triple du précédent.
  • La population de la section précédente définit une suite géométrique v de premier terme v(0)=10000 et de raison 1,05 : chaque année, v(n+1)=1,05×v(n).
  • Contre-exemple. La suite arithmétique w de premiers termes 5 ; 8 ; 11 ; 14 (on ajoute 3 à chaque rang) n'est pas géométrique : 85=1,6 tandis que 118=1,375. On ne passe pas d'un terme au suivant en multipliant par un nombre fixe.

Méthode

Reconnaître une suite géométrique. On dispose des premiers termes d'une suite (tous strictement positifs).

  1. Calculer les quotients successifs u(1)u(0), u(2)u(1), u(3)u(2), …
  2. Si tous ces quotients sont égaux à un même nombre q, la suite semble géométrique de raison q (et son premier terme se lit directement).
  3. Si deux quotients diffèrent, la suite n'est pas géométrique — un seul écart suffit à conclure.

Exemple

Les premiers termes d'une suite u sont 6 ; 9 ; 13,5 ; 20,25. Cette suite est-elle géométrique ?

On calcule les quotients successifs :

96=1,513,59=1,520,2513,5=1,5.

Tous les quotients valent 1,5 : la suite u est géométrique, de premier terme u(0)=6 et de raison q=1,5. On peut alors prolonger la liste : u(4)=20,25×1,5=30,375.

Terme général

La relation u(n+1)=q×u(n) définit la suite de proche en proche : pour connaître u(10), il faut avoir calculé u(9), donc u(8), et ainsi de suite. Pour atteindre directement un terme lointain, il nous faut une formule explicite, qui donne u(n) en fonction de n seul.

L'idée est simple. Partons de u(0) et déroulons la définition :

u(1)=q×u(0)u(2)=q×u(1)=q×q×u(0)=q2×u(0)u(3)=q×u(2)=q3×u(0)

Pour passer du rang 0 au rang n, on effectue n multiplications par q, c'est-à-dire une multiplication par qn. De proche en proche, on obtient ainsi la formule suivante.

Propriété

Terme général d'une suite géométrique. Si u est une suite géométrique de raison q et de premier terme u(0), alors pour tout entier naturel n :

u(n)=u(0)×qn.

Si la suite commence au rang 1 (premier terme u(1)), la formule devient, pour tout entier n1 :

u(n)=u(1)×qn1,

car pour aller du rang 1 au rang n, on ne multiplie que n1 fois par q. En notation indicielle, ces formules s'écrivent un=u0×qn et un=u1×qn1.

Retenez le réflexe de comptage : l'exposant de q est le nombre d'étapes franchies depuis le premier terme, c'est-à-dire la différence des rangs.

Exemple

  • Soit u la suite géométrique de premier terme u(0)=3 et de raison q=2. Alors u(n)=3×2n, et par exemple u(10)=3×210=3×1024=3072. À la calculatrice, la touche puissance donne 210 en un seul calcul — aucun besoin de calculer les dix termes intermédiaires.
  • Soit v la suite géométrique de raison 0,9 dont le premier terme est v1=500 (elle commence au rang 1). Alors vn=500×0,9n1, et par exemple v5=500×0,94=500×0,6561=328,05. L'exposant est bien 4 : de v1 à v5, il y a quatre étapes.

Exemple

En contexte. On place un capital de 2000 € sur un livret rémunéré à 3% par an : chaque année, les intérêts s'ajoutent au capital, qui est donc multiplié par 1,03. Notons C(n) le capital, en euros, au bout de n années. La suite C est géométrique de premier terme C(0)=2000 et de raison 1,03, donc

C(n)=2000×1,03n.

Au bout de dix ans, le capital vaut C(10)=2000×1,03102687,83 €. Les intérêts rapportent donc environ 688 € en dix ans — davantage que dix fois les 60 € de la première année, car les intérêts produisent eux-mêmes des intérêts.

Sens de variation

Une suite est croissante lorsque chaque terme est supérieur au précédent, décroissante lorsque chaque terme est inférieur au précédent, constante lorsque tous les termes sont égaux. Pour une suite géométrique à termes strictement positifs, tout se lit sur la raison.

Propriété

Sens de variation. Soit u une suite géométrique de termes strictement positifs et de raison q>0.

  • Si q>1, la suite u est croissante.
  • Si q=1, la suite u est constante.
  • Si 0<q<1, la suite u est décroissante.

Pourquoi ? Comparons deux termes consécutifs en étudiant leur différence :

u(n+1)u(n)=q×u(n)u(n)=u(n)×(q1).

Comme les termes u(n) sont strictement positifs, cette différence est du signe de q1. Si q>1, elle est positive : chaque terme dépasse le précédent, la suite est croissante. Si q<1, elle est négative : la suite est décroissante. Si q=1, elle est nulle : la suite ne bouge pas.

Trois suites, trois comportements :

  • u(n)=2×1,5n : la raison est 1,5>1, la suite est croissante. Chaque terme vaut 1,5 fois le précédent : c'est une hausse de 50% à chaque rang.
  • v(n)=20×0,75n : la raison est 0,75, comprise entre 0 et 1, la suite est décroissante. Chaque terme vaut 75% du précédent : baisse de 25% à chaque rang.
  • w(n)=7×1n=7 : la raison est 1, la suite est constante, tous ses termes valent 7.

Exemple

Le lien avec les pourcentages est direct : une grandeur qui augmente de 4% par an suit une suite géométrique de raison 1,04>1, donc croissante ; une grandeur qui perd 10% par heure suit une suite géométrique de raison 0,9, donc décroissante. Le sens de variation de la suite confirme (ou infirme) ce que le contexte laisse attendre — c'est un excellent test de cohérence à la fin d'un exercice.

Représentation graphique

Pour visualiser une suite, on place dans un repère les points de coordonnées (n;u(n)) : abscisse le rang, ordonnée le terme. Comme n ne prend que des valeurs entières, on obtient un nuage de points isolés : on ne relie pas les points, car la suite n'a aucune valeur entre deux rangs entiers — le phénomène est dit discret.

Reprenons la suite croissante u(n)=2×1,5n. Sa table de valeurs (arrondies au centième) :

n 0 1 2 3 4 5 6
u(n) 2 3 4,5 6,75 10,125 15,19 22,78

Nuage de points de la suite géométrique croissante u(n) = 2 fois 1,5 puissance n : les points montent de plus en plus vite

Observez la forme du nuage : les points ne montent pas régulièrement, ils montent de plus en plus vite. D'un rang au suivant, on gagne d'abord 1, puis 1,5, puis 2,25… L'écart entre deux points consécutifs grandit à chaque étape, puisque chaque terme est 1,5 fois le précédent. Cette allure caractéristique, qui « décolle », est appelée allure exponentielle.

Regardons maintenant la suite décroissante v(n)=20×0,75n, dont les premiers termes sont 20 ; 15 ; 11,25 ; environ 8,44 ; 6,33 ; 4,75 ; 3,56.

Nuage de points de la suite géométrique décroissante v(n) = 20 fois 0,75 puissance n : la baisse ralentit et les points se rapprochent de l'axe des abscisses

La décroissance est rapide au début, puis de plus en plus lente : on retire 25% d'une valeur qui diminue, donc on retire de moins en moins. Les points se rapprochent de l'axe des abscisses sans jamais le toucher : les termes deviennent aussi proches de 0 qu'on veut, mais restent strictement positifs.

Linéaire contre exponentiel. La comparaison avec les suites arithmétiques saute aux yeux sur un graphique. Plaçons sur le même repère la suite arithmétique a(n)=2+3n (points bleus) et la suite géométrique g(n)=2×1,5n (points dorés).

Comparaison des nuages : suite arithmétique a(n) = 2 + 3n en bleu (points alignés) et suite géométrique g(n) = 2 fois 1,5 puissance n en doré (croissance qui s'accélère)

La suite arithmétique ajoute toujours la même quantité : ses points sont parfaitement alignés, la croissance est linéaire. La suite géométrique multiplie toujours par le même nombre : sa croissance s'accélère, c'est la croissance exponentielle. Ici, la suite arithmétique fait la course en tête jusqu'au rang 5 (a(5)=17 contre g(5)15,19)… mais au rang 6, la géométrique la dépasse (g(6)22,78 contre a(6)=20) — et l'écart ne fera ensuite que se creuser : une suite géométrique croissante finit toujours par dépasser n'importe quelle suite arithmétique.

Méthode

Lire le premier terme et la raison sur un nuage de points.

  1. Le premier terme u(0) est l'ordonnée du point d'abscisse 0.
  2. Choisir deux points consécutifs (abscisses n et n+1) dont les ordonnées se lisent précisément, puis calculer le quotient : q=u(n+1)u(n).
  3. Vérifier avec un autre couple de points consécutifs : le quotient doit être le même.

Exemple

Sur le nuage décroissant ci-dessus : le point d'abscisse 0 a pour ordonnée 20, donc v(0)=20. Les points d'abscisses 0 et 1 ont pour ordonnées 20 et 15, donc

q=1520=0,75.

Vérification avec le couple suivant : 11,2515=0,75 — cohérent. Le nuage représente la suite géométrique de premier terme 20 et de raison 0,75.

Modéliser une évolution à taux constant

Nous avons maintenant tous les outils pour traiter la situation qui a ouvert le chapitre — et toutes celles qui lui ressemblent : population, capital, abonnés, émissions de gaz à effet de serre, quantité de médicament… Dès qu'une grandeur évolue du même pourcentage à chaque étape, une suite géométrique la modélise.

Méthode

Modéliser une évolution à taux constant, en quatre étapes.

  1. Identifier le taux d'évolution constant : hausse ou baisse de t% à chaque étape (année, mois, heure…), et la valeur initiale de la grandeur.
  2. Traduire le taux en coefficient multiplicateur : q=1+t100 pour une hausse, q=1t100 pour une baisse.
  3. Modéliser : la grandeur après n étapes est le terme u(n) de la suite géométrique de premier terme u(0) (la valeur initiale) et de raison q.
  4. Exploiter le terme général u(n)=u(0)×qn pour calculer la valeur à n'importe quel rang, puis conclure dans le contexte (unités, arrondi raisonnable).

Exemple

Début 2026, une chaîne de vidéos de vulgarisation scientifique compte 5000 abonnés. On suppose que ce nombre augmente de 4% par an. Combien d'abonnés la chaîne comptera-t-elle début 2031 ?

  1. Le taux est constant : +4% par an. La valeur initiale est 5000 abonnés.
  2. Le coefficient multiplicateur est q=1+4100=1,04.
  3. Notons u(n) le nombre d'abonnés n années après début 2026 : la suite u est géométrique de premier terme u(0)=5000 et de raison 1,04, donc u(n)=5000×1,04n.
  4. Début 2031, il s'est écoulé 5 années : u(5)=5000×1,0456083. La chaîne comptera environ 6083 abonnés.

Cohérence : la raison 1,04>1 donne une suite croissante — le nombre d'abonnés augmente bien, et de plus de 5×4%=20% au total (ici environ 21,7%), car chaque hausse s'applique à une valeur déjà augmentée.

Les problèmes de seuil. Très souvent, la question se pose dans l'autre sens : non pas « combien vaudra la grandeur au rang n ? », mais « à partir de quel rang la grandeur dépassera-t-elle (ou passera-t-elle sous) une valeur donnée ? ». On ne dispose pas, en première, d'un calcul direct pour répondre : on procède par exploration, en calculant les termes un à un jusqu'à franchir le seuil.

Méthode

Résoudre un problème de seuil par exploration.

  1. Modéliser la situation par une suite géométrique et écrire son terme général.
  2. Calculer les termes successifs avec l'outil de son choix : la calculatrice (en multipliant par q à chaque appui, ou avec la table de valeurs), un tableur (valeur initiale en B1, formule =B1*1,03 recopiée vers le bas, à adapter), ou un petit programme qui multiplie en boucle.
  3. Repérer le premier rang n pour lequel le seuil est franchi, et vérifier l'encadrement : le terme de rang n1 est encore du mauvais côté du seuil, celui de rang n l'a franchi.
  4. Conclure par une phrase dans le contexte. On peut aussi lire la réponse sur le nuage de points : le premier point au-dessus (ou en dessous) de la droite horizontale du seuil.

Exemple

On place 5000 € sur un livret rémunéré à 3% par an. Au bout de combien d'années le capital dépassera-t-il 6000 € ?

Modèle. Le capital est multiplié par 1,03 chaque année : le capital au bout de n années est C(n)=5000×1,03n.

Exploration. Un tableur (ou la calculatrice) donne les valeurs successives, arrondies au centime :

Années n Capital C(n) en €
0 5000
1 5150
2 5304,50
3 5463,64
4 5627,54
5 5796,37
6 5970,26
7 6149,37

Encadrement du seuil. C(6)5970,26<6000 et C(7)6149,37>6000.

Conclusion. C'est au bout de 7 années que le capital dépasse pour la première fois 6000 €.

À retenir

Méthode

Les réflexes du chapitre.

  1. Multiplier, pas ajouter. Une suite géométrique de raison q>0 vérifie u(n+1)=q×u(n) : pour passer d'un terme au suivant, on multiplie toujours par la raison. Pour la reconnaître : les quotients successifs u(n+1)u(n) sont constants.
  2. Terme général. u(n)=u(0)×qn — et u(n)=u(1)×qn1 si la suite commence au rang 1. L'exposant compte le nombre d'étapes franchies.
  3. Pourcentages répétés. Une évolution de t% répétée à l'identique se modélise par une suite géométrique de raison q=1+t100 (hausse) ou q=1t100 (baisse).
  4. Sens de variation (termes strictement positifs) : croissante si q>1, constante si q=1, décroissante si 0<q<1.
  5. Graphique et seuil. Le nuage de points (n;u(n)) ne se relie pas (phénomène discret) et a une allure exponentielle. Pour un problème de seuil, on explore : calculatrice, table de valeurs ou tableur, jusqu'à franchir le seuil — puis on conclut par un encadrement et une phrase.

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