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1ʳᵉ ens. sci. · Chapitre 06 · Phénomènes d'évolution
Prolongement des suites géométriques, propriétés algébriques admises, taux d'évolution moyen, problèmes de seuil.
Au chapitre précédent, vous avez appris à modéliser les évolutions à taux constant avec les suites géométriques : une population qui gagne par an, un capital multiplié par chaque année, et la formule pour atteindre directement n'importe quel rang. Mais un rang est un nombre entier : la suite fournit la valeur année après année, comme des photographies prises à intervalles réguliers. Entre deux photos, elle ne dit rien.
Or, dans la réalité, beaucoup de grandeurs évoluent à chaque instant : un capital produit des intérêts jour après jour, une population de bactéries grossit sans interruption, la quantité de médicament dans le sang diminue en continu, l'algue qui envahit un étang pousse même entre deux relevés. Pour décrire ces phénomènes, il nous faut un outil qui donne la valeur de la grandeur pour tous les nombres — pas seulement pour les entiers.
C'est l'objet de ce dernier chapitre de l'année : prolonger les suites géométriques en fonctions exponentielles . Au passage, nous gagnerons deux outils précieux : la racine -ième, qui donne un sens à l'exposant , et le taux d'évolution moyen, qui répond à une question très concrète — « en deux ans, ça fait combien par an ? ».
Reprenons l'algue du chapitre précédent. Une algue recouvre d'un étang, et chaque semaine sa surface est multipliée par . La surface au bout de semaines est donnée par la suite géométrique (premier terme , raison ) :
| Semaines | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Surface en |
En plaçant les points dans un repère, on obtient le nuage de points habituel. Mais posons une question toute simple : quelle est la surface au bout de deux semaines et demie ? L'algue n'arrête pas de pousser entre deux relevés — la surface existe bel et bien à l'instant . Or le nuage de points ne dit rien entre les abscisses et : la suite est un modèle discret, et notre question est continue.
L'idée de ce chapitre tient en une phrase : compléter le nuage de points. On relie les points isolés par une courbe régulière, sans trou ni cassure, qui prolonge exactement la tendance du nuage.
Ce prolongement a un sens mathématique précis, que l'on admet : pour tout nombre et tout nombre (entier ou non), on sait définir le nombre , et les points dessinent exactement la courbe ci-dessus. Quand est un entier, est la puissance que vous connaissez depuis la seconde () ; quand n'est pas entier, c'est la calculatrice qui fournit la valeur, avec la même touche puissance.
Méthode
Calculer à la calculatrice. Acquis depuis : seconde.
^ (ou x^y selon les modèles).1.5 ^ 2.5.Exemple
Calculons la surface de l'algue au bout de semaines. La calculatrice donne
Contrôle de cohérence : et , et l'on a bien — la valeur s'insère exactement entre les deux points entiers du nuage. La surface vaut environ au bout de deux semaines et demie.
On peut ainsi dresser une table de valeurs aussi fine qu'on veut (arrondies au centième) :
Le passage du discret au continu est fait : là où la suite ne connaissait que les rangs entiers, la fonction répond pour n'importe quel instant .
Arrêtons-nous une seconde sur la valeur . Que représente ce nombre ? C'est le coefficient multiplicateur d'une demi-semaine de croissance. Et si on l'applique deux fois de suite — deux demi-semaines, donc une semaine entière — on doit retrouver le coefficient hebdomadaire : de fait, . Le nombre est donc « le nombre qui, multiplié par lui-même, donne »… autrement dit sa racine carrée. Ce n'est pas un hasard, et c'est justement l'objet de la section suivante.
Parmi tous ces nouveaux exposants, une famille joue un rôle particulier : les fractions de la forme , où est un entier naturel non nul. Que peut bien valoir ?
Admettons un instant que la règle , que vous connaissez pour les exposants entiers, reste vraie pour ces nouveaux exposants (nous l'énoncerons officiellement dans la section suivante). Alors :
Autrement dit : est un nombre positif dont la puissance -ième vaut . C'est exactement ce qu'on appelle une racine.
Définition
Soit un réel positif et un entier naturel non nul. La racine -ième de est le nombre positif dont la puissance -ième vaut . On la note :
Pour , on retrouve une vieille connaissance : est le nombre positif dont le carré vaut , c'est-à-dire la racine carrée. Ainsi — la notation exposant généralise la notation racine.
Exemple
Méthode
Calculer une racine -ième à la calculatrice. Acquis depuis : seconde.
10 ^ (1 / 3).10 ^ 1 / 3 calcule — ce qui est faux. Les parenthèses autour de l'exposant sont indispensables.Donnons maintenant un cadre propre à ce que nous construisons depuis le début du chapitre.
Définition
Soit un réel strictement positif. La fonction , définie pour tout de l'intervalle , est appelée fonction exponentielle de base .
Deux garde-fous à retenir. La base est strictement positive : on ne définit pas . L'exposant est positif ou nul : dans ce chapitre, on ne donne pas de sens à un exposant strictement négatif, et cela suffit largement — le temps écoulé, une durée, un nombre d'étapes sont toujours des quantités positives.
Les règles de calcul sur les puissances entières, vues en seconde, s'étendent à tous ces nouveaux exposants. On admet la propriété suivante.
Propriété
Propriétés algébriques (admises, par extension des propriétés des puissances entières). Pour tous réels et , et tous réels et :
La dernière ligne mérite qu'on s'y arrête : quelle que soit la base , on a . Toutes les fonctions exponentielles démarrent donc de la même valeur en — nous verrons ce que cela donne graphiquement dans la section suivante.
Exemple
Ces règles permettent de simplifier des calculs sans calculatrice, même avec des exposants non entiers :
Aucun de ces quatre calculs ne demande de connaître la valeur de ou de : les propriétés font tout le travail.
Comment se comporte la fonction quand grandit ? Exactement comme la suite géométrique qu'elle prolonge : tout dépend de la position de la base par rapport à .
Propriété
Sens de variation de sur .
C'est le prolongement direct du résultat du chapitre précédent : la suite géométrique est croissante si , constante si , décroissante si . En complétant le nuage de points, on complète aussi le sens de variation.
Voici les courbes de cinq fonctions exponentielles, pour des bases de part et d'autre de :
Trois observations à retenir sur cette figure.
Méthode
Identifier la base d'une courbe exponentielle.
Exemple
Sur la figure ci-dessus, la courbe la plus haute passe par le point : sa base vaut , c'est bien celle de . La courbe décroissante qui passe par est celle de .
Et sans figure ? Le sens de variation se lit directement sur la base : est croissante car , tandis que est décroissante car . Même quand la base est très proche de , le critère ne change pas — seule la vitesse de l'évolution devient plus lente.
Résumons les deux cas intéressants dans des tableaux de variations. Cas (fonction croissante, valeur au départ) :
Cas (fonction décroissante, valeur au départ, valeurs qui se rapprochent de sans l'atteindre) :
Le lien entre pourcentages et exponentielles est le même qu'au chapitre précédent — simplement, il fonctionne désormais à tout instant. Une grandeur qui évolue de par unité de temps est multipliée par le même coefficient à chaque unité : sa valeur à l'instant suit une fonction exponentielle.
Méthode
Reconnaître et modéliser une évolution exponentielle.
Discret ou continu ? Deux modèles cohabitent désormais, et le choix dépend de la situation. Si la grandeur n'a de sens qu'à des étapes entières — des intérêts versés une fois par an, un loyer révisé chaque année —, la suite géométrique du chapitre 5 suffit : le phénomène est discret. Si la grandeur évolue à chaque instant — une population, une substance dans le sang, une surface qui pousse —, la fonction exponentielle prend le relais : le phénomène est continu. Les deux modèles coïncident sur les valeurs entières ( est exactement le terme général de la suite) : la fonction ne contredit jamais la suite, elle la complète.
Exemple
Reprenons la ville du chapitre précédent : habitants, et une croissance de par an.
Exemple
Une décroissance exponentielle. La pression atmosphérique diminue d'environ par kilomètre d'altitude. Au niveau de la mer, elle vaut environ hPa (hectopascals). Le coefficient multiplicateur par kilomètre est , donc la pression (en hPa) à l'altitude (en km) est modélisée par .
Remarquez que la variable n'est pas ici un temps, mais une altitude : le modèle exponentiel s'applique à toute grandeur qui évolue d'un pourcentage constant par unité — de temps, de distance ou d'autre chose. À km d'altitude : hPa. Au sommet de l'Everest ( km) : hPa — moins d'un tiers de la pression au niveau de la mer, ce qui explique le recours aux bouteilles d'oxygène. La base est comprise entre et : le modèle décrit bien une grandeur qui décroît, sans jamais s'annuler.
Des ordres de grandeur qui défient l'intuition. La marque de fabrique de la croissance exponentielle, c'est qu'elle finit toujours par dépasser n'importe quelle croissance linéaire — même si celle-ci part loin devant. Comparons (on ajoute à chaque étape) et (on double à chaque étape) :
En , le linéaire écrase l'exponentiel. En , l'exponentiel est déjà passé devant. En , il est plus de fois plus grand — et l'écart ne fera que se creuser. Doubler, encore et encore, va toujours plus vite qu'ajouter, même beaucoup.
Exemple
Le nénuphar qui double. Un nénuphar double de surface chaque jour et recouvre entièrement un étang au bout de jours. Au bout de combien de jours en recouvrait-il la moitié ?
La réponse intuitive « jours » est fausse. La surface double du jour au jour : la moitié de l'étang était donc recouverte au jour , la veille de la fin ! De même, au jour il n'en couvrait qu'un quart, et au jour un seizième — environ de l'étang à quatre jours de l'envahissement total. Une croissance exponentielle paraît longtemps anodine, puis tout se joue dans les dernières étapes : c'est ce qui la rend si difficile à anticiper, des épidémies aux intérêts composés.
Le loyer d'un appartement a augmenté de en deux ans. À quel taux annuel cela correspond-il ? La réponse spontanée — « par an » — est fausse, et ce chapitre nous donne enfin les outils pour trouver le bon taux : c'est la question du taux d'évolution moyen.
Définition
Une grandeur subit évolutions successives, de coefficient multiplicateur global . Le taux d'évolution moyen est le taux unique qui, appliqué fois de suite, produit la même évolution globale.
Traduisons en calcul. Appliquer fois le taux , c'est multiplier fois par , c'est-à-dire multiplier par . Ce coefficient doit égaler le coefficient global : voilà une équation dont l'inconnue est sous une puissance -ième — exactement ce que la racine -ième sait résoudre.
Propriété
Taux d'évolution moyen. Si une grandeur subit évolutions successives de coefficient multiplicateur global , le taux moyen vérifie
En pratique : est le coefficient multiplicateur moyen, et on en déduit , qu'on convertit en pourcentage.
Méthode
Calculer un taux d'évolution moyen.
Exemple
Le loyer : en deux ans. Le coefficient global est , pour évolutions annuelles. Le coefficient moyen vaut
Le taux moyen est donc , soit par an. Vérification : — deux hausses de redonnent bien au total. Ce n'est pas !
Exemple
Une baisse : en trois ans. La fréquentation d'un cinéma a chuté de en trois ans. Le coefficient global est , pour . Le coefficient moyen vaut (car ), donc : la fréquentation a baissé en moyenne de par an.
Quand la racine n'est pas exacte, la calculatrice prend le relais : une production qui augmente de en cinq ans a pour coefficient moyen , soit une hausse moyenne d'environ par an.
Exemple
Le piège à éviter : diviser le taux par . Reprenons le loyer à en deux ans, et testons la réponse « intuitive » de par an. Deux hausses successives de multiplient le loyer par
soit une hausse globale de environ — et non de . Diviser le taux global par donne donc un résultat faux, et toujours trop grand pour une hausse : les évolutions successives se multiplient, elles ne s'additionnent pas. Chaque hausse s'applique à une valeur déjà augmentée, ce qui amplifie l'effet total — c'est le mécanisme des intérêts composés, déjà croisé au chapitre 5.
Comme au chapitre précédent, la question se pose souvent à l'envers : non pas « que vaudra la grandeur à l'instant ? », mais « à partir de quand dépassera-t-elle (ou passera-t-elle sous) une valeur donnée ? ». Il s'agit de résoudre une équation du type … et, en première, aucune formule ne donne directement . Ce n'est pas un problème : trois approches permettent de conclure proprement.
Méthode
Résoudre un problème de seuil : trois approches. Acquis depuis : collège.
while, qui répète la multiplication jusqu'au franchissement et compte les étapes.Dans tous les cas, terminer par une phrase de conclusion dans le contexte.
Traitons un même problème par les trois approches. On place un capital de € sur un livret rémunéré à par an, les intérêts étant versés en fin d'année. Au bout de combien d'années le capital dépassera-t-il € ?
Modélisation. Chaque année, le capital est multiplié par . Le capital (en euros) au bout de années est donc modélisé par , et l'on cherche le plus petit nombre entier d'années tel que (les intérêts ne tombent qu'en fin d'année).
Exemple
Approche 1 : la table de valeurs. La calculatrice donne, arrondi au centime :
| Années | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Capital en € |
Encadrement du seuil : et . Remarquez comme l'année échoue de peu — à moins de € près ! C'est précisément pour cela qu'on ne conclut jamais « au jugé » : seul le calcul des deux valeurs qui encadrent le seuil permet d'affirmer que la réponse est années.
Exemple
Approche 2 : la lecture graphique. On trace la courbe de et la droite horizontale d'équation (sur la calculatrice : entrer la fonction 1500 * 1.04^X et la constante 2500, puis chercher l'intersection). L'abscisse du point d'intersection se lit : environ — en réalité très légèrement au-dessus de . La lecture graphique montre d'un coup d'œil la zone du franchissement, mais elle ne permet pas de trancher entre et années quand c'est aussi serré : on confirme par le calcul, comme dans l'approche 1, que années ne suffisent pas. La réponse est bien années.
Exemple
Approche 3 : un programme Python. L'idée est de faire faire le tâtonnement par la machine : partir du capital initial, multiplier par en boucle tant que le seuil n'est pas atteint, et compter les années.
C = 1500 # capital initial en euros
n = 0 # nombre d'années écoulées
while C < 2500:
C = 1.04 * C
n = n + 1
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La boucle while se relit comme une phrase : « tant que le capital est strictement inférieur à , appliquer une année d'intérêts et compter une année de plus ». À la sortie de la boucle, le seuil vient d'être franchi. Le programme affiche 14 — en parfait accord avec les deux autres approches.
Conclusion. C'est au bout de années que le capital dépasse pour la première fois €. Trois chemins, une seule réponse : choisissez celui qui vous met le plus en confiance, et gardez les autres pour vérifier.
Méthode
Les réflexes du chapitre.
while), et on conclut par un encadrement et une phrase.On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.