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1ʳᵉ ens. sci. · Chapitre 05 · Phénomènes d'évolution
Récurrence, terme de rang n, sens de variation, taux d'évolution constant.
Un capital placé qui grossit d'année en année, une population de bactéries qui double régulièrement, une quantité de médicament dans le sang qui diminue d'heure en heure, un lac envahi par une algue dont la surface augmente au même rythme chaque semaine… Toutes ces situations ont un point commun : à chaque étape, la grandeur est multipliée par le même nombre. Le chapitre précédent étudiait les suites arithmétiques, où l'on ajoute toujours la même quantité. Ce chapitre étudie les suites où l'on multiplie toujours par le même nombre : les suites géométriques. Elles sont l'outil naturel pour décrire les évolutions en pourcentage qui se répètent — et vous allez voir qu'elles se comportent très différemment des suites arithmétiques.
Partons d'une situation concrète. Une ville compte habitants. Chaque année, sa population augmente de . Combien d'habitants comptera-t-elle dans un an ? dans deux ans ? dans dix ans ?
Pour répondre, rappelons l'outil vu en seconde : le coefficient multiplicateur.
Propriété
Rappel : évolution et coefficient multiplicateur.
Par exemple, augmenter de revient à multiplier par ; diminuer de revient à multiplier par .
Exemple
Chaque année, la population de la ville est multipliée par . On calcule donc de proche en proche :
| Nombre d'années écoulées | Population |
|---|---|
Au bout de trois ans, le modèle prévoit environ habitants. (Une population est un nombre entier : la valeur est une valeur de modèle, qu'on arrondit pour conclure.)
Observez bien le calcul : d'une année à la suivante, c'est toujours la même multiplication par qui se répète. Pour connaître la population dans dix ans, il faudrait enchaîner dix multiplications… C'est faisable, mais lourd. Ce phénomène — répéter indéfiniment la même multiplication — mérite un outil dédié. Cet outil, c'est la suite géométrique.
Comme au chapitre précédent, une suite est une liste infinie de nombres, numérotés à partir de . On note le terme de rang : la suite associe à chaque entier naturel un nombre , exactement comme une fonction — mais une fonction définie uniquement sur les entiers naturels.
Définition
Une suite de termes strictement positifs est géométrique lorsqu'il existe un nombre tel que, pour tout entier naturel :
Le nombre s'appelle la raison de la suite ; le terme est son premier terme.
Autrement dit : pour passer d'un terme au suivant, on multiplie toujours par le même nombre . C'est le pendant multiplicatif des suites arithmétiques, où l'on ajoutait toujours la même quantité . Notez que si le premier terme est strictement positif et si , alors, de proche en proche, tous les termes de la suite sont strictement positifs.
Deux notations pour un même nombre. À côté de l'écriture fonctionnelle , on rencontre très souvent l'écriture indicielle (lire « indice »). Les deux désignent exactement le même terme : et sont le même nombre. Avec cette notation, la relation de la définition s'écrit . Les deux écritures sont utilisées, en cours comme dans les sujets : il faut savoir lire l'une et l'autre.
Exemple
Méthode
Reconnaître une suite géométrique. On dispose des premiers termes d'une suite (tous strictement positifs).
Exemple
Les premiers termes d'une suite sont ; ; ; . Cette suite est-elle géométrique ?
On calcule les quotients successifs :
Tous les quotients valent : la suite est géométrique, de premier terme et de raison . On peut alors prolonger la liste : .
La relation définit la suite de proche en proche : pour connaître , il faut avoir calculé , donc , et ainsi de suite. Pour atteindre directement un terme lointain, il nous faut une formule explicite, qui donne en fonction de seul.
L'idée est simple. Partons de et déroulons la définition :
Pour passer du rang au rang , on effectue multiplications par , c'est-à-dire une multiplication par . De proche en proche, on obtient ainsi la formule suivante.
Propriété
Terme général d'une suite géométrique. Si est une suite géométrique de raison et de premier terme , alors pour tout entier naturel :
Si la suite commence au rang (premier terme ), la formule devient, pour tout entier :
car pour aller du rang au rang , on ne multiplie que fois par . En notation indicielle, ces formules s'écrivent et .
Retenez le réflexe de comptage : l'exposant de est le nombre d'étapes franchies depuis le premier terme, c'est-à-dire la différence des rangs.
Exemple
Exemple
En contexte. On place un capital de € sur un livret rémunéré à par an : chaque année, les intérêts s'ajoutent au capital, qui est donc multiplié par . Notons le capital, en euros, au bout de années. La suite est géométrique de premier terme et de raison , donc
Au bout de dix ans, le capital vaut €. Les intérêts rapportent donc environ € en dix ans — davantage que dix fois les € de la première année, car les intérêts produisent eux-mêmes des intérêts.
Une suite est croissante lorsque chaque terme est supérieur au précédent, décroissante lorsque chaque terme est inférieur au précédent, constante lorsque tous les termes sont égaux. Pour une suite géométrique à termes strictement positifs, tout se lit sur la raison.
Propriété
Sens de variation. Soit une suite géométrique de termes strictement positifs et de raison .
Pourquoi ? Comparons deux termes consécutifs en étudiant leur différence :
Comme les termes sont strictement positifs, cette différence est du signe de . Si , elle est positive : chaque terme dépasse le précédent, la suite est croissante. Si , elle est négative : la suite est décroissante. Si , elle est nulle : la suite ne bouge pas.
Trois suites, trois comportements :
Exemple
Le lien avec les pourcentages est direct : une grandeur qui augmente de par an suit une suite géométrique de raison , donc croissante ; une grandeur qui perd par heure suit une suite géométrique de raison , donc décroissante. Le sens de variation de la suite confirme (ou infirme) ce que le contexte laisse attendre — c'est un excellent test de cohérence à la fin d'un exercice.
Pour visualiser une suite, on place dans un repère les points de coordonnées : abscisse le rang, ordonnée le terme. Comme ne prend que des valeurs entières, on obtient un nuage de points isolés : on ne relie pas les points, car la suite n'a aucune valeur entre deux rangs entiers — le phénomène est dit discret.
Reprenons la suite croissante . Sa table de valeurs (arrondies au centième) :
Observez la forme du nuage : les points ne montent pas régulièrement, ils montent de plus en plus vite. D'un rang au suivant, on gagne d'abord , puis , puis … L'écart entre deux points consécutifs grandit à chaque étape, puisque chaque terme est fois le précédent. Cette allure caractéristique, qui « décolle », est appelée allure exponentielle.
Regardons maintenant la suite décroissante , dont les premiers termes sont ; ; ; environ ; ; ; .
La décroissance est rapide au début, puis de plus en plus lente : on retire d'une valeur qui diminue, donc on retire de moins en moins. Les points se rapprochent de l'axe des abscisses sans jamais le toucher : les termes deviennent aussi proches de qu'on veut, mais restent strictement positifs.
Linéaire contre exponentiel. La comparaison avec les suites arithmétiques saute aux yeux sur un graphique. Plaçons sur le même repère la suite arithmétique (points bleus) et la suite géométrique (points dorés).
La suite arithmétique ajoute toujours la même quantité : ses points sont parfaitement alignés, la croissance est linéaire. La suite géométrique multiplie toujours par le même nombre : sa croissance s'accélère, c'est la croissance exponentielle. Ici, la suite arithmétique fait la course en tête jusqu'au rang ( contre )… mais au rang , la géométrique la dépasse ( contre ) — et l'écart ne fera ensuite que se creuser : une suite géométrique croissante finit toujours par dépasser n'importe quelle suite arithmétique.
Méthode
Lire le premier terme et la raison sur un nuage de points.
Exemple
Sur le nuage décroissant ci-dessus : le point d'abscisse a pour ordonnée , donc . Les points d'abscisses et ont pour ordonnées et , donc
Vérification avec le couple suivant : — cohérent. Le nuage représente la suite géométrique de premier terme et de raison .
Nous avons maintenant tous les outils pour traiter la situation qui a ouvert le chapitre — et toutes celles qui lui ressemblent : population, capital, abonnés, émissions de gaz à effet de serre, quantité de médicament… Dès qu'une grandeur évolue du même pourcentage à chaque étape, une suite géométrique la modélise.
Méthode
Modéliser une évolution à taux constant, en quatre étapes.
Exemple
Début , une chaîne de vidéos de vulgarisation scientifique compte abonnés. On suppose que ce nombre augmente de par an. Combien d'abonnés la chaîne comptera-t-elle début ?
Cohérence : la raison donne une suite croissante — le nombre d'abonnés augmente bien, et de plus de au total (ici environ ), car chaque hausse s'applique à une valeur déjà augmentée.
Les problèmes de seuil. Très souvent, la question se pose dans l'autre sens : non pas « combien vaudra la grandeur au rang ? », mais « à partir de quel rang la grandeur dépassera-t-elle (ou passera-t-elle sous) une valeur donnée ? ». On ne dispose pas, en première, d'un calcul direct pour répondre : on procède par exploration, en calculant les termes un à un jusqu'à franchir le seuil.
Méthode
Résoudre un problème de seuil par exploration. Acquis depuis : collège.
B1, formule =B1*1,03 recopiée vers le bas, à adapter), ou un petit programme qui multiplie en boucle.Exemple
On place € sur un livret rémunéré à par an. Au bout de combien d'années le capital dépassera-t-il € ?
Modèle. Le capital est multiplié par chaque année : le capital au bout de années est .
Exploration. Un tableur (ou la calculatrice) donne les valeurs successives, arrondies au centime :
| Années | Capital en € |
|---|---|
Encadrement du seuil. et .
Conclusion. C'est au bout de années que le capital dépasse pour la première fois €.
Méthode
Les réflexes du chapitre.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.