Maths compl. · Chapitre 02 · Analyse

Fonctions : continuité et limites

Continuité (approche intuitive), théorème des valeurs intermédiaires, limites des fonctions de référence, asymptotes, réciproque graphique.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Continuité (approche intuitive)
  • Théorème des valeurs intermédiaires
  • Limites des fonctions de référence
  • Asymptotes
  • Réciproque graphique

Au chapitre précédent, nous avons étudié le comportement à long terme des suites : que devient un lorsque n devient très grand ? Mais beaucoup de grandeurs n'évoluent pas par étapes : la concentration d'un médicament dans le sang, le coût moyen de production d'une entreprise ou la taille d'une population de bactéries varient de façon continue au cours du temps. Ces phénomènes se modélisent par des fonctions, et la même question se pose : comment se comporte f(x) lorsque x devient très grand, ou lorsque x s'approche d'une valeur particulière ?

La notion de limite répond à cette question. Elle permet par exemple de prévoir vers quelle valeur se stabilise le coût moyen de production quand la quantité produite augmente, ou de comprendre pourquoi certains modèles « explosent » au voisinage d'une valeur interdite. Graphiquement, ces comportements se traduisent par des asymptotes, ces droites dont la courbe se rapproche indéfiniment.

Une seconde idée traverse ce chapitre : la continuité. Une fonction continue est, intuitivement, une fonction dont la courbe se trace sans lever le crayon. Cette propriété, apparemment anodine, a une conséquence très puissante : le théorème des valeurs intermédiaires. Il garantit que certaines équations f(x)=k admettent des solutions, même quand aucune formule ne permet de les calculer. On apprendra alors à en obtenir des valeurs approchées par balayage ou par dichotomie, deux méthodes que l'on programme facilement en Python.

Enfin, nous verrons qu'une fonction continue et strictement monotone peut être « inversée » : c'est la notion de fonction réciproque, déjà rencontrée sans le savoir avec le carré et la racine carrée, et qui ouvrira la porte au chapitre suivant.

La notion de limite : une approche intuitive

Commençons par un exemple. Une entreprise fabrique des objets ; produire x objets coûte 50x+2000 euros (2000 euros de frais fixes, 50 euros par objet). Le coût moyen par objet est donc C(x)=50x+2000x=50+2000x. Que devient ce coût moyen quand la production augmente ?

x (objets produits) 100 1000 10000 100000
C(x) (en euros) 70 52 50,2 50,02

Le coût moyen se rapproche de 50 euros, sans jamais l'atteindre : les frais fixes se diluent dans la production. On peut rendre C(x) aussi proche de 50 que l'on veut, à condition de prendre x assez grand. On dit que C a pour limite 50 en +.

Définition

Limite d'une fonction (approche intuitive). Soit f une fonction et un réel.

  • On dit que f a pour limite en + si f(x) devient aussi proche de que l'on veut, pourvu que x soit assez grand. On note limx+f(x)=.
  • On dit que f a pour limite + en + si f(x) devient aussi grand que l'on veut, pourvu que x soit assez grand. On note limx+f(x)=+.

On définit de la même façon les limites en (pour x négatif, de plus en plus grand en valeur absolue) et la limite (f(x) devient aussi grand que l'on veut dans les négatifs).

La formalisation rigoureuse de cette notion n'est pas au programme : l'idée « aussi proche que l'on veut, pourvu que x soit assez grand » suffit, et c'est elle qu'il faut garder en tête.

Une fonction peut aussi avoir une limite infinie en un point, généralement en une valeur interdite. Reprenons f(x)=1x, définie pour x0, et regardons ce qui se passe quand x s'approche de 0 par valeurs positives :

x 0,1 0,01 0,001 0,0001
1x 10 100 1000 10000

Les valeurs de f(x) dépassent n'importe quel seuil : f a pour limite + quand x tend vers 0 par valeurs supérieures. On note limx0+1x=+. Si au contraire x s'approche de 0 par valeurs négatives, 1x prend des valeurs négatives de plus en plus grandes en valeur absolue : limx01x=. Le petit signe + ou placé en exposant précise donc de quel côté on s'approche du point ; cette distinction est indispensable dès que les deux côtés se comportent différemment.

Enfin, toutes les fonctions n'ont pas de limite : une fonction qui oscille indéfiniment sans se stabiliser, comme les fonctions trigonométriques en +, n'a pas de limite. Dans ce chapitre, les fonctions étudiées auront toujours un comportement bien identifiable aux bornes de leur intervalle d'étude.

Limites des fonctions de référence

Les limites des fonctions usuelles, rencontrées depuis la seconde, se lisent directement sur leurs courbes représentatives. Elles sont admises et doivent être connues par cœur : ce sont les briques de base de tous les calculs de limites.

Propriété

Limites des fonctions de référence (admises).

Fonction Limite en Limite en +
xx2 + +
xx3 +
xx (non définie) +
x1x 0 0
xex 0 +

De plus, pour la fonction inverse, en la valeur interdite 0 :

limx01x=etlimx0+1x=+.

Quelques remarques pour retenir ce tableau. La parabole y=x2 « monte » des deux côtés, tandis que la courbe de y=x3 monte à droite et descend à gauche : le signe de x3 suit celui de x. La fonction racine carrée n'est définie que sur [0;+[, elle n'a donc pas de limite en ; en + elle croît vers +, certes lentement, mais sans plafond. La fonction inverse s'écrase sur l'axe des abscisses aux deux infinis et explose au voisinage de 0. Enfin, l'exponentielle, étudiée en première, tend vers + en + et s'approche de 0 en tout en restant strictement positive.

La fonction logarithme népérien, étudiée au chapitre suivant, viendra compléter ce tableau de référence.

Asymptotes horizontales et verticales

Les limites que nous venons de décrire ont une traduction graphique : lorsque f(x) se stabilise vers une valeur , ou lorsque f(x) explose près d'une valeur interdite, la courbe de f se rapproche indéfiniment d'une droite. Ces droites s'appellent des asymptotes.

Définition

Asymptotes. Soit f une fonction de courbe représentative Cf.

  • Si limx+f(x)= (ou limxf(x)=), la droite d'équation y= est asymptote horizontale à Cf en + (ou en ).
  • Si limxa+f(x)=± ou limxaf(x)=±, la droite d'équation x=a est asymptote verticale à Cf.

Courbe avec asymptote verticale x = -1 et horizontale y = 3

La figure représente la fonction f définie sur ];1[]1;+[ par f(x)=3+2x+1. Quand x devient très grand (positivement ou négativement), la fraction 2x+1 se rapproche de 0 : donc f(x) se rapproche de 3, et la droite d'équation y=3 est asymptote horizontale à la courbe des deux côtés. Au voisinage de la valeur interdite 1, c'est l'inverse : le dénominateur x+1 s'approche de 0, donc la fraction explose. Plus précisément, si x tend vers 1 par la droite, x+1 est un petit nombre positif et f(x) tend vers + ; si x tend vers 1 par la gauche, x+1 est un petit nombre négatif et f(x) tend vers . La droite d'équation x=1 est asymptote verticale : la courbe la longe sans jamais la toucher, vers le haut d'un côté, vers le bas de l'autre.

Méthode

Lire et justifier une asymptote.

  • Graphiquement : repérer une droite horizontale ou verticale dont la courbe se rapproche indéfiniment sans s'en écarter. Attention, une courbe peut traverser une asymptote horizontale ; ce qui compte est le comportement « au bout » de la courbe.
  • Justifier une asymptote horizontale y= : calculer la limite de f en + (ou ) et vérifier qu'elle vaut le réel .
  • Justifier une asymptote verticale x=a : vérifier que la limite de f en a (à gauche, à droite, ou des deux côtés) est + ou . La valeur a est le plus souvent une valeur interdite qui annule un dénominateur.
  • Toujours conclure par une phrase : « donc la droite d'équation est asymptote à Cf ».

Opérations sur les limites

Pour calculer la limite d'une fonction construite à partir des fonctions de référence, on combine leurs limites. Les règles suivantes sont admises et, dans la grande majorité des cas, elles correspondent à l'intuition : « une quantité qui tend vers 2 plus une quantité qui tend vers + tend vers + ». Dans les tableaux ci-dessous, et désignent des réels.

Limite d'une somme f+g :

limf + +
limg + +
lim(f+g) + + + ?

Limite d'un produit f×g :

limf 0 ± 0
limg ± ± ±
lim(f×g) × ± ± ?

Limite d'un quotient fg :

limf ± ±
limg 0 ± 0 ±
limfg 0 ± ?

Lorsque le résultat est infini, son signe se détermine par la règle des signes habituelle. De même, si le numérateur a une limite non nulle et le dénominateur tend vers 0 en gardant un signe constant, le quotient tend vers + ou selon la règle des signes : c'est exactement la situation des asymptotes verticales, comme pour f(x)=3+2x+1 au voisinage de 1. Enfin, quand l'expression fait intervenir une fonction composée, on raisonne en contexte : par exemple, quand x tend vers +, x tend vers , donc ex tend vers 0.

Les cases marquées ? sont les formes indéterminées : le tableau ne permet pas de conclure, car le résultat dépend des fonctions en jeu. Les deux formes indéterminées les plus fréquentes dans ce chapitre sont « » (somme) et « » (quotient). Indéterminé ne veut pas dire sans réponse : cela signifie qu'il faut transformer l'écriture de la fonction avant de conclure.

Méthode

Lever une indétermination : la mise en facteur du terme de plus haut degré.

  • Pour un polynôme en ± (forme « ») : mettre en facteur le terme de plus haut degré, par exemple 2x25x+1=x2(25x+1x2). La parenthèse tend vers le coefficient dominant, et le produit se calcule sans indétermination.
  • Pour un quotient de polynômes en ± (forme « ») : mettre en facteur le terme de plus haut degré au numérateur et au dénominateur, puis simplifier.
  • En pratique, tout se joue sur les termes de plus haut degré : le reste devient négligeable quand x tend vers l'infini.

Exemple

Deux indéterminations levées.

Limite de f(x)=2x25x+1 en +. Comme limx+2x2=+ et limx+(5x)=, la somme est une forme indéterminée « ». On factorise par x2 :

f(x)=x2(25x+1x2).

Quand x tend vers +, 5x et 1x2 tendent vers 0, donc la parenthèse tend vers 2. Par produit, limx+f(x)=+.

Limite de g(x)=3x2+1x24x en +. Numérateur et dénominateur tendent vers + : forme indéterminée « ». On factorise chacun par x2 :

g(x)=x2(3+1x2)x2(14x)=3+1x214x.

Le numérateur tend vers 3 et le dénominateur vers 1, donc limx+g(x)=3. La droite d'équation y=3 est asymptote horizontale à la courbe de g en +.

Continuité : une approche intuitive

Observons les courbes des fonctions rencontrées jusqu'ici : polynômes, racine carrée, exponentielle, inverse sur chacun de ses deux intervalles. Toutes ont un point commun : on peut les tracer sans lever le crayon. Aucun saut, aucun trou. C'est cette idée que capture la notion de continuité.

Définition

Continuité (approche intuitive). Une fonction f est continue sur un intervalle I si sa courbe représentative sur I se trace d'un trait continu, sans lever le crayon : quand x varie légèrement, f(x) varie légèrement aussi, sans saut brusque.

Comme pour la limite, cette définition intuitive suffit au programme : l'important est de savoir reconnaître les fonctions continues et d'exploiter leurs propriétés.

Propriété

Fonctions usuelles continues (admis). Les fonctions polynômes, la fonction racine carrée, la fonction exponentielle sont continues sur tout intervalle où elles sont définies. La fonction inverse est continue sur ];0[ et sur ]0;+[. Plus généralement, les sommes, produits, quotients (là où le dénominateur ne s'annule pas) de fonctions continues sont continus.

Propriété

Dérivable implique continue (admis). Si une fonction est dérivable sur un intervalle, alors elle est continue sur cet intervalle.

Ce résultat est très pratique : toutes les fonctions dont vous savez calculer la dérivée depuis la première sont automatiquement continues sur leurs intervalles de définition. En classe de maths complémentaires, c'est l'argument le plus courant pour justifier une continuité.

Toutes les fonctions ne sont pas continues pour autant. Voici un contre-exemple issu de la vie courante : un parking facture 2 euros par heure, toute heure entamée étant due. Notons p(t) le prix payé pour une durée de stationnement t (en heures). Pour toute durée comprise entre 0 et 1 heure, on paie 2 euros ; dès que l'on dépasse 1 heure, même d'une minute, on paie 4 euros. La fonction p fait donc un saut de 2 euros au passage de t=1, puis de nouveau en t=2, t=3, et ainsi de suite. Impossible de tracer sa courbe sans lever le crayon : c'est une fonction « en escalier », définie par paliers, qui n'est pas continue sur ]0;+[. Ce genre de fonction est fréquent en économie (tarifs postaux, tranches d'imposition) : la continuité est une hypothèse de modélisation, pas une évidence.

Le théorème des valeurs intermédiaires

Pourquoi s'intéresser à la continuité ? Parce qu'elle garantit un résultat fondamental : une fonction continue ne peut pas passer d'une valeur à une autre sans passer par toutes les valeurs intermédiaires. Ce théorème, admis, est l'outil central du chapitre pour résoudre des équations.

Propriété

Théorème des valeurs intermédiaires (admis). Soit f une fonction continue sur un intervalle [a;b]. Pour tout réel k compris entre f(a) et f(b), l'équation f(x)=k admet au moins une solution c dans l'intervalle [a;b].

Courbe continue coupant trois fois la droite y = k entre a et b

La figure illustre le théorème sur l'intervalle [1;5] : la fonction représentée est continue, avec f(1)=2 et f(5)=3. La valeur k=1 est bien comprise entre 2 et 3 : le théorème garantit que la droite d'équation y=1 rencontre la courbe au moins une fois entre 1 et 5. Et de fait, elle la rencontre ici en trois points, d'abscisses c1, c2 et c3 : la courbe monte, redescend, puis remonte, et traverse la droite à chaque passage. C'est le point essentiel à retenir : le théorème des valeurs intermédiaires est un théorème d'existence, il affirme qu'il y a au moins une solution, mais ne dit rien sur leur nombre. Pour garantir l'unicité, il faut une hypothèse supplémentaire : la stricte monotonie.

Propriété

Cas des fonctions strictement monotones (corollaire du théorème des valeurs intermédiaires). Soit f une fonction continue et strictement monotone (strictement croissante ou strictement décroissante) sur un intervalle [a;b]. Pour tout réel k compris entre f(a) et f(b), l'équation f(x)=k admet une unique solution dans [a;b].

Le résultat s'étend aux intervalles ouverts ou non bornés, en remplaçant f(a) et f(b) par les limites de f aux bornes de l'intervalle.

Méthode

Compter les solutions de f(x)=k avec un tableau de variations.

  1. Dresser le tableau de variations de f (signe de f, variations, valeurs des extremums, limites aux bornes).
  2. Découper l'intervalle d'étude en intervalles sur lesquels f est strictement monotone (une flèche du tableau = un intervalle).
  3. Sur chaque flèche, comparer k aux valeurs situées aux deux extrémités (valeurs de f ou limites) : si k est strictement compris entre elles, le corollaire donne exactement une solution sur cet intervalle ; sinon, aucune.
  4. Conclure en additionnant le nombre de solutions trouvées sur chaque intervalle.

Exemple

Nombre de solutions de f(x)=0 pour f(x)=x33x2+1. La fonction f est un polynôme, donc dérivable et continue sur R, avec f(x)=3x26x=3x(x2). Ce trinôme s'annule en 0 et en 2, et il est positif à l'extérieur de ses racines. On calcule f(0)=1 et f(2)=3, et les limites limxf(x)=, limx+f(x)=+ (terme de plus haut degré x3).

xx
-\infty
00
22
++\infty
f(x)f'(x)
++
00
-
00
++
f(x)f(x)
11
3-3

On applique la méthode avec k=0, flèche par flèche.

  • Sur ];0] : f est continue et strictement croissante, ses valeurs passent de à 1 ; comme 0 est compris entre les deux, l'équation admet une unique solution sur cet intervalle.
  • Sur [0;2] : f est continue et strictement décroissante de 1 à 3 ; 0 est compris entre 3 et 1, d'où une unique solution.
  • Sur [2;+[ : f est continue et strictement croissante de 3 vers + ; 0 est atteint une unique fois.

L'équation f(x)=0 admet donc exactement trois solutions dans R.

Valeurs approchées d'une solution : balayage et dichotomie

Le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires garantit l'existence d'une solution, mais ne la calcule pas : pour l'équation x33x2+1=0, aucune formule du cours ne donne les solutions. On les approche numériquement, et c'est là que l'algorithmique entre en scène. Notons α la solution située dans [2;3] (on a bien f(2)=3<0 et f(3)=1>0, avec f continue et strictement croissante sur cet intervalle).

Le balayage consiste à parcourir l'intervalle avec un pas fixe et à repérer le changement de signe de f. Avec un pas de 0,1 sur [2;3] :

x 2,5 2,6 2,7 2,8 2,9
f(x) (arrondi) 2,13 1,70 1,19 0,57 0,16

Le signe change entre 2,8 et 2,9 : donc 2,8<α<2,9, ce qui donne un encadrement d'amplitude 0,1. Pour gagner une décimale, on recommence le balayage sur [2,8;2,9] avec un pas de 0,01, et ainsi de suite. La méthode est simple mais coûteuse : chaque décimale supplémentaire demande jusqu'à dix nouveaux calculs.

La dichotomie est plus efficace : on coupe l'intervalle en deux à chaque étape. On calcule f au milieu m de l'intervalle ; selon le signe de f(m), la solution se trouve dans la moitié gauche ou dans la moitié droite, et on recommence avec cette moitié. L'amplitude de l'encadrement est divisée par 2 à chaque étape.

Méthode

Encadrer une solution de f(x)=0 par dichotomie.

  1. Vérifier les hypothèses : f continue et strictement monotone sur [a;b], avec f(a) et f(b) de signes contraires (le corollaire garantit alors une unique solution α).
  2. Calculer m=a+b2 et le signe de f(m).
  3. Si f(a) et f(m) sont de signes contraires, α est dans [a;m] : remplacer b par m. Sinon, α est dans [m;b] : remplacer a par m.
  4. Répéter tant que l'amplitude ba dépasse la précision souhaitée.

Cet algorithme se programme en quelques lignes de Python :

def f(x):
    return x**3 - 3*x**2 + 1

a, b = 2, 3
while b - a > 0.001:
    m = (a + b) / 2
    if f(a) * f(m) <= 0:
        b = m
    else:
        a = m
print(a, b)

Le test f(a) * f(m) <= 0 traduit « f(a) et f(m) de signes contraires ». À la sortie de la boucle, le programme affiche un encadrement de α d'amplitude inférieure à 0,001 : on obtient ici 2,8789<α<2,8799, c'est-à-dire α2,879 à 103 près. Dix étapes de dichotomie suffisent là où un balayage au pas de 0,001 aurait demandé jusqu'à mille calculs. Retenons le partage des rôles : le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires prouve que la solution existe et qu'elle est unique ; l'algorithme la localise avec la précision voulue.

Fonction réciproque

Reprenons la situation du corollaire sous un autre angle. Si f est continue et strictement monotone sur un intervalle I, alors pour chaque valeur k prise par f, l'équation f(x)=k admet une unique solution dans I. On peut donc « remonter le courant » : à chaque valeur k, associer l'unique antécédent correspondant. Cette association définit une nouvelle fonction, appelée fonction réciproque.

Définition

Fonction réciproque. Soit f une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle I, et J l'ensemble des valeurs prises par f. Pour chaque réel k de J, l'équation f(x)=k admet une unique solution dans I. La fonction qui, à chaque k de J, associe cette unique solution est appelée la réciproque de f. Elle « défait » ce que f fait : si f(a)=b, alors la réciproque de f transforme b en a.

L'exemple le plus familier est celui du carré et de la racine carrée. La fonction carré, restreinte à l'intervalle [0;+[, y est continue et strictement croissante, et prend toutes les valeurs de [0;+[. Pour chaque k0, l'équation x2=k admet une unique solution positive : c'est précisément k. La fonction racine carrée est donc la réciproque de la fonction carré sur [0;+[. On retrouve les identités bien connues : x2=x et (x)2=x pour tout x0. Attention, la restriction à [0;+[ est indispensable : sur R tout entier, la fonction carré n'est pas strictement monotone, et l'équation x2=4 a deux solutions ; aucune réciproque ne peut être définie sans choisir un intervalle de monotonie.

Graphiquement, la réciproque se lit par une symétrie remarquable. Si le point M(a;b) appartient à la courbe de f (c'est-à-dire b=f(a)), alors le point M(b;a) appartient à la courbe de sa réciproque : on a simplement échangé abscisse et ordonnée. Or échanger les deux coordonnées d'un point, c'est le réfléchir par rapport à la droite d'équation y=x.

Propriété

Symétrie des courbes (admis). Dans un repère orthonormé, la courbe représentative de la réciproque de f est la symétrique de la courbe de f par rapport à la droite d'équation y=x.

Appliquons cette idée à la fonction exponentielle. Elle est continue et strictement croissante sur R, avec limxex=0 et limx+ex=+ : elle prend donc toutes les valeurs de ]0;+[, chacune exactement une fois. Pour chaque k>0, l'équation ex=k admet une unique solution : l'exponentielle admet une réciproque, définie sur ]0;+[.

Courbes de l'exponentielle et de sa réciproque, symétriques par rapport à la droite y = x

Sur la figure, la courbe de l'exponentielle et celle de sa réciproque se répondent point par point de part et d'autre de la droite d'équation y=x, tracée en pointillés. Le point (0;1) de la courbe de l'exponentielle (car e0=1) a pour symétrique le point (1;0) sur la courbe de la réciproque : l'image de 1 par la réciproque est 0. De même, l'asymptote horizontale y=0 de l'exponentielle en devient, par symétrie, une asymptote verticale x=0 pour sa réciproque. La symétrie transporte ainsi toutes les propriétés de la courbe d'origine.

Cette réciproque de la fonction exponentielle porte un nom : le logarithme népérien, et son étude est l'objet du prochain chapitre.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.