Maths expertes · Chapitre 02 · Nombres complexes

Nombres complexes : géométrie et trigonométrie

Affixe, module, argument, formes trigonométrique et exponentielle, formules d'Euler et de De Moivre.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Affixe
  • Module
  • Argument
  • Formes trigonométrique et exponentielle
  • Formules d'Euler et de De Moivre

À la fin du XVIIIe siècle, l'arpenteur danois Caspar Wessel, le libraire parisien Jean-Robert Argand puis l'immense Carl Friedrich Gauss ont, chacun de leur côté, la même idée lumineuse : un nombre complexe a+ib étant entièrement déterminé par le couple de réels (a;b), on peut le représenter par un point du plan. Les nombres « impossibles » de Bombelli deviennent alors des objets que l'on voit : l'addition se lit comme une translation, la conjugaison comme une symétrie, et la multiplication fait apparaître distances et angles. Ce chapitre construit ce dictionnaire entre calcul et géométrie : chaque énoncé sur les nombres complexes se traduira en énoncé sur les figures, et réciproquement.

Le plan complexe

Munissons le plan d'un repère orthonormé direct (O;u,v) — « direct » signifie que l'on passe de u à v en tournant d'un quart de tour dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, appelé sens direct ou sens trigonométrique. L'idée de Wessel, Argand et Gauss tient alors en une définition.

Définition

Image d'un nombre complexe, affixe d'un point. Le plan étant rapporté au repère orthonormé direct (O;u,v) :

  • à tout nombre complexe z=a+ib (avec a et b réels), on associe le point M de coordonnées (a;b), appelé image de z ;
  • réciproquement, tout point M de coordonnées (a;b) est l'image d'un unique nombre complexe z=a+ib, appelé affixe de M, noté zM.

Le plan ainsi identifié à C est appelé plan complexe. On note M(z) le point M d'affixe z.

L'unicité de la forme algébrique, établie au chapitre précédent, garantit que cette correspondance est parfaite : à un point correspond un complexe et un seul. L'axe des abscisses regroupe les images des nombres réels : on l'appelle axe des réels. L'axe des ordonnées regroupe les images des imaginaires purs : c'est l'axe des imaginaires.

Affixe d'un point dans le plan complexe

Exemple

  • Le point M d'affixe z=3+2i a pour coordonnées (3;2) (figure ci-dessus).
  • Le point d'affixe 4 est le point de l'axe des réels d'abscisse 4.
  • Le point d'affixe 2i est le point de l'axe des imaginaires d'ordonnée 2.

Définition

Affixe d'un vecteur. L'affixe du vecteur w de coordonnées (x;y) est le nombre complexe zw=x+iy.

Remarque. Le point M a pour affixe z si et seulement si le vecteur OM a pour affixe z : point et vecteur position portent la même information.

Propriété

Affixes et opérations vectorielles. Pour tous vecteurs w et w, tout réel k et tous points A et B du plan :

  • zw+w=zw+zw et zkw=kzw ;
  • le vecteur AB a pour affixe zAB=zBzA ;
  • le milieu I du segment [AB] a pour affixe zI=zA+zB2.

Démonstration. Les deux premiers points traduisent les règles de calcul sur les coordonnées : si w a pour coordonnées (x;y) et w pour coordonnées (x;y), alors w+w a pour coordonnées (x+x;y+y), donc pour affixe (x+x)+i(y+y)=zw+zw ; le raisonnement est identique pour kw. Pour le deuxième point, la relation AB=OBOA donne zAB=zBzA. Enfin, OI=12(OA+OB) fournit zI=zA+zB2.

Exemple

Soient A et B les points d'affixes zA=1+3i et zB=5i.

  • Le vecteur AB a pour affixe zBzA=(5i)(1+3i)=64i : ses coordonnées sont (6;4).
  • Le milieu I de [AB] a pour affixe zI=(1+3i)+(5i)2=4+2i2=2+i.

Le conjugué et l'opposé, définis algébriquement au chapitre précédent, prennent maintenant un sens géométrique.

Propriété

Images du conjugué et de l'opposé. Soit M le point d'affixe z. Alors :

  • le point d'affixe z est le symétrique de M par rapport à l'axe des réels ;
  • le point d'affixe z est le symétrique de M par rapport à l'origine O ;
  • le point d'affixe z est le symétrique de M par rapport à l'axe des imaginaires.

Démonstration. Écrivons z=a+ib avec a et b réels. Les images de z, z, z et z ont pour coordonnées respectives (a;b), (a;b), (a;b) et (a;b) : on reconnaît les trois symétries annoncées.

Images du conjugué et de l'opposé

Le module

À quelle distance de l'origine se trouve l'image de z ? La formule de la distance dans un repère orthonormé — c'est-à-dire le théorème de Pythagore — répond immédiatement, et cette réponse mérite un nom.

Définition

Module. Le module du nombre complexe z=a+ib (avec a et b réels) est le nombre réel positif ou nul

z=a2+b2.

Remarque. Si z est un réel a, alors z=a2 est sa valeur absolue : la notation z prolonge donc sans conflit celle de la valeur absolue.

Propriété

Interprétation géométrique du module. Dans le plan complexe :

  • si M est le point d'affixe z, alors OM=z ;
  • si A et B sont les points d'affixes zA et zB, alors AB=zBzA.

Démonstration. Le premier point est la formule de la distance appliquée à O et M(a;b). Pour le second : AB est la norme du vecteur AB, dont l'affixe est zBzA ; ses coordonnées étant les parties réelle et imaginaire de zBzA, sa norme vaut zBzA.

Exemple

  • 3+2i=32+22=13 : le point M(3+2i) est à distance 13 de l'origine.
  • Pour A(1+i) et B(4+5i) : AB=zBzA=3+4i=9+16=25=5.

Le module est intimement lié au conjugué : le produit zz=a2+b2, calculé au chapitre précédent, n'est autre que le carré du module.

Propriété

Module et conjugué. Pour tout nombre complexe z :

z2=zz,z=z,z=z,

et z=0 si et seulement si z=0.

Démonstration. Écrivons z=a+ib avec a et b réels. Le chapitre précédent a établi zz=a2+b2 ; or z2=(a2+b2)2=a2+b2, d'où z2=zz. Ensuite z=a2+(b)2=a2+b2=z, et de même pour z. Enfin z=0 équivaut à a2+b2=0, donc à a=b=0, c'est-à-dire z=0.

Attention. Pour un complexe non réel, z2 et z2 sont deux choses différentes : i2=1 alors que i2=1. La bonne identité est z2=zz, jamais z2=z2.

Propriété

Module et opérations. Pour tous nombres complexes z et z, et tout entier naturel n :

  • z×z=z×z ;
  • si z0, 1z=1z et zz=zz ;
  • zn=zn.

Démonstration du module d'un produit. Calculons le carré de zz à l'aide de la relation w2=ww et des propriétés du conjugué :

zz2=(zz)(zz)=zzzz=(zz)(zz)=z2z2=(zz)2.

Les réels zz et zz sont positifs et ont le même carré : ils sont donc égaux.

Démonstration du module d'une puissance (par récurrence). Soit z un nombre complexe. Pour n entier naturel, notons P(n) la propriété « zn=zn ».

Initialisation. z0=1=1=z0, donc P(0) est vraie.

Hérédité. Supposons P(n) vraie pour un entier naturel n. Alors, d'après le module d'un produit,

zn+1=zn×z=zn×z=zn×z=zn+1,

donc P(n+1) est vraie.

Conclusion. Pour tout entier naturel n, zn=zn.

Démonstration du module d'un inverse. Si z0, en prenant le module des deux membres de z×1z=1, on obtient z×1z=1, d'où 1z=1z. Le module d'un quotient s'en déduit en écrivant zz=z×1z.

Exemple

  • (3+4i)(12i)=3+4i×12i=5×5=55, sans développer le produit.
  • 4+3i2i=4+3i2i=55=5.
  • (1+i)10=1+i10=(2)10=25=32.

Le module d'un produit est le produit des modules — mais le module d'une somme n'est pas la somme des modules : par exemple 3+4i=5 alors que 3+4i=7. La seule chose que l'on puisse affirmer en général est une inégalité, dont l'interprétation géométrique est limpide.

Propriété

Inégalité triangulaire (admise). Pour tous nombres complexes z et z :

z+zz+z.

Interprétation géométrique. Notons M le point d'affixe z et S le point d'affixe z+z. Alors OS=z+z, OM=z et MS=(z+z)z=z : l'inégalité s'écrit OSOM+MS. Dans le triangle OMS, la longueur d'un côté est inférieure ou égale à la somme des longueurs des deux autres — le chemin direct de O à S est plus court que le chemin qui fait étape en M. L'égalité a lieu exactement lorsque O, M, S sont alignés dans cet ordre, c'est-à-dire lorsque les images de z et z sont situées sur une même demi-droite issue de l'origine.

Arguments et forme trigonométrique

Le module situe l'image de z sur un cercle centré en O ; pour la repérer complètement, il manque une direction, c'est-à-dire un angle.

Définition

Argument d'un nombre complexe non nul. Soit z un nombre complexe non nul et M son image. On appelle argument de z, noté arg(z), toute mesure en radians de l'angle orienté (u,OM).

Remarques.

  • Un angle orienté possède une infinité de mesures, qui diffèrent toutes d'un multiple entier de 2π. Un complexe non nul a donc une infinité d'arguments : si θ en est un, les autres sont les θ+2kπ avec k entier relatif. On écrit arg(z)=θ  [2π], ce qui se lit « arg(z) est congru à θ modulo 2π » et signifie que arg(z) et θ diffèrent d'un multiple entier de 2π.
  • Le nombre 0 n'a pas d'argument : le vecteur OM serait nul et ne définirait aucun angle. Toute phrase contenant arg(z) suppose donc implicitement z0.

Module et argument

Sur la figure : le point M d'affixe z=3+i est à distance z=3+1=2 de l'origine, dans la direction θ=π6, car cosπ6=32 et sinπ6=12.

Exemple

En plaçant les images sur les axes, on lit directement :

arg(5)=0  [2π],arg(2)=π  [2π],arg(3i)=π2  [2π],arg(i)=π2  [2π].

Soit maintenant z0, de module r=z et d'argument θ. Son image M est le point à distance r de O dans la direction d'angle θ : ses coordonnées sont (rcosθ;rsinθ), d'après le cercle trigonométrique. Autrement dit, z=rcosθ+irsinθ.

Définition

Forme trigonométrique. Tout nombre complexe non nul z s'écrit

z=r(cosθ+isinθ)avec r=z>0 et θ=arg(z)  [2π].

Cette écriture est appelée forme trigonométrique de z.

Propriété

Unicité (identification). Si z=r(cosθ+isinθ) avec r>0 et θ réel, alors nécessairement

r=zetarg(z)=θ  [2π].

Démonstration. D'une part z=r2cos2θ+r2sin2θ=r2=r car r>0 et cos2θ+sin2θ=1. D'autre part, l'image de z a pour coordonnées (rcosθ;rsinθ) : c'est le point à distance r de O dans la direction d'angle θ, donc (u,OM)=θ  [2π].

Cette unicité rend le passage entre les deux écritures parfaitement fiable, dans les deux sens.

Méthode

Passer de la forme algébrique à la forme trigonométrique. Pour écrire z=a+ib (non nul) sous forme trigonométrique :

  1. Calculer le module r=a2+b2.
  2. Chercher un angle θ vérifiant à la fois cosθ=ar et sinθ=br (reconnaître des valeurs remarquables ; une seule des deux conditions ne suffit pas).
  3. Conclure : z=r(cosθ+isinθ).

Exemple

Forme trigonométrique de z=1+i3. Le module vaut r=(1)2+(3)2=4=2. On cherche θ tel que

cosθ=12etsinθ=32:θ=2π3 convient.

Ainsi z=2(cos2π3+isin2π3).

Forme trigonométrique de z=1i. Le module vaut r=1+1=2, puis cosθ=12=22 et sinθ=22 : l'angle θ=π4 convient, d'où z=2(cos(π4)+isin(π4)).

Attention. Dans une forme trigonométrique, le facteur devant la parenthèse doit être strictement positif. L'écriture 3(cosπ5+isinπ5) n'est pas une forme trigonométrique : comme 1=cosπ+isinπ, ajouter π à l'angle change les signes du cosinus et du sinus, et la forme correcte est 3(cos6π5+isin6π5).

Le passage inverse est immédiat : il suffit de remplacer le cosinus et le sinus par leurs valeurs.

Exemple

Forme algébrique de z=22(cos3π4+isin3π4). Comme cos3π4=22 et sin3π4=22 :

z=22(22+i22)=2+2i.

Les symétries de la première section se traduisent sur les arguments, et l'on peut caractériser les réels et les imaginaires purs.

Propriété

Argument, conjugué, opposé et cas particuliers. Pour tout nombre complexe non nul z :

  • arg(z)=arg(z)  [2π] et arg(z)=arg(z)+π  [2π] ;
  • z est un réel strictement positif     arg(z)=0  [2π] ; un réel strictement négatif     arg(z)=π  [2π] ;
  • z est un imaginaire pur     arg(z)=π2  [2π] ou arg(z)=π2  [2π].

Les deux premiers points se lisent sur les symétries des images de z et z (section 1) ; les suivants traduisent l'appartenance de l'image aux axes du repère.

Reste la question centrale : comment l'argument se comporte-t-il vis-à-vis des opérations ? La réponse est remarquable — l'argument transforme les produits en sommes.

Propriété

Arguments et opérations. Pour tous nombres complexes non nuls z et z, et tout entier naturel n :

  • arg(z×z)=arg(z)+arg(z)  [2π] ;
  • arg(1z)=arg(z)  [2π] et arg(zz)=arg(z)arg(z)  [2π] ;
  • arg(zn)=narg(z)  [2π].

Nous admettons provisoirement ces formules : elles seront démontrées à la fin de la section suivante, à l'aide des formules d'addition.

Exemple

Posons z=1+i et z=3+i, dont on connaît arg(z)=π4  [2π] et arg(z)=π6  [2π].

  • arg(zz)=π4+π6=5π12  [2π].
  • arg(zz)=π4π6=π12  [2π].
  • arg(z6)=6×π4=3π2=π2  [2π]. Vérification directe : (1+i)2=2i, donc (1+i)6=(2i)3=8i, qui est bien un imaginaire pur d'argument π2.

Formules d'addition et de duplication

Les propriétés des arguments reposent sur des formules qui expriment le cosinus et le sinus d'une somme d'angles. Le produit scalaire, étudié en première, permet de les établir.

Propriété

Formules d'addition. Pour tous réels a et b :

cos(ab)=cosacosb+sinasinbcos(a+b)=cosacosbsinasinbsin(ab)=sinacosbcosasinbsin(a+b)=sinacosb+cosasinb

Démonstration de la première formule (à partir du produit scalaire). Dans le repère (O;u,v), soient P et Q les points du cercle trigonométrique associés aux angles a et b : P a pour coordonnées (cosa;sina), Q a pour coordonnées (cosb;sinb), et (u,OP)=a  [2π], (u,OQ)=b  [2π]. Calculons le produit scalaire OPOQ de deux façons.

D'une part, avec les coordonnées, le repère étant orthonormé :

OPOQ=cosacosb+sinasinb.

D'autre part, avec les normes et l'angle : comme OP=OQ=1,

OPOQ=1×1×cos(OP,OQ).

Or, par la relation de Chasles sur les angles orientés, (OP,OQ)=(OP,u)+(u,OQ)=a+b=ba  [2π], et le cosinus étant pair, cos(ba)=cos(ab).

En identifiant les deux expressions : cos(ab)=cosacosb+sinasinb.

Les trois autres s'en déduisent. En remplaçant b par b (avec cos(b)=cosb et sin(b)=sinb) : cos(a+b)=cosacosbsinasinb. Puis, avec les angles complémentaires vus en première (sinx=cos(π2x)) :

sin(a+b)=cos((π2a)b)=cos(π2a)cosb+sin(π2a)sinb=sinacosb+cosasinb,

et sin(ab) s'obtient en y remplaçant b par b.

Exemple

Valeurs exactes en π12. Comme π12=π3π4 :

cosπ12=cosπ3cosπ4+sinπ3sinπ4=12×22+32×22=2+64,sinπ12=sinπ3cosπ4cosπ3sinπ4=624.

En prenant b=a dans les formules d'addition, on obtient les formules de duplication.

Propriété

Formules de duplication. Pour tout réel a :

cos(2a)=cos2asin2a=2cos2a1=12sin2aetsin(2a)=2sinacosa.

Démonstration. Avec b=a : cos(2a)=cos2asin2a et sin(2a)=2sinacosa. Les deux variantes du cosinus s'obtiennent en remplaçant sin2a par 1cos2a, puis cos2a par 1sin2a.

Exemple

Soit x]π2;0[ tel que cosx=35. Comme cos2x+sin2x=1, on a sin2x=1925=1625, et sinx<0 sur cet intervalle, donc sinx=45. Alors :

cos(2x)=2cos2x1=18251=725etsin(2x)=2×(45)×35=2425.

Retour sur les arguments. Nous pouvons maintenant tenir la promesse de la section précédente. Soient z=r(cosθ+isinθ) et z=r(cosθ+isinθ) deux complexes non nuls sous forme trigonométrique. Développons leur produit :

zz=rr[(cosθcosθsinθsinθ)+i(sinθcosθ+cosθsinθ)]=rr[cos(θ+θ)+isin(θ+θ)],

d'après les formules d'addition. Comme rr>0, c'est la forme trigonométrique de zz : par unicité, zz=rr (déjà connu) et surtout

arg(zz)=θ+θ=arg(z)+arg(z)  [2π].

Pour l'inverse, on prend l'argument des deux membres de z×1z=1 : arg(z)+arg(1z)=arg(1)=0  [2π], d'où arg(1z)=arg(z)  [2π]. Le quotient s'en déduit en écrivant zz=z×1z, et la formule arg(zn)=narg(z)  [2π] se démontre par une récurrence immédiate à partir du produit.

La forme exponentielle

Arrêtons-nous sur le calcul central de la section précédente. Posons, pour tout réel θ, f(θ)=cosθ+isinθ. Nous venons de démontrer que

f(θ)×f(θ)=f(θ+θ).

La fonction f transforme donc les sommes en produits, exactement comme la fonction exponentielle réelle, dont la propriété fondamentale est ex×ex=ex+x. C'est Euler qui a osé franchir le pas et adopter la notation exponentielle pour f.

Définition

Exponentielle imaginaire. Pour tout réel θ, on note

eiθ=cosθ+isinθ.

Propriété

Propriétés de eiθ. Pour tous réels θ et θ :

  • eiθ=1 et arg(eiθ)=θ  [2π] ;
  • relation fonctionnelle : eiθ×eiθ=ei(θ+θ) ;
  • eiθ=eiθ=1eiθ et eiθeiθ=ei(θθ).

Démonstration. Le module vaut cos2θ+sin2θ=1, et l'argument se lit sur la forme trigonométrique (de module 1). La relation fonctionnelle est exactement le calcul de la fin de la section précédente, avec r=r=1. Enfin eiθ=cosθisinθ=cos(θ)+isin(θ)=eiθ, et la relation fonctionnelle donne eiθ×eiθ=ei×0=1, donc eiθ est l'inverse de eiθ ; le quotient s'en déduit.

Exemple

ei×0=1,eiπ/2=i,eiπ=1,eiπ/2=i,e2iπ=1.

La deuxième égalité, souvent écrite eiπ+1=0, est la célèbre identité d'Euler : elle relie en une ligne les cinq constantes fondamentales 0, 1, e, i et π.

Les nombres eiθ sont exactement les complexes de module 1, dont les images décrivent le cercle trigonométrique. Cet ensemble joue un rôle si important qu'il porte un nom.

Définition

L'ensemble U. On note U l'ensemble des nombres complexes de module 1 :

U={zC,  z=1}={eiθ,  θR}.

Les images des éléments de U forment le cercle de centre O et de rayon 1, c'est-à-dire le cercle trigonométrique.

Cercle trigonométrique et exponentielle imaginaire

Propriété

Stabilité de U. Si z et z appartiennent à U, alors :

  • le produit zz appartient à U (stabilité par produit) ;
  • l'inverse 1z appartient à U (stabilité par passage à l'inverse), et de plus 1z=z.

Démonstration. Pour le produit : zz=z×z=1×1=1. Pour l'inverse : 1z=1z=1 ; de plus zz=z2=1, donc 1z=z.

En combinant module et exponentielle imaginaire, tout complexe non nul admet une écriture d'une compacité remarquable.

Définition

Forme exponentielle. Tout nombre complexe non nul z s'écrit

z=reiθavec r=z>0 et θ=arg(z)  [2π].

Cette écriture est appelée forme exponentielle de z.

Exemple

En reprenant les formes trigonométriques déjà calculées :

1+i=2eiπ/4,1+i3=2e2iπ/3,1i=2eiπ/4,5=5eiπ.

Propriété

Règles de calcul sous forme exponentielle. Soient z=reiθ et z=reiθ deux complexes non nuls, et n un entier naturel :

zz=rrei(θ+θ),1z=1reiθ,zz=rrei(θθ),zn=rneinθ,z=reiθ.

Ces règles condensent en une notation les propriétés des modules (section 2) et des arguments (sections 3 et 4) : les modules se multiplient, les arguments s'ajoutent. C'est toute la puissance de la forme exponentielle — les calculs multiplicatifs, pénibles sous forme algébrique, deviennent immédiats.

Exemple

  • 2eiπ/6×3eiπ/3=6ei(π/6+π/3)=6eiπ/2=6i.
  • Calcul de (1+i)8. Sous forme exponentielle : (1+i)8=(2eiπ/4)8=(2)8e2iπ=24×1=16. Le développement algébrique par le binôme aurait demandé neuf termes !

Le tableau suivant rassemble les complexes usuels sous leurs trois formes ; il est à connaître parfaitement.

z (forme algébrique) Module Argument [2π] Forme exponentielle
1 1 0 ei×0
i 1 π2 eiπ/2
1 1 π eiπ
i 1 π2 eiπ/2
1+i 2 π4 2eiπ/4
3+i 2 π6 2eiπ/6

Formules d'Euler et de Moivre

La notation exponentielle livre deux formules d'une redoutable efficacité en trigonométrie. La première permet d'exprimer cosinus et sinus à partir de l'exponentielle imaginaire.

Propriété

Formules d'Euler. Pour tout réel θ :

cosθ=eiθ+eiθ2etsinθ=eiθeiθ2i.

Démonstration. On additionne puis on soustrait les deux égalités eiθ=cosθ+isinθ et eiθ=cosθisinθ :

eiθ+eiθ=2cosθeteiθeiθ=2isinθ,

puis on divise par 2 et par 2i respectivement.

Remarque. Plus généralement, pour tout entier k : eikθ+eikθ=2cos(kθ) et eikθeikθ=2isin(kθ). Ce regroupement des exponentielles conjuguées est la clé de la linéarisation ci-dessous.

Propriété

Formule de Moivre. Pour tout réel θ et tout entier naturel n :

(cosθ+isinθ)n=cos(nθ)+isin(nθ),c’est-aˋ-dire(eiθ)n=einθ.

Démonstration (par récurrence). Fixons un réel θ et notons, pour n entier naturel, P(n) la propriété « (cosθ+isinθ)n=cos(nθ)+isin(nθ) ».

Initialisation. Pour n=0, le membre de gauche vaut 1 et le membre de droite vaut cos0+isin0=1 : P(0) est vraie.

Hérédité. Supposons P(n) vraie pour un entier naturel n. Alors :

(cosθ+isinθ)n+1=(cos(nθ)+isin(nθ))(cosθ+isinθ)=[cos(nθ)cosθsin(nθ)sinθ]+i[sin(nθ)cosθ+cos(nθ)sinθ]=cos(nθ+θ)+isin(nθ+θ)=cos((n+1)θ)+isin((n+1)θ),

d'après les formules d'addition : P(n+1) est vraie.

Conclusion. Par récurrence, la formule est vraie pour tout entier naturel n.

Remarque. La formule reste vraie pour un exposant entier négatif : si n1, (eiθ)n=1einθ=einθ.

Linéariser une expression trigonométrique, c'est transformer une puissance ou un produit de cosinus et de sinus en une somme de termes de la forme cos(kθ) et sin(kθ), sans aucune puissance. Cette opération, précieuse pour résoudre des équations trigonométriques ou simplifier des expressions, devient mécanique avec les formules d'Euler et le binôme de Newton.

Méthode

Linéariser cosnθ ou sinnθ.

  1. Remplacer cosθ par eiθ+eiθ2 (ou sinθ par eiθeiθ2i).
  2. Développer la puissance à l'aide de la formule du binôme de Newton.
  3. Regrouper les exponentielles conjuguées deux à deux : eikθ+eikθ=2cos(kθ).
  4. Simplifier pour obtenir la forme linéarisée.

Exemple

Linéarisation de cos2θ.

cos2θ=(eiθ+eiθ2)2=e2iθ+2eiθeiθ+e2iθ4=(e2iθ+e2iθ)+24=2cos(2θ)+24=1+cos(2θ)2.

On retrouve la formule de duplication cos(2θ)=2cos2θ1, lue à l'envers.

Exemple

Linéarisation de cos3θ. Avec le binôme de Newton (coefficients 1, 3, 3, 1) :

cos3θ=(eiθ+eiθ2)3=e3iθ+3e2iθeiθ+3eiθe2iθ+e3iθ8=(e3iθ+e3iθ)+3(eiθ+eiθ)8=2cos(3θ)+6cosθ8=14cos(3θ)+34cosθ.

L'opération inverse — exprimer cos(nθ) ou sin(nθ) en fonction des puissances de cosθ et sinθ — repose quant à elle sur la formule de Moivre.

Méthode

Exprimer cos(nθ) en fonction de cosθ.

  1. Écrire, d'après la formule de Moivre : cos(nθ)+isin(nθ)=(cosθ+isinθ)n.
  2. Développer le membre de droite avec le binôme de Newton, en remplaçant les puissances de i (i2=1, i3=i…).
  3. Identifier : cos(nθ) est la partie réelle du développement (et sin(nθ) sa partie imaginaire).
  4. Remplacer si besoin sin2θ par 1cos2θ pour ne conserver que des puissances de cosθ.

Exemple

Expression de cos(3θ) en fonction de cosθ. D'après la formule de Moivre, cos(3θ)+isin(3θ)=(cosθ+isinθ)3. Développons avec le binôme (coefficients 1, 3, 3, 1) :

(cosθ+isinθ)3=cos3θ+3icos2θsinθ+3i2cosθsin2θ+i3sin3θ=(cos3θ3cosθsin2θ)+i(3cos2θsinθsin3θ).

Par identification des parties réelles :

cos(3θ)=cos3θ3cosθsin2θ=cos3θ3cosθ(1cos2θ)=4cos3θ3cosθ.

Au passage, l'identification des parties imaginaires offre gratuitement sin(3θ)=3sinθ4sin3θ.

Nombres complexes et géométrie

Il est temps de récolter les fruits du chapitre. Toutes les notions introduites — affixes, modules, arguments — convergent vers un outil unique, redoutablement efficace pour démontrer des propriétés géométriques.

Propriété

Module et argument d'un vecteur. Soit w un vecteur non nul d'affixe zw. Alors

w=zwet(u,w)=arg(zw)  [2π].

En particulier, pour deux points distincts A et B : AB=zBzA et (u,AB)=arg(zBzA)  [2π].

Démonstration. Soit M le point tel que OM=w : il a pour affixe zw, donc w=OM=zw et (u,w)=(u,OM)=arg(zw)  [2π]. Le cas de AB s'obtient avec zAB=zBzA.

Voici maintenant le résultat central de la section : un seul quotient encode à la fois un rapport de distances et un angle.

Propriété

Interprétation du quotient caba. Soient A, B, C trois points deux à deux distincts, d'affixes respectives a, b, c. Alors :

caba=ACABetarg(caba)=(AB,AC)  [2π].

Démonstration. Pour le module : caba=caba=ACAB. Pour l'argument, la propriété du quotient donne

arg(caba)=arg(ca)arg(ba)=(u,AC)(u,AB)  [2π],

et la relation de Chasles sur les angles orientés conclut :

(AB,AC)=(AB,u)+(u,AC)=(u,AB)+(u,AC)  [2π].

Deux configurations se lisent alors immédiatement sur ce quotient.

Propriété

Critères d'alignement et d'orthogonalité. Soient A, B, C trois points deux à deux distincts, d'affixes a, b, c.

  • A, B, C sont alignés     caba est un nombre réel.
  • Les droites (AB) et (AC) sont perpendiculaires     caba est un imaginaire pur (non nul).

Démonstration. Les points sont alignés si et seulement si l'angle (AB,AC) vaut 0 ou π modulo 2π, c'est-à-dire si et seulement si l'argument du quotient vaut 0 ou π modulo 2π : cela caractérise les réels non nuls (et le quotient n'est jamais nul, car CA). De même, la perpendicularité équivaut à un angle de π2 ou π2 modulo 2π, ce qui caractérise les imaginaires purs non nuls.

Méthode

Déterminer la nature d'un triangle ABC.

  1. Calculer le quotient q=caba et le mettre sous forme algébrique (multiplier par le conjugué du dénominateur).
  2. Interpréter le module : q=ACAB ; si q=1, alors AB=AC et le triangle est isocèle en A.
  3. Interpréter l'argument : arg(q)=(AB,AC)  [2π] ; si q est imaginaire pur, l'angle en A est droit et le triangle est rectangle en A.
  4. Combiner : q=i ou q=i caractérise un triangle rectangle isocèle en A ; q=eiπ/3 ou q=eiπ/3 caractérise un triangle équilatéral (deux côtés égaux et un angle de mesure π3 entre eux).

Exemple

Nature du triangle ABC avec A(1), B(3+2i) et C(1+2i). Calculons le quotient :

q=caba=2+2i2+2i=(2+2i)(22i)(2+2i)(22i)=4+4i+4i4i222+22=8i8=i.

Alors q=1, donc AC=AB, et q est imaginaire pur, donc l'angle en A est droit : le triangle ABC est rectangle et isocèle en A.

Exemple

Alignement. Soient A(1), B(1+i) et C(5+3i). Alors

caba=6+3i2+i=3(2+i)2+i=3,

qui est un réel : les points A, B, C sont alignés. On lit même davantage : AC=3AB, donc C est du même côté que B et trois fois plus loin de A.

Terminons par les ensembles de points, où le module joue à plein son rôle de distance : pour tout point M(z) et tout point A(zA), on a AM=zzA.

Propriété

Ensembles de points classiques. Soient A et B deux points distincts d'affixes zA et zB, et r un réel strictement positif.

  • L'ensemble des points M(z) tels que zzA=r est le cercle de centre A et de rayon r.
  • L'ensemble des points M(z) tels que zzA=zzB est la médiatrice du segment [AB].

Démonstration. La première équation s'écrit AM=r, ce qui définit le cercle de centre A et de rayon r. La seconde s'écrit AM=BM : c'est la caractérisation de la médiatrice de [AB] comme ensemble des points équidistants de A et de B.

Méthode

Déterminer un ensemble de points.

  1. Faire apparaître des modules de la forme zzA, en soignant les signes : z2+i=z(2i), c'est une distance au point d'affixe 2i, pas 2+i.
  2. Interpréter chaque module comme une distance : zzA=AM.
  3. Reconnaître l'ensemble (cercle, médiatrice). En cas de doute, poser z=x+iy et traduire l'équation analytiquement.

Exemple

Ensemble E1 des points M(z) tels que z2+i=3. Comme z2+i=z(2i), l'équation s'écrit AM=3A est le point d'affixe 2i : E1 est le cercle de centre A(2i) et de rayon 3.

Ensemble E2 des points M(z) tels que z1=z+i. Comme z+i=z(i), l'équation s'écrit AM=BM avec A(1) et B(i) : E2 est la médiatrice du segment [AB]. Retrouvons-la analytiquement : en posant z=x+iy,

z12=(x1)2+y2etz+i2=x2+(y+1)2,

et l'égalité des carrés donne 2x+1=2y+1, soit y=x : E2 est la droite d'équation y=x. Vérification : le milieu de [AB], d'affixe 1i2, a pour coordonnées (12;12) et appartient bien à cette droite.

Le bilan du chapitre tient dans un va-et-vient permanent : le module et l'argument traduisent les distances et les angles, la forme exponentielle transforme les produits de nombres en sommes d'angles, et les formules d'Euler et de Moivre font de la trigonométrie un simple calcul algébrique. Le quotient caba condense à lui seul toute cette puissance : une division de nombres complexes démontre un alignement, une orthogonalité ou la nature d'un triangle. Cette double lecture, calculatoire et géométrique, est désormais l'un des outils les plus efficaces de la boîte du mathématicien — et elle n'a pas fini de servir.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.