Maths expertes · Chapitre 02 · Nombres complexes
Nombres complexes : géométrie et trigonométrie
Affixe, module, argument, formes trigonométrique et exponentielle, formules d'Euler et de De Moivre.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Affixe
- Module
- Argument
- Formes trigonométrique et exponentielle
- Formules d'Euler et de De Moivre
À la fin du XVIIIe siècle, l'arpenteur danois Caspar Wessel, le libraire parisien Jean-Robert Argand puis l'immense Carl Friedrich Gauss ont, chacun de leur côté, la même idée lumineuse : un nombre complexe étant entièrement déterminé par le couple de réels , on peut le représenter par un point du plan. Les nombres « impossibles » de Bombelli deviennent alors des objets que l'on voit : l'addition se lit comme une translation, la conjugaison comme une symétrie, et la multiplication fait apparaître distances et angles. Ce chapitre construit ce dictionnaire entre calcul et géométrie : chaque énoncé sur les nombres complexes se traduira en énoncé sur les figures, et réciproquement.
Le plan complexe
Munissons le plan d'un repère orthonormé direct — « direct » signifie que l'on passe de à en tournant d'un quart de tour dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, appelé sens direct ou sens trigonométrique. L'idée de Wessel, Argand et Gauss tient alors en une définition.
Définition
Image d'un nombre complexe, affixe d'un point. Le plan étant rapporté au repère orthonormé direct :
- à tout nombre complexe (avec et réels), on associe le point de coordonnées , appelé image de ;
- réciproquement, tout point de coordonnées est l'image d'un unique nombre complexe , appelé affixe de , noté .
Le plan ainsi identifié à est appelé plan complexe. On note le point d'affixe .
L'unicité de la forme algébrique, établie au chapitre précédent, garantit que cette correspondance est parfaite : à un point correspond un complexe et un seul. L'axe des abscisses regroupe les images des nombres réels : on l'appelle axe des réels. L'axe des ordonnées regroupe les images des imaginaires purs : c'est l'axe des imaginaires.
Exemple
- Le point d'affixe a pour coordonnées (figure ci-dessus).
- Le point d'affixe est le point de l'axe des réels d'abscisse .
- Le point d'affixe est le point de l'axe des imaginaires d'ordonnée .
Définition
Affixe d'un vecteur. L'affixe du vecteur de coordonnées est le nombre complexe .
Remarque. Le point a pour affixe si et seulement si le vecteur a pour affixe : point et vecteur position portent la même information.
Propriété
Affixes et opérations vectorielles. Pour tous vecteurs et , tout réel et tous points et du plan :
- et ;
- le vecteur a pour affixe ;
- le milieu du segment a pour affixe .
Démonstration. Les deux premiers points traduisent les règles de calcul sur les coordonnées : si a pour coordonnées et pour coordonnées , alors a pour coordonnées , donc pour affixe ; le raisonnement est identique pour . Pour le deuxième point, la relation donne . Enfin, fournit .
Exemple
Soient et les points d'affixes et .
- Le vecteur a pour affixe : ses coordonnées sont .
- Le milieu de a pour affixe .
Le conjugué et l'opposé, définis algébriquement au chapitre précédent, prennent maintenant un sens géométrique.
Propriété
Images du conjugué et de l'opposé. Soit le point d'affixe . Alors :
- le point d'affixe est le symétrique de par rapport à l'axe des réels ;
- le point d'affixe est le symétrique de par rapport à l'origine ;
- le point d'affixe est le symétrique de par rapport à l'axe des imaginaires.
Démonstration. Écrivons avec et réels. Les images de , , et ont pour coordonnées respectives , , et : on reconnaît les trois symétries annoncées.
Le module
À quelle distance de l'origine se trouve l'image de ? La formule de la distance dans un repère orthonormé — c'est-à-dire le théorème de Pythagore — répond immédiatement, et cette réponse mérite un nom.
Définition
Module. Le module du nombre complexe (avec et réels) est le nombre réel positif ou nul
Remarque. Si est un réel , alors est sa valeur absolue : la notation prolonge donc sans conflit celle de la valeur absolue.
Propriété
Interprétation géométrique du module. Dans le plan complexe :
- si est le point d'affixe , alors ;
- si et sont les points d'affixes et , alors .
Démonstration. Le premier point est la formule de la distance appliquée à et . Pour le second : est la norme du vecteur , dont l'affixe est ; ses coordonnées étant les parties réelle et imaginaire de , sa norme vaut .
Exemple
- : le point est à distance de l'origine.
- Pour et : .
Le module est intimement lié au conjugué : le produit , calculé au chapitre précédent, n'est autre que le carré du module.
Propriété
Module et conjugué. Pour tout nombre complexe :
et si et seulement si .
Démonstration. Écrivons avec et réels. Le chapitre précédent a établi ; or , d'où . Ensuite , et de même pour . Enfin équivaut à , donc à , c'est-à-dire .
Attention. Pour un complexe non réel, et sont deux choses différentes : alors que . La bonne identité est , jamais .
Propriété
Module et opérations. Pour tous nombres complexes et , et tout entier naturel :
- ;
- si , et ;
- .
Démonstration du module d'un produit. Calculons le carré de à l'aide de la relation et des propriétés du conjugué :
Les réels et sont positifs et ont le même carré : ils sont donc égaux.
Démonstration du module d'une puissance (par récurrence). Soit un nombre complexe. Pour entier naturel, notons la propriété « ».
Initialisation. , donc est vraie.
Hérédité. Supposons vraie pour un entier naturel . Alors, d'après le module d'un produit,
donc est vraie.
Conclusion. Pour tout entier naturel , .
Démonstration du module d'un inverse. Si , en prenant le module des deux membres de , on obtient , d'où . Le module d'un quotient s'en déduit en écrivant .
Exemple
- , sans développer le produit.
- .
- .
Le module d'un produit est le produit des modules — mais le module d'une somme n'est pas la somme des modules : par exemple alors que . La seule chose que l'on puisse affirmer en général est une inégalité, dont l'interprétation géométrique est limpide.
Propriété
Inégalité triangulaire (admise). Pour tous nombres complexes et :
Interprétation géométrique. Notons le point d'affixe et le point d'affixe . Alors , et : l'inégalité s'écrit . Dans le triangle , la longueur d'un côté est inférieure ou égale à la somme des longueurs des deux autres — le chemin direct de à est plus court que le chemin qui fait étape en . L'égalité a lieu exactement lorsque , , sont alignés dans cet ordre, c'est-à-dire lorsque les images de et sont situées sur une même demi-droite issue de l'origine.
Arguments et forme trigonométrique
Le module situe l'image de sur un cercle centré en ; pour la repérer complètement, il manque une direction, c'est-à-dire un angle.
Définition
Argument d'un nombre complexe non nul. Soit un nombre complexe non nul et son image. On appelle argument de , noté , toute mesure en radians de l'angle orienté .
Remarques.
- Un angle orienté possède une infinité de mesures, qui diffèrent toutes d'un multiple entier de . Un complexe non nul a donc une infinité d'arguments : si en est un, les autres sont les avec entier relatif. On écrit , ce qui se lit « est congru à modulo » et signifie que et diffèrent d'un multiple entier de .
- Le nombre n'a pas d'argument : le vecteur serait nul et ne définirait aucun angle. Toute phrase contenant suppose donc implicitement .
Sur la figure : le point d'affixe est à distance de l'origine, dans la direction , car et .
Exemple
En plaçant les images sur les axes, on lit directement :
Soit maintenant , de module et d'argument . Son image est le point à distance de dans la direction d'angle : ses coordonnées sont , d'après le cercle trigonométrique. Autrement dit, .
Définition
Forme trigonométrique. Tout nombre complexe non nul s'écrit
Cette écriture est appelée forme trigonométrique de .
Propriété
Unicité (identification). Si avec et réel, alors nécessairement
Démonstration. D'une part car et . D'autre part, l'image de a pour coordonnées : c'est le point à distance de dans la direction d'angle , donc .
Cette unicité rend le passage entre les deux écritures parfaitement fiable, dans les deux sens.
Méthode
Passer de la forme algébrique à la forme trigonométrique. Pour écrire (non nul) sous forme trigonométrique :
- Calculer le module .
- Chercher un angle vérifiant à la fois et (reconnaître des valeurs remarquables ; une seule des deux conditions ne suffit pas).
- Conclure : .
Exemple
Forme trigonométrique de . Le module vaut . On cherche tel que
Ainsi .
Forme trigonométrique de . Le module vaut , puis et : l'angle convient, d'où .
Attention. Dans une forme trigonométrique, le facteur devant la parenthèse doit être strictement positif. L'écriture n'est pas une forme trigonométrique : comme , ajouter à l'angle change les signes du cosinus et du sinus, et la forme correcte est .
Le passage inverse est immédiat : il suffit de remplacer le cosinus et le sinus par leurs valeurs.
Exemple
Forme algébrique de . Comme et :
Les symétries de la première section se traduisent sur les arguments, et l'on peut caractériser les réels et les imaginaires purs.
Propriété
Argument, conjugué, opposé et cas particuliers. Pour tout nombre complexe non nul :
- et ;
- est un réel strictement positif ; un réel strictement négatif ;
- est un imaginaire pur ou .
Les deux premiers points se lisent sur les symétries des images de et (section 1) ; les suivants traduisent l'appartenance de l'image aux axes du repère.
Reste la question centrale : comment l'argument se comporte-t-il vis-à-vis des opérations ? La réponse est remarquable — l'argument transforme les produits en sommes.
Propriété
Arguments et opérations. Pour tous nombres complexes non nuls et , et tout entier naturel :
- ;
- et ;
- .
Nous admettons provisoirement ces formules : elles seront démontrées à la fin de la section suivante, à l'aide des formules d'addition.
Exemple
Posons et , dont on connaît et .
- .
- .
- . Vérification directe : , donc , qui est bien un imaginaire pur d'argument .
Formules d'addition et de duplication
Les propriétés des arguments reposent sur des formules qui expriment le cosinus et le sinus d'une somme d'angles. Le produit scalaire, étudié en première, permet de les établir.
Propriété
Formules d'addition. Pour tous réels et :
Démonstration de la première formule (à partir du produit scalaire). Dans le repère , soient et les points du cercle trigonométrique associés aux angles et : a pour coordonnées , a pour coordonnées , et , . Calculons le produit scalaire de deux façons.
D'une part, avec les coordonnées, le repère étant orthonormé :
D'autre part, avec les normes et l'angle : comme ,
Or, par la relation de Chasles sur les angles orientés, , et le cosinus étant pair, .
En identifiant les deux expressions : .
Les trois autres s'en déduisent. En remplaçant par (avec et ) : . Puis, avec les angles complémentaires vus en première () :
et s'obtient en y remplaçant par .
Exemple
Valeurs exactes en . Comme :
En prenant dans les formules d'addition, on obtient les formules de duplication.
Propriété
Formules de duplication. Pour tout réel :
Démonstration. Avec : et . Les deux variantes du cosinus s'obtiennent en remplaçant par , puis par .
Exemple
Soit tel que . Comme , on a , et sur cet intervalle, donc . Alors :
Retour sur les arguments. Nous pouvons maintenant tenir la promesse de la section précédente. Soient et deux complexes non nuls sous forme trigonométrique. Développons leur produit :
d'après les formules d'addition. Comme , c'est la forme trigonométrique de : par unicité, (déjà connu) et surtout
Pour l'inverse, on prend l'argument des deux membres de : , d'où . Le quotient s'en déduit en écrivant , et la formule se démontre par une récurrence immédiate à partir du produit.
La forme exponentielle
Arrêtons-nous sur le calcul central de la section précédente. Posons, pour tout réel , . Nous venons de démontrer que
La fonction transforme donc les sommes en produits, exactement comme la fonction exponentielle réelle, dont la propriété fondamentale est . C'est Euler qui a osé franchir le pas et adopter la notation exponentielle pour .
Définition
Exponentielle imaginaire. Pour tout réel , on note
Propriété
Propriétés de . Pour tous réels et :
- et ;
- relation fonctionnelle : ;
- et .
Démonstration. Le module vaut , et l'argument se lit sur la forme trigonométrique (de module ). La relation fonctionnelle est exactement le calcul de la fin de la section précédente, avec . Enfin , et la relation fonctionnelle donne , donc est l'inverse de ; le quotient s'en déduit.
Exemple
La deuxième égalité, souvent écrite , est la célèbre identité d'Euler : elle relie en une ligne les cinq constantes fondamentales , , , et .
Les nombres sont exactement les complexes de module , dont les images décrivent le cercle trigonométrique. Cet ensemble joue un rôle si important qu'il porte un nom.
Définition
L'ensemble . On note l'ensemble des nombres complexes de module :
Les images des éléments de forment le cercle de centre et de rayon , c'est-à-dire le cercle trigonométrique.
Propriété
Stabilité de . Si et appartiennent à , alors :
- le produit appartient à (stabilité par produit) ;
- l'inverse appartient à (stabilité par passage à l'inverse), et de plus .
Démonstration. Pour le produit : . Pour l'inverse : ; de plus , donc .
En combinant module et exponentielle imaginaire, tout complexe non nul admet une écriture d'une compacité remarquable.
Définition
Forme exponentielle. Tout nombre complexe non nul s'écrit
Cette écriture est appelée forme exponentielle de .
Exemple
En reprenant les formes trigonométriques déjà calculées :
Propriété
Règles de calcul sous forme exponentielle. Soient et deux complexes non nuls, et un entier naturel :
Ces règles condensent en une notation les propriétés des modules (section 2) et des arguments (sections 3 et 4) : les modules se multiplient, les arguments s'ajoutent. C'est toute la puissance de la forme exponentielle — les calculs multiplicatifs, pénibles sous forme algébrique, deviennent immédiats.
Exemple
- .
- Calcul de . Sous forme exponentielle : . Le développement algébrique par le binôme aurait demandé neuf termes !
Le tableau suivant rassemble les complexes usuels sous leurs trois formes ; il est à connaître parfaitement.
| (forme algébrique) | Module | Argument | Forme exponentielle |
|---|---|---|---|
Formules d'Euler et de Moivre
La notation exponentielle livre deux formules d'une redoutable efficacité en trigonométrie. La première permet d'exprimer cosinus et sinus à partir de l'exponentielle imaginaire.
Propriété
Formules d'Euler. Pour tout réel :
Démonstration. On additionne puis on soustrait les deux égalités et :
puis on divise par et par respectivement.
Remarque. Plus généralement, pour tout entier : et . Ce regroupement des exponentielles conjuguées est la clé de la linéarisation ci-dessous.
Propriété
Formule de Moivre. Pour tout réel et tout entier naturel :
Démonstration (par récurrence). Fixons un réel et notons, pour entier naturel, la propriété « ».
Initialisation. Pour , le membre de gauche vaut et le membre de droite vaut : est vraie.
Hérédité. Supposons vraie pour un entier naturel . Alors :
d'après les formules d'addition : est vraie.
Conclusion. Par récurrence, la formule est vraie pour tout entier naturel .
Remarque. La formule reste vraie pour un exposant entier négatif : si , .
Linéariser une expression trigonométrique, c'est transformer une puissance ou un produit de cosinus et de sinus en une somme de termes de la forme et , sans aucune puissance. Cette opération, précieuse pour résoudre des équations trigonométriques ou simplifier des expressions, devient mécanique avec les formules d'Euler et le binôme de Newton.
Méthode
Linéariser ou .
- Remplacer par (ou par ).
- Développer la puissance à l'aide de la formule du binôme de Newton.
- Regrouper les exponentielles conjuguées deux à deux : .
- Simplifier pour obtenir la forme linéarisée.
Exemple
Linéarisation de .
On retrouve la formule de duplication , lue à l'envers.
Exemple
Linéarisation de . Avec le binôme de Newton (coefficients , , , ) :
L'opération inverse — exprimer ou en fonction des puissances de et — repose quant à elle sur la formule de Moivre.
Méthode
Exprimer en fonction de .
- Écrire, d'après la formule de Moivre : .
- Développer le membre de droite avec le binôme de Newton, en remplaçant les puissances de (, …).
- Identifier : est la partie réelle du développement (et sa partie imaginaire).
- Remplacer si besoin par pour ne conserver que des puissances de .
Exemple
Expression de en fonction de . D'après la formule de Moivre, . Développons avec le binôme (coefficients , , , ) :
Par identification des parties réelles :
Au passage, l'identification des parties imaginaires offre gratuitement .
Nombres complexes et géométrie
Il est temps de récolter les fruits du chapitre. Toutes les notions introduites — affixes, modules, arguments — convergent vers un outil unique, redoutablement efficace pour démontrer des propriétés géométriques.
Propriété
Module et argument d'un vecteur. Soit un vecteur non nul d'affixe . Alors
En particulier, pour deux points distincts et : et .
Démonstration. Soit le point tel que : il a pour affixe , donc et . Le cas de s'obtient avec .
Voici maintenant le résultat central de la section : un seul quotient encode à la fois un rapport de distances et un angle.
Propriété
Interprétation du quotient . Soient , , trois points deux à deux distincts, d'affixes respectives , , . Alors :
Démonstration. Pour le module : . Pour l'argument, la propriété du quotient donne
et la relation de Chasles sur les angles orientés conclut :
Deux configurations se lisent alors immédiatement sur ce quotient.
Propriété
Critères d'alignement et d'orthogonalité. Soient , , trois points deux à deux distincts, d'affixes , , .
- , , sont alignés est un nombre réel.
- Les droites et sont perpendiculaires est un imaginaire pur (non nul).
Démonstration. Les points sont alignés si et seulement si l'angle vaut ou modulo , c'est-à-dire si et seulement si l'argument du quotient vaut ou modulo : cela caractérise les réels non nuls (et le quotient n'est jamais nul, car ). De même, la perpendicularité équivaut à un angle de ou modulo , ce qui caractérise les imaginaires purs non nuls.
Méthode
Déterminer la nature d'un triangle .
- Calculer le quotient et le mettre sous forme algébrique (multiplier par le conjugué du dénominateur).
- Interpréter le module : ; si , alors et le triangle est isocèle en .
- Interpréter l'argument : ; si est imaginaire pur, l'angle en est droit et le triangle est rectangle en .
- Combiner : ou caractérise un triangle rectangle isocèle en ; ou caractérise un triangle équilatéral (deux côtés égaux et un angle de mesure entre eux).
Exemple
Nature du triangle avec , et . Calculons le quotient :
Alors , donc , et est imaginaire pur, donc l'angle en est droit : le triangle est rectangle et isocèle en .
Exemple
Alignement. Soient , et . Alors
qui est un réel : les points , , sont alignés. On lit même davantage : , donc est du même côté que et trois fois plus loin de .
Terminons par les ensembles de points, où le module joue à plein son rôle de distance : pour tout point et tout point , on a .
Propriété
Ensembles de points classiques. Soient et deux points distincts d'affixes et , et un réel strictement positif.
- L'ensemble des points tels que est le cercle de centre et de rayon .
- L'ensemble des points tels que est la médiatrice du segment .
Démonstration. La première équation s'écrit , ce qui définit le cercle de centre et de rayon . La seconde s'écrit : c'est la caractérisation de la médiatrice de comme ensemble des points équidistants de et de .
Méthode
Déterminer un ensemble de points.
- Faire apparaître des modules de la forme , en soignant les signes : , c'est une distance au point d'affixe , pas .
- Interpréter chaque module comme une distance : .
- Reconnaître l'ensemble (cercle, médiatrice). En cas de doute, poser et traduire l'équation analytiquement.
Exemple
Ensemble des points tels que . Comme , l'équation s'écrit où est le point d'affixe : est le cercle de centre et de rayon .
Ensemble des points tels que . Comme , l'équation s'écrit avec et : est la médiatrice du segment . Retrouvons-la analytiquement : en posant ,
et l'égalité des carrés donne , soit : est la droite d'équation . Vérification : le milieu de , d'affixe , a pour coordonnées et appartient bien à cette droite.
Le bilan du chapitre tient dans un va-et-vient permanent : le module et l'argument traduisent les distances et les angles, la forme exponentielle transforme les produits de nombres en sommes d'angles, et les formules d'Euler et de Moivre font de la trigonométrie un simple calcul algébrique. Le quotient condense à lui seul toute cette puissance : une division de nombres complexes démontre un alignement, une orthogonalité ou la nature d'un triangle. Cette double lecture, calculatoire et géométrique, est désormais l'un des outils les plus efficaces de la boîte du mathématicien — et elle n'a pas fini de servir.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.