3ᵉ · Chapitre 01 · Nombres et calculs
Arithmétique : fractions irréductibles
Décomposition en facteurs premiers, fraction irréductible, problèmes de divisibilité (engrenages…).
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Décomposition en facteurs premiers
- Fraction irréductible
- Problèmes de divisibilité (engrenages…)
Tous les nombres entiers sont construits à partir des mêmes briques : les nombres premiers. Comme un mur se démonte brique par brique, chaque entier peut se démonter en un produit de nombres premiers, et cette décomposition est une véritable carte d'identité du nombre. Dans ce chapitre, tu vas apprendre à lire cette carte d'identité pour simplifier n'importe quelle fraction jusqu'au bout, et pour résoudre des problèmes très concrets : des engrenages qui tournent, des bus qui se croisent, des bouquets à composer.
Diviseurs, multiples et diviseurs communs
Commençons par consolider le vocabulaire que tu connais depuis la 5e. Tout repose sur une seule idée : une division qui « tombe juste », c'est-à-dire une division euclidienne dont le reste est nul.
Définition
Soit et deux nombres entiers, avec différent de .
On dit que est un diviseur de (ou que est divisible par ) lorsque la division euclidienne de par a un reste égal à .
Dans ce cas, on dit aussi que est un multiple de .
Exemple
Comme , la division de par tombe juste : est un diviseur de , et est un multiple de (c'est aussi un multiple de ).
En revanche, : le reste vaut , donc n'est pas un diviseur de .
Pour repérer rapidement certains diviseurs sans poser de division, tu disposes des critères de divisibilité. Ils vont devenir tes meilleurs outils pour simplifier les fractions.
Propriété
Critères de divisibilité. Un nombre entier est divisible :
| par | lorsque |
|---|---|
| son chiffre des unités est , , , ou | |
| la somme de ses chiffres est divisible par | |
| son chiffre des unités est ou | |
| la somme de ses chiffres est divisible par | |
| son chiffre des unités est |
Prenons . Son chiffre des unités est , donc il est divisible par , mais pas par ni par . La somme de ses chiffres vaut , qui est divisible par et par : donc est divisible par et par . Trois diviseurs repérés sans poser la moindre division !
La vraie nouveauté de la 3e, c'est de s'intéresser aux diviseurs communs à deux nombres. C'est cette idée qui commande toute la suite du chapitre.
Définition
Un diviseur commun à deux nombres entiers est un nombre qui divise chacun des deux.
Le nombre divise tous les entiers : deux nombres ont donc toujours au moins comme diviseur commun.
Exemple
Cherchons les diviseurs communs à et .
Les diviseurs de sont : , , , , , , , .
Les diviseurs de sont : , , , , , , , , .
Les diviseurs communs à et sont donc : , , , , et . Le plus grand d'entre eux est .
Les nombres premiers
Certains nombres ne se laissent pas « démonter » : impossible de les écrire comme un produit de deux nombres plus petits. Ce sont eux, les briques élémentaires.
Définition
Un nombre entier est premier lorsqu'il possède exactement deux diviseurs : et lui-même.
Deux remarques importantes découlent directement de cette définition. D'abord, n'est pas premier : il n'a qu'un seul diviseur (lui-même), et non deux. Ensuite, est le seul nombre premier pair : tout autre nombre pair est divisible par , par lui-même et par , ce qui fait au moins trois diviseurs.
Propriété
Il existe exactement nombres premiers inférieurs à :
Cette liste est à connaître, au moins jusqu'à . Mais comment savoir si un nombre plus grand, disons à trois chiffres, est premier ? On le teste méthodiquement.
Méthode
Tester si un nombre est premier.
- On essaie de diviser le nombre par les nombres premiers dans l'ordre : , puis , puis , puis , puis , puis …
- Si l'une des divisions tombe juste, le nombre n'est pas premier : on a trouvé un diviseur.
- On peut s'arrêter dès que le carré du nombre premier testé dépasse le nombre : si aucune division n'est tombée juste jusque-là, le nombre est premier.
Pourquoi a-t-on le droit de s'arrêter si tôt ? Parce que si un nombre s'écrit comme un produit de deux facteurs, le plus petit des deux, multiplié par lui-même, ne dépasse pas le nombre. Donc si un nombre n'est pas premier, il a forcément un diviseur premier dont le carré ne dépasse pas le nombre : une fois tous ces « petits » candidats écartés, inutile de chercher plus loin.
Exemple
Le nombre est-il premier ?
est impair, donc pas divisible par . La somme de ses chiffres vaut , pas divisible par . Il ne se termine ni par ni par , donc pas divisible par . Ensuite : pas divisible par . Puis : pas divisible par .
Le nombre premier suivant est , et , qui dépasse : on s'arrête. est premier.
Le nombre est-il premier ?
est impair, n'est pas divisible par , et ne se termine ni par ni par . Puis et : ni ni ne conviennent. On teste (car ne dépasse pas )… et !
n'est pas premier. Attention au piège : un nombre peut « avoir l'air premier » et cacher un diviseur. Il faut aller au bout du test.
Décomposer en produit de facteurs premiers
Tu as vu en 4e comment casser un nombre en produit de facteurs premiers. En 3e, cette décomposition devient un outil de travail quotidien : autant la maîtriser parfaitement.
Méthode
Décomposer un nombre par divisions successives.
- On divise le nombre par le plus petit nombre premier possible (, sinon , sinon …).
- On recommence avec le quotient obtenu, toujours par le plus petit nombre premier possible.
- On s'arrête quand le quotient vaut .
- La décomposition est le produit de tous les nombres premiers utilisés ; on la note avec des exposants en regroupant les facteurs identiques.
Exemple
Décomposons :
300 | 2
150 | 2
75 | 3
25 | 5
5 | 5
1 |
On lit la colonne de droite : , ce qui s'écrit avec des exposants :
Vérification : . C'est bon !
Ce qui rend cette écriture si puissante, c'est qu'elle est unique : quel que soit le chemin suivi, tu obtiendras toujours les mêmes facteurs.
Propriété
(admise) Tout nombre entier supérieur à se décompose en un produit de facteurs premiers, et cette décomposition est unique (à l'ordre des facteurs près).
Autrement dit, la décomposition est bien la carte d'identité du nombre. Voyons ce que cela donne sur un nombre plus imposant.
Exemple
Décomposons :
2520 | 2
1260 | 2
630 | 2
315 | 3
105 | 3
35 | 5
7 | 7
1 |
Vérification : , puis , et .
Une fois la décomposition connue, tu peux en tirer beaucoup d'informations. Par exemple, les diviseurs de se fabriquent uniquement avec les briques , et , sans jamais dépasser les exposants de la décomposition : ainsi , ou sont des diviseurs de . En revanche, ou n'en sont pas : le n'apparaît pas dans la décomposition, et le n'y figure qu'avec l'exposant .
La décomposition permet aussi de reconnaître un carré parfait : c'est le cas exactement quand tous les exposants sont pairs. Par exemple :
Tous les exposants sont pairs, donc est le carré de , sans avoir eu besoin de calculatrice.
Fractions irréductibles
Voici le cœur du chapitre. Tu sais depuis la 4e simplifier une fraction ; l'objectif de la 3e est de simplifier jusqu'au bout, et de savoir reconnaître quand on y est.
Définition
Deux nombres entiers sont premiers entre eux lorsque leur seul diviseur commun est .
Une fraction est irréductible lorsque son numérateur et son dénominateur sont premiers entre eux : on ne peut plus la simplifier.
Exemple
La fraction est-elle irréductible ?
Les diviseurs de sont , , , . Les diviseurs de sont , , , . Leur seul diviseur commun est : les nombres et sont premiers entre eux, donc est irréductible.
Attention : « premiers entre eux » ne veut pas dire « premiers » ! Ni ni n'est un nombre premier.
Première méthode, la plus naturelle : simplifier pas à pas grâce aux critères de divisibilité.
Méthode
Rendre une fraction irréductible par simplifications successives.
- On cherche un diviseur commun au numérateur et au dénominateur grâce aux critères de divisibilité (, , , , ).
- On divise le numérateur et le dénominateur par ce diviseur commun.
- On recommence jusqu'à ce que le numérateur et le dénominateur n'aient plus aucun diviseur commun autre que .
Par exemple, simplifions . Les deux nombres sont pairs : . Puis et : les deux sont divisibles par , donc . Enfin et , donc . Comme et sont premiers entre eux, est la forme irréductible.
Cette méthode fonctionne, mais elle peut être longue, et surtout on n'est jamais totalement sûr d'avoir tout vu (le diviseur de l'exemple n'était donné par aucun critère). La deuxième méthode, elle, est infaillible.
Méthode
Rendre une fraction irréductible grâce aux décompositions.
- On décompose le numérateur et le dénominateur en produits de facteurs premiers.
- On écrit la fraction avec ces deux décompositions.
- On barre les facteurs communs au numérateur et au dénominateur (chaque facteur barré en haut s'accompagne du même facteur barré en bas).
- Ce qui reste est la fraction irréductible.
Exemple
Rendons irréductible la fraction .
630 | 2 924 | 2
315 | 3 462 | 2
105 | 3 231 | 3
35 | 5 77 | 7
7 | 7 11 | 11
1 | 1 |
Donc et . On écrit la fraction et on barre les facteurs communs (, et ) :
On retrouve , dont on a vérifié plus haut qu'elle est irréductible.
Il existe enfin un raccourci élégant, qui relie ce paragraphe aux diviseurs communs du début du chapitre.
Propriété
En divisant le numérateur et le dénominateur d'une fraction par leur plus grand diviseur commun, on obtient directement la fraction irréductible, en une seule étape.
Reprenons . Les facteurs communs aux deux décompositions sont , et : le plus grand diviseur commun de et est donc . Et en effet :
Une seule division en haut, une seule en bas, et la fraction est irréductible du premier coup.
Problèmes de divisibilité
L'arithmétique de ce chapitre n'est pas qu'une affaire de fractions : elle résout des problèmes très concrets. La difficulté n'est presque jamais dans le calcul, mais dans la traduction de l'énoncé. Deux grandes familles de problèmes reviennent sans cesse.
La première famille : partager ou regrouper au maximum, à l'identique, sans rien laisser de côté.
Méthode
Reconnaître un problème de plus grand diviseur commun.
Quand un énoncé demande de faire des groupes identiques en utilisant tout (des bouquets, des paquets, des équipes…), le nombre de groupes doit diviser chacune des quantités : c'est un diviseur commun.
Pour le nombre maximal de groupes, on cherche le plus grand diviseur commun, par exemple en le lisant dans les décompositions en facteurs premiers.
Exemple
Un pâtissier dispose de macarons et chocolats. Il veut préparer des coffrets tous identiques, en utilisant tout son stock. Combien de coffrets peut-il préparer, au maximum ?
Le nombre de coffrets doit diviser (pour répartir les macarons) et diviser (pour répartir les chocolats) : c'est un diviseur commun de et . Décomposons :
Les facteurs communs sont et : le plus grand diviseur commun de et est .
Le pâtissier peut donc préparer au maximum coffrets, contenant chacun macarons et chocolats.
La seconde famille : deux phénomènes qui se répètent chacun à leur rythme, et dont on veut savoir quand ils coïncident à nouveau. C'est le problème des engrenages, des feux clignotants, des bus qui partent du même arrêt…
Méthode
Reconnaître un problème de plus petit multiple commun.
Quand deux phénomènes se répètent avec des rythmes différents, l'instant où ils coïncident à nouveau correspond à un multiple commun des deux rythmes.
Pour la première coïncidence, on cherche le plus petit multiple commun : soit en listant les multiples de chaque nombre jusqu'à trouver le premier commun, soit en le lisant dans les décompositions.
Exemple
Deux roues dentées s'engrènent : la petite a dents, la grande en a . Au départ, deux dents marquées d'un point rouge sont en contact. Au bout de combien de dents passées, puis de combien de tours de chaque roue, les deux points rouges se retrouvent-ils en contact pour la première fois ?
À chaque instant, le nombre de dents passées au point de contact est le même pour les deux roues. Les points rouges se retrouvent quand ce nombre est à la fois un multiple de (la petite roue a fait des tours complets) et un multiple de (la grande aussi).
Multiples de : , , , … Multiples de : , , … Le plus petit multiple commun de et est .
On peut aussi le lire dans les décompositions et : il faut prendre chaque facteur premier avec son plus grand exposant, soit .
Les points rouges se retrouvent donc après dents passées, c'est-à-dire tours de la petite roue et tours de la grande.
Retiens la boussole de cette partie : des groupes identiques à faire avec tout le stock, c'est chercher un diviseur commun ; des phénomènes qui se resynchronisent, c'est chercher un multiple commun.
Tu disposes maintenant de toute la boîte à outils de l'arithmétique de 3e : les nombres premiers comme briques, la décomposition comme carte d'identité, et les diviseurs et multiples communs comme clés des problèmes concrets. Direction la fiche d'exercices pour t'entraîner, puis le DS pour valider tout ça.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.